üii! j-Ælfltsl A-îfeii.t0Ki2 iKv^/5 •t#.«/;'/' . ACCESSION NUMBER PRESS MARK ^ n .c^O] G-h 22900240416 — .J., I, ;j. , |■.^|J^»| rm , -I -Ifl.ll t i i- JL “V-<* Digitized by the Internet Archive in 2016 https://archive.org/details/b28124583_0001 I ÉTUDES. SUU LA MALADIE DES VERS A SOIE. I,’ Autour et l’Éditeur de cet Ouvrage se réservent le droit de le traduire ou de le faire traduire en toutes langues. Ils poursuivront, en vertu des lois, Décrets et Traités internationaux, toutes contrefaçons, soit du texte, soit des gravures, toutes traductions faites au mépris de leurs droits. Le dépôt légal de cet Ouvrage (Tome F'') a été fait à Paris dans le cours de i8;o, et toutes les formalités prescrifos par les Traités sont remplies dans les divers États avec lesquels la France a conclu des conventions littéraires. Tout exemplaire du présent Ouvrage qui ne porterait pas, comme ci-dessous, la griffe du Libraire-Éditeur sera réputé contrefait. Les mesures nécessaires seront prisélî, pour atteindre, confo'rmément h la loi, les fabricants et les débitants de ces exemplaires. PAÏUS.— IMPUIMEIUK DK O A F T II I EU-V 1 1.b.\ KS, Ulio «le $olnc-Saint*Ocriiinin. io, prcjirinstiiiii. M hnekrrbauer phoL . rhfiluflrttnmre Dtifartim ùarnier HABITATION DE PONT-GISq_UET, PRÈS D'ALAIS OU oui etc faites les expcncncea dont U: résultats sont exposes d&ns -.et ouvrage ETUDES SUll hX MOVEN PRATIQUE ASSURÉ DE LA COMBATTRE ET D’EN PRÉVENIR LE RETOUR, PAR M. L. PASTEUR, •MbMBHL b£ L'1.*, UE l’ÉCOLE IMI'ÉIIIALE l'OLYTECIIMytE, SUCGESSELli DK MALI,KT-I'.AC.I1KLIK1V , Oiiai (les Aui'iistiiis, üü. , 1870 Tous n'senésA gf\TLTe' tCL-OÊ 'T ; l? / 1 ton 4 1 s , C. WELLCOME INSTITÜTE LIBRAPY Coll. weîMOmec Call No. A\ • A SA MAJESTÉ L’IMPÉRATIIIEE, HOMMAGE DE PROFONDE RECOININAISSAINCE ET D’ENE VIVE ADMIRATION POLR SON ESPRIT ÉLEVÉ ET SON GRAND COEUR. MADAME, En dédiant ces Etudes à Votre Majesté, j' accomplis un devoir. Je venais de les entreprendre, à la bienveillante prière de mon illustre maître, M. Dumas, et j’étais effrayé, découragé par les difficultés sans nombre que j'y avais entrevues, lorsque Votre Majesté me fit l'honneur de m'en parler au Palais de Compïègne. L' Impératiice, touchée des misères qu entraînait à sa suite la maladie qui, depuis quinze années, décimait les vers à soie et ruinait l'une des plus belles industries agricoles de la France, daigna prendre intérêt à mes premières observations et m’in- viter à les suivre, me disant que la science n’a jamais plus de grandeur que dans les efforts quelle fait pour étendre le cercle de ses applications bienfaisantes. Je fis alors à Votre Majesté une promesse que jai eu à cœur d'acquitter par cinq années de persévérantes recherches. Je me devais à moi-même de faire connaître cette circon- stance, d'abord pour remercier Votre Majesté de ses encoura- MU DÉDICACli:. gements , ensuite pour apprendre aux populations du Midi depuis si longtemps éprouvées par le mal que j’ai cherché à prévenir, à qui elles devront faire remonter leur reconnais- sance, si, comme j'en ai le ferme espoir, mes Eludes sont couronnées de succès. Je suis, avec le plus profond respect. Madame , de Votre Majesté, le très-humble, très-obéissant et très-fidèle serviteur, L. PASTEUR, Membre de l’Academie des Sciences. PUEFACE. Je devrais commencer cet Ouvrage en m’excusant de l’avoir entrepris. J’étais si peu préparé aux reclierches qui en forment le sujet, qu’en i865, lorsque le Ministre de l’Agriculture (i) me chargea d’étudier les maladies qui décimaient les vers à soie, je n’avais pas encore eu l’occa- sion de voir le précieux insecte. J’hésitai l)eaucoup à accep- ter cette délicate mission. Outre; que je n’avais pas l’espoir de la mener à bonne fin, j’éprouvais le regret de devoir ahandonner, pour un temps nécessairement fort long, des travaux qui m’étaient chers et dont les développements imprévus enflammaient mon ardeur. C’était au moment où les résultats de mes recherches sur les ferments orga- nisés, animaux et végétaux, m’ouvraient une vaste carrière. Comme application de ces études, je venais de reconnaître la véritable théorie de la formation du vinaigre et de décou- vrir les causes des maladies des vins dans la présence de champignons microscopiques. Mes expériences avaient jeté une lumière nouvelle sur la question des générations dites spontanées. Si j’osais me permettre cette antithèse, le rôle des infiniment petits m’apparaissait infiniment grand, soit comme cause de diverses maladies, notamment des mala- dies contagieuses, soit pour contribuer à la décomposition et au retour à l’atmosphère de tout ce qui a vécu. (i) M. Bél)ic. b X PRÉFACE. Un jour, c’était, je crois, au commencement du mois d’octobre 1868, rencontrant AI. Dumas au sortir d’une des séances de l’Académie des Sciences : * Ah! lui dis-je, je vous ai fait un bien grand sacrifice en i8G5. > On venait d’agiter dans cette séance diverses questions relatives aux fermentations et à la contagion, et cela avait ravivé tous mes regrets. C’est, en effet, AI. Dumas qui m’a engagé dans les études qu’on va lire. Comment ai-je cédé à sa confiante prière, malgré mon insuffisance, malgré l’altrait de mes travaux commencés? Je ne puis répondre autre chose, sinon que je n’aurais su trouver la hardiesse de résister à l’invi- tation d’un confrère illustre et d’un maître vénéré. Au début de ma carrière, j’ai tressailli comme tant d’autres sous le charme de sa lumineuse parole dans l’enseigne- ment; en grandissant, j’ai admiré ses travaux, la sûreté de ses jugements et de ses principes dans toutes les choses de la science; dans l’âge mûr, j’ai éprouvé les bienfaits de ses conseils et les témoignages de son amitié. Les motifs qui portèrent M. Dumas à provoquer de nou- velles études sur l’épizootie des vers à soie méritent d’être connus. En i865, le Sénat fut appelé à délibérer sur les vœux d’une pétition signée par 3574 propriétaires de nos dépar- tements séricicoles, réclamant l’attention du Gouvernement sur les désastreux effets de la maladie des vers à soie et demandant que des mesures fussent prises, notamment * pour diminuer les charges de la propriété par le dégrè- vement des impôts, pour mettre à la disposition des éle- veurs des graines de meilleures provenances, et pour assu- rer l’étude de toutes les questions qui se rattachaient à cette épizootie persistante, tant au point de vue de la pathologie qu’à celui de l’hygiène. » J^a grande autorité scientifique de M. Dumas, sa parfaite PRÉFACE. XI connaissance de l’industne de la soie, principal revenu de son pays natal, lui valurent l’honneur d’être l’organe du Sénat dans cette importante affaire. C’est au moment où il rédigeait le Rapport qu’il devait lire à l’éminente assemblée, que M. Dumas m’entretint pour la première fois du fléau qui désolait le midi de la France, et qu’il m’engagea à me livrer résolùment à de nouvelles recherches en vue de le conjurer, s’il était pos- sible. « Votre proposition, écrivis-je à mon illustre confrère, me jette dans une grande perplexité; elle est assurément très-tlatteuse pour moi, son but fort élevé, mais combien elle m’inquiète et m’embarrasse! Considérez, je vous prie, que je n’ai jamais touché a un ver à soie. Si j’avais une partie de vos connaissances sur le sujet, je n’hésiterais pas : il est peut-être dans le cadre de mes études présentes. Toutefois, le souvenir de vos bontés me laisserait des regrets amers si je refusais votre pressante invitation. Disposez de moi. > M. Dumas me répondit le 17 mai i865 : « .le mets un prix extrême a voir votre attention fixée sur la question qui intéresse mon pauvre pays; la misère dépasse tout ce que vous pouvez imaginer. » Je quittai Paris le 6 juin i865, me rendant à Alais, dans le département du Gard, le plus important de tous nos départements pour la culture du mûrier, et celui où la maladie sévissait avec la plus cruelle intensité. La récolte avait été déplorable, une des plus mauvaises que l’on eût jamais vues, malgré l’appoint d’excellentes graines arrivées du Japon. Les éducations venaient d’être terminées. On put néanmoins m’en indiquer une qui touchait à sa fin et qui était située à un kilomètre de la ville. Je m’installai auprès de la petite magnanerie, me familiarisant de mon mieux avec la nature de la maladie par d’incessantes obser- vations. Je rendis compte de celles-ci à l’Académie des XII PRÈFACK. ScitMiccs, au mois de septcnibrc i865, avec toute la réserve que commandait mon inexpérience. Mes études des années subséquentes n’ont été que le développement de mes pre- miers aperçus. Aujourd’hui, j’ai la ferme conviction d’étre arrivé à la connaissance d’un moyen pratique, propre à prévenir sûrement le mal et à empêcher son l'etour à l’ave- nir. Aussi, bien que j’aie consacré près de cinq années consécutives aux pénibles recherches expérimentales qui ont altéré ma santé, je suis heureux de les avoir entre- prises et qu’une parole auguste m’ait donné le courage d’y persévérer. Les résultats auxquels je suis arrivé offrent peut-être moins d’éclat que ceux que j’aurais pu attendre de l'echerches poursuivies dans le champ de la science pure, mais j’ai la satisfaction d’avoir sei'vi mon pays en m’appliquant, dans la mesure de mes forces, a trouver un remède à de grandes misères. C’est l’honneur du savant de placer les découvertes qui ne peuvent avoir a leur nais- sance que l’estime de ses pairs bien au-dessus de celles qui cüiujuièrent aussitôt la faveur de la foule par l’utilité d’une application immédiate; mais, en’ face de l’infoi-tune, c’est également un honneur de tout sacrifier pour tenter de la secourir. Peut-être aussi aurai-je donné aux jeunes savants le salutaire exemple des longs efforts dans un sujet difficile et ingrat. L. Pasteur. ÉTUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE. INTRODUCTION. CHAPITRE PREMIER. NOTIONS SUR LA MALADIE REGNANTE CONSIDÉRÉE D’UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. § 1. — I.MPORTANCE DE LA SÉRICICULTURE EN FrANCE. Un habile et savant éducateiu’ s’exprimait ainsi en 1862, clans un travail couronné par l’Académie du Gard : « Le voya- geur c|ui aurait parcouru, il y a une quinzaine d’années, les mon- tagnes des Cévenues, et qui reviendrait actuellement sur ses pas, serait étonné et vivement alUecté des changements de toute na- ture cjui se sont opérés en si peu de temps dans cette contrée. » Jadis, il voyait, sur le penchant des collines, des hommes agiles et robustes briser le roc, établir avec ses débris des murs solidement construits, destinés à supporter une terre fertile, mais péniblement préparée, et élever ainsi, jusques au sommet des monts, des gradins échelonnés plantés en mûriers. Ces hommes, I. 1 2 MALADIE DES VERS A SOIE. malgré les fatigues d’un rude travail, étaient alors eontents et heureux^ parce que l’aisance régnait à leur foyer domestique. » Aujourd’hui les plantations de mûriers sont entièrement dé- laissées-, [’arbre d'or n’enrichit plus le pays, et ces visages, autre- fois radieux, sont maintenant mornes et tristes : là où régnait l’abondance ont succédé la gène et le malaise (i). » Ce tableau est plutôt affaibli qu’exagéré. Le temps n’a fait que l’assombrir, et la misère est la môme dans tous nos départements séricicoles. Jetons un rapide coup d’œil sur l’importance de la séricicul- ture dans notre pays. La culture du mûrier et l’élève du ver à soie commencèrent aux xiiC et xiv® siècles dans la Provence, le conitat d’Avignon et le Languedoc. Les rois de France, notamment Henri IV et Louis XIV, si bien secondés par Olivier de Serres et par Colbert, encouragèrent puissamment cette industrie 5 mais c’est seulement dans notre siècle qu’elle a réalisé de grands progrès. On peut évaluer à 100000 kilogrammes seulement la récolte des cocons au temps de Louis XIV. En 1788, la France produisait déjà annuellement 6 000 000 de kilogrammes. « La révolution arrêta d’abord cet élan. Les arts de luxe furent proscrits; les soies tombèrent à un vil prix. La culture des mûriers fut abandonnée dans un grand nombre de localités ; on cessa d’en planter de nouveaux — Alais, dès qu’à la voix du premier Consul et sous la protection de sa puissante volonté, la sérénité put re- naître, ou se remit à l’œuvre de toutes jtarts... En 1808, fibaptal porte à 5 ou 6 000 000 de kilogrammes le poids de la récolte des cocons, cjue les malheurs de la révolution avaient réduite à 3 000 000 environ; l’invention du métier à la Jacquard donna une nouvelle impulsion à la fabrication, et quand la paix survint. (1) La maladie des mers à soie: conseils aux éducateurs, par M. jeanjean, secré- taire du Comice agricole du Vigan, directeur de l'Établissement d’éducations pré- coces de Saint-Hippolyte (Gard); Montpellier, i86î. INTRODUCTION. 3 i i8i5, quand tous les pays de l’Europe se retrouvèrent eu pré- sence pour ne plus lutter, cette fois, que d’intelligence, d’activité et d’industrie, la progression fut rapide partout (i). » ^ oici des chilfrcs officiels qui permettront de juger des progrès de l’industrie séricieolc dans ce siècle 5 ils sont relatifs à la quan- tité de cocons produite annuelleincut en France: De 1821 à i83o 10000000 de kilogrammes, De i83i à 1840 14000000 » De 1841 à 1845 17000000 » De 1846 à i852 21 000000 » En i853 26000000 » Le prix moyen du kilogramme de cocons, eu i853, a été de 5 francs environ. La culture du mûrier a doue produit, dans cette année, un revenu de i3ooooooo de francs. M. Dumas, dans son Rapport au Sénat, évalue à i 100 000 000 de ft ancs la production de la soie dans le monde connu. La France entre donc dans ce cliiUre pour plus d’un dixième (2). Si la progression que nous venons de signaler dans la première moitié de ce siècle eût continué, et tout y aidait sous un règne qui a su donner un si grand essor aux diverses branches de l’industrie nationale, on pourrait évaluer aujourd’hui la production annuelle de la soie en France à plus de 5o 000 000 de kilogrammes et son revenu cà 3oo 000 000 de francs-, car le prix de 6 francs le kilo- gramme ne serait pas trop élevé en présence du rencliérissement de toutes choses , alors même qu’on jouirait d’abondantes ré- coltes. ûlallicureuseincnt, c’est au moment où se multipliaient les plantations de mûrier, alimentées par des pépinières chaque jour plus nombreuses, que toute cette prospérité a disparu devant un terrible tléau. (1) Comte de Gasparin, £ssai sur l’histoire de l’introduction du i>er à soie en Europe, p. ni; Paris, 1 8.'| i . Le chilTrc de 3oooooo de kilogrammes environ, pendant la révolution, est em- prunté a un article de M. de Quatrefages dans la Eevue des Deux Mondes du !*'■ mars 1860. (2) Rapport de M. Dumas au Sénat, 9 juin i865. Voir t. II, p. 3. MALADIE DES VERS A SOIE. Après la récolte de i853, la plus abondante du siècle, la pro- duction s’est abaissée, En i854, à ai5ooooo kilogrammes. En i855, à 19 800 000 » En i856, à 7600000 » et progressivement. En i863, à, 6600000 kilogrammes. En 1864, à 6 000 000 » En i865, à 4 000 000 » ce qui causa une perte de 100000000 de francs pour la seule année i865 (i). § II. — Apparition de la maladie; ses ravages, sa propagation. La récolte de 1848 avait été très-satisfaisante, particulièrement dans les Céveiines. L’abondance des produits, jointe aux malbeurs de la révolution, avait fait descendre le prix du kilogramme de cocons à 2'^‘',5o. Tout à coup, sous l’influence de causes inconnues, ou mieux sans causes apparentes saisissables , on constata avec surprise, à la récolte de 1849, dans beaucoup de localités une foule de chambrées avaient péri (2). Eu i85o, les mêmes faits se manifestèrent, les échecs furent même plus multipliés que l’année précédente, et cet état de choses insolite s’étendit à des localités nouvelles. La situation s’aggrava de plus eu plus dans les années i85i, i8f)2, i853. Pourtant la production des cocons s’accrois- sait progressivement plutôt qu’elle ne diminuait, et l’année 1 853, ainsi que je l’ai rappelé précédemment, est citée pour sa récolte exceptionnelle, qui atteignit le cliillre de 26000000 de kilo- ( I ) Rapport de M. le comte de Casablanca au Sénat ; 29 juillet 1S68. T'oir t. II, p. 38. (2) Les éducateurs les plus éclairés, tout en reconnaissant que la récolte de 1848 a été très-abondante, affirment que, déjà dans les années 1845, 1846, i84ÿ, on se plaignait du grand nombre des insuccès des chambrées. Mais l’idée de les attribuer h une maladie spéciale ne se présentait à personne. Il est très-probable que la maladie actuelle commençait à sévir. INTRODUCTION. ri grammes de cocons. Ou s’expliquera aisément, par les détails dans lesquels je vais entrer, cette apparente contradiction d’une augmentation dans les récoltes, au fur et à mesure que l’épizootie se développait. Les écliecs de 1849 stinudèrcnt le commerce des graines, qui, déjà depuis plusieurs années, avait commencé sur divers points des montagnes des Cévennes jugés plus favorables à la confec- tion des semences. Comme la récolte avait été très-bonne en Lom- bardie, quelques négociants allèrent acheter des graines dans ce pays pour alimenter les éducations de i85o (i)^ ces graines s’étant bien comportées, on eut recours de plus en plus aux semences d’Italie^ et à celles de quelc]ues autres localités sérici- coles. Ces semences étrangères finirent par dominer tellement, en i853, qu’on en obtint une récolte remarquablement abon- dante. Mais ce qui accusait l’existence du fléau et son extension, c’étaient les échecs de plus en plus nombreux chez les éducateurs qui cherchaient à élever, comme autrefois, sur une échelle plus ou moins grande, la graine issue de cocons produits dans nos dé- partements séricicoles (2). Les graines étrangères offraient des réussites : les graines indigènes, qu’elles provinssent de nos races ondes races importées, donnaient lieu aux plus cruels mécomptes. (1) Depuis plusieurs années avant iSijg, une grande maison de fil.ature de Ganges, la maison Aigoin de l'Arbre, faisait venir annuellement d’Italie une pro- vision de graine qu’elle distribuait aux éducateurs du canton, préférant, dit-on, la qualité des cocons de la Lombardie à ceux des Cévennes, et trouvant sans doute aussi que ces graines réussissaient mieux que les graines indigènes. (2) Des faits du môme ordre se sont produits dans ces derniers temps sous l’influence des arrivages croissants des graines du Japon, c’est-à-dire que les ré- coltes ont été en augmentant depuis 1866, bien que le fléau n’eût pas diminué d’intensité. En i86.'i, un hardi sériciculteur de la Drôme, M. Berlandier, rapporta du Japon quelques cartons de graine qui donnèrent des vers d’une santé parfaite. En i865, on éprouva de nouveau les graines de cette provenance sur une échelle un peu plus grande, grâce à l’initiative de la Société d’Acclimatation de Paris. Au commencement de l’année 1866, l’Empereur distribua i5ooo cartons de ces mêmes semences, qu’il avait reçus en don de la part du Taicoun. Les éducateurs se montrèrent de plus en plus satisfaits de la vigueur des vers d’origine japonaise ; aussi, dans les années 1866, 1867 et 1868, une foule de négociants français et ita- liens s’occupèrent de l’importation en Europe des graines du Japon. J’écris ces 6 MALADIE DES VERS A SOIE. Tel a élé un premier caractère du fléau, caractère qui s’est maintenu jusqu’à nos jours. En résumé, dans les premières années où sévissait en France l’épizoolie des vers à soie, il était assez facile d’obtenir des récoltes, à la condition de s’adresser aux semences étrangères, mais le grainage indigène devenait de plus en plus improductif, particulièrement dans nos départements de grande culture. On ne devait pas tarder à reconnaître les désas- treuses conséquences de cette situation. Si le mal, eu effet, était de telle nature qu’il dût envahir l’Italie, l’Espagne et les autres contrées séricicoles, le moment viendrait où l’on ne pourrait plus se procurer nulle part des semences saines et où la récolte des cocons s’abaisserait de plus en plus. Ce fut mallieureusement à peu près ainsi que les choses se passèrent. Dans cette môme année 1 853, où les semences importées d’Italie donnaient à la France une récolte si abondante, la maladie Gt invasion en Londoardie et les éducations de cette contrée com- mencèrent à offrir, en i854, des insuccès qui furent bien plus nombreux eu i855. L’année suivante, le fléau prit d’immenses proportions. Les graines préparées en i855 avec les éduca- tions les mieux réussies du nord de l’Italie, graines qui furent inti’oduites dans notre Midi en grande quantité, amenèrent une véritable catastrophe. Le mal fut si grand, que les cocons, lignes à la veille de la campagne séricicole de 1 869 : or, les documents olTiciels con- statent qu’il est arrivé, à la fin de l’année 18C8, tant en France qu’en Italie, environ 2^00000 cartons japonais (voir quatrième Partie, t. II, p. 3io, les docu- ments officiels dont je parle). C’est sous l’influence de ce commerce nouveau que la récolte des cocons a été en augmentant en France et en Italie depuis l’année 186G. Tandis que la production totale pour la France en i865 ne s’est élevée qu’à 4 000 000 de kilogrammes, celle de 1866 a atteint 16400000 kilogrammes, et, pour 1S67, 13400000 kilogrammes. La statistique dressée par l’Admi- nistration n’est pas encore connue pour l’année 1868, mais il est probable qu’elle constatera au moins le statu quo, et nul doute qu’il y aura une progression nou- velle en 1869. Malheureusement, ce n’est là qu’un progrès factice; le mal continue de sévir avec une intensité plutôt accrue que diminuée. La preuve en est que la reproduction des belles races indigènes, si supérieures par leurs produits aux graines du Japon, est toujours frappée do stérilité. La situation n’est pas meilleure en Italie, en Espagne, en Portugal, etc. Néanmoins, aujourd’hui, comme à toutes les époques depuis que règne la maladie, on rencontre d’excellentes chambrées de races indigènes dans tous les pays séricicoles. INTRODUCTION. 7 dont le prix moyen avait été de 5 francs le kilogramme en i855, se vendirent 8 francs en i856, et que la récolte totale tomba de 19 800 000 kilogrammes à 7 5oo 000. L’Espagne, de son côté, éprouvait les mêmes inallicitrs. Pendant deux années seulement on avait pu y pratiquer des grainages pro- ductifs. L’embarras était extrême. 11 fallut clierclier ailleurs les éléments de moins chétives récoltes. Des négociants se rendirent dans les îles de l’Archipel, en Grèce et en Turquie. On tira surtout d’An- drinople des graines excellentes, qui pallièrent un moment les souffrances; mais, en 1859-1860, les mêmes faits qui s’étaient pro- duits en Lombardie et en Espagne se renouvelèrent en Turquie. La maladie décima les chambrées des environs d’Andrinople en 1 860. Les marcliands de graine, stimidés par le gain d’un commerce de plus en plus lucratif et sans contrôle, portèrent plus loin dans le Levant leurs reconnaissances et leurs achats. La Syrie, les pro- vinces du Caucase, la \ alachie et la Moldavie furent explorées à leur tour, mais à leur tour envahies par le fléau. Enfin, en 1864, toutes les contrées séricicoles de l’Europe et une partie de celles de l’Asie ne pouvaient plus produire que des semences infectées : à l’extrême Orient, le Japon seul restait eneore sain (i). I (i) Je dois la Note suivante U l’obligeance de M. Françaison, chef de l’une des principales maisons de filature d’Alais : « En 1848 1849 1850 1851 ' 1852 I 1853 ) 1854 l 1855 ) 1856 1857 1858 1859 ) 1860 i 1861 I Récolte énorme (dans les Cévennes ). Quelques symptômes de maladie. Aggravation. Importation de graines d’Italie et de graines d’Espagne. — Réussite générale. — En iSS/j, déjà des insuccès. — En i855, échecs nombreux. Graines d’Andrinople donnant de bons résultats. Graines d’Andrinople et de Nouka. Les Andrinople échouent et les Nouka sont appelées à les remplacer jusqu’en i86/j. » Pendant cette dernière période, on essaya des graines de l’Asie Mineure qui ne 8 MALADIE DES VERS A SOIE. J’expliquerai plus tard comment il arriva que le fléau a suivi précisément dans sa marche les opérations du commerce des gra ines . § III. — Apparences extérieures de la maladie. Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire de la sériciculture, on trouve chez les auteurs bacologues la description de diverses maladies auxquelles sont sujets les vers à soie et qui entraînent parfois la perte partielle ou totale des éducations; mais, dans les temps de prospérité de cette industrie, le nombre des échecs était relativement restreint, et, le plus ordinairement, on pouvait leur attribuer une cause prochaine ; mauvais hivernage de la graine (i); vers éclos à une température trop élevée dans un air dessé- chant quand régnent des vents du nord très-secs, comme il en existe fréquemment dans le midi de la France au commeucemenl du mois d’avril; mauvaise qualité de la feuille; encombrement excessif des vers; trop de chaleur, surtout au moment des mues; défaut d’aération suffisante, telles étaient quelques-unes des causes auxquelles il fallait rapporter les insuccès des magnaneries. La plupart, on le voit, correspondent à l’inexpérience des éleveurs ou à leur négligence. Aussi, c’était une mauvaise note de ne pas réussir sa chambrée. Il y avait dans ces époques fortunées de mauvais luagnaniers; on n’en connaît plus aujourd’hui : l’excuse du fléau couvre tout. Un second état de choses, ainsi que je l’ai dit précédemment, commença à se manifester en i849- Les éducateurs liabiles et soigneux virent périr leurs chambrées sans qu’on pût eu rien accuser leur négligence. réussirent qu’iinparfaitcment. Knfin, en i865, on fut obligé de s’adresser au Japon après avoir essayé des graines de la Chine, qu’on abandonna bientôt : les graines de cette provenance ne sont jamais arrivées saines en France. » (i) V oir à ce sujet la Note de M. Duclaux, t. II, p. 3i5. ’W — ( I VERS SAINS — RACES DE PAYS . -1- i (ot iiv j ipr-.', la T'" Mm' INTRODUCTION. 9 Les symptômes du mal étaient multiples et cliangeants, à le considérer, du moins, dans ses apparences extérieures. Quelque- fois, dès l’instant de l’éclosion de la graine, la maladie s’annonçait par l’existence d’une foule d’oeufs stériles ou par une mortalité considérable des vers dans les premiers jours de leur naissance. D’autres fois, le plus souvent même, l’éclosion était excellente et complète et les vers arrivaient jusqu’à la première mue. Mais celle-ci se faisait mal ; un grand nombre de vers, prenant peu de nourriture à chaque repas, restaient plus petits que les autres, avec un aspect un peu luisant et une teinte noirâtre. Ils étaient encore dans cet état lorsque les autres s’alitaient, ou déjà sortaient de la mue. Par suite, au lieu de vers réguliers, bien égaux, par- courant ensemble toutes les phases de cette première mue, ainsi que le montre la planche ci-jointe, l’éducation commençait à pré- senter une inégalité sensible qui s’accusait de plus en plus à cha- cune des mues suivantes. Parallèlement à ces symptômes, il était facile de constater une mortalité plus ou moins sensible. Les vers qui meurent dans les premiers âges se dessèchent, se mêlent et se confondent aux débris de la litière, et il faut quelque attention pour retrouver leurs ca- davres. Dans les circonstances dont je parle, le magnanier n’avait pas besoin de recourir à une observation attentive des litières pour se convaincre des pertes qu’éprouvait sa chambrée. Un des meil- leurs signes du bon état de santé des vers est dans la place qu’ils occupent sur les tables. Elle doit s’accroître en quelque sorte quo- tidiennement. Il faut que les vers foisonnent, pour ainsi dire, comme si chaque jour leur nombre devenait plus grand. Sous l’in- fluence de la terrible maladie, au contraire, les tables se recou- vraient avec une désespérante lenteur, et, quand arrivait le der- nier âge, l’espace utilisé dans la magnanerie était à peine la moitié, le tiers, le quart ou moins encore, de la surface nécessaire à une éducation saine d’égale importance. Le mal se présentait quelquefois dans des conditions sinon plus fatales, du moins plus cruelles, car les déceptions succédaient à des espérances prolongées. La chambrée avait offert une très- bonne marche jusqu’à la troisième et même jusqu’à la quatrième 10 MALADIE DES VERS A SOIE. mue; l’égalité et la santé des vers ne laissaient rien à désirer; mais bientôt après la sortie de la quatrième mue, dès cette époque meme, on commençait à craindre un insuccès : les vers sortant de la quatrième mue ont une teinte naturellement jaunâtre, qui disparaît peu tà peu les jours suivants. Or il arrivait que des vers en grand nombre conservaient cette couleur de rouille sans blan- chir, comme c’est la règle lorsqu’ils sont sains. Ces vers rouillés prenaient bien à chaque repas un peu de nourriture, mais bientôt ils s’éloignaient de la feuille. Il en résultait une extrême inégalité dans l’éducation ; les tables étaient couvertes de vers oll'rant toutes les tailles, depuis celle de la quatrième mue jusqu’à celle de vers prêts à monter à la bruyère. En meme temps, on voyait le corps des vers malades se tacher progressivement de meurtrissures noires irrégulièrement disséminées sur la tète, sur les anneaux, sur les fausses pattes, sur l’éperon. Çà et là, d’autre part, on apercevait des vers morts; en soulevant la litière, on en trouvait en grand nombre . ün pressent aisément ce que pouvait être la récolte dans ces tristes circonstances. Une once de graine de ao grammes fournis- sait à peine i5, lo, 5 kilogrammes de cocons et même moins, la plupart très-faibles en soie. Trop souvent le mal était plus in- tense encore, et le magnanier se voyait contraint de jeter ses vers avant de mettre la bruyère. Le lecteur aura peine à comprendre que les deux planches suivantes représentent deux éducations de vers exactement du même âge, nés le même jour, en même nombre, nourris de la même feuille. Tels sont quelques-uns des ell'ets de cette redoutable maladie. Il y avait enfin une dernière forme du mal qu’il importe essen- tiellement de distinguer de celle que je viens de décrire. IVon-scu- lement les vers avaient eu la marche la plus régulière durant toutes leurs mues, y compris la quatrième, mais en outre la sortie de cette dernière, considérée à juste titre comme la plus critique, s’était faite dans les meilleures conditions, et les vers approchaient de la montée à la bruyère, en donnant à l’éleveur les espérances les mieux fondées. Tout à coup, particidièremenl vers l’époque de la grande fraize, on pouvait s’apercevoir que les PÉBRINE OU MALADIE DES CORPUSCULES 1 ■4 VEPS ÉGAUX ENTRE LA 3? ET LA 4''? MUE 1 i» ds''..'! 1<>3 Vera I ! I V I I 1 3 I INTRODUCTION. II vers, au lieu de s’emparer de la feuille avec voracité dès qu’elle était jetée sur les tables, se promenaient languissamment sur elle avant de la saisir. Considérez des vers sains et robustes dans les derniers jours de leur vie à l’état de larves, lorsque leur appétit est le plus exalté, ils ne prennent pas la peine de cbanger de place j>our rechercher soit une position plus commode, soit une feuille plus à leur goût : dans quelque situation qu’ils se trouvent, cou- chés sur le dos, gênés par leurs voisins ou par la litière, con- tournés sur la feuille ou recouverts par elle, vous les voyez s’en emparer sur-le-champ et la dévorer, pour ainsi dire, à l’instant même où elle est jetée sur les tables. La planche photographique de^ la page suivante ne donne qu’une image all'aiblie de ce curieux spectacle. C’est alors que, dans la magnanerie, on entend le bruit des mandibules simider le bruit de la pluie qu’un orage abat sur les arbres. C’est alors aussi que la joie est au cœur des magnana- relles. Le temps de la moisson est proche, la bruyère va se couviir de soie aux couleurs d’or ou d’argent. Mais si vos vers hésitent k s’emparer de la feuille, s’ils paraissent vouloir se mettre plus à l’aise, ou chercher une feuille mieux à leur convenance, soyez dans la plus vive inquiétude. C’est le signe d’un affaiblissement et la preuve qu’ils n’ont pas digéré les rejras précédents. Vos tables ne tarderont pas à se couvrir de cadavres, et votre douleur sera d’autant plus poignante que les vers auront conservé jusqu’à la lin un si bel aspect qu’il faudra les toucher pour être assuré qu’ils sont réellement immobiles et sans vie. ün dirait la mort par apo- plexie chez l’espèce humaine. Telles ont été les formes diverses sous lesquelles ont péri les chambrées de vers à soie depuis vingt ans. Je démontrerai qu’elles se rapportent à deux maladies distinctes et non à une seule ou à plus de deux, comme on l’avait cru par erreur jusqu’en 1867, époque à laquelle j’ai mis en lumière les faits dont je parle. Les apparences morbides que j’ai décrites en dernier lieu correspon- dent à une maladie qui a toujours fait des ravages dans les éduca- tions de vers à soie et qui est connue depuis longtemps sous le nom de maladie des morls-blancs ou des morts-flats (maladie des tripes dans quelques localités). Toutes les autres formes du mal 12 MALADIE DES VERS A SOIE. dont j’ai parlé se rapportent, au contraire, à une autre maladie également fort ancienne, mais que les auteurs avaient mal dis- tinguée, ce qui a fait croire de nos jours à plusieurs qu’elle était nouvelle. Cette maladie est, à proprement parler, la maladie qui règne avec intensité depuis vingt ans, celle qui a parcouru l’Eu- rope et l’Asie à la suite du commerce des graines et dont les pre- miers efl’ets désastreux ont commencé à être remarqués en i849- Elle porte les noms de pébrine ou de gatline^ ou encore de maladie des corpuscules. Je dirai bientôt le sens de ces expressions. On l’a appelée quelquefois maladie des petits et atrophie.^ mots qui rappellent un de ses symptômes le plus caractéristique, c’est-à- dire l’existence de vers dont le corps reste petit , comme atro- phié, parce que ces vers refusent de prendre la nourriture né- cessaire. Ces deux maladies, tantôt associées, tantôt isolées, ont été la source de tous les malheurs de la sériciculture depuis 1849. Elles ont frappé indistinctement la grande majorité des éducateurs dans tous les pays séricicoles de l’Europe et d’une grande partie de l’Asie. Il faut avoir assisté à ces désastres pour comprendre leur étendue et les misères qui en sont la conséquence. Après avoir donné son temps et sa peine à son cher bétail (i), dépensé sa feuille, payé ses ouvriers, le malheureux éducateur ne recueille que des cadavres en putréfactioir. Jadis, l’époque de la récolte des cocons était un temps de fête et d’allégresse. Malgré la fatigue des derniers jours de l’éducation, où l’appétit des vers ne peut être satisfait qu’au prix d’un travail qui ne connaît de repos ni le jour, ni la nuit, des chants joyeux retentissaient partout dans les cam- pagnes, sur les arbres où se faisait la cueillette de la feuille, près des tables où le précieux insecte, le corps rempli de soie, montait avec prestesse sur la bruyère pour y construire sa prison dorée. Un seul trait dira la place qu’occupait dans la vie des populations la récolte du précieux textile : les payements de l’année entière, tous les règlements d’ad’aires avaient lieu quelques jours après (1) Expression d’Olivier de Serres. Lnt'Mvi-huttt'j* p/u>t Hvlio -lith -IW/uO'tlü'r*' . VERS SAINS RACE INDIGÈNE. II. in^fant dans des. pssiuons qaeltonques _ quatre jours apré.s lo 4'Mu» i INTRODUCTION. 13 rachèvemcnt des éducations. Cet usage antique et respecté n’est plus aujourd’hui qu’un souvcnii'. On ignore à Paris et dans une grande partie de la France la détresse des contrées sérieieoles. Les personnes, même les plus éclairées, ont a peine entendu parler de la terrible épizootie. Lorsqu en 1867, dix-huit années de souflranees, un député du Gard demanda a interpeller le (jouverneincnt sur les mesures qu il avait prises pour essayer de combattre le mal, une partie de la (drambre connaissait si imjrarfaitement la situation, qu’elle ac- cueillit presque avec des sourii’cs les observations qui lui lui’cnt présentées, et les doléances de l’honorable déjmté ne provoquèrent que des marques d’inci’édulité quand il évalua à plus de deux milliards les pertes que le fléau avait déjà fait subir à notre seul pays (i). lelle était pourtant la vér-ité. L’univei'selle ignorance de (1) f^oir t. II, p. 23. U MALADIE DES VERS A SOIE. CCS faits, en dehors des contrées que l’épizootie a ruinées, s’ex- plique peut-être par eette cireonstance bien digne de pitié, que les populations de ces contrées n’ont eessé de montrer dans leur malheur cette résignation héroïque que doivent inspirer les cala- mités dont les eauses paraissent échapper à toute prévoyance hu- maine. Sur quarante départements environ qui cultivejit le mûrier, il en est plusieurs dont eette culture compose toute la richesse. Leurs habitants, sans jamais se lasser, renouvellent chaque an- née leurs elforts et leurs dépenses, et chaque année ajoute à leurs misères une misère nouvelle. Tant de persévérance à lutter contre l’infortune, sans faire entendre de récriminations injustes ou de plaintes hostiles , peut passer à juste titre comme la preuve d’uu progrès dans rinstruction et le bon sens des habitants des eampagnes, et peut-être aussi d’un hommage rendu à la vigilante sollicitude que le chef de l’Etat ne cesse de témoigner aux inté- rêts et aux souffrances du peuple. INTRODUCTION. U5 CHAPITRE IL CARACTÈRES PHYSIQUES UE LA MALADIE. § I. — Des taches a la surface de la peau des vers malades. — Historique. J’ai voulu dépeindre, dans les pages qui précèdent, les aspects multiples sous lesquels se présentent les éducations lorsqu’on vient à jeter un coup d’oeil d’ensemble sur les chambrées où le mal régnant exerce ses ravages. Une observation plus attentive fait bientôt apercevoir, à la sur- face de la peau de l’insecte malade, des taches noires, plus ou moins nombreuses, plus ou moins accusées. Les races venues de la Lombardie, de i85o à i855, olfraient souvent ce caractère <à un haut degré. Aussi, beaucoup de personnes en Italie désignaient- elles la maladie sous le nom de 'pétéchie [petechia] (i). Les figures ci-jointes représentent, au grossissement de -f , la partie antérieure du corps de vers malades couverts des taches dont il s’agit. Dans l’un des vers, les taches commençaient seulement à paraître et l’oeil (i) On trouvera plus loin cette expression dans le programme d’un prix proposé en 18Ô7 par l’Institut Lombard pour la découverte d’un remède préservatif ou curatif de la maladie. Ce programme a été adressé en 1857 aux Comices de nos départements séricicolcs par l’intermédiaire des préfets. 16 MALADIE DES VERS A SOIE. devait s’aider de la loupe pour les bien voir^ l’autre les montrait plus anciennes et plus développées, reconnaissables à l’œil nu, si peu cju’on examinât le ver avec quelque attention. EnGn, la figure ci-dessous représente un anneau taché, au grossissement de six fois en diamètre. Pour ce dessin on a choisi un ver offrant deux sortes de taches, les unes à bords tranchés et nets, les autres ayant une auréole. Les premières sont des taches de blessures, — j’en parlerai ailleurs, — les autres sont les vraies taches, celles qui sont propres à la maladie et qui peuvent servir à en constater l’existence, sinon toujours, du moins dans beaucoup de circon- stances. Les auréoles dont il s’agit sont, en général, de teinte jau- nâtre; il faut recourir à la loupe pour les bien voir. Ce caractère des taches, que les praticiens avaient observé pres- que dès le début de la maladie, fut élevé par AL de Quatrefages à la hauteur d’une étude scientifique et d’une théorie. Les re- cherches de cet éminent naturaliste font partie des Mémoires de V Académie des Sciences pour i858 et i85g. Elles ont été résumées par leur auteur dans une brochure intitulée : Essai sur l'histoire de la sériciculture et sur la maladie actuelle des vers à soie, travail qui a paru, pour la première fois, dans la Revue des Deux Mondes, le i^mars 1860. A^oici comment s’exprime M. de Quatrefages dans ce dernier écrit, au sujet des symptômes de la maladie et du caractère des taches : « J’ai reproduit tout à l’heure le fond du tableau tracé par la plupart des auteurs, qui, dès le principe, avaient essayé de faire INTRODUCTION. 17 connaître la maladie; mais à eela près, ils ne s’aeeordaient guère. Les descriptions tracées dans h's lieux les plus voisins ne concor- daient souvent pas etitre elles, et variaient d’une année à l’autre. Chaque jour amenait qmdque détail, ou complètement nouveau, ou en opposition formelle avec les faits regartlés comme les plus certains. En même temps se produisaient les doctrines les plus diverses sur la nature du mal, sur les causes qui lui avaient donné naissance, sur les moyens de le coml)attrc. L’Académie des Sciences, interpelléi! de tont(!s parts, répondit d’abord par deux Rapports, par un Questionnaire, émanés de la Commission des vers eà soie; puis elle se décida <à envoyer sur les lieux trois de scs mendircs, un botaniste, un chimiste, un naturaliste jadis mé- decin. Voilà comment .MM. Decaisne, Peligot et moi-môme rt:- çùmes la difficile mission d’étudier le lléau qui menace sérieuse- ment une de nos plus belles industries agricoles, et compromet l’existence de populations entières » Je ne tardai pas à découvrir à quoi tenait l’cxtrème variété des symptômes tant de fois constatée. Dans les lots de vers ma- lades qui m’arrivaient de toutes parts, je reconnus suecessivement l’existence de toutes les maladies décrites par Cornalia, l’écrivain qui a le mieux et le plus complètement résumé ce (jne nous savons de la pathologie des vers à soie. Ces maladies changeaient d’une localité, d’une magnanerie à l’autre. Ici \a jaunisse ou la grasserie exerçaient des ravages alfreiix; là elles semblaient remplacées par la négrone ou Valrophie. Chez moi, d’ailleurs, comme dans les magnaneries, ces maladies offraient hxs .symptômes ch'puis long- temps décrits; mais, tandis que d’ordinaire elles n’atteignent qu’un nombre d’insectes plus ou moins restreint, elles présen- taient ici un dévelopjtemcnt tel que des éducations entières étaient détruites dans l’espace de quelques jours. Evidemment, l’action habituelle de ces maladies était làvorisée par quchjiu; cireojistancc; qui la rendait inliniment plus redoutable que dans une situation normale. » Or il me (ut promptement démontré que tous les vers pré- sentaient nue particularité étrangère à l’affection (pii, au premier abord, semblait seule les avoir happés. Leur peau était marqiuie 18 MALADIE DES VERS A SOIE. de taches noires d’nne nature spéciale. Bientôt je m’aperçus qu’un grand nombre d’entre eux périssaient sans présenter d’autres symptômes que ces taches et un dépérissement graduel. (^Inv, les mieux portants en apparence, principalement chez tous ceux qui avaient franchi la première moitié du cinquième âge et allaient faire leur cocon, je retrouvai ces mêmes stigmates. Il m’arriva plusieurs fois de passer des heures entières dans les chambrées dont tous les vers étaient magniliqncs et promettaient la plus b(‘llc récolte, sans en trouver un seid complètement exempt de ce signe étrange et néfaste. 11 est vrai que j’appelais la loupe au se- cours de mes yeux là où ceux-ci eussent été complètement insuffi- sants, et j’ai désolé plus d’une magnanière expérimentée en lui montrant, à l’aide de rinstrument, combien le mal était universel, alors qu’elle s’en croyait complètement à l’abri. Plus tard des au- topsies cent fois répétées me montrèrent cette même tache dans tous les organes, dans tous les tissus. Je la poursuivis chez la chrysalide et dans le papillon, et partout, toujours, elle se pré- senta avec des caractères identiques (i). » C’est dans la peau des jeunes vers qu’il est le plus facile d’é- tudier cette singulière altération; mais, pour en bien saisir l’ori- gine et le développement, il est nécessaire de reeourir aux plus puissantes lentilles du microscope. Ce n’est d’abord qu’une teinte jaunâtre, obscurcissant légèrement la transparence hyaline des tissus. Puis c(!tte teinte se fonce et devient légèrement brunâtre. Plus tard, le brun domine de plus en plus, et bientôt toute trans- parence disparait. A ce moment, le point attaqué ne montre plus qu’un pcîtit magma d’un brun noirâtre, et comme charbonné. Toute trace d’organisation a disparu. Autour de ce premier noyau règne une auréole jaunâtre, annonçant l’invasion des tissus voi- sins. En ellet, la tache s’étend peu â peu, envahit et désorganise tout ce qui l’entoure, jusqu’au moment on ses progrès sont arrêtés, (i) Ces taches ont été indiquées par certains auteurs, niées par d’autres. Pans les Cévennes, elles avaient été vues dès i85â par quelques rares maynaniers qui firent un mystère de leur découverte. En 1857, elles furent très-apparentes, et générale- ment visibles à l’œil nu dans certaines localités. (Dr QvATnr.p\c.RS.) INTRODUCTION. 19 soit par la mort cio rinscctc, soit par une muo. A ohacuiio do oos orisos, lo vor malaclo tlôposc ses tégumc’iits taoliôs ol roparaît avoc; uno apparonce do santô cjui ou a souvont impose* aux cebsorvatours; mais, au bout de doux ou trois jours, la uouvollc peau est atteduto commo la promiôrc, et oo lait suf’lirait à lui soûl pour jerouvor cpio la tache u’est pas uu pbéuomèue local et tient à uuo cause plus profonde, qu’elle est, eu réalité, le signe d’une infection gcmérale. » Celui qui conserverait le moindre doute à ce sujet u’a d’ailleurs cpi’à ouvrir cpielcjues cadavres. Partout il retrouvera les phéno- mènes cpie je viens d’indicpier, partout il verra d’aboid apparaître les points jauu.àtres, premiers signes du mal; il les verra se foncer et passer au brun. Eu explorant tour à tour des taches de plus eu plus avancées, il eu suivra do l’œil les progrès, et les verra trans- former de la même manière tous les éléments de l’organisme*. Lames membraneuses, fibres musculaires, globules graisseux dis- paraissent et se fondent en petits amas noirâtres, disséminés parfois en nombre incalculable dans le corps entier. On dirait alors cpie tous les organes, au dedans comme au dehors, sont saupoudrés de poivre noir. Chez le papillon surtout, et plus particulièrement autour des orifices de rint(*stin et de rovaire, les lobules des tra- chées et du tissu graisseux sont durcis, hypertrophiés, et présen- tent l’aspect de masses cancéreuses. En un niot, cpiclque diflicile (pi’il soit de comparer les altérations pathologicjues d’un insecte à celles d’un animal vertébré, le médecin peut croire avoir sous les yeux une alfcction gangréneuse, viciant l’organisme jusque dans ses ph is intimes profondtmrs, tout en produisant parfois des phénomènes que l’on rapporte d’ordinaire au rachitisme. Le symptôme caractéristicpie de cette allèction est la tache que je viens de décrire, (*t voilà pourquoi, ayant à la désigner par un nom nouveau, je l’ai baptisée de celui de pébrine, qui, eu langage du Midi, signifie maladie du poivre. » La marche de cette maladie est d’ailleurs lente, et sa termi- naison non moins exceptionnelle que ses aulrc's symptonies. Le ver pébriné languit et s’éteint insensiblement. Il meurt, pour ainsi dire, peu à ])eu; son agonie est tranquille, mais très-longue. J’en ai vu résister pendant deux ou trois jours; j’en ai vu qui, 20 MALADIK DES VERS A SOIE. pinces ou picpics de niillc manières, ne faisaient plus le nioindn- inouveinenl, et ne traliissaient un reste de vie que lorsque je les plongeais dans l’aleool. Knlin, une fois morts, ees vers, au lieu de SC deV-omposer, durcissent de plus en plus et se momifient, lis ressemblent alors assez à des museardins que n’auraient pas en- vahis les efflorescences caractéristiques. Là même se trouve l’ex- plication du sileuce gardé par les auteurs sur la pébrine^ ils l’ont tous confondue avec la muscardine, parce que ces maladies ont en comnvun un signe qui les sépare de toutiîs les autres, savoir : la momification des cadavres. Pourtant, l’inspection microscopique ne permet pas de les confondre. Jamais le verpébriné ne présente rien d’analogue aux (ilamcnts du champignon, véritable cause de- là mort du ver muscardiné (i). )) Ainsi, à coté des maladies locales, variables, se montre une ualadic bien distincte, universelle, constante. Evidemment à celle-ci se de peuvent se rattacher des phénomènes de même nature, l’épi- démie et l’hérédité, qui caractérisent partout et toujours le mal actuel. C(dui-ci, considéré dans son ensemble, n’est donc pas simple, co’nnie on l’avait cru d’abord-, il se compose de deux élé- ments : l’iin fondamental; l’autre, pour ainsi dire, accessoire. Le premier, la pébrinc, envahit en totalité les chambrées, affaiblit les vers hicn longtemps avant de les tuer, et les prédispose à subir, avec une facilité déplorable, l’action de toutes les causes mor- bides, quelles qu’elles soient. Le second est le résultat de l’action tic ces causes et varie avec elh;s. Ainsi compris, le fléau s’expli- que, et ses caprices apparents ne sont plus que des conséqiu-nces très-logiques de sa nature. Les phénomènes les plus frappants, c;cux que l’on constate aisément à l’œil nu, appartiennent aux nialadies intercurrentes, qui viennent se grellcr sur la pébrinc; mais ces maladies, dépendant d’une foule de conditions diverses, sont Ivien rarement les mêmes dans des lieux dilféreuts, ou d’une (i) On voit que je ne reyarde pas la pébrinc comme une maladie nom'cl/e. .l'ai en efi'ct recueilli des témoijjiuijjnes formels, d'ofi il résulte qu’elle existait dans les chambrées les mieux tenues bien avant l’état de choses actuel. Seulement elle parait y avoir clé tiés-rare. (l)i; (jiATm.i Ac.Es.) INTRODUCTION. 21 année à l’autre dans la même localité. Chacune vient mêler son cortège de symptômes propres à ceux qui caractérisent la pébrine, et, par conséquent, le tableau varie constajnmcnt à certains égards, tout en restant identique sous d’autres. » Telles sont, au sujet des taelies (pie montrent les vers atteints delà maladie régnante, les opinions de M. de Quatrcfag(îs. Sur bien des points essentiels, je suis tout à fait en désaccord avec mon savant confrère. D’une part, les tissus des vers malades ne m’ont pas oflert les symptômes dont parle M. de Quatre- fages, et quant aux maladies intercurrentes , elles n’existent pas, selon moi. On ne voit pas plus d’exemples de jaunisse on de grasserie cju’on n’en a jamais vus, peut être même beaucoup moins. La muscardine est devenue très- rare. Les tôles claires on luceltes sont une exception qu’on a peine à rencontrer. Les arpians m’ont toujours paru être des vers atteints de piibrim qui ne blanchissent pas après la quatrième mue. Une seule ir i- ladie, celle des morts-flats (tripes, passis,...), est associée; à la pébrine, mais sans relation nécessaire avec cette dernière, ce dont je ne veux d’autre preuve en ce moment que b^ fait bien avéré aujourd’hui de l’absence complète de la maladie dès morts-flats dans des localités où sévit la péln ine au plus haut degré. Je mon- tn;rai, d’autre part, que les taches de la ]icau des vers malades ne sont pas l’elfet d’une gangrène, mais bien d’un parasite intérieur, introduit dans le ver par hérédité ou par contagion. Je ne puis partager davantage quelques-unes des opinions pré- c(‘dentes au sujet des taches et de la valeur de ce caractère : j’en dirai bientôt les motifs. Les observations de AL de Quatrefages n’ont pas moins rcmdu d’importants services, et le nom de pébrine^ donné par lui pour la première fois à l’une des formes du mal régnant, mérite d’être conservé, parce qn’il est ndatif à un caractère extérieur propre; à frapper les yeux même les moins exercés. 22 MALADIE DES VERS A SOIE. §11. — Des conPLScuLES dans i-’iNTÉniErn des oeganes des vers malades. — Histoiuque. Pendant que ces recherches s’accomplissaient en l’rance, les naturalistes italiens poursuivaient à un tout qutre point de >ue l’étude de la maladie. En examinant au microscope les tissus des vers malades , ils avaient vu qu’une production anormale leui' était associée le plus souvent. Elle était formée de petits corpus- cules, brillants, ovales, très-nettement délimités, dont les dimen- sions suivant le grand axe ne s’élevaient guère qu’à 2 ou 3 mil- lièmes de millimètre environ. Les planches ci-jointes représentent des portions de la glande de la soie dans un ver sain et dans un ver très-chargé de la pro- duction anonnale dont il s’agit. Les grandes cellules, d’aspect pentagonal, qui, dans ce dernier ver, entourent le canal où se réunit la soie encore visqueuse que ces cellules sécrètent, sont remplies des corpuscules ovales au point d’en être li>pertn>phiées. Je vais essayer de présenter, avec justice et vérité, l’iiistorique de la découverte de ces petits corps et de leur siguilieation patho- logique. Cette étude n’a été laite jusqu’à présent par aucun des nombreux auteurs qui ont écrit sur la maladie des vers à soie. Lorsque le lléau qui ruine aujourd’hui la sériciculture n’avait pas encore été signalé, des diverses jualadies dont soiinVaient les éducations de vers à soie, la plus grave, sans contredit, était la muscardine. Ou savait, depuis l’amiéc 1 833, par les recherches précises du professeur llassi, de Lodi, coulirmées par les expé- riences d’Audouin, que cette maladie devait être rapportée au dé- veloppement, dans le ver ou dans la chrysalide, d’un parasite vé- gétal, désigné sous le nom de Boinjtis bassiana, par hommage à celui qui, le premier, l’avait décrit et en avait fait connaître les luuestes elfets. Tous les ellorts des [)ratieiens et des savants (haient parti(aiiièremeut dirigés vers une coiniaissance plus approfondie de cette moisissure, et des moyens de prévenir ses ravages dans les chaiidjrées; car, sans être héréditaire, la muscardine était aussi i‘. I.ackerbaucr tui ■ na/ . Uet . J*icarL xc POirriOX AÎNTÉRIKUIÎI' D’I'NK DKS GI.ANDIiS DK I.A SOIK DANS DJA VKH SAI:N Le tube où se réunit la soie est coupé et la. soie en sort à l'étal visqueux "'nn i-to.f l’arut P. Lackrrbatu'r ad . nat . del . Picart PORTION ANTÉRIEURE D UNE DES GLANDES DE LA SOIE DANS UN VER. TRÈS CORPUSCULEUX il il ij ) 'I I INTRODUCTION. 23 redoutable que si elleeùteucc caraetère. Elle se propageait, d’année en année, dans une même magnanerie, par les spores du parasite, lesquelles portées par les vents ou par les objets qui en étaient recouverts, allaient, en outre, semer au loin la contagion dans les éducations du voisinage. Eu 1849, M- Guérin-Méncville, chargé depuis quelques an- nées, par le Ministère de l’Agriculture, d’études séricicoles, publia l’ensemble de ses observations sur la maladie dont il s’agit. Je vais résumer son travail en empruntant les termes mêmes de l’au- teur. Ce n’est pas que les conséquences des observations de ce naturaliste, touebant la niuscardiue et les autres maladies du ver à soie, oU'rent aujourd’hui le moindre intérêt : elles ne méritent d’être citées que parce qu’elles ont fait mention, pour la première fois, de la présence chez le ver à soie, d(;s corpuscules dont j’ai à tracer l’histoire. « Je suis arrivé, dit M. Guérin-Méncville en 1849, à mieux lixer nos connaissances sur la nature de la plus terrible des ma- ladies qui atteignent nos vers tà soie, de cette désastreuse juusear- diiie, véritable iléau des magnaneries, qui fait perdre annuelle- ment plus de 3o millions à notre agriculture. » .... Cette année, mes recherches sur les vers à soie, en santé et en maladie, m’ont conduit à l’observation de faits extrêmement curieux, sous les points de vue scientifiqiu! et agricole. Je crois avoir assisté à la transformation de la matière vivante élémentaire animale en un végétal^ car j’ai vu certains corpuscules, formant la portion vivante et interne des globules du sang des vers à soie, devenir les racines du Bolrylis bassiana, de ce végétal inlérieur qui constitue la maladie connue sous le nom de muscardine (i). » Etudié à l’aide du mieroseope et immédiatement après sa sortie du corps, le sang des vers à soie en bonne santé se compose (1) Études sur les maladies des -vers à soie : observations sur la composition intime du sang sur les insectes et surtout sur les -vers à soie en santé et en maladie, et sur la transjormation des éléments 'vivants des globules de ce sang en rudiments du •végétal qui constitue la muscardine, par M. Gi’kkis-Méxeville {^Mémoires de la Société d' Agriculture de France, série, t. V, iS/jg). 2i MALADIE DES VERS A SOIE. d’un liquide alhutiiineux, Iransparenl, et incolore si les vers doi- vent donner de la soie hlanclie, ou d’un Ijcau jaune doré s’ils doivent donner de la soie jaune, dans lequel il y •'> innom- brable quantité de globubîs presque sphériques, un peu inégaux, niais dont les plus gros dépassent à peine, dans leur plus grand diamètre, i centième de millimètre. » Ces globules, qui semblent doués d’une vie individuelle, se développent et se proiluisent eontinuellement pendant la vie de l’animal. » .... A oilà ce que de nombreuses saignées, pratiquées à des vers à soie et à diverses autres espèces d’insectes dans l’état phy- siologique, m’ont constamment montré. Mais, dans l’état patho- logique, les choses se passent autrement. » Lorsqu’on tire du sang à des vers à soie alFaiblis jiar div erses maladies autres que la muscardine (arpians, lucettes, mous, llats, gras, passis, etc.), on voit que le nombre des globules de ce sang est d’autant plus diminué que le ver est plus jvrès de mourir. Alors l’albumine est remplie d’une grande quantité de petits corpus- cules animés, d’autant plus considérable que le nombre des glo- bules normaux est plus lestreint. )) Ces corpuscules animés sont tous identiquement de la même grosseur de millimètix;), ovalaires et réniformes, eu tout semblables à ceux que l’on voit par transparence dans les globules encore intacts, et ils n’ollrent aucune apparence de cils vibratiles ni d’autres organes extérieurs de locomotion. Ils sont doués d’un mouvement très-vif et qui semble volontaire, car il y en a qui s’arrêtent, qui reprennent leur mouvement, et quand ils viennent à en toucher d’autres, ils s’éloignent en tournoyant et en se pré- sentant, soit de coté, avec leur forme ovale, soit par un bout, ce qui les fait paraître ronds. 11 est évident que les mouvements dont ces corpuscules sont doués dillèrent totalement du mouvement brownien, que j’ai observé avec grand soin, et eomparativement, dans plusieurs substances végétales et minérales en dissolution. Cette matière, probablement vivante, qui donne la vie aux glo- bules du sang, c(;s eorjmscules élémentaires sont év idemment les mêmes que ceux (ju’on aperçoit à travers la membrane transpa- INTRODUCTION. rcnti* dos globulos normaux, car j’ai eu occasion de les eu voir sortir.... 11 me parait encore évident cpie ces granules sont les éléim-nls de nouveaux globules sanguins, quand ils sont produits et lancés dans le sang d’un ver en bonne santé, mais qu’ils man- ([uent de quelques conditions essentielles quand l’animal dans lequel ils se forment se trouve dans un état pathologique, ce qui les arrête dans leur développement Je proposerai de les dé- signer sous le nom d’hénialozoïdes. )) J’ai observé les liématozoides dans le sang de divers insectes à l’état de larve et à l’état parfait : il suffisait de les laisser souf- frir (quelque temps de la faim pour provoquer l’apparition de ees corpuscules animés. » Chez les vers à sole qui doivent mourir de la muscardinc, soit qu’ils aient reçu naturellement les germes du mal dans l’atelier infecté, soit qu’on les ait infectés artificiellement, en déposant sur leur corps, avec la fine pointe d’une épingle, quelques sporulcs du botrytis muscardinique, les phénomènes ont lieu tout autrement. )) Longtemps avant la mort du ver à soie, mais sans que sou état maladif soit indiqué par des signes extérieurs, on trouve dans son sang (pielques hématozoïdes, qui deviennent d’heure en heure plus noiubreux, et auxquels se mêlent des petits corps naviculaircs, d’abord très-courts, et que nous verrons bientôt devenir les tliallus ou racines du botrytis muscardinique. » C’est à cette jjérlode de la maladie qu’il m’a été permis de voir, et cela plusieurs fois, car je n’en voulais d’abord pas croiia; mes yeux, le moment où plusieurs des corpuscules animés se transforment en végétaux. » 11 semblerait, d’après cette curieuse observation, que, dans les cas dejnuscardine, les petits corpuscules animés peuvent croître, conservcrcMicore quelque temps leurs mouvements, en s’allongeant jusqu’à ce qu’ils soient convertis en tliallus. Ils roulent sur eux- mêmes, ebangent de direction sur place, se rapprochent ou s’é- loignent entre eux, comme le font les animalcules spermatiques. » Quant aux globules normaux qui restent en repos, ils mon- trent, dans leur intérieur, des corpuscules complètement sem- blables à ceux qui se trouvent libres. .Te ne doute pas qu’ils ne soients prêts à sortir. 2G MALADIE DES VERS A SOIE. )) Ainsi, si ce fait se confirme, on ])ourrail admettre que ces corpuscules animés sont des glol)ules élé/nentaires doués de vie, qui abandonnent les globules du sang pour les repi oduire. Dans l’état pathologique du ver, ils meurent et se décomposent dans certains cas, ce qui constitue les maladies qui amènent la liqué- faction des vers (arpians, lucettes, mous, etc.), ou se métamor- phosent en rudiments végétaux, dont le développement amène la pénétration de filaments dans tous les organes, ce qui produit le durcissement, l’absorption des liquides, et tous les phénomènes de la muscardinc. Dans ce cas, il s’ajoute à ce travail une combi- naison chimique; des cristaux cubiques, surmontés, sur deux faces parallèles, de pyramides quadrangulaires équilatérales, se mon- trent, et ils doivent concourir à la solidification des tissus. )) Si on laisse une goutte de ce sang, infecté de muscardine et plein de rudiments de tliallus, sur le porte-objet du microscope, et qu’on l’expose à l’humidité, ou voit ces rudiments végéter, s’allonger, se ramifier et s’entre-croiser à l’infini, puis donner des tigellules dressées et ramifiées qui ne tardent pas à produire des sporules du botrytis muscardinique. » De toutes ces observations de AI. Guérin-AIéneville, il n’est rien resté dans la science que le fait de l’existence, chez certains vers à soie malades, de corpuscules que l’on ne rencontre pas constamment dans ces insectes. Sur le point principal développé par l’auteur, d’une relation entre les corpuscules et le parasite de la muscardinc, l’erreur est si grande que jamais cette dernière maladie n’a moins sévi, dans les éducations de vers à soie, que depuis l’extension énorme qu’a ])risc la maladie spéciale que ca- ractérise la présence des petits corps dont il s’agit. Au mois de novembre i85o, une année après la publication du' A'Iémoire de M. Guérin-Méncville , AI. Filijipi, professeur de zoologie à l’Université de Turin, jmblia des remarques critiques au sujet de ce travail (i). « Les naturalistes, dit-il, ont vu dans le (i) Quelques observations anatomico-phj siologiqucs sur les insectes en général, et en particulier sur le ver à soie, par le D'' de I'ilippi {^Annales de V Académie d Agriculture de Turin, t. V', novembre i85o). INTRODUCTION. 27 corps des vers à soie et des insectes en général les corpuscules dont parle M. Guérin-Méncvillc, mais il n’est venu à la pensée d’aucun d’entre eux d’attribuer à ces petits corps le rôle qu’il leur assigne (i). » Voici quelques extraits du Mémoire de M. Fi- lippi- (c Un pliénomène très-singulier que le microscope révèle dans l’organisme des insectes est la produetion dans leurs tissus, et eu présence de circonstances données, d’une multitude infinie de petits corpuscules qui se meuvent au contact de l’eau, de sorte qu’au premier abord ou croirait que ce sont de vrais animaux. Quiconque a observé, môme à un faible grossissement, le liquide trouble et rougeâtre qui se ramasse dans le grand cæcum du bom- byx du mûrier, du spliynx du laurier-rose, et, en général, de tous les papillons, aura déjà eu sous les yeux un de ces cas, et aura peut-être adopté un instant l’idée, qui se présente comme la plus simple, d’une multitude incroyable d’infusoires nageant dans ce liquide. » Les naturalistes n’ont pas cru ce phénomène digne d’un in- térêt spécial Cependant il a récemment acquis plus d’impor- tance en servant de base à une théorie sur la formation de la muscardine chez le ver à soie. » M. Guérin-]NIéneville, qui en est l’auteur, a observé de ces corpuscules, en apparence doués de mouvement, dans le sang du ver à soie, et il n’hésite pas à les reconnaître pour de vrais ani- malcules, qu’il a appelés hémalozoïdes. 11 serait parvenu de plus à découvrir que : ces êtres non-seulement se trouvent dans le sang, mais se produisent réellement dans l’intérieur de ses glo- bules; 2° leur présence n’est pas seulement en étroite relation avec quelques maladies des vers, et principalement avec la mus- (i) Cette i)remiére phrase du travail italien laisse supposer que les naturalistes, longtemps avant le Mémoire de M. Guérin-Mcneville, connaissaient, pour la plu- part, les petits corps auxquels ce savant a rapporté, par erreur, la première ori- gine du hotrv’tis de la muscardine j mais M. Filippi n’indique pas les motifs de cette opinion, et, en ce qui me concerne, je les ignore. M. Guérin me semble donc devoir être considéré, jusqu’à preuve du contraire, comme ayant, le premier, figuré et décrit les corpuscules dont nous parlons. 28 MALADIE DES VERS A SOIE. cardiiic, niais cliacim de ces animacules sc convcrtil peu à peu en lliallus du Lotrytis. » Quant au mouvement de ces petits corps, c’est-à tort que M. Guérin-Méneville voudrait y trouver une différence avec celui qu’on appelle moléculaire^ onbroicnien^ et que présentent quelques suLstanccs végétales et minérales, différence hypothé- tique qui l’amène en outre à attribuer à ces corpuscules la nature des êtres animés et la volonté. Le mouvement brownien ne se présente pas toujours sous des apparences identiques, et M. Gué- rin pourra facilement observer quelle parfaite ressemblance il y a, par exemple, entre le mouvement de scs hématozoïdes, et ce- lui que présentent, en bien des cas, les granules de pigment sortis de leurs cellules (i). » Rien de mieux fondé que les critiques de M . Filippi . Son travail renferme d’autres observations, non moins exactes, mais qui se trouvent associées h une erreur cju’il importe extrêmement de relever. « Ges prétendus hématozoïdes, dit M. Filippi, ne se ren- contrent pas exclusivement dans le sang, il y en a au contraire beaucoup plus dans les tissus de la larve et du papillon : seule- ment, c’est un produit morbide chez la larve, ef un produit nor- mal et constant chez le papillon. » « En disséquant un ver malade de jaunisse, il m’est arrivé une fois de remarquer sur ses glandes soyeuses quelques taches épaisses, d’une sidistance blanche, qui, enlevée et portée son.s le microscope, s’est montrée entièrement formée de corpuscules ovales transparents, doués de mouvement. Depuis lors, j’ai pu répéter la même observation toutes les fois que je découvrais les mêmes taches blanches opaques sur les tissus des i ers malades. » Ces faits sont très-exacts, excepté toutefois celui qui conexone (i) M. Filippi a raison. Les corpuscules dont il s’apit n’ont d’autre mouvement sensible que le mouvement brownien, et il est regrettable que, postérieurement à M. Filippi, on sc soit servi, pour les désigner, des noms de corpuscules vibrants ou oscillants. Ces (.’pithùtcs correspondent à l’erreur de M. Guérin-Méneville, d’un mouvement propre chez ces petits corps, et doivent être abandonnées. P. Lttckcrhtmer ad . nat ■ det . Picart se. 3o£ PORTION DE GLANDE DE LA SOIE VERS SON EXTRÉMITÉ DANS UN VER TRÈS CORPUSCULEUX ANTÉRIEURE lmp Oenif’Oros , Paris INTRODUCTION. 29 la piéscnci- constante et normale des coi])uscnles chez le papil- lon. M. Filippi insiste à diverses reprises sur cette erreur, cpii a eu, comme ou le verra dans la suite de cet Ouvrage, une inlluence considérable sur les applications pratiques que l’on pouvait dé- duire de la connaissance des corpuscules des vers à soie. Partagée par les naturalistes italiens, l’opinion erronée de M. l’ilippi a retardé peut-être de plusieurs années le moment où l’industrie séricicole a été mise en possession du procédé pratique propre à piévenir le lléau, dont cet Ouvrage a pour but essentiel de faire connaitre les principes et les résultats. Les corpuscules dont je viens de parlei' furent observés par M. Leydig en i853 dans un autre genre d’insectes, les coccus de la cocbenille (i). L’éminent professeui' de Tubingen n’avait pas connaissance des travaux de MM. (kiérin-i\léneville et Filippi. Aussi ne lait-il aucune mention dans ce premier Mémoire de la présence de ces petits corps dans les vers à soie; ce n’est que plus tard, en 18Ù7 cl en 1860, que M. Leydig constata l’identité des corpuscules qu’il avait rencontrés chez les coccus, avec ceux que MM. (luérin et Filippi avaient observés dans b; ver à soie, et sur lesquels diverses publications récentes venaient d’appeler de nou- veau ratlcnliou des naturalistes (2). Postérieurement à l’année i853, M. Leydig découvrit ces mêmes corpuscules et d’autres analogues chez diverses espèces d’insecTcs, par exemple dans les araignées et même cliezles écre- V isscs, etc., etc. L’intérêt particulier des travaux de ÎM. Leydig n’est pas seule- ment d’avoii' reconnu l’existence des corpuscides du ver à soie dans d’autres espèces d’animaux domestiques ou sauvages, mais principalement d’avoir considéré ces petits corps comme un para- (1) Zeitsi hrifc fur wissenschaftliche Zoologie (^Journal des Sciences zoologiques, 1. V; i853). (î) Lz'imc,, Archives d' Anatomie pathologique de Virchow; 1S57. • Levdic, Histoire naturille des Daphnies; 18G0. CoRS.XLiA, Monographia del hombyee del Gelso ; Milan, i856. Ledert et Fkey, Annuaire de la Société des naturalistes de Zurich; i85C. Lebert, De la maladie de l'insecte de la soie; Rcriin, 1838. 30 MALADIE DES VERS A SOIE. site qu’il fallait l’apportcr à un gennî d’organismes très-nouveaux et Ibrt singuliers, créé par Jean Muller en 1841, sous le nom de psorospermie^ et de les avoir rangés parmi les espèces végétales. Sur CCS divers points, M. Leydig n’a jamais varié dans les puJdi- cations qu’il a faites à ce sujet de i833 jusqu’à ce jour. On doit à M. Balbiani d’avoir fait connaître le premier en France les opinions du savant allemand (i). M. Leydig n’a point donné de preuves plausibles de sa ma- nière de voir: c’est par une vue de l’esprit, reposant sur l’en- semble de ses connaissances relatives au parasitisme dans les espèces du genre psorospermic et des genres voisins qu’il a été conduit à réunir aux parasites de cette nature les corpuscules des coccus et des vers à soie (2). En d’autres termes, _M. Levdig n’a pas fait connaître le mode de génération des corpuscules des vers à soie; mais il a mis sur la voie de cette recberebe dans des con- ditions qui devaient amener sûrement la vérité. L’opinion de M. Leydig avait en outre pour conséquence de faire considérer les corpuscules comme le signe d’une maladie parasitaire, car le genre psorospermic avait été créé par Jean Muller à l’occasion de productions morbides étudiées par lui sur divers poissons, notam- ment ebez le broebet ordinaire d’eau douce. Cependant il est juste de faire remarquer que M. Leydig ignorait en i853 que les corpuscules étudiés par lui fussent identiques à ceux du ver à soie ; son travail ne saurait ôter aucun mérite de nouveauté à l’opinion admise trois ans après par MAL Cornalia, Frey et Le- bert d’une relation très-probable entre la présence des corpus- cules et la maladie qui sévissait alors au plus haut degré en France et en Italie sur l’insecte de la soie. Le premier aperçu sur l’importante relation dont je parle se trouve dans la monographie du ver à soie qucM. Cornalia publia à Milan en i856 (3). A’oici ce qu’on lit dans cet Ouvrage à la .('1 Comptes rendus de V Academie des Sciences, t. LXIII (27 août 1866). (2) Voir dans les Documents , t. II, (juatrihne Partie, p. 3oi et siiiv., divers extraits des puldications de M. I-eydig. (3) l, opinion que j’émets ici, au sujet du mérite propre de M. Cornalia, se trouve 0 F Lackerbauer ad- nal.del !*icart sc 3tà GRAINES THES COHPUSCULEUSHS Corpuscules patholo^é^iqucs fmft. Ortuf'l'nu . l’iu tjr ■•'A i } \ ' - i : _ . É INTRODUCTION. 31 page 36 1 sou.s le titre Ilydropisie du papillon, nom cjiie quelques personnes donnaient alors à la maladie du ver à soie : « 11 y a environ deux ans que parut aussi eliez nous eette ma- ladie, connue en France depuis longtemps déjrà, et qui frappe non plus la larve, mais l’insecte à l’état adulte, de sorte qu’elle dimiuue assez notablement le rendement en graines, et rend, en outre, incertaine la qualité de celle qu’on obtient de ces papil- lons. Cette maladie se présente sous des apparences divei’ses, çt nous Y distinguerons trois degrés. Comme symptôme général, l’insecte offre un alidomen énormément gonflé : ce caractère se joint à d’autres dont la présence ou l’absence et le plus ou moins d’intensité indiquent les degrés du mal. Je mettrai (-es degrés en rapport avec la capacité reproductrice. Le premier degré est celui où les symptômes sont le moins accusés : les papillons s’ac- couplent et les femelles donnent une graine plus ou 7uoins bonne; dans le deuxième, la femelle s’accouple mais ne pond pas; dans le troisième, elle ne s’accouple pas. Le papillon bydropique sort avec peine du cocon : cette sortie difficile tient peut-être à la grosseur et au poids de son corps, peut-être aussi à plus de fai- blesse chez l’animal. Avant tout je dois dire que d’excellents co- cons peuvent donner des papillons ayant la maladie. 11 semble que la femelle y soit plus sujette c|uc le mâle. L’abdomen est très-volumineux ; les anneaux sont tendus et gonflés, et les es- paces interanniüaircs sont variqueux et rcnqdis par le liquide interne, c’est-cà-dirc le sang et le fluide nutritif qui semblent extrê- mement abondants et gonflent toutes les parties. Outre ce symp- tôme, le corps en offre un autre assez visible, c’est la coloration en gris de plomb, quclc]uefois assez forte, soit de parties de l’ab- domen, deux, trois ou quatre anneaux par exemple, soit aussi de parties des ailes. » L’abondance du liquide ijiternc est telle, que les ailes en confirmée par le passage suivant d’nne lettre que ce savant naturaliste a adressée au directeur de la Perseveranza de Milan (n“ du 20 juillet 1868): « Ces maudits corpuscules, auxquels Pasteur donne mon nom, parce que j'en ai indiqué le pre- mier la valeur pathologique, en i856 » 32 MALADIE DES VERS A SOIE. offrent entre l«;urs feuillets. Ces orgaii(;s délicats restent toujours ridés coniine au moment de la sortie du cocon; ils ne s’ctcndent pas par pénétration de l’air dans les nervures (iracliéesy, qui seraient ainsi séchées et fortifiées. .Au contraire, les ailes offrent eà et là sur leurs feuillets des vésicules ou varices, qui con- tiennent une ou plusieurs gouttes de sang, qu’on fait eoui ir entre les feuillets de l’aile, en pressant dessus. Quelquefois un feuillet crève, et une gouttelette vient sortir à la surface de l’aile, où elle a le temps de sécher, le papillon étant engourdi si l’on n’y touche pas. En ce cas le sang brunit d’abord en se desséchant, et à la fin il se transforme en une matière noire et \ i.squeuse comme la poix. » Le sang dxi papillon, vu au microscope, est trèa-riche en cor- puscules vibrants, et noircit quelquefois, pas toujours, sur le verre qui le porte. Le papillon ainsi malade se remue peu; le mâle seul offre quelquefois de l’agilité, et recherche la femelle; celle-ci, à une période avancée de la maladie, ne se jirètc pas à l’accouple- ment, bien qu’on ne voie aucun défaut organique dans les parties génitales externes. Si la femelle arrive à pondre, elle pond peu, très-lentement, et à de longs intervalles. Elle meurt prématuré- numt eu laissant un cadavre reconnaissable à la longueur de l'al)- düineii, encore plein d’œufs et pyriforme. .Te n’ai pas d’observa- tions sur ce que donnent les œufs ayant une telle origine, ni sur les causes ])robables d’une telle maladie. Cette affection (jui frappe l’animal arrivé déjà au dernier âge, dans une période trè.s-courte où il a très-peu de rapport avec l’extérieur, parait encore plus complexe que e(Tle du ver; il est donc plus difficile d’en trouver les causes. De plus, nous avons observé cette mala- die dans notre pays depuis trop peu de temps, jiour pouvoir dis- siper les lénèbi'i.'s qui voilent cette dillieile question. J'aisons des vœnix pour cpi’on n’ait p.as l’occasion d’en faire l’étude, et que la sérleieultim! ii’ait pas à compter un Iléau de plus. » Dans cette diiscription fidèle de la maladie ou voit que M. Cor- nalia signale en passant le fait tle la présence abondante des cor- puscules de Cuérin et de Filippi dans le sang des papillons ma- lades. Le savant naturaliste ne dit pas (jue c’est là un signe de la INTRODUCTION. 33 malaillc, et luèiiio on pourrait prétendre que M. Cornalia, parta- geant l’erreur de Filippi sur la préseuee constante des corpuscules dans les papillons avancés en âge, devait éloigner le lecteur de l’idée d’une relation entre le corpuscule et la maladie régnante (i). jNéaninoins il serait injuste de ne pas admettre (pie, par la phrase (jne j’ai soulignée à dessein dans la citation précédente, .M. Cornalia a éveillé nettement la pensée do rechercher si le cor- puscule n’était pas un signe du mal. Cette opinion a été développée ultérieurement par .M.M. Lehert et Frey eu i85G et i858, en examinant l’insecte malade à toutes les phases de sou existence (2). Le principal mérite des travaux de c(!s savants distingués est, en ell’et, d’avoir insisté sur la sigui- ficatlon pathologique du corpuscule, car, en ce (jni concerne la diflusion de ce parasite dans tous les oiganes du ver et du papil- lon, ils avaient été précédés, comme on l’a pu voir précédemment, par le travail de Filippi, dont ils ignoraient, je crois, l’existioice. En i85y l’Iiistoire de notre parasite s’eni icliit d’une découverte de la plus grande importance scientifique et pratii[ue. C’est au I)'' Osimo, de Padoue, c[u’on en est redevable. 11 reconnut, le pre- mier, la présenci; des corpnsenles dans les lenls de vers à soie, circonstance cpii avait échappé à ses devanciers. Le ])'' Lebei t lui-même, qui a poussé le plus loin l’étude de la recherche des corpuscules dans tous les organes du ver à soie, ii’avait pas réussi à constater leur [)résence dans les oeufs malades ; ar une observation rigoureuse des faits. ^1) Osimo, Recherches sur la maladie actuelle des vers à soie; Pailouo, iSjq. (2) Reruc universelle de sériciculture^ l. I, p. 6S; Lyon, 1867. INTRODUCTION. 35 CHAPITRE III. DES RECHERCHES ENTREPRISES AVANT L’ANNÉE 1865 FOUR COMBATTRE LA MALADIE. § I. — Distinction de la bonne et de la mauvaise chaîne. — Procédés DIVERS. Parmi les tentatives les plus sérieuses qui aient été faites en vue de porter remède à la erise sérieieole, la reclierelie de moyens propres h distinguer la bonne graine de la mauvaise tient la pre- mière plaee. L’importance de ces études, dans le cas où elles auraient été couronnées de succès, ne pouvait échapper à per- sonne. Chaque année, depuis l’origine du fléau, dans tous les pays séricicoles, on avait vu des graines réussir à merveille à côté d’autres cpii échouaient totalement , bien que la feuille et les modes d’éducation eussent été les mêmes pour ces diverses sortes de graines. Les exemples de cette nature étaient si nombreux, si propres à convaincre l’éducateur de l’importance du choix de la graine, que chaque année amenait l’essai de nouveaux moyens, soi-disant infaillibles, pour distinguer les bonnes semences des mauvaises. On expérimenta, en 1860 et 1861, le procédé Kaufl'inann, de Berlin, qui consistait à jeter une pincée de la graine à éprouver dans de l’eau en ébullition. Suivant l’inventeur, la graine était bonne quand elle prenait une teinte lilas foncé après quelques minutes de cuisson, mauvaise au contraire quand les œufs deve- naient rouges, jaunes ou bruns. A la môme époque, M. Mitiliol, sériciculteur éclairé du département de la Drôme, proposa d’isoler chaque couple des papillons producteurs de la graine dans des 3. I 36 MALADIE DES VERS A SOIE. ■ cellules distinctes, et de suivre les cliaiigeni(,*nts progressifs de la j couleur des œufs des diver.ses pontes les jours suivants. I^-s j bonnes pontes étaient celles dont les œufs arri\ aient en une se- maine à une teinte cendrée en passant par des nuances que l’au- I teur avait assignées. i Diverses personnes proposèrent l’e-xamen des mouchetures : qu’on observe à la surface des œui’s. M. de Plagniol, d’après ce I caractère, établissait entre les graines diver.ses catégories : les polygonales, les polygonales irrégulières, les mixtes, les confu.ses I et les tachetées. A son avis, les graines h mouchetures polvgo- * nales étaient les bonnes , et de plus en j)lus altérées à mesure I qu’elles s’éloignaient davantage de ce type. Déjà, en 1809, M. ^ it- [ tadini avait fait des observations analogues, de.squelles il avait i conclu que la coque des œufs sains avait une ponctuation légu- . lière, un réseau sans interruption, que dans les œufs malades au i contraire f très-corpusculcux) elle était inégalement réticulée et ‘ plus ou moins couverte de taches obscures (i\ MM. d’Arbalestier et llugou avaieiit recours au plus ou moins d’opacité des œnifs quand on les faisait traverser par la lumière j des nuées. Tous ces procédés et plusieurs autres reposant siu des dilfé- , reuces prétendues entre les poids spéciliques de la graine saine I et de la graine malade, sont tombés dans l’oubli le plus absolu. , Applicables, à la rigueui’, dans quelques cas limites, l’usage en I devenait impossible dans le plus grand nonibredes circonstances, parce cjue les principes sur lesquels ils s’appuyaient étaient vagues, confus ou erronés. I Des nombreuses méthodes imaginées pour distinguer la bonne graine de la mauvaise, deux seulement ont survécu : l’épHuive [ par éducations précoces et l’étude des œuifs au microscope. Celle- ; ci est née de l’observation rappelée au Chapitre précédent de la éseuce possible dans les cculs des corpu'culea, improprement ^ appelés corpuscules vibrants. Cette méthode, [uécieuse à divers (i) Àctes de l'Institut lombard; i8.ij). i INTRODUCTION. 37 égards, est tout à riionucur dos naturalistes italiens, MM. Osiino, ^ itladini et Cornalia. Le lo mars 1809, le Carlo ^ ittadini lut à l’Institut lombard un travail reniarquable qui a nettement défini les bases de cette méthode (i). Voici les principaux passages de son Mémoire : « Tous les bacologues reconnaissent que les vers à soie all’cctés de la maladie actuelle portent dans leur sang et leurs div ers or- ganes une quantité prodigieuse de ces corpuscules microscopiques ovales, oscillants, que Guéi in-Méncville appelle hétnatozoïdes, les prenant pour de vrais infusoires; que Lebert a cru être des indi- vidus d’une algue unicellulaire, qu’il a nommée Panhistophyton ovatum; que moi, enfin, je suis porté à prendre pour des produits de quelque état de dépérissement de l’individu qui les porte, car on les trouve constamment dans les papillons sains, vers les der- niers moments de leur vie, et ces papillons meurent par suite d’une phase régressive purement naturelle. . . . » Les bacologues ne s’accordent pas sur l’existence constante de ces corpuscules dans les vers malades d’atrophie; en trouve- t-on aussi dans les œufs que font les papillons alléctés dt; la même maladie? Lebert dit qu’il n’y en a jamais trouvé, quelque recher- che qu’il en ait faite. Au contraire, Osimo, qui partage l’opinion de Lebert quant à leur nature végétale, assure les avoir presque constamment observés dans beaucoup d’œufs émis par des papil- lons l'rappés par cette maladie (2) (1) Ce Mémoire est intitulé : Manière de reconnaître la mauvaise graine des vers à soie de la bonne, par C.vrlo Vittadini Actes de l’Institut lombard; Milan, i85g, t. I, p. 3Go). (2) Iæs difncultés rencontrées par les premiers observateurs pour la constatation des corpuscules dans l’intérieur des œufs des versa soie sont faciles à comprendre, si l’on rélléchit au très-petit nombre de corpuscules que les oeufs contiennent, en général, surtout les oeufs bien fécondés, examinés dans les premiers mois qui sui- vent la ponte. J'engage les personnes qui commencent leurs premières études mi- croscopiques sur les œufs, à s’adresser de préférence aux œufs mal fécondés, de couleur rougeâtre ou brune, très-déprimés. Chez ces derniers, les corpuscules existent bien plus abondants, en général, quelquefois même à ])rofusion, témoin la planche ci-jointe, qui représente le champ microscopique d’un œuf de cette sorte, dans une ponte très-corpusculeuse. 38 MALADIE DES VERS A SOIE. » Cela posé, le but de ce Mémoire est d’exposer les derniers résultats de mes expériences, par lesquelles il est démontré que réellement on rencontre ces corpuscules, non-seulement dans les œufs des papillons malades, mais encore dans les petits vers à peine sortis de ces œufs; et leur présence surtout dans ces der- niers peut fournir un excellent critérium jxiur distinguer la graine provenant de paj)illons malades de la graine des papillons sains. » Mes premières recherches sur ce sujet ne furent pas heu- reuses. Dans le cours de l’année, je soumis au microscope un nombre très-grand d’œufs obtenus de divers couples de papillons indubitablement affectés de la maladie actuelle, et je ne pus voir dans les innombrables granules du jaune aucun corps ressem- blant aux corpuscules pour la forme ou les dimensions. Ce ne fut qu’aux premiers jours de février de cette année qu’en examinant de nouveau de pareilles graines, je pus apercevoir évidemment ces corps et m’assurer qu’il y en a aussi dans les œufs » Etant assuré, par mes expériences, de la présence de ces corpuscules dans les œufs malades ou issus de papillons malades, j’ai voulu aller plus loin, et voir si l’examen extérieur de ces leufs pourrait donner quelque indice de leur état, sans qu’il fallût re- courir à l’examen intérieur. De ces recherches, il est résidlé que les œufs remplis de ces corpusciües, vus à un fort grossissement, avaient leur coque inégalement ponctuée et réticulée, et plus ou moins couverte de taches obscures, h proportion du degré de leur infection, ou, plus exactement, à proportion du nombre de cor- puscules qu’ils eontenaient; au contraire, les œufs dénués de corpuscules ont une ponctuation régulière, et un réseau sans interruption et sans aucune des taches susdites » J’arrive à la seconde partie de mes l'echcrches qui tend à prouver la présence des corpuscules dans l’embryon des graines infectées, lorsque cet embryon se développe, et, par suite, leur présence dans les petits vers à peine sortis de ces œufs. » Disons d’abord que les taches des graines, vues à nu grossis- sement de So diamètres , semblent évidemment résidter de la réunion ou du groupement des mailles du réseau formé sous la INTRODUCTION. 39 coque dans les premiers jours do l’incubation. Ces taches man- ejuent dans les bonnes graines, comme on l’a vu, et dans celles cjue les corpuscules n’ont pas envahies; elles résultent donc, à mon avis, d’une distribution irrégulière des globules primaires du jaune, brisés et entravés dans leur arrangement par le déve- loppement anormal des corpuscules ; do là résulte la réticulation susdite; le réseau est au contraire régulier et uniforme dans la graine saine ou pure de corpuscules. » 11 résulte de mes recherches sur les graines, à l’épocpie où commence le développement du germe, que les corpuscules, une lois apparus dans l’œuf, augmenUmt graduellement en nombre, à mesure cpic l’enibryon se développe; ejue, dans les derniers jours de l’incubation, l’œuf en est plein, au point de faire croire cjuc la majeure partie des granules du jaune se sont transformés cm cor^jusculcs. » Une autre observation importante est cpie l’embryon aussi est souillé de corpuscules, et à un degré tel, qu’on peut soupçonner cpie l’infection du jaune tire son origine du germe lui-mème; en d’autres termes, cpie le germe est primordialemcnt infecté, et porte en lui-mème ces corpuscules tout comme les vers adultes, frappés du même mal . » Enfin, ma dernière observation est cpie, lors de l’éclosion, tous les vers infectés ne sortent pas de l’œuf : hîs plus malades, ou ceux cpii contiennent un plus grand nombre de corpuscules, ne peuvent percer la cocpie ou sortir de la co(]ue une fois percée, et cpie beaucoup, à peine sortis, meurent. » 11 résulte de là cpie la présence des corpuscules dans les vers à peine nés offre une telle évidence des choses, cpi’on peut la prendre pour critérium de l’infection des graines, de préférence à l’examen de ces graines non encore écloses. » Je n’ai plus qu’à dire deux mots pour diriger les éducateurs dans leurs recherches sur la bonté de la graine : qu’ils soumettent à l'incubation, en février ou mars, une petite quantité de la graine à essayer; qu'ils attendent l’éclosion des vers pour soumettre ceux-ci à V examen. On en prend un ou davantage, mort ou vivant, peu importe; on l’écrase, avec une goutte d’eau distillée, sur un verre 40 MALADIE DES VERS A SOIE. bien propre, el on regarde au mieroseope à un gro.ssissement d’au moins 3oo diajnètres. SI l’inreclion existe, rohser\aleur verra les eorpuscules par milliers dans le liquide;, parmi les débris du ver, et d’une manière non équivoque. J1 soumettra au même examen les vers qui n’ont pas pu sortir de l’œul. Inutile de dire que ce moyen ollrira d’autant plus de sécurité qu’on examinera plus de vers, et avec un soin plus grand. )) Ces eorpuscules étant un indice assuré de l’état de dépéris- sement de l’individu cjui les contient, les vers qui sont dans ce cas dès leur naissance ne pourront certainement vivre jusqu’à la formation du cocon. Et, bien que l’abscnee de corpuscules dans les vers à peine nés ne puisse être regardée comme un signe cer- tain de la bonté de la graine, cependant c’est de toute façon un indice assez probable. » Tels sont les principes de la méthode Italienne pour la distinc- tion de la bonne et de la mauvaise graine. Le Mémoire de Vittadinl n’a pas été publié en France, mais M. N. Joly, professenr à la Faculté des Sciences de Toulouse, traduisit, en 1860, une ÎS'otc précise de M. E. Cornalia, direc- teur du Muséum d’iilstoire naturelle de Milan, on se trouvait exposée, avec tous les détails convenables, la méthode de ^ itta- dlnl et l’utilité de son application (1). M. Cornalia est rauteur bacolognc qui a le plus fait pour la connaissance et la dividgation de cette méthode. Comme tout ce qui est utile et vrai, elle a eu ses détracteurs; mais ceux-ci, ou la connaissent très-imparfaite- ment, ou demandent à son emploi des services qn’elle ne peut rendre; plus souvent encore ils l’appliquent mal, en se plaçant hors des conditions qui ont été indiquées par IMM. \ ittadini et Cornalia. L’examen de la graine doit se faire au mois d’avril, à l’époque de l’éclosion, ou sur un échantillon soumis à une incTibalion pré- (i) N. Joly, Journal tV j4 grieulture pratique pour le midi de la France ; To\i\ousc, 18G0. Messager agricole du Midi, l. I, p. 32Î, publié à Monlpellicr par M. F. Ca- ïALis (i8üo-i8Gi). INTRODUCTION. 41 cocc au mois de février ou de mars. Celle presciipliou de l’auleur d(; la mélliode csl suivie par Irès-pcu de personnes, ün p(;ut s’en dispenser quand les graines sonl très-cliargées de eorpuseules, car, dans ce cas, la présence de ces derniers se montre déjà dans beaucoup des œufs aussitôt après la ponU;, et, à plus forte raison, dans les mois d’automne et d’hiver. Or, poiu' condamner une graine, il n’est pas nécessaire d’attendre la multiplication visible des corpuscules dans tous les embryons qui peuvent eu montrer à l’éclosion. Mais quand une graine n’est ])as corpusculeuse avant son incubation, il faut se garder de croire que l’examen qu’on en a fait est suflisaut. 11 est indispensable de la soumettre en janvier, février ou mars, à une incid)ation précoce, ou attendre son éclosion naturelle pour en renouveler l’observation au mi- croscope. Beaucoup de personnes font d’une manière vraiment dérisoire l’épreuve microscopique des graines. 11 en est, par exemple, qui se bornent à écraser des œufs en nombre indéterminé pour re- cbcrclicr ensuite dans le liquide s’il existe des corpuscules en plus ou moins grand nombre. Il n’est pas permis de se jvrononcer sur la proportion des œufs corpusculeux dans une graine sans avoir fait séparément l’observation individuelle de trente à cin- quante œufs, au moins, prélevés sans choix dans un échantillon de la graine. Si l’examen des cinquante œufs ou petits vers éclos a donné deux, cinq, dix, . . . , sujets corpusculeux, on dit que la graine étudiée est corpusculeuse à 4î iOj 20, ..., pour 100. Ce n’est jamais que forcés par la nécessité que MM. Yittadini cl Cornalia ont borné leurs examens à dix ou quinze œufs pour porter un jugement sur une graine. « Pour pouvoir juger de la bonté d’une graine, dit M. Cornalia, il convient d’examiner le plus grand nombre possible de vers ou d’œ-ufs, un ou deux chaque fois. Si, jvour toutes les qualités de graines, on pouvait faire cinquante ou cent observations, au lieu de quinze ou vingt, le jugement serait toujours plus sûr; on pour- rait prédire si celte graine contient un cinquième, ou un quart, ou une moitié de vers malades, selon la proportion des vers et des 42 MALADIE DES VERS A SOIE. œufs trouves infectés comparativement à ceux qu’ou a trouvés exempts de corpuscules (i). » La méthode d’exameu des graines dont nous venons de parler n’a jamais acquis en France une grande laveur. Quelqiuîs per- sonnes seulement, MlM. de Plagniol dans l’Ardèche, .Jules de SeAmes dans l’Héraidt, d’Arbalestier dans la Drôme, J.igounhe à Montaidjau, la mirent en pratique. Aujourd’hui encore elle est fort délaissée. Le principal motif de cette indilférence tient vrai- semlîlablement à ce que cette méthode avait été précédée en France par une autre plus à la portée de tous les éducateurs et pouvant rendre les memes services, peut-être avec plus de certi- tude. Je veux parler de l’épreuve des graines à l’aide de petites éducations précoces au moyen de feuilles de mûrier venues en serres chaudes. Dès i85y AIAI. Meynard, de A alréas, Jom'c et Aléritan, de Cavaillon, créèrent des établissements spéciaux pour exploiter ce nouveau mode de distinction de la bonne et de la mauvaise graine. Les établissements de cette nature sont aujour- d’hui assez nombreux et ont conquis dans le midi de la France une juste renommée (2). Outre la grande serre de Cavaillon (A au- (1) Messager agricole du Midi, t. I, p. 325; Montpellier, 1860-1S61. a Pour procéder à celte observation, on n’a qu’a prendre l’œuf ou la petite larve et à l’écraser entre les deux verres d’un porte-objet. Le petit animal étant ainsi réduit en bouillie, on enlève les parties solides ou membraneuses, et il ne reste plus sous le verre qu’un liquide opalin, c’est-à-dire l’extrait de tous les liquides du ver ou de l’œuf; sur cette goutte ou place une petite lame de verre, et l’on sou- met le tout au microscope. » (CoaxALU, loc. de.) (2) a Quelques mûriers nains à feuilles précoces, dit M. Jeanjean, qui a eu la première direction de l’établissement de Saint-Hippolvte, plantes devant un mur en maçonnerie de 2™, 25 de hauteur, bien exposés aux rayons du soleil; un autre petit mur, haut de o"^,go, et des châssis en verre reposant sur les doux murs et couvrant les mûriers, en voilà assez pour se procurer, dans le midi de la France, la petite quantité de feuilles précoces nécessaire à l’éducation de quelques centaines d’œufs, représentant l’essai des graines que chaque propriétaire destine à ses cham- brées. >1 On procède généralement de la manière suivante : sur chaque lot de graine on prélève quelques grammes, l’incubation et l’éclosion se font dans une couveuse ou castcîet, sorte de caisse en fer-blanc à double enveloppe, pleine d’eau, que l’on chauffe en dessous au moyen d’une lampe à huile. On élève jusqu’à la première mue tous les vers de la plus forte levée dans chaque lot, alors on n’en conserve I BRUYERE COUVERTE DE COCONS . I ! INTRODUCTION. 43 cluse), celle de Saint-Mippolyle-du-ForL (Gard), celle de Ganges (Hérault), etc., placées sous le patronage des Comices du Yigan et de Ganges, sont très-prospères. Bon nombre de particuliers ont même élevé à leurs frais de petits établissements analogues pour l’essai des graines qu’ils destinent à leurs propres éduca- tions. Aux divers procédés que nous venons de passer en revue, ou peut adresser les mêmes reproches. Ils sont loin d’être sûrs dans leurs indications. Toutefois leur utilité est incontestable dans beaucoup de circonstances, et c’en est assez pour encourager l’édu- cateur à ne pas négliger d’en faire usage. Mais, scraicnt-ils excel- lents en eux-mêmes, qu’on devrait encore les trouver insufllsants et défectueux; car leur objet étant de servir à distinguer la bonne graine de la mauvaise, tous présupposent que la graine existe et que, mauvaise aussi bien que bonne, elle a été faite. Là est le vice radical de toutes ces méthodes, parce qu’une graine faite est tou- jours élevée. Trouver le moyen de confectionner de la graine saine dans tous les pays producteurs de la soie, sans être contraint d’en faire de la mauvaise, voilà le problème qu’il fallait tenter de résoudre. Les esprits clairvoyants ne s’y trompaient pas. M. Henri Marès s’ex- primait à peu près ainsi, en 1860 : « Pour la plupart des magna- niers la maladie est la maladie de la graine. En donnant ainsi au fléau le nom de son caractère principal, les éducateurs nous indiquent le but qu’il faut poursuivre, si nous voulons rendre à l’élève des vers à soie les conditions normales de son existence. Ce but consiste à trouver le moyen de refaire de bonnes graines ^ tant qu’il ne sera pas atteint , l’industrie séricicole attaquée dans ses fondements mêmes , se traînera péniblement dans une im- passe (i)- » qu’un nombre déterminé, cent à l’ordinaire, et on compare à ce nombre le nombre de cocons obtenus dans chacun des paniers qui renferment les divers essais. Les bonnes graines doivent donner de 90 à 100 cocons pour 100 vers comptés au pre- mier repas après la première mue. (i) Hemri Marès, Messager agricole du Midi, t. 1, p. i/|. U MALADIE DES VERS A SOIE. Très-peu de tenlalives et toutes infructueuses ont été faites dans cette direction (i). L’objet principal de cet Ouvrage est précisément de faire con- naître un moyen jiratiquc de confection de la semence saine à l’exclusion de la mauvaise et des procédés capables de multiplier, autant qu’on peut le désirer, le nombre des éducations pouvant servir à la reproduction dans toutes les contrées séricicoles. § II. — Remèdes proposés. L’idée de maladie emporte naturellement avec elle l’idée de guérison. Mais combien elles sont rares et difficiles les découvertes de remèdes aux maladies des animaux ou des boinmes! Dans la recherche d’un médicament le hasard d’ordinaire est le seul guide, parce que le plus souvent les causes et la nature des maladies nous sont inconnues. 11 serait difficile et vraiment supcrllu d’énumérer tous les spé- cifiqucs qui ont été proposés pour guérir la maladie des vers à soie. Déjà, en 1860, M. Cornalia s’exprimait ainsi : « La phar- macopée des vers à soie est aujourd’hui aussi compliquée que celle de l’homme. Les gaz, les liquides, les solides, on a tout invoqué pour guérir le malheureux insecte, depuis le chlore jus- qu’à l’acide sulfureux, depuis l’acide acétique jusqu’au rhum, depuis le sucre jusqu’au sulfate de quinine. Les plus sévères observateurs s’accordent à ne plus appliquer aucun remède et (i) M. DE Qii,\TnEF\GES, Nouvelles recherehes faites en i85g sur les malatiies des vers à soie; Paris, i8(îo, p. 85 et suivantes. M. de Quatrel’ages, s'appuyant sur le caraelère de la tache, avait posé comme règle, pour la confection do la bonne graine, de rcclicrclier les chambrées dont les vers n’offriraient pas ce symptôme, et de tenter de les multiplier par les i>elitcs éducations. Malheureusement, s’il est nécessaire que les vers d’une chambrée des- tinée au grainage soient exempts de taches de pébrine à la fin de leur vie, cette condition est insuffisante, car tous les vers d’une chambrée peuvent porter en eux- mèmes, au moment où ils font leurs cocons, le germe du mal et devenir impropres au grainage, sans montrer pourtant, le moins du monde, le symptôme dos taches, qui est le signe d’un état avancé de la maladie. INTRODUCTION. à placer leur seule confiance dans une bonne graine et dans une éducation autant que possible voisine des conditions natu- relles (i). » Le soufre eu Heurs répandu sur les vers ou sur la feuille, le soufre en Heurs mêlé à de la poussière de cbarbon, la farine de moutarde, la poudre de quinf[uina, de gentiane, de valéi iane, le sucre, des mélanges de ces matières en diverses proportions, b;s cendres, le pyrètbre, la suie, , enlin des poudres tenues secrètes par leurs inventeurs, voilà, parmi les corps à l’état solide, quel- ques-uns des remèdes qui ont été essayés dans nos départements séricicoles. Parmi les liquides, le vin, le rhum, l’absintbe, les acides sul- furique et azotique, le vinaigre, l’eau de cbaux, b;s eaux sulfu- reuses artilicielles, des solutions de sulfate et de lactate de fer, ont été employés sans plus de succès. Les fumigations gazeuses de chlore, d’acide sulfureux, de goudroii, les vapeurs nitreuses ont été préconi.sées et abandonnées par ceux-là mêmes qui les avaient proposées avec le plus de conliancc. 11 n’est pas jusqu’à l’action du courant électrique qui n’ait été vantée comme spécilique infaillible. Que tant de remèdes aient été proposés depuis vingt ans pour guérir un Héau si préjudiciable à la fortune publique, on le con- çoit aisément', mais ce (pii est plus fait pour exciter la surprise, c’est la conliaiice aveugle avee laipielle on les a tour à tour acceptés sur les adirmations sans preuve de simples empiricpies. D’autre part, dans les essais tentés par les éducateurs pour juger de leur ellicacité, il en est très-peu où l’on ait senti la nécessité d’épreuves comparatives (2). Aussi ne serait-il pas inadmissible que parmi les substances indiquées il y en eût' (pielqu’une dont (1) M. CoRN.ui.i, La Perseveranza, de Milan, ii° du ifi juillet iSCo. (î) Je suis convaincu qu’on trouverait assez facilement des substances qui, riî- pandues sur les feuilles, ajouteraient à la vigueur des vers. Au lieu de courir au hasard à la recherche de remèdes pour des maladies déclarées, on devrait bien plutôt essayer de préserver les vers sains contre les maladies accidentelles. Mais il faut bien se persuader que ce travail exigerait une série d’études expérimentales poursuivies pendant plusieurs années. 46 MALADIE DES VERS A SOIE. l’emploi pût être utile aux vers, mais ([uelle est-elle si elle existe? Nul ne le sait (i). Le soufre, le goudron et la suie sont peut-être les seules ma- tières qui aient été soumises à un eontrole expérimental sérieux, la suie partieulièreinent , qui donna lieu à un marché célèbre dont le souvenir mérite d’être conservé, comme preuve de l’in- térêt que le Gouvernement français a pris à la terrible crise que traverse la sériciculture. « Dans le courant de l’année i863, M. Onesti, de Vicence, fit proposer au Gouvernement français l’achat d’un procédé destiné, selon lui, à combattre avec certitude la pébriue. Malgré des doutes qui ne se sont que trop justifiés, et pour ne négliger aucune occa- sion possible d’atténuer en quelque chose les désastres dont souf- fraient nos populations méiidionales , le Ministre de l’Agricul- ture, du Commerce et des Travaux publics, stipulant au nom de l’État, signa avec IM. Onesti un traité par lequel il s’engageait, dans le cas seulement où l’efficacité du procédé serait reconnue, tà solliciter une indemnité d(ï Sooooo francs en faveur du sérici- culteur italien. Des expériences curent lieu dans douze départe- ments. A l’imanimité, une Commission centrale constituée près du Ministère de l’Agriculture pour recueillir et juger les résultats obtenus déclara le procédé absolument inefficace (2). » Malgré tant d’essais infructueux, chacune de ces dernières années a été maïquéc par l’annonce de quelques spéciCques nou- veaux. Parmi ceux qui ont le plus occupé l’opinion ])ubliquc dans nos départements séricicoles, il faut citer la créosote et le nitrate d’argent. M. Béchamp, professeur à la Faculté de Médecine de Alont- (i) Cette réflexion pourrait bien trouver par la suite sa justification dans les bons eflets que parait avoir obtenus, en 1869, M. I.évi, de \ ilia Nova, par l’emploi du gaz chlore comme moyen de détruire la vitalité des corpuscules. (Note ajoutée à la suite d’une conversation que j’ai eue avec M. Lévi, au mois de janvier i8yo.) (a) M.llÉinc, Ministre de l’Agriculture, Rapport à l’Empereur (amir t. II, p. 18). — On trouvera dans le Messager agricole du Midi et dans les Ouvrages de M. de Quatrefages divers Rapports sur l’emploi du soufre et du goudron. 11 m’a paru inutile de les résumer. INTRODUCTION. 47 pcllier, conseilla l’emploi de fumigations de créosote avec une telle insistance et une si grande abondance d’arguments , tous fondés, il est vrai , sur des idées préconçues, c[uc les provisions de cette substance, faites par les pharmacies du Midi, en auginen- lèrent le prix. Mais deux années après ces publications spé- cieuses, il n’était plus c]Ucstion du fameux spécilicpie. M. le D'' Brouzel, médecin distingué de la ville de Nimes, fit, de son côté, l’annonce également trop prématurée du nitrate d’argent employé en solution aqueuse à la dose de -j gramme à I gramme environ par litre. Il suffisait de faire prendre aux vers un bain dans ce liquide pour les guérir de la pébrine. Chose curieuse assurément, un Rapport très-favorable fut fait à ce sujet par une Commission de la Société d’ Agriculture du Gard. L’en- gouement pour ces drogues pi’it de telles proportions dans le Gard et dans la Drôme, en 1867 et en 1868, que j’aurais été bltàmé de ne pas me livrer à des expériences précises pour m’assurer de leurs elfcts. Comme on devait s’y attendre, les résultats de mes observations furent négatifs. En voici le résumé : Sur les remèdes au nitrate d’argent et à la créosote, pour guérir les maladies des vers à soie (i). — M. le ])■■ Brouzet, de Nîmes, a proposé le nitrate d’argent comme remède à la maladie des cor- puscules. L’Auteur croyait à un changement de peau, comme par une nouvelle mue, deux ou trois jours après rimmersion dans la solution de nitrate d’argent. Je n’ai pu reproduire ces faits, à quelque dose que j’aie employé le remède. Les taches, au contraire, se sont accrues, et la peau, pei’dant sa vitalité propre, là où elle avait été noircie par le nitrate d’argent, ne suivait jdus le grossissement naturel du ver. Aussi finissait-elle, au bout de cjuehjucs jours, par le sangler en quelque sort(*, de façon à le faire périr, ou, du moins, à hâter sa mort. Lorscjue les taches de pébi ine ont disparu, n’a-t-on pas con- fondu la quatrième mue avec l’eflét du spécifique? Ou sait qu’à la (i) J’ai lu celte Note au Comice agricole d’Alais, clans sa séance du !"■ juin 1868. Elle est extraite de ses Bulletins, t. Vil, p. 272. I 48 MALADIE DES VERS A SOIE. suite des mues les taclies u’existeiil plus et mettent quelques jours à se montrer de nouveau. J’ai fait des expériences qui me paiais- sent démontrer sans réplique l’inellicaeité du nitrate d’argent. J’ai broyé un ver corpusculeux dans la solution de ce sel pris à doses variables, depuis 5o •centigrammes juscpi’à 2 grammes par litre), et j’en ai humecté des feuilles de mûriers qu(î j’ai données à manger à des vers sains 5 tous sans exception sont devenus ! très-corpusculcux. Un lot égal des mêmes vers auxquels on avait ' continué les repas de feuilles saines n’ont rien présenté de pareil. J’ai fait également des expériences, sui\ies avec soin, au sujet des vapeurs de créosote et d’acide phénique pour empêcher le développement de la maladie des corpuscules. Dans deux cabinets identiques, bien aérés, munis du même mode de cliaullagc, et construits tout exprès pour ce genre d’expériences, j’ai élevé plu- sieurs sortes de graines bonnes et mauvaises, avec cette seule diÜéicnce que dans l’un d’eux j’ai répandu par portions, durant le cours de l’éducation, un litre de créosote et 180 grammes d’acide phénique cristallisé, en solution alcoolique. La diÜércnce des résultats a été peu sensible, mais dans tous les cas en faveur du cabinet sans odeur. L’emploi de la créosote parait donc plus nui- sible qu’utile. Dans maintes expériences, j’ai donné h 'manger à des vers très-sains placés dans le cabinet créosote* des leuilles sur lesquelles j’avais déposé des corpuscules. Tous, sans exception, ( sont devenus corpusculeux. Les mêmes vers placés à coté des pre- î miers, ou dans le cabinet sans odeur et auxquels j’ai continué les j rej)as ordinaires, n’ont pas pris du tout de corpuscules. I Lontraircment à ce qu’on a annoncé, les litières, les feuilles I I de niûrier broyées avec un peu d’eau, fermentent facilement dans I une atmosphère saturée de vapeurs de créosote et d’acide ])hé- nique. Les sid)stances jouissant de la propriété antisepticpie n’a- gissent (pi’à certaines doses. Ce principe est trop souvent mé- connu. De l’eau saturée d’acide phénique tue les corpuscules, mais de l’air saturé des vapeurs de cet acide parait ne leur faire aucun mal. I I i i i É. LA PÉBRINE. 49 LA PÉBRINE. ' CHAPITRE PREMIER. ÉTUDE DE LA MALADIE DANS LES CHRYSALIDES ET LES PAPILLONS. — LA MALADIE DE LA TACHE OU PÉBRINE ET CELLE DES CORPUSCULES SONT UNE SEULE ET MEME MALADIE EXTRÊMEMENT RÉPANDUE. § I. — Mes premières observations en 1865. La lecture des Chapitres précédents permet de se faire une juste idée des ell’orts et des préoccupations des savants ou des praticiens à l’époque où je fus conduit à m’occuper de l’épizootie qui régnait sur les vers à soie. Les uns chercliaient des remèdes, mais on en avait déjà proposé et pratiqué un si grand nondire sans succès, que l’on désespérait d’arriver de ce côté à une solution satisfai- sante^ les autres, plus volontiers écoutés, essayaient à l’envi de trouver des moyens ellicaces de distinguer la bonne graine de la mauvaise. C’était sur ce dernier point que se concentraient plus particulièrement les études, car pour la grande majorité des édu- cateurs, il paraissait évident que le mal était dans la graine. Tous avaient pu s’apercevoir, ainsi que je l’ai déjà rappelé, que, par la seule diilérencc des graines employées, on obtenait dans une même localité , dans une même magnanerie, de très-abondantes ou de très-ebétives récoltes. Rien ne pouvait améliorer une mau- vaise graine, ni la nourriture, ni le mode d’éducation, et les bonnes graines conduisaient à des succès souvent extraordinaires. I. 4 I I I ; 50 MALADIE DES VERS A SOIE. ! Lorsque j’arrivai à Alais, au mois de juin i86.5, dès mes pre- | ; mières conversalions avec les éducateurs qui pouvaient être le i , mieux informés, je fus surpris de l’incertitude générale des opi- ! nions. Personne n’avait eu, jusque-là, la patience de suivre des ^ ; ( expériences précises pouvant conduire à un but connu et assigné [ à l’avance. On attendait du temps ou des efforts d’autrui un ! remède aux souffrances. Ce n’est pas que les Comices agi-icoles ou quelques Individus isolés ne se livrassent, chaque année, à de ’ , nouveaux essais, mais ceux-ci se bornaient invariablement à s’en- I . quérir de l’efficacité de remèdes plus ou moins chimériques, pro- j posés ordiuairement par des hommes inconnus, dont les affirma- ' 1 tions n’avaient d’autre garantie cjue la hardiesse avec laquelle I elles étaient émises. En dehors des résultats de ces épreuves dont j l’utilité était certaine, mais qui restaient stériles pour la connais- sance exacte de la maladie, la plus grande confusion régnait dans les esprits, et chaque jour elle était accrue par les récits et les affirmations sans preuves d’une multitude de brochures et de jour- ' [ naux que la persistance du fléau avait fait naître dans tous les pays I j séricicoles. Ces écrits se comptaient par centaines, j Je résolus d’adopter une ligne de conduite bien différente, i Concentrer mes observations sur un point déterminé, choisi le [ j mieux possible, et n’en abandonner l’étude qu’après avoir établi j quekjues principes C]ui permissent d’avancer d’un pas sûr au milieu du dédale des idées préconçues, telle fut mon ambition. ; I ' J’avais lu à Paris, pendant les préparatifs de mon départ, les j Ouvrages de M. de Quatrefages sur la maladie des vers à soie. L u I passage de son premier Mémoire avait particulièrement attiré 1 mon attention : il s’agissait de l’existence, dans le corps des vers I ' malades, de corpuscules microscopiques regardés par (pielques j ; auteurs comme un effet et un indice de la maladie actuelle, bien j qu’une grande obscurité régnât encore sur leur nature et la signi- I ücation praticjue que l’on pouvait déduire de leur présence ou de I leur absence. Voici le passage auquel je fais allusion (i). I ' (i) Études sur les maladies actuelles des vers à soie; Paris, l85g, p. î85 et [ I suivantes. I ! : LA PÉBRINE. .■il Après avoir décrit certaines particularités des cellules t[ue quelques naturalistes considèrent connue les globules du sang du ver à soie, M. de Quatrefages s’exprime ainsi : « Ce sont là bien évidemment les globules étoilés de M. Cor- ualia. Leurs pointes n’ont rien de fixe, et présentent si peu de stabilité, si peu de consistance, qu’elles ne se détachent jamais du globule modifié qui leur donne naissance. Le fissent-elles, elles ne sauraient donner naissance aux corpuscules vus par P. de Fi- lippi, par Cornalia, retrouvés par AL Lebcrt, et que j’ai égale- ment vus et figurés. )) Ces corpuscules sont remarquablement identiques de figure et de proportion Al. Lebert assure qu’on les rencontre toujours chez tous les vers malades. .Sur ce point, mes observations ne s’accordent pas avec celles de mon confrère. Plusieurs vers même fortement pébrinés, dont j’ai examiné le sang, n’en présentaient aucune trace. Toutefois je suis le premier à reconnaître ([xic, n’en cherchant pas ailleurs, ce résultat négatif lu; saurait infirmer celui qu’a annoncé un naturali.stc habile, et dont l’attention était dirigée d’une manière toute spéciale sur ce point. » M. Lebert regarde ces corpuscules comme des cryptogames monoccllulaircs, et il en a décrit deux espèces distinctes. Mes observations personnelles ne me permettent ]ias encore de juger jusqu’à quel point cette détermination peut être fondée. Bien cer- tainement, par leur forme et leur manière de se comporter, ees corpuscules dilfèrent de tous les autres éléments de l’organisme considérés comme normaux, et aussi des divers produits de la décomposition, mais l’iiomogénéité dont ils m’ont paru être doués, et par conséquent l’absence d’une membrane enfermant un con- tenu, concorderaient peu avec la manière de voir du savant profes- seur de Zurich. Je me bornerai d’ailleurs à émettre des doutes, et renverrai le lecteur à l’Ouvrage même de AI. Lebert, et à ceux des naturalistes qui ont combattu sa manière de voir. » M. Ciccone a adressé à Al. Alontagne une lettre qui a été com- muniquée à l’Académie des Sciences et à la Société d’Agriculture, et c[ui a pour objet l’étude spéciale des corpuscules dont je viens de parler. D’après l’Auteur, ce ne sont pas plus des animaux que 4. MALADIE DES VERS A SOIE. ri2 dos végétaux. Ils constiliionl un élément organique du ver à wjie et se rencontrent clic/, les vers bien portants tout comim* chez les vers malades: seulement chez ces derniers, ils se multiplient jiar- fois énormément, soit dans le sang, .soit ailleurs, sans que cette multiplication puisse être regardée comme caractéristique d’au- cune ad’ection particulière. Cette manière de voir s’accorde mieux que toute autre avec les observations de AI. l-’ilippi et avec les faits que je viens de rapporter; aussi, suis-je di.sposé à la regarder comme vraie. » Je m’arrêtai au projet, provisoirement exclusif de tout autre, de l’examen des questions que soulevait la présence des corpus- cules dont il s’agit. Mon premier soin fut d’apprendre à les reconnaître et à les di.s- tinguer, dès qne je fus installé dans une petite magnanerie, près d’Alais, au conmiencement de juin i865. Je constatai bientôt à la stiite de toutes les personnes qui se sont occupées de leur étude, que, chez certains vers qui ne peuvent monter à la bruyère, ils existaient à profusion dans la matière adipeuse placée sous la ])eau, ainsi que dans les organes de la soie. D’autres vers, d’ap- parence saine, n’en montraient pas du tout. Le résultat fut le môme pour les chrysalides et les papillons, et fréquemment, la présence al)ondante des corpuscules coïncidait avec un état évi- dent d’altération des sujets soumis à l’examen microscopique. Les vers fortement tachés par ces taches noires irrégulières qui ont fait appeler la maladie du nom de pébrine^ ou de maladie de la tache, par M. de Quatrefages , renfermaient un nombre prodi- gieux de corpuscules. 11 en était de môme le plus ordinairemenl des papillons à ailes recoquillécs ou tachées. Chose digne de remarque et qui peut servir à montrer combien était urgente la nécessité d’études approfondies , faites avec esprit de suite, au milieu des populations intéressées, je raj)- pellerai que les corpuscules des vers à soie étaient connus depuis 1849; depuis i856, MM. Cornalia et Lebert les avaient qualiliés désignés visibles de la maladie régnante; qu’en 1807, le D'^Osimo les avait découverts dans l’intérieur des œufs; que \ittadini avait, en 1809, fondé sur cette observation une méthode LA PÉBIIINE. 53 de distinction de la bonne et de la mauvaise graine : néanmoins, dans ce centre séricicole par excellence de la ville d’Alais, au sein d’un département dont la fortune agricole est presque entiè- rement dans la culture du mûrier, personne encore n’avait vu au microscope les corpuscules déjà tant étudiés ailleurs. A peine comptait-on dans toute la France quatre ou cinq personnes qui s’en étaient occupées. J’ai déjà rappelé leurs noms, ce sont ; M. Joly, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse; M. de Plagniol, maire de Chomérac (Ardèclie); M. Jules de Seynes, agrégé de la Faculté de Médecine de Montpellier; M. d’Arbales- lier, président de la Société d’Agriculture de la Drôme, et M. Li- gounlie, memljre de la Société d’Agriculture de Moiitaidîan. Pendant que je poursuivais mes premières études, une circon- stance remarquable vint fixer mon attention. Dans la magnanerie où j’avais installé mes observations micro- scopicpies, il y avait deux éducations : l’une achevée ; l’autre olfrant des vers après la quatrième jnue et devant, sous peu de jours, monter à la bruyère. La première chambrée provenait de graines du Japon portant l’estampille de la Société d’Acclimatation, l’autre de graines japo- naises de reproduction, qui avaient été fournies par un marchand du pays. La première chambrée avait très-bien marché, et on commençait pour ce motif un grainage portant sur 35 kilo- grammes des cocons qu’elle avait produits. La deuxième cham- brée, au contraire, avait la plus mauvaise apparence. Or, en examinant au microscope une multitude de chrysalides et de papillons de la chambrée qui remplissait de joie son propriétaire, j’y trouvai, pour ainsi dire constamment, les corpuscules dont je viens de parler, tandis que l’examen des vers de la mauvaise chambrée ne m’en oUrait qu’exceptionnellemcnt. Ces faits étaient-ils accidentels, propres seulement aux sujets des deux chambrées? En aucune façon. A mesui’c que je multi- pliai les observations microscopiques sur des sujets d’autres édu- cations, ces résultats prirent un caractère de plus en plus général. Je me crus, dès lors, autorisé à aflirmer qu’une chambrée peut aller très-mal sans que la majorité de scs vers montrent le carac- MALADIE DES VERS A SOIE. ri4 lèiT pliysiquc dés corpuscules; qu’au contraire une chambrée peut aller très-bien , c;t que presque tous ses papillons, même les plus beaux, peuveut eonUmir de ces mêmes corpuscules. On comprend tout l’intérêt que devait oflrir l’étude des cocons de la mauvaise chambrée. IJès leur apparition, je m’empressai de les observer, et snccessiveinent à leurs divers âges, d’aboi-d les vers pendant qu’ils ülaient, puis les chrysalides et enGn les pa- pillons. Parmi les vers filant leur soie, bon nomlire continuaient de ne montrer ni taches ni corpuscules ; mais dans les chrv^salides, surtout dans les chrysalides âgées , les corpuscules étaient fré- quents; enfin, pas nn senl des papillons n’en était privé, et ils v étaient à profusion. Je pensai qu’il fallait conclure de ces faits, cpie j’extrais tex- tuellement de ma Communication à l’Académie en i86j, que ce n’est pas dans le ver qu’il faut chercher les corpuscules, indices de l’airaiblissement de l’animal, mais dans la chrysalide, dans la chrysalide à un certain âge, et, mieux encore, dans le papillon. Sans doute, la constitution d’un ver peut être assez mauvaise j>our que, déjà à l’état de ver, il montre abondamment les corpuscules, et qu’il ne puisse filer sa soie; mais il me paraissait que c’était là, en qucdque sorte, une exception, et que, le plus souvent, les vers sont malades sans qu’il y ait de signe physique qui l’indique, qu’il en est encore de même des chrysalides dans les premiers jours de leur existence, et que le caractère de la présence des corpus- cules devient un indice manifeste du mal lorsqu’on le l'echerche dans les chrysalides âgées et dans les papillons. Au j)üint d(! vue de l’industrie, la maladie n’est redoutable qu’autant que le ver est assez allaibli pour qu’il ne puisse filer sa soie. 11 iiiqvorterait peu, à la rigueur, qu’une maladie alfectàt l’animal, s’il pouvait toujours faire son cocon. D’autre part, n’est-il pas logique d’admettre (juo le ver sera d’autant plus malade dèsl’origiue, et plus éloigné ultérieurement de pouvoir monter à la bruyère, qu’il ])rovicndra d’uue graine issue de parents plus chargés de corpuscules au moment de la fonction de reproduction ? En dehors du raisonnement, tous les faits m’avaient paru conduire à cette manière de voir, et j’arrivai ainsi à penser LA PÉBRINE. 53 que la maladie devait être regardée eomme airectant de préférence la chrysalide et le papillon, qu’en d’autres ternies, c’est à cct âge de l’animal qn’elle se manifeste pins apparente, et sans doute aussi plus dangereuse pour sa postérité. Les faits et les considérations qui précèdent, exposés dans la Note que je présentai an Comice agricole d’Alais, le a6 juin 1 865, et à l’Académie au mois de septembre de la même année, don- naient à l’étude de la maladie une direction nouv elle ; ils parais- saient conduire aux principes suivants ; i” ün avait tort de clierehcr exclusivement le signe du mal, le corpuscule, dans les œufs ou dans les vers ; les uns et les antres pouvaient porter en eux le germe de la maladie, sans olfrir de corpuscules distincts et visibles au microscope. 2° Le mal se développait surtout dans les chrysalides et les papillons 5 c’était là qu’il fallait le rechercher de préférence. 3° Il devait y avoir nn moyen infaillible de se procurer une graine saine, en ayant recoins à des papillons exenqits de cor- puscules. Je m’empressai d’appliquer ce mode nouveau d’obtenir des graines pures, malgré l’état très-avancé des éducations et des grainages au moment où mes études m’avaient conduit à l’essayer. Mais le mal était si généralement répandu, qu’il me fallut plu- sieurs jours de recherches microscopiques assidues pour rencon- trer, au milieu de papillons choisis, deux ou trois couples privés de corpuscules. A supposer que mes premières observations fussent exactes, ce que de nouvelles études dev aient m’apprendre, je n’attendais du procédé de grainage dont je viens de parler que de très-faibles quantités de graine saine. Mais cclle-ci, au point de vue de la connaissance de la maladie, pourrait avoir un grand prix, parce qu’elle permettrait de tenter des expériences comparatives sur des œufs sains et sur des œufs malades. En d’autres termes, le procédé de sélection auquel m’avaiejit conduit mes premières recherches me semblait avoir une importance ])lus scientifique qu’indus- trielle. Nous reconnaîtrons que ces premiers aperçus ont pris, avec le temps, des développements imprévus, et qu’il en est ré- 50 MALADIE DES VERS A SOIE. suite une métliqde de grainage aussi pratique qu’efïieace jxjur coinJjattre la pébrine et eu prévenir le retour. § II. — Erreur des naturalistes italiens au sujet de la prese.nce NORMALE DES CORPUSCULES DANS LES PAPILLO.NS AVA.NCÉS EN AGE. La Communication dont je viens de rendre compte suscita de nombreuses critiques. On trouva étrange que je fusse si peu au courant de la question, et on m’opposa des travaux qui avaimit paru depuis longtemps en Italie, dont les résultats, disait-on, montraient l’inutilité de mes eilbrts et l’impossibilité d’arriver à un résultat pratique dans la direction où je m’étais engagé. Que mon ignorance fut grande au sujet des reclierclies sans nombre qui avaient paru depuis quinze années que durait la maladie, rien n’était plus vrai, et j’en ai dit assez les motifs dans la Préface de cet Ouvrage, pour que je sois dispensé d’y revenir. Je me per- mettrai seulement, h cette occasion, de rappeler qu’après l’invi- tation que m’avait faite M. Dumas de m’occuper de ce sujet, comme j’essayais de résister à ses avances en alléguant ma pro- fonde inexpérience: « Tant mieux que vous ne sachiez rien sur la question , me répondit mon illustre confrère ; vous n’aurez d’autres idées que celles qui vous viendront de vos propres obser- vations. » La justesse de ces paroles devait bientôt se confirmer. En eifet, les naturalistes italiens qui s’étaient occupés de recher- ches sur la maladie régnante partageaient l’erreur qui avait été commise, en i85o, par leur compatriote M. Filippi, à savoir : que les corpuscules existent normalement dans les papillons sains, que ces papillons peuvent bien n’en pas oll’rir quand ils vien- nent de naitre, mais qu’il suffit de les laisser s’avancer en âge pour qu’ils en contiennent. Selon M. Filippi, les corpuscules se formeraient par une action régressive des tissus, et, dans les vers eux-mêmes, ils naitraient faeilement par une diète prolongée, autre erreur qui avait été introduite par M. Guérin-Méneville, en 1849. J’ai déjà mentiouné l’opinion émise par ]\]. Cornalia dans son LA PÉBRINE. S7 grand Ouvrage intitulé ; Monographie du bombyx du mûrier^ pu- blié à Milan en 1 856 : « On trouve, dit-il, dans le sang des vers h soie, de très-petites granidations fort remarquables par leur mouvement vibratoire ou brownien. Leur forme est quelquefois sphérique, mais plus sou- vent oblongue; ce sont comme de petits cylindres terminés en pointe. Je suis aussi porté à croire que les prétendus globules ronds ne sont autres que ces petits cylindres vus par la base. Ils sont transparents , liomogènes dans leur structure , et oscillent perpétuellement, bien qu’ils n’aient pas de cils vibratiles, ni de queue pour elfectuer ce mouvement. Les vers sains et vigoureux contiennent un petit nombre de ces corpuscules, et je les regarde comme accidentels. Ils constituent une forme régressive des tissus, et c’est pourquoi on les voit se développer et devenir très-abon- dants dans les vers affaiblis par la diète ou la maladie, et dans les papillons qui apjîrochent de la fin de leur vie. » Cette métamorphose progressive est l’office des tubes de Mal- pighi, lesquels sont riches en corpuscules analogues <à ceux que nous venons de signaler dans le sang, et cela, môme dans le ver sain^ ces corpuscules sont rejetés avec les excréments. Desséchés, ils ont l’aspect d’une poudre blanche. Si on l’humecte d’eau pure ou très-alcaline, cette poudre renait , pour ainsi dire, à la vie, c’est-à-dire que ces corpuscules se remettent à vibrer comme en premier lieu. n Quand nous parlerons du papillon, nous verrons que les lo- bules graisseux, les tissus de beaucoup de viscères, les muscles, l’intestin grêle, et surtout la grande poche du cæcum en sont remplis. Le liquide hrun que le papillon rejette par l’anus, à di- verses reprises, est composé d’une matière pesante, d’aspect ter- reux, entièrement formée par ces corpuscules vibrants. » Dans une Note communiquée à l’Académie des Sciences de Paris, en i858, par le D'' Ciccone, il est dit que les corpuscules des vers à soie se rencontrent chez les vers bien portants, tout comme chez les vers malades et les papillons, et qu’ils constituent un élément organique du ver à soie. Dans un des Chapitres précédents, nous avons vu le D*' Vittadini MALADIE DES VERS A SOIE. ns affirmer « qu’on trouve constamment les corpuscules chez les papillons sains vers les derniers moments de leur vie ». Enfin en 1860, M. Cornalia, dans sa Notice ayant pour objet de faire connaître un moyen de distinguer la bonne graine de la mauvaise, s’exprime de nouveau en ces termes : « Que les cor- puscules puissent être un produit morbide, provenant de la dimi- nution des forces vitales, on en aurait la preuve dans cette cir- constance qu’t7s se voient aussi dans les papillons avancés en âge et tout à fait sains d'ailleurs, d'abord dans les tissus, ensuite dans le sang. Cela ne me permet pas de proposer l'examen du papillon pour que l'o7i puisse se prononcer sur la graine^ dans ce cas, de graves erreurs pourraient en résulter, chose véritablement regrettable, puisqu’on aurait ainsi un pronostic anticipé et précieux pour les fabricants de semence. » Telles sont quelques-unes des assertions, puisées dans les tra- vaux de mes devanciers, que m’opposèrent mes contradicteurs, en i865 et 1866. Certains d’entre eux allèrent même plus loin; ils objectèrent que le professeur Cantoni avait essayé, eu i863 et 1864, de faire de la graine saine, d’après l’indication de la Note de M. Cornalia que je viens de mentionner, et qu’il avait complè- tement échoué dans cette tentative. C’était vrai, ainsi que je l’ai indiqué à la fin du Chapitre II de l’Introduction. Dans son Rapport annuel sur l’année séricicole 1860, M. Cor- nalia s’associa aux critiques que ma Communication à l’Académie avait soulevées. 11 objecta que mes eÜ'orts seraient vains, que les vers choisis deviendraient malades, qu’il faudrait avoir le moyen de maintenir sains les vers de sélection, de manière que les œufs sains pussent augmenter en nombre, qu’enfin ADI. llollotti et Cantoni avaient déjà échoué dans des tentatives semblables (1). La question est jugée aujourd’bui, et je suis heureux de pou- voir ajouter que, dans l’opinion actuelle de AI. Cornalia, ma publi- cation de i865 renfermait les premiers éléments d’une solution à la fois scientifique et pratique du problème (2). (i) CoUNALU, Rapport sur l’année séricicole de i865; Milan, 1866. (s) r'oir lu lettre de M Cornalia du mois de mars 1SC9, reproduite t. Il, p. 106. LA PÉBRINE. 39 Les présomptions de M. Dumas étaient donc fondées : il est des sujets cpi’il vaut mieux aborder l’esprit libre d’idées préconçues et sans la connaissance des travaux qui les concernent, alors que la part n’a pas encore été faite cntrelcs vérités et les erreurs que ces travaux renferment. J’aurais connu, en i865, les assertions des naturalistes italiens que je viens de citer, que je n’aurais pas hé- sité, sans doute, à considérer comme exacts les faits signalés à diverses reprises par des savants aussi exercés dans l’étude des vers à soie que les professeurs Filippi, Cornalia, Yittadini, Cic- cone, .... Contrairement aux assertions de ces observateurs, nous verrons que le corpuscide est un organisme d’une nature particulière, qui ne se trouve chez les vers, dans les chrysalides et dans les pa- pillons, que s’il a été introduit dans le corps de l’insecte, soit par la nourriture, soit par piqûre à l’aide d’uu objet qui en était re- couvert. C’est donc une erreur de croire que les corpuscules soient normaux dans les vers à sole soumis à une diète prolongée, ou dans les papillons sains avancés en âge. Nous reconnaîtrons qu’il n’est pas de localité sérieieole où l’on ne puisse rencontrer des éducations entières dont tout ou partie des papillons morts naturellement sont rigoureusement exempts de corpuscules. Cette circonstance est même fréquente dans nos départements de petite culture. Nous constaterons, en outre, ce lait d’une grande utilité pratique qu’on peut augmenter à volonté le nombre des chambrées placées dans ces heureuses conditions. Il sera démontré également, en ce qui concerne la présence des corpuscules dans les œufs, que jamais les papillons privés de cor- puscules ne donnent lieu à un seul œuf olfrant la moindre appa- rence de ces petits corps, non-seulement dans l’embryon, mais aussi dans les vers examinés au moment de l’éclosion. Les propositions réciproques de celles qui précèdent n’ont pas moins de généralité. Toute graine qui, à rexamen microscopique, offre des corpus- cules, les possède par hérédité : ils proviennent, sans exception, de l’intérieur des papillons qui ont donné naissance à cette graine. C’est à l’intérieur des œufs que se trouvent les corpuscules. 1 60 MALADIE DES VERS A SOIE. Quand il en existe à leur surface, c’est qu’ils ont été souillés par les déjections de papillons corpusculcux. M. Bécliamp et le !)■■ Brouzet, se rendant un compte inexact J d’observations relatives à la présence des corpuscules à la surfaci; ! des œufs dans des circonstances accidenudlcs, avaient admis que ' les corpuscules étaient extérieurs à la graine, et que même ils pé- nétraient à l’ordinaire dans les vers par leur peau. Ce sont ces ; opinions, contraires aux faits les mieux établis, qui, avant toute • expérience sérieuse de leur part , avaient inspiré à ces Auteurs j une si grande confiance dans l’efficacité de l’emploi de la créosote I et du nitrate d’argent pour la guérison de la pébrine. La vapeur 1 de créosote devait tuer le corpuscule à l’extérieur de l’œuf, du I ver, de la chrysalide. Le nitrate d’argent devait produire l’effet du j sulfate de cuivre contre la carie du blé (i). (i) Voici quelques citations empruntées aux publications de MM. Bécbamp et Brouzet : « I ° La graine porte les corpuscules à l’extérieur ; mieux on l’a lavée, moins on en trouve, si l’on vient à écraser l’œuf pour les découvrir; Il 2° Des vers, au sortir de l’œuf ou quelques heures après leur sortie, peuvent être porteurs de corpuscules; après le lavage, on peut ii’en plus découvrir dans le ver écrasé ; ■ » 3° Des vers tachés de pébrine, en apparence fortement malades, peuvent ne pas contenir de corpuscules dans leurs tissus, alors qu’un simple lavage permet de les découvrir à l’extérieur; » 4“ L® maladie ne débute pas primitivement par le dedans, mais c’est par le dehors que le mal envahit le ver. » (Béciiamp, Comptes rendus de V Académie des Sciences, séance du i3 août i866; et Sur la maladie des vers à soie, in-ia; Montpellier, i866.) « I® Les graines de vers à soie de race indigène sont intrinsèquement saines, 1a coque de l’œuf est primitivement seule malade; par une opération fort simple et peu dispendieuse, on peut rendre saines et productives presque toutes les graines, dans les mêmes conditions qu’eu chaulant le froment au sulfate de cuivre, on obtient des grains exempts de carie; » 2° Si le mal produit par contagion se manifeste pendant le cours de l’éducation, en chaulant au nitrate d’argent les vers pébrinés, on les guérit de la pébrine; » 3® En chaulant au nitrate d’argent les papillons pébrinés, la graine qu’ils pon- dent n’est pas corpusculeusc. » (D^ BaouzET, Nouvelles recherches des maladies des vers à soie; Nîmes, i868.) Toutes ces assertions sont erronées. 11 n’y a de corpuscules à la surface des œufs que d’une manière accidentelle. Les vers, les chrysalides, dont tous les tissus sont chargés de corpuscules, ne portent pas du tout de corpuscules extérieurement; P. l.ackfrbauer tui nui . Ufl Picat't jx" .h!» DHJKCTIONS DK PAFIU.ONS TRÈS CÜRPUSCULKUX lmp Genu -Gros . Parts LA PÉBRINE. 01 Dès i85o, AI. Filippi, dans le Alémoirc que j’ai déjà cité, a re- j connu que les déjections rendues par les papillons, avant ou après | leur accouplement, peuvent renfermer des corpuscules parfois en | ti ès-grand nombre. j La planche ci-jointe représente la matière solide en suspension | dans le liquide rendu par uu papillon très-corpusculeux. A coté de la poussière des sels uriques qui troublent et colorent le liquide, j on voit un très^grand nombre de corpuscules. On conçoit aisé- ment que les œufs salis par de telles déjections doivent avoir des | corpuscules à la surface de leur coque. Tel est l’accident qui a induit eu erreur AIAI. Bécbamp et Brouzet, qui paraissent avoir ignoré cette particularité, car ils n’en font mention dans aucune ' de leurs publications. i i § III. — Lorsque les papillons sont corpusculeux, les oîufs qui en t PROVIENNENT PEUVENT ÊTRE EXEMPTS DE CORPUSCULES. Je dirai, en premier lieu, comment on reclicrcbe la présence des corpuscules dans l’insecte à ses divers âges. Les corpuscules se développent dans tous les tissus, ainsi que AL Filippi l’a annoncé le premier, en i85o. Lorsque nous traite- : rons de la propagation de ces petits corps, nous reconnaîtrons qu’ils se présentent sous plusieurs aspects distincts. Ils sont bril- * lants, à contours très-accusés, presque tous semblables les uns j aux autres, sans attache avec les tissus, ou du moins toujours prêts ' à céder au moindre effort et à se répandre par myriades dans les liquides, si l’on vient à déchirer les tissus c]ui les contiennent. Ils • semblent être d’une homogénéité parfaite, bien qu’il soit possible d’y reconnaître un contenu ayant la forme ovale et régulière du ' corpuscule lui-même. Telle est la manière d’être habituelle des les jeunes vers qui ne sont, pour ainsi dire, que corpuscules, n’en cèdent pas à l’eau de lavage de leur peau, à moins que, par nicgarde, on n’ait laissé leurs déjec- tions se mêler à cette eau. En un mot, c’est toujours par le dedans que la maladie débute et non par le dehors, excepte dans les cas d’inoculation des corpuscules par piqûre de la larve, circonstance que j’examinerai dans un Chaj)itre subséquent et qui a échappé aux deux Auteurs que je viens de nommer. I 62 MALADIE DES VERS A SOIE. corpuscules. C’est celle que tout le inoude conuait. On jxjurrait appeler ces corpuscules, corpuscules adultes, ou mieux corpuscules vieux, car, sous cette forme, ils sont âgés, ont acquis leur complet développement, et paraissent incapables de se reproduire. Mais ils se montrent parfois sous de tout autres aspects. Ayant encore la forme et la dimeusiou des corpuscules brillants, leurs contours sont à peine accusés; dans leur intérieur on voit, en général, une ou plusieurs vacuoles rangées suivant le grand axe du corpuscule. D’autres fois ils sont comme gélatineux , pre.sque indistincts , en- gagés dans l’épaisseur des tissus qu’on dirait transformés dans la matière même des corpuscules. Ils ne sont plus libres d’aller et de venir. Sous ces dernières formes, les corpuscules ovales sont très-jeunes, naissants : ils sont, si l’on peut s’exprimer ainsi, à l’état de germes ; mais ils n’ont besoin désormais que d’un temps très-court pour acquérir le brillant, la fermeté de structure et la netteté de contour des corpuscules que je viens de uonuner cor- puscules vieux (i). Aussi est-il extrêmement rare de rencontrer les corpuscules exclusivement sous les formes jeunes. Ils sont ordinairement accompagnés des corpuscules âgés , ce qui tient évidemment à la transfoianation rapide des corpuscules jeimes en corpuscules adultes. 11 résulte des faits qui précèdent que, pour reconnaître la pré- sence des corpuscules dans le ver, dans la chrysalide et dans le papillon, il n’est pas nécessaire de se donner la peine de faire une dissection soignée pour extraire tel ou tel tissu, afin de le placer sous le microscope, à moins c^u’on ne veuille rechercher les corpuscules dans un organe plutôt que dans un autre. 11 suffit de broyer l’insecte dans quelques gouttes d’eau, à l’aide d’un mortier, et de porter une goutte de la bouillie sous l’objectif du microscope. Les corpuscules adultes détachés au moment de la déchirure des tissus se montrent partout dans le liquide, ce qui n’arrive pas aux formes jeunes dont j’ai parlé. Aussi est-il rare (i) Les corpuscules jeunes en voie de reproduction n’ont pas toujours la forme ovale. Ils sont souvent pyriformes, comme on en voit des exemples dans plusieurs des ligures de cet Ouvrage. L’Auteur qui a étudié le plus patiemment les diverses va- riétés de forme des corpuscules est M. Vlacowicli. On consultera avec fruit, à ce sujet, ses Mémoires, {dictes de l'Institut vénitien, t. IX, 3* série.) h Ihu rmci-o lmp. StCŸtttl, Jitris . ASPECT DU CHAMP DU MICROSCOPE DANS L'EXAMEN D'UN VER TRES CORPUSCULEUX LA PÉBRINE. 63 de rencontrer celles-ci mêlées à la forme du corpuscule brillant, tel que tout le monde le connait. La pliotolitbographie de la page suivante représente des cor- puscules adultes et d’autres naissants (ces derniers plus pâles et peu distincts), en place, dans une portion de ganglion nerveux que traverse une trachée. La planche de la page 28 montre éga- lement ces deux sortes de corpuscules. Pour marquer l’état plus ou moins corpusculeux des sujets examinés, j’ai adopté un usage que l’ou fera bien d’imiter ; il consiste à se faire une idée aussi exacte que possible du nombre des corpuscules qui remplissent un des champs du microscope. Pour faciliter cette appréciation, il est Imn de partager le champ par la pensée en quatre parties , puis on quadruple le nombre des corpuscules qui se trouvent dans un des quadrants. Bien (|ue ce soit hà un calcul fort grossier, il n’en est pas moins utile pour fixer le jugement dans la comparaison que l’on peut avoir à faire entre des lots déterminés de vers, de chrysalides et de papillons. Au bout d’un certain temps, des expressions telles que celles-ci : peu, beaucoup de corpuscules, ne représentent rien de net à l’es- prit, tandis que celles de : dix corpuscules, deux cents, mille cor- puscules par champ correspondent à des conditions mieux définies. Supposons, par exemple, qu’il s’agisse du champ que représente la planche photographique ci-jointe. J’estimerais qu’il y a en- viron dans chacun des quadrants de ce cercle cent corpuscules eu moyenne, et j’inscrirais dès lors sur mon registre, pour cette observation, le nombre 4oo. Quelle que soit l’erreur qu’on puisse commettre dans cette rapide appréciation, elle ne sera pas bien certainement de l’ordre de celles qu’on pourrait faire en compa- rant, après un temps plus ou moins long, des observations qui auraient été qualifiées par les mots ; beaucoup de corpuscules. La quantité d’eau qui sert à broyer le ver, la chrysalide ou le pa pillon, modifie nécessairement l’appréciation du nombre des cor- puscules par champ; il faut que la quantité d’eau employée soit toujours la môme, condition qui se trouve sullisammeut réalisée si l’eau qu’on ajoute n’est autre que celle qui reste naturellement dans le mortier après qu’il a été lavé et rapidement égoutté. Gi MALADIE DES VERS A SOIE. Ces pratiques étant admises, voici comiuenl on peut établir avec rigueur que, parmi les papillons corpuseuleux appartenant à une même éducation, on en trouve presque toujours un grand nombre dont les œufs ne contiennent pas du tout de corpuscules. Faisons pour cela un grainage par couples isolés, c’est-à-dire que nous placerons chaque couple de papillons isolément dans de petites cellules numérotées 5 puis, après le désaceouplement et la ponte, conservons pour l’observation microscopique le mâle et la femelle dans des cornets de papier portant des numéros corres- pondant à ceux des cellules. Je supposerai que les deux papillons de chaque couple auront été broyés ensemble , et qu’ensuite nous avons détaché et réuni les œufs de toutes les pontes dont les papillons ont offert le même nombre de corpuscules par champs enfin, nous aurons examiné au microscope les graines de tous les lots ainsi formés à la veille des éducations de l’année suivante, c’est-à-dire dix mois environ après la ponte des graines. J’extrais de mes registres d’observations le tableau suivant jx>r- taut sur la race jaune indigène, dite milanaise j l’examen a été fait le 24 mai’s : NOMBRE DE CORPUSCULES par champ pour les papillons. GRAINES DE MAUVAIS ASPECT, examinées par groupes de trois (*). GRAINES DE BELLE APPARENCE, et bien fécondées par groupes de trois. Groupes oxaminés. Groupes corpuseuleux. Groupes examinés. Groupes corpnsfuleui 0 6 0 12 0 I à 2 6 0 12 0 ' 5 fi 0 18 0 10 6 0 12 0 5o fi 3 12 0 100 6 i 12 G i5o fi fi 12 7 (*) Pour clinquo ohscrTation, on écrasail (rois œufs ensemble dans une gondc d’eau sur la lame porle-objot. Puis^ npres avoir ècarlé les débris des coques et de leurs membranes sous- Jaconlos, on rechercbail les corpuscules avec d’autant plus de soin, et dans un nombre de champs d'autant plus grand que Ton rencontrait moins de corpuscules. LA PÉBRINE. 6") Les observations consignées dans ce tableau nous montrent ; 1° que des papillons peuvent être corpusculcux, et leurs œufs ne l’ètre pas; 2° que le noiiibre des œufs corpusculeux augmente généralement avec l’abondance plus ou moins grande des corpus- cules dans les papillons pour une éducation déteiminée ; 3“ (pie les graines jaunâtres, brunes, déprimées, de mauvais aspect ren- l'erment beaucoup plus de corpuscules (pic les graines de belle apparence. Considérons maintenant des pontes isolées dont nous mettrons en comparaison l’examen du mâle et de la femelle qui les auront produites, et celui des œufs. Je prendrai de préférence, jiarmi le nombre considérable de mes observations relatives à ce sujet, celles cpic j’ai faites dès le début de mes recberclies, en i86'5 et 1866. Au mois de juin i865, j’ai fait un grainage cellulaire avec des papillons provenant d’une graine japonaise d’importation directe, livrée par la Société (l’Acclimatation, et élevée à Salindres, près Alais. L’examen microscopicpic n’avait pas été praticpié suivant les indications données précédemment. Je découpais avec des ciseaux fins, sur le papillon, une portion de peau cpie je renver- sais sur la lame de verre pour en séparer le tissu adipeux et mus- culaire. C’est celui-ci (jue j’examinais au microscope. Lorstpic j’apercevais çà et là, dans les tissus, des amas de corpuscules, ou que ceux-ci nageaient très-nombreux dans les liquides de l’in- secte, je notais ; corpuscules à profusion. Si j’étais obligé de cber- cher les corpuscules en parcourant un gt’and nombre de champs, je notais ; très-peu de corpuscules Ces indications sont assuié- ment très-vagues; mais je débutais dans ce genre d’études, mar- chant un peu à l’aventiire, et sans autre but que de me procimir des éléments de recberclies pour l’année suivante, en faisant porter celles-ci particulièrement, ainsi (pie je l’ai expliqué ail- leurs, sur des graines appartenant, les unes à des papillons ju ivés de coiqmsculcs, les autres à des papillons plus ou moins corpus- culeux. I. 5 MALADIE DES VERS A SOIE. ()C DÉSIGNATION DES COUPLES, f NOMBRE de irralnet de la ponte. NOMBEE des Ters examinés un à ua à réclosloo iMâle. Corpuscules à profusion, un peu partout. Femelle. Corpuscules à des places res- i Ireintes. I 2 { Mâle. Très-rares corpuscules. ( I Femelle. Corpuscules U profusion. ' Mâle. Corpuscules à des places res- 1 Ireintes. | Femelle. Corpuscules à profusion. ' Mâle. Beaucoup de corpuscules. | Femelle. Corpuscules à profusion. ) Mâle. Beaucoup de corpuscules. 1 Femelle. Corpuscules nonibreu.v, mais) par places restreintes. ) Mâile. Pas de coi puscules. | Femelle. Très-rares corpuscules. j Mâle. Corpuscules nombreux, mais] à des places restreintes. ' Femelle. Pas de corpuscules. ’ ) Mâle. Corpuscules à profusion. ) Femelle. Corpuscules à profusion. S GoK /,3o 5o6 n tr tt // // J 12, le premier jour. /GO, les joui*s suivants. i , , ■ ^ i~i, le i~j février. ( 23, le 28 • ' 3o, le i'"' mars. 1 ( .36, le 26 février. I 26, le 28 • I 5o, le premier jour, g, le troisième jour. 5o, » .20, • .20, ■ •ïo, » Dans tous ces vers, on n’a pas rencontré tracé de corpuscules. 11 en a été de même pour les œufs qui ii’avaient pu éclore, et dont on a examiné aussi, un à un, un grand nomLre. Les deux tableaux qui suivent contiennent des observation; non moins probantes se rapportant, les premières, à diverses pontes isolées, les autres, à des papillons d’un grainage non cel- lulaire, et à la graine correspondante. C’est par des observations de cette nature qu’on peut se rendre facilement compte de cette circonstance curieuse, que, dans cer- tains grainages, tous ou presque tous les papillons sont plus ou moins chargés de corpuscules, tandis que la graine examinée l’année suivante se montre très-peu corpusculeuse. PORTION DE GANGLION NERVEUX , CHAR GÉ DE CORPUSCULES. t'i i ■ ')T'pus' ul^3 adultes et Cor-pii^r ules naissants t 1 LA PÉBRINE. ()7 I I i I J I i 1 I i i I I }, I i I I i I 5 I 08 MALADIE DES VERS A SOIE. EXAMEN (les papillons (race verte du Japon). NOMBitE de corpuscules par ctiomp. EXAMEN DES OEUFS es 7.7 et 78 février 1WÎ7. NOMBKE de corposcoies par ckainp. 1 10 OEufs de belle ap- \ Pas du tout de cor- 1 1 '1 3 O iiarcnce. On en ( pusculesdans au- 1 4 20 examine loo par l cun des groupes. 1 5 5o groupes de 10. ' 6 3o 1 7 3oo 1 8 100 (^.UFS 1 9 de mauvaise apparence j 10 i5o examinés un à un. 11 200 1 0 12 20 2 10 1 13 3o 3 0 Males..../ 14 100 4 0 15 0 5 0 16 0 6 0 17 0 7 0 18 200 8 0 19 5 9 0 20 100 10 0 21 /|0 11 0 22 8o 12 0 1 23 100 13 0 1 24 3oo 14 0 25 100 15 0 26 200 16 0 17 3 1 6o 18 0 2 1000 19 0 3 5oo 20 4 4 200 21 0 5 20 22 0 6 5oo 23 5 , 7 0 24 0 S 3o 25 2 1 9 10 26 0 1 10 70 27 0 1 11 0 28 5 12 0 29 0 y 13 200 30 0 Femelles,. \ 14 3o 15 5oo 16 5o 17 3oo 18 80 19 5oo 20 20 21 0 22 0 23 5 24 0 25 i5o 1 26 0 LA PÉBRINE. <)9 On voit ici toute la dillérence qui peut exister entre l’état cor- pusculenx des papillons et celui des œufs qui en proviennenL. Rien que la grande majorité des papillons de ce dernier grainagi^ fussent corpusculeux, aucun dos œufs de bon aspect n’a olfert tl(î corpuscules. Notons pourtant que l’examen des œufs a eu Heu à la fin de février. S’il eût été fait <à une époque plus voisine de l’éclosion, mieux encore sur des [vers éclos, la proportion des sujets corpusculeux eût été trouvée uii peu plus forte, car la détermination du nombre des œufs corpusculeux dans une graine, par la métbode italienne, donne des résultats varial)les avec; l’époejue de l’examen. La proportion apparente des sujets cor- pusculeux s’élève au fur et à mesure eju’on s’éloigne de l’épocpie de la ponte : le maximum existe pour les œufs à l’incubation ayant déjà changé de teinte, et pour les vers éclos. Ce fait est facile à explicjuer, si l’on tient compte de la métbode d’examen; il est clair que si, dans un œuf, il n’existe qu’un ou deux corpuscules, la cbancc de les rencontrer dans le contenu de l’œuf broyé délayé dans une petite cjuantité d’eau est tellement faible, que, le plus souvent, ils échapperont à l’obsc'rvation. Or il est bien certain cjue les corpuscules ne se multiplient pour ainsi dire pas dans les œufs, tant cjue l’embryon n’a pas commencé son évolution, A l’incul)ation, au contraire, la multiplication des corpuscules se fait avec une rapidité et une intensité extraordinaires. On peut résumer les faits qui ont été exposés dans ce para- graphe en disant c]u’il existe deux sortes bien distinctes de graines non corpusculeuses : les unes proviennent de papillons non cor- pusculeux, les autres de papillons qui le sont à un degré plus ou moins marqué. Ce résultat infirme à certains égards la valeur de la méthode d’examen microscopique des œufs pour en reconnaître la qualité. On ne peut douter que des œufs non corpusculeux issus de parents chargés de corpuscules soient, toutes choses égales, inférieurs en qualité à des (cufs non corpusculeux qui proviennent de parents sains. Les premiers s’infectent bien plus lacilcment que les seconds, et ils donnent lieu à des vcrs^alfaiblis qui ont peu de résistance contre les inllucnccs d’éducation défa- vorables à la bonne marche des vers; ils sont plus sujets par là 70 MALADIE DES VERS A SOIE. mîïinc aux maladies accideutcdles. Ou eu a une pr(!U\e frappante dans les éducations de pontes eorpusculeuses. Les vers issus de ces pontes et qui ne sont pas corpusculeux n’ont pas du tout, en généra], la vigueur des très-bons vers nés de parents sains. 1 ou- tefois, il est bon de remarquer que les di/lérences que je signale sont plus accusées pour les races de pays que pour la robuste race japonaise, au moins telle qu’elle était dans les premières années d(^ son importation en Europe. § IV. — Pourquoi des p.vpilloxs corpusculeux don.xext-ils dans certains CAS DES OEUFS CORPUSCULEUX, ET DANS d’aUTRES, DES OEUFS PRIVÉS DE COR- PUSCULES. Lorsque je commençai mes études sur la maladie des corpus- cules, la recherclie de ces petits corps dans la chrysalide et le papillon était complètement négligée. Les personnes, eu très-petit nombre, surtout en France, qui connaissaient le parasite, con- centraient leur attention sur les œufs ou sur les vers. Quand on voulait savoir si, dans une cbambréc, les vers étaient malades, ou examinait au microscope une goutte de sang d’un certain nombre d’entre eux, et, suivant qu’on voyait ou non des corpuscules, on jugeait que les vers étaient malades ou sains. .T’ai déjà dit que, dès mes premières oliser\ ations, j’avais con- staté ce fait remarquable que, même dans une chambrée malade, et à jdus forte raison en bon état, la grande majorité des vers, au moment de la montée, pouvait ne pas olfrir du tout de corpuscules, tandis que toutes les chrysalides et tous les papillons provenant de CCS vers eu étaient souvent remplis. C’est donc, disais-je, dans la chrysalide et le papillon que se développe de ^'référence la maladie, et c’est là qu’il importe le plus de la rechercher et d’en suivre les conséquences. (Tn sait que la chrysalide, selon les races et. le degré de tem- pérature, met de quinze à vingt jours à se transformer en pa- pillon. Eu étudiant l’époque d’apparition des corpuscules dans les chrysalides pendant cet intervalle, je ne tardai pas à recon- naître qu’elle est essentiellement variable. Pour une éducation LA PÉBRINE. 71 déterminée, tantôt les corpuscules sc montrent dans les chrysa- lides jeunes dès les premiers jours de leur loiinalion, tantôt ils n’apparaissent que tout à la fin de la vie de la chrysalide, lors- (pi’elle va se transformer en papillon. Cette circonstance remar- quable, et dont je donnerai bientôt la raison scientifique, permet de répondre à la question posée par le titre du ]>résent para- graphe. Toutes les fois que les corpuscules auront apparu visi- blement déjà dans les chrysalides jeunes, les œufs des papillons correspondants seront corpuscideux en plus ou moins grand nombre. Au contraire, ils le sont peu ou pas du tout, si les cor- puscules ne se montrent que dans la chrysalide très-âgée ou dans le papillon. La raison en est simple : on sait que le contenu de la chrysalide est comme un nouvel œuf pour la formation de tous les liquides et tissus du papillon. Lorsque, en même teni])s que se développent ces tissus, les corpuscules commencent déjà à se multiplier, on comprend que quelques-uns de ceux-ci puissent prendre naissance dans les matières de ro\iduete servant à la formation des œufs, et se trouvent par conséquent dans l’inté- rieur de ceux-ci, lorsqu’ils sont pondus. Mais si les corpuscules n’apparaissent en nombre plus ou moins grand dans le corps de la chrysalide que postérieurement à la formation et à la consolida- tion des œufs, ces derniers ne ])cuvent contenir h; petit organisme. Une circonstance qui tend à confirmer cette explication delà cause de l’existence des corpuscules dans les œufs se trouve dans l’ob- servation suivante, due à M. le comte de Rodez, qui l’a puhlicuî pour la première fois en 1868 dans le Compte rendu des essais j)récoces faits à Ganges celte même année (1). Elle est relative à la prépondérance considérable des femelles sur les mâles pour la propagation des corpuscules. Une graine issue d’un couple dont le mâle est corpusculeux à un très-haut d(?gré ne renferme peut- être jamais de corpuscules, si la femelle en est privée ou à peu près, et cette graine est relativement bonne, du moins la maladie corpusculaire est absente. Toutefois, ce sujet exige encore quel- ques études complémentaires. (i) J'oir t. II, p. 3o8. 72 MALADIE DES VERS A SOIE. Les constatations suivantes ne laissent ]jas de doute sur ce fjue je viens d’avancer, <à savoir, que les chrysalides peuvent présen- ter des corpuscules à tous les âges, et que si elles en contiennent dès les premiers temps de leur vie, les papillons qui en pro- viennent donnent des œufs corpuseuleux au plus haut degré, .fe me bornerai à deux exemples, run appartenant à une éducation de graine japonaise, l’autre h une éducation de race du pays. J’avertis, une fois pour toutes, que, dans le but de ne pas allon- ger inutilement cet Ouvrage, je ne pirjduis généralement qu’un très-petit nombre de mes observations pour chaque principe à établir. C’est par centaines que je pourrais compter celles qui sont relatives au fait dont je parle. Kdueation en 1866, dans le Gard, près d’Alais, d’un carton japonais, dit du Taïcoun, à cocons blancs. Réussite parfaite : on obtient 4o kilogrammes de cocons à yoo par kilogramme. La montée a commencé le 29 mai avec beaucoup d’ensemble. On étudie les chrysalides. Le 2 juin, sur lo clirysal., on en trouve 10 qui ne montrent pas decorp. visibles. Le 4 juin, 10 » » 8 » » Le 6 juin, 10 » » 8 » » Le 8 juin, 10 » » 7 » » Sur les trois chrysalides de ce dernier lot, qui étaient corpus- culeuses, une seule l’était beaucoup et les deux autres très-peu. Le 12 juin, on examine les premiers papillons sortis: sur 3i, S seulement étaient privés de corpuscules. Cette éducation est celle dont nous avons déjà parlé an para- graphe précédent, et dont les papillons ont fourni une graine qui n’olfrait de corpuscules que dans les œufs de mauvaise apparence, le 2y et 28 février de l’année suivante. On voit que les corpus- cules n’ont dû apparaitre (visibles pour le microscope sous leur forme brillante) que dans les trois derniers jours de la vie des chrysalides, du moins pour un grand nombre d’entre elles. Education en i868, dans le Gard, d’une graine à cocons jaunes. Une once de 20 grammes a produit 5 1 - kilogrammes de très- beaux cocons. La montée a eu lieu les 29 et 3o mai. Le 6 juin. LA PÉBRINE. 73 c’est-à-dirc huit jours après, sept chrysalides sur dix sont cor- pusculeuses. Le 8 juin, même résultat. Le lo juin, dix chrysa- lides sur dix sont corpusculeuses , et à un degré prononcé. Le 1 6 juin, sortie des papillons : tous, sans exception, sont chargés de corpuscules. La graine, examinée au mois de septembre, renfermait déjà 35 pour loo d’œufs corpusculeux. Le 7 avril, avant la mise à in- cubation, il y en avait 58 pour 100. Enfin cette même graine, exposée le 4 mars, pour un essai précoce, dans un endroit chaud et humide, a donné des vers cpii étaient tous corpusculeux à l’éclosion. Les faits et considérations qui précèdent prouvent sudisam- ment que des papillons peuvent être corpusculeux au même degré pour l’examen microscopique et leurs œufs se montrer au con- traire extrêmement dissenJ)lahles quant à la proportion des cor- puscules. Il suffira, pour se bien rendre conqjte à nouveau de ce fait, de comparer les observations suivantes avec celles des pontes des pages 66 et 67. GRAINAGE DE PAPILLONS A COCONS BLANCS, RACE INDIGÈNE. JOURS de la ponte. NOMBRE de corpuscules par champ. EXAMEN DES OEUFS, le G mars i8G8. EXAMEN DES VERS, les 14 et i5 ayril i8G8. 6 juin 1867 7 juin 1867 9 juin 1867 1 1 juin 1867 Mâle 800 Femelle.. 200 Mâle 200 Femelle'.. 200 Mâle i5o Femelle. . .'joo Mâle 200 Femelle. . 3oo 3o œufs un à un, pas de corpuscules. 3o œufs un k un, pas de corpuscules. 3o œufs un à un, pas de corpuscules. 3o œufs un à un, pas de corpuscules. 12 vers un à un, pas de corpuscules. 18 vers un à un, pas de corpuscules. 18 vers un â un, pas de corpuscules. 18 vers un à un, pas de corpuscules. Si les papillons très-corpusculeux des pontes qui précèdent ont donné des œufs qui, même au moment de l’éclosion, n’étaient pas corpusculeux, il faut l’attribuer à ce que les chrysalides n’ont pris que fort tard des corpuscules, et que ceux-ci se sont déve- 74 MALADIE DES VERS A SOIE. loppés alors avec une très -grande abondance. L’inverse s’était produit pour les papillons des pontes précitées (pages 66 <'t 67 }. 11 SC pourrait également que, dans un cas, on eût examiné les pa- pillons encore vivants, et, dans l’autre, après leur mort naturelle. On voit, par les résultats de ces observations, combien il est né- cessaire d’avoir étudié la marche du développement des corpuscules dans les chrysalides pour j^réjuger de l’état plus ou moins corpus- culeux des oeufs que fourniront les pa])illons de ces cbrvsalides. § V. — Le corpuscule est-il l’indice d’u.ne maladie régnante TRÈS-DÉVELOPPÉE. Que le corpuscule soit le signe d’un état morbide, cela ne jieut faire doute pour jiersonne. Toutes les fois qu’un ver est corpus- culcux dès son jeune âge, par exemple à l’époque de la première ou de la seconde mue, on peut être assuré qu’il périra avant de pouvoir faire son cocon; à fortiori, s’il est corpusculeux au sortir de l’œul. S’il ne devient corpusculcux qu’<à la troisième mue ou après celle-ci, il peut vivre quelquefois jusqu’au moment de la montée, et même filer son cocon; mais celui-ci, le plus souvent, est un cocon très-faible (i). Un des organes du ver où la multipli- cation des corpuscules est la plus abondante est précisément celui de la soie. Dans les cellules cpii entourent le canal où se réunit la matière soyeuse, cellules qui sécrètent celle-ci, les corpuscules sont tellement nombreux, quand le ver est corpusculcux d’uue manière un peu prononcée, qu’elles sont gonflées par la masse intérieure des corpuscules; il en résulte des nodosités même vi- sibles à l’oeil nn sur tout le parcours de l’organe de la soie, lequel perd complètement sa transparence et prend un aspect porce- lainé. La figure ci-après représente l’organe de la soie dans un ver très-corpuscidcux, au grossissement dc-f. Toutes les nmlosités blanchâtres sont des amas de corpuscules en nombre incalcu- lable. La sécrétion de la matière soyeuse est nécessairement fort (1) Ces faits précis sont faciles à vérifier par des expériences de contagion directe, expériences qui permettent de suivre un ver depuis le jour où il a absorbé des germes du parasite jusqu’à sa mort. J’y reviendrai dans un Chapitre spécial. LA PÉBRINE. 75 (liiuinuéc et iiiènic supprimée, lorscjuc le pliéuomèuc dont il s’agit est accusé dans toute la longueur de l’organe. Ces faits Organe de la soie dans un ver très-cor[>usculeux. (Grossissement \) expliquent comment les vers eorpusculcux ne donnent que des cocons plus ou moins faibles ou n’en donnent pas du tout. Ce n’est pas la matière soyeuse cllc-mème (jui renferme des corpus- cules, elle n’est que diminuée eu quantité ou supprimée, parce (jue sa sécrétion se fait alors à l’aide de cellules dont la fonction physiologi(|ue est plus ou moins altérée. J’ai vu des vers corpus- culeux faire pendant vingt-quatre heures le mouvement de va-et- 76 MALADIE DES VERS A SOIE. 1 ) i vient, de zigzag, que font les vers en train de filer leur cocon, sans que, à aucun moment, la filière donnât le moindre fil de soie. En ouvrant alors ces vers, je trouvais l’organe de la soie d’un blanc de porcelaine dans toute sa longueur. Les cellules de la glande, chargées de sécréter la soie, ne fonctionnaient plus, parce que leur rôle physiologique avait été suspendu par le développe- ment très-abondant du parasite sur tout le parcours des tubes glanduleux. La figure ci -après représente l’organe de la soie au grossis- sement de A dans un ver sain au même âge que celui d(“ la figure qui précède. Volume, structure, aspect, tout diffère extraordinai- rement entre les deux organes sécréteurs, et la seule comparaison de ces deux figures suffit à donner une idée des ravages surpre- nants que le développement du parasite amène dans la larve. Quant au nombre des sujets corpusculeux, dans l’état actuel des choses et aux ravages produits par la pébrine, les faits que je vais exposer porteront la conviction dans tous les esprits. Je ne veux pas préjuger en ce moment la question de savoir si la mala- die des corpuscules est à proprement parler la maladie régnante, mais je vais établir avec une entière certitude que chaque année, à la veille des éducations, il existe, en nombre incalculable, des œufs corpusculeux destinés à fournir des vers incapaliles d’arri- ver jusqu’à la bruyère, et que, par ce seul fait, mie multitude infinie d’éducations sont frappées d’insuccès ou diminuées dans leurs rendements. A l’approche des éducations, les petits propriétaires des environs d’Alais viennent s’approvisionner de graine au marché de cette ville , où des marchands plus ou moins inconnus préposent à la vente de leurs semences des agents quelconques. 11 est probable que les choses se passent de même dans les autres centres sérici- coles. Les propriétaires aisés se gardent aujourd’hui d’acheter des graines offrant aussi peu de garantie. Autant que possible, ils s’adressent à des graineurs dans lesquels ils ont confianec et qui ont intérêt â livrer une graine qu’ils jugent de bonne qualité. Quoi qu’il en soit, ces graines, vendues au marché, sont élevées et alimentent une foule d’éducations. LA PÉBRINE. 77 r UUHMIEII iil «ATTLU 1* Organe de la soie dans nn ver sain. (Grossissement J) 78 MALADIE DES VERS A SOIE. Le; 6 avril 1868, j’ai aclicté cinquanlo lois de graines prélevées sans choix sur le marché d’Alais, auprès d’un nombre égal de* vendeurs. ^ oici le tableau des résultats de l’examen microse.-o- pique de ces graines. La proportion des sujets corpusculeux est un minimum, car l’examen a été fait sur les œufs avant l’éclosion (;t non sur les vers éclos. Les noms d’origine inscrits au tableau sont ceux qui ont été donnés par les vendeurs. EXAMEN DE GRAINES FAITES EN 1867, ET ACHETÉES LE 7 AVRIL 1868 SUR LE MARCHÉ d’aLAIS. NATURE DE L.V GRAINE, ET DÉSIGNATION d’oIUCINE. NOMDRE d*ueufs examinés. NOVBCE dœofs corposco- leox Graine à cocons jaunes, sans désignation d’origine 36 5 Graine à cocons jaunes, sans désignation d’origine 36 Graine à cocons jaunes (Portugal) 36 5 Graine h cocons jaunes ( Andrinople) 36 3 1 Graine japonaise à cocons verts (reproduction dans le Gard). 36 7 1 Graine japonaise à cocons verts (reproduction en Italie) 36 3 Graine à cocons jaunes (Portugal) 36 2 Graine à cocons jaunes (Turquie) 36 ’ i Graine à cocons jaunes, sans désignation d’origine 36 3 1 Graine à cocons jaunes ( frontière d’Espagne) 36 5 Graine à cocons blancs (Portugal) 30 3 i Graine à cocons jaunes (Portugal) 36 8 ! Graine à cocons jaunes (Turquie d’Asie) 36 , 6 Graine japonaise à cocons verts et blancs (repr. en Italie). 36 2 Graine à cocons jaunes, faite à La Salle (Gard) 36 5 Graine à cocons jaunes, sans désignation d’origine 36 5 i Graine japonaise à cocons verts (reproduction dans le Gard). 36 Graine à cocons jaunes (Portugal, repr. dans le Gard) 36 5 Graine il cocons jaunes (Autriche) 36 i Graine à cocons jaunes et blancs, sans désignation d’origine. 36 Graine à cocons jaunes (Turquie d’Europe) 36 1 Graine à cocons jaunes, sans désignation d’origine 36 7 Graine à cocons jaunes (Portugal) 36 8 Graine des bords de la Mer noire 36 10 Graine à cocons jaunes (arrondissement de Sauinur) Graine japonaise à cocons verts et blancs (reproduction 36 3 dans le Gard) 36 0 LA PÉBRINE. 79 Suite du tableau. NATLRE DE LA GRAINE, ET DÉSIGNATION d’oRIGINE. NOMBRE d’œufs examinés. NOMBRE d’œufs corpuscu- loux. Graine à cocons jaunes (Basses-.VIpes) 36 3 Graine à cocons jaunes (Salonique) 36 Graine à cocons blancs, jaunes et verts (Bulgarie) 36 Graine à cocons jaunes (Perpignan) 36 6 Graine à cocons jaunes (Pologne autrichienne) 36 'l Graine japonaise à cocons blancs et verts 36 3 Graine à cocons jaunes (reproduction de cartons japonais). 36 2 Graine à cocons jaunes, sans désignation d’origine 36 2 Graine japonaise h cocons jaunes et verts croisés (repro- duction dans le Gard) 36 10 Graine à cocons blancs ( Monténégro) 36 i3 Graine h cocons jaunes (Portugal) 36 5 Graine à cocons jaunes (Anduze) 36 4 Graine à cocons jaunes (Portugal) 36 2 Graine à cocons jaunes (Turquie d’Asie) 36 1 Graine à cocons jaunes, sans désignation d’origine 36 3 Graine à cocons jaunes (Santiago) 36 4 36 Graine faite à Figeac ( Lot) 36 8 Graine faite U Digne (Basses-Alpes) 36 9 Graine h cocons blancs (Aveyron) 36 2 Graine à cocons. jaunes (Draguignan) 36 12 Graine à cocons jaunes (Aveyron) 36 I Graine à cocons jaunes et blancs (Gard) 36 10 Graine à cocons jaunes 36 8 La très-grande majorité do ces lots do graine a dû périr de la maladie corpusculaire. Les mallieurcux paysans qui ont élevé ces semences n’ont certainement pas récolté assez de cocons pour couvrir la dépense de l’acliat de la graine. Les grands propriétaires, ainsi que je viens de le dire, sont, en général, mieux ]>artagés. Toutefois, il est rare de rencontrer dans les départements de grande culture un scml éducateur qui n’ait à enregistrer que des réussites. La plupart d’entre eux élèvent plu- sieurs sortes de graines, dont ([uelques-uncs éclioucnt même chez 80 MALADIE DES VERS A SOIE. les plus favorisés. Voici uii tableau de l’exanien de quelques lots de graines (races dites de pays) des éducations de 1868 et 1869, choisis parmi ceux que des éducateurs m’ont adressés avec prière de les étudier. NATL'RE DE LA C.HAISE, et désisnalion d'origine. Graines faites dans le Var en 1867, élevées dans le Gard , en 1868. Graine faite dans les Basses - Al pes em 867 , élevée dans la Dréme en r868. Graines faites dans les Pyrénées -Orientales en 1867 , et élevées dans ce département en i868. SOMBRE DES OEl'FS EXAMINES. I i«not. 2® lot. 3® lot. ®'’lot. lot. '■lot. 2® lot. 3® lot. 4® lot. 5® lot. Graine jaune, faite en | Corse en 1867. ( I Graine à cocons blancs, faite en 1866 à Ro- morantin (M®*® Du- ( rival ). ' i®'‘lot. I Graine iaune, élevée 1 , ’’ . ' 2®lot. près d’.Alais, en 1867. 1 3® lot.» 6 œufs examinésun à un. 5 corpusculcux. 6 groupes de 3 6 » 6 œufs examinés un à un. ■ 3 groupes de 3 3 • 6 œufs examinés un à un. 3 > 20 vers à l’éclosion, exa- minés un à un 12 » 6 groupes de 3 5 » 6 œufs examinés un à un. 5 • 6 groupes de 10 5 • i5 groupes de /| 5 » i5 groupes de .j 9 w 12 groupes de .4 5 » 10 œufs examinés un à un. \ » 6 groupes de 10 5 » 10 œufs examinés un à un. i ■ 6 groupes de 10 3 » 10 groupes de 10 9 » 10 œufs examinés un à un. > 6 groupes de 3 » ü groupes de 10 .3 • G œufs examinés un à un. G > 6 groupes de 10 G » Voniiuo > rr. io graaimo à Ai. l'ilhoi, à Alals. Je poucrais prolonger con.sidérablcment la liste de ces lots de graines corpiiscnlciises. Si je me borne à ceux qui précèdent, c’est LA PÉBKINE. SI (|iir j’ai c'iovi' moi-jm;ine (üi 1868 uiuï piiicc'o de graine de eliacun de ces lots, et que tous, sans exeeptiou, ont péri de la maladie des eorpuseules. Voici d’autres observations (jui méritent d’autant plus d’attirer l’attention du lecteur qu’elles ozit été soumises à un coivtrole ri- goureux et impartial dont le résultat a été publié en sou temps. A la lin du mois de juin 1866, je fis un voy age à Saiiit-Mippo- lyte-du-Fort (Gard); c’était au moment des grainages. Malgré les insuccès si nondu-cux et toujours renouveb's qui frappent de- puis vingt années les graines faites dans les départements de grande culture, particulièrement celles des belles races à cocons jaunes et blancs, une foule d’éducateurs s’obstinent à faire de petits grainages toutes les fois qu’ils ont une bonne réussite. Ils ont {zeine à se persuader que des vers en apparcmcc robustes, qui montent prestement à la bruyère et font de beaux cocons, m; puissent donner naissance à de bons papillons reproducteurs. A Saint-Hijipolyte, je visitai, en coiiqzagnie de M. Jeanjean, maire de cette ville, quatorze grainages de diverses races faits dans la ^ille même. Je prélevai sur cbacun d’eux des papillons que j’em- portai à Alais pour les examiner au microscope, en promettant à M. le maire de Saint-llippolyte de lui adresser, avant l’époque des éducations de l’année suivante, un pronostic anticipé au sujet des graines de ces divers lots. Le i3 février 1867, j’écrivis à M. Jeanjean la lettre suivante : « Me voici de retour à Alais pour la continuation de mes ir- cbcrcbcs sur la maladie des vers à soie. Conformément à la pro- messe qar les conditions mêmes des observations, de tenir eoznpte de l’époque à laquelle les chrysalides des papillons sont devenues • • G 82 MALADIE DES VERS A SOIE. rorpusculcuscs. C’csl un (‘lémont d’appircialion qm; je crois très-utile. Il se pourrait doue à la l igueur que quelque.s-uus des grainages que j’ai eoudaruués fussent moins niauvais que je ne raffirnie. » M. le maire de Saint-IIippolyti! se confoiaiia rigoureusement à mes instructions. On trouve dans le Courrier du Gard, numéros des 2 et 3 juin i86j, une lettre de M. .leanjean dans laquelle il rend compte en ces termes des faits qui précèdent et de leurs résultats. (f Le 26 mai i86j, après avoir dressé, la veille, à Saint-Hippo- lyte, sur les renseignements fournis parles éducateurs eux-mêmes le tableau des résultats des éducations des graines auxquelles fait allusion la lettre ci-dessus, nous avons ouvert le pli cacheté renfermant les jugements de Al. Pasteur, et nous avons eu la satisfaction de constater que, sur 1 4 grainages, les résultats de l’éducation de deux seulement n’ont coïncidé entièrement avec les pronostics tirés de l’examen des papillons. Ces deux grainages de race japonaise étaient annoncés comme devant échouer, tandis rpi’ils ont donné demi-récolte c’est-à-dire i5 kilo- grammes de cocons par once de 2,5 grammes. » (( En résumé, dit AI. le maire de Saint-Hippoljte, si l’on com- pare les résultats des éducations avec les divers pronostics de Al. Pasteur, et qu’on tienne compte de la réserve qu’il a faite, au sujet de l’absence obligée de l’examen des chrysalides, on sera frappé de l’exactitude de scs pronostics. » Les faits suivants donnent une autorité particulière à ces ap- préciations anticipées de la valeur des graines d’après l’examen des papillons. J’en trouve encore le récit authentique dans la lettre adressée au Courrier du Gard, par AL le maire de Saint- Hippolyte ; « Le Comice agricole de l’arrondissement du A igan a fait cette année cpiatre éducations expérimentales. Deux des graines élevées ont été, d’après l’examen des papillons, déclarées saines par AL Pasteur avant le commencement des éducations. Les vers d’une de ces deux graines, élevés sur les montagnes qui dominent A allerauguc, ne sont e.icore qu’à la troisième mue; mais l’autre LA PÉBRINE. 83 j;raiiu', originaire du département de l’Ande, et élevée à Sauve sous la surveillance de M.M. Delettre et Couduzorgues, meuihres du Coiuiee, a donné un excellent résultat; les cocons ne sont pas encore pesés, mais ils occupent neuf tables ordinaires et les tables sont bien garnies. Aoiis avons été nons-inênie étonné de la beauté de cette petite clianibrée, et nous coiupreuoiis très-bien qu’un pareil succès inspire de la conliauce dans la valeur du pro- cédé de AI. Pasteur. » A oici les résultats de mes observations sur les papillons dcîs grainages dont il vient d’ètre parlé. Les éducations correspon- dantes aux cocons de ces grainages avaient lourni de 33 à 4o kilo- grammes de cocons par once de ao grammes, et elles avaient jiaru assez belb’S pour qu’on les crût bonnes pour la reproduction. Afin de ne pas allonger outre mesure les tableaux, jc7ue bornerai à rapporter seulement les dix jtremières observations de chaque lot. J’y joins quelques indications sur l’état l'orpusculeux des graines que AI. le maire de !5aiut-lli|)polyti‘ eut l’obligeance de m’adresser au mois de mars 1867. GRAINAGE DE m"'*' DELAPORTE, portant sur i kilogramme et demi de cocons dont la graine avait été envoyée do Strasbourg en i&6j. L'éducation à Strasbourg en i8G5 avait élé faite avec des feuilles desalsiOs. GRAINAGE DE I portant sur i kilogrami pays et verts du I. VALOnUÈRE, ne de cocons jaunes do Japon croisés. Kxamen des papillons en 18OC. Eiamen des graines. Examen des papillons. Exaiiicn dos graines. I. rooo corp. Sur 10 œufs exa- 1. 5oo corp. Sur 10 examinées 2. 1000 » mines un à un, 2. 100 n une à une, i cor- 3. 5oo « 2 sont corpuscu- 3. 3oo » pusculeuse. 4. 5oo » leux. 4. 5oo » Surügroupes deio, 5. 200 « Sur Ogroupesde 10, 5. 200 » Scorpusculeux. 6. 3oo » 3 sont corpuscu- 6. 100 n 55 grammes de 7. 0 » leux. 7. 5oo i> graine ont fourni 8. 5oo » Échec de la cham- 8. 100 » seulement 20 ki- 9. 5oo » brée en 1867. 9. 200 n logrammes de 10. 4 00 I) 10. 5oo » cocons en 1867. t). 81 MALADII-; DES VEUS A SOIE. C.n.UN.AOE DE M. V.VLOCniÉnE, (.IIAIXAGE DE tf. LAM.XBQl'K, crüiscmcnl de cocons jaunes et de cocons blancs du Japon. p>rianl$uri kilogramme de eucoos de Mce Jaune. Examen des papillons. Examen des graines. Examen des papillons. Examen des graines. 1. .'|00 corp. Sur 10 examinées 1 . .')00 corp. Sur 10 examinées 2. 5o » une à une, 5 cor- 2. 5oo » une il une, 6 cor- 3. .3oo )) piisculeuses. 3. /|00 H piisculeuses. i. 1000 » Siir6[;roiipesde lo, i. 1000 » SurGjjroupesde lo. 5. 5oo )» /| cor|>iisculeux. 5. i5oo n 6 corpusculeux. G. 2000 » Éclioc absolu en G. /|00 n Echec absolu en 7. 200 » i86;. 7. 4 00 n .867. 8. 1000 » 8. O O O 1 9. I.ÎOO » 9. 1000 M i 10. 5oo n 10. 3oo n 1 {iU.VINACE BE .M. CAI.MF.TTE, porlanlsur ^ kilogrammes ot demi de cocons U*uno graine à cocons blancs de la Côte-d'Or. ORAIN.Vf.E DE il. BIUT.EROLLES, porlanl sur i kilogramme de cocons blan«s de la Cô:e d*Or. Examen des papillons. i Examen des gralne> Examen djs papillons. 1. .'iü corp. 2. wO c 0 1) 3. 2000 » 4. 5oo n 5. 100 )) G. 4 00 » 7. 1000 H 8. 200 W 9. 3oü » 10. 200 M Examen des graines. Sur 10 examinées une à une, o cor- pusciileuse. Sur 6 groupes de lo, 1 corpusculeux. Eclîcc absolu en .86;. 1. 4 00 corji 2, 3oo » 3. aoo » 4. 3üo n 5. 100 » G. 5oo U 7. 600 D 8. 3oo M 9. 700 n Sur 10 ex-imiiit^ une il lino, i cor- inisciilense. Siir6i;roupcsilc lo, I corpiisciileiix. Écliec absolu en I I 86; . LA PÉBRINE. CHAINAGE DE M. ROISSIER, porlantsur i kMogranime et demi d'une deuxième reproduction de japonais â cocons verts. portant GRAINAGE DE M’"® CARRIÈRE, sur 7 kilogrammes et demi de cocons, race japonaise verte. Examendes papillons. Examen des graines. Examen des papillons. Examen des graines 1 ')0 corp. Sur 10 examinées 1. .'(00 corp. Sur 10 examinées 2 '(00 M une à une, i cor- 2. IJO » une à une, o cor- 3 200 » piisculeuse. 3. 3oo » pusculeusc. ■’i 3oo » SurOgroupes de lo, 4. 100 » Sur G groupes de 10, 5 100 n t eorpiiseiileiix. 5. 200 » 3 corpusculeux. 3oo » L’éducation a four- G. 800 » L’éducation a four- ’ 7 8oo 0 ni en 1867 i.l kg. 7. 0 0 c'î ni en 1867 1 5 kg. 8 1000 n de cocons pour 8. ,5o » de cocons pour : 9 6oo n 2.7 gr. de graine. 9. 200 » 2Ô gr. de graine. ' 10 .5oo n 10. 1 00 » GRAINAGE DE M. DADRE, GRAINAGE DE M. DE ÜOUSOt'ET) porlan sur un deuil-kilogramme do cocons jaunes, race du pays. portant sur des cocons jaunes, race du pays. Examen des papillons. Examen des grain. s. Examen des papillons. Examen des graines. 1 ! 1. l5 corp. Sur 10 examinées 1. 100 corp. Sur 10 examinées 1 *• 3o n une à une, 3 cor- 2. 2Ô0 )) une à une, 6 cor- I 3. Goo » pusculetiscs. 3. 3oo M pusculetiscs. 1 800 n SnrGgroupcsdc lo, 4. 200 « SurGgroupesde 10, i 200 n 1 corpusculeux. 5. JOO » 5 corpusculeux. , 6. 200 n I.a graine n’a pas G. .5oo » La graine n’a pas 1 .'lO i> été élevée. 7. 200 n été élevée. «• 5oo 9 8. 3 00 » i 600 n 9. 200 » j 10. 3o a 10. 'jOO D 86 MALADIE DES VERS A SOIE. GUAiNAr.F, m: m'"" calmette, portant sur i kilogramme de cocons blancs de In Côte-d’Or. i CRAIN.iCE DE DADBE, perlant sur un deml-kiloframiD^ de cocooi jaunes. . Examen des paplltuns. Examen dos graines. Examen des papillons. Examen des graines. 1 . 10 COI’p. Sur 10 examinées 1 . 5oo corp. i La graine n*a pas 2. 200 » une à une, o cor- 2. 8oo » été examinée. 3. i.îo 1) pnsculeuse. 3. .'|00 » Echec en 1867. ( c O ce Sur 6 groupes de lo, 4. 5oo » 5. 200 » 1 corpusculeux. 5. 100 B i G. 8oo 11 7. 3oo » 8 . ,'j 00 11 9 . /| 00 1) 10. 100 » Échec en i8Gj. 6. 200 B 7. " GUAINAGE DE Si'”''’ CAÏUUÈUE, portant sur des côcons blancs japonais. CPAINACE DE M. DE DOISOCET, porlant sur des cocons jaunes provenant d'an carton du Japon. Examen des papillons. Examen des graines. Examen des papillons. Examen des graines. 1 100 corp. I.a graine n’a pas 1. 800 corp. Sur 10 examinées 9 100 n été examinée. 2. .Soo a une à une, 2 cor- 3 .00 » Elle était bivoltine, 3. 200 n piisculouses. 4 000 )» et a éclos en 1 SGG. 4. .lo i> SurG groupes de lO, 5 •J 00 n 5. 800 » 6 corpusrulcux. G .7oo » G. 5oo » .37 grammes de 7 3oo » 7. 200 H graine ont fourni 8 /jOO » 8. lÔO n en 1867 3 kilo- 9 5oo n 9. 200 » gr.ainmcs de co- 10 Goo » 10. i5o n cons. LA PÉBRINE. 87 i i Ti'lk; a été l’ellrayante proportion de coi‘[)uscules dans tous ces grainages faits à Saint-llippolyte en 1866, et dont j’avais con- damné par avance les graines cpi’ils ont l'onrnies. Par contre, voici le tableau de rexainen de cent des papillons dn grainage qui a produit la graine élevée à Sauve, en 1867, par les soins du Comice dn ^ igan, et qui a fourni 46 7 kilogrammes de cocons pour une once de 20 grammes. ( RAINAGE PROVENANT DE COCONS RÉCOLTÉS DANS l'aLÜE, départemenl do poUlo cuifure. Graine élerée à Sauve en 18G7, par le Comice du Vigan. Examen des papillons. Nomire de corpusiulos par champ. 1. 0 2. 0 3. 0 4. ü 5. 0 99. 0 100. 0 ün peut se convaincre, par la lecture de ces tableaux, que plu- sieurs des graines produites dans ces grainages très-corpusculcux cont(;naicnt elles-mêmes peu de corpuscules et que, néanmoins, elles ont éeboué comme les autres, sans doute par la llaclicrie ré- sultant de raffaiblissement de vers issus de tels reproducteurs. Que de désastres n’aurait-on pas conjurés à Saint-llippolyte, cm 1867, par l’application de la métbode d’examen des papillons, outre l’avantage cju’on aurait retiré de la livraison à la lilature de ces cocons, qui n’étaient mauvais que pour la reproduction! J’ai pensé cpi’un des meilleurs critériums de la diilusion actuelle de la maladie corpusculaire consisterait dans l’étude des graines livrées annuellement aux établissements d’essais précoces. 88 MALADIE DES VERS A SOIE. Ces graines rf^présentenl d’une manière assez (idèle la nature, la qualité, les origines diverses de toutes celles tpi alitnenltnit les éducations de la contrée où fonctionne ce genre d’étaldisscinents. En conséquence, si, pour une année quelconque depuis l’époque de la maladie régnante, je prouve que les graines de ces établissements sont en majorité corpusculeuses, j’aurai démontré par là même que, cette aniiée-là, une multitude de t liambrées ont eu à souffrir de la pébrine. On sait d’ailleurs que les mar- chands de graines ne placent aux essais précoces que les lots sur la réussite desquels ils comptent le jjlus, parce que les résultats des essais sont généralement destinés par eux à servir de montre pour la vente de leurs graines. En 1 86^, j’ai eu recours à l’obligeance de AJ. M. Jouve cl Alé- ritan, Jeanjean et de Rodez, directeurs des établissements d’essais précoces de Cavaillon (Vaucluse), de Saint-IIippoIyte (Gard) et Ganges (Hérault), à l’elfct d’obtenir ce qu’on nomme les couvailles des dillérents lots de graines, qui avaient été élevées dans les serres dont je parle. Les résultats généraux de l’examen microsco- pique ayant été du même ordre pour les trois établissements, je me bornerai à faire connaitre ceux qui correspondent à la serre de Saint-llippolyte. LA PÉBRINE. 89 NCHERO de l'essai. PROVENANCE. NOMBRE d'eeufs corpuscu- lenx, sur lo, oxa- minés un a un ( graines non écluses ). NOMBRE de groupes corpus- culeux, surGgrou- pes deio (?crs des- séctiés, uiorls il réclusion ). 4. Indigène 2 ô 5. Rasses-Pyrcnécs I 6. Basses-Pyrénées 6 6 7. Basses-Pyrénées a 5 8. Var 6 10. Var 4 11. Aveyron 3 6 12. Aveyron 5 6 13. Puy-de-Dôme O 14. Puy-de-Dôme 2 2 15. Cher 3 IG. Corrèze 6 2 17. Reproduction japonaise (blancs) . . 3 5 18. Aveyron 6 19. Indigène 2 1 20. Lot 2 O 21. Indigène I 6 22. Indigène 2 O 23. Aveyron 0 O 24. Aveyron 0 3 25. Graine dite dei Alpes 1 6 26. Ser^ie 0 3 27. Carton japonais i 5 28. Annecy I 6 29. Côte-d’Or 0 2 30. Montpellier I I 31. Montpellier \ 2 32. Indigène \ 6 33. Grenoble 5 t .34. Allemagne 0 4 35. Étranger (race à 3 mues) 2 5 36. Carton japonais 10 n 37. Üurfort O 3 38. Indigène O 4 39. Basses-Pyrénées t 3 40. Indigène I 5 41. Aveyron O 6 44. Reproduction japonaise O I 90 MALADIE DES VERS A SOIE. Suite du tableau. NUMÊllO (le l'essai. PUOVEN.VNCE. NOMBRE 1 d' cuL'UX, sure^oti' pesde io(versdes- séibés, morts a réclosioD ). 46. Indigène 0 i 47. Reproduction japonaise. i tt 48. Reproduction japonaise 5 6 49. Vitteaux (Côte-d’Or). ... ; i 50. Reproduction japonaise 0 I 51. Carton japonais 3 0 52. Carton japonais 6 6 53. Alais : 5 6 54. Hérault 0 0 55. Reproduction japonaise 3 3 56. Indigène 3 3 57. Reproduction japonaise (verts) I 3 58. Reproduction japonaise 5 3 59. Indigène ‘i 4 60. Aveyron I 4 61. Portugal 3 1 62. Portugal a 3 63. Portugal 3 4 66. Indigène 5 5 67. Carton japonais 6 2 68. Carton japonais 3 n 69. Servie 0 I Dans tout ce qui précède, je me suis borné à parler du corpus- cule connue d’un organisme dont la présence est multipliée à l’iu- lîui dans nos éducations. J’ai évité de dire qu’on doit attribuer à ce parasite une grande partie des désastres de la sériciculture. Je voulais amener le lecteur a })réiuger lui-mème la relation qui doit exister entre le lléau actuel et une maladie aussi développée (pic celle qui nous occupe. ]N’est-il pas sensible (pi’un parasite qu’on rencontre en si grande abondance dans les graines qui servent aux éducations industrielles depuis vingt ans, suflît à LA PÉBRINE. 91 rendre compte d’une inullilnde des insueeès qn’éprouvent eliacpu' année les niallieureiix édueateiirs de vers cà soie P Est-il besoiji de cherelier an lléau des causes mystérieuses, de sup])oser qu’une sorte de elioléra des vers à soie est venu londre sur nos départe- ments sérieicoles, ou de croire à une maladie occulte de la l'enille du mûrier ? D’ailleurs, je l’cviendrai sur toutes ces questions, mais pour le moment, tenons nous-en à notre parasite. Toutefois, comme il est avéré par les faits et les observations que j’expose- rai idtérieurement au sujet de l’ancienneté de la maladie corpus- culaire que celle-ci est inhérente aux éducations de tous les pays sérieicoles, il importe extrêmement de comparer, sous le rapport de l’abondance des corpuscules, les pays que l’on appelle sains avec ceux où sévit le mal actuel. 11 nous sera facile de nous convaincre qu’il existe une dillé- rencc notable entre les semences confectionnées en France, et celles que nous tirons de contrées sérieicoles pit>spères. A eet égard, le Japon mérite particulièrement d(! fixer notre attention. J’ai donné dans ce Cha[)itre assez d’observations microscopiques sur nos graines indigènes pour être; dispensé d’y revenir. On a pu s’assurer de l’état généralement très-corpnsculeux de ees graines, dont les échecs sonP chaque année si nombreux. Par contre, voici un tableau d’obsei'vations portant sur des cartons japonais importés en France. Ces cartons ont été prélevés sans choix sur un nombre considérable des cartons dits du Taicoun, dont le Japon avait fait don à l’ELmpcreur en 1866. 92 MALADIE DES VERS A SOIE. DÉSIGNATION dos carlous. EXAMEN DES OEUFS do mnuTBlse apparence. EXAMEN DES OEUFS de belle ap{t«reocc. Nombre d'œnfs examines. Nombre de corpusculeux. Nombre d'œufs examinés Nombre de corposculeux. Blancs 1,3 0 30 0 Blancs 8 0 'ij 0 Verts .3 0 3o 0 Verts 1 0 29 0 Verts 8 0 20 0 Verts 8 0 25 0 Blancs 8 0 25 0 // 1(1 0 27 0 H 8 0 ,'|0 0 n 8 0 25 0 Blancs 3 I 3o 0 Blancs 8 I 25 0 Blancs 3 I 3o 0 Verts 8 I 25 0 // 10 3 72 0 Verts 8 I 2Ô 0 Que l’ou compare l’état corpusculeux de ces graines et celui des semences indigènes que nous avons précédemment étudiées, celles, par exemple, du tableau des essais précoces de Saint-llij>- polyte en 1867, et ou sera l’rappé de la diflérencc considérable qui existe entre ces divers lots. La faible proportion des sujets corpusculeux dans les éduca- tions du Japon, comparée à celle de la France, ressortira plus clairement encore des observations suivantes faitc's sur des pa- pillons d’origine japonaise. En 1 866, le Ministre de l’Agriculture voulut bien, sur ma demande, faire venir directement du Japon des éclianlillons de vers, de chrysalides et de papillons prélevés dans les cbambrées japonaises. Le soin de cet envoi fut confié par notre consul au Ja- pon, AL Léon Roche, as moins établi par toutes les observations qui précèdent, que dans les contn-cs où sévit l’épizootie il existe un parasite infini- ment plus niultijdié que dans les pays où règne encore la prosjié- rité de l’industrie d(! la soie et qui ont le ju iv ilége d’avoir des semences g('néralemcnt très-saines. (’.e (pie nous venons de dire de la France comparée au Japon s’appli(pie ])lus particulièrement à nos dé])arteni(!nts de grande culture, tels (pie le Gard, la Dibme, l’Ardèche; mais il est loin 9i MALADIE DES VERS A SOIE. cl’(Mi être de même pour ceux où la eultui’e du mûric-r est peu développée et où l’édueation des vers à soie ne peut eomj)t<-r comme une des branches de l’industrie agricole. Dans ces der- nici’s départements, dont le nombre ne s’élève ]>as à moins d«; trente ou trente-cinq, on retrouve à très-peu près, souvent même! améliorée, la situation qui est propre au .lajmn. 11 est tel de ces départements oii le plus habile mierograpbc aurait eu jM*ine. dans ces dernières années, et pour toutes les éducations, à ren- contrer quelques sujets corpusculcux. Je citerai, par exemple, le Cantal et le Puy-de -Dôme . Aussi tous nos départements de petite culture ont eu, depuis vingt années que dure le fléau, le privilège de fournir des graines excellentes. On a importé tour à tour dans les départements de grande culture, où elles pro- duisaient de magnifiques récoltes, des graines confectionnées dans la Côte-d’Or, rYonne, Saone-ct-Loire, le Cher, l’Incbe-et-Lfûre, le Cantal, le Puy-de-Dôme, la Corrè/.e, le Lot, le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne, le Gers, le Tarn, les Pvrénées-Orientales, l’Aude, quelques localités de l’Hérault, les Hautes et liasses- Alpes. Aujourd’hui encore on vante certaines semences prove- nant de ces divers départements. Toutefois, on peut assm-er qu’il n’est p(!ut-être pas un seul des éducateurs dans tous les lieux que je viens de nommer, qui ait su conserver la pureté de sa graine. Après avoir réussi à la reproduire toujours saine pendant plu- sieurs années eonséeutives, ils ont eu la douleur de la voir mani- fester, soit chez eux, soit surtout dans les départements de grande eultim;, l’onstence de la maladie régnante ; en d’autres termes, les éducations des pays de pctit(! culture n’ont pu se maintenir indé- finiment propres à la reproduction, chez un même éducateur. Cette terminaison fatale s’annonce le plus souvent, j’en donne- rai les preuves les plus péremptoires, par la j>résence dans les grainages successifs d’un nombre toujours croissant de papillons corpusculcux. Je me bornerai pour le moment à un exem|>le jiartieulicr, mais fort curieux par les circonstauces cpii l’ont entouré et jiar les commentaires auxcpicls il a donné licti. Il est relatif à une graine de la Corse devenue célèbre sous le nom de graine de Al™* Rocca- LA PEBRINE. 95 Serra, dont voici l’histoire d’après des documeiils authenticpies. Dans un Rapport lu à la Société d’Agricultnre de Bastia en 1 865, M. Liinpcrani, président de cette Société, s’exprime ainsi (i) : « J’ai eu plusieurs fois occasion d’appeler l’attention de la Société sur les résultats si dignes de remarque obtenus depuis plusieurs années sans interruption jiar d(;s sériciculteurs italiens dans la maguancrie de M"'® Rocca-Serra à Porto- Vecchio. Pen- dant qu’une alfreusc épidémie s’obstinait à sévir sur les races de vers à soie de l’ancien monde et désolait de nombreuses contrées, les vers à soie obtenus à l’une des extrémités de l’ile, à Porto- ^ ecebio, se conservaient exempts de toute eoutagion, donnaient un rendement égal à celui des meilleures récoltes d’autrefois (>t produisaient une graine qui avait la laculté de se reproduire, du moins dans la localité, sans cju’on eût jamais remarqué dans les transformations successives la moindre dégénérescence. « Un jjarcil succès ne pouvait manquer de stimuler le zèle des sériciculteurs italiens dont parle M. Liinpcrani. Dès i863, ils avaient passé un contrat de sept ans avec M*"® Rocca-Serra pour se faire réserver tous les produits de sa magnanerie ; puis, recon- naissant que la graine Rocca-Serra donnait d’aussi bonnes ré- coltes dans d’autres parties de la Corse qu’à Porto-Vecchio, cette Compagnie italienne prit des arrangements avec presque tous les propriétaires de mûriers de l’île. Les succès de ces chambrées, toujours d’après le Rapport de AL Liinpcrani, furent très-remar- quables en i863, 1864, i865 et 1866. « La graine Rocca-Serra, poursuit AL Limperani, n’a pas tardé à acquérir eu Italie la célé- brité qu’elle méritait à tous égards; elle y est vendue à des prix inouïs et vous avez pu vous en faire une idée lorsc[ue dans mon Rapport du 3o décembre dernier (i864) je vous citais ce fait si- gnificatif, que la Compagnie italienne, payait à M"'® Rocca-Serra à raison de 43 francs le kilogramme, la part de cocons qui lui reve- nait dans le produit de sa magnanerie. » Dans un Rapport adressé au Alinistre de l’Agriculture par (i) Voir V Observateur de la Corse, minicro du vendredi ii août i8G5. MALADIE DES VERS A SOIE. 9G M. (iutTiii-AIôiievillc! et reproduit dans le Journal d' Agriculture de AI. Barrai (numéro du 5 avril 1868), ce sériciculteur affirme, d’après les assuraiiecs qui lui ont été données en Corse, que la Compagnie italienne a confectionné dans ce département, en 1866, plus de douze mille onces de graine et réalisé sur la sente un l»é- nélicc net de plus de 3ooooo francs. Dans ce même Rapport M. Guérin -Aléneville s’extasie sur la beauté des vers de Al™® Rocca-Serra au moment où il les inspecta en 1867. Ils étaient, dit-il, sortis du quatrième sommeil et magnifiques de santé et d’aspect. Dans les litières, il ne trouva aucun ver malade ou mort, ni aucune moisissure (i). AI. Guérin-Aléneville a ad- miré également la beauté des mûriers de AI™' Rocca-Serra; il n’a vu sur leurs feuilles aucune trace de maladie. Eh bien, cette graine fameuse est aujourd’hui corpuscideusc au plus haut degré. Les éducations qui vont être faites cette année (ces lignes sont écrites au mois d’avril 1869) périront toutes par la maladie des corpuscules. A oici un examen microscopique de la graine produite l’an dernier par l’éducation de AI™' Rocea- Serra à Porto- A'ecchio. (i) C.cs assortions de M. Giiérin-Méneville sont reproduites dans le Rapport au Sénat de M. le comte de Casablanca (juillet 18G8). rbiV t. Il, p. 37. LA PÉBRINE. 97 On.tlSE DE m"*' rocca-s ERRA, A PORTO-VECCIIIO. Œufs examinés ensemble. Nombre de corpuscules par champ. 3 3o 3 30 3 5o 3 3 80 3 0 3 3 3 20 3 0 3 5o 3 60 3 0 3 20 3 3o 3 10 3 0 3 3 3 3 L’échantillon qui a servi à ces observations a été remis à M. Maillot (i) par M. de Casabianea, président de Cbaïubre à la Cour de Bastia, qui l’avait reçu du fds de M"'® Koeca-Serra. Déjà l’an dernier, en 1868, la Compagnie italienne a complète- ment échoué dans ses magnaneries de la Corse avec la graine Rocca-Serra. Ainsi donc ces vers réputés magniüques par M. Guérin- Méncvillc en 1867, élevés avec cette feuille qu’il déclarait exempte de toute maladie, donnaient quelques jours après sa visite à la magnanerie de M""® Rocca-Serra une graine qui a entrainé les plus graves échecs (2). (1) M. Maillot, agrégé, de rUiiiversilé, m’assiste dans ma missioir. 11 est en ce mo- ment en Corse pour y surveiller les éducations de M. le sénateur, comte de Casa- blanca, lequel a désiré introduire en Corse mon procédé de grainage. (Avril 1SC9.) (2) M. Guérin-Méneville n’a pas été plus lieurcux dans scs appréciations sub- séquentes. 11 vient d’adresser au Ministre de l’Agriculture {Journal cl’ Agriculture L 7 98 MALADIE DES VERS A SOIE. 11 est fort regretlaLle qu’on ail 1 aissé s’altérer à ce j)oint les graines de la Corse. Dans une île isolée comme l’est celle-ci, placée à de grandes distances des éducations du continent, rien ne serait plus de M. Barrai, février 1869) un nouveau Rapport, dans lequel il continue de louer la graine Rocca-Serra, et de citer la Corse comme un pays pouvant servir d’exemple à l’appui d’une de ses théories favorites, à savoir que la maladie s’en va. Il y a plus de dix ans que ce naturaliste assure chaque année, dans ses Rapports, que la maladie est en décroissance. 11 le proclamait déjà en i865, année qui fut la plus désastreuse du siècle, et un commissaire du Gouvernement, trompé sans doute par cette assertion, la reproduisait dans une discussion devant le Sénat. Outre les faits que je viens de mentionner, qui prouvent que la meilleure des graines de Corse est perdue depuis 1867, je sais pertinemment que la plupart des graines sur lesquelles on compte le plus, dans celte contrée, pour les éducations de 1869, sont extrêmement corpusculeuses. Je sais, en outre, que les marchés passés en Corse par la Compagnie italienne n’étant pas à leur terme, et celle-ci ne pouvant plus compter sur la graine Rocca-Serra, doit élever, en 18G9, dans ses ma- gnaneries de la Corse, une graine qu’elle appoitera d’Italie. Voici l’examen de quelques-unes des graines qui ont été faites en Corse, en 1868: GUAtNE DB M. POGOI, PERUEPTBUK A VESCOVATO. GRAINE DE M. BISTOflt, PROPSIÉTAIKE A TEïCOVATO. CEufs examines ensemble. Nombre de corpuscules par ciiauip. Œufs examinés onsamblo. Nombre de corpuscules par champ. 3 5ü 3 bo 3 1 3 O 3 io 3 0 3 0 3 0 3 0 3 , 3 b 3 U 3 n 3 I 3 I 3 a<» 3 bo 3 4 3 lOÜ 3 11 3 90 3 0 3 au 3 10 3 0 3 a 3 10 3 0 3 0 3 0 3 0 3 ao 3 3inx . - l*ictxrt SC VERS SAINS. a Ver sans tache h Ver avec taches de blessures fmp OrnvCroj ,'i^ . ntr i/r la S^' Orn*^ htns. T V 1 I , * l'p* 1 r i / ' i' t I f. ■) LA PÉBRINE. 101 des papillons taclic's. La préseiire des taches chez les vers n’était donc pas un signe certain qu’ils avaient des corpuscules ou que leurs papillons en auraient. Pour que la tache pût être considérée comme un signe certain de la maladie accusée par les corpuscules, elle devait montrer une réciprocité qu’elle ne possède pas. Quand la maladie des corpuscules existe chez des vers, les taches y exis- tent et même souvent volumineuses et abondantes, mais la cir- constance inverse n’est pas obligée, c’est-à-dire que, quand il y a des taches à la surface de la peau des vers, la maladie des corpus- cules n’existe pas nécessairement, soit chez ces vers, soit chez les chrysalides et les papillons qui en proviennent. Tel est le résumé de mes études de 1866 sur le caractère des taches. Jeles ai poussées plus loin en 1867 et en 1868. J’étais tenu, par les résultats qui précèdent, de rechercher quelle pouvait être la signification de ces taches dont je viens de parler, taches visi- bles sur la peau des vers à leur dernier âge, et ne correspondant en aucune manière à la présence des corpuscules. Serait-ce un premier état de la maladie, ne devant se traduire que dans des générations subséquentes, auquel cas les taches auraient une va- leur même supérieure, comme signe du mal, à celui de la présence des corpuscules? Il n’en est rien. Les taches dont il s’agit n’ont aucune relation avec une maladie quelconque. Elles sont l’ellét de blessures accidentelles, principalement produites par les vers eux-mèmes en marchant les uns sur les autres (i). Pour le dé- montrer, j’ai institué les très-simples expériences que je vais décrire. J’ai pris de très-bons vers au sortir d’une mue, et de préférence de la quatrième. Les taches sont alors absentes et ne reparaissent que les jours suivants. Puis, j’ai isolé un àuncesvers, de telle sorte que chacun d’eux avait sa boîte particulière. D’autre part, je réunis une portion de ces mêmes vers à la manière ordinaire et je continuai l’éducation. Chose remarquable, tous les vers isolés. (1) Dans un Mémoire relatif à l’inoculation do la muscardine, un habile natu- raliste, Audoin, fit la remarque que, là où il avait pique les vers pour introduire le botrytis bassiana, une meurtrissure noire se montrait les jours suivants. m MALADIK DES VERS A SOIE. sans exception, ne m’oflrirent, au moment de la montée à la bruyère, aucune tache quelconque, alors même que je les exami- nais à la loupe. Au contraire, tous les vers qui avaient été réunis en montraient en nombre variable. Enfin, je reconnus que, pour augmenter le nombre des taches dans le lot des vers réunis, il me suffisait de déliter souvent, d’entas.scr les vers après leur transport d’un panier dans un autre, circonstance qui se pré- sente toujours dans les délitages des éducations industrielles. Pour compléter mes observations, je m’assurai que les deux séries de vers. Isolés ou réunis, avaient fourni des papillons entièrement exempts de corpuscules. J’ai répété un grand nombre de fois les observations dont je parle, et toujours elles ont eu les mêmes ré- sultats. Telle est l’explication du fait, annoncé par M. de Quatre- fages, de la présence h peu près constante des taches sur les vers des plus belles éducations, surtout quand on observe à la loupe. La planche ci-jointe représente deux vers très-sains : le premier, celui qui est sur la branche, a toujours été Isolé; le second ap- partient à une éducation ordinaire. Celui-ci offre çà et là des taches de blessures; l’autre est absolument sans taches. Regardez à la loupe ou à l’œil nu des vers d’une éducation quel- conque, au moment de la montée à la bruyère, il vous sera impos- sible, pour ainsi dire, d’en trouver un seul qui ne soit pas taché. Si vous le croyez intact, laisscz-lc s’enfermer dans son eocon pour l’examiner avant qu’il devienne chrysalide, ou demoiselle sui- vant l’expression vulgaire. Toujours vous lui trouverez des taches. Au contraire, s’il a été élevé isolément depuis sa sortie de la quatrième mue, même à ce moment de l’état de demoiselle où la blancheur de la peau et son état gonflé rendent les taches plus visibles, il vous sera impossible d’en apercevoir aucune. La planche des chrysalides qui est Insérée dans un des Cliapitres relatifs à la maladie des morts-flats représente en H un ver demoiselle tves-sain^ prêt à se chrysalider. 11 est couvert de ces taches a- thologic humaine que les expériences exposées dans cet Ouvrage pourront suggérer à des esprits bien préparés. J’ai répété souvent ces curieuses expériences, dans des con- ditions variées; elles ont toujours offert les mêmes résultats généraux. Il n’y a pas de doute à garder : les taches n’apparaissent qu’à la suite du développement des corpuscules. pchrinc n’est qu’un cflet de la propagation de ces derniers. Pèhrine qX. maladie LA PÈBRINE. 103 des corpuscules sont donc deux expressions cpie l’on peut em- ployer indislinelement l’une pour l’autre, bien que les mots ma- ladie des corpuscules aient, scientiûquement parlant, la préé- minence, puisque les corpuscules sont la cause de la présence des taches. Quant au caractère des taches envisagé comme indice de la maladie, nous voyous qu’il peut conduire à de graves erreurs et qu’on doit restreindre beaucoup la signification qui lui avait été attribuée avant mes recherches. Le mal peut exister dans tous les vers d’une chambrée sans qu’aucun d’cnti'c eux ne l’accuse extérieurement par la présence de taches vraies à la surface de la peau. Cette circonstance est meme très-fréquente au moment de la montée à la bruyère. Inversement, en donnant à la présence des taches une valeur qu’elles n’ont pas généralement, on peut confondre les fausses taches avec les vraies et croire à l’existence du mal quand il est complètement aliscnt. iOG MALADIE DES VERS A SOIE. CHAPITRE IL CARACTÈRE ÉMINEMIHENT CONTAGIEUX DE LA PÉBRINE. § I. — Opinions diverses. La pébrine peut-elle se communiquer des vers malades aux vers sains, soit au contact, soit à distance? On a fait, à ce sujet, beaucoup d’hypothèses et très-peu d’expériences (i). Les uns considèrent la contagion comme certaine. Un plus grand nombre la met en doute ou la nie. D’autres enfin pensent qu’elle est seu- lement accidentelle. Des faits contradictoires, inexplicables en apparence, ont été produits contre ces diverses opinions. Par exemple, des vers qui devaient être sains ont été mêlés sciem- ment, ou par mégarde, avec des vers malades et tous les vers ont péri : la maladie est donc contagieuse, disaient ceux-ci^ ceux-là répondaient aussitôt par des faits diamétralement opposés et soutenaient, dès lors, que la contagion n’existe pas, et encore moins l’infection, c’est-à-dire la contagion à distance. Mais tous croyaient, avec M. de Quatrefages, à l’existence d’un milieu déh^ tère, rendu épidémique par quelque influence occulte, mysté- rieuse, à laquelle on attribuait la cause de la maladie régnante. Je me souviens qu’au mois de décembre i865, dans une des (i) Un excellent observateur, le D’^Osimo, est à ma connaissance le seul autour qui ait tenté des expériences directes pour démontrer la contagion de la pébrine. M. Osimo était si bien persuadé que la maladie était contagieuse qu’il lui donna le nom A’ atrophie contagiea.ce, dénomination qui avait été proposée par M. Géra, de Conegliano. M. Gcra est l’auteur qui, le premier, décrivit la maladie en Italie. {Voir sur ce dernier point le Rapport séricicole do M. Cornalia pour l’année i8.')6; Milan, LA PEBRINE. d07 premières séances de la Commission impéi lale de sériciculture, M. le marquis de Ginestous raconta qu’un jour son fermier avait mélangé par erreur deux graines, Fune à cocons blancs, l’autre à cocons jaunes, que la presque totalité des vers à cocons blancs périrent, tandis rpie la récolte en cocons jaunes fut, au contraire, très-satisfaisante. M. de Ginestous, ainsi que les autres membres de la Commission opposés <à la contagion, concluaient c|ue, des deux graines, l’une était malade, l’autre saine, et que la graine malade n’avait pas communiqué le mal à la graine saine : qu’eu conséquence la maladie n’était pas contagieuse. M. de Quatrefages croyait peu h la contagion de la pébrinc, du moins à sa contagion directe. « Le mal actuel, dit-il, peut devenir contagieux ])ar suite de la présence d’une maladie possé- dant ce caractère, mais il ne l’est pas habituellement. » Pour bien saisir cette conclusion de M. de Quatrefages, il faut se rappeler que ce savant naturaliste admettait « qu’à la pébrinc viemnent à peu près constamment s’ajouter d’autres maladies ». « Quelc[ues- unes des maladies des vers à soie, poursuit M. de Quatrefages, sont regardées comme contagieuses. Pour s’ètrc entées sur la pébrinc, elles ne perdent pas la faculté de se communifjuer par le contact, et, dans ce cas, le mal devient contagieux, tandis cju’il ne l’est pas lorsque la complication dépend de maladies non conta- gieuses, par exemple de Vatrophie ou de Vapoplexie. » Par cette théorie AI. de Quatrefages cxplicpiait la possibilité des faits con- tradictoires auxquels je faisais allusion tout à l’heure. Relativement au caractère infectieux de la pébrinc, M. de Qua- trefages partageait une opinion toute semblable à la précédente. « L(î mal actuel, dit-il, n’est prcs(pie jamais infectant, mais il peut le devenir par suite de la présence d’une maladie possédant ce caractère (i). » La Commission d’Agriculturc de la Société d’encouragement de Milan, l’une des Sociétés savantes c|ui ont donné le plus d’at- (i) De Qiatrefaces, Études sur les maladies actuelles du ver à soie; p. 8.3 et suivantes; librairie V. Masson, iSSg. 108 MALADIE DES VERS A SOIE. tontion à la inaladio <;t aux elForls (ju’on a faits pour la (X>mLaltre, a conclu, dans sou Rapport de i858, à la non-œntagion de la galtinc. Voici, entre autres, une de scs observations qui est du môme ordre que celle que j’cnqn’untais tout à l’heure à M. de Ginestous : « Un ver de race Toscane, parfaitement sain, tomba accidentellement à la lin de la première mue parmi des vers très- malades 5 or, dans ce milieu infecté, il resta toujours sain et fit un cocon parfait (1). » AI. Guérin-AIéneville, qui a toujours combattu l’idée de la con- tagion, a rappelé ce dernier fait dans une de ses Communications de cette année, et il s’en autorise pour soutenir de nouveau son opinion. « Si la contagion existait, dit encore cet auteur, comment pourrait-on faire des essais précoces et constatei' des réussites parmi les jiombreuscs éducations exqiérimcutales accu- mulées dans lés ateliers (2)? » Dans le môme écrit, AI. Guérin-AIéneville se plait à opposer aux publications actuelles de AIAI. Cornalia et llaberlandt, qui .se sont rangés à ma manière de voir sur tous les points essentiels de l’étude de la maladie, les opinions professées autrefois par ces inaitres en sériciculture, et il invite tous les éducateurs à « de- meurer dans la plus grande perplexité ». J’aime à penser que ce conseil ne sera pas suivi et que les sériciculteurs verront, au con- traire, dans la similitude parfaite des résultats obtenus par les personnes qui ont donné le plus de temps aux questions scienti- fiques et pratiques que le fléau actuel a soulevées, la garantie pré- cieuse de la vérité. Aies expériences ne laissent aucun doute sur le caractère con- tagieux et infectieux de la pébrine. Elles nous donneront, je l’espère, la clef de toutes les diflîcultés de la question et nous per- mettront, en outre, de prévoir plusieurs conséquences d’un grand intérêt pratique. (1) delta Società d’incorragiamento d'art! et mrstieri (^Relazionr délia Commissionc per glt studii siilla malattia de! ùaclii') ; Milano, |85S. (2) GrÉniN-MÉxr.viLLE, Moniteur des soies de l.yon, numéro du 10 avril 1869. r Larhr/'àttucr ad . nal . df/ . Pivart sc . ^qo POUSSIÈRES DE MAGNANERIES INFECTÉES lmp Oeny Gros. Paris 1 I ’ ri iiji : ■'i ,1^ >' LA PÉBRINE. 109 § II. — Contagion par la nourriture. Un de mes premiers soins, en 1 866, a été de reclicrclier l’in- fluence que pouvaient avoir les poussières des magnaneries pour la propagation du fléau. Dans les Cévenncs on procède au nettoyage des magnaneries quelques semaines seulement avant la nouvelle campagne sérici- cole. Les dernières litières de l’éducation précédente restent accu- mulées sur les tables ou sur le plancher ; les crottins, qui forment toujours un volume plus ou moins considérable, sont séparés des débris de feuilles et conservés pour la nourriture des animaux. Je recueillis, dans mie foule de magnaneries plus ou moins dis- tantes les unes des autres, à Alais et dans les environs, la partie la plus ténue de ces résidus de diverses éducations de i86J. A cet effet, je me servais de tamis à mailles de plus eu plus serrées jus- qu’à celles d’un tamis de soie très-fin. Quand la magnanerie avait été nettoyée grossièrement, on rassemblait les poussières déposées sur les tables, sur les murs, à l’aide d’une barbe de plume, puis ouïes passait également au tamis de soie. En observant ces pous- sières au microscope, je fus surpris de l’eirrayaute proportion de corpuscules qu’elles renfermaient dans la plupart des cas, parti- eulièrcment lorsque les éducations avaient été décimées par la pébrinc. Au milieu des particules minérales, parmi les spores de moisissures de toutes sortes, formées dans les litières, principale- ment dans les litières humides qui restent sous la bruvère à la lin de l’éducation, on voyait à profusion des corpuscules aussi recon- naissables, aussi distincts que si on les eût observés dans les tissus de l’insecte. Les noyaux intérieurs y étaient même plus faciles à apercevoir. La planche ei-jointe représente une de ces poussières, moins les éléments minéraux qui n’ont pas été figurés (i). Je (i) Je dois faire observer que le contenu dos corpuscules, spores, cellules diverses, ligures dans la planche, a été plus accusé que dans la nature, parce cpie celte planche était destinée à être mise en couleur pour représenter la coloration brun- violet que ces corps prennent par la solution d’iode. Dans ce cas, le graveur force les parties qui doivent être teintées. HO MALADIE DES VERS A SOIE. me souviens que, dans une seule magnanerie, où on avait élevé quelques onces de graines de i-ace blanche japonaise de reproduc- tion qui avait très-mal marché, j’obtins facilement deux litres d’une poussière dont chaque parcelle, délayée dans une goutte d’eau, montrait , dans un champ quelconque du microscope, des corpuscules par centaines. 11 est de toute évidence que, pendant l’éducation, ces poussières de l’année précédente, jointes à celles de l’éducation qui est en train, se répandent sur la nourriture des vers, en quantité variable avec les soins de propreté que prennent les éducateurs. Dans le but de reconnaître si ces poussières peuvent servir à propager le lléau, je pris des vers très-sains (circonstance qui m’était prouvée par la marche de lots témoins) et je leur donnai chaque jour un repas de feuilles saupoudrées avec les poussières dont je viens de parler. La mortalité dos lots à repas de pous- sières fut énorme, et elle se manifesta dès le second et troisième jour après le commencement de rexpériencc; mais, chose cu- rieuse, les vers morts ne présentaient dans leurs tissus aucune trace de corpuscules. Quoi qu’il en soit de rexjdicatioii ration- nelle de CCS faits, sur laquelle je reviendrai, il était évident que les poussières des magnaneries avaient une inlluence toxique, fatale pour la santé des vers, et j’insistai dès lors sur la nécessité d’un nettoyage parfait des magnaneries et de leurs agrès avant de recommencer les éducations, et également sur la propreté et les soins à apporter dans les délitages, afin de répandre le moins pos- sible, sur les vers ou sur les feuilles, les poussières des litières (i). (i) Ces obsei’valions, .tinsi que leurs conséquences praliques, ont été exposées par moi: i“ dans la séance extraordinaire du Comice d’.Mais, le ad juin 1866; 2° dans la séance du 2Ü juillet de l’Académie des Sciences, l'oir à ce sujet les Bulletins des sé.inces de ces deux Compagnies, et t. Il, p. iGi. Tous les auteurs bacologues ont reconnu ruiililé des soins hygiéniques et de la propreté dans les éducations dos vers à soie. Les expériences dont je rends compte ont l’avantage d’appuyer ces préceptes sur dos faits précis et positifs. J’insiste sur ce point, parce qu’on m’a adressé le rej)roche gratuit de trouver suffisants les soins pris par les éducateurs, tandis que mes expériences sont les |iremières en date qui aient démontré, au contraire, la nécessité d’exagérer toutes les précautions et de l 1 Î VERS TRES COPPUSCULEUX. TRES INEGAUX J' • “ Mu* 9i;iud*ur nituffU* É LA PÉBRINE. m J1 parait fort naturel de conclure, des observations precedentes, que la maladie est contagieuse et que les poussières des magna- neries chargées de corpuscules à la veille d’une campagne nou- velle peuvent provoquer une grande mortalité dans les éduca- tions. Toutefois nous verrons que ce serait une erreur grave de rapporter à la pébrine la maladie communiquée par les jioussièrcs dont il s’agit. Je démontrerai bientôt que les corpuscules de ces poussières sont des organismes sans vie, incapables de se repro- duire, et que c’est pour ce motif que les vers morts dans les expé- riences que je viens de résumer n’étaient point corpusculeux. La maladie inoculée par ces poussières était la maladie des morts- üats. Alais n’anticipons pas sur les faits relatifs à cette seconde maladie, et retenons seulement de ce qui précède le caractère toxique des poussières vieilles et la nécessité des soins de pro- preté dans tout ce qui touche aux éducations des vers à soie. La seconde série de mes expériences de 1866 a porté sur les poussières de fraiclie date et sur les corpuscules extraits direc- tement de vers ou de papillons corpusculeux vivants ou récem- ment morts. Le lecteur en trouvera l’exposé dans le tome 11 de cet Ouvrage, p. 161 et 170. Je me bornerai à résumer leurs conclusions : 1° Si l’on essaye de contagionner des vc;rs sains par des corpus- cules frais après la quatrième mue, meme par plusieurs repas de feuilles corpusculeuses, alternant avee des repas de feuilles saines, tous les vers font leurs cocons. La contagion semble donc ne pas avoir lieu, mais ce n’est Là qu’une apparence trompeuse. 2" La communication delà maladie s’accuse, en elfet, au plus haut degré dans les chrysalides et les papillons, à tel point que beaucoup de chrysalides meurent avant de se transformer en papillons et que leur corps est pour ainsi dire composé unique- ment de corpuscules. Si des papillons peuvent se former et sortir de leurs cocons, ils ont souvent l’aspect le plus triste, et le mal traiter les vers à soie comme des animaux constamment exposés à dos maladies contagieuses, dont les germes se renouvellent sans cesse dans les magnaneries par le fait même de l’élevage. M2 MALADIE DES VERS A SOIE. peut aller jusqu’à l’impossibilité de l’accouplement et de la ponte (i). 3° Les mêmes expériences reproduites avec les mêmes vers et des repas de feuilles mouillées d’eau pure ou d’eau chargée des débris de chrysalides, papillons ou vers sains, c’est-à-dire exempts de corpuscules, donnent des sujets privés de cet organisme et ayant la meilleure santé apparente. 4” Si les expériences de contagion dont je viens de parler s’elfectuent sur des vers beaucoup plus jeunes, les choses se pas- sent tout autrement : les vers périssent avant de faire leurs cocons ( 2 ) . (i) Les expériences se font en broyant, dans quelques gouttes d’eau, un ver, une chrysalide ou un papillon corpusculeux ; puis, avec un pinceau, on étend le liquide sur la surface des feuilles, d’un côté seulement. 11 faut s’assurer que tous les vers ont mangé. (a) Quelques-uns des faits que j’ai exposés au Comice d’Alais, le 26 juin, et h l’Académie des Sciences de Paris, le a3 juillet 186C, ont été confirmés dans une brochure du D'' Haberlandt, aujourd’hui chef de la station séricicole expérimentale établie à Goritr. (Basse-Autriche). Cette brochure est intitulée: Die seuchenartige Krankheit der Seidenraupen {La maladie épidémique des vers à soie') - Vienne, 186C. M. Haberlandt partageait alors l’erreur de Filippi sur l’existence normale des corpuscules dans les chrysalides adultes et dans l’insecte parfait; mais, depuis longtemps, ce savant naturaliste a reconnu son erreur, et j’ai la satisfaction de pouvoir ajouter que, dans diverses publications, il a donné toute son approbation à ma méthode de grainage. Le suffrage d’un homme si autorisé, et qu’il a motivé d’ailleurs par des expériences nombreuses, peut, à lui seul, servir de réponse à diverses critiques qui se sont fait jour en France et qui n’ont eu d’autre résultat que de mettre en évidence l’ignorance de leurs auteurs. Je saisirai cette occasion pour appeler l’attention de mes lecteurs sur la mesure, h la fois libérale et prévoyante, qui a conduit le Gouvernement autrichien à créer, en 1868, un établissement expérimental destiné à des études séricicolcs. En pl.içant à sa tète un des professeurs les plus instruits de l’Allemagne, muni, en outre, de toutes les ressources nécessaires pour mener à bonne fin des travaux de celte nature, le Ministre d’Agriculture d’Autriche a fait preuve de la plus louable ini- tiative. Pour montrer toute la vitalité de cette entreprise, je dirai que l’Institut bacologique de Gorit/, était à peine créé depuis quelques mois que son directeur fondait un journal séricicole bimensuel, destiné à publier les résultats des expé- riences du chef de la station et de scs habiles collaborateurs. Ce journal a paru très-régulièrement jusqu’il ce jour. Le gouvernement autrichien a proposé, en outre, un prix de 5ooo llorins, à décerner en 1872, pour la découverte d’un moyen préventif ou curatif de la pébrinc. LA PÉBRINE. 113 Le caractère contagieux de la maladie des corpuscules est donc indubitable, mais il importe extrêmement de préciser toutes les particularités des observations précédentes. Il n’est pas exagéré de dire que la connaissance de la pébrine repose principalement sur l’ensemble des faits relatifs au caractère contagieux de cette maladie. Aussi il me paraît indispensable de présenter, dans le plus grand détail, le récit de diverses expériences qui jetteront une vive lumière sur la nature du fléau. Première expérience. — Le i6 avril 1868, à midi, je prélève, dans une de mes éducations expérimentales, trente vers, race blanclic du pays, issus de papillons très-sains. Les vers sont sortis de la première mue, on va leur donner le deuxième repas après le réveil d’hier. Sur les feuilles je dépose, avec un pinceau, des cor- puscules provenant d'un papillon corpuseuleux pris parmi des papillons nés dans les essais précoces; le papillon a été broyé dans a centimètres cubes d’eau. Le restant des ters du panier où on a prélevé ceux de cet essai continuent d’ètre élevés à la manière ordinaire pour servir de lot témoin. Voici la suite des observations ; Le premier repas, après la deuxième mue, a lieu le 21 avril à 3 heures du matin : les vers vont très-bien ; Le a3 avril, les vers vont toujours bien; Le a5 avril, rien de particulier. On prélève deux vers pour en faire l’examen microscopique détaillé. Dans aucun des organes on ne voit de corpuscules, excepté dans les tuniques de l’intestin qui en montrent beaucoup à certaines places. Ils sont, eji général, très-pâles, très-peu distincts et, dans l’un des vers, exclusivement pyriformes. Enfin, parmi les pâles ayant la forme ovale ordinaire, bon nombre sont en voie de division. Pas encore la moindre tache sur la peau des vers, même en la regardant à la loupe très-attentivement. L’examen microscopique a porté successivement sur les tissus et organes autres que les tuniques de l’intestin. Nulle part on n’a ^ U de corpuscules. C’est donc dans les tuniques de l’intestin qu’ils commencent à se former et â se multiplier longtemps avant qu’ils SC montrent ailleurs. I. 8 \ii MALADIE DES VERS A SOIE. Le premier repas, après la troisième mue, a lieu le 26 avril à 3 heures de l’après-midi (i). Le o.’j avril, c’est-à-dire onze jours après le repas de contagion, on examine de nouveau deux vers. Dans le premier, la tunique interne du canal intestinal montre une multitude de corpuscules ovales, brillants, mêlés à un grand nombre de corpuscules de même forme, très-pâles, naissants. II n’y en a pas de pyriformes. La glande de la soie est également chargée de corpuscules de tous les aspects, parmi lesquels une multitude très-jeunes. Dans le deuxième ver examiné, toujours des corpuscules dans les deux tuniques intestinales, et pas du tout ni dans la soie, ni dans les autres tissus. Ici la variété pyriforme est abondante. Notons, en passant, que la variété pyriforme pâle des corpus- cules est très - fréquente dans les tuniques de l’intestin, qu’elle s’y montre souvent indépendante de la forme ovale ordinaire et que la forme ovale pâle, peu distincte, précède la forme ovale brillante, en d’autres termes, que eelte dernière est plus âgée. Le 28 avril, je constate, pour la première fois, sur les vingt-six vers qui restent, depuis l’autopsie de quatre d’entre eux, un ré- sultat l’emarquable. En examinant un à un les vers à la loupe, je reconnais que presque tous ont des taches nombreuses, très- petites , particulièrement sur la tète. Rien absolument de pareil ne se voit sur la peau des vers du lot témoin, dont aucun d’entre (i) La troisième mue s’est en'ectuée en cinq jours et demi, comme la deuxieme, <|ui avait pris également cinq jours et demi. Ces deux mues sont toujours plus courtes que la première, qui est en général de sept jours, et que la quatrième, qui est encore plus longue. 11 existe des races, celle de M. Raybaud-Lange, par exemple, dans les Basses-Alpes, dont la deuxième et la troisième mue s’accom- plissent en quatre jours et demi. Cette circonstance doit être connue. J’ai vu des éducateurs chaull'er outre mesure leurs vers le quatrième jour après la deuxième mue, parce qu’ils mangeaient très-peu, ce qu’il fallait attribuer, au contraire, .à ce que les vers approchaient de la troisième mue. Cet excès de chaleur dans un tel moment devenait une cause de ruine pour la chambrée. 11 en résultait pour les vers un alfiiiblissemcnt qui amenait, à quelque temps de La, la maladie des morts- llats. .l’entends par temps d’une mue la période qui commence après un change- inent de peau cl s’étend jusqu’au changement de peau suivant. LA PÉBRINE. 115 eux ne présente d’ailleurs la moindre trace de corpuscules dans les organes. Nul doute, par conséquent, que le mal intérieur u«î commence à s’accuser extérieurement pour le lot contagionné. Ce même jour apparaît un autre fait non moins intéressant. Pas un des vers n’est mort de mort naturelle , mais leur gros- seur est maiiifestemeut plus petite que chez ceux qui n’ont pas ét(- empoisonnés. Ils sont plus grêles et, en les suivant de l’oeil av(‘<^ attention au moment des repas, il est sensible qu’ils mangent moins que ces derniers. Toutefois ces différences ne sont très- marquées que si l’on approche le panier des bons vers de celui des mauvais, afin de rendre la comparaison plus facile. Le 3o, à midi, aucun des vers n’est en quatrième mue, tandis qu(î tous sont endormis dans le lot témoin. Les taches k la sur- face de la peau sont toujours très - petites 5 cependant clics s’accusent et se multiplient de plus en plus; la tête de plusieurs vers en est couverte. Ou eu voit également sur les divers an- neaux. La différence de grosseur entre les vers malades et ceux du lot témoin est aujourd’hui des plus manifestes. Les j^rcmiers n’ont guère, en moyenne, que les deux tiers de la taille des vers ([ui n’ont pas été contagionnés. Le i*''mai, bien que la contagion date déjà de quinze jours, pas uu seul des vers malades n’est encore mort. Le 9. mai, l’inégalité est des plus sensibles : on en compte sept (pii ne sont pas endormis de la quatrième mue, tandis que sept autres sont déjà sortis; le restant est en mue. J’enlève, pour l’examiner au microscope, un des vers sortis de mue; son corps est tellement rempli de corpuscules qu’ou a peine à comprendre qu’il soit encore en vie (1). Le 3 mai, un des vers qui n’a pu entrer en mue est mort. La pai’tie antérieure de son corps est noire; au microscope on le (1) Je ferai observer incidemment qu’avanl d’examiner au microscope ce ver pétri de corpuscules, j’ai lavé son corps dans un verre de montre avec deux ou trois gouttes d’eau. Or, bien que le ver vint de sortir de mue, l’eau de lavage ne m’a jnu montre de corpuscules, mais elle était remi>lic de cristaux de la forme de ceux des tubes deM alpiglii. 8. 116 MALADIE DES VERS A SOIE. trouve cliargé de eorpuseules et de vibrions. Le nombre des eor- puscules est si grand que le liquide qui sort d’un des anneaux, piqué avee une aiguille, est tout laiteux. Le 4 mai, on constate la nioM d’un autre des vers qui n’ont pu entrer en mue. 11 est également plein de corpuscules et de vibrions. Les tacites que la mue avait fait disparaître se montrent derechef sur les vers les plus avancés, sortis de mue le i*'' et le 2 mai. La planche ci-jointe est la photographie d’un essai semblable à celui qui nous occupe. L’état maladif des vers, leur inégalité excessive sautent aux yeux. Çà et là même on voit de très-petites taches qui n’ont pas échappé à la représentation photographique. L’essai avait vingt-cinq jours de contagion . Le 8 mai, on examine au microscope deux des plus gros vers vivants. Tous les tissus, sans exception, renferment des corpus- cules à profusion. Les taclics sont toujouis tiès-petites , visibles surtout à la loupe ; aucun des vers ne porte de ces larges taches comme on en voit souvent dans les éducations ordinaires où règne la péhrinc (i). Bien plus, les taches me paraissent diminuer eu nombre et se restreindre chez les plus gros vers. Le lo mai, un ver de belle apparence est arrivé à maturité. Je ne vois sur sa peau aucune tache de pébrine, même à la loupe. Je le place sur la bruyère, mais il en descend bientôt et va se fixer dans un coin du panier où je le vols faire tous les mouvements d’un ver en train de filer son cocon. Pendant vingt-quatre heures je l’observe à maintes reprises, et je le vois constamment occupé au même mouvement; mais, chose étrange, pas le moindre fil de soie n’est sorti de sa filière. Alors j’en fais l’autopsie et je trouve la glande de la soie entièrement remplie de corpuscules. 11 n’v a pas la plus petite portion de cet organe qui olfre la moindre trairs- parencc; dans toute sa longueur il est blanc, porcelaine. Le 1 1 mai, il ne reste plus que six vers vivants dans le panier (i) D’apri's cette observation et il’autres de m«imo ordre, je suis porte .à croire (pie beaucoup de laryes taches qu’olïrent les vers très-pébrinés sont des taches de blessures ou des taches de pébrine que des blessures ont aurandies. LA PÉBRINE. LIT des contagionnés. Ils ont assez belle apparence, cpioiquc fort lan- guissants et couverts ch et l.à de petites taclics à auréoles. Comme il me paraît certain cpie ces vers ne pourront faire leurs cocons, je les examine un à un au microscope^ il n’en est pas dont tous les tissus ne soient remplis de corpuscules. Dans le panier du lot témoin, la montée à la bruyère a com- mencé le 8 mai ; le 1 1, tous les vers filent leur soie; un seul est moit depuis le commencement de l’expérience. Plus tard on a étudié les papillons nés de ces vers^ tous, à l’exception de deux, se sont montrés exempts de corpuscules. Les expériences suivantes ont porté sur des vers plus âgés que ceux qui viennent de nous servir. Elles ne sont pas moins concluantes. Deuxième expérience. — Le 4 niai, à 5 heures du soir, on conta- gionne, avec la matière d’un petit ver corpusculeux, 20 vers sains, race jaune de pays, au second repas après la troisième mue (i). On conserve un lot témoin de i5o vers. Le 8 mai, les vers commencent à s’endormir pour la quatrième mue. Le i4 mai, les vers montrent des taches ; on en examine un au microscope. Dans la tunique interne du canal intestinal on voit des corpuscules pyriformes, les uns à double membrane, les autres pleins, et des corpuscules ovoïdes plus ou moins jeunes à une et deux vacuoles. Les tubes de Malpighi et les glandes de la soie sont envahis en divers points par des corpuseules de toutes formes. Le 17 mai, un des vers est mort-llat-, il présente beaucoup de taches et répand une odeur de marée très-prononcée. Dans la tunique interne du canal intestinal, on trouve un grand nombre de corpuscules pyriformes avec granulins intérieurs. Dans les tubes de Malpighi, le tissu graisseux, etc..., plusieurs points sont envahis par les corpuscules ovoïdes et à vacuoles. La montée à la bruyère a commencé le 19 et s’est terminée h; (i) Le petit ver corpusculeux n’avait pas encore fait la première mue; il a été broyé dans un mortier avec quelques gouttes d’eau, et on a étendu le li([uide sur les feuilles du repas avec un pinceau. M8 MALADIE DES VERS A SOIE. 20 à 3 heures du soir. Ou trouve 22 cocons. Si l’on excepte le ^ er niort-llat et les deux vers examinés, on voit que tous les autres ont fait leurs cocons. Le 24 , on ouvre les cocons ; les vers sont encore demoi- selles à l’exception de quatre. Les demoiselles ont toutes des taches, les quatres chrysalides n’en ont pas du tout. On broie un à un i5 des vers encore demoiselles. Tous sont corpusculeux, dans la proportion suivante : i. 100 corpuscules par champ. 9. i5o corpuscules par champ 2. 5o )) )) 10. 10 D n 3. 100 » » 0 0 n n 4. 25o » » 12. 20 )) n 5. 200 » » 13. 40 J) n 6. 100 )) )) 14. 80 )) 1) 7. 20 )> » ir>. 5o )) 8. 100 )) » En résume, des vers sains contagionnés aussitôt après la sortie de la troisième mue ont fait leurs cocons, mais ils étaient tous très-corpusculeux déjà au moment où ils filaient leur soie. En outre, la transformation en chrysalide a été lente. Il est certain que les papillons n’auraient pas pu prendre naissance, du moins pour la plupart, ou cpi’ils auraient été dans un aflreux état, ne pouvant, ni s’accoupler, ni pondre. L'n lot témoin avait été ré- servé-, ici, vers et chrysalides étaient exempts de corpuscules, et presque tous les papillons se sont montrés également très-sains. L’expérience suivante va nous apprendre une fois de plus la lenteur du premier développement des corpuscules, et, au con- traire, la rapidité excessive de leur nudtiplication dès que les divers organes commencent à être envahis. Troisième expérience. — Le 8 mai, c’est-à-dire quatre jours après le commencement de l’essai précédent, on a distrait du lut témoin, formé de i5o vers, 20 vers que l’on a contagionnés avec un ver corpusculeux venant d’éclore. La quatrième mue et la montée ont eu lieu pour ce lot eu même temps que pour le lot précédent, c’est-à-dire le ic) et le 20. LA PÉBRINE. 119 Le 24 mai, 011 étudie au microscope i5 chrysalides par com- paraison avec les i5 vers demoiselles du lot précédent. Voici le détail des observations : 1 . Pas de corpuscules. 2. » » 3. 5 corpuscules par champ. 4. 2 » » 5. 1 corpuscule » 6. 5 corpuscules » 7. Pas de corpuscules. 8. » » 9. Pas do corpuscules. 10. I corpuscule par champ. 11. Pas de corpuscules. 12. » » 13. I corpuscule par champ. 14. 2 corpuscules » Ib. Pas de corpuscules. Ainsi donc, l’observation faite aussitôt après la formation du cocon, n’a donné que 4'5 pour 100 de chrysalides corpusculeuses. Ces résultats, comparés à ceux de la deuxième expérience, olfrcnt un grand intérêt, mais il importe extrêmement d’en bien saisir le sens et la portée. L’examen de tous les vers dans les essais dont nous venons de par- ler a été fait avec un soin minutieux, tissu par tissu, organe par or- gane.Voulait-on, par exemple, rechercher les corpuscules dans le canal intestinal : le ver était fixé sur un liège au moyen de deux épingles, placées l’une à la tète et l’autre au dernier anneau; avec des ciseaux on incisait la peau dans toute la longueur du corps, puis on enlevait le canal intestinal, dont le contenu était séparé et les tuniques transparentes examinées, en divers points, au microscope. On peut même les laver doucement avec de l’eau pure, car les corpuscules sont adliérents comme s’ils étaient dans l’épaisseur du tissu. En opérant de cette manière, s’il existe des corpuscules, même en petit nombre, on parvient aies découvrir. Mais, supposons (ju’au lieu d’agir ainsi, on ait broyé le ver tout entier dans un peu d’eau pour examiner ensuite une goutte de la bouillie au micro- scope. Ce serait miracle, dans de telles conditions, que d’y ren- contrer les corpuscules, tant ils sont rares dans les premiers temps de leur développement. Eh bien, l’examen des chrysalides ne peut guère être fait qu’en les broyant intégralement, à cause 120 MALADIE DES VERS A SOIE. (le la difficult(î qu’il y aurait à séparer les divers organes, et de la longueur de la recherche quand elle a lieu tissu par tissu. La • chrysalide, surtout dans les premiers temps de son existence, est comme un nouvel œuf, contenant une matière presque fluide où il n’y a pas encore de tissus bien déterminés et dont la dis- section est très - difficile . Voilà pourquoi, dans notre troisième expérience, nous avons trouvé liuit chrysalides dans lesquelles la présence des corpuscules a échappé à l’observation, mais toutes en contenaient . C’est par le même motif que celles qui en ont montré n’en ont offert que de un à cinq par champ. La preuve évidente que toutes les chrysalides devaient ren- fermer des corpuscules, c’est qu’il y en avait dans tous les vers. Le 1 7 mai , on a examiné deux des vers de l’essai , pris quel- conques dans ce lot, et tous deux renfermaient des corpuscules dans les tuniques de l’instestin, et eu divers points de l’organe de la soie. Enfin, il est parfaitement établi par toutes les expé- riences de contagion que je rapporte dans cet Ouvrage, et dont je pourrais multiplier beaucoup les exemples, que la conta- gion est visible matériellement sur tous les vers au bout de quelques jours seulement, à la condition de rechercher les corpuscules, organe par organe, ainsi que je le disais tout à l’heure. Or l’examen des chrysalides a été fait le a4 et la contagion avait eu lieu le 8, c’est-à-dire quatorze jours aupara- vant. Pour surcroit de preuves, on peut ajouter que les résultats do la deuxième expérience démontrent qu’il eût suffi d’attendre quatre jours seulement pour trouver nos i5 chrysalides toutes corpusculeuses à 5o, loo et 200 corpuscules par champ, puis- qu’il ena été ainsi pour les quinze sujets examinés à la fin de cette deuxième expérience. Cos faits etleurs conséquences pratiques deviendront plus clairs au fur et à mesure que nous avancerons dans l’exposé des résul- tats des observations. Quatrième expérience, — Le 1 1 mai, je prélève sur le lot des i5o vers qui nous a servi de lot témoin dans les deuxième et troisième expériences, So vers prêts à recevoir le quatrième repas LA PÉBRINE. 121 après la cpiatrième mue. Les feuilles de ce repas sont mouillées au pinceau avec quelques gouttes d’eau dans lesquelles ou a broyé un petit ver corpusculcux. Ou s’assure que tous les vers mangent bien ce repas. Le i8, on trouve un ver mort-flat. 11 ne présente pas de cor- puscules même dans la tunique interne de l’intestin; il est vrai qu’elle est très-opac[ue et très-fragile, comme cela arrive généra- lement dans les cas de llacbcric et que l’étude en est dilficilc. La montée à la bruyère commence le 19 et ûuit le 21 <à midi. Les cocons sont très-beaux et très-forts. Le 26, on examine i5 chrysalides. Voici le tableau des observations : 1. ï corpuscules par champ. 2. Pas de corpuscules. 3. 1 corpuscule par champ, i. 1 » » 5. Pas de corpuscules. 6. Vu 1 dans 10 champs. 7. Pas de corpuscules. 8. » » 9. Pas de corpuscules. 10. » » a. 2 corpuscules par champ. 12. Pas de corpuscules. 1 3. » » 14. I corpuscule par champ. 15. Pas de corpuscules. Ainsi après quinze jours de contagion (celle-ci ayant eu lieu le second jour après la quatrième mue), nous trouvons 4« pour 100 de chrysalides corpusculeuses. Le 3i mai, nouvel examen de i5 autres chrysalides : 1. f corpuscule par champ. 2. I » » 3. -J » » 4. I » » 5. Pas de corpuscules. G. » » 7. » » 8. 4 corpuscule par champ. 9. I corpuscule par champ. 10. 2 » » 11. i » » 12. 5 » » 13. 20 » » 14. I » » 15. 2 » ” (*) (1) Par CCS fractions j-, on entend que sur l’exploration de 3 , de 5 champs, un seul a montré un ou quelques rares corpuscules. 122 MALADIE DES VERS A SOIE. C’est, après vingt jours de contagion, 8o pour loode chrysa- lides corpusculcuscs. La sortie des papillons commence le 1 5 juin. Ils ont belle appa- rence ^ un seul est à duvet noir 5 on a examiné 10 de ces pa- pillons sans clioix : I. 100 corpuscules par champ. 9. Goo corpuscules par cliamp. 2. 1000 )) )) 10. 5oo J) » 3. 6oo )) )) II. 200 1) i> 4. 5oo )) » O O n i> S. 100 )) » O c CO » » 6. 5oo )} )) 14. boo » » 7. 5oo )) » Ib. 200 » » 8. 1000 » » Le lot témoin a donné 90 pour 100 de papillons exempts de corpuscules. Cinquième expérience. — Le 12 mai, je prélève sur un lot de vers sains, race jaune de pays, 5o vers que je contagionne au huitième repas après la quatrième mue au moyeu d’un petit ver corpusculeux (i). La jnontéc à la Ijruyèrc a commencé le 18, comme dans le lot normal servant de terme de comparaison, et s’est terminée le 21. (i) Tous les lots de vers sains qui ont servi aux expériences de conl.i(;ion de ce Chapitre et des Chapitres suivants provenaient de graines pondues par des papillons exempts de corpuscules. tes expressions de -vers sains, vers exempts de maladie, éducations saines ont été employées maintes fois par divers auteurs avant le commencement de mes recher- ches, mais le plus souvent c’était à tort, parce qu’on n’avait jkis de critérium pour reconnaître la santé des vers. 11 ne suffit pas du tout qu’un ver fasse son cocon pour qu’il soit déclaré sain. Un ver sain, ou, pour préciser davantage, un ver exempt de pébrine est un ver qui non-seulement fait son cocon, mais dont la chrysalide et 1e papillon sont, eu outre, exempts de l’organisme, cause de la pé- hrinc, c’est-à-dire des corpuscules. On sait également que, si le ver est malade, l’intensité du mal peut se mesurer, jusqu’à un certain point, par l’époque plus ou moins ancienne de l’apparition des corpuscules dans la larve, la chrysalide ou le papillon, lin d’autres termes, c’est depuis mes recherches qu’on a pu instituer réel- lement des expériences comparatives, sans lesquelles la maladie serait probable- ment restée longtemps encore enveloppée d’obscurité. LA PÉBKINE. 123 Lc' 26, 011 dérame et on examine i5 des chrysalides au micro- scope : 1. Pas de corpuscules. 2. de corpuscule par champ. 3. Pas de corpuscules. -i. 20 corpuscules par champ. 5. 800 » » 6. Pas de corpuscules. 7. » » 8. » » 9. Pas de corpuscules. 10. » » 11. I corpuscule par champ 12. Pas de corpuscules. 13. » » 14. » » 15. )' » En ne tenant pas compte de la chrysalide à 800 corpuscules par champ dont l’infection était évidemment antérieure à la con- tagion, c’est un total de 20 pour 100 de chrysalides corpuscu- Icuses après quatorze jours de contagion. Lc juin, nouvel examen de ij chrysalides : 1 . I corpuscule par champ. 2. 5 » » 3. -J » » 4. 5 » r> b. Pas de corpuscules. 6. I corpuscule par champ. 7. 2 corpuscules » 8. Pas de corpuscules. 9. 5 corpuscules par champ 10. 10 » » 11. 20 » » 12. 2 )) » 13. 5 )) » 14. 20 )) )) 15. 2 )) )) Cela fait 90 pour 100 de chrysalides corpusculeuscs après vingt jours de contagion (1). (1) L’examen des vers et des chrj'salidcs jeunes peut donner lieu à une cause d’erreur, contre laquelle il faut être en garde. Les tubes de Malpighi renferment, à l’ordinaire, des cristaux. Ces derniers ont parfois la forme et les dimensions des corpuscules. Il faut craindre de confondre ces deux productions. L’habitude des observations microscopiques ne tarde pas à éveiller les doutes do l’opérateur. 11 est facile de les lever en ajoutant à la préparation une très-petite quantité d’un acide minéral qui dissout sur le champ les cristaux, mais no détruit pas les corpuscules; un autre moyen, encore plus simple, consiste à faire voyager doucement les petits corps ovoïdes. Lc corpuscule, en tournant sur lui-mème autour de son grand axe, ne change pas de forme; il se projette suivant un cercle quand il tourne autour 12i MALADIE DES VERS A SOIE. Le i4 juin, la sortie des papillons a commencé 5 on en a exa- miné ultérieurement 1 5 : 1. 5oo corpuscules par champ. 9. 1000 corpuscules par champ. 2. 200 » » 10. 200 J) J) 3. 1000 )) )) 11. 5oo /> B 4. 1000 » )) 12. 1000 n A S. 800 )) )) 13. 100 J) 6. 1000 » » 14. 200 1) » 7. 5oû )) » IS. 5oo » » 8. 5oo ï) » Tous étaient doue chargés de corpuscules. de son petit axe. Si l’on a affaire à des cristaux, ceux-ci, en tournant sur eux-mémes, se projettent suivant une ligne droite. La figure ci-jointe est une photographie de Cristaux lenticulaires ayant la rorme et les dimensions des corpuscules. ces cristaux lenticulaires, au grossissement de 3oo diamètres, pris dans un ver près lie se chrysalider. Leur dimension et leur forme sont, comme on le voit, très-sem- blables à celles des corpuscules. Ces faits ont donne lieu à plusieurs méprises, et je présume que c’est pour les avoir mal interprétés que certains observateurs ont prétendu que les corpuscules étaient une matière minérale cristalline. J’ai pré- senté ces observations au Comice agricole d’Alais, dans sa séance du 76 juin i865. LA PÉBRINE. 125 Sij iéme expérience. — Lo i6 mai, à 5 houros du soir, on conla- i^ioiine j5 vers très-sains, race ])lanche de pays, avec un ver eor- pusculeux. Les vers vont bientôt monter à la bruyère. Dans les premiers instants ils ont de la peine à se mettre à manger, mais ils finissent par absorber toute la feuille corpuseuleuse (i). La montée commence le i8 vers 5 bcurcs du matin, c’est-à-dire trente-six heures après la contagion. Elle est terminée le 20 à 3 heures. Le 26, on examine i5 chrysalides : L Pas de corpuscules. 9. Pas de corpuscules. 2. )) » 10. » » 3. )> )> 11. de corpuscule. 4. )) » 12. Pas de corpuscules. 5. » )) 13. » )) 6. » )> 14. )) » 7. )) )) 15. » » 8. J) )> Soit, après dix jours, 6 pour 100 de chrysalides corpusculeuses. Le 3 1 , nouvel examen de 1 5 chrysalides : 1 . Pas de corpuscules. 9. Pas de corpuscules 2. -fÇ de corpuscule. 10. ;) » 3. Pas de corpuscules. 11. )) ’ )) 4. » » 12. )) )) b. » » 13. » » 6. » » 14. » )) 7. » » 8. » » 15. )) » , après cpiln/.e jours ch; contagion. 6 pour 100 de t 1 ides corpusculeuses . (i) Ce sont dos vers issus de la graine de sélection des éducations faites à Paris par le Maréchal Vaillant, et qui a donné un résultat si satisfaisant, aux Tuileries, dans le cabinet du Maréchal. Cette graine ne s’est pas moins bien comportée ii Alais, dans ce centre qui passe pour très-infecté. C’est qu’il n’existe pas de pays infecté dans le sens que l’on donne ordinairement à ce mol ; il n’y a pas de milieu épidémique délétère auquel il soit impossible de soustraire les éducations, (r'oir t. 11, p. 99, la lettre du Maréchal Vaillant relative à l’éducation de la graine dont il s’agit.) 126 MALADIE DES VERS A SOIE. Le 5 juin, nouvel examen de i5 cluy.salides; les œufs com- mencent à être distincts et durs cIkîz les femelles : •I. -jV de corpuscule par champ. 2. Pas de corpuscules. 3. I corpuscule par champ. 4. I de corpuscule » 5. I » » 6. Pas de corpuscules. 7. 1 corpuscule par champ. 8. '2 » » 9. 1 corpuscule par champ. 10. I » » H. 2 B B 12. 2 B B 13. Pas de corpuscules. 14- -îV de corpuscule par champ. lo. I » B C’est, après vingt jours de contagion, 8o pour loo de chrysa- lides corpusculeuses. Le lo, la sortie des papillons commence. Ils ont belle appa- 'encc i, l’un d’eux est à duvet noir. On en a examiné i5 : L i5 corpuscules par champ. 9. 4o corpuscules par champ. 2. *10 » )) 10. 8o )) » 3. 4o 1) » IL 100 » » 4. 3o » » ■12. 3o ï) n 5. 5o » » 13. 7.0 » n 6. 5o )) » 14. 4o » » 7. 5o )) » 15. 5o 1) ï) 8. 5o )) )) Soit, loo pour 100 de papillons eorpusculeux. Le lot témoin composé de 36 vers a fourni 3a cocons, et a vers paraissant morts-flats^ il y a eu a vers voyageurs perdus à la montée. Les 3a cocons ont donné 3a papillons très-beaux, dont un seul avait des corpuscules, oo par champ. Les expériences précédentes jettent une vive lumière sur la maladie qui nous occupe, et permettent de se rendre un comple exact de sa funeste inllucncc dans les éducations. De tous les edets du fléau que l’observation a pu recueillir dans ces vingt dernières années, celui qui a le plus excité la surprise et dérouté les elforts des éducateurs, c’est assurément l’impossibi- lité des grainages productifs dans les départements de grande cultuie. 11 n’est pas de localité séricicole, même parmi les plus LA PÉBRINE. 127 éprouvées, qui n’ait eu à enregistrer chaque aimée de trcs-licllcs réussites, des rendements même supérieurs à ceux des plus beaux temps de la prospérité des éducations. Mais, quand on essaye de faire de la graine avec les cocons de ces belles ebambrées, on con- state à peu près infailliblement l’année suivante que cette semence est tout à fait improductive. Comices agricoles, savants, prati- ciens ont fait à ce sujet les épreuves les plus multipliées. Il en est résulté déceptions sur déceptions et souvent les méprises les plus préjudiciables. Fréquemment des éducateurs bonnêtes ont livré au grainage de très-belles récoltes parce qu’ils n’avaient observé chez les vers, ni taches de pébrine accusées, ni corpuscules, même à l’époque de la mise en bruyère, et que la montée s’était d’ailleurs cflcctuée dans les meilleures conditions. L’année suivante, au contraire, ils avaient la douleur de voir périr toutes les éducations de ces graines faites sous des auspices trompcui s. Sans insister davantage sur des faits dont tous les éducateurs ont eu sous les yeux de nombreux exemples, je me bornerai à renvoyer le lecteur à quelques extraits des procès-verbaux des séances du Comice du A igan, reproduits dans la quatrième Partie du second volume de cet Ouvrage. Il y trouvera les preuves des ellbrts tentés sans succès par divers membres de ce Comice éclairé, pour lutter contre cette impossibilité presque absolue du grainage indigène. Soins dans les éducations, choix des localités les plus salubres, pratiques diverses dans le but d’éloigucr les mauvais reproduc- teurs, rien n’a été épargné, mais tout a été inutile. C’est ainsi que l’industrie séricicole s’est trouvée tarie dans sa source et r[u’il a fallu recourir au commerce pour procurer à la France les semences qu’elle ne pouvait plus préparer cllc-mème. C’est ainsi, comme je l’ai expliqué dans l’Introduction, cjuc l’Espagne, le Portugal, l’Italie ont été mis successivement à contribution, et que, ces pays ayant été envahis à leur tour par le fléau, il a fallu étendre plus loin la recberebe et la confection de la graine. Toutes ces circonstances si pénibles, si bien faites pour jeter le découragement pai’ini les éducateurs et donner au fléau un carac- tère mystérieux trouvent leur explication naturelle dans les faits de contagion que nous venons d’exposer. m MALADIE DES VERS A SOIE. Placez, en cflet, l’éducateur le plus habile, môme le micro- graphe le plus exercé, en présence de grandes éducations qui offriront les mômes symptômes que nos quatrième, cinquième; et sixième expériences, son jugement sera nécessairement erroné s’il SC borne aux connaissances qui ont précédé mes recherches. Les vers ne lui présenteront pas la plus légère tache de péhrine; le microscope n’accusera pas l’existence des corpuscules-, la mor- talité des vers sera nulle ou insignifiante: les cocons ne laisseront rien à désirer. Notre observateur devrait donc conclure, sans hésiter, que l’éducation est bonne pour graine. La vérité est, au contraire, c[ue tous les vers de ces belles récoltes sont empoi- sonnés et qu’à son insu ils portent en eux le germe de la maladie, prêt à se multiplier outre mesure dans les chrysalides et les papil- lons pour passer de là dans les oeufs et aller frapper de stérilité la génération prochaine. Et quelle est la cause première de ce mal caché sous des dehors si trompeurs ? Dans nos expériences, nous pouvons la toucher du doigt pour ainsi dire : elle est tout entière dans les effets d’nn seul repas corpusculeux, effets jdus ou moins prompts, plus ou moins dangereux, suivant l’époque de la vie du ver à laquelle ce repas a été donné. Quant aux grandes éducations industrielles , les choses s’v passent à très-peu près de la môme manière. Sans doute l’éduca- teur n’empoisonne pas directement ses vers, mais nous allons re- connaître, par de nouvelles expériences , que, dans toute éduca- tion où il existe des vers corpuseuleux, les tables sont couvertes de poussières contagionnantes et que ce sont tantôt les feuilles, tantôt les vers qui se chargent de porter le poison dans l’intérieur des organes. Les clfets produits dépendent d’ailleurs de la pro- portion de ces vers corpusculeux parmi les vers sains, comme aussi des conditions d’élevage propres à restreindre ou à favoriser la contagion. Dans les éducations diverses d’une môme graine, il ne faut donc pas s’attendre à rencontrer rigoureusement les mômes circonstances ni les mômes résultats. Toutefois si le nombre des vers corpusculeux à l’origine est considérable, par exemple, de ao, 3o, 5o pour loo ou davantage, et quelquefois môme pour des proportions moindi'cs, soyez assuré que votre chambrée sera dé- LA PÉBRINE. m triiilc à peu près eutièrcmciit, car, criiii côté, les vers, corpus- eiilciix dès leur naissance, périront infailliblement, et, d’antre part, ils multiplieront tellement les occasions de la contagion dès le jeune âge, à cause de leur grand nombre, qu’il vous sera diflieile de faire arriver jusqu’à la bruyère un certain nombre de vers en état de filer leur soie. Nous voyous, en outre, combien il était illusoire de rcebereber la maladie dans les vers à soie, par le caractère des taches ou par l’examen des corpuscules dans une goutte de sang comme on le faisait généralement, lorsqu’il s’agissait de décider si l’édueation serait propre à la reproduction. Chrysalides et papillons peuvent être chargés de corpuscules et les vers qui leur ont donné nais- sance ne pas olfrir la moindre tat'he de pébrine, ni déceler le parasite aux yeux les plus exercés. Quant à la contagion du mal, non-seulemciit elle est indiscu- table, mais ses e/l'ets sont immenses, incalculables, car on peut admettre que, dans une éducation quelconque, tous les papillons corpusculeux le sont précisément par le fait de la contagion. En elfet, tout ver corpusculeux à sa naissance est destiné à périr avant de pouvoir devenir papillon; d’autre part, tout ver exempt de corpuscules à sa naissance restera exempt de corpuscules pen- dant toute l’éducation et encore à l’état de chrysalide et de papil- lon, pourvu qu’il fasse partie d’une éducation où les corpuscules sont absents. On ne saurait en douter quand on considère la marche de nos lots témoins comparée à celle des lots infectés. Les rares papillons corpusculeux trouvés dans ces lots témoins doivent être attribués à la contagion, ou mieux à l’infection à petite dis- tance, comme nous l’expliquerons bientôt ; mais ils sont assez peu nombreux pour qu’on donne au principe que je vi(;ns de poser la plus grande généralité. En présence de l’elfrayantc proportion de chrysalides et de papillons corpusculeux dans toutes les éducations actuelles, l’im- portance de ces déductions expérimentales ne saurait écha])per à personne. 1. 9 130 MALADIE DES VERS A SOIE. § III. — Contagion directe par la peau des vers a l’aide de piqûres. Le 3o mars 1867, on partagea en trois lots une éducation de 60 vers sains, race blanche de pays à trois mues (i). Les vers avaient fait, depuis deux jours, leur troisième et der- nière mue. Le premier lot fut contagionné avec un repas de feuilles corpuscuîeuses ; le deuxième, en piquant un à un chaque ver sur un des derniers anneaux et en introduisant dans la bles- sure une aiguille que l’on venait de tremper dans une goutte d’un liquide chargé de corpuscules, avec la précaution de laver à grande eau le corps des vers pour enlever les corpuscules qui au- raient pu rester adhérents extérieurement et passer de là sur les feuilles (2). Enfin le troisième lot ne reçut aucun traitement et servit de lot témoin. La montée pour les trois lots eut lieu du 2 au 4 niai. Tous les vers firent leurs cocons, mais l’examen microscopique des papil- lons fut bien différent dans ses résultats pour les trois lots. Dans le lot témoin, pas un seul des papillons n’a offert la moindre trace de corpuscules. Dans le lot contagionné par la nourriture, tous les papillons, sans exception, furent corpusculeux de 100 à 200 corpuscules par champ. (1) J'ignore l’origine de cette race. Les cocons étaient énormes. La graine pro- venait d’une éducation de M. Desmolles, ancien député de la Lozère, propriétaire dans le Gard. Puisque j’ai l’occasion de parler d’une race à trois mues, j’ajouterai que ces races m’ont toujours paru beaucoup moins sujettes à prendre la pébrine que les races ordi- naires à quatre mues, circonstance qu’il faut attribuer, je pense, à la moindre durée de la vie des vei’s. On arrive au même résultat en élevant la température des éducations et en multipliant les repas. J’ai vu une chambréedeîo onces d’une race à trois mues, faite à Alais, ne donner que des papillons sains. Outre qu’elle était a trois mues, l’éducateur, le sieur Sollier, de Saint-Ambroix, avait pour système de porter la température à 26 et 28 degrés Réaumur pendant toute la durée de l’éducation ; en revanebe, il y eut, au moment de la montée à la bruyère, une foule de vers atteints de grasserie. (2) La blessure se cicatrise très-vite; à sa place il reste une tache noire. LA PÉBRINE. 131 Enfin dans le lot contagionné à l’aide de blessures injectées, sept papillons seulement oH’rirent des corpuscules, de 5o à 200 par champ. La contagion par piqûres infectées a donc lieu, mais elle est moins sûre que par le canal Intestinal, ce à quoi il fallait s’at- tendre, parce que le sang qui sort de la blessure ne laisse pas tou- jours pénétrer les corpuscules qu’on clicrcbc à inoculer (i). Pour comprendre toute la part d’inlluence que peut avoir, dans la propagation de la pébrinc, le mode d’inoculation dont nous venons de parler, il suffit de rappeler les observations que j’ai ex- posées antérieurement dans le Paragraphe relatif aux taches sur la peau des vers à soie. Nous avons reconnu qu’il existait deux espèces de taches, les unes occasionnées par le développement des corpuscules dans l’intérieur des organes et particulièrement dans le tube digestif : ce sont les taches de pébrinc propres seu- lement aux vers corpusculeux. Les autres, infiniment plus nom- breuses, sont dues à des blessures que les vers se font en marchant les uns sur les autres. Ces blessures sont faites princi- palement par l’extrémité des six crochets qui terminent les pattes des anneaux antérieurs de la larve. A l’époque de la montée à la bruyère, il est rare de trouver une éducation industrielle dont tous les vers ne portent pas de ces taches de piqûres. Je ne re- viendrai pas ici sur les preuves péremptoires que j’ai données dans le Paragraphe précité pour démontrer que ces taches sont uniquement produites par le fait de la vie en commun des vers. Qu’un ver enfonce les crochets de ses pattes antérieures , ici dans un crottin, là dans un ver corpusculeux; qu’il aille ensuite, de CCS mômes crochets, piquer un ver sain, il n’en faudra pas davantage pour que ce dernier soit contagionné. Prenez, dans une éducation oû règne la pébrinc, des vers quelconques, et lavez dans une goutte d’eau l’extrémité des crochets qui terminent les (i) Dans les expériences qu’il fit, en i838, pour contrôler la découverte du pro- fesseur Bassi, do Lodi, concernant la contagion de la muscardine par le botrjrth bassiana, le célèbre naturaliste Audoin avait déjà remarqué un fait de cette nature. 9- MALADIE DES VERS A SOIE. I3“2 pattes, la goutte il’eau vous montrera ensuite au microscope un assez grand nomljre de corpuscules. § IV. — Co.NTAGlO.N PAR LES POUSSIÈRES FRAICHES DES ÉDUCATIO.NS COURANTES. Le i^mai 1869, on contagionne a5 vers sains, race jaune de pays (les mêmes que ceux de la deuxième expérience du ^ II), en se servant, pour matière contagionnante, de crottins de petits vers corpusculeux éclos le 25 avril. Ces crottins ont été écrasés et délayés dans quelques gouttes d’eau, puis on a étendu le liquide au pinceau sur la feuille d’un seul repas. On constate que les vers mangent assez bien. Ils étaient à trois jours de distance de la troi- sième mue. Celle-ci a eu lieu le 3 mai. Le premier repas après la mue a été donné le 4 niai à 5 heures du matin. Le y mai, on examine deux vers; le premier olfrc une petite tache sur la tète. Dans la tunique interne de l’estomac on voit des corpuscules ovoïdes vieux, pas de pyrifornics ni de jeunes à parois peu dis- tinctes. Dans les glandes de la soie on trouve un centre où les corpuscules eominenccnt à se développer. Ils sont très-jeunes et à vacuoles. Le deuxième ver ne présente ni taches, ni corpuscules visibles. Le 8 mai, nouvel examen de deux vers. Le premier n’a ni taches, ni corpuscules, le deuxième a deux petites taches sur le troisième anneau. Dans la tunique interne de l’intestin, on trouve un grand nombre de corpuscules jeunes et à vacuoles. Quelques-uns sont pyriformes. 11 y a aussi beaucoup de corpuscules vieux commen- çant à former des a;uas. La tunique externe, les tubes deMalpiglii et les glandes de la soie commencent également à être envahis, car on trouve quelques corpuscules dans le liijuide où on les a broyés. Le premier repas après la mue est donné le 10 mal, à 5 heures du soir. Au délitage du 12 mai, on trouve 20 beaux vers dont les taches ii’oiit jias encore reparu. L’inégalité cominencc ;i être LA PÉBRINE. 133 sensible. Elle s’aceuse davantage le lendemain. Alontée à la bruyère le 19 et le 20. La sortie des papillons s’est faite le 1 1 juin et les jours suivants. On a examiné i5 de ces papillons : 1. 5oo corpuscules par champ. 2. 5oo » » 3. 1000 » » 4. 200 » » 5. 800 » » 6. 100 » » 7. Pas de corpuscules. 8. 5o corpuscules par champ. V). 800 corpuscules par champ. 10. 5oo » » 11. Pas de corpuscules. 12. 800 corpuscules par champ. 13. 1000 » » 14. Pas de corpuscules. 15. 5o corpuscules par champ (1). La contagion est donc manifeste, d’autant plus que, dans le lot témoin dont il est parlé p. 1 18, presque tous les papillons étaient exempts de corpuscules. V. — Contagion des vehs sains par simple association .avec des VERS malades. Si les vers se contagionnent par un seul repas corpusculeux, s’ils se contagionnent également en se piquant les uns les autres, lorsque parmi eux se trouvent des vers corpusculenx 5 enfin, s’il suffit que les corpuscules du repas corpusculeux soient empruntés à des crottins de vers corpusculeux, il est de toute évidence que dans une éducation où il existe des vers corpusculeux, les causes de contagion sont naturelles, et pour ainsi dire inliércntes à l’éducation. Les crottins des vers corpusculeux tombant sur les feuilles ; ces crottins, plus ou moins pressés sur ces mêmes feuilles, quand Ils se trouveront placés entre celles-ci et le corps des vers-, les corpuscules qui souillent constamment, comme nous l’avons dit, l’extrémité des crochets des pattes, voilà autant de (i) 11 est probable que les papillons 11 et 14 provenaient de vers n'ayaio. pas mangé au repas contagionne. ^34 MALADIE DES VERS A SOIE. circonstances ponv.anl amener l’inlroduclion de corpuscules dans les vers sains. Dès lors, il doit suffire, pour provrxjuer la con- tagion des vers sains , de les associer dans la même éducation avec des vers malades. Tel est, en effet, le résultat que l’expé- rience suivante démontre ; Le 29 avril, à 4 lieures du soir, on contagionne 5o vers sains, race blanche de pays (1)^ le lendemain, à 9 heures du malin, on les réunit avec 5o vers sains, race jaune, ayant rigoureusement le même âge. La couleur des cocons a été choisie, comme on le voit, de manière à pouvoir servir plus tard à reconnaître les deux sortes de vers employés. Les vers sont entre la seconde et la troisième mue. Cette der- nière a commencé pour tous les vers le 3 mai. Le premier repas après la mue a eu lieu le 4 5 à 10 heures du matin, et celui après la quatrième mue le 10, k 5 heures du soir. Ce jour-là, une iné- galité sensible commence à se produire et elle s’accuse de plus en plus les jours suivants. La montée a lieu le 19, mais elle est très-lente, elle ne se termine que sept jours après. Le 26, on trouve 3 chrysalides sans cocons et i ver mort. Dans chacun de ces quatre sujets, il y a un nombre immense de corpuscules. Le décoconnage, fait le 29, donne So cocons jaunes et 4^ blancs. Ces derniers, comparés à ceux du lot type, sont beaucoup plus faibles eu soie. Au contraire, il n’existe pas de différence appréciable entre les cocons jaunes et ceux du lot témoin relatif à cette race. Le 29, on examine au microscope 16' chrysalides de la race blanche et i5 chrysalides de la race jaune. Voici les tableaux comparés des deux séries d’observations : (1) Vers nés de la graine du Maréchal Vaillant, la même que celle dont il est déjà question p. 125. LA PÉBRINE. m Cocons blancs. 1. 5oo corpuscules par champ. 9. 1000 corpuscules par champ. 2. 8oo » » 10. 5oo » » 3. lOOO )) » 11. 5oo )) )) 4. i5oo )) )) 12. 5oo » )) 5. 5oo )) )) 13. 1000 )) » 6. 5oo )) )) 14. 1000 )> » 7. 200 » )) 15. 8oo » )> 8. 1000 )) )) Cocons jaunes . 1. Pas de corpuscules. 9. Pas de corpuscules. 2. )> )) 10. 4o corpuscules par champ. 3. )> )) 11. Pas de corjHiscules. 4. » )> 12. » » 5. )) » 13. » » 6. J) » 14. » )) 7. )) » 15. )) )) 8. )) » La sortie des papillons eoinnience le lo juin pour les jaunes et le 1 1 pour les blancs. Ces derniers sont alTreux, à ailes recroque- villées, la plupart h duvet noir, et sans vivacité aucune. Les jaunes, au contraire, sont en général asse^ vifs ; trois d’entre eux ont le duvet noir. Après la sortie complète des papillons, on en examine i5 de chaque sorte. \ oici les tableaux comparés des observations : Cocons blancs. 1. 5oo corpuscules par champ. 9. 1000 corpuscules par champ. 2. 1000 )) )) 10. 2000 » )) 3. 2000 » » 11. 5ooo )) » 4. lOOO » » 12. 2000 » )) 5. 1000 )) » 13. 5ooo )) » 6. 2000 » )) 14. 2000 » » 7. 2000 » » 15. 3ooo » » 8. 5oo » » 13G MALADIE DES VERS A SOIE. Cocons jaunes. 1. 100 corpuscules par cliamp. 9. 7.0 corpuscules par champ. 2. i5o )) )) 10. 100 » » 3. 5o )) » \\. Pas de corpuscules. 4. 5o )) )> 12. 5o corpuscules par champ. S. 200 » )) 13. 5o » » 6. 200 » » 14. 5oo » » 7. 100 » )> Ib. 4o » » 8. 5o » )) Parmi les papillons blancs iin cinquième étaient vivants clans le cocon et n’avaient pas eu la force d’en sortir. En outre un dixième des chrysalides étaient mortes. Enfin, dans les lots témoins des deux races, presque tous les papillons étaient exempts de corpuscules. 11 résulte clairement de cette expérience, dont je pourrais pré- senter beaucoup d’autres exemples, cpic la contagion de la pébrine à des vers sains se fait très-facilement par la vie en commun de CCS vers avec d’autres vers corpusculeux. Quant à l’intensité de la contagion, elle dépend évidemment de la proportion ])lus ou moins grande des vers corpusculeux, relativement à celle des vers sains et du degré d’infection des vers malades. § VI. — I.NFECTIOX ou CONTAGION A DISTANCE. Puiscjne des crottins de vers n’ayant que qiudqucs jours de date, comme dans l’cxpéricnec du § 1^’, peuvent provoquer la conta- gion, il est présumable que la pébrine doit être infectieu.se, transportable à distance par les poussières des éducations. J’ai fait à cet égarddes expériences concluantes. Place/, dans une magnanerie des vers très-sains sur nue table éloignée de celles de l’éducation principale et prenez les soins néce.s.saires ponrqn’il n’y ait jamais mélange des deuxsortes devers. Si l’éducation principale est malade, soyez assuré que vos vers sains à l’origine s’infecteront tous. 11 n’est pas pos.sible de ne pas atlribncr la contagion qui a lieu LA PÉBRINE. 137 clans ccttc circonstance aux poussières en suspcuision clans l’air, cpie les délitages, les balayages, les allées et venues des personnes soidèvent des tables ou du plancher, et parmi lescpielles se trou- vent ijiévitableinent des débris de vers morts ou des crottins de vers malades. Je me bornerai à rapporter nue seule des nom- breuses expériences cpie j’ai faites sur ee sujet; rauthenticité en a été établie par des témoignages publics. Fdle a eu lieu en i86ç), clans la magnanerie expérimentale du Comiee du \ igan, à Sauve. J’ai c'xposé ailleurs cpie le Comiee du Vigan a élevé en 1869, à Sauve, une once d’une graine c[ui devait infailliblement périr de la pébrine (i). Elle avait été faite à Sauve même, avee les co- cons d’une chambrée admirable, fin de Mau et au commencameni de Juii; ■ LA PÉBRINE. Cotte dernière eirconslance doit être attril)uée à ce que ma ma- gnanerie était tenue avee des soins de propreté particuliers ; pour ne pas soulever la poussière, on ne balayait jamais, elle était en- levée au moyen d’une éponge humide passée sur le sol^ d’autre part, les délitages ne se faisaient ]>as dans la magnanerie même, ou, quand ils y étaient pratiqués, le panier d’où l’on venait d’en- lever un à un tous les vers était immédiatement transporté dehors, lavé, et sa litière jetée au ruisseau. Mais, qu’ou le remarque bien, toutes ces précautions auraient été impuissantes contre l’intro- duction des germes que l’air aurait apportés soit directement, soit par l’intermédiaire de la nourriture. Comment donc, dira-t-on, est-il si difficile aujourd’hui de ren- contrer, dans les départements de grande evdlure, des éducations dont les papillons soient exempts de corpuscules? Pour répondre à cette question , je ne saurais trop insister sur l’infection qui provient d’un voisinage immédiat, toutes les fois qu’on ne prend pas des soins de propreté exagérés , soins qui sont d’ailleurs in- compatibles avec les exigences des grandes éducations. L’infection à grande distance n’est pas douteuse. Quelques soins que vous preniez, si vous élevez dans un département de grande culture des vers très-sains, ils vous donneront presque inévitable- ment quelques papillons corpusculeux ; et la preuve qu’ils se sont infectés par le fait des éducations de la localité, alors même que vous seriez à une assez grande distance de celles-ci, c’est que si vous élevez la même graine à lo, 20, 5o, 100 lieues de là, dans im département de tiès-petitc culture, vous ne rencontreiez plus trace de sujets infectés. Mais la source d’infection dans tous les départements de grande culture consiste principalement, depuis que règne le lléau, dans l’association de toutes sortes de graines, les unes saines, les autres malades, élevées par les mêmes personnes, dans la même magna- nerie, ou dans des magnaneries contiguës. Voilà le genre de con- tagion contre lequel il faut se prémunir. Voulez-vous maintenir sains des vers originairement sains, en vue de la confection de la graine.'^ élevez-lcs vous-même, ou làites-les élever par une per- sonne à laquelle vous aurez lait la défense expresse d’en élever MALADIE DES VERS A SOIE. 142 d’autres de qualités inconnues. Inquiétez-vous à un inoindre degré de la distance plus ou moins grande des magnaneries in- fectées du voisinage. Mes expériences démontrent qu’on peut ré- duire en quelque sorte à volonté le nomtre de ces individus ma- lades par infection, alors même qu’on est entouré d’éducations pébrinées placées à une petite distance, ne fùt-ce que de quelques mètres. Les poussières que les vents peuvent déposer sur vos feuilles sont moins à craindre que vous ne le pensez; c’est à ce qui se passe chez vous qu’il faut surtout veiller. F.n un mot, re- doutez principalement les poussières qui sont dans votre propre éducation. Songez que les vers corpusculeux ne meurent que très- dilficilement, puisque, si un ver devient corpusculeux dès la pre- mière mue , le plus souvent vous le retrouvez encore vivant à la ün de la quatrième. Combien pendant tout ce temps n’a-t-il pas dù contagionner de vers sains ! Quelque précaution que vous ayez prise dans la confection de votre graine, ayez sans cesse les yeux ouverts sur vos chambrées, dans le cas surtout où vous tiendrez à conserver sains des vers originairement sains, sollici- tude tout à fait indispensable dans les éducations pour graines. Dès que vous voyez un ver suspect, ou seulement plus petit que les autres, éloignez-le sans retard, car il est peut-être malade. Quelle dilférence considéi’able n’y a-t-il pas entre la mauvaise influence qu’un seul ver corpusculeux peut apporter dans votre édueation et celle que peuvent occasionner les poussières du dehors venues d’une grande distanee. Le récit des circonstances suivantes donnera à ces conseils une sanction pratique décisive. Dans le département du Cantal, on compte tout au plus cinq ou six personnes qui élèvent des vers à soie en très-petites éducations. M. Duclaux, originaire de ce dé- partement, a eu l’oecasion d’étudier dans ces dernières années les papillons de ees petites éducations, ordinairement livrées au grainage et cjui appartiennent toutes à la belle ancienne race blanche, dite de Sina. Ses observations ont porté notamment sur les papillons des édueations de M. llreux, avocat à Aurillac. Or, jusqu’en 1869, M. Duclaux n’a pas rencontré un seul sujet cor- pusculeux. Dans le courant de la même aimée, M. llreux, désirant LA PÉBRINE. 143 vivement joindre à sa race blanche la race jaune, préférée pour sa vigueur, au moins dans certaines localités de la France, lit venir de IMontauban de la graine de cette dernière race, et il se disposait à l’élever, conjointement avec sa propre graine blanche, lorsqu’il lut averti que cette graine jaune était malade, et qu’en l’associant à sa belle et forte race blanche il perdrait celle-ci. M. Breux s’empressa dès lors de jeter cette graine jaune. Au mois de juillet 1869, ayant eu besoin de me procurer une assez grande quantité de graine faite par mon procédé de grai- nage, je priai M. Duclaux d’examiner les papillons de l’édu- cation de M. Breux et de m’en envoyer la graine s’il y avait lieu. M. Duclaux me répondit, non sans manifester une grande sur- prise , que les papillons de M. Breux renlermaient, cette année, 95 pour 100 de sujets corpusculeux. Cette circonstance me parut d’autant plus extraordinaire, que nous avions élevé à Alais, dans ce centre Cjui passe pour si infecté, une petite quantité de la graine blanche de AI. Breux, et que les papillons de nos petites éduca- tions s’étaient montrés sains à 90 pour 100 au moins, et quel- quefois à 100 pour 100. Comment se rendre compte de cette apparition, en cjuelque sorte spontanée, des corpuscules dans un département qui n’en avait pas montré depuis 1866? Je viens de recevoir de AI. Duclaux l’explication complète de ce fait anormal. Parmi les cocons blancs obtenus par AI. Breux, on en a trouvé deux ayant la couleur jaune et tous les caractères de ceux de la graine jaune que AI. Breux avait fait venir de Montauban. En d’autres termes, à l’insu de AI. Breux, il s’était mêlé à sa graine blanche quelques œufs de la graine jaune qu’il avait cru jeter in- tégralement. Les vers jaunes, dont deux ont survécu et fait des cocons, ont évidemment été la source des corpuscules qui, pour la première fois, ont infecté la petite éducation d’Aurillac. 1 Ui MALADIE DES VERS A SOIE. § VII. — La pébkine ne peut da.ns aucun cas ijétruibe l’éducatcon INDUSTRIELLE d’uNE GRAINE ISSUE DE PAPILLONS SAINS. Parmi les questions que soulèvent l’existence et la nature de la pébrinc, il n’en est peut-être pas de plus intéressante que cell<- qui est résolue par le titre de ce Paragraphe. Dans les premiers mois de l’année 1867, api’ès mon arrivée à Alais, où je venais m’installer pour la troisième lois, je reçus de Paris une lettre anonyme, courtoise d’ailleurs, éirite peut-être par une personne amie qui luc voyait avec peine engagé dans des études dont les difficultés paraissaient inextricables. On m’y représentait en substance qu’il n’y avait pas une grande uti- lité à atteindre le but que je poursuivais de découvrir un moyen de faire de la graine saine, puisque cette graine deviendrait ma- lade pendant qu’elle serait élevée, et que ce serait toujoms à re- commencer sur de nouveaux frais. Cette lettre, et c’est pour ce motif que je la mentionne, tra- hissait une préoccupation qui était générale. Sous l’inlluence d’idées alors fort répandues, prineipalemcnt depuis les publica- tions de M. de Quatrefages , que la maladie des vers à soie était une « épidémie )), une « sorte de choléra », que, dans les centres d’éducations de vers cà soie, il existait im « milieu délétère », 011 pensait qu’il fallait songer bien plus à la découverte d’mi remède qu’tà celle d’un moyen préventif du mal. 11 paraissait à tous que le fléau pouvait foudre tout à coup sur les éducations les plus saines. Dans le jugement que M. Cornalia a porté, en i865, sur ma première Communication à l’Académie, on retrouve cette préoccupation. La voie dans laquelle je m’engageais, pensait-il, ne tendait pas directement à la production de la graine saine. Il faudrait que les œufs sains augmentassent en nombre, mais com- ment faire si la maladie les atteint P Le progrès de mes études a lieureusement et complètement dis- sipé ces appréhensions. L’ensemble des faits exposés dans le pré- sent Chapitre démontre avec une entière certitude que dans une LA PÉBRINE. d-ib éducation d’une graine saine, e’est-<à-dire exempte de corpuscules, parce qu’elle sera née de papillons également privés de cet orga- nisme, il est impossible que les vers issus de cette graine puissent périr en masse avant de faire leurs cocons. Jamais la contagion au contact, jamais la contagion à distance ne pourront atteindre ces vers assez tôt dans leur existence à l’état de larves pour que la pébrine les décime avant la montée à la bruyère. Cela ne pourrait arriver que dans le cas où l’on changerait complètement les condi- tions actuelles des éducations ^ par exemple, si la vie des vers était prolongée par une diminution du nombre des repas, bien au d('là du terme ordinairement fixé par la pratique habituelle. Le prineipe que j’invoque résulte clairement de la marche de la contagion, de la lenteur du premier développement des cor- puscules et de la résistance à la mort qu’oilrent les vers envahis parle parasite. Je ne saurais en donner une preuve plus certaine qu’en rappelant l’expérience mentionnée au paragraplie précédent, et relative à ces deux grammes d’une graine saine élevée dans la chambrée du Comice du Yigan, h Sauve, au voisinage d’une édu- cation dont tous les vers étaient très-corpusculeux déjà avant la (piatrième mue. Même au milieu de ce centre d’infection où pé- rissait une éducation de ao grammes de graine sans fournir nn seul cocon, la graine saine a donné une très-belle récolte en soi(;. Là est le nœud de tout le problème séricicole en ce qui concerne la pébrine. C’est dans la réalité indiscutable de ces résultats qu’il faut placer le salut des récoltes et l’éloignement des ravages de cette terrible maladie. Faites de la graine saine par le procédé que j’indiquerai dans un Cba])itre ultérieur, et, quoi (ju’il arrive, quelles que soient les fautes d’éducation que vous puissiez commettre, mauvaise liy- giène , association dans les mêmes locaux de toutes sortes de graines bonnes ou mauvaises , quelles que soient les iniluences climatériques (pie vous ayez à subir, votre récolte sera assurée contre la pébrine.' Cette maladie pourra sans doute vous enlever ([uelqu(!s vers cjue la contagion ou l’infection auront gagnés dès les premiers jours de leur vie, mais la masse ne pourra céder à ces funestes iniluences avant l’épocjue de la montée. I. 10 d46 MALADIE DES VERS A SOIE. Je ferai, à cette occasion, une digression historique, dont les détails mettront en lumière les idées qu’on se faisait du carac- tère épidémique de la maladie avant 1 86a et dont les hommes les plus instruits ont encore peine à se débarrasser. J’ai rappelé antérieurement que M. Canton! avait tenté en 1864 une éducation avec la graine de cent vingt-cinq couples , dont le nicàle et la femelle étaient exempts de corpuscules (i), mais que cette éducation avait péri et que, découragé par cet insuccès, ce savant professeur avait abandonné la poursuite de ses études dans cette direction. M. Cantoni expose ensuite que les résultats de mes expériences de 1 866 et de 1 867 sur la contagion de la pébrine lui firent présumer que la graine de ses cent vingt-cinq couples avait dû échouer très-probablement parce que la pébrine s’était emparée des vers par infection. L’auteur rapporte alors qu’afiu de mieux fixer ses idées sur la cause à laquelle il devait attribuer son insuccès de 1864, il contrôla en 1867 mes observations au sujet de la contagion. Les ayant trouvées exactes, M. Cantoni termine en concluant que ses présomptions sur la cause de son échec de 1864 sont fondées, c’est-tà-dire que la graine de ses cent \ ingt-cinq couples a péri par contagion accidentelle de la pébrine. Cette interprétation de M. Cantoni, développée par lui de nou- veau dans diverses Notes en 1 869,, par opposition avec quelques- unes de mes opinions, est entièrement controuvée. Je répète qu’il ne peut arriver qu’une graine saine périsse de la pébrine avant la confection des cocons. M. Cantoni ne me paraît pas avoir com- pris, en 1867, et paraît ignorer encore l’économie et la sûreté de ma méthode de grainage, et j’aurais très-mal résolu le problème auquel je me suis dévoué pendant ces cinq dernières années, si, tout en donnant un moyen pratique de faire de la graine saine, je n’avais pas établi simultanément que cette graine élevée à la ma- nière ordinaire fournirait d’abondantes récoltes qui se trouveraient dans tous les cas à l’abri de la pébrine ; qu’il n’existait nulle part (i) Voir à cc sujet la Note adressée par M. Cantoni, au mois d’août 1867, à la Revue universelle de Sériciculture, publiée à l.yon. LA PÉBRINE. HT clc iiiilieux infectés, délétères, dans le sens médical actuel de ces expressions 5 qii’entin on se Taisait des idées erronées de la caus(î du fléau et de son mode de propagation, ün ne saurait trop se persuader que mon procédé de confection de la semence saine des vers à soie, que j’exposerai dans un prochain Chapitre , em- prunte son principal mérite à cette cireonstanee, si bien démontrée par les résultats de mes expériences sur la contagion, cpic les éducations de vers issus d’une graine saine ne peuvent dans aucun cas être détruites par la pébrine avant la montée à la bruyère. 118 MALADIE DES VERS A SOIE. CHAPITRE III. DE LA NATURE DES CORPUSCULES ET DE LEUR MODE DE BÉNÉRATION. J’ai rappelé, clans la Partie liistorique de cet Ouvrage relative aux eorpuscules des vers à soie, cpie le professeur Leydig, de Tubingeu, les avait le premier considérés comme une espèce du genre psorospermie, créé par Jean Müller. C’était indiquer d’une manière générale que cet organisme était un parasite, et cjue ce parasite devait se propager à la manière des espèces de ce genre (i). Les psorospermies sont généralement des amas de (i) Voir t. II, p. 3oi, les extraits dos divers travaux de M. Leydig sur ce sujet. Dès que j’appris que M. Leydig avait assimilé les corpuscules h un genre de parasite peu connu, caractérisé spécialement par un mode tout particulier de reproduction, je m’empressai de me procurer les Mémoires de ce naturaliste, dont le nom fait auiorité en Allemagne, et do me mettre en rapport avec lui. Il y avait pour moi un intérêt m.njeur à m’assurer de l’existence du parasitisme do la pébrine, car j’y trouverais une dos meilleures preuves de la vérité des principes que je cherchais à établir. M. Leydig eut l’extrême obligeance de devancer mes désirs. Ayant appris par un libraire allemand que j’avais demandé ses travaux sur les psorospermies, il me les envoya lui-même, avec une lettre dans laquelle il me faisait part de diverses observations au sujet de ces parasites. Je m’empressai de remercier mon savant correspondant et de lui demander ses conseils et les lumières de sa grande expérience dans ces matières. On lira peut- être avec quelque intérêt les extraits suivants des deux dernières lettres que nous avons échangées à cette occasion : « Toutes mes recherches, disais-je à M. Leydig, à la date du 9 décembre 186G, pour découvrir un mode de reproduction des corpuscules sont restées infruc- tueuses. Les corpuscules du ver à soie me paraissent être des organites, des élé- ments anatomiques, des corps analogues aux globules du sang, du pus, de la fécule, en un mot à tous ces corps de l’organisme animal ou végétal qui, très-réguliers de formes, sont organisés, mais non susceptibles de reproduction par génération. Vos grandes connaissances en histologie zoologiquc me faisaient un devoir de me mettre au courant de vos travaux qui, certainement, ébranlent ma manière de voir. • » l’crmcltez-moi de vous dire ce que j’ai vu concernant l’origine de ces petits corps. L’apparition du corpuscule chez le ver à soie me semble procéder d’une LA PÉBRINE. 140 corpuscules plus ou moins volumineux, formant (juelqucfois des kystes, des tidjcreules, logés dans la peau, dans les muscles, dans transformation des tissus. Là où ils vont prendre naissance, je n’aperçois d’abord qu’une matière amorphe, translucide; tout au plus j’y distingue des granulations confuses; puis, je soupçonne des formes de corpuscules ayant déjà la dimension des corpuscules adultes, mais sans en avoir le moins du monde la visibilité de contour, ni l’éclat, ni la liberté d’aller et de venir. La substance se délimite d’elle-même, en quelque sorte, sur toute sa surface, par un dessin de corpuscules d’abord pres- que invisibles, et peu à peu de plus en plus nets dans leurs contours, se tenant les uns aux autres, sans doute par les portions de matières non transformables ou non encore transformées en corpuscules. En d’autres termes, le corpuscule ne m’a point paru du tout être quelque chose qui grandisse, qui soit d’abord un point et qui grossisse ultérieurement. Ce qui s’accuse et grandit de plus en plus, si je puis m’exprimer ainsi, c’est la netteté de leurs contours et la réfringence plus accusée de leur masse. Existe-t-il une liaison matérielle quelconque entre les corpuscules à l’état adulte et ce substratum de leur première évolution? Je ne l’ai jamais aperçue. Enfin, je n’ai pas davantage réussi à constater les faits de génération par division spontanée, observés par le D‘‘ Lebert. » Je m’attacherai tout particuliérement, l’an prochain, à suivre votre point de vue, et ce sera avec le plus vif désir de le confirmer par des faits décisifs, car le résultat pratique de mes recherches est que le meilleur moyen de se procurer une graine irréprochable est d’avoir recours à des papillons exempts de corpuscules. Or, si votre opinion est fondée, eelle-ci le sera par là même. » Le lecteur reconnaîtra que, dans tout ceci , j’étais préoccupé de l’idée que le mode de reproduction des corpuscules, dans le cas où l’opinion de Leydig serait exacte, devait procéder du eorpuscule ordinaire, adulte, brillant; mais c’est pré- cisément ce qui n’est pas. C’est au moment où le corpuscule est très-jeune, sous des formes indistinctes, qu’il se multiplie, et le corpuscule brillant serait réelle- ment une espèce d’organite, impropre à se reproduire. Voici ce que me répondit M. Leydig, à la date du 28 décembre 1866: « Je no puis partager votre idée que les corpuscules seraient des éléments histologiques de l’animal malade. En me fendant sur toutes mes observations, les corpuscules sont, pour moi, des formations parasites, qu’on les appelle du nom spécifique que l’on voudra. Par cette manière de voir, je n’ai rien à objecter sur ce que vous pensez concernant l’origine de cos petits corps ; bien plus, je le tiens pour exact et je regrette seulement de n’avoir pas encore publié les observations dont je parle à la fin de mon travail de i863 que je vous ai adressé, intitulé: Le parasite du ver à soie. Je considère cette matière amorphe ou ces granulations confuses dont vous parlez et qui vous parait être une modification des tissus eux- mèmes, pour des parasites et môme pour une /««f/’tee de champignons. Pour m’ex- pliquer avec plus de précision, les masses granuleuses qui se trouvent dans les tissus du ver, je les compare à cette matrice de champignons qui existe, par exemple, si généralement, sur l’epithelium des papilles filiformes de la langue de l’homme. Jusqu’à présent, dans mes cours de microscopie, il ne s’est trouvé encore aucun étudiant qui, dans la cavité buccale, ne l'.ossèdc cette matrice de champignons. » MALADIE DES VERS A SOIE. irio divers organes où ils composent des amas Idaneliàtres. Ce qui caractérise essentiellement ces productions, d’après l’illustre pl*}'- siologistc Müllcr, c’est l’existence, à l’intérieur des corpuscules, d’autres corpuscules reproducteurs des premiers après qu’ils sont sortis de ccnx-ci. Voici un des modes de génération des psoros- permies, indiqué par Müller, pour ceux qui forment fréquemment nne sorte d’éruption sur la peau de la tète du Sandn; : « .Sur la peau de la tête du Sandre on trouve une sorte d’éruption consis- tant en pustules blanclicàtres de i à 3 millimètres de large, dis- persées çà et là-,... la plus grande partie du contenu des pustules est composée de corpuscules (psorospermies) avec deux vésicules intérieures. )) Il est vraisemblable, ajoute Müller, que les vésicules sont des germes de nouveaux corpuscules. Pour se développer elles se gonflent, se détacbcnt de leur point d’adhérence et forment nne paire d’ampoules dans l’intérieur du corpuscule qui est trans- formé en une cellule à parois minces. Le corpuscule nouveau acquiert sa forme adulte dans cette cellnle-uièrc dont les parois SC résorbent en laissant libres les corpuscules qui y sônt con- tenus ( 1 ) . » Les premières notions propres à donner raison aux vues de M. Leydig et à faire admettre que les corpuscules sont réellement une espèce parasite du genre psorospermie, se trouvent peut-être dans une publication faite en i86i, par M. Tigri, professeur à Sienne (2). Elles ont été beaucoup mieux précisées ultérieure- ment, par M. Balbiani en 1866. Voici comment s’exprime ce (1) Voir le Mémoire intitulé : Recherches sur une production parasite morbide avec corpuscules reproducteurs d’organisation spéciale, par J. .Müller. (^.drehives d’anatomie et de Physiologie àa Jean Müller.) Voir également VUistoire naturelle des -végétaux parasites, par Cli. Robin; Paris, i853. (2) Ce n’est qu’avec réserve que j’attribue au travail du professeur Tigri le mérite d’avoir indiqué le premier un mode de production des corpriscules en rapport avec l’opinion de M. Leydig; les descriptions de M. Tigri sont obscures et correspondent peut-être ii un tout autre phénomène que celui de la génération des corpuscules. .1 ai pris le soin de reproduire, t. 11, p. 299, le texte du Mémoire de M. Tigri et la planche qui l’accompagne. LA PÉBRINE. iril naturaliste (i) ; « Les corpuseules de la pébriiie présentent, dans leur évolution, des pliénomèncs très-analogues (très -analogues au mode de propagation des psorospermies des poissons), seule- ment au lieu de se propager à l’aide de spores mobiles, c’est le cor- puscule tout entier qui joue ici le rôle de corps reproducteur. A cet ellet, il commence par perdre son éclat brillant, s’élargit sen- siblement en laissant apercevoir à l’une de ses extrémités un espace arrondi, semblable à une vésicule claire et transparente, puis il se transforme en un globule qui augmente rapidement tle volume ainsi que la vésicule interne. La sul^stance qui compose ce globule, d’abord homogène et transparente, se remplit de fines granulations, puis des corps p<àlcs et arrondis, semblables à des noyaux se formant au sein d’un blastème, apparaissent dans cette masse, laquelle se trouve finalement convertie en un amas de corpuscules réunis par nne matière glutineuse et transparente. La liquéfaction de cette matière détermine ensuite la dissociation des corpuscules, ou mieux psorospermies, et leur mise en liberté. » J’ai donné une grande attention à ce diHicile sujet d’études, et M. Duclaux, de son côté, dans les divers séjours qu’il a faits dans le Midi avec moi, a employé également un temps considérable dans cette recherche. L’exposé suivant est l’expression de notn.' commune opinion. Pour le fond, elle se rapproche de la précé- dente. Nous adoptons l’opinion de Leydig, c’est-à-dire que les corpuscules nous paraissent rentrer dans le genre psorospermie de Müller ou dans un genre voisin, mais leurs modes de lorma- lion dillércraient dans des points essentiels de celui que je viens de rappeler, d’après une pul)lication de M. Balbiani. Afin d’apporter une plus grande clarté dans la suite des obser- vations, je crois devoir décrire en premier lieu les diverses plan- ches qui suivent : La planche qui précède représente la tuniqiu! interne du canal intestinal d’un ver contagionné depuis vingt jours. On y voit : (i) Haldiam, Recherches sur les corpuscules de la pébrine {Comptes rendus de l’Académie des Sciences eX Journal d’ Anatomie de M. Uobin ; |8CG, )). 5ç)g,et 18C7, 1>. 263 et 329). 152 MALADIE DES VERS A SOIE. 1° des corpuscules ordinaires, ovoïdes, brillants, tels que tout le monde les a vus (groupe d); des corpuscules ayant la forme de poires ou de gourdes avec une ou plusieurs vésicules ou vacuoles à l’intérieur (groupes 6, b). Dans la vésicule on voit quelquefois un granulin ou nucléole, animé dans certains cas du mouvement brownien, ce qui prouverait un état fluide de l’inté- rieur de la vacuole; 3° en c est un semis de petits granulins qui sont ordinairement associés aux corpuscules pyriformes. On a figuré en a un corpuscule pyriforme dans deux de ses positions. On voit que, dans la première, le granulin paraît être à l’intérieur, mais que, dans la seconde, il est extérieur et comme fixé à la paroi du corpuscule. Enfin, la figure montre çà et là des corpuscules pyriformes paraissant pleins, bomogènes, et sans contenu ap- panmt. La figure ci-dessous est une photographie microscopique repré- sentant et avec les cüi puscules ])yrifoi'mes avec ou sans lâches intérieures, des ilegrés divers d<‘ ^isibilité. En outre', si l’on observe f* /.Ui'ki'nfttiitf/- uii nui Jul . hnp. B^C4fut*i . FORMATION ET DEVELOPPEMENT DES CORPUSCULES I r LA PÉBRINE. 153 avec beaucoup d’alteiition toutes les parties de la figure, princi- palement celles du pourtour, ou distingue bon nombre de cellules (pii paraissent être les premiers rudiments des corpuscules pyri- formes, car on voit tous les passages de la forme ronde à la forme ovale renflée à une de ses extrémités. Dans ces cellules qui, ce semble, ne font cpie commencer à apparaître, on ne voit encori' ni vacuoles, ni granulations distinctes. La planche représente, dans sa moitié de gauebe, des cor- puscules pris dans l’organe de la soie. On y voit des corpus- cules ovales, les uns très-pàlcs et bomogènes (un seul est de cette dernière forme), d’autres également pâles, mais avec une ou plu- sieurs vacuoles, des corspuscules pyriformes, d’autres enfin ayant la forme brillante des corpuscules ordinaires. Un de ces derniers est coudé. Mais ce cpii frappe surtout l’attention, c’est une foule de cellules rondes. Les unes paraissent pleines et homogènes, les autres finement grainüeuses ; enfin, il en est beaucoup cpii mon- trent dans leur contenu des formes plus ou moins accusées de corpuscules ovales , lestpicls , à leur tour, ont des granulations dans leur intérieur. Tout annonce par conséquent cjue les cor- puscules, du moins ceux cpii sont encore très-pâles et cjui se trou- vent libres en dehors des cellules, ont été engendrés dans celles-ci et (jue les granulins (nucléoles) de ces corpuscules sont en rela- tion directe avec les granulations propres à ces mêmes cellules. La moitié droite de la même planche représente des corpuscules pris dans les tubes de Malpigbi. On y retrouve, outre c[ueh]ues cristaux propres â ces organes, les cellules homogènes ou granu- leuses, etc., dont nous venons de parler (cellules 6), des cor- puscules ordinaires brillants, des pyriformes avec granulins (cor- puscules c). On aperçoit, en outre, çà et lâ, dans le champ, des granulins a, dont l’aspect, l’éclat, la réfringence ressemblent complètement à ceux c|ue l’on voit â l’intérieur des corpuscules pyriformes. C’est ce cpi’on a essayé de représenter en c, où il y a deux granulins semblables, l’un â l’extérieur, l’autre â l’intérieur d’un corpuscule en poire. Dans la recherche des corpuscules au point de vue de la pra- tique, il faut s’attacher â constater la présence des corpuscules ( I MALADIE DES VERS A SOIE. IS4 ovoïdes, brillants, dans les sujets malades. Cela est d’autant plus facile qu’ils y existent à profusion. L(;s autres variétés échappent le plus souvent à l’observation, quand on la fait sur les débris de sujets entiers broyés dans un peu d’eau. Leur nombre paraît toujours fort restreint à côté des autres-, mais il est des circon- stances où ce sont, au contraire, les formes pâles qu’il importe le plus d’apercevoir, par exemple c[uand on étudie les chrysalides jeunes. On ne saurait donc trop se familiariser avec les variétés de corpuscules autres que la forme ovoïde très-réfringente. Xous avons fait dessiner une foule de champs à corpuscules , et on ne se lasserait pas, dans ce genre de travail, parce que toute prépa- ration nouvelle senJjle offrir des particularités encore inconnues qu’on voudrait fixer par la gravure. Parmi tous ces dessins, je choisis un de ceux qu’on pourra consulter avec le plus de profit : a, a, a sont des cellules génératrices des corpuscules; 6, 6, h des corpuscules de diverses formes, ovales, pyriformes, soit pleins, soit avec vacuoles ; c sont des cristaux des tubes malpighiens — Quelque soin que l’habile dessinateur de ces planches, M. Lac- kerbauer, ait mis à représenter toutes ces formes de corpuscules, il faut craindre que la main de l’artiste ait ajouté ou retranché quelque chose à la nature ; aussi avons nous essayé de fixer par une épreuve photographique un des champs d’observation, et de préférence un champ à cellules pâles, d’apparence très-tendres, indistinctes môme à tel point qu’on les prendrait quelquefois pour une matière sarcodique au sein de laquelle se délimiteraient les cellules et les corpuscules pyriformes. La seconde des planches ci-après est une des meilleures que nous ayons ohtenues. On y a placé diverses lettres devant servir de repère pour la description ; mais après les détails qui précèdent, le mieux, je crois, est que le lecteur en étudie avec soin toutes les parties; il y retrouvera sous un aspect, sinon plus exact, mais peut-être plus naturel que dans les dessins dont je viens de parler, les diverses variétés de (corpuscules. Bien entendu, il n’y a pas à tenir compte des taches brouillées de la figure qui étaient mal au point. Ceci posé, et afin de bien saisir la signification de toutes ces lormes de corpuscules et surtout leurs âges n’spectifs, si l’on peut /' /.lifAê’f/uiIft' «< F.tut.'Àfr-imui’>- uU utU tU*/ Inx^. FORMATION ET DEVELOPPEMENT DES CORPUSCULES, micrn -phtft . ffdù’ litit .p’^Pinel'PescJuirtîiére ■ 26o FORMATION ET DEVELOPPEMENT DES CORPUSCULES Cellules et. Corpuscules jeunes I 1 I I i I LA PÉBRINE. 155 ainsi parler, il est nécessaire que nous suivions leur mode d’ap- parition dans les organes des vers qui les recèlent. A cet effet, on ne saurait mieux faire que de contagionner des vers sains et d’en observer quelques-uns de temps à autre à l’aide du microscope. On conclura de ce que montrent ces observations partielles à la marche générale de la maladie dans l’ensemble des vers de l’essai. Remarquons tout d’abord qu’en ingérant dans le canal intesti- nal des fragments d’un ver corpusculeux broyé dans quelques gouttes d’eau, on y introduit nécessairement toutes les formes de corpuscules que nous venons de passer en revue, c’est-cà-dire, des corpuscules ovoïdes brillants, des corpuscules pcàles à vacuoles, des corpuscules pâles d’aspect plein et homogène, des corpuscules pyriformes, et des cellules à leurs divers degrés de développe- ment, et enfin des granulins. Le 24 avril 1 869, au sixième repas après la première mue, on con- tagionne cinquante vers sains, race jaune du pays, en mouillant la feuille du repas avec de l’eau dans laquelle on a broyé un ver corpusculeux (petit ver à l’àgc de la première mue). Le 28, au moment où les vers sortent de la deuxième mue et après le premier repas, on en examine quatre au microscope. On ne voit de cor- puscules dans aucun des organes; dans l’un d’eux seulement, sur la tunique interne de l’intestin, au voisinage de l’insertion des tubes de Malpighi, on a trouvé sept ou huit corpuscules ayant la forme, le degré de réfringence et la netteté de contours des corpuscules ordinaires. L<î 29, nouvel examen de trois vers ; chez tous la peau est très- belle et sans tache. Dans la tunique interne de l’intestin du pre- mier ver, on trouve des corpuscules en poire, quelques-uns h doubles parois, quelques-uns bo- ïnogènes et sans vacuoles. Ces corpuscules sont dis- séminés, rarement au contact les uns des autres et ils semblent logés dans l’épaisseur de la mem- brane.Ils sont peu nombreux. Rien dans les autres organes. Dans la tunique interne de l’intestin du deuxième ver, on voit, en beaucoup plus grand nombre que dans le précédent, des corpuscules pyriformes à double paroi et autres. 15G MALADIE DES VERS A SOIE. homogènes. Ils sont à bords indistincts et paraissent comme noyés dans l’épaisseur du tissu, le plus souvent isolés les uns des autres. Rien ailleurs 5 les tubes de Malpigbi, en partieulier, sont très- beaux. Dans le troisième ver, même résultat que ci-dessus. Rien dans tous les organes, excepté dans la tunique interne de l’in- testiii, où se voient encore des corpuscules pyriformes pareils à ceux dont on vient de parler. Le 3o, nouvel examen détaillé de trois vers. L’un d’eux ne montre pas de corpuscules 5 pour les autres, les résultats sont identiques à ceux d’bier. Le i®'^mai, examen de trois nouveaux vers. Dans deux on ne trouve rien. La peau est belle et sans tache. Le troisième ofl're une petite tache au premier anueau, une autre au troisième. Etudié avec beaucoup de soin il ne montre des corpuscules que dans la tunique interne de l’intestin : mais il y en a beaucoup plus qu’on n’en a vu dans les précédents, et sur toute la longueur du canal digestif. Ces corpusciües sont encore isolés les uns des autres 5 presque tous sont pyriformes, il y en a pourtant quelques- uns d’ovales. Dans la partie antérieure du canal, le nombre des corpuscules pyriformes, pleins et homogènes, c’est-<à-dire, sans vacuoles ni granulins, est presque aussi grand que celui des cor- puscules pyriformes à double enveloppe. Dans la partie posté- rieure, le nombre de ees derniers est de beaucoup supérieur. Aucun autre organe ne montre des corpuscules. On n’en trouve pas notamment dans les tissus musculaire et cellulaire au voisi- nage des taches. L(! 2 mai, examen de deux vers. Le premier montre deux petites taches sur la tète au voisinage du premier anneau. Dans l’intestin, surtout à la partie postéi-ieure, nombreux corpuscides. Rien dans les autres organes. Le deuxième ver est eu mue. Sur tout son corps, on voit une foule de petites tacites presque invisibles. Dans la tunique in- terne les corpuscules sont très-abondants et d’une nature parti- culière. Ils sont encore pyrilbrmes et à double membrane, mais eu outre, dans presque tous ceux de la partie la plus large de Ves- tomac, ou voit, à l’inléricur du reiillcment de la poire, un très- LA PÉBRINE. 157 prtil graiiiiliii qui parait être tlo la même matière que la paroi du eorpuseule et adhérent à eelle-ci. 11 devient bril- lant ou opaque en même temps que la paroi quand on déplace l’objectif. Dans la partie pos- térieure de l’intestin, il existe également de ces granulins h. l’intérieur des corpuscules en poire; seulement ils sont beaucoup plus visibles, plus développés. Dans quelques corpusculês il y a deux de ces granulins, dans d’autres un plus grand nomln-e. Le 3 mai, examen d’un ver. Foule de petites taches sur tout b; corps. La tunique interne de l’intestin renferme un nonibn; eon- sidéral)le de corpuscules, environ oo par champ et de formes diverses. Les moins nombreux sont ovoïdes. Les autres sont pyri- fornies et pleins, et le plus grand nombre pyriformes et à double enveloppe. Dans presque tous ces derniers on retrouve le grauulin déjà observé hier. Dans l’un d’eux ce granulin se meut sur place avec rapidité, ce qui montre qu’il est libre dans cette espèce de gourde. On le suit de l’œil pendant plusieurs minutes; à diverses reprises, il pénètre dans la partie ciblée, mais il en ressort toujours et finit par se fixer sur la pa- roi interne du corpuscule. A coté, et en dehors, on voit un gra- nulin isolé exactement de même grosseur et du même degré de réfringence que le granulin placé à l’intérieur. Quand ils sont l’un et l’autre sur le même plan focal, ils deviennent obscurs ou brillants simultanément à mesure qu’on abaisse ou qu’on élève l’objectif, en conservant toujours dans leurs aspects respectifs une parfaite identité. Dans la muqueuse externe de l’intestin, pas plus que dans les tubes de ÎNIalpigbi, on ne découvre des corpuscules. Dans les glandes de la soie, en un point de la couche celluleuse qui entoure le tube central, on voit comme une poche pleine de corpuscules. C’est le prcmiier groupe de cette jiature que l’on ren- contre depuis le jour où on a contagionné les vers. Jusqu’à pré- sent, dans l’intestin b;s corpuscules étaient disséminés et adhé- rents à la paroi. Ici, au contraire, ils sont réunis en un amas, qui, après avoir été broyé, laisse répandre dans le liquide environnant Q U 0' MALADIE DES VERS A SOIE. m clos corpusc^ulos de formes très-diverses. Il y a des corpuscules py- riformes à double membrane, de grandeurs varialiles; cjuelques- uns sont très-petits et , depuis ceux-ci jusqu’à la grandeur ordi- naire, il y a toutes les transitions. En outre , on voit comme un semis de points brillants dans une matière amorphe. Ces jmints brillants ont le même éclat et la même réfi’ingence que les va- cuoles des corpuscules pyriformes les plus jeunes. Enfin, il y a un nombre considérable de corpuscules à vacuoles ; les uns n’en ont qu’une, les autres en ont deux. Le corpuscule pyriforme dont la paroi parait formée de deux membranes voisines parallèles est évidemment un corpuscule à paroi simple, dont le contour de la vacuole s’est agrandi et est venu se coller contre cette paroi extérieure, de façon à la rendre double. Parmi les formes de corpuscules de l’amas dont il s’agit, on aper- çoit beaucoup de cellules, les unes rondes, d’autres ovales, d’autres ayant la forme de poires, mais mal délimitées 5 ces cellules sont homogènes, en général; pourtant on voit nettement dans quel - ques-imes une partie centrale plus claire. Le 4 mai, examen d’un nouveau ver. Foule de petites taches sur tout le corps. Dans la tunique interne de l’estomac, le nombre des coi puscules est considérable. Ils sont encore tous pvriformes, les uns à double enveloppe, les autres pleins et homogènes. On ne réussit pas à voir des cellules. Les tubes de Malpighi sont envahis en plusieurs points par des corpuscules et des cellules; les corpuscules sont presque tous pyriformes, les uns à double enveloppe, les autres pleins, homogènes, assez brillants; d’autres enfin ont une vacuole à l’intérieur du rciillement : les cellules sont rondes, assez volumineuses et granuleuses à l’intérieur. L’iode les plisse, et, sous sou influence, il se forme, dans la cellule, comme une ou plusieurs cavités dont chacune a sou granulin in- térieur, quelquefois disposé avec umi grande symétrie. Dans les glandes de la soie on trouve deux points envahis qui présentent les mênies formes de corpuscules en poire que la tunique interne de l’estomac, et aussi des cellules, mais en nombre restreint. Le 5 mai, nouvel examen de trois vers. Le premier a deux petites taches, l’une sur la tète, l’autre au premier anneau. Dans /ft’/rn - iit/i CELLULES ET CORPUSCULES NAISSANTS I '• s il J !• (f < / :< J) iT !.■ .'î'.lutj'iTi 'i'iGib.' y I LA PÉBRINE. m la tunique interne de l’intestin, eorpuscnles pyriforincs, soit à double menibrane, soit homogènes, et corpuscules ovales. Dans les tubes de Malpiglii, corpuscules pyrilbrmes à vacuoles et cel- lules. Dans les glandes de la soie, corpuscules pyriformes pleins, à double meudjrane ou à vacuoles volumineuses, seidcinent dans le renflement. En outre, foule de cellules, dont les plus petites, à reflet mat, paraissent pleines et ressemblent un peu à des glo- bules de graisse, et dont les autres sont remplies d’une matière gra- nuleuse segmentée. En les traitant par l’eau iodée, elles se rata- tinent, se déforment, et l’on voit apparaître nettement, dans l’intérieur, un ou plusieurs granulins. La planche ci-jointe représente l’elfetcle l’iode sur les cellules, leur désagrégation et le développement considérable des granu- lations ou autres formes rappelant de très-petits corpuscules ovales, ejui étaient sans doute en voie de foiunation dans certaines cellules (i). L’eau iodée, en agissant sur les corpuscules pyriformes à vacuoles, met nettement en évidence, dans leur intérieur, un globulin paraissant collé contre la paroi, observation qui établit une nouvelle relation entre la cellule et le corpuscule pyriforme. Dans le deuxième ver, foule de taches sur tout le corps. Dans la tunique interne du tube digestif, nombre considérable de cor- puscules pyriformes , à double enveloppe et isolés les uns des autres. Dans les tubes de Malpiglii, un point est envahi et paraît formé d’un tissu aréolaire, dont les aréoles sont comme des ren- flements de corpuscules pyriformes, avec vacuoles, n’atteignant pas la partie effilée du corpuscule. Ou y voit en outre une grande quantité de cellules, d’un aspect mat et très-llnement granuleux, mais sans segmentation interne. Sous l’iiifluence de l’eau iodée. (i) D’après des publications récentes de MM. Haberlandt et Levi, correspondant à des faits observés par ces auteurs pendant la campagne séricicole de mai et de juin 1869, l’eau de chlore agirait à la manière de l’iode pour désorganiser les corpuscules. M. Levi a été plus loin : il a démontré, par des expériences très- bien conduites, qu’après l’action du chlore les corpuscules ont perdu leur pouvoir contagionnant. {Voir dans les numéros de janvier et février 1870, de la lUvista di liachicoltura, publiée à Milan, une lettre du D'' Alberto Levi à M. Cornalia.) d60 MALADIE DES VERS A SOIE. O la matière intérieure se contracte, laisse trois ou quatre espaces vides, et 'un nombre égal de globulins assez réfringents se mon- trent çà et là dans la cellule qui conserve quelquefois son aspect rond quand il n’y a pas eu trop d’eau iodée ajoutée. Dans le troisième ver, fort taché comme les deux autres, la tunique interne de l’estomac montre un grand nombre de cor- puscules, distants les uns des autres de plusieurs fois leur lon- gueur. Cependant on commence à voir se former des amas, et dans ces amas de corpuscules pyriformes à doulde membrane, on voit souvent quelcpies rares corpuscules ovales. Dans presque tous ces corpuscules on retrouve le granulin intérieur. Avec un fort grossissement et un objectif à immersion , ce granulin se montre muriforme à sa surface et tpiel- quefois un peu allongé, comme s’il était formé de deux ou trois petites masses ajoutées bout à bout. On a essayé de figurer ces apparences dans le premier des contours ci- joints. L’autre représente fidèlement un corpuscule avec deux grauulins intérieurs et un troisième exté- rieur vis-à-vis d’une solution de continuité de la paroi, comme si ce dernier granule était sorti du corpuscule en cet endroit. C’est le seul exemple de ce genre qu’on ait constaté. En observant .avec beaucoup d’attention, toujours avec ce môme fort grossissement, les corpuscules pyriformes à double membrane, on ne peut s’empêcher de les croire percés à leur extré- mité. La portion effilée est souvent très-aplatie et peu distincte, et parait se confondre avec la matière du milieu environnant. Dans les tulïcs de Malpiglii, encore des corpuscules pyriformes mélangés à des cellules. Le lecteur remarquera, sans doute, que depuis le jour de la contagion, le 24 avril, jusqu’à aujourd’hui 5 mai, c’est-à-dire pendant les onze premiers jours du développement de la maladie, nous n’avons, pour ainsi dire, rencontré que des corpuscules py- riformes, des cellules et des granulins, et qu’il y a eu presque absence complète de corpuscules ovoïdes ordinaires. D’ailleurs, jusqu’à présent le développement des corpuscules a été assez peu aeeusé pour (ju’il eiit été extrêmement dilbeile de LA PÉBRINE. KH reconnaitrc qu’il y avait eu contagion en broyant les vers dans un peu d’eau et examinant ensuite une goutte de la bouillie. Dans tous les cas, l’observateur aurait dû reclierclier, non des corpuscules ovoïdes qui étaient très-rares, mais bien des cellules et des corpuscules pyrifoiunes. Les choses se passent généralement comme nous venons de l’exposer, lorsqu’on s’attache à suivre la marche de la maladie dans des vers contagionnés directement. Le développement des corpuscules ne paraît donc pas du tout procéder de changements qui surviendraient dans les corpuscides ovoïdes, brillants, oi- dinaires, comme le suppose Al. Balbiani, mais bien des corpus- cules pyrifoi’uies, des cellules, et de ce que nous avons nommé granulins, pour ne pas employer l’expression trop déterminée de nucléoles. Le 8 mai, on trouve deux vers corpusculeux et /lais. Comme les dernières observations faites sont du 5 mai, et qu’il s’agit de vers atteints de llacheric, il y a là deux motifs pour que la con- tagion y soit très-avancée. Je démontrerai, en elfct, dans un Cha- pitre spécial, que la multiplication des corpuscules est beau- coup plus rapide dans les vers atteints de llacheric ou prédisposés à cette maladie que dans les vers vigoureux. Chacun de ces vers a des taches sur le corps. Dans la tunique interne de l’estomac de l’im- d’eux, on trouve, outre des corpus- cules pyriformes à double membrane, des corpuscules ovoïdes, brillants, et d’autres pâles à vacuoles. Il commence à s’y former également des amas volumineux de corpuscules ordinaires. Les glandes de la soie sont complètement envahies par des corpus- cules brillants et autres avec présence de cellules. Le second ver est entièrement envahi par les corpuscules dans tous ses organes. Les glandes de la soie sont porcelainées par places; le tissu adipeux n'est, en quelque sorte, que corpuscules; les tubes de Malpighi en sont remplis. Presque tous ces corpus- cules sont ovoïdes, brillants, ün eu trouve de pâles avec vacuoles, mais ils sont plus rares. H y a un grand nombre de cellules et de corpuscules indistincts. Malgré cette profusion de corpuscules dans tout le corps, la I. l 162 MALADIE DES VERS A SOIE. tunique interne de l’estomae renferme surtout des corpuscul<-s isolés (rarement des amas), mais il y en a en quantité considé- rable, plus de 5oo par champ. Ces corpuscules, qui ne se tou- chent pas les uns les autres, sont généralement ovoïdes, bril- lants, mêlés avee des corpuscules à vacuoles ; mais il y en a très-peu en forme de poire et à doidile membrane. On n’a réussi à en voir qu’un seul. Quant aux amas, ils sont formés de corpuscules plus allongés, plus bacillaires, et par place on voit de ces corpuscules allongés si indistinets, qu’ils ont seulement le degré de visibilité des cellules. 11 semble que, dans ees amas, le mode de reproduc- tion soit plus spécialement la segmentation transversale des cor- puscules, tandis que le mode de propagation par granulins qui se gonfleraient peu à peu, ou condenseraient autour d’eux de la matière pour revêtir la forme de eorpuscules ovales, permettrait aux corpuscules d’être volontiers isolés les uns des autres. La planche ci-jointe représente, désagrégé, un de ces amas à corpuscules se multipliant par scission. Cette planche a été dessinée par M. Lackerbauer en i86y, <à Paris, sur une préparation que je lui avais envoyée d’Alais. Elle correspond à une Communication que j’ai faite à l’Académie, dans sa séance du 29 avril 1867 (1). Jusqu’alors il m’avait été impossible , eomme pour tous mes devanciers , de distinguer net- tement un mode de reproduction des corpuseules, parce que je les avais toujours observés dans des vers où la maladie était trop avancée. Dans ce cas, le nombre des eorpuscules est si considé- rable, surtout quand on examine un ver broyé , qu’on est tenté de considérer comme des formes tout à fait exceptionnelles les eorpuscules pâles, en poire, à vacuoles, etc., etc. Par les obser- vations dont je viens de rendre eoinpte, on voit que le mode de division par scission, indiqué par le D''Lebert et constaté par moi avec plus de certitude en 1867, n’est qu’un des modes de pro- pagation des corpuscules. En (mtrant dans tous les détails qui précèdent, j’ai eu princi- (i) f-'oir dans les Comptes rendus de l'Àcadêmle des Sciences, nia lettre à M. Dumas, datee d’Alais le 2^ avril 1867. 666 COIUnTSCULES JEUiSKS EN VOIE DE DIVISION SPONTANÉE Imf> Cff/tit-Gros l*arif I I LA PÉBRINE. 163 paiement pour but de faire comprendre au lecteur la marclie liabituelle de la contagion, sa lenteur au début, les particularités qu’i'lle oH’re dans divers organes, et dans un même organe avec le temps, et surtout le genre d’observations par lequel jM. Du- claux et moi, nous avons réussi à fixer nos opinions sur les divers modes de multiplication des corpuscules. Eu résumé, quand on contagionne les vers à soie avec un repas de feuilles corpusculeuscs , voici la série des phénomènes que l’on observe ordinairement : 1° Presque immédiatement après l’ingestion des corpuscules, on peut trouver, en cherchant avec beaucoup de soin dans l’in- testin du ver, les corpuscules ingérés. Ces corpuscules sont géné- ralement ovoïdes , brillants, sans vacuoles aux extrémités, c’est ce que nous désignons sous le nom de corpuscules ovoïdes, brillants, ou de corpuscules adultes, corpuscules vieux, âgés. 2° Vers le cinquième ou le sixième jour de la contagion , on commence à rencontrer dans la tunique interne de l’intestin, et collés contre ses parois, si même ils ne sont pas développés dans son intérieur, des corpuscules de forme spéciale. Ce sont de véritables gourdes en forme de poire, qui paraissent creuses, et que leurs parois, parfaitement transparentes, ne permettent d’apercevoir, que sous l’aspect d’un contour pyriforme , quel- quefois légèrement accusé par deux lignes très-fines, parallèles l’ime à l’autre. La grande courbure du corpuscule est ordinaire- ment très-régulière et presque circulaire. Il n’en est pas de même pour la courbure de la partie effilée qui, souvent, parait très- brusque et très-aplatie. L’aspect est le même que si la poire était ouverte à cette extrémité, et fermée simplement par un opercule ou une membrane aplatie. Mais, dans aucun cas, il n’a été pos- sible de voir un corpuscule nettement ouvert à cette place. Comment prennent naissance ces corpuscules ? C’est ici qu’in- tervient probablement le petit organisme qu’on rencontre sou- vent dans l’intérieur du corpuscule pyriforme : un tout petit granulin ayant absolument le même degré de réfringence que la paroi qui limite le corpuscule. Ce granulin est quelquefois adossé à la paroi, mais il peut être libre à l’intérieur du corpus- 164 MALADIE DES VERS A SOIE. culc, où il est même agile, dans certains cas, du mouvement brownien. Dans quelques corpu.scules, on voit deux ou trois de CCS granulins, et au moment où ils apparaissent, c’est-à-dire huit ou neuf jours après la contagion, on en rencontre généralement de tout pareils avec le môme degré de réfringence et de grosseur autour du corpuscule. 11 semble même quelquefois, ainsi que nous l’avons dit précédemment, que le granulin extérieur soit sorti du corpuscule par une rupture de la paroi encore visible. Quoi qu’il en soit de ce fait, le granulin, puisqu’il apparaît au moment où la multiplication des coiqjusculcs est le plus ra- pide, doit jouer un rôle dans leur développement. Peut-être se gonüc-t-il; peut-être détermine-t-il autour de lui le dépôt d’une matière spéciale, de façon à devenir le centre d’un nouveau corpuscule. 11 serait difficile de répondre avec précision à ces questions. La multiplication des corpuscules ne se fait dans l’intestin qu’avec une assez grande lenteur. Pendant cinq ou six jours après leur apparition, ils restent isolés les uns des autres, et cc n’est qu’après un temps assez long qu’on rencontre ces amas qui se for- ment si facilement dans tous les autres tissus du ver, aussitôt que ceux-ci commencent à être envahis. En considérant donc legi ■anulin comme organe reproducteur, il semblerait que chaque granulin donne un seul corpuscule, et c’est ainsi qu’on expli- querait la lenteur relative de l’envahissement de la memliranc interne de l’intestin. Celte membrane n’est évidemment pas très- appropriée à la formation des corpuscules ; dans les autres or- ganes, les eirconstances, sous cc rapport, sont bien plus favo- rables. Les corpuscules ingérés ne bornent pas, en efi’et, leur action à la tunique interne de l’ijxtcstin. Deux ou trois jours après la l’or- mation dans cette tunique des corpuscules pyriformes, et avant qu’on en voie de développés mdle part ailleurs dans le corps, on voit apparaître sur la peau de la larve, des taches, d’abord très- fines, qui grossissent et deviennent bien visibles, le dixième ou douzième jour de la contagion. Ces taches ne r»'posenl jamais tout d’abord sur un tissu corpusculeux, et l’envahissement graduel LA PÉBRINE. IGo du centre à la circonférence ne commence qu’après leur apparition, circonstance assurément l'ort digne de remarque. Ce n’est que huit à dix jours, et quelquefois davantage, après la contagion, que l’on commence à rencontrer des corpuscules soit dans les glandes de la soie, soit dans les tubes de Malpighi. Les glandes sont aussi rapidement, sinon ])lus rapidement, envahies (pie les tubes, qui, débouchant dans l’intestin, paraissent pourtant plus en rapport avec le foyer de la contagion. Le; dessin ei-dessons représente l’insertiou des tubes de Malpighi à la partie postérieuia; du canal intestinal. Dans ces organes, les caractères du corpuscule sont diilérenls de ce qu’ils sont dans l’intestin ; le corpuscule pyriforme y devient rare, et d’autres formes moins fréquentes dans l’intestin deviennent prédominantes. Parmi ces formes, les plus importantes sont les suivantes: 1G6 MALADIE DES VERS A SOIE. 1° La forme ovale ordinaire, lapins connue, mais présentant assez souvent, surtout à l’origine du développement, la même particularité que les corpuscules pyriformes, c’est-à-dire la pré- sence, à une ou aux deux extrémités, de vacuoles à reflet bleuâtre *, 2° Enfin, et accompagnant toujours ces corpuscules lorsqu’ils sont en voie de développement, des cellules rondes presque indis- tinctes, parfois petites et homogènes, ressemblant alors à des glo- bules de matière grasse, devenant granuleuses lorsqu’elles gros- sissent, se creusant de vacuoles dans lesquelles on voit quelquefois un ou deux granules mobiles. Sous les deux aspects, pleins et granuleux, les cellules sont une seule et môme chose, car lors- qu’elles sont pâles et homogènes, il suffit d’humccter la prépara- tion avec une goutte d’eau d’iode pour voir la matière intérieure se contracter, devenir granuleuse en laissant deux ou trois espaces vides, pendant qu’un nombre égal de granulins se condensent en divers points de la cellule prjmitive qui conserve souvent son as- pect rond et régulier. La segmentation se fait même quelquefois avec ime telle netteté, et les granulins se disposent vers le centre de la cellule avec une telle régularité, qu’on croirait voir la coupe d’un pistil avec ses ovules. Lorsque les cellules sont grosses et vieilles, leur segmentation apparaît avec netteté et sans aucun réactif, et on aperçoit souvent à l’intérieur comme un contour à peine accusé de corpuscules avec ses dimensions ordinaires. Quelquefois même, on voit des cellules qui ressemblent à des abricots, et qui sont comme for- mées de deux corpuscules associés, voyageant ensemble dans le liquide. Quant aux granulins intérieurs, ils ont le même aspect que ceux que l’on rencontre dans les corpuscules en poire. Examinés à un fort grossissement, on les dirait imiriformcs et comme ma- melonnés à leur surface. D’un autre côté , les cellules accom- pagnent constamment les corpuscules en voie de développement. On les retrouve dans la chrysalide, dans le papillon, et leur pré- sence coïncide toujours avec la présence d’amas plus ou moins volumineux de corpuscules. Tous ces faits concourent à faire penser que la cellule est LA PÉBRINE. 167 coimne une forznc primitive et jeune des corpuscules, et la présence à l’intérieur de ces cellules de granulins simples ou multiples, simples d’abord, multiples ensuite, tend à montrer que si chaque cellule est produite par un seul granulin, la multiplication des granulins dans son intérieur produit ultérieurement la division de la cellule. Maintenant, comment ces corpuscules, une fois formés à l’in- térieur de la cellule, SC séparent-ils? On n’a pas rencontré de cel- lules renfermant des corpuscules nets et accusés, adultes. D’autre part, partout où l’on voit de ces cellules, on voit en même temps nager à côté d’elles des portions de matière sans délimitation de formes nettes, qui présentent toutes les transitions de visibilité et d’aspect entre la cellule et le corpuscule adulte. Les cellules pa- raissent formées d’une espèce de sarcode, de matière difiluente et gélatineuse douée d’une certaine cohésion, s’écrasant facilement, prenant un aspect polygonal lorsque les cellules sont pressées les unes contre les autres, reprenant la forme ronde lorsque avec une goutte d’eau on délaye le tout. Enfin, les masses irrégulières de môme aspect qui les accompagnent , et qui forment la transition entre la cellule mate et pâle et le corpuscule biillant et adulte, sont fréquemment pointues vers deux extrémités opposées. Il semble donc que le corpuscule se sépare de la cellule à l’état sarcodique, et que ce soit ensuite qu’il prenne la forme et l’aspect ordinaire, après s’être plus ou moins divisé transversalement lorsqu’il était encore sous sa forme jeune et pâle. Dans les œufs, on rencontre en très-grande abondance les cor- puscules ovales ou en forme de 8, à double vacuole aux extré- mités. Les vacuoles en sont plus ou moins volumineuses. Lors- qu’elles sont très-grandes, il est encore possible de voir dans l’in- térieur un granulin de même nature que ceux des corpuscules pyriformes et des cellules; et on volt môme quelquefois la portion de paroi voisine de la vacuole à l’extrémité du corpuscule telle- ment diminuée qu’elle en devient invisible. Le granulin pourrait bien sortir par là pour aller donner naissance à un nouveau cor- puscule, et, en résumé, tous ces modes de développement auraient pour point de départ un phénomène unique, correspondant à la 168 MALADIE DES VERS A SOIE. production et au développement ultérieur d’un granulin ou nu- cléole (i). (i) Le n“ 2 du Journal séricicole publié à Goritz (Basse- Autriche), par le D'' Haberlandt, porte la date du i5 juillet 1869. Je l’ai reçu à Paris cinq jours après, le 20 juillet. Ce numéro, traitant de la nature des corpuscules et annon- çant, sur ce point, la publication d’un Mémoire plus étendu, j’ai dû établir l’in- dépendance de mes observations et de celles de MM. Haberlandt et Verson. Dans ce but et pour écarter tout débat de priorité, s’il y avait lieu, j’ai déposé à la séance du lundi suivant, 26 juillet, entre les mains du Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, un paquet cacheté renfermant, entre autres, les dessins originaux et les photographies prises au microscope insérées dans le présent Cha- pitre et accompagnées de légendes descriptives, faisant connaître tous les faits exposés dans ce Chapitre. J’ai joint, en outre, aux planches dont il s’agit, une planche représentant les vibrions de la llacherie sous leurs deux modes de repro- duction, par scission et par noyaux intérieurs (rappelant la forme des corpuscules de la pébrinc et un peu leur volume et leur éclat), ainsi que la résorption gra- duelle de la matière du vibrion entourant le noyau brillant. Je fais remarquer que ces corpuscules brillants n’ont aucun rapport quelconque avec les corpuscules de la pébrinc, mais qu’ils constituent un mode particulier de reproduction des vibrions. Dans la Kote que je viens de rappeler, MM. Haberlandt et Verson me paraissent avoir confondu les corpuscules brillants des vibrions, tantôt avec un des ferments de la flacherie, celui que j’ai désigné sous les noms de ferment en ehapelets de grains, tantôt avec les corpuscules de la pébrine. Sur les points où ces savants bacologues sont en désaccord avec moi, je maintiens l’exac- titude de mes observations. LA PÉBRINE. 1G9 CHAPITRE lY. LES CORPUSCULES VIEUX ET SECS SONT DES ORGANISMES CADUCS INCAPABLES DE SE REPRODUIRE. § I. — Considérations préliminaires. Les observations du Chapitre précédent nous ont appris cpi’il existe deux sortes de corpuscules : les uns, ceux que tout le monde connaît, sont brillants, à contours nettement accusés; leur con- tenu est rassemblé en une sorte de noyau de la forme du corpus- cule principal ; les autres, ternes, très-p<àles, souvent à peine vi- sibles, et présentant des formes diverses, cellules, corpuscules pyriformes ou ovoïdes de grandeurs variables, etc., etc. Dans les premiers, la matière parait fortement concrétéc et résistante. Les acides minéraux, les alcalis, à moins qu’ils ne soient employés dans un grand état de concentration , ne les déforment point, non plus que la putréfaction et la dessiccation. Les corpuscules de la seconde sorte, au contraire, se détruisent ou se désagrègent facilement. Ils sont jeunes, très-délicats de structure, souvent comme sarcodiques. Nul doute que ce ne soit dans ces derniers que résident particulièrement, sinon exclusivement, l’activité vitale et la faculté génératrice. Ce sont les agents de la multiplication des corpuscules brillants, qui paraissent, au contraire. Incapables de se reproduire ou de reproduire la matière des jeunes corpus- cules. Aussi je les considère comme des organismes caducs. Assu- rément il ne serait pas facile de démontrer cette impuissance de la reproduction chez les corpuscules ovoïdes âgés par des expé- riences directes : comment se convaincre qu’ils ne seraient pas associés à des corpuscules jeunes? Mais, outre que rien n’ac- cuse chez ces corpuscules ovoïdes brillants un mode quelconque MALADIE DES VERS A SOIE. 170 de reproduction , les faits qui suivent établissent que ces orga- nismes sont bien réellement sans vie , quand ils ont été aban- donnés à eux-mêmes et qu’ils ont sulti une dessiccation à l’air libre, bien que leur aspect n’en soit pas changé. Par ces mo- tifs, on est autorisé à admettre que ces organismes, déjà à l’état frais, doivent être également impropres à la reproduction. Car il serait assez difficile de comprendre que, ne changeant pas d’aspect au contact de l’air, ils puissent perdre, par cette circonstance, la faculté de se reproduire, si elle existait réellement avant la dessic- cation; au contraire, il est naturel que les corpuscules jeunes, très-tendres, sarcodiques, s’altèrent profondément, et que leur vitalité soit détruite par l’exposition à l’air. On ne saurait mieux comparer, ce me semble, les corpuscules ovoïdes qu’aux globules du sang, aux globules du pus, aux spermatozoïdes, aux gra- nules d’amidon, etc., lesquels ne se reproduisent jamais sous leurs formes connues ordinaires. Ce rapprochement permettrait peut-être de présumer — je tenterai de le rechercher par des ob- servations directes — que les globules du sang et du pus sont pro- duits à la manière des corpuscules ovoïdes, et qu’à la manière de ces derniers, ils n’ont de faculté de reproduction et de multipli- cation que quand ils sont fort jeunes, naissants, état qui est encore à déterminer, et point du tout lorsqu’ils ont l’aspect, la forme et la structure sous lesquels nous les connaissons (i). On a comparé les leucocytes à des amibes. Dans l’hypothèse à laquelle je suis conduit, les globules rouges devraient être assimilés à des pso- rospermies. (i) Lors de mes premières observations sur les corpuscules, en i865 et en 1866, il me fut déjà impossible de découvrir un mode quelconque de reproduction des corpuscules ovoïdes brillants, et je les comparai, en conséquence, à des organites analogues aux globules du sang, du pus, etc. Je reviens U cette assimilation, mais par des motifs tout autres. Les corpuscules brillants ne se reproduiraient pas plus que ne se reproduisent les globules dont je parle, mais ils ont la faculté de se multiplier lorsqu’ils sont plus jeunes, dans un autre état, et ils doivent, par con- séquent, être considérés comme de véritables parasites indépendants. I LA PÉBRINE. 171 § II. — Essai i\fivuctueux de contagio.n avec d’anciennes poussières TRÈS-CORPUSCULEUSES. Le i5 mai 1869, ou a contagionné, trois jours avant la pose de la bruyère, 20 vers très-sains, race blanche de pays, par un repas de poussières corpusculeuses conservées depuis 1 866. Elles avaient été recueillies dans une chambrée détruite en i86j par la pébrine et la llacberie. La poussière, remplie de corpuscules très-dislincts et sans alté- ration apparente, a été déposée et un peu fixée par la pression sur la surface des feuilles, d’un côté seulement. Les vers ont pris le repas avec répugnance, et deux ou trois même ont paru ne pas manger. Le 16, ou relève un mort-llat; Le ly, trois autres morts-llats ; Le 18, quatre nouveaux morts-flals. Tous CCS vers sont remplis de vibrions. Sur les sept, deux ont présenté en outre le ferment en cliapelcts de grains. Lamentée, commencée le 18, se termine le 21. On trouve trois morts-flals sur la bruyère. Le décoconnage a eu lieu le 26 et adonné quatorze cocons. Après la sortie des papillons, commencée le i3 juin, on les a examinés : 1. Pas de corpuscules. 8. Pas de corpuscules. 2. )> » 9. )) » 3. » » 10. )) )) 4. » » a. » » 5. )) 12. .9 )) C. 1) » 13. )) )) 7. » )) 14. » » Le lot témoin n’a pas ollcrt de mortalité par la llacberie. Les papillons qu’il a fournis étaient également exempts de corpus- cules. Il résulte évidemment de cette expérience que les poussières anciennes de magnaneries infectées peuvent communiquer la MALADIE DES VERS A SOIE. 172 Hachoric, mais non la pébrinc, alors même qu’elles sont eliargées de corpuscules ovoïdes sans altération apparente, circonstance que nous pouvons caractériser en disant que les corpuscules de la pébrine deviennent promptement inofl’ensifs quand ils sont exposés à l’air, tandis que les corpuscules de la llacberie con- servent indéfiniment leur activité et leur mauvaise iniluence. § III. • — Ess.vis I.NFnUCTUEUX DE CONTAGION AVEC LES DÉBniS COBPISCL'LEUX DE PAPILLONS .MORTS DEPUIS UN AN. Le 27 avril 1869, on a contagionné vingt-cinq vers sains, race jaune de pays, avec un papillon irès-corpusculeux conservé dans une boite de carton depuis l’année précédente. La montée à la bruyère, commencée le 19 mai, a été terminée le 21. Le 26, on a décoconné. il y avait vingt-quatre cocons. La sortie des papillons a commencé le i3 juin. Voici les observations relatives aux vingt premiers papillons sortis : L Pas de corpuscules. II. Pas de corpuscules. 2. » 12. » 3. )) 13. » i. » IL ICO corpuscules par champ. 5. )) lo. 100 » » 6. » 16. Pas de corpuscules. 7. 5oo corpuscules par champ. 17. )) 8. I 000 » » 18. » 9. Pas de corpuscules. 19. iO. )) 20. » Le lot témoin a donné deux papillons corpuscnlcux dont il faut attribuer la présence à des contagions accidentelles. Voici une expérience du même ordre. Le a3 avril, on a con- tagionné 6 vers sains, race jaune de pays, avec nn papillon pa- reil au précédent, c’est-à-dire chargé de corpuscules et conservé depuis un an dans une boite de carton. Les vers étaient entre la première et la deuxième mue. Nous savons par des expériences antérieures que dix ou douze jours après la contagion avec des LA PEBRINE. 173 corpuscules frais, tous les vers, sans exception, montrent déjtà eu assez grande abondance des corpuscules dans leurs organes, no- tamment dans les tunicpies de l’intestin. Or, le 6 mai, c’est- à-dire treize jours après l’essai de contagion, on examine au microscope les principaux organes de trois vers : nulle part on ne trouve des corpuscules. Le II mai, c’est-à-dire après dix-huit jours, et les vers avant déjà franchi trois mues depuis le jour de la contagion (i), on examine les trois vers qui restent : on n’y découvre ni taches, ni corpuscules. Ou peut donc considérer comme démontré que les corpuscides des papillons perdent leur pouvoir contagionnant par une dessi- cation prolongée au contact de l’air, alors même, ce qui était le cas dans notre essai, que le papillon n’a pas été ouvert et n’a fait que se momifier dans son entier. J’ai fait d’autres expériences qui établissent que les papillons corpusculeux conservent pendant plusieurs semaines api ès leur mort la faculté contagionnante, s’ils n’ont pas été bien desséchés au contact de l’air. Les essais rapportés dans ma Communication à rxAcadémie du 26 novembre 1866, Communication reproduite t. 11, p. 17J, ont été faits avec des papillons morts depuis plus de trois semaines. §1V. — Essai infiiuctueux de contagion avec des corpuscules RECOUVRANT DES GRAINES CORPUSCULEUSES. J’ai rappelé antérieurement cpic les déjections des papillons corpusculeux couticnnent elles-mêmes fréquemment des corpus- cules, et qu’en conséquence une graine peut être recouverte exté- rieurement de matières corpusculcuses, si les papillons ont pu di'poscr sur la graine les liquides qu’ils rendent après la ponte, circonstance qui arrive, par exemple, toutes les fois cjue les toiles des grainages ne sont pas tendues verticalement. (1) J’ai cru remarquer dans maintes expériences que la multiplication des cor- puscules était très-active pendant les mues. MALADIE DES VERS A SOIE. iU Le a3 avril 1 869, on a contagionné un lot de vers, race jaune de pays, avec une poussière provenant du lavage d’une graine très-corpusculcuse, qui avait été salie à dessein par les déj<*ctions des papillons qui l’avaient jtrodiiitc. Les vers ont eu une grande répugnance à manger la f(;uillc recouverte de cette poussière, mais on a eu le soin de ne conser- ver pour l’étude que ceux qui s’en étaient nourris. Le 6 mai, on a examiné trois vers. Aucun d’entre eux ne présen- tait de taclies ni de corpuscules. Le 1 1 mai , jjar conséquent dix-liuit jours après l’essai d(; contagion, 011 a examiné trois autres vers qui n’ont montré éga- lement ni taches, ni corpuscules. § V. — Essai infructueux de contagion avec des corpuscules provenant DE VERS desséchés A l’ÉCLOSION DEPUIS SIX SEMAINES. Le a3 avril 1869, on contagionne des vers sains, race jaune de pays, avec la poussière de petits vers tous corpusculeux, con- servés dans leur boîte d’éclosion depuis les essais précoces du mois de mars précédent et morts sans avoir jamais reçu de nourriture. Le 5 mai, c’est-cà-dire douze jours après la contagion, ou exa- mine trois vers. Aucun d’eux ne renferme de corpuscules. On vérifie que des vers identiques aux précédents, contagionnés, le 24 avril, avec les corpuscules d’un ver qui vient d’éclore, sont déjà cou- verts de taches et montrent des corpuscules dans presque tous leurs organes. Le 10 mai, on étudie de nouveau trois vers. Aucun d’eux ne présente de taches ni de corpuscules. Dans cet essai, il y a eu une mortalité assez forte par la flaclieric. Toutes les expériences des paragraphes précédents ont porté sur une race jaune indigène. Elles ont été contrôlées par une nouvelle série d’épreuves faites, en 1869, sur des vers très-sains, mais de race hlanchc et également indigène. Les résultats de ces nouvelles observations, confirmatives des précédentes, sont ré- sumés dans le tableau suivant : LA PÉBRINE 17a 17C MALADIE DES VERS A SOIE. L(3s faits que je viens d’exposer ne pei-mettent pas d«; douter que les corpuscules perdent complètement leur faculté conta- gionnante par l’exposition et la dessiccation au contact de l’air. Quant à l’explication rationnelle de ces faits, il faut l’attribuer, selon nioi,>à la mort des corpuscules jeunes toujours associés avec les corpuscules ovoïdes âgés. Nous résumei'ons ces observations eu disant qu’il n’y a de cor- puscules pouvant se reproduire et se multiplier, en passant d’une année à l’autre, que ceux qui se trouvent dans l’intérieur même des œufs. Ni les poussières des magnaneries, quelque chargées qu’elles soient de corpuscules, ni les déjections de papillons cor- jmsculeux pouvant souiller les graines, ne peuvent communiquer la pébrine aux vers des nouvelles éducations. Ce n’est pas qu’il faille négliger tous les moyens d’éloigner les poussières des édu- cations antérieures, car aux corpuscules inolfensifs qu’elles ren- ferment se trouvent mêlés, en nombre plus ou moins grand, les germes d’une autre maladie non moins fatale que la pé- brine, germes dont le pouvoir contagionnant persiste indélini- nient. Ces germes sont des kystes de vibrions ou d’autres ferments et cette seconde maladie est la flacherie. On trouve partout les germes de ces ferments, mais leur inlluence se fait sentir d’autant plus qu’ils sont introduits en plus grande quantité dans le canal intestinal des vers : s’ils sont très-peu nombreux, le ver, pourvu qu’il ait un peu de vigueur, les expulse, sans que sa nourriture en soit altérée; mais quand ces germes sont très -multipliés ils entrainent la fermentation de la feuille que le ver a ingérée, et bientôt celui-ci périt, parce que ses fonctions digestives sont sus- pendues ou profondément troublées. On peut encore conclui’e de ces résultats qu’il n’existe pas de pays infectés, pas de milieu épidémique et délétère, que la ma- ladie renaît chaque année et qu’eu consécjuence, par l’application bien entendue du procédé de confection de la semence saine que j’exposerai ultérieurement, on arriverait à supprimer d’une manière absolue la maladie des corpuscules ou pébrine. J’ai fait j>art des observations précédentes à l’Académie des Sciences, à la lin du mois de mai 1869; je les avais déjà fait 177 LA PÉBIUNE. pressentir clans mon Rapport au Ministre de V Agriculture ^ du 5 août 1868 (i). Quelques semaines après, JM. Cantoni, professeur au Musée royal de Turin, critiqua leurs conclusions (2), eu s’ap- puyant sur les expériences de contagion qu’il a faites en 1867, expériences dont j’ai parlé antérieurement et qui l’ont conduit à une interprétation erronée de la cause de certains échecs que peuvent présenter les éducations des semences saines. La nou- velle déduction que ce savant naturaliste essaye de tirer de ces mêmes expériences n’est pas plus fondée que celle à laquelle je fais allusion et que j’ai déjà réfutée. Les résultats invoqués par M. Cantoni sont relatifs à des chry- salides âgées de quatre ans dont les corpuscules se seraient montres actifs. Je n ai pas fait d expériences sur des chrysalides plus ou moins âgées, et je veux croire que les expériences de M. Cantoni ont été bien conduites. Mais le résultat qu’il annonce ne saurait infirmer les conclusions de ma Note du 22 mai, con- clusions identiques à celles des paragraphes précédents. M. Can- toni aurait du nous dire l’état de ses chrysalides eu 1867. Par exemple, au renouvellement d’une campagne séricicole, les cor- puscules des œufs ne sont-ils pas vieux d’une année? Leur vitalité se conserve cependant sous la coque de l’œuf. Sous l’enveloppe cornée des chrysalides dont M. Cantoni a fait usage en 1867, si par hasard celles-ci avaient conservé un reste d’humidité, les cor- puscules ont pu ne pas périr complètement. Je l’ignore, n’ayant pas fait d’expériences dans ces conditions. Posterieurement aux critiques que je viens de mentionner, et pour les corroborer, M. Cantoni a publié dans divers Recueils, notamment dans le numéro du 3 septembre 1869 du Moniteur des soies^ les résultats de nouvelles expériences qu’il a tentées, à la fin de la dernière campagne, sur des vers japonais, dans le but d’opérer leur contagion avec des corpuscules de chrysalides de six années de date par comparaison avec des corpuscules récents. (1) Voir ce Rapport, t. II, note de la page 2b!\. (2) Voir le Journal d’ Agriculture pratique, numéro du 8 juillet l86g; la RivUta di Bachicoltura do Milan, 5 juillet iSCg. I. ta 178 MALADIE DES VERS A SOIE. Les premiers corpuscules auraient fourni lo pour loo de sujets corpusculeux et les seconds seulement 6 pour loo. Comment M. Cantoni a-t-il pu asseoir des conclusions sur des faits d’une signification aussi douteuse? De tels résultats je préférerais con- clure que ni les corpuscules frais ni les corpuscules de six ans n’ont produit la contagion 5 du moins, je m’abstiendrais d’en dé- duire des conséquences absolues. Au surplus, en présence des détails d’expériences dans les- quels je suis entré, je considère qu’il est superflu de m’arrêter plus longtemps aux observations de M. Cantoni. L’opinion que j’ai émise au mois de mai 1869 reposait sur des expériences va- riées et contrôlées de diverses manières; je ne doute pas que, quand M. Cantoni aura pris la peine de les répéter, il ne recon- naisse les torts de sa critique (i). (i) Une brochure qui a paru à Goritz (Basse-Autriche), à la fin de juillet 1869, a déjà fait justice des observations critiques du professeur Cantoni (voir Alcune quistioni otiierne. . etc., da Teodoro Accolito'). Le D'' Haberlandt a publié, en 1869, diverses Notes dans lesquelles il s’est rangé à l’opinion de M. Cantoni sur l’efïicacité de la contagion de la pébrine par les cor- puscules desséchés, mais il n’a pas produit d’expériences à ce sujet. Je pense que o’était h titre de simple présomption. LA PÉBRINE. 179 CHAPITRE Y. DES MOYENS DE COMBATTRE LA PÉBRINE ET D’EN PRÉVENIR LE RETOÜR. § I. — Méthode de grainage au microscope. Dès l’origine du fléau, et après quelques hésitations qui furent bientôt dissipées, la pratique industrielle démontra que c’était au mauvais état des graines qu’il fallait faire remonter la cause, tout au moins la cause prochaine, de la plupart des échecs des éduca- tions de vers à soie, et que leurs succès devaient être attribués également, en grande partie, à la bonne qualité de la semence. C’est pourquoi l’histoire de la maladie des vers à soie, envisagée dans ses conséquences industrielles et commerciales, n’est qu’une longue suite d’explorations lointaines, dans des contrées que le fléau n’avait pas visitées, ou de tentatives individuelles faites sur place, par des moyens divers, dans le but de se procurer des se- mences non infectées. Aujourd’hui encore, par l’importation des graines du Japon, le commerce a droit à toute la reconnaissance des éducateurs. Mais on comprend que ce palliatif à la détresse de la sériciculture est à la fois insuffisant et très-précaire. De l’aveu de tous, le salut de cette grande industrie ne peut résulter que de la connaissance de procédés capables de rendre aux graines indigènes leur qualité d’autrefois. Les principes exposés dans les Chapitres précédents nous con- duisent précisément à la solution de ce problème tant désiré 5 car il est facile d’en déduire une méthode de confection des graines, applicable sur la plus petite comme sur la plus grande échelle, et propre à fournir une semence absolument exempte de la ma- ladie des corpuscules ou pébrine. En effet, nous savons pertinem- ment : 1° qu’il existe des chrysalides et des papillons de vers à d80 MALADIE DES VERS A SOIE. soie privés à tout âge de la maladie corpusculaire, et cela, dans les contrées le plus éprouvées par le fléau; 2° que des éducations entières peuvent présenter ce caractère ; 3° que, dans aucun cas, de semblables papillons no donnent un seul œuf, un seul ver, à l’éclosion, offrant cette maladie; 4° nous savons surtout, car c’est là un point capital, que pour des vers, issus de tels œufs, la pébrine ne peut compromettre la récolte ; en d’autres termes, que ces vers ne peuvent périr en masse de cette maladie avant d’avoir fait leurs cocons, bien qu’elle soit éminemment conta- gieuse et infectieuse. Je vais exposer, avec tous les développements qu’elle comporte, la métliode de grainage qui découle naturellement de ces prin- cipes. C’est une ancienne pratique consacrée par l’usage dans tous les pays sérigènes de n’utiliser, pour la confection des semences, que les éducations les plus satisfaisantes (i). Des vers qui ont souffert, qui ont éprouvé une mortalité, par une cause inconnue, ne sauraient donner de bons reproducteurs , alors même que ces derniers seraient exempts de la maladie des corpuscules. On doit craindre quelque affection cachée et héréditaire indépendante de la présence de ces petits corps. Nous verrous, en traitant de la maladie des morts-üats, que cette dernière circonstance est assez fréquente. Considérons donc une chambrée réussie et dont la marche n’a rien laissé à désirer; plus tard, nous rechercherons les moyens de multiplier l’existence de pareilles éducations. Le problème à résoudre est évidemment de savoir si la chambrée dont il s’agit peut être livrée au grainage en toute sécurité, de façon que la (1) On lit dans le Traité de V éducation des vers à soie au lapon, traduit, en 1S68, par M. Léon de Rosny : <1 Quand on achète des graines, il faut s’assurer si l’on n’a pas fait de fautes dans l’éducation des vers d’où elles proviennent, et s’ils ont eu suffisamment de mûrier ii manger. » lit ailleurs : « Si la provenance des graines est mauvaise , il n’y a rien à faire. » I I ’• /»hot - //rfio /i/u'( fW/tm'tltt rf LE GRAINAGE DANS LES CÉVENNES. \ # # *> M LA PÉBRINE. 181 pébrine iie puisse détruire aucune des éducations de la graine qu’on pourra retirer des cocons de cette chambrée. On commence par s’enquérir, s’il est possible, du jour de la montée à la bruyère; puis, dès qu’on juge que les cocons sont bien formes, ce qui a lieu six jours environ après le commence- ment de la montée (i), on prélève sans choix sur les tables un demi à un kilogramme de cocons ; après les avoir mis en chapelets ou filanes^ on les place dans une chambre chauÜée nuit et jour par un poêle, de façon à porter la température de a5 à 3o degrés Réaumur (a). 11 est bon d’entretenir dans la pièce une certaine humidité, en plaçant, par exemple, sur le poêle, un large vase plein d’eau en évaporation. Dans ces conditions, les cocons peu- » vent donner leurs papillons quatre et cinq jours au moins plus tôt que ceux du lot principal laissé dans la magnanerie ou ailleurs, à une températnre de i4, ou i6 degrés Réaumur au plus. Après avoir pris ces dispositions, on examine au microscope une vingtaine de chrysalides du lot de la chambre chaude , afin d’y rechercher la présence des corpuscules. A cet ellet, on broie séparément chaque chrysalide dans quelques gouttes d’eau, et on dépose une parcelle de la bouillie sur le porte-objet du micro- scope. Il est indispensable d’apporter, dans l’observation des chrysalides jeunes, le même soin que dans celle des œufs, car il (1) La montée se fait en trois jours au plus dans les bonnes chambrées. En pré- levant des cocons six jours après le commencement de la montée on peut donc croire que les derniers vers montés filent leurs cocons déjà depuis trois jours au moins. Il est d’ailleurs facile, en mettant à part les retardataires restés sur la litière, de faire en sorte que tous les vers soient montés à la bruyère en quarante-huit heures ou trois jours au plus. Cela donnerait deux lots de cocons; on les étudie- rait séparément. (2) La mise en fdanes des cocons est une vieille pratique du grainage dans les Cévennes. La planche ci-jointe en donne une idée. Cette disposition permet de placer une grande quantité de cocons dans un espace restreint. Les papillons s’ac- couplent naturellement. Tous les matins vers 9 heures, on enlève les couples et on les dépose sur des toiles ; de à C heures du soir, on retire les mâles qui sont jetés, ou consei-vés dans des cornets de papier, dans un lieu très-sec, afin qu’ils se dessèchent promptement sans se pourrir. J’ai dit ailleurs qu’il y aurait de grands avantages à pouvoir joindre aux lots de graine, au moment de la mise en vente, des échantillons des papillons qui ont produit la graine. 182 MALADIE DES VERS A SOIE. suITit qu’il y ait seulement quelques corpuscules visibles dans une chrysalide récemment formée pour qu’on soit assuré d’en ren- contrer plus tard un nombre immense. Il importe aussi extrême- ment de rechercher de préférence dans ces jeunes chrysalides les formes de corpuscules autres que la forme brillante ordinaire et dont nous avons parlé au Chapitre du développement des corpus- cules. Tous les deux jours on répète cet examendes chrysalides, ce qui fixe les trois premières observations au sixième, au hui- tième et au dixième jour après le commencement de la montée. Si l’on trouve seulement deux ou trois chrysalides corpusculeuses sur vingt, dans l’une ou l’autre de ces observations, et à plus forte raison, si l’on en trouve un plus grand nombre, il faut s’em- presser, à moins de circonstances toutes particulières et excep- tionnelles, de livrer à la filature tous les cocons de la chambrée. L’expérience démontre que, dans les circonstances dont je parle, on voit s’accroître, pour ainsi dire chaque jour, le nombre des sujets corpusculeux ; dans les œufs produits par les papillons de telles chi’ysalides, montrant des corpuscules dans les dix à douze premiers jours de leur formation, on trouve l’année suivante, au moment de l’éclosion, 4o, 6o, 8o pour loo, et même davantage, de vers corpusculeux. C’est que la multiplication du parasite se fait alors parallèlement à la formation des œufs dans les chrysa- lides femelles, de façon que ces œufs se trouvent infectés en plus ou moins giand nombre, et quelquefois en totalité. Pour obtenir une graine pouvant donner plus tard des vers exempts de corpus- cules, il est donc indispensable que les chrysalides, au moins pendant longtemps, n’olfrcnt aucune trace de ces petits corps. La proportion des œufs corpusculeux dans une graine est beau- coup moindre que dans ce premier cas, lorsque les chrysalides de la chambre chaude ne montrent des corpuscules que vers le quatorzième ou seizième jour après le commencement do la mon- tée : encore est-ce à la condition qu’il existera un petit nombre de ces mauvaises chrysalides. Il faut toujours se défier de la qua- lité des cocons sous le rapport de la reproduction, toutes les fois que les chrysalides, même avancées en âge, présentent un certain nombre de sujets corpusculeux; on doit craindre que si, dans les LA PÉBRINE. 183 premières recherches, ou n’a pas aperçu de corpuscules, c’était par erreur d’observation. 11 se passe ici quelque chose d’analogue à ce qui arrive pour une graine malade dont la proportion des œufs corpusculeux parait augmenter beaucoup à mesure que l’eiuhryon se développe, tandis que cette proportion, en réalité, est toujours la même; seulement, bon nombre des observatious faites avant l’incubation sont fautives parla difficulté de constater la présence des corpuscules quand il n’en existe encore qu’un très-petit nombre, assez bien formés pour être reconnaissables. Pour bien saisir le sens et la portée de ces remarques, il faut se souvenir des résultats des expériences de contagion de la pébrine, et de leur comparaison dans les cas où la contagion a été elfec- tuée à diverses époques de la vie de la larve. L’examen des papillons se fait, au contraire, avec la plus grande facilité, et on n’a pas à craindre, comme dans le cas des œufs et des chrysalides jeunes, que le trop faible nombi e des cor- puscules empêche de bien déterminer la véritable proportion de ceux qui sont corpusculeux. Le plus ordinairement, le papillon corpusculeux montre beaucoup de corpuscules par champ et tou- jours avec la forme brillante et nette qui distingue ces petits corps lorsqu’ils sont arrivés à leur complet développement. Dès que les papillons commencent à sortir, on les broie un à un, dans un mortier, avec quelques gouttes d’eau ; on examine une goutte de la bouillie, et on note l’absence ou la présence des corpuscules, eu indiquant, dans ce dernier cas, le nombre approxi- matif des corpuscules par champ. La quantité d’eau qu’on ajoute pour broyer chaque papillon est toujours sensiblement égale, si on a la précaution de laver et d’égoutter constanmient de la même manière le mortier après chacune des oljservations, sans ajouter d’autre eau que celle qui reste naturellement sur les pa- rois du mortier après qu’il a été lavé. Il faut examiner au moins cinquante papillons, et de préférence un plus grand nombre, sur- tout s’il y en a de corpusculeux : on est ainsi plus sûr de la moyenne cherchée. Si la proportion des papillons corpusculeux ne dépasse pas lo pour loo dans les races indigènes, on peut livrer toute la m MALADIE DES VERS A SOIE. cliainbrée au grainage, eu a^'aut seulement le soin, au moment où on met les cocons en lilanes, d’éloigner ceux qui sont faibles et de rejeter, quand les papillons sortent, ceux qui présentent des imperfections notoires, suivant la pratique de tous les temps et de tous les pays séricicoles. Il faut éloigner, surtout, avec une grande sévérité, tous les papillons dont le duvet du corps est, même par places restreintes, noir et velouté, ce qui est, sans ex- ception, l’indice de la présence des corpuscules. La planche ci-jointe représente en c un de ces papillons à du- vet noir qu’il importe de sacrifier avec grand soin dans tous les grainages. Quand il y a un certain nomlire de tels papillons, on peut être assuré que le grainage est mauvais, et que les papillons, môme les blancs, sont cux-mémes malades, au moins pour la plu- part. Mais il' importe beaucoup de ne pas confondre cette couleur noire veloutée avec la teinte grise que montre, par exemple, le papillon d. Celte couleur du duvet n’est point un indice de l’exis- tence des corpuscules. Elle serait plutôt propre à des races vi- goureuses. On la voit particulièrement dans les mâles. Les figures a et b de la même planche représentent des papil- lons mâle et femelle indigène, race jaune, de bon aspect et con- formation. Le paquet des oeufs dans les femelles, lorsqu’il est broyé avec le restant du coi’ps du papillon, peut gêner un peu l’observation des corpuscules pour les personnes mal exercées; mais il est fa- cile d’écarter les œufs au moment où on écrase le papillon. 11 est bon également de couper les ailes et de les jeter avant de broyer le corps de l’animal, pour que leurs débris ne se mêlent pas â la bouillie, ce qui peut être un embarras dans l’observation. Bien que, pour la confection d’une graine industrielle, on puisse tolérer jusqu’à lo pour loo de papillons corpusculoux, il n’est pas moins vrai qu’un moindre nombre serait préférable, cl qu’il est même fort utile que ce nombre soit réduit â zéro dans le cas où l’on désire élever nue graine en petites chambrées, en vue de la reproduction. L’observation démontre que la graine faite dans les conditions a F. Lackerhnuer ad. nai- pinx-^ d Picard j'C- PAPILLONS _ RACE INDIGÈNE. a Femelle, b mâle, c Papillon charbonné corpusculeux, d Papillon à duvet gris, mais sain , /V(.r, Im/. Orm/ l'.niJ me de In Mimtn.jne S'' (leitenie^ne ,'W 185 LA PÉBRINE. que je viens de prescrire est tout à fait exempte de corpuscules, même à son éclosion, lorsque tous les papillons étaient privés de corpuscules, et, dans le cas d’une tolérance de lo pour loo de ces derniers, la proportion maximum des œufs corpusculeux dé- passe rarement i ou 2 pour 100, circonstance qui s’explique par ce fait, que les œufs d’une femelle corpusculeuse ne sont pas tous, à beaucoup près, corpusculeux, généralement du moins; on re- marque également que, daïis une éducation dont la grande majo- rité des papillons est privée de coi’puscules, ceux qui en ollicnt proviennent ordinairement de cbi-ysalides où ils se sont déve- loppés à un âge avancé. Les expériences du Chapitre II sur le caractère contagieux de la pébrine donnent facilement la raison de ce fait. Beaucoup de personnes ont paru surprises, lorsque j’ai fait connaître pour la première fois ce procédé de grainage, que l’observation de cinquante ou de cent papillons, précédée de celle d’nn nombre à peu près égal de chrysalides, put suffire à donner une idée exacte de la valeur des cocons de toute une chambrée, cocons dont le nombre s’élève souvent à vingt-cinq et trente mille, même pour une éducation d’une seule once de graine de 25 grammes. Il est bien facile de montrer que ces craintes sont exagérées. Qu’on détermine, en effet, la proportion pour 100 de pa- pillons corpusculeux dans un grainage, soit avec les papillons sortis le premier jour, soit avec ceux qui sortent le second et le troisième, soit enfin avec les derniers, et on reconnaîtra sans peine que cette proportion est sensiblement la même. Pourtant, on comprend qu’il existe des cas où il n’en soit pas ainsi, et on doit le craindre surtout, lorsque, n’ayant pas vu soi-même l’édu- cation de la quatrième mue à la montée, on n’est pas sùr de sou homogénéité. Mais il faut remarquer que l’examen des chrysa- lides porte, dans tous les cas, sur les cocons de tous les âges, et qu’il y a là une garantie contre la cause d’erreur que je signale. Pour peu que l’on ail des doutes, il est facile d’observer jus- qu’aux derniers les papillons du demi-kilo porté à la chambre chaude. 186 MALADIE DES VERS A SOIE. • Le lecteur se convaincra sans peine de l’extrême facilité d’ap- plication de la méthode de grainage que je viens de faire con- naître. Quoi de plus simple, lorsqu’une chambrée est réussie, de s’assurer qu’elle est bonne ou mauvaise pour la reproduction, en tant qu’il s’agit seulement de la maladie des corpuscules ou j>é- brine! Il suffira de quelques minutes d’observation sur une vingtaine de chrysalides, pour savoir si la graine des papillons qui naîtront ultérieurement sera corpusculeuse, de façon à rendre improductives les éducations de cette graine. Or ce cas est d’une extrême fréquence. Que l’on se reporte aux observations du § V, p. 74; que l’on imagine cette profusion de lots de graines, infectées par le parasite, qui inondent tous les pays séricicoles : eh bien, il n’est pas un seul de ces lots dont la confection n’au- rait pu être évitée en consacrant quelques instants à examiner au microscope les chrysalides des cocons qui les ont données. L’observation de vingt chrysalides seulement, faite pour chacun de ces lots, vers le dixième jour après la montée à la bruyère, aurait offert deux, trois, quati’e, cinq, et davantage, de chi’ysa- lides corpuseuleuses, et tous les papillons se seraient montrés malades au plus haut degré. Qu’elle est énorme la masse de co- cons excellents perdus pour la filature depuis vingt ans, et livrés au contraire à des grainages qui ont porté la ruine chez des mil- liers d’édueateurs ! Comme il n’est pas possible d’espérer que les propriétaires et les marchands de graine adopteront tous, immédiatement, mon procédé de grainage au microscope, il faut s’attendre à ce qu’il y ait encore, pendant plusieurs années, une foule de lots de gi-aines confectionnés en suivant les usages ordinaires, et que l’on soit exposé à rencontrer à la fin des éducations un grand nombre de grainages effeetués eomme autrefois, sans autre garantie que celle d’une bonne réussite de la chambrée, garantie qui, elle-même, fait souvent défaut, lorsque le commerce des graines est pratiqué sans loyauté. L’éducateur qui voudra recourir à ces grainages puur faire sa provision de graine devra examiner ou faire exa- miner les papillons, et n’avoir confiance dans la graine qu’autant que la grande majorité de ceux-ci seront privés de corpuscules. LA PÉBRINE. 187 Enfin, s’il s’agit de graines déjà faites, et que l’on soit à la veille d’une nouvelle campagne séricicole, il ne reste plus qu’un moyen de contrôler leur qualité, c’est de l’ecourir à la métliode italienne de l’examen des graines et de rejeter toutes celles qui, au moment de l’éclosion, se montrent corpusculeuses. Une pratique excellente que l’on devrait introduire partout, selon moi, consisterait à exiger des marchands de graines qu’ils joignissent toujours, aux échantillons de leurs graines, cinquante ou cent des papillons qui les ont produites. 11 suffirait, au moment dugrainage, de placer des papillons dans un cornet de papier (avec un peu de camphre ou de poivre pour éloigner les insectes) et de laisser ces papillons mourir naturellement dans un lieu aéré et sec pour éviter leur puti-éfaction. L’examen de ces papillons, confié à une personne exercée, eomme il en existe aujourd’hui dans tous les pays séricicoles, permettrait d’être fixé facilement sur la valeur de la graine. Sans doute on pourrait être trompé par le graineur, si celui-ci avait fait accompagner sa graine de papillons autres que les vrais producteurs. Pourtant, les grai- ueurs ne s’exposeraient pas impunément à une pareille fraude, car une expertise facile à faire dans la plupart des cas pourrait établir, dans nombre de circonstances, l’impossibilité que la graine provînt des papillons joints à celle-ci. Par exemple, si la graine avait des corpuscules et que les papillons n’en eussent pas , la fraude serait certaine et suffirait pour asseoir un jugement devant un tribunal correctionnel. La méthode de grainage que je viens de faire connaître a été pratiquée pour la première fois sur une grande échelle par ÎVI. Ilaybaud-Lange, directeur de la Ferme-Ecole de Paillerols, membre du Conseil général des Basses-Alpes. Cet habile éduca- teur a préparé, en i86y, 2Ô00 onces de graines au moyen de dix-sept chambrées choisies au microscope parmi plus de quatre- vingts 5 aucune de ces chambrées de choix n’avait offert, soit dans les papillons vivants, soit dans les papillons morts, plus de I O pour 1 00 de sujets corpusculcux. Plusieurs même n’en offraient pas du tout, et la plupart moins de 5 pour 100. Ces dix-sept lots de graines élevées en 1868 ont tous donné des réussites très- 190 MALADIE DES VERS A SOIE. consiste à destiner à ce but exclusivement les œufs des papillons que le microscope montre exempts de corpuscules, est J a seule méthode, parmi toutes celles qui ont été publiées jusqu’à présent, qui puisse sauver nos précieuses races de cocons jaunes et faire revenir la sériciculture à ce degré de prospérité qui la distinguait avant le développement de la maladie actuelle. » 2° Les éducations destinées à la reproduction doivent être faites sur une petite échelle, en proportion peu supérieure aux besoins de chacun, avec de la semence préparée selon le système cellulaire. Ces éducations doivent ^tre faites dans un local isolé et éloigné le plus possible d’autres éducations 5 on doit se servir de feuilles de mûrier qui par leur position ne soient pas capables d’être facilement Infectées par les poussières des magnaneries voisines. » 3° Comme il est difficile dans beaucoup de pays de se procurer de telles conditions d’isolement des locaux et des mûriers, le moyen le plus sûr d’obtenir le même but sera de hâter le plus possible la naissance des vers destinés à la reproduction et de faire en sorte qu’ils montent à la bruyère quand, dans la géné- ralité des éducations industrielles dans le même pays, les vers n’ont pas passé la dernière mue. » 4° La cause la plus certaine de l’infection actuelle étant uni- quement la transmission matérielle dans le ver d’éléments hétéro- gènes, des corpuscules ovoïdes par exemple, on doit abandonner toutes les suppositions de dégénérescence de l’espèce du bombyx du mûrier. Avec l’extirpation de la cause, les effets disparaîtront. » 5° Le manque d’expérience ou de soins durant l’éducation des vers pourra causer la diminution ou la perte totale de la ré- colte, mais ne sera pas une cause de développement de l’infection dominante quand il n’y aura pas eu préexistence de germes dans les œufs ou dans les locaux, ou qu’il n’en sera pas venu du dehors. » 6° La nature des corpuscules n’étant pas encore précisée ni la durée de leur faculté reproductive, il faudra qtic, dans les magna- neries pour reproduction, on pratique chaque année d’abondants et de fréquents lavages des murs, du sol, du plafond et de tous LA PÉBRINE. 191 les autres ustensiles. On recommande aussi les fumigations de chlore, qui sont efficaces pour détruire les corpuscules. )) 7° Comme l’infection du mâle ne peut exercer d’influence sur les œufs, l’examen microscopique des chrysalides et des papillons pour la semence cellulaire ne devra porter que sur les femelles. » 8° Le développement de la maladie dans un seul et même individu déjà infecté étant continu, l’examen des papillons sera plus facile et plus sur quand ils auront cessé naturellement de vivre, et pourra se faire à tout âge durant l’automne et l’hiver. » 9“ La semence préparée selon les règles données plus haut devra toujours être bien lavée et conservée durant l’hiver dans un local froid et sec. » Une autre lirochure non moins intéressante que celle de M. Bellotti me parvient au moment où je mets la dernière main à ce Paragraphe. Elle est de M. le marquis Luigi Crivelli. On y lit, page 33, que l’auteur a obtenu de 160 onces de graines, races jaunes indigènes, faites d’après mon procédé, une moyenne de 5o kilogrammes à l’once. Depuis cinq années que les recherches que j’expose en ce mo- ment sont commencées, j’ai eu à subir les contradictions les plus opiniâtres et les plus injustes. Je me suis fait un devoir de ne conserver dans ce Livre aucune trace de ces débats : qu’il me soit permis du moins de n’y pas taire la vive satisfaction que j’éprouve à la lectime de publications de la nature de celles-ci, et dont le nombre se multiplie en Italie et en France, au moment même où je suis occupé à réunir l’ensemble de mes études. Ces résultats des observations de ùIM. Bellotti et Crivelli, diri- gées avec une connaissance parfaite des conditions de la méthode expérimentale, confirment d’une manière remarquable les prin- cipes que j’ai établis. Ils les étendent sur un point d’une grande importance scientifique et pratique, en démontrant l’impuissance des papillons mâles à transmettre la pébrine. M. Bellotti rapporte qu’il a fait, en 1868, un grainage cellulaire à l’aide de quatre cents pontes dont les papillons lui avaient donné pour les mâles environ 60 pour 100 de corpuscules et pour les femelles 4o pour 100. Avec 4o grammes de graine née de ces papillons, en ne don- 192 MALADIE DES VERS A SOIE. liant aucune attention aux mâles et en rejetant seulement les pontes des couples à femelles corpusculeuses, et prenant d’ailleurs toutes les précautions nécessaires d’isolement de la chambrée, afin qu’elle ne fût pas infectée par les éducations voisines, on a ob- tenu une très-belle récolte, dont aucun des papillons examinés, au nombre de cent trente, n’offrit la moindre trace de corpuscules. Le principe dont il s’agit résultait déjà des observations faites l’année précédente, en France, par M. de Rodez, et en Italie, par M. Bellotti lui-même 5 mais l’expérience nouvelle de M. Bellotti paraît plus décisive que les précédentes et mérite toute l’attention des éducateurs. Un des plus grands avantages de ma méthode de confection de la graine saine est de se prêter à des grainages effectués sur la plus vaste échelle avec toute garantie de succès. Le fléau dont souffre la sériciculture depuis vingt ans a dé- veloppé outre mesure le commerce des graines, qui était à peine connu autrefois, parce que chaque éducateur pouvait faire la graine dont il avait besoin. Ce commerce n’a pas tardé à donner lieu aux fraudes les plus coupables. Aujourd’hui il est tombé dans un discrédit dont on ne saurait se faire une idée exacte quand on n’a pas habité les départements séricicoles. Pourtant il n’est pas douteux, selon moi, que le commerce des graines survivra à la crise. Aussi il importe extrêmement de bien comprendre la vraie cause de la déplorable situation ac- lucllc. Si ce commerce eût pu se faire avec des garanties suf- fisantes, avec la certitude de livrer une marchandise irrépro- chable , il me parait évident qu’il serait arrivé pour ce genre de production ce qui a Heu dans toutes les industries : des maisons honorables se seraient fondées et auraient grandi, appuyaiit leur réputation sur le succès constant de leurs graines, tandis que les établissements dont les livraisons auraient donné Heu à des échecs seraient tombés. Mais il ne servait de rien d’aborder ce commerce avec une entière loyauté. Le mal déjouait la prudence des plus sages parce qu’on était réduit, pour juger de la qualité des cham- brées sous le rapport de la reproduction, à l’examen des vers au moment de la montée, observation toujours bonne à consulter, LA PÉBRINE. J 93 mais n’oU’rant aucune garantie sérieuse; car c’est un des faits les mieux établis concernant la maladie actuelle, que les cliambrécs les plus réussiescomme produits en cocons donnent fréquemment des graines détestables. On agissait donc an hasard, livrant à la filature d’excellents cocons pour graine, au moment même où on en gardait d’autres très-défectueux. Aussi les graincurs honnêtes ne se livraient qn’en tremblant à des grainages importants, et les propriétaires plus craintifs encore opéraient bien plus à titre d’essai que dans un but industriel. Quoi de plus douloureux, en ell'et, que de livrer une graine que l’on voyait écliouer ensuite chez tous ceux qui l’élevaient! A oilà pourquoi la confection de grandes masses de graines indigènes ne pouvait guère exister qu’entre des mains conpahles. En d’autres termes, ce qui man- ([iiait à cette industrie, pour la rendre prolitahle à tous, produc- teurs honnêtes et consominateurs, c’était la connaissance d’un procédé pratique, ctlicace, jJcnnL'ttant de rechercher quels sont les eocons bons pour faire de la graine. Les choses sont bien changées aujourd’hui : la confection de la graine sur une grande échelle est possible; le grainage indus- triel peut n’ètre plus une source de mécomptes. Loin qu’il doive servir comme par le passé, rà l’entretien et <à la propagation du lléau, on peut y recourir pour vaincre le mal rapidement et sûrement; les plus honnêtes gens peuvent s’y livrer avee confiance et ajouter aux avantages pécuniaires de cette industrie la considéra- tion d’nn grand service rendu aux éducateurs. 11 ne saurait y avoir que des graincurs sans moralité qui puissent regretter le progrès dû à mes recherches. Tous les autres me doivent recon- naissance pour le service que je leur ai rendu en leur faisant connaitre un moyen de se confier avec loyauté et toute chance de succès à une industrie lucrative. Beaucoup le compremnent ainsi, car le nombre de ceux c[ui adoptent mes vues s’accroît chaque jour. La moyenne du rendement des graines japonaises, en 1869, n’a pas dépassé, dans les Cévennes et prohahleincnt aussi dans toute la France, 10 à 12 kilogrammes par 20 grammes de graine. « Ür, nn rendement de 10 à 12 Idlogrammes au prix moyen de I. 1.3 lOi MALADIE DES VERS A SOIE. 6‘‘’,5o suflil à pfinc pour payer tous les frais de l’édueatiou i . » Eu jetant les yeux sur la planelie ei-joiiite, ou peut se faire une idée de la supériorité de nos races indigènes sur celles du Ja- pon. 11 est vrai que le ver à soie indigène cpii file un des < oc-ons A, A, B exige un peu plus de nourriture que celui des cocons C et 1); mais la dillércnce dans le poids de feuilles employées ne compense pas, à bcancoup près, celle des récoltes et des prix de vente . Le kilogramme des cocons A, A, B, se paye 8''',3o, et quelquefois même lo francs. En outre, tandis qu’il faut seulement 5 à 6oo de ces cocons au kilogramme, il en faut de yoo k looo et plus en cocons japonais. Aussi i once de au grammes de graine indigène fournit de 35 à 5o kilogrammes et plus dans les bonnes réussites, tandis que les cartons japonais déj)assent rarement ao à 3o kilogrammes dans les mêmes conditions de succès. Aujoiird’bui que les procédés exposés dans cet Ouvrage reçoi- vent l’approbation des séricicnltenrs les pins éminents et le plus intéressés à connaître la vérité, ce serait folie de ne pas re- (îourir à leur application pour se débarrasser progressivement et le plus promptement possible des races japonaises. Dans la Basse-Autriebe, ces procédés ont donné lieu, en 1869, aux résultats les plus favorables chez :M. Levi de A illanova, un des plus grands propriétaires de mûriers de rillyric et du l'rioul et dont la réputation d’babileté dans la culture des vers à soie est universelle dans ces contrées. A^oici comment s’exprime M. le J)*' Oaddi dans une Note adressée à la /leewe de Sériciculture, pu- bliée à Alilan, par AI. EAancesebini (a) : « Dans ma relation snr la confection de semences de vers à soie à laquelle j’ai coopéré elicz AIAI. Levi de A'illanova et poit de la .Mission italienne reproduit t. II, p. 317. i3. MALADIE DES VERS A SOIE. I9() jj’aulcur ajouU! qiu;, dans Jcs aniircs aiitdnL-uics à 1869, le degré d’inCcelion était moindre et qn’il y a\ait un plus grand nombre de cartons exempts de eorpiiscnles. AI. Gaddi termine en invitant le directeur de la Revue à s’ef- forcer de faire aband()nner aux éducatcni's leur eonliance (.'xces- sive dans rimportation des semences étrangères qui pourionl être un jour la cause d’amères désillusions. « Combattez cette erreur, dit-il, alin que nos éducateurs, met- tant en pratique une saine théorie puissamment appuyée par les résultats obtenus eu France par AI. Pasteur et en Italie par quel- ques-uns de nos compatriotes, Jiotaminent par AI. Bellotti, arri- vent à eoiifeetioimcr eux-mèmes des semences saines au lieu de courir après les utopies de la régénération des vers à soie ou des miniers. En agissant ainsi ils assureront leurs intérêts et ne pro- voqueront pas des expéditions eu pays lointains, où tant de mil- lions sont dépensés à l’acquisition de semences qui, souvent, ne donnent pas un rendement rémunérateur. » § II. — Des moyens de mcltipueu les chambrées bonnes pour graines. Lorsqu’on se livre à des opérations de grainage, il faut trouver facilement et eu grand nombre des chambrées bonnes pour la reproduction. Sous ce rapport il existe aujourd’hui une notable dilléreuce entre les départements de grande et de petite culture. Dans ces derniers les graines saines se conservent telles pendant une ou plusieurs générations, et les chances favorables pour qu’une graine y fournisse des ehambrées bonnes pour la repro- duction s’atigmentent eu proportion de la qualité de la graine élevée. J’ai déjà fait observer que tous nos départements de petite culture, y compris la Corse, ont été depuis vingt ans, avec nn mélange très-variable de succès et de revers, des sources de graines productives, et que, ehatpie Ibis qu’un éducateur de ces dé[)artements a vu son grainage devenir mauvais, ce malheur eut pu être évité, si eet éducateur avait eu à sa disposition une mé- LA PÉBIUNE. 197 tliodc propre à lui indiquer le luomcul précis où la maladie allait euvaliir ses chambrées. Quand ou le voudra, ces départements fourniront eu aboiidaucc et d’une manière générale d’excellentes graines. Pour atteindre ce but il sullirait que toutes les éducations y fussent faites avec des graines originairement bonnes. Que dans b“s ebambrées du Lot, de la (mn’èze, de Tarn-et-riaronne, de l’Aude, des Pyrénées-Orientales, des Hautes et Basses- Alpes, on ait la prudence d’élever exclusivement des semences saines, et plus des trois quarts des éducations de ces localités seront im- médiatement en état de servir à la reproduction. On a calculé 12. 0 » 22. I » 3. 0 )» 13. 0 » 23. 100 » /!• 0 » 14. 0 n 24. 20 » 5. 5o I) 15. I 0 25. 0 n 6. 0 U 16. 0 M 26. 2 n 7. 10 n 17. 0 U 27. 0 n 8. 0 n 18. 0 U 28. 0 > 9. 0 M 19. 0 n 29. 5o H 10. 10 » 20. 5 » 30. 0 n Soit 33 pour 100 d’œufs corpuculcux. Le 3 avril 1869 on a trouvé 70 pour 100 d’œufs corpuseuleux. Voici maintenant les observations portant sur les vers à l’écIosion : LA PÉBRINE. 20o 3“ 11 y a uiic cxtrcine dillerciice entre la faeilllé d’observation des corpuscules dans les papillons et dans les œufs. Les papillons n’apparaissent qu’au bout de trois semaines en- viron après la montée à la bruyère j il y a donc au minimum trois semaines que le parasite a été introduit dans l’animal, quand on procède à rexamen des papillons : aussi, en général, le pa- pillon, dès l’instant de la sortie, olfre un grand nombre de cor- puscules par champ : pareille chose n’arrive pour les œufs, que si l’embryon est déjà très-développé. D’ailleurs il importi rait peu, à 23 examen de 20 vers. l''< pour lod de corpusculeux. 2', )> 85 » » 25 U 1) 9^ 1) )) 2 fi » » 75 )> » 27 U » 70 M » 28 » » 70 >» n 11 iniporlo de remarquer qii’après l’examen de chacune des séries de 20 vers, ou rejetait tous les autres vers éclos le jour de l’examen. Chacune des séries d’ob- servations a donc porté sur des vers de levées successives. Autre exemple. Le 12 avril iSlig on examine une graine corpuseuleuse avec un très-grand soin. 1. 0 corp. par champ. 11. 0 corp. par champ. 21. 5 corp. par champ 2. t « » 12. 20 » 22. 0 » 3. ü » 13. 0 » 23. 0 » 4. 0 » 14. ü )l 24. 3 » 5. 0 1» 15. T » 25. 0 M 6. 0 » IG. l » 2G. 0 » 7. 5o n 17. 0 » 27. 20 II 8. 0 1) 18. Ü » ►.D 00 0 » 9. 0 M 19. 1 » 29. 2 II 10. ü » 20. ] 0 » 30. 3o » Voici maintenant l’examen des vers à l’éclosion; comme pour l’exemple piécé- dent, chaque série d’observations a porté sur la levée du jour : Le 3 mai, examen de 20 vers 5o pour 100 de corpusculcux. ^ M n A .3 J G 7 8 9 10 et 12, (lin de l’éclosion) /|0 5.7 75 85 90 85 20G MALADIE DES VERS A SOIE. la l igueur, qu’on jugoAl .sains des pajiillons à un, deu\ el trois eorpuseules par eliamp, tandis que des œufs qui inoiilreraieiit ec petit noinlno de eorpuseulc's donneraient lieu à des \eis exlrèineinent mauvais et propres à rendre malades, par conta- gion, une foule de vers sains. La planche ei-jointc représente un champ de microscope dans l’ohser\ ation d’uli œuf sain : placez par la ptmsée, parmi tous h.-s globules de ce champ, un on deux corpuscules ordinaires, il faïuira assurémcmtnne ecrtaine habileté (diez l’observateur pour les apei- eevoir. ür, je le répète, l’erreur, sans conséquence cpiand il s’agit du papillon, peut devenir très-préjudiciable s’il s’agit de rcxaiiien d’un œuf. » 4° J’ai déjà fait observer que toutes les méthodes de distinction des bonnes et des mauvaises graines avaient le tort grave de pré- supposer l’existence de la graine. D’une part, la graine reconnue mauvaise doit être jetée : elle est donc perdue pour l’industrie, ainsi que les cocons qui ont servi à la repi(jduire. L’examen des papillons n’entraine à anenne perte. Si, d’autre part, cette graine mauvaise est élevée (et ou peut ajouter que c’est le cas ordinaire, pour ne pas dire que cela arrive toujours), non-seulement il en résulte des pertes individuelles, plus ou moins con.sidérables, niais le mal est entretenu et propagé, puisque ce mal est émi- nenniumt contagieux. A quoi bon d’ailleurs faire une graine pour recberebèr cmsuite sa qualité? Il est mille fois préférable de pouvoir l’étudier en quelque sorte avant qu’elle soit faite. 0° Si la faljrieation des graines ne peut être faite loyalement ([ue sous la seule garantie de l’examen mieroscopique avec leur confection et leur mise à rincubation l’année suivante, c’est un commerce frappé d’impuissance, et nécessairement soumis à la tentation continuelle de devenir illicite, parce que b; fabricant hésitera toujours à détruire une graine reconnue maux aise, après (pi’elle aura été produite. Je l’ai déjà dit, et je ne saurais trop y in- sister, l’application de ma méthode de grainage permet, au con- traire, la l'abricalioii de la graine avec toutes les garanties d’un coinmeree très-loyal . P. LacAtrbaucr ad . nul . dtl . Picart SC 3i5 GRALNE EXEMPTE DE CORPUSCULES fmp Ocnu-Ortts .Paris » f i ■*. I . I X \ LA FLACIIERIE. 207 LA FLACIIERIE. CHAPITRE PREMIER. L MALADIE DES VERS A SOIE SE COMPOSE DE DEUX MALADIES DISTINCTES. § I. — Avant l’année 18G7, on croyait a une .maladie lniüue douvant REVÊTIR DES FORMES DIVERSES. Lorsque je me rendis pour la première lois dans le midi de la France, eu i865, l’épizootie des vers à soie était uiiivi'rsellemeul rapportée à nue seule maladie, dont les symptômes et les carac- tères étaient si mal définis, qu’on discutait encore sur le nom qu’il Fallait lui attribuer. Pour le plus grand nombre, elle n’avait pas de dénomination précise. C’était /œ ma/adi’e,' c’est-à-dire nu lléau mystérieux, insaisissable dans sa nature et dans scs origines, prêt à sévir partout et sur toutes les éducations ; quoi qu’il advint, quelle que fût la cause de ruine d’une cliambrée, on accusait constamment la maladie d’avoir provoqué le désastre. .J’ai voulu rappeler ces circonstances quand j’ai donné au pré- sent Ouvrage le titre d’É1 tagion, d’autres à la feuille du nnlrier, d’autres à des parasites de la feuille ou a du ver. Que l’une de ces causes soit démontrée, je ne refuserai pas de l’admct- 0 tre : les corpuscules sont la cause prochaine de la mort. D’où viennent-ils? Sont- » ils un effet de l’altération de quelque fonction, telle que la respiration, la nu- » trition, celle de la peau ou de quelque viscère ? » Aujourd’hui encore bien des personnes prétendent que les corpuscules sont • des » effets de la maladie, des produits anormaux qu’elle laisse après elle. « Elles sup- posent gratuitement que des papillons non corpusculeux pourraient porter en eux- mêmes « une diathèse morbide qui serait, à proprement parler, la gattinc ou la » maladie régnante dont les corpuscules ne seraient que les effets, se développant » beaucoup plus tard dans la graine ou dans les vers après l’éclosion. » Toutes ces hypothèses sont contraires aux principes les mieux démontrés par l’expérience. LA FLACIIERIE. 211 La comparaison rigoureuse des éducatious de poules pro- veuaut de couples dont j’avais examiné les clirysalides et les pa- pillons, mâles et femelles, sous It; rapport de la présence ou de l’abs(mce des corpuscules, ne devait pas tarder à démontrer avec une grande évidence les funestes elfets de eet organisme micros- copifjueetlefaire considérer comme la cause immédiate et directe du fléau. En elfet, ces expériences, que j’avais déjà tentées en 1 860-1 866, mais sur une échelle restreinte et qui laissaient eueore place au doute, me conduisirent en 1866-1867, ainsi que je l’ai expliqué dans la première Partie de cet Ouvrage, et par les preuves les plus multipliées, aux propositions suivantes : 1° dans aucun cas des jjapillons pri\ és de corpuscules ne donnent un seul œuf qui en possède; 2” les pontes issues de parents corpusculeux olfreiit souvent des corpuscules dans un certain nombre de leurs œufs, et alors l’importance de la réeolte est ordinairement eu relation directe avec l’infection de la graine: nulle, quand cette infeetion est très-aceusée ; plus ou moins abondante, suivant ([u’il y a dans les pontes éle\ ées moins ou plus d’œufs individuellement cor- pusculeux. Ces expériences m’avaient permis, en outre, de eons- tater qu’à la seule condition d’opérer dans une magnanerie propre, lavée et nettoyée avec un grand soin, très-aérée et assez loin d’autres éducatious malades, les graines issues de parents non corpusculeux peuvent fournir, à leur tour, de nouveaux reproduc- teurs parfaitement sains, alors même qu’on opère dans un pays réputé très-infecté , comme le département du Gard (i\ Enlin le caractère contagieux de la maladie des corpuscules jetait sur tous ces faits une lumière inattendue. Si la présence des corpus- cules était toujours le fait de l’hérédité ou de la contagion; s’il était facile de les empêcher d’apparaître, même dans les localités (1) J’ai dit ailleurs les soins de propreté que j’apportais dans mes expériences; lavage du parquet de la magnanerie à plusieurs eaux; blanchissage des murs à la chaux; désinfection pendant vingt-quatre heures, toutes ouvertures eloscs, à l’aide de fragments de chlorure de chaux recouvrant le plancher; aération; badigeon- nage des agrès au sulfate de cuivre. Dans le cours de l’éducation, enlèvement des poussières avec éponge humide, délitage hors de la magnanerie. ±\-2 MALADIE DES VERS A SOIE. où 1(! lléaii était lopins dcslruoDîiir, (picl besoin y avait-il front pas Uo corpuscules. Vibrions constatés dans plusieurs des vers morts sans qu’on recherch&l par- ticulièrement ces orga- nismes. A celte époque de U1CS études, J'ignorais la signification qu'il fallait attribuer à leur présence. Je lierai reconnue qu’en 18G8. MALADIE DES VERS A SOIE. 21 ü Je poui ruis prcsciilcr un grand nonihrc d’éducations scinblabhîs à celles des tableaux précédents et non moins propres à démon- trer l’indépendance de la flacberie et de la pébrine. Je m’empressai de compléter ces observations par la >isiteet l’étude attentive d’une multitude d’éducations industrielles jMJur y rcclicrc.bcr la part d’inllucnce de la nouvelle maladie. Il me fut bientôt démontré cpic les résultats de mes expériences de laljo- ratoire avaient un caractère très-général, et que, contrairement à l’opinion commune, deux maladies distinctes se partageaient les causes de tous les malheurs ; que la pébrine était la plus répandue, mais que la llacberie lui était associée dans une proportion con- sidéral)le ; que, toutefois, cet état de choses était seulement propre aux départcunents de grande culture : dans les autres, le mal se boniait à peu près exclusivement aux ravages de la pébrine (i). C’est alors que j’adressai à M. Dumas, à la date du ai mai 1867, la lettre suivante, qui fut insérée dans les Comptes rendus de r Académie des Sciences du 3 juin de la même année : Alais, le 21 mai 1867. Dans ma lettre du 3o avril dernier, je vous ai fait connaître les résultats de mes essais précoces et de l’examen de tous les papillons qui les avaient fournis. Joints à ceux de mes observations antérieures, ces résultats donnent (1) Eu Autriche, comme eu lû'ance et eu Italie, tout le mal a été rapporté à la pébrine seule, jusqu’à l’époque de mes observations relatives à la maladie des morts-llats, c’est-à-dire jusqu’en 1S67 et en 1868. La preuve de ce fait se trouve dans le texte suivant, d’une proposition de prix fondé par le Gouvernement autri- chien pour récompenser l’Auteur du meilleur remède ou préseri’utif d'une appli- cation generale et capable d’empécher la PKnniXK. Le Minist'erc de V Agriculture, en Autriche : Considérant les ravages considérables causés depuis plus de dix ans dans l’Empire d' Autriche par l'épidémie qui a frappé les mers à soie; Considérant que les pertes qui en sont résultées constituent un des principaux obstacles au développement de la sériciculture, en Autriche; D’accord avec les résolutions arretées par le Congrès des sériciculteurs, réuni à Vienne en 1867, et sur la proposition de la Commission de sériciculture; A décidé de décerner un prix de ôooo florins d’Autriche à celui qui aura réussi à découvrir un remède ou préservatif efficace, d'une application générale, et ca- pable d' empêcher la PKimixe, maladie épidémique sévissant actuellement sur le mer à soir {^Hombjx lUori). ( l’iiblication du Consulat général d’Autriche, à Paris, 1868.) LA FLACHERIE. 217 la connaissance, presque aussi complète qu’il est possible de le désirer, de la maladie des corpuscules, puisqu’ils nous montrent qu’il est aussi facile de la prévenir que de la faire apparaître à volonté. J’ai ajouté, contrairement à l’opinion générale, que cette maladie des cor- puscules n’était pas tout le mal dont souffrait la sériciculture, qu’elle était associée à une autre affection confondue à tort avec elle, mais qu’il fout soi- gneusement en distinguer, ])arce que, dans un grand nombre de circonstances, ces deux maladies n’ont pas de rapport, au moins direct. Cette maladie, nouvelle quant aux idées que l’on se fait de l’état des cham- brées depuis vingt années que sévit le fléau, me ])araît être, vous allez en juger tout à l'heure, la maladie connue anciennement sous le nom de maladie des morts-blancs ou des morts-flats . J’ai peut-être tort de me servir d’une expression vulgaire dont la définition donne heu à bien des variantes, mais cela importe peu. C’est sur la réalité de l’existence d’une maladie, très-dis- tincte de celle des corpuscules, que je veux insister dans cette lettre. Je sup- poserai que nous visitions ensemble une chambrée où règne, comme on dit, la maladie, c’est-à-dire une chambrée où l’on observe une grande mortalité chez les vers, sans que d’ailleurs il y ait matière à blâmer l’éducateur dans son travail ou la disposition du local. AGn de mieux Gxer les idées, j’admettrai que les vers aient franchi leur quatrième mue, car c’est le moment vraiment critique. L’aspect de la cham- brée différera du tout au tout, suivant qu’elle sera sous l’influence de l’une ou de l’autre des deux maladies dont je parle. Si c’est l’affection corpusculense qui détruit la chambrée, les tables seront couvertes de vers ayant, pour ainsi dire, toutes les tailles, depuis celle du ver qui vient de muer ou qui va muer de la quatrième mue, jusqu’au ver prêta filer son cocon, ou qui paraît devoir le filer sans peine; en outre, bon nombre de vers (également de toutes les tailles) sont étendus morts sur la litière dans un état de putréfaction plus ou moins avancée. On peut classer ces vers dans trois catégories distinctes : i“ Au moment où les vers ont fait en grand nombre leur quatrièrne mue, beaucoup d’entre eux n’ont pu s’endormir : il est facile de les reconnaître, soit à leur teinte verdâtre, soit à leur museau, soit à cet aspect un peu luisant des vers qui vont bientôt se mettre en mue. Observés à la loupe, et môme à l’œil nu, ils sont fréquemment couverts de taches plus ou moins accusées. 2° Parmi les vers qui ont pu faire leur quatrième mue, un très-grand nombre ne mangent pas, ou à peine, et conservent jilus ou moins, pour ce motif, ta teinte rouillée que possèdent les vers bons ou mauvais, au sortir do la quatrième mue. 3" Un certain nombre de vers se nourrissent convenablement, deviennent chaque jour de plus en j)lus gros, blanchissent... Ce sont les moins mauvais parmi les vers de la chambrée, ceux qui ont au moindre degré subi l’influence du mauvais état des |)apillons producteurs de la graine, ou les moins atteints par la contagion au voisinage des vers morts ou mourants. 218 MALADIE DES VERS A SOIE. Dans ces trois catégories de vers, dans la troisième, comme dans les deux premières, mais principalement dans ces deux-ci, bon nombre périssent chaque jour. De là l’existence de vers de toutes les tailles que l’on remarque chez les vers morts. Observons maintenant au microscope les vers de ces diverses catégories. Ceux de la première qui n’ont pas mué sont chargés de corpuscules, qu’ils soient morts ou vivants. Prenez-les au hasard, broyez-les séparément avec quelques gouttes d’eau, et la plupart d’entre eux vous offriront à l’examen microscopique des centaines et des milliers de corpuscules par champ. Tous leurs tissus en sont comme imprégnés; quelquefois le sang qui sort j»ar une blessure faite à la peau est laiteux au lieu d’étre limpide, tant il est chargé de corpuscules. 'Ici le grand nombre des taches est une conséquence de l’inten- sité de la maladie des corpuscules. L’examen microscopique des vers rouillés de la seconde catégorie présente des résultats de même ordre ; beaucoup d’entre eux sont chargés de corpus- cules. Au contraire, parmi les vers de la troisième sorte qui mangent, grossissent et ont la teinte normale de leur âge, c’est tout à fait exceptionnel- lement qu’ils offrent un seul sujet corpusculeux. Mais tous sont empoisonnés, car, si vous attendez qu’ils aient fait leurs cocons et que vous les observiez à l’état de chrysalides ou de papillons, pas un seul de ceux-ci ne sera exempt de corpuscules. Bien plus, à cause de la gravité que je suppose en ce moment à la maladie, déjà les chrysalides jeunes se montreront corpusculeuses. La graine isswe des papillons d’une telle chambrée serait détestable; personne ne songerait à s’en servir, et néanmoins les principes que j’ai établis sont si rigoureux, qu’il serait facile d’utiliser cette graine, si cela était nécessaire, pour régénérer la race et la rendre aussi saine qu’au temps de la prospérité des éducations. Deux éducations successives, avec le mode de sélection des papillons que j’ai indiqué, conduiraient sûrement à ce résultat. Ce sont là les caractères de la maladie des corpuscules considérée après la ([uatrième mue, dans une chambrée où elle provoque une grande mortalité, telle, par exemple, qu’une once de graine fournisse i, 2, 3 kilogrammes de cocons.... Vous auriez les mômes symptômes, mais seulement avec une inten- .sité moindre, si la mortalité, toujours par le fait de la maladie des corpuscules, permettait d’obtenir le tiers, la moitié ou les trois quarts d’une récolte nor- male. .Te veux dire qu'on observerait toujours les mômes catégories de vers, et qu’ils seraient corpusculeux en plus ou moins grand nombre. Il y aurait également absence de corpuscules chez les vers capables de monter à la bruyère; mais les j)apillons seraient encore tous corpusculeux ou presque tous; il y aurait seulement des différences dans l’épotpie à laquelle les corpus- cules auraient apparu dans la chrysalide. .le n’aurais pas le loisir de vous parler- plus longuement de la maladie des corpuscules en l’envisageant à d’autres j)ériodcs de l’éducation, ni d’insister à nouveau sur ce cpt’il y a d’aléatoire dans l’examen microscopique des graines; LA FLACIIERIE. 219 j'ajouterai seulement, pour compléter ce qui précède, que si nous avions ob- servé notre chambrée malade depuis le moment de l’éclosion de la graine, nous aurions reconnu à toutes les époques l’existence de vers retardataires plus ou moins corpusculeux. Enfin toutes les chambrées provenant de la même graine qui a fourni notre mauvaise chambrée auraient également échoué. J'arrive maintenant aux symptômes extérieurs de la nouvelle maladie : c’est le principal objet de cette lettre. Si c’est à elle qu’il faut attribuer la destruc- tion de la chambrée, l’aspect général de celle-ci, au moment où nous y péné- trerons, sera tout autre que celui dont je viens de parler, et les différences n’auront pas été moins accusées dans les phases antérieures des deux éduca- tions ; 1° 11 arrivera le plus ordinairement que la mortalité n’aura jias été de plus de 2 à 3 pour loo dans l’ensemble des diverses mues, ce qui est insignifiant; 2° En examinant au microscope les vers petits qui ne muent pas en môme temps que les autres, les rares vers morts trouvés dans les litières, pas un seul d’entre eux n'offrira de corpuscules ; 3“ Toutes les mues, notamment la quatrième, se seront opérées avec un ensemble parfait, si peu que l’éducateur connaisse son métier ; 4° Les papillons producteurs de la graine d’où la chambrée est issue au- ront été tous, ou au moins la très-grande majorité d’entre eux, privés de corpuscules. Malgré ces circonstances et en dépit des espérances qu’elles faisaient con- cevoir à l’éducateur, la litière (la bruyère également, si l’éducation en est là) est couverte de vers ayant tous la grosseur qui convient à leur âge; mais, chose étrange! ces vers sont morts ou mourants. Ils sont si languissants, que leurs mouvements sont à peine sensibles, et pourtant leur aspect extérieur est si satisfaisant, qu’il faut toucher les morts et les manier pour s’assurer qu’ils ne sont plus vivants. Si déjà quelques-uns sont montés sur la bruyère, ils s’allongent sur les brindilles et y restent sans mouvement jusqu’à leur mort, ou bien ils tombent pendus et retenus seulement par quelques-unes de leurs fausses pattes, comme le montre la figure de la page suivante. Dans ces po- sitions, ils deviennent mous en un temps plus ou moins long, qui est quel- quefois très-court, j)uis ils pourrissent en prenant une couleur noire dans l’intervalle de vingt-quatre ou quarante-huit heures. Leur corps n’est plus alors qu’une sanie brun-noirâtre, remplie de vibrions dont les premiers ont apparu dans les matières dont le canal intestinal au moment de la mort était gonflé et comme obstrué à quelque distance de son extrémité postérieure. Que l’on observe par centaines des vers morts dans ces conditions, pas un seul ne sera corpusculeux. Il y a plus : les papillcms des cocons formés en ])lus ou moins grand nombre ne montreront pas davantage le moindre corpuscule, dernière et convaincante preuve que la mortalité de la chambrée n’a eu aucun rapport direct avec la maladie des corpuscules. Si maintenant nous consultons les nombreux auteurs qui ont écrit sur les 220 MALADIK DES VERS A SOIE. maladies du ver à soie, vous reconnaîtrez, je pense, qu’il faut apjdiquer à la maladie dont je viens de parler l’expression de maladie Ai‘îi morts-JUus . Il vou.' suffira de lire à cet égard le petit ouvrage de Nysten, et surtout une note du traducteur de l'ouvrage de Dandolo ainsi conçvie : « Dans la maladie de^; niorts- bhincs ou morls-flats, le ver conserve étant mort son air de fraîcheur et de santé. Il faut le toucher pour reconnaître qu’il est mort. » D'après ce qui précède, la maladie des morts-flnts peut exister, sans être associée è un degré quelconque dans une même chambrée, avec la maladie des corpuscules. Mais l’inverse n’a |)eul-étre jamais lieu. Toutes les fois que la maladie des corpuscules existe, elle s’accompagne chez un plus ou moins LA FLACIIERIE. ^21 iirand nombre de vers de la maladie des morts- fiais (i). Dans ce cas, celle dernière maladie paraît donc liée d’une façon plus ou moins étroite avec la maladie des corpuscules. Aussi, bien que dans nombre de circonstances la maladie des morts-flnis soit sans relation directe, absolument parlant, avec la maladie des corpuscules, il se pourrait que des observations intérieures vins- sent établir que la fréquence de la maladie des morts- flats est due à un aflai- blissement des races produit par la maladie des corpuscules, et ce qui tendrait à le faire croire, c’est que les races indigènes m’ont présenté bien plus fré- quemment que les races japonaises des exemples de la maladie dont je parle. Quant aux causes plus prochaines de cette maladie et aux moyens de la pré- venir, comme son existence indépendante de la maladie des corpuscules ne s’est manifestée à moi que dans mes études récentes, et alors que j’étais tout occupé de mes expériences sur la maladie corpusculeuse, vous comprendrez facilement que leur connaissance approfondie m’échappe encore. Pourtant, je crois que la maladie des moris-flats peut être soit héréditaire, soit produite par des circonstances survenues accidentellement dans l’éducation. Elleserail héréditaire lorsqu’on aurait le tort de faire de la graine avec des chambrées dont les vers otfrent, après la quatrième mue, une mortalité plus ou moins grande de morts-flais, et en général toutes les fois (pie les vers sont mous au toucher, languissants dans leurs mouvements et sans agilité sur la bruyère. Les éducations d’une telle graine peuvent [irésenter à peu près généralement la maladie des parents, si les vers ne se sont pas guéris d’eux-mémes en quelque façon par les bons soins et les bonnes conditions des éducations, .le suis porté à croire également qu’il existe des circonstances à l’époque de l’incubation et de l’éclosion, mais dont je ne me rends pas encore bien compte, pouvant con- tribuer à l’apparition subséquente de la maladie des moris-flats. Cette maladie serait accidentelle, principalement dans le cas où, soit par suite de la disposition des locaux, soit par l’effet des conditions atmosphéri- ques, telles que l’abaissement de pression et l’état hygrométrique au moment d’un orage, la transpiration si nécessaire au ver à soie se trouve arrêtée pen- dant un temps plus ou moins long, surtout au moment où son appétit aug- mente considérablement, entre la quatrième mue et la montée à la bruyère. (i) Cotte observation est exacte mais mal interprétée. Dans une graine indus- trielle, c’est-à-dire faite en assez grande quantité et corpusculeuse, il se trouve i;énéralement beaucoup d’œufs affaiblis par l’état maladif des papillons produc- teurs, au point de donner des vers très-prédisposés à la flacberio. Voilà pourquoi il est très-rare de rencontrer une chambrée décimée par la pébrine, et ii’olfrant pas simultanément des vers llats. Mais l’indépendance des deux maladies n’en est |)as moins absolue. On peut avoir des éducations exclusivement atteintes de pébrine ou exclusivement atteintes de llacheric. (Entre autres preuves, otoir par exemple ma lettre du aS mars 1869 à la Commission des soies de l.yon et le Itajiport de celle Commission sur ses éducations de iSfig, t. 11, p. 388.) 222 MALADIE DES VERS A SOIE. Alors le ver à soie doit assimiler une quantité énorme de nourriture très- aqueuse, et, comme il n’urine pas, il faut de toute nécessité que le grand excès d’eau de scs aliments s’évapore par transpiration cutanée. Cela exige un renouvellement continuel de l’air dans lequel il se trouve. Je viens de visiter un grand nombre de magnaneries de Perpignan et de ses environs : beaucoup d’eatre elles sont des chambres ordinaires, n’ayant qu’une seule croLsée, et sans cheminée; si elles sont placées sous les toits, le toit est maçonné. Il y a donc impossibilité à un mouvement de l’air. Heureusement on n’y fait jamais de feu, et l’on ouvre assez souvent la fenêtre; mais que le vent humide et chaud, dit marin, vienne à souiller au moment de la montée, rien ne peut plus obvier à l’inconvénient si grave, que je viens de signaler, de l’absence de transpiration des vers. Les conditions atmosphériques dont je parle ont existé précisément pendant quelques jours après la quatrième mue dans le dé[>ar- tement des Pyrénées-Orientales. Aussi ai-je vu de graves insuccès dus à cette cause, portant sur des graines d’excellente qualité, et certainement pri- vées d’une façon à peu près complète de la maladie des corpuscules. C'est alors que l’on remarque ces faits, si étranges au premier abord, de chambrées admirables plus ou moins voisines ou plus ou moins éloignées de chambrées dont l’échec est absolu, alors môme que ces deux espèces de chambrées pro- viennent d’une môme graine, sortie du môme sac. Vous trouverez une expérience très-instructive à ce sujet dans l'Ouvrage de Nysten, qui fut chargé, comme vous le savez, en 1807, par le Gouverne- ment, d’aller étudier dans le département de la Drôme une épidémie locale de morts-Jlats. Il rapporte qu’ayant placé i5ooo vers dans un cabinet sans autre ouverture que celle de la porte, laquelle n’était ouverte que lorsqu’on entrait pour donner à manger aux vers et pour les déliter, il a obtenu environ 3Goo morts-dats, tandis que 10000 des mômes vers, dans des conditions à peu près normales, n’ont fourni que 200 ou 3oo vers morts de cette maladie. J’espère pouvoir éclaircir tous ces faits par de nouvelles expériences que je vous ferai connaître ultérieurement. En résumé, et au point où je me trouve dans l’étude de la nouvelle ma- ladie, je ne vois présentement d’autres moyens de faire de la bonne graine, et d’une bonté durable, qu’en s’adressant à des chambrées très-bien réussies (c’est d’ailleurs la prescription de tous les temps et de tous les pays, mais pou observée souvent par les marchands de graines), dont les vers ont été agiles à la montée et dont la grande majorité des papillons est exempte, de corpus- cules. La maladie des corpuscules, maladie terrible, excessivement répandue, disparaîtra sûrement, et celle des morts-Jlnts ne pourra se déclarer qu’acci- dentellement, point du tout d’une manière nécessaire, je l'espère du moins, parce que la maladie n’aura pas été communiquée par hérédité congénialc. Pour éviter môme ces cas accidentels do maladie des morts-Jlots, le remède préventif le meilleur consistera dans l’emploi do magnaneries où le mouve- ment de l’air est facile et naturel. Si les conditions atmosphériques font néan- LA FLÂCHERIE. 223 moins craindre l’approche du mal, il faudra s’empresser de provoquer le mou- vement de l’air, en d’autres termes, la transpiration des vers par des moyens artificiels, tels ([ue des feux clairs souvent renouvelés, une chaleur convenable et l’ouverture des trappes, s’il en existe dans le plancher de la magnanerie. Ces dernières prescriptions peuvent se résumer par cette phrase dont j’em- prunte l’expression pittoresque à votre Rapport sur le procédé André Jean ; « Un air constamment renouvelé, comme si les vers étaient placés dans une gaine de cheminée. » Beaucoup de personnes, qui se rendent un compte inexact des principes physiques dont l’application est le plus profitable aux chambrées, blfiment la disposition des magnaneries dans le département du Gard. Je ne vois rien de mieux entendu au contraire que ces éducations sous un toit dont les tuiles ne sont pas réunies par du mortier et simplement imbriquées les unes sur les autres, surtout lorsqu’il existe des trappes au plancher, ou des ouvertures latérales grillagées situées très-bas, si la magnanerie est au rez-de-chaussée, et si enfin la magnanerie est très-élevée comparativement à sa largeur. Ces magnaneries sont, au point de vue physique, de véritables cheminées : le soleil ne peut pas frapper les tuiles sans qu’un mouvement de l’air de bas en haut ne s’établisse aussitôt, surtout si l’on a le soin de garnir le joint des fenêtres de bandes de papier; c’est encore là une de ces pratiques de métier que bien des personnes ont le tort de blâmer, à mon sens. Do môme qu’une cheminée tire moins bien quand on fait un trou dans sa hauteur, de môme les ouver- tures aux fenêtres peuvent ralentir le tirage d’une magnanerie. Mais il y a des circonstances atmosphériques où tout à coup, par un abaissement consi- dérable de la pression de l’air, la magnanerie-cheminée dont je parle ne tire plus, et où le mouvement de l’air tend à se faire en sens inverse du mouve- ment naturel qui lui est ordinaire, tout comme on voit la flamme d’un poêle sortir en langue de feu par l’ouverture de la porte du foyer, au moment d'un brusque changement dans la pression atmosphérique. Alors se trouve arrêté subitement tout mouvement d’air dans la magnanerie, c’est-à-dire toute transpiration chez le ver, et en quelques heures apparaît la maladie caracté- risée des morts-flnls . Ce sont des effets de ce genre qu’il faut éviter autant que possible, princi- palement dans les cas où les vers ont, par hérédité ou par affaiblisement pro- gressif, certaine prédisposition à cotte maladie des morts-flats, sur laquelle j’appelle toute l’attention des éducateurs. L’immense désastre de la sériciculture depuis vingt années est tout entier dans cette maladie et dans celle des corpuscules, bien plus répandue que celle des moris-Jlats et plus irrémédiable une fois qu’elle est déclarée, mais très- facile à prévenir en suivant les indications que j’ai données. La publication do cette lettre produisit une vive émotion dans nos départements séricicolcs. Les résultats (ju’clle signalait à 524 MALADIE DES VERS A SOIE. l’allcnUoii des éducateurs au sujet de la flaeliei-ic et de sa mal- heureuse iullueuce étaient si vrais, que Ijeaucoup de personnes en exagérèrent les conséquences à tel point, qu’elles lurent |xjr- tées à attribuer tout le mal à la présence des morts-llats. A les entendre, la llaclierie était seule redoutabh;, et, jusque dans ces derniers temps, sous l’empire de ces opinions erronées, on a vu soutenir les propositions les plus étranges touchant la nialadie des corpuscules ou pébrine. Un médecin de Lyon alla jusqu’à pré- tendre qu’une graine renfermant quatre-v ingts œufs corpusculeux sur cent avait donné une récolte splendide (i). § III. — L.V PÉBRINE ET LA FLACHERIE CO.MPOSENT TOIT LE MAL. Les auteurs bacologucs, depuis Olivier de Serres jusqu’à M. Coriialia, ont tlécrit un grand nombre d’allections dont ou trouve la nomcuclature complète dans divers Ouvrages, notam- ment dans les Études de M. de Quatrefages, qui a reproduit la liste donnée par M. Cornalia dans sa Monographie du ver à soie, publiée à Milan en i856. Je crois qu’on exagère beaucoup et qu’on a exagéré de tout temps le nombre des maladies auxquelles sont sujets les vers à soie, du moins celles qui peuvent prendre un assez grand déve- loppi'incnt pour causer la ruine totale d’une éducation. Aux di- vers âges de l’insecte, une même maladie revêt des formes qui n’ont entre elles aucune analogie apparente. Il en est résulté na- turellement, dans le langage usuel des magnaneries, une foule (i) « Un sériciculteur diijne de la confiance la plus illimitée, M. Buisson, m’af- n lirniait, il y a deu\ jours, qu’une graine corpusculeuse à 8o pour loo examinée Il par M. Pasteur lui-niémc avait donné une récolte splendide. » {^Moniteur des soies, numéro du ii juillet 1869, p. 8.) Après des explications catégoriques, mais péniblement obtenues, il fut reconnu que, dans aucune circonstance, je n’avais étudié une telle graine pour M. Buisson, et que la semence qui, d’après cet éducateur, avait donné exceptionnellement une belle récolte n’avait été soumise qu’à un examen microseopique dérisoire. (On peut voir, à ce sujet, la polémique que j’ai soutenue dans le Moniteur des soies de juillet à septembre 1869.) LA FLACHERIE. 2'2S do dénominations qni ont fait admettre rcxistcncc de maladies imaginaires. J’ai donné beancoup d’attention à cet objet, et je dois dire que je ne connais guère que quatre maladies bien caractérisées citez les vers à soie. Ce sont la grasserie, la muscardine, la flacherie et \a pébrine. Toutes les autres me paraissent rentrer dans celles-ci. h’apoplexie, Vhydropme, Vatrophie^Vélisie, lanégr'one, Icspa.ssts, les arpians, peut-être même les lucettes^ ne sont que des formes de la ilaclierie ou de la pébrine (i). J’ai déjà fait observer que la nius- cardine n’intervient pas du tout dans le lléau ; la grasserie est ce qu’elle a toujours été, plutôt diminuée qu’accrue. Je regarde donc comme certain que les désastres de la sériciculture doivent être attribués uniquement à deux maladies, la pébrine et la Ilaclierie. Elles composent tout le mal, et il m’est arrivé très-rarement, soit dans ma magnanerie expérimentale, soit dans les magnaneries industrielles, de rencontrer une grande mortalité qui ne fût pas la conséquence de la maladie des corpuscules ou de celle des morts- llats. Cinq ou six fols j’ai eu occasion de voir des chambrées atteintes de muscardine, et une fois seulement j’ai vu la grasserie détruire une éducation. Aujourd’hui, comme autrefois, on rencontre assez souvent des vers gras au moment de la montée à la bruyère, mais la perte qui en résulte est, en général, de peu d’importance. Il est même des éducateurs qui ne volent pas, sans quelque satisfaction, la grasserie sévir à un faible degré dans leurs chambrées, préten- dant que cette circonstance est une garantie de bonne récolte. (i) Je connais peu la maladie des courts. J’en ai rencontré des exemples isolés: jamais je n’ai eu l’occasion de voir périr une chambrée entière sous cette forme. 226 MALADIE DES VERS A SOIE. CHAPITUE II. NATURE DE LA MALADIE DITE DES MORTS-FLATS OU FLACHERIE. Lorsque les vers sont atteints de cette maladie d’une manière apparente, qu’ils ne mangent plus, ou très-jïeu, qu’ils se nion- tnmt étendus sur les bords des claies, ou lorsqu’ils viennent de succomber, les matières qui remplissent leur canal intestinal renferment des productions organisées diverses. Ces organismes sont : 1° des vibrions, souvent très-agiles, avec ou sans noyaux brillants dans leur intérieur 5 2'’ une monade à mouvements ra- pides; 3 ’ le bacteriuin-tcrino, ou un vibrion très-ténu cjui lui rcs- sendjle; 4” ferment en chapelets de petits grains, pareil d’as- pect à certains ferments organisés, que j’ai rencontrés maintes fois dans mes recliercbes sur les fermentations. Ces productions sont réunies, dans le même ver, d’autres fois plus ou moins sépa- rées. Celle qui offre le plus d’intérêt, est ce ferment en cbapelets llexibles, de deux, trois, quatre, cinq, — grains, sphériques ou un tant soit peu plus longs que larges, et quelquefois légèrement étranglés, à la manière du mycodenna aceti naissaiit. Ce ferment, on une production toute seinblable, est décrit et dessiné dans plusieurs de mes Mémoires relatifs aux fermentations. Le dia- mètre des grains est à peu près d’un millième de millimètre. On peut le déduire de la longueur d’un chapelet formé de plusieurs grains, divisée par le nombredeces grains. La mesure ainsi faite, et tpii comprend l’intervalle de deux graius, outre le diamètre de ces grains, est égale le plus souvent à 0,00 15 en\ iron. Les \ ers sains ne m’ont jamais montré d’organismes soit pareils au précédent, soit d’une autre nature. On ne pimt douter (jue la présence de ces fere.ients animaux et végétaux n'altère profondément les fonctions cotfue après i.'ècèosion pross ^ JL ver corpusculeu^c â l'éciosion 8 1 èrt mue avant après ver à l'éclosion et sa coque 00gf0^ ver sain à V èclosioji mumt ' 2? mue après avant 4^ mue après P- /.iickerbaucr ml . nat . pin.rl Picart SC . LES DIVERS ÂGES DE LA LARVE _ RACES DU PAYS , lmp. (icnp Or'os . Paris ’C'- i'*'iV ' ^ ■ * %■ ■ , .f -V .. -. ■'■ • ■îfi'-- ■- s . 'V H i/v:J -V\'v-'^'^Vi;^. •*, - - '" ; ■" ■ ■■ \ - - • ./; /? A, ■• LA FLACllERIE. 2i27 digestives, et que la mort ne soit habituellement la conséquence du développement de ces êtres microscopiques. Si les fonctions de nu- Irilion ont une importance de premier ordre chez tous les ani- maux, leur parfaite régidarité doit être surtout nécessaire dans nn animal dont le poids, dans rintervalle de trente à Ircnle- cinq jours d’existence, devient huit à dix mille lois plus grand qu’il n’était à sa naissance. En jetant les sur la planche ci-contre, on sera frappé de la rapidité d’accroissement de volume et de p(uds du ver à soie dans un temps très-court. Cette planche représente, dans sa gran- deur naturelle, un ver de race indigène à l’éclosion et aux époques de ses quatre premières mues ( i ) . Tandis que le poids du ver <à l’é- closion est compris entre L et i milligramme, il est des vers qui pèsent, à la lin de leur vie, à l’état de larve, 6, 'j et 8 grammes et plus. Lorsqu’on pénètre dans une magnanerie dont les vei s périssent de la llacherie, on perçoit une odeur aigre, désagréable, due aux acides gras volatils qui se dégagent des vers malades, acides for- niés précisément par la fermentation des matières contenues dans le canal intestinal (2). Une éducation d’une centaine de vers seu- lement, atteints de llacherie, sullit ])our répandre autour du pa- nier qui la contient une odeur très-prononcée, surtout si l’onllaire d(! près la litière, et alors même qu’on éloigne sans cesse tons les vers an moment de leur mort, circonstance qui démontre que l’odeur d(jnt je parle est projîre aux vers encore bien vivants. Pour se convaincre que, dans les cas de llacherie, la mort (;st due essentiellement à une altération des fonctions digestives (1) J’ai signalé ailleurs ( i>o/r p. g de Xlnlroduction') la teinte noirâtre des vers corpusculeux. On voit dans la planche à quoi elle est due. Elle ne résulte pas d’une plus grande abondance des poils, mais de la teinte de la peau des anneaux et des tissus sous-jacents. La planche représente par opposition deux vers sortant de leurs coques, l’un corpusculeux, l’autre sain, au grossissement de Outre la teinte noi- râtre de la partie antérieure du corps dans le ver corpusculeux, la figure fait voir que ce ver est ]>lus grêle que le ver sain. (2) Les acides dont il s’agit sont saturés en partie par les matières alcalines qui accompagnent toujours la digestion normale chez les vers sains, ou j>ar les ammo- niaques composées que dégage la putréfaction des vers morts ou mourants. i5. -m MALADIE DES VERS A SOIE. survenanl à la suiU; d’une fermentai ion, il est utile de com[jar('r l’état des matières eonlenues dans le canal intestinal des vei's malades, avec celui que présente la feuille de mûrier triturée et abandoniiéc à elle-même, dans un vase plus ou moins bien clos, à la température des mois de mai et de juin. On reconnaît alors, l’acilemeiit, que dans les vers fiais, le canal intestinal se comporte à la manière d’un tube fait de matière minérale, de verre, par exemple, où on aurait introduit de la feuille de mùi ier broyée. Départ et d’autre, ce sont les mêmes organismes-, de part et d’autre, également, on trouve, tantôt une seule des productions dont nous avons parlé, tantôt plusieurs associées, avec dégage- ment de gaz, en plus ou moins grande abondance. Parfois, lors- qu’on ouvre un ver atteint de llacberie, sans endommager les tu- niques du tube digestif, on voit sous l’enveloppe distendue et translucide de ce tube, se rassembler continûment de petites bulles de gaz, qui s’élèvent, comme elles feraient du fond d’un vase où fermenterait de la feuille de mûrier. La planche ci-jointe représente quelques-unes des diverses va- riétés de vibrions que l’on rencontre dans le canal intestinal des vers malades de la llacberie : a, débris de feuille, trachées, etc.; b, c, d, e, f, chaîne de vibrions : les lignes ponctuées simu- lent la marche ondulée de ces chaînes; g, h, vibrions avec corpuscules brillants : dans quelques- uns, on a figuré la résolution de la matière environnant ces points brillants, lesquels sont libres en m, dans ce cas, ils res- semblent assez à des corpuscules de pébriiic. Les chrysalides mortes dans leurs cocons, noires, pourries, donnant lieu à ce qu’on appelle des cocons fondus, sont ordinai- rement remplies de vibrions immobiles , ou réduits à ces espèces de kystes, g, h, k,... semblables aux corpuscules de pébrine. Les vibrions sont rares dans les chrysalides et les papillons vivants. Leur pi-éscnce est au contraire extrêmement fréquente dans les vers atteints de llacheric. On peut même dire qu’elle n’y fait pour ainsi dire jamais défaut, quand c’est sous la forme de chenille qu’ils meurent de cette maladie. Lorsque les vibrions !* Lut'koj'iituit'j' a*i nat MU ■ Inifj. £t'4 y U e.i VIBRIONS DE LA FLACHERIE. i i LA FLACHERIE. 229 abondent dans les matières du canal intestinal, les l’onctions di- gestives se trouvent suspendues, et les parois du canal ne tardent pas à s’altérer. Perdant promptement leur élasticité et leur résistance, ces parois se comportent bientôt comme de la ma- tière organique morte : elles pourrissent et se perforent sous l’action des vibrions qui se répandent alors dans tout le corps de l’insecte, lequel noircit progressivement. La planche ci-après représente en G un ver mort de flaehcrie , dont la mort était toute récente j on dirait un ver vivant : son canal intestinal est rempli de nourriture non digérée, où pvillulent des vibrions. Sous leur influence, cette matière se liquéfie et le ver s’affaisse sur lui-même, sa peau se plisse ; c’est ce que représente la figure F. Bientôt les tuniques de l’intestin se p(;rf'orent, et les vibrions se répandent dans tout le corps. C’est alors que le ver devient noir, que tous scs tissus pourrissent et qu’il est impossible de le tou- cher sans qu’il se résolve en une sanie infecte où les vibrions fourmillent en nombre extraordinaire. La figure E montre ce; progrès de la putréfaction. C’est quand des effets de cette nature SC produisent dans les chrysalides, qu’on trouve des cocons fon- dus-, aussi l’abondance pins ou moins grande de pareils cocons est-elle l’indice d’une éducation qui a été atteinte de la maladie des morts-flats, à moins que la grasserie, ce qui arrive quelque- fois, n’ait été cause de la présence des fondus. .T’ai dit que les vibrions pouvaient exister dans les chrysalides, et même dans les papillons. Cette circonstance s’explique aisé- ment : que les vibrions coinineneent à se montrer dans le canal intestinal des vers seulement au moment où ceux-ci sont prêts à filer leur soie, la transformation eu chrysalide pourra avoir lieu, c’est-à-dire que la multiplication et les ravages des vibrions n’au- ront pas le temps de se produire au degré nécessaire, pour faire périr le ver avant qu’il devienne chrysalide. Par la même rai- son on conçoit que dans ces conditions, la mort de la chrysa- lide puisse être retardée plus ou moins, et que le papillon lui- même puisse se former : ce cas se présentera lorsque la multipli- cation des vibrions aura été sullisamincut lente, et telle est l’explication de la présence possible des vibrions jusque dans le 230 MALADIE DES VERS A SOIE, papillon (i). Mais, je; le répète, daeis les cas de llaclierie, surtout quand le mal esttrès-aeeusé, c’est dans le ver encore sur la litière, ou sur la bruyère que les vibrions pnllulent et de façon à amener la ïuort avant qu’il s’enferme dans sou cocon. Les choses se passent tout autrement et comme à l’inverse de ce qui précède lorsqu’on a affaire au ferment en chapelet de grains liguré dans les planches des pages 234-235. /Mors il e.st rare que la fermentation des matières contenues dans le canal intes- tinal entraine la mort du ver, surtout si le petit ferment dont il s’agit ne s’est développé cpie dans les derni(;rs jours de la vie de la larve avant la montée à la bruyère (2). La maladie des vers SC traduit dans ce cas par un état languissant, par une grande lenteur de mouvements lorsqu’ils montent sur la bruyère, ou c|u’ils commencent à filer leur soie. Néanmoins ils peuvent faire leurs cocons , se transformer en chrysalides , celles-ci en pa- pillons et ces papillons avoir même le plus bel aspect. Dans ces conditions, la récolte en soie peut s’élever à 5o et 55 kilogrammes par onc6 de 25 grammes, puisqu’il n’v a pas de mortalité sensible chez les vers: inais l’état des cbrvsalides et ' *1 (1) Je parle ici, bien entendu, de papillons qui montrent des vibrions étant en- core pleins de vie; je laisse de côté le cas de papillons conservés morts dans un lieu bumide, ou, ce qui revient au même, réunis en masse épaisse dans un lieu quel- conque. Les papillons |)euvent alors pourrir à la manière de toutes les substances organiques mortes, et se trouver remplis de vibrions. (Vest là une putréfaction or- dinaire, et ces vibrions ne peuvent être comparés aux vibrions de la flacherie, ni avoir la signification que nous venons d’attribuer à ces organismes dans les con- ditions précitées. (2) Cependant j'ai vu des exemples de cette mortalité sur la plus grande échelle. Dans une magnanerie située sur la montagne, placée au nord-est de notre habita- tion de Pont-Gisquet, près d’Alais, au quatorzième repas après la quatrième mue, on donna, aux vers d’une éducation de neuf onces, de la feuille mouillée par un brouillard intense du matin. En moins de vingt-quatre heures, les vers, jusque-là ad- mirables, cessèrent de ])rcndre de la nourriture, et la mortalité commença. Le canal intestinal de ces vers était rempli de feuille et distendu par une matière spumeuse. L’examen microscopique ne décélait pas trace de vibrions, mais une grande abon- dance du ferment en chapelets de grains. Eu incisant la peau des vers, le canal intestinal sortait en bourrelets, et l’on voyait se rassembler sous la tunique trans- parente de petites bullas de gaz produites par la fermentation de la feuille ren- fermée dans le tube dig«rstif. P Lai'Aerhiiitff tui nat ptn.rf PivarL sc VERS PÉBRINÉS OU COHPUSCULEUX ET VERS FLATS . împ. Orof. l'itrijt LA FLACHERIE. 231 (les papillons laisse beaucoup à désirer sous le rapport d’une bonne reproduction. Bien c|uc les vers s(\ient atteints de llaelieric à un degré assez faible pour qu’ils ne périssent, ni à l’état de vers, ni à l’état de chrysalides, ils sont alfaiblis. Or il arrive frécjucni- inent tpic cet alfaiJilisseincnt se traduit dans leur génération pro- eliaiue, par iiue prédisposition plus ou moins prononcée à la llaclierie, et plus ou moins difficile à guérir par des soins liygié- nkjues. Plusieurs eirconstances peuvent servir à reconnaître l’all’aiblis- sement dont nous parlons, et par suite le daiig(!r (pie l’on court eu livrant au grainage une chambrée placée dans les conditions précé- dentes. Un des meilleurs critériums consiste dans une observation attentive des vers lorsqu’ils montent à la bruyère. Tout édu- cateur un peu exercé tjui a le sentiment de la vigueur propriï aux bons vers à l’épotjue de la montée n’aura pas besoin de recou- rir au microscope, pour s’assurer de l’état maladif de sa chambrée. La montée est lente, elle dure plusieurs jours, les vers restent des heures entières immobiles sur les brindilles, dont ils garnissent (juekpiefois le pied comme s’ils hésitaient à aller plus avant. C’est alors (jue nos vieux magnaniers brûlaient de l’encens, du thym, des parfums, faisaient des feux de flamme ou élevaient de plusieurs degrés la température de la magnanerie, afin de ra- nimer les vei’s, car alors le moindre accident, la moindre circons- tance nuisible peut entraîner la perte de la chambrée Ce serait une grande imprudence ([ue de faire de la graine avec les papil- lons d’une éducation (pii a présenté ces symptijmes à un degré plus ou moins mar(pié, (|uelle que fût d’ailleurs sa réussite, comme produit en cocons. Combien de fois n’arrive-t-il pas (juc cette observation des vers au moment de la montée à la liruyère est complètement laissée de coté par l’éducateur (pii ne prend conseil, à l’ordinaire, (jue de l’abondance de la récolte ou de la beauté des cocons, pour savoir s’il doit ou non livrer ecux-ci au grai- nage ! Bien plus il fait graincr le plus souvent des cocons (pi’il n’a point obtenus lui-nième, et l’anuéc suivante il s’étonne (h; voir la flaelicric décimer ses éducations 5 ahn-s il accuse la mala- die, sa mystérieuse influence, et demande des remèdes à des 232 MALADIE DES VERS A SOIE. maladies que par négligence il a fait naître, en prenant pour reproducteur des papillons a/I'aildis. Si j’étais édvcatelr de VERS A SOIE, JE KE VOEDRAIS JAAIAIS ÉLEVER USE ORAISE >'ÉE DE VERS QUE JE n’aurais PAS OBSERVÉS A AIAINTES REPRISES, DANS LES DERNIERS JOURS DE LEUR VIE, afin de constatcp leur vigueur, c’est- à-dire leur agilité au moment de filer leur soie. Servez-vous de graines provenant de papillons dont les vers sont montés avec prestesse à la bruyère, sans offrir de mortalité par la flacherie de la quatrième mue à la montée, et dont le microscope aura démontré la sanité au point de vue des corpuscules et vous réussirez dans toutes vos éducations, si peu que vous connaissiez l’art d’élever les vers à soie. Quand ces observations pratiques sur l’état des vers destinés à la reproduction n’ont pu avoir lieu, comment se renseigner sur la qualité des cocons pour graine, sous le rapport de la prédis- position possible à la flacherie par hérédité? Dans ce cas, il im- porte de ne livrer au grainage que des cocons dont les chrysalides auront été étudiées au microscope, et qui ne présenteront pas le ferment en chapelets de grains dont j’ai parlé précédemment (ou des vibrions), car il est facile de reconnaître que l’état languissant des vers au moment de la montée est précisément dù à ce que les dernières portions de feuille ingérée fermentent dans le canal intestinal sous l’influence de ce ferment (i). Cet examen microscopique n’offre pas de difficulté sérieuse ; il ne demande qu’un peu d’exercice. La planche représente ; A une chrysalide vue de dos, C une chrysalide vue du coté de l’abdomen, D et E des chrysalides ouvertes de manière à mettre à nu les organes internes. Dans la chrysalide, l’intestin, considérablement réduit par (i) Toutefois il me paraîtrait téméraire d’anirmer ■ic la flacherie par hérédité ait d’autres causes que celles que j’indique. R Ver près de se chiysallder— Chrysalides Chrysalides p. S. poche stomacale ; p.c poche cœcale . C ‘i Picnrt .se ouve^rlcs. lmp. Geny ■ Gros . hirx.t >• c. V .h f LA FLACHERIE. 233 rapport à ce qu’il était clans la larve, offre esseutiellenicnt sur son parcours deux renflements ou poches, que l’on peut désigner sous les noms de poche stomacale(p. s.) et de poche cœcale(p. c.). Cellc-ci est destinée à recueillir le liejuide que les papillons re- jettent avant ou après l’accouplcmcut , liejuide ordinairement troublé par une poussière de sels uricjues , peu solubles dans l’eau, mais solubles dans les acides et les alcalis. A oici la marche à suivre pour s’assurer de la présence ou de l’absence du jietit ferment eu chajjelets de grains dans le canal digestif de la chrysalide, et pour conclure jiar suite, rétrospec- tivement, à la présence ou à l’absence d’un état de l'crmeutatiou de la feuille dans le ver au moment de la montée à la bruyère : coupez en deux la chrysalide avec des ciseaux fins à la hauteur de la ligne »m, un peu au-dessous des extrémités des ailes, puis découpez la jjaroi du thorax, de façon à mettre à nu la houle p.s. comme dans les figures 1) et E, retirez ensuite cette houle avec de jjctites jiiuccs. La portion fortcmcirt atrojihiée du tube digestif, ejui réunissait les deux poches p. s. etp. c., a été coujjée jiar les ci- seaux. La jîoche stomacale ne tient doue jdus au corjis de la chrysalide que par l’extrémité antérieure du tube digestif, mais celle-ci cède au moindre ellort. Déjioscz alors la petite boide sur une lame de verre, grattez-cu l’cnvelojipe graisseuse, très-molle, qui enferme sou contenu dont vous prendrez uii très-petit frag- ment, de la grosseur, jiar exemjile, d’une tète d’éjiinglc, que vous délayerez dans une goutte d’eau en un endroit projire de la lame de verre, puis recouvrant d’une lamelle, observez au microscope avec uu grossissement de 4°o diamètres eiivirou. La moindre habitude donne îi ce travail une grande célérité. Il est hou d’ex- traire de suite une vingtaine de ces poclies, prises dans un jiareil nombre de chrysalides, et que l’on déjiose sur autant de lames de verre. On jveut môme laisser sécher le contenu de ces poches jiour en détacher jvlus tard de petits fragments qui sont examinés à loisir. La dessiccation ne nuit jvas à une étude microscojvique ultérieure. D’ailleurs ce contenu des j)ochcs stomacales, de nature j)lus ou moins résineuse, est imputrescible, de telle sorte que les constructeurs de microscopes jvourrout facilement, s’ils le veulent. MALADIE DES VERS A SOIE. 231 fournir de cette matière avec ou sans ferment pour servir de spécimen <à des oljservations d’études. Dans les premiers jours delà formation de la chrysalide, le contenu de la poche stomacale est en général très-liquide, ce qui est gênant pour l’extraction et la séparation des matières. Il est donc convenable de faire les observations sept ou huit jours après la montée, époque à laquelle le contenu de la poche a pris une consistance plus ferme. Celle-ci est résinoïde, particulièrement dans les cas de bonne santé des chrysalides et d’absence du petit ferment. Les planches ci-après représentent ce ferment, ses di- mensions et son aspect au grossissement de 4^0 diamètres. 11 est associé à divers débris de feuille, de trachées, de cellules de chlorophylle. Ces inatières accompagnent ordinairement le petit ferment dans la poche stomacale des chrysalides, parce que la digestion de la feuille est incomplète, toutes les fois qu’elle est soumise à la fermentation. Dans ces conditions, d’autre part, les vers accomplissent mal l’évacuation des substances dont ils doivent se débarrasser natu- rellement avant de hier leur soie. Aussi trouve-t-on un troisième caractère propre à déceler les dispositions maladives des chrysa- lides dans l’aspect de la poche stomacale. Les matières y sont plus abondantes^ elles ont une teinte verdâtre foncée, et ultérieure- ment les déjections des pajiillons, au lieu d’ètre incolores ou d’une couleur jaune paille, ou légèrement orangée, sont d’un gris ou d’un brun noirâtre, et très-tachantes pour les linges qui ser- vent au grainage. Aussi, quand on a pris l’hahitiide des observa- tions dont nous venons de parler, il arrive souvent que l’aspect, la couleur, la consistance de la poche stomacale et de son contenu suffisent pour décider de l’état de sauté des chrysalides et des vers, sous le rapport de la llacherle, et du danger qu’il petit y avoir â laisser éclore les cocons et à livrer les papillons au grai- nage. Les malaflies humaines ollrent maints exemples d’affections cutanées (pii sont en correspondance directe avec des altérations de la muqueuse intestinale. En ce ipii concerne les vers â soie, j’ai déjà prouvé que les taehes ou pétéchies de la péhrine étaient P titf naf Inip 4 tJtt FERMENT "EN CHAPELETS DE GRAINS TÉMOIN DE LA MALADIE DES MORTS-FLATS pria âcuia la poclie arom-ioale d“", ' yii y.-iali K r fn\p. ^u<> FERMENT EN CHAPELETS DE GRAINS TÉMOIN DE LA MALADIE DES MORTS-FLATS. rru dans u feuille de Mûrier lirqyée avec de l'eau, après sa fenncntauon.. LA FLACHERIE. 235 inanifostemcnt consécutives du dcveloppcmeut des corpuscules, à la surface et dans l’épaisseur des tuniques du canal digestif de l’insecte. Il est remarquable que, dans la llachcric, une circon- stance analogue se présente, malgré la grande différence de nature des deux maladies. Sous rinlluence de la fermentation de la feuille dans le tube digestif des vers, les muqueuses de l’intestin s’altè- rent visiblement, ür, on peut constater facilement que la peau extérieure de ces vers est modifiée et qu’elle prend notaminent une teinte rosée sur toutes les parties du corps, d’autres fois accusée seulement sur les côtés , sur et près les moignons des fausses pattes. La figure A de la planebe, p. a3o, représente un ver cbez lequel la couleur rose de la peau était extrêmement pro- noncée. A l’ordinaire, elle l’est sensiblement moins. Quoi qu’il en soit, il y a ici une quatrième indication, bonne à consulter quand on recberebe les symptômes de la llaelierie dans une édu- cation en vue d’un grainage. Cette teinte rosée de la peau est-elle toujours en rapport avec la fermentation de la feuille dans le canal intestinal P Aies obser- vations .sont insuffisantes sur ce point. Les vers atteints de mus- cardine ont souvent une teinte rosée. Diverses causes paraissent donc pouvoir produire cet effet de coloration anormale. L(!s observations qui précèdent, sur la nature de la flacbcrie, ont été communiquées par moi au Comice agricole d’Alais, dans sa séance du jtibi 1868, développées et complétées dans mon Rapport au Ministre de l’Agriculture, publié au mois d’août de la même année. Elles ont été précisées de nouveau dans ma lettre à M. Dumas, datée d’Alais le aa mai 1869. Depuis lors, M. le D'" E. A erson a ptd)lié, à la date du i5 août 1869, un Alémoire Intitulé : Etudes sur la flacherie des vers à soie, Mémoire Inséré dans le journal séricicole du D® Ha- berlandt. .M. Verson établit une relation entre la flacbcrie et une formation surabondante des cristaux dans les tubes de Malpiglii, qu’il désigne, avec quelques naturalistes, du nom de canaux uri- naires. « On a vainement cbcrclié ju.squ’ici, dit cet Auteur, une cause matérielle à laquelle on pût attribuer la destruction des éducations en apparence les plus belles. » Puis, après avoir rap- 236 MALADIE DES VERS A SOIE. pelé brièvement mes dernières observ ations, M. \ erson ajoute : « L’aetion d’un ferment est incompatible avec le mode de dév(!- loppcment de cette maladie (i). » Le Haberlandt s’associa peu de temps après aux remarques critiques de sou collaborateur. Après avoir résumé les points prin- cipaux de ma Communication à l’Académie des Sciences, eu date du 3i mai 1869, le savant directeur de l’Institut de Goritx con- jecture que « les vibrions et le ferment en cbapelet ne sont pas la cause, mais la suite de la maladie, la conséquence d’une dé- composition du sang pendant que l’insecte vit encore. » « Notons aussi, ajoute M. Haberlandt, que les vibrions et les cbapelets étant deux clioscs dilîérentcs, on ne comprend pas pourquoi les uns sont signe de flaclierie dans les vers, quand les autres le sont dans les ebrysalides et les papillons. « M. Pasteur ne parle pas du tout du caractère auquel le I)*^ Verson reconnaît la llaclieric, et qui consiste dans la pré- sence d’une quantité extraordinaire de cristaux dans les vers flats (2). » Dans un autre article faisant suite au précédent, on lit les pas- sages suivants : « M. Pasteur annonce qu’on peut donner la fla- cberic aux vers sains en salissant leur feuille avec les matières de l’intestin des vers flats. Mais on doit se demander si la présence de vibrions dans le sang des vers est un signe que la flaclierie existe; nous en doutons. Bien avant qu’on trouve dans le sang des germes de vibrions et des vibrions, la flaclierie est accusée par la quantité anormale des cristaux. La formation de ces derniers est la conséquence d’un trouble dans la nutrition et l’assimilation. Ils obstruent les conduits rénaux, arrêtent les liquides, empècbeut l’excrétion des matériaux devenus inutiles ; le sang est empoi- sonné, il se décompose, et alors apparaissent les vibrions, dont la (1) Ma dernière Conimunicalion du ,3i niai 1869 à l’.Vcadéniie dos Sciences est reproduite t. II, p. ■j8.3. (î) Kxtraits du Journal de la station séricicole de (loritz, n® du ij septembre i80(j. LA FLACllERIE. 237 prôscnce indique la décomposilion du sang^ elle est un des der- niers pliénoinènes qui accompagnent la llaclieric (i) ». Ces critiques me portent à penser que l’habile directeur de la station séricicolc de Gorit/^ s’est rendu un compte inexact de mes observ ations. Il parait croire que je constate la llaclieric par la présence des vibrions dans le sang des vers à soie, et que c’est dans le sang que les vibrions prennent naissance. M. llabcrlandt oublie en cela l’idée fondamentale que j’ai exposée, pour la pre- mière fois, dans ma Note du i*' juin 1868, <à savoir ; que la llachc- rie accidentelle résulte essentiellement d’une fermentation qui se déclare tout à coup, par des iulluenccs diverses, dans la feuille de mûrier qui remplit le canal intestinal du ver ; que cette fer- mentation est produite par divers organismes, entre autres, les vibrions, et que ceux-ci, par conséquent, se forment à l’intérieur du tube digestif; que c’est Là qu’il faut recberclier leur présence. Je suis tout à fait d’accord avec AI. llabcrlandt, lorsqu’il pré- sume que la formation des vibrions dans le sang est un elfet très-éloigné de la maladie. A ce moment, le ver est déjà en proie à la putréfaction, quoique dans certains cas il conserve encore un reste de vie. Le ver a souvent des vibrions depuis plus de quinze jours , dans son tube digestif, avant que son sang en contienne. La maladie est déclarée, le ver souffre, sa digestion est embarrassée dès l’instant où les ferments propres à une infu- sion de feuilles de mûrier ont commencé à apparaître dans les matières du canal intestinal. Bien souvent, comme le D'’ Verson, j’ai constaté l’opacité des tubes de Malpighi et l’abondance des cristaux dans leur contenu, mais, j’ai considéré ce fait comme une conséquence du trouille profond qui résulte de la fermentation dont il s’agit. Je le com- pare à l’altération de la structure et de la consistance des tuni- ques glanduleuses de l’intestin. Non-seulement les cristaux sont un élément normal des tubes de Malpiglii, mais la sécrétion propre à ces derniers parait avoir. (i) Journal de la station de Goritz, !'*■ octobre 1869. 238 MALADIE DES VERS A SOIE. en outre, un rôle pliysiologique dans une d<;s fonctions essen- tielles de la vie de l’insecte, la mue. La poussière farineuse, qui apparaît constamment sur les vers, aussitôt après les mues, est entièrement formée de cristaux identiques à ceux qu’on ren- contre dans ces tubes. Cet effet est dù, sans nul doute, à la cris- tallisation subite, au contact de l’air, du liquide qui se trouve entre l’ancienne peau et la nouvelle, et qui sert au glissement de ces deux enveloppes l’une sur l’autre j^i). La planche ci-jointe représente, sous deux grandeurs dilférentes, les ci istaux dont il s’agit, pris à la surfaee de la peau après les mues, en la\ ant le ver dans un verre de montre avec quelques gouttes d’eau. 11 est naturel qu’un état morbide déli;rjiiiné, caractérisé par une fermentation anormale de la nourriture de la larve, amène des modifications dans la sécrétion des tubes de Alalpigbi. Le vi- brion est toujours une production anormale dans le canal digestif du ver à soie. En d’autres termes, sa présence constitue une ma- ladie quel que soit le nom qu’on lui donne. Lorsque je j)rends des vers très-saiiis et que je leur communi- que la llaclierie en introduisant des vibrions non dans leur sang, mais dans les matières de h;nr tube digevstif, et qu’ils provoquent la fermentation de la nourriture des vers, en changeant aussitôt toutes les conditions de la digestion, est-il j)ossible de ne pas rappoi'ter la cause et l’origine première du mal aux vibrions et à la fermentation qu’ils déterminent ? AL llaberlandt, il est vrai, prétend que lu maladie que je coin- niuniqne aux vers par ce genre d’expéi ience, n’est pas la ilacln*- rie. .Mais qu’est-ce donc i’ .le présume que AL llaberlandt n’aura (i) Une observation analogue à celle-ci a été faite autrefois par le D'' ll-ab.'rlandt. « Lorsque l’ancienne peau, clit-il, est rejetée, la nouvelle est couverte d’écaillcs » <|uadran;;ulaires, à angles émoussés, que je considère comme des crist lUX aiia- » logues à ceux des tubes urinaires. » Il ajoute : « Au moment de la mue, la peau )) nouvelle est tout à fuit humide, et cette liumeur peut bien donner naissance à ces » cristaux; en outre, j’ai souvent observé des formes de ce genre dans l’intérieur » des vers, surtout dans les conduits urinaires. » (ll,uir.i\i.AXDT. — Die scnchenartige Krankheit deii Seldenranpen. — La maladie épi- démi(|ue des vers à soie. Vienne, iSGfi.) CRISTAUX FORMANT POUSSIÈRE a la Surfai t oLe tous ] * s V* r s a » Z 5 1 , ^ H-'" Mue i r i LA FLACHERIE. 239 pas répète* mes expériences. C’est bien la llaclicric puisqn’elle en a tous les caractères. J’aurais encore lîeaucoup à dire sur les articles auxquels je ré- ponds. Je renvoie le lecteur aux divers Chapitres de cet Ouvrage qui eoueernent la maladie des morts-llats. Au surplus, nous sommes à la veille d’une nouvelle campagne séricieole : une dis- cussion plus approfondie serait eu ce moment superilue. C’est à l’expérieuec et à l’observation de prononcer en dernier ressort. Pour moi, j’ai la eonüanee que les habiles observateurs de la sta- tion de (ioritz partageront mes opinions au sujet de la flacberie, lorsqu’ils auront reproduit les expériences ([ui me l(!s ont sug- gérées. A l’occasion des résultats de mes recherches sur la nature de la maladie des morts-llats, AI. Bécbanip a publié une réclamation de priorité, qui a été insérée aux Comptes rendus de V Académie des Sciences, pour la séance du i3 juin 1868. Cette réclamation est sans fondement. :Ma premièi'c Communication relative à la llacberie se trouve dans le numéro des Comptes rendus de V Académie des Sciences du 3 juin 1867; elle avait été annoncée <’i .M. Dumas dans ma lettre du 3o avril également insérée dans les Comptes rendus de l Aca- démie. Cette jNotc du 3 juin, que j’ai reproduite tcxluellemeut au § il du (diapitre précédent, décrit de la manière la plus précise les caractères extérieurs de la maladie des morts-llats. J’y démontre, en outre, que cette maladie est indépendante de la pé- brine ou maladie des corpuscules, fait d’une grande importance, et entièrement ignoré avant mes recherches. C’était la preuve que deux maladies distinctes, exigeant deux ordres de travanx et de moyens préventifs, se partageaient les désastres actuels de la .sériciculture. Kn 1868, j’ai j)rouvé, d’autre part, que la llaclicric était tan- tôt héréditaire, dans certains cas que j’ai déterminés, tantôt ac- cidentelle; enlin j’ai découvert dans cette même année 1868, dans le canal intestinal des vers et des chrysalides, le petit fer- ment en chapelets de grains, pouvant .servir de témoin de la ma- ladie, et propre à faire écarter dans les grainages les cocons qui 240 MALADIE DES VERS A SOIE. donneraient lieu à une graine plus ou moins prédispo.sée à la 11a- cherie par hérédité. C’est postérieurement à ma Communication du 3 juin i 8C" que M. Béchamp a parlé, pour la première lois, de la maladie des morts-llats. Quant à la nature du mal et à la cause qui peut le déterminer, M. Béchamp l’attribue à des molécules mobiles qu’il appelle microzymas et qu’il voit fourmiller partout « à la surface des vers, dans leurs liquides, dans les œufs, etc. » Je laisse à M. Bé- champ la complète priorité de ces faits. Bien plus, il ne m’a jamais été possible de me former une idée de ce que cet Auteur appelle les microzymas de la üaeherie. Je pressens bien que ces prétendus microzymas de lallacherie étant, pour M. Béchamp, des granu- lations microscopiques, ce savant désirerait qu’on pût les con- fondre avec le petit ferment en chapelets de grains que j’ai décrit dans ma Note du i®'' juin i868. Note lue par moi, à la séance de ce jour du Comice agricole d’Alais, auquel cas seulemcut sa récla- mation aurait une apparence de fondement^ mais cette prétention est complètement inadmissible, car il faudrait évidtuumeut, pour l’appuyer, que M. Béchamp pût établir que le petit ferment dont il s’agit a les mêmes habitats que son microzyma et « qu’il four- mille, en conséquence, à la surface des vers malades de flacherie, dans leurs tissus et dans leurs œufs. » Or je soutiens que jamais le ferment en chapelets de grains ne se trouve dans aucune des parties du ver ou de la chrysalide autres que le canal intestinal. Lorsque j’eus démontré l’existence du caractère héréditaire de la flacherie dans des circonstances déterminées, AI. Béchamj) en donna une explication spécieuse. Tout se passerait, d’après lui, comme pour les corpuscules de la pébrine. Les granulations mo- biles (microzymas) qui remplissent les tissus du papillon, passent dans les œufs; de là, l’hérédité du mal. Cette théorie est tout imaginaire; je n’ai jamais rencontré dans les œufs atteints de 11a- cherie des granulations mobiles anormales, dont les œufs sains seraient privés. LA FLACHERIE 24 J CHAPITRE III. LA FLACHERIE EST TANTOT HÉRÉDITAIRE, TANTOT ACCIDENTELLE. La maladie des morts-llats est très-souvent accidentelle. Une trop grande accumulation des vers aux divers âges de l’insecte, une trop grande élévation de température au moment des mues; la suppression de la transpiration par les elï'ets du vent que, dans le Midi, on appelle marin, ou par un défaut prolongé d’aération ; un temps orageux qui prédispose les matières organiques à la fer- mentation, l’emploi d’nnc feuille échaudée et mal aérée, souvent même un simple changement subit dans la nature de la feuille qui sert de nourriture aux vers, une feuille très-dure succédant à une feuille plus digestive, une feuille mouillée, surtout par un brouillard ou par la rosée du matin ou du soir, qui accumule sur la feuille les germes en suspension dans une grande masse d’air, voilà autant de causes propres à développer la maladie des morts-llats. Parmi ces causes il en est dont les funestes effets s’accusent dans l’intervalle de vingt-quatre heures. D’autres ne font qn’alfaiblir les vers, souvent à l’insu de l’éducateur, qui se trouve fort étonné, plus tard, de voir sa chambrée décimée par la flacherie sans avoir commis d’imprudence apparente à la veille du désastre. Mais la faute a existé longtemps auparavant ; c’est ainsi, par exemple, que les choses se passent quand on a laissé la température s’élever au moment des mues. Les vers ne péris- sent pas immédiatement, mais ils éprouvent un affaiblissement qui se traduit plus tard par la flacherie. L’habitude de tailler les mûriers chaque année, comme on le fait généralement dans tout le midi de la France, pourrait bien contribuer également à mul- tiplier les ravages de cette maladie. On sait combien est luxu- I. iC !242 MALADIE DES VERS A SOIE. riante la végétation des mûriers ([ui subissent chaque année l’opération de la taille : les feuilles deviennent, pour la plupart, très-larges, épaisses, chargées de matière verte et, par là même, plus ou moins indigestes. Alors que l’emploi d’une feuille fine, légère, moins belle à l’œil, comme est celle des mûriers non taillés depuis plusieurs années, ou des mûriers dits sauvageons, assurerait la récolte, l’usage de la feuille de mûrier taillé peut faire périr les vers au pied de la bruyère (i). Le motif de la préférence donnée par les éducateurs aux mû- riers taillés sur ceux qui ne le sont pas tient uniquement à ce que les premiers produisent plus de feuilles que les seconds et surtout que la récolte de cette feuille est beaucoup plus facile : « tandis qu’un homme suffit pour arracher toute la feuille néces- saire, le cinquième jour du dernier âge, à l’alimentation des vers devant produire loo kilogrammes de cocons, avec des arbres greffés et bien taillés, il faut jusqu’eà quatre ouvriers pour les arbres buissonneux et sauvages (a). » En temps d’épizootie il y aurait probablement intérêt pour l’éducateur à abandonner plus ou moins l’usage de la taille annuelle des mûriers. C’est égale- ment une pratique prudente de rendre les éducations aussi pré- coces que possible, afin que, se trouvant terminées avant l’époque des grandes chaleurs, la feuille soit plus jeune et pins digestive au moment du dernier Age des vers (3). (1) Dans cet Ouvrage, je n’ai donné aucune attention à l’opinion des personnes qui présument que le fléau a son origine dans une maladie inconnue et invisible propre à la feuille du mûrier. C’est qu’il n’y a pas, selon moi, un seul motif sérieux de l’admettre, et qu’il y en a beaucoup, au contraire, pour la rejeter. Je me réfère sur ce point aux remarques si judicieuses qui ont été présentées autrefois à l’Aca- démie par M. Dumas, dans la séance du a5 mai i85y, précisément à l’occasion d’une Communication relative à une maladie de la feuille du mûrier. Les savantes recherches de M. Peligot, sur la composition des feuilles de cet arbre, peuvent encore être invoquées comme une preuve de l’impossibilité d’attribuer au mûrier ou au sol un effet quelconque sur le mal, sa nature et sa propagation. (2) Ce poids de feuilles est évalué à 225 kilogrammes par M. de Gasparin. (J o/r DE Gaspauin, Essai sur l'histoire Je l'introduction du ver à soie en Europe; Paris, 18/ji, p. 273.) (.3) Cette pratique a été préconisée dans ces dernières années par diverses per- LA FLACllERllî. ;2« J 1 est digue de remarque que, au temps de Henri JV, ces prin- cipes étaient déjà eoniius pour la plupart ; une observation intel- ligente les avait enseignés. Ou sait avee quel zèle Henri R s’occupa de l’industrie de la soie. Eu itiqy, et dans les années suivantes, le valet de chambre du Roi, le sieur Lallémas, devint, sous l’inspiration de son maître, l’apôtre zélé de la culture du mûrier. Pour le récompenser, le roi l’anoblit et le nomma contrôleur du commerce eu France et des plants de mûrier. En i6o4, Ijallémas publia un Ouvrage destiné à exalter les avan- tages de la culture du mûrier dans le centre et le nord de la France. On y ü ’ouve les passages suivants ; « Pour bien élever les vers à soie il ne faut (pic soins, dili- gence et lieux propres ; car autant ils demeurent deux mois, voire dix-sept semaines à faire lesdites soies qui se devraient faire en six (semaines), ce érité de cette assertion. Si la flachcrie, dans certaines circonstances déterminées, peut être liéréditaire, c’est-à-dire la conséquence d’un état maladif (juclconque propre aux ascendants, il est vraiscmlilablc rpie ces conditions doivent sc réaliser de préférence dans le cas où I on essaye de faire de la graine à l’aide de papillons provenant d’une éducation cjui aura été plus ou moins décimée par la maladie des morts-llats; cette hypothèse me suggérâmes pre- mières expériences en 1867-1868. En 1867, je fis plusieurs grainages avec des cocons d’éducations dont les vers avaient péri de üacbcric en plus ou moins grand nombre avant de filer leur soie, et en ayant soin d’éloigner de ces grainages tous les papillons présentant, à un degré quel- conque, la maladie des corpuscules. J’élevai ces divers lots aux essais précoces de i868. Tous, au nombre de sept, excepté un seul, présentèrent, de la manière la plus prononcée, les symp- tômes de la llacberie. Plusieurs même ne donnèrent pas un seul cocon, et il y en eut dont les vers étaient déjà tous morts à la troisième mue. 11 est donc impossible de mettre en doute que la (1) C’est environ aiG livres de cocons par !\ onces, car il faut environ 12 livres de cocons pour faire une livre de soie. 216 livres de .'|00 grammes pour !{ onces de 2.) grammes ou 5'| livres par once, cela équivaut à un rendement de ai^S,G par once de a,") grammes. I.a livre était de /|00 grammes on de 16 onces de 2.’> grammes chacune. LA FLACHERIE. -2iS flaclicrie puisse être une aUcctlon héréditaire, et, depuis bien lüiiyteinps, les éducateurs auraient eu la preuve de cette vérité, s’il n’était pas de règle, dans tous les pays sérieicolcs, de ne jamais livrer au grainage une éducation cpii a présenté une mortalité plus ou moins grande entre la quatrième mue et la moulée à la bruyère. Lue expérience semblable à celle dont je viens de parler fut entreprise, à ma demande, par le président du Comice agricole d’Alais. Je lui avais remis une graine issue de parents exempts de corpuscules, la môme dont il est question, à diverses reprises, dans cet Ouvrage sous le nom de graine de Sauve. L’éducation qu’il lit de cette graine, en 1867, dans sa propriété du Temperas, à Alais, oil’rit une mortalité peu sensible à la veille de la montée, mais les vers étaient extrêmement languissants et évidemment atteints de llacberie pour la jjlupart. Avec les cocons de cette éducation, dont les papillons furent très-beaux en apparence, M. de Lacbadenède prépara 4^ grammes de graine cellnlaire exempte de corpuscules. On lit, avec cette semence, en 1868, à Alais et dans les environs, soit aux essais précoces de mars, soit en avril et mai, un grand nombre de petites éducations très-soi- gnées. 11 ne fut pas possible d’obtenir un seul cocon. Di •s ce moment, .M. de Lacbadenède resta parfaitement con- vaincu de l’bérédilé de la maladie des morts-llats, à laquelle, comme tant d’autres éducateurs, il avait refusé de croire jus- que-là. Si la prédisposition liéréditairc à la maladie des morts-flats u’existait cpie pour les graines pouvant provenir d’éducations, qui auraient elles-mêmes présenté une mortalité plus ou moins grande par l’elfet de cette jnaladic aj)rès la quatrième mue, il n’y aurait guère à se préoccuper des faits qui précèdent sous le rap- port pratique. 11 sulïirait de consacrer à nouveau l’usage que je rappelais tout à riicure, d’éviter avec soin toute confection de graine avec des cocous d’éducations atteintes de llacberie à un degré quelconque-, mais on peut se convaincre aisément que les éducations les mieux réussies, comme produit en cocons, olfrent as.scz .souvent, dans les graines qui en proviennent, la pré- MALADIE DES VERS A SOIE. !2iG disposition licrcdilaire dont nous parlons. C(.‘s éducations mon- trent invariablejuent , (liez les vers au moment de laniontée à la bruyère, un état de langueur qui n’écbappe pas à un o;il exereé, langueur qui s’explique par une fermentation de la feuille de mûrier dans le canal intestinal des vers, non par le fait des vibrions, comme je l’ai expliqué, mais le plus souvent par la présence du petit ferment en cbapelets de grains dont il a été question au Chapitre précédent. Lorsque des vers olfrent le symptôme dont il .s’agit, examinez au mieroscope le contenu du canal intestinal, et, chez la jilupart, vous trouverez ce fer- ment en plus ou moins grande abondance. A ous le trouv erez ])lus aisément encore, après que le ver aura lilé son cocon, dans la poebe stomacale de la chrysalide : caractère précieux, parce qu’il permet d’étudier les cocons sous le rapport de la llacherie, comme la présence des corpuscules permet de les observer sous le rapport de la pébriiic ; mais entre l’utilité et la nécessité de ces deux sortes d’observations, il y a cette grande dill’érencc, que les plus beaux vers, les plus agiles à monter à la bruyère, les moins jiébrinés, c’est-à-dire n’oilrant pas de taches sur leur peau, ou seulement des taches de blessures, jveuvent être détestables pour la reproduction, s’il ne s’agit que de la maladie des corpuscules, tandis c[u’on peut prévoir, par le simple examen des vers au moment de la montée, s’ils sont impropres au grainage sous le rapport de la llacberic par hérédité. jNous avons démontré ail- leurs, en elfet, t[ue tous les vers des plus belles chambrées peu- vent être empoisonnés par le germe de la pébrinc et conduire à des chrysalides, à des papillons, à des graines, chargés de corpus- cules alors qu’il n’existe pas encore de traces sensibles de ces petits coi’ps dans les vers au moment de la montée à la bruyère, et surtout aucun symptôme de la pébrinc. La maladie des corpuscules par hérédité peut donc être impos- sible à prévoir chez les vers au moment de la montée; on peut même dire que c’est le cas le plus ordinaire, tandis que la prédis- [)osition héréditaire à la llacherie dans une graine peut être reconnue par la simple observation, sans le secours du micro- scope, si l’on a’ eu sous les yeux l’éducation qui a fourni cette LA FLACHERIE. 247 graine ; circonstance facile à réaliser pour tout éducateur qui prend soi-nièine la peine de confectionner la graine dont il a besoin, à l’aide d’une petite éducation faite spécialement dans ce but. En résumé, le microscope est presque toujours indispen- sable pour s’assurer d’un bon grainage quand on veut éviter la pél)rine5 des connaissances pratiques, au contraire, peuvent suf- fire s’il s’agit de la llachcrie liéréditairc. J’appelle, sur ce point, toute l’attention des éducateurs. 2i8 MALADIE DES VERS A SOIE. CHAPITRE IV. GABÂCTÈRE CONTAGIEUX DE LA FLACHERIE. Le caractère contagieux de la maladie des niorts-llats est un des points les plus intéressants dans l’iiistoire de cette maladie. Les détails dans lesquels je vais entrer ne laisseront aucun doute sur sa réalité et l’importance qu’il faut lui donner dans la pra- tique (i). Première expérience. — Le 20 mai, on forme trois lots iden- tiques de vingt-cinq vers chacun, race blanche indigène. Les vers sont au troisième jour après la troisième mue. Ils sont issus d’une graine exempte de pébrine et de llacherie héréditaires; leur marche n’a rien laissé à désirer jusqu’à ce jour. Lot A. — Lot témoin. Lot B. — Contagionné par un repas de poussière sèche, d’une magnanerie infectée, l’année précédente, par la pébrine et la llacherie. Lot C. — Contagionné avec une infusion de cette poussière préparée le 18 mai et étendue au pinceau sur la feuille d’un repas. Les vers des lots B et C ont mangé sans répugnance le repas de contagion. Lot A. Le 23 mai, trois jours après la contagion des lots B et C, les vers du lot A sont sensiblement plus gros et mieux portante que ceux des autres lots : ils mangent avec tout l’appétit propre aux bons vers. (i) J’ai annoncé les faits exposes dans ce Chapitre, dans la séance de l’Académie, du 3i mai 1869. Voir ma lettre à M. Dumas, datée d’Alais, le sa mai ; t. 11, p. a83 et suivantes. LA FLACIIERIE. 2i9 üii remarque, en outre, que les bons vers du lot B, contagionné avec les poussières sèches , sont beaucoup plus beaux que les bons vers de l’essai C, contagionné avec l’infusion de cette même poussière. Ces derniers mangent très-peu. Pour le lot la montée, commencée le 26, est finie le 28. On dérame le i*'' juin. Il n’y a pas moins do vingt-cinq cocons, et aucune des chrysalides ne présente ni vibrions ni ferment en chapelets de grains. Lot B. Le 21 au matin, on relève un ver mort-flat; le soir, un second. On ne voit encore aucun organisme dans les intestins. Le 22, on relève deux morts. Dans le canal intestinal, vibrions et ferment en grains. Le 24, trois vers morts avec foule de vibrions, les uns en cbaine longue, les autres courts et grêles. Le 20, un ver mort, foule de vibrions. Le 26, la montée commence, mais très-lente. Elle n’est pas finie le 29, tandis que, on vient de le voir, celle du b)t type était achevée dès le 28 au soir. Le 28, un ver est mort pendu à la bruyère. 11 oifre des vibrions et le ferment en grains. Le 3 1 , on trouve treize cocons et un autre ver mort. Dans une des chrysalides on observe le ferment en grains. Lot C. Le 21, on relève trois morts, ayant dans le canal intes- tinal une foule de longs vibrions à plusieurs articles. Quelques- uns des vers de ce lot ont le crottin humide et visqueux. Le 22, trois vers morts; foule de vibrions. Au repas de 5 heures du soir, on ne compte que six vers prenant de la nourriture. Le 23, deux vers morts ; foule de vibrions. Le 24, un ver mort; foule de vibrions. Le 20, trois vers morts; foule de vibrions et de chapelets de grains. Le 26, deux vers morts; vibrions et chapelets de grains. Le 29, on enlève deux vers encore vivants, mais qui ne mangent plus. Leur canal digestif est vide. On n’y voit que de rares cha- pelets de grains. Les parois du canal sont fort altérées dans leur consistance et leur structure. Ce mêirie jour, on relève un ver 250 MALADIE DES VERS A SOIE. morl, à peu près mûr cl n’ayanl rien dan.s le tube digestif, que quelques vibrions et de très-nombreux ehapclets de grains. Le dernier ver est monté seulement le 2 juin. On trouve sept cocons dont une peau. Sur les sept chrysalides, deux offrent le ferment en chapelets de grains. Pour bien comprendre les elfets si manifestes des contagions précédentes, il importe extrêmement de connaître le fait suivant. J’ai dit que le lot C avait été contagionné au moyen de feuilles sur lesquelles on avait étendu au pinceau une infusion de |X)US- sières recueillies dans une magnanerie où, l’année précédente, les vers étaient morts de la flachcrie et de la pébrine : par infusion de poussières, j’entends simplement qu’on a délayé les poussières dans de l’eau. Or il suffisait que l’eau fût en contact avec la pous- sière depuis huit heures seulement pour que l’on commençât à voir apparaître, dans cette eau, des vibrions, d’aljord excessivement rares et progressivement de plus en plus nombreux. 11 résulte de cette curieuse observation, que les poussières d’une magna- nerie infectée sont pleines de kystes de vibrions tout prêts à prendre vie dès qu’ils sont humectés. Deux circonstances tendent à démontrer que ces vibrions sont, en edet, à l’état enkysté dans la poussière : i°le faible espace de temps qui s’écoule entre le moment où les premiers vibrions commencent à se montrer^ 2° les premiers vibrions qu’on voit traverser le champ du mi- croscope, en étudiant d’heure eu heure une goutte de l’infusion, ont de prime abord la grosseur des vibrions ordinaires. En conséquence, lorsqu’on dépose des poussières de magna- neries infectées., sur de la feuille, et que celle-ci est mangée par les vers, on ingère dans le canal intestinal une foule de germes de vibrions dont les générations se mnltiplicnt ensuite par scissiparité et troublent complètement les fonctions diges- tives du ver. Néanmoins, tous les vers ne meurent pas, et comme il arrive, d’autre part, que les chrysalides de ceux qui survivent peuvent être excmjjtes de vibrions ou de tout autre ferment, il faut admettre que certains vers se débarrassent des germes qu’ils ont ingérés, ou que les in'emiers germes dévelojipés ont été ensuite arrêtés dans leur multiplication et peu à peu expulsés. LA FLACHERIE. 251 Deuxième expérience. — Le 28 mai, on contagioimc vingt vers très-sains, race blanche indigène, sortants de la quatrième mue, a> ce la matière du canal intestinal d’un ver prêt à mourir mort- llat ctqui renferme en grande quantité des vibrions de forme grêle. Le 21), un ver mort 5 foule de vibrions. Le 3o, un ver mort ; foule de vibrions. Le I®'' juin, un ver mort; nombreux chapelets de grains. Le 4 juin, un ver mort; nombreux chapelets de grains. Le 4 juin, autre ver mort; vibrions. Le 5 juin, un ver mort ; vibrions de deux sortes : les uns courts, grêles; les autres plus longs et plus volumineux. Le 7 juin, un ver mort; foule de vibrions en longues chaînes. Le ’j juin, autre ver mort, tout noir; foule de longs vibrions. On déramc le 8 juin : onze cocons et une chrysalide nue. Sur les onze chrysalides des onze cocons, deux présentaient une foule de chapelets de grains. Troisième expérience . — Le 22 mai, on eontagionne vingt-cinq vers très-sains, race hlanehe Indigène, sortant delà quatrième mue, avec de l’eau dans laquelle on a broyé un fragment d’un ^e^ mort-flat déjà tout noir. Dans cette eau on trouve un grand nondjre de ees corpuscules brillants que renferment souvent les vibrions, et qui forment, selon moi, un des modes dt; reproduc- tion de cet infusoire. L’odeur du ver était très-ammoniacale ; le liquide est encore un peu odorant, aussi les vers mangent avec répugnance la feuille sur laquelle on l’a étendu au pinceau. Le 28, on remarque deux vers qui ne mangent plus et dont le crottin, encore vert, sec, sort comme enveloppé d’une espèce de mendjrane qui se brise et dont une partie reste lixée au ver. Le soir du même jour, deux vers morts avec foule de vibrions et quelques chapelets de grains. Le 24 au matin, deux vers morts avec foule de vibi ions et de chapelets de grains. A midi, un autre ver mort, et toujours avec vibrions et chapelets dans le canal intestinal. Le 25, deux vers morts ; foule de vibrions. Le 28, uii ver mort; vibrions et chapelets de grains. MALADIE DES VERS A SOIE. 2.'12 Le 3o, trois vers morts; vibrions etcliapelets dans l’un d’eux; chapelets seulement dans les deux autres. Le 3o, au soir, un autre ver mort avec une foule de vibrions très-petits. Le inin, un ver mort, avec foule de vibrions très-petits; les articles ressemblent aux grains du ferment en (diapelets, mais ils se meuvent. Le 3 juin, un ver mort; très-nombreux ehapelets de grains. Le 7 juin, un ver mort, déjà tout noir, sur la bruvère, dont tout le corps est plein de vibrions. On déramc le 7. Il y a seulement neuf cocons. L’examen des chrysalides, fait le in juin, donne cinq chrysalides avec foule de chapelets de grains dans la poche stomacale et quatre qui n’en ont pas. Quatrième expérience. — Le i3 mai ou forme trois lots com- posés comme il suit : N° I. — Vingt-cinq vers très-sains, race jaune de pays, entre la troisième et la quatrième mue. Lot témoin. N” 2. — Vingt-cinq vers identiques à ceux du n° 1 et prélevés dans le môme panier, sont mélangés à vingt-cinq vers nés d’une graine (dite CC) atteinte au plus haut degré de llaclierie hérédi- taire ( 1 ) . 3. — Cinquante vers, de cette graine CC, identiques à ceux qu’on a mélangés aux vers sains du n° 2, sont élevés à la manière ordinaire. Voici le tableau de la juortalité dans les lots n" 2 et n” 3. (1) Cette graine est celle désignée sous le nom de graine CC, dans ma lettre au secrétaire de la Commission des soies de Lyon ( rorV t. Il, jj. aSg), et qui a péi i complètement de la llacheric, entre les mains de la Commission, comme je l’avais annoncé par avance. LA FLACHERIE. 253 VERS MORTS. 16 mai (sortie de la 3' mue) 18 20 21 22 23 2i 2.5 26 28 29 30 31 l"juin 3 B 4 B (sortie de la 4' mue) )) » )) )) )> )> )> N (la montée est achevée) Lot N* 2. •1 1 9 5 4 O 0 1 O 6 •1 1 O ( % cocons, I 5 vers perdus. Lot N* 3. 3 0 1 5 5 l'i O 10 2 3 O 2 2 2 Pas de cocons. Le lot témoin a très-bien marché. Cinquième expérience. — Le 19 mai on forme les quatre lots suivants : 1. — Vingt-cinq vers, race blanche indigène entre la troi- sième et la quatrième mue. Lot témoin. ÏN° 2. — Vingt-cinq des mêmes vers auxquels on donne un repas de vibrions pris dans le canal intestinal d’un ver mort-llat. jN° 3. — V ingt-cinq des memes vers auxquels on donne un repas avec vibrions de feuille de mûrier en lèrrneutatioii. rs° 4. — Vingt-cinq des memes vers auxquels ou donne un nqjas avec poussière aucicnnc de magnanerie très-infectée. ^ oici le tableau de la mortalité des n°® 2, 3 et 4. MALADIE DES VERS A SOIE. 2“>.i Loi N» 2. Lot 3. Lot A® i. 20 mai 21 » 22 » 25 » 26 » 29 » 30 » 31 » l'‘’juin 2 » 3 » 4 » 5 « 6 » (sortie de la 3' mue) o » O » O » O (sortie de la 4' mue) o » o » 3 » 4 » 1 1 » I » o » I (la montée est achevée) i » 2 Pas de cocons. o 4 o 2 O 1 O I O 4 0 1 2 I 1 I 3 3 4 I 4 I 3 I I 2 5 2 I cocon. Pas de cocons. Le lot témoin a ti’ès-bien marché. Tous les vers morts renfermaient des vibrions et le ferment en chapelets de grains, excepté les quatre vers du n° -4, morts le 20 mai, qui ne contenaient pas d’organismes. Ce fait a été con- staté souvent dans la première mortalité à la suite d’un repas avec poussière infectée, comme s’il y avait mortalité par une action mécanique ou par une substance toxique, après l’ingestion des poussières. On voit que la mortalité a commencé au bout de vingt-quati’e ou de cjuaraiite-luiit licui'cs pour la contagion par les poussières, et seulement au bout de onze jours pour celle des vibrions de vers ou de feuille. Je ne prolongerai pas davantage le détail des nombreuses expé- riences relatives au caractère contagieux de la llacherie. On peut en résumer les résultats généraux dans les propositions suivantes: i” La llacherie peut être communiquée aux vers, soit au moyen de vibrions ayant pris naissance dans le canal intestinal des vers, dans la feiülle de mûrier broyée en fermentation, dans les poussières de magnaneries infectées ; soit au moyen du ferment en chapelets de grains prélevé dans des vers ou dans des feuilles LA FLACHERIE. 2S5 en l‘crmentatio7i ^ soit enfin par le contact de vers qui meurent de la flacherie. Les infusions de poussières de magnaneries infec- tées, et dans lesquelles se sont développés des vibrions, ont éga- lement nn pouvoir contagionnant très-marqué. 2° Les vers contagionnés commencent par devenir inégaux à cause de la diflérence dans la quantité de nonrritnre qu’ils pren- nent, suivant le degré d’intoxication -, la mortalité arrive ensnite avec tons les caractères de celle que montre la flacherie natu- relle. On observe particulièrement un développement abondant de vibrions ou le ferment en cbapelets de grains, ou le mélange de ces deux organismes dans les matières du tube digestif. Quand les vers survivent, on trouve souvent dans la poche stomacale des chrysalides le ferment en chapelets de grains. Rarement on y trouve des vibrions. C’est que les vers jneurent le plus souvent avant de faire leurs cocons lorsque les matières du canal intes- tinal ont donné lien à des vibrions. 3° Le temps qui sépare le repas infecté du commencement de la mortalité est très-variable. Tantôt la mortalité s’accuse au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures : c’est ce qui se voit pour la contagion par les poussières très-infectées, prises à l’état sec ou en infusions ^ c’est ce qui se voit également, et pour tous les genres de contagion, quand on opère sur des vers après la quatrième mue. Pour les vers plus jeunes, il arrive souvent que la mortalité, pour les diverses natures de contagion, ne s’accuse qu’après un temps assez long, qui peut aller jusqu’à quinze jours et peut-être trois semaines et plus. 4° Si l’on répète, à plusieurs reprises, le repas infecté , la mortalité est plus prompte et plus intense; c’est par cette cause fju’on peut expliquer, du moins en partie, que la mortalité par la flacherie est beaucoup plus active dans les éducations où les vers sont accumulés. Lorsque les vers sont espacés, les points de contact, entre les vers sains et les vers malades, sont moins nombreux. La souillure des feuilles par les déjections des mou- rants est beaucoup diminuée. 11 faut donc espacer les vers le plus possible, mais c’est surloul dans le jeune Age (jue cet isolement est le plus nécessaire. L(! 256 MALADIE DES VERS A SOIE. mélange de vers sains et de vers atteints de Ilacliene, quand il a lieu après la quatrième mue, est pour ainsi dire sans effet sur la mortalité. Ce résultat a été établi par des expériences directes. J’ai déjà fait observer qu’entre les corpuscules 3e la pébrine et ceux de la flacberie, si l’on peut s’exprimer ainsi, il y a cette grande dilférence que les germes de la pébrine deviennent inof- fensifs dans un temps relativement très-court, tandis que ceux de la flacberie conservent leur activité pendant des années. 11 importerait donc beaucoup de pouvoir détruire les germes de la flacberie, ou tout au moins de retarder leur développement, après qu’ils se sont introduits dans le tube digestif des vers. J ai commencé quelques expériences sur l’action du cblorc. Dans deux petits flacons contenant la même quantité d’eau, on a placé dans l’un de la poussière cb.argée de kystes de vibrions, dans l’autre la môme poussière en même quantité, mais après qu’elle eut séjourné trente-six heures en présence du cblorurc de cbaux. L’essai a eu lieu le 20 mai i 869, et a commencé à 8 bcurcs du matin. A 10 beures, rien encore de vivant dansTunc et l’autre infusion. Ali beures, Id. Ai2‘'3o™, Id. A 2‘‘.3o'", Id. A 4'’3o"’, ou voit un long et gros vibrion dans l'infusion de poussière qui n’a pas été soumise aux vapeurs île clilorc; rien encore dans l’autre. A 5*'3o"‘, il y a à peu près un vibrion par cbamp du micro- scope dans le lot non eblorui é : plusieurs sont en ebaînes de deux ou trois articles ; rien dans l’autre infusion. A 6'’3o"’, même état des cboscs pour les deux infusions. Le lendemain matin, on voit des vibrions dans les doux flacons, et la difl’ércncc qu’ils piéscntcnt, sous le rapport du nombre des vibrions, n’est pas appréciable. Le cblore a donc eu pour effet de retarder l’apparition des > ibrions. LA FLACIlRRIfi. 2ü7 l)(“s expériences de eontagion ont été laites le mai avec les deux sortes de poussière; mais les résultats o])lenus n’ont pas eu de signification piéeisc, parce que le lot-type a j)éri de la 11a- elieri(', à 2)cu près dans les mêmes conditions que les deux lots contagionnés, soit avec la poussière chlorurée, soit avec celle qui ne l’avait pas été. Quoi qu’il en soit, il ne parait pas douteux qiu; des l’umigatlons de chlore pourraient être employées utilement contre les germes de la llaeherie. 1 '7 258 MALADIE DES VERS A SOIE. CHAPITRE V. KUÉRISON POSSIBLE DE LA FBEDISFOSITION HÉRÉDITAIRE A LA FLACEERIE FAR DES CONDITIONS ENCORE INDÉTERMINÉES D’ÉDÜCATIONS. J’ai vu maintes lois une graine prédisposée liéréditairenient à la maladie des morts-llats se très-bien comporter dans quel- ques-unes de ses éducations industrielles. S’il est vrai, ainsi que cela paraît résulter de l’ensemlde de mes observations, que la flaclierie héréditaire soit la conséquence d’un airaiblissement de la graine ou des vers, il est aisé de com- prendre que cette prédis^iosition puisse céder à des pratiques fa- vorables d’éducations quand elle n’est pas trop profondément accusée : c’est une loi pour tous les êtres vivants que l’organisme incline de préférence vers la santé plutôt que vers la maladie. Un des exemples les plus frappants que je puisse citer de la guérison d’une prédisposition héréditaire à la flaclierie m’a été oifert par la graine Mazel, dont j’ai parlé dans mon Rapport du 7.5 juillet 1867 au Ministre de l’Agriculture (voir ce Rapport, t. U, p. 224) . Cette graine issue de cocons les uns blancs, les autres jaunes, était exempte de pébrine. Je la mis en quatre lots distincts, aux essais précoces de Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard) et de Ganges (Hérault). La réussite des quatre essais fut excellente. Or, en grande éducation, dans plus de quinze cham- brées, elle éprouva uu échec complet, uniquement par la flache- rie; au contraire, trois onces réussirent fort bien chez AI. Ronnal, d’Alais. La prédisposition héréditaire à la llachcric était donc in- contestable, et il est manifeste, d’autre part, que les conditions des essais précoces ainsi que celles de l’éducation de M. Ronnal ont guéri l’aflaiblisscment des vers, ont fortifié ces derniers et LA FLACllElUE. 239 leur ont permis d’aller jusqu’à la fin de leur vie, sans mortalité sensible. ün trouvera dans une lettre de M. Jeanjean, maire de Saint- Hippolyte-du-Fort, un cxenqjlc analogue, relativement à une graine laite dans le Gers par Méry Boyé. Cette graine, issue de parents privés de corpuseules et que M. Jeanjean avait exa- minés lui-même, périt de la llaelierie dans toutes les éducations qui en lurent faites aux environs de Saint-llippolyte en 1869, excepté dans une seule, où 5 onces donnèrent 3o kilogrammes à l’oncc. Elle avait également échoué aux essais précoces. On trouvera la constatation de ce fait, t. Il , p. i3y, dans une Communication extraite du Messager agricole du Midi. ün peut consulter encore, à ce sujet, rexcellcnt travail publié au mois d’août 1869, par M. Sirand, de Grenoble. Cet habile et consciencieux observateur a eu l’occasion d’étudier et de suivre les éducations de plusieurs graines prédisposées héréditairement à la flacberie, qui ont olfert un grand nombre d’insuccès et quel- ques rares réussites. Le travail de M. Sirand est reproduit tomelJ, page i4i. Je pourrais citer une foule d’autres exemples de lots de graines, si fort atteints de la llaelierie par hérédité, que plus des des éducations périssaient de cette maladie 5 mais çà et là, sans que l’éducateur eût pris des précautions particulières connues, et qu’on pût se rendre compte de son succès exceptionnel, ces mêmes graines ont fourni une abondante récolte. Cette circonstance est très-digne de remarque : elle montre d’une manière évidente que les conditions des éducations peuvent guérir les vers, dans cer- tains cas déterminés, de l’airaiblissemcnt héréditaire qui les pré- dispose à la flacberie, bien cjue, dans l’état actuel de nos connais- sances sur l’art d’élever les vers à soie, on ne puisse assigner les causes des suc<;ès que je viens de mentionner. Les essais précoces de février et de mars m’ont ollèrt, dans chacune des trois campagnes i86y, 1868 et 1 869, de nombreux faits de cette nature, et très-généralement même on peut ajouter que, dans un local où les causes de contagion de la llaelierie sont absentes, la majorité des graines exemptes de pébrine, mais af- ■7- 2()0 MALADIE DES VERS A SOIE. l'aUjlics et prédisposées à la flacheric accideulelle. réussissent très- bien aux essais préeoees. Elles jirésentent tout au plus quehjues rares inorts-llats vers l’époque de la montée, taudis (pi’aux graudc's (■ducatious d’avril et de mai elles péi isseiit ordinairement de cette all’ection. Les conditions des éducations an moment des essais précoces sont donc propres à ('■loigner la maladie des moils- Hats (i). Est-ce la nature de la l'euille qui en est la cause ?Xe l'audrait-il pas rattribuer plutôt à la moins grande pi’opoi lion des germes de contagion, à la moindre accumulation des vers, aux soins mieux entendus, à réloigncment quotidien des vers morts? Sur tons ces points on est réduit à des conjectures, parce cpie l’art d’élever les vers à soie n’a jamais été étudié scientifique- ment. Aujourd’hui que, grâce à mes recberebes, on possède des moyens sûrs de se procurer des graines exemptes des maladies hé- réditaires, le progrès le pins désirable, selon moi, consisterait à établir les principes sur lesquels doit l'cposer l’art du nia- gnanicr. Autant que je puis en juger par les connaissances pratiques que j’ai acquises dans mes expériences de laboratoire, et par les nom- breuses visites que j’ai faites dans des magnaneries industrielles, l’accumulation des vers dans un espace trop restreint, particuliè- rement dans les trois premiers âges, et le défaut d’une aération suffisante me paraissent être les causes les plus déterminantes de la llacberie accidentelle. Aussi, je suis porté à croire qu’uue des meilleures pratiques pour guérir les vers de la prédisposition bé- (i) Je suis loin de prétendre, toutefois, que la maladie des morts-llats ne sévisse jamais sur les ;;i'aines dans les éducations précoces. Mais elle ne s’y produit, {jénéralemenl du moins, que dans les graines qui ont une prédisposition exces- sive à la maladie, par exemple si le graineur a eu le tort de préparer la graine avec des cocons d’une éducation fortement atteinte de (lacheric, ce qu’on évitait jadis avec tant de soin, quand 1a graine n’était pas un objet de eommerce. On comprend aisément d’ailleurs qu’il serait didicile de poser en tout ecei des principes absolus. Une bonne graiix- peut être quelquefois décimée par la llaeberie aux essais précoces, mais c’est alors la llacberie accidentelle, le fait d’un repas de mauvaise feuille, une infection du local, etc. J’ai vu plusieurs exemples de ce genre a rÉtablisscmcnt d’essais précoces de Saint-Hippolytc en i8tV), même sur des graines japonaises d’importation directe. LA FLACIIERIE. 2(i1 i i'dilaire à la llaclioric consiste à espacer beaucoup les vers dans les premiers âges et h les jdacer dans un air sans cesse renouvelé, .l’aurai bientôt l’occasion d’ap])uyer cette prescription par de nouveaux arguments. F.n 1869, une petite fille s’amusa à élever quebpies grammes de graine (3 grammes) dans notre salle à manger do Pont- Oisquet, oi’i il y avait une grande cheminée dans laquelle on ne faisait pas de feu. Sur les cendres, restées dans le foyer, l’enfant avait une corbeille plate en osier, où chaque jour elle plaçait les vers qui lui paraissaient défectueux à un titr»^ quel- conque, les retardataires, les malades, etc., etc. Nous fûmes tous surpris du grand nombre de cocons qui couvraient la bruyère de ce panier et de la vigueur de la plupart des vers à la fin de leur \ie. Personne ne douta que le mouvement continuel de l’air à la place qu’ils occupaient ne fût la cause à laquelle il fallait attri- buer leur bonne sauté. La dillérence profonde qui existe entre; les départements de grande et de petite culture, sous le rapport de la fi’équence de la llaclicric, et pour les mêmes lots de graines, peut cn(;ore ètri; citée .à l’appui des opinions que je viens d’exposer. La dillérence; elemt je parle atteint quelquefois des propeu-tions si extraordi- naires, qu’on a peine à s’en faire une ieléc exacte, quand on n’a pas eu occasion elc la constater soi-mème. lleen nombre de; le>ts de graines faites à Paillerols, par M. Raybaud-Lange, ont demné b's plus belles récoltes, et, pour ainsi dire, sans un seul échec élans plus de deux cents cbamlirées tles Basses-Alpes, tandis que ees mêmes graines, sorties des mêmes sacs, ont fourni, dans le; (iaixl, l’Ardêclie, l’Isêreq be-aucoup eréelucations plus ou moins e-premvées par la llaclierie. Je rappeirterais volontiers ces cas de llaelierie ae’cidentclle à deux causes principales ; 1° dans les départements de grande culture, il existe en abondance, accu- imdés (Bannée en année, des germes de flae;berie-, ‘.i° les elé- partiunents de grande culture; ne faisant plus eux-mêmes les graines eloiit ils ont besoin, pre.sque toutes celles qu’on y élève pêchent par défaut el’uue acediniatation convenable. Les graines saines faite-s élans les Basscs-Al[)cs se comportent beaucoup moins 262 MALADIE DES VEHS A SOIE. J)icn dans les plaines (lu(}ard, de l’Ardèelie (jne dans les loealiU's montagneuses de ces déparleinenls, dont Ic-s eonditions elimatc- riques se rapproehenl de ecdles des llasses-.AIpcs. C’est un motif de plus pour em^ourager les éducatrmrs de nos départements sérieicoles à revcuiir au grainage indigène j>ar l’application de ma niétliode. An nombre des causes les jdus actives de la llacherie acciden- telle, il faut placer, outre la fâcheuse habitude de l’accumula- tion des vers , la trop grande élévation de température au inom(!iit des mues. A < ette é])o([ue ci itique de sa \ ie, le' >«;rà soie ne s’accommode ni d’einc lenq)ératnr(' trop basse, ni d’une LA FLACHERIE. 2(53 température trop élevée. On peut toujours lutter contre le froid en faisant du feu ^ mais comment se garantir des clialeurs exces- sives ? Le meilleur moyen, selon moi, consiste dans l’emploi de trappes pratiquées dans le plancher de la magnanerie et commu- niquant avec un rez-de-chaussée ou un cellier très-frais, comme le représente, par exemple, le dessin ci-contre. Si le soleil est trop ardent et peut nuire h. la santé des vers, fermez avec soin toutes les fenêtres et découvrez les trappes. De chacune de celles- ci montera alors une colonne d’air frais, dont le mouvement sera d’antant plus rapide que la toiture de la magnanerie sera plus échaudée par le soleil; votre local d’éducation sera, pour ainsi dire, transformé en une vaste cheminée. Ces trajipcs doivent être établies le long des murs et recouvertes d’un treillage en lil de fer, autant pour éviter les accidents que pour éloigner l’entrée des rats. On lit dans un Ouvrage chinois sur l’éducation des vers à soie ; « La personne qui soigne les vers à soie doit porter un vêtement simple, non doublé. Elle réglera la température de l’atelier d’a- près la sensation de froid on de chaud qu’elle éprouvera. Si elle sent du froid, elle jugera que les vers à soie ont froid, et alors elle augmentera le feuj si elle sent de la chaleur, elle en conclura que les vers ont aussi trop chaud et elle diminuera convenable- ment le feu (la chaleur) (i). » Cette manière d’exprimer la proportion de clialcur à donner aux vers à soie est une des plus simples, des plus pratiques et une des plus exactes qu’on ait suggérées. On devrait seulement ajouter que le renouvellement incessant de l’air dans l’atelier doit être tel, qu’il en résulte une imjîression agréable pour notre propre res- piration 5 jamais vui air étouflé, lourd, pénible à resjjirer ou chargé d’odeur malsaine. Celle du tabac est surtout proscrite par les auteurs chinois et japonais. Dans plusieurs contrées séricicolcs de l’Italie et de l’Autriche, on suit une pratique que je crois excellente pour améliorer- la (1) Stanislas Jllien, Résumé des principaux Traités chinois sur la culture du mûrier, etc., p. i3i. (Imprimerie royale, iSSy, p. 182. ) 2(il MALADIE DES VERS A SOIE. saiiU' des vers (!t pour éviter, ou du moins pour diminuer les cas de Ilacherie. Elle eonsisteà donner aux \ersla feuilleen hranclies aj)rès la quatrième mue et quelqu(;fois mènn; aussitôt après la troisième. Cette méthode, qu’on connait en l'ranee .sous le nom de méthode à la turque, mais qui n’y est jamais employée, ajoute singulièrement à l’aération des vers, à la surface qu’ils occuj>ent, et contribue à leur donner une nourriture saine. Dans les Cévennes, et généralement dans toute la France, la cueillette a lieu comme le représente la planche ci-jointe. On comprend aisément que la feuille se trouvant arrachée a\ ec force, est souvent déchirée, maculée et recouverte par des gouttes de sévd découlant des rameaux ou des pétioles brisés. Or, il est facile de se convaincre que la sève exposée au contact de l’air se rem- ])!it rapidement de vibrions-, d’autre part, la feuille entassée dans des sacs, où elle séjourne quelquefois pendant plusieurs heures, est jdus disposée à s’échaulfer et à fermenter. Placez une goutte de sève sur une lame de verre, rccouvrez-la d’un vei-re à boire renversé, dont vous aurez humecté les parois à l’intérieur, aliu d’empêcher l’évaporation de la goutte. Dans l’espace de vingt- quatre heures, aux températures des mois d’avril et de mai, vous veirez la goutte se remplir d’organismes, principalement de vibrions. ri'KII.I.F.TTli DK LA FKLIIU.K DANS FFS C.FVFNNFS LA FLACHERIE. 205 CHAPITRE Yl. ESTIMATION DE LA PRÉDISPOSITION DE DIVERS LOTS DE GRAINES A LA FLACHERIE PAR LA RAPIDITÉ DE LA CONTAGION DE LA PÉBRINE. I. lis l’essai de eoiilagiuii do la première expérience du § 11, Chapitre II, p. ii3 et suivantes, des vers sains ont été eonta- gionnés par un seul repas corpusculeux , au sortir de la pre- mière mue. La maladie s’est eommuniquée à tous, sans exee[>- tiou, et tous sont morts de la pébriue avant d’avoir pu faire leurs cocons. Les choses se passent -elles coustammc'iit de la meme ma- nière ? Eu d’autres termes, la contagion ayant lieu par le canal intestinal, tout de suite après la première mue, peut-on être assuré que les vers n’atteindront pas la hruyère et périront avant de filer leur soie ? J’ai fait <à ce sujet des expériences assez nomlireuses, d’où il ré- sulte qu’on observe certaines dillércuces dans les elfets de la con- tagion, suivant la nature des races soumises aux essais, ou dans une meme race, suivant l’origine de la graine et l’état des éduca- tions qui l’ont fournie. Il semble, en outre, qu’il faille attribuer ces dilférences à la vigueur plus ou moins grande des vers, c’est- à-dire que la contagion aurait d’autant moins de prise et de ra- pidité dans ses elfets que les vers seraient plus rolmstes. ün comprend sans peine qu’il y aurait uu intérêt majeur à pouvoir comparer, avant toute éducation, la vigueur relative des diverses races de vers à soie, ou mieux, des divers lots de graines qui peuvent être à la disposition des éleveurs. J’entends parler ici de graines saines, toutes exemptes, sous le rapport d’hérédité, des deux maladies les plus redoutables aujourd’hui, la pébriue et la flachcrie. Une graine, même très-saine, sans prédisposition MALADIE DES VERS A SOIE. 26(i originelle. à telle ou telle maladie pouvant arf'ecter les vers à .soie, donne des vers plus ou moins vigoureux, plus ou moins propres à résister h de mauvaises influences d’éducation ou de climat. On sait, par exemple, que les graines japonaises (principalement celles qui furent importées en i865, 1866 et 1867) ont montré une résis- tance aux maladies qu’on trouve rarement au même degré dans nos races indigènes. Chez ces dernières également, on rencontre de temps à autre divers lots d’une vigueur exceptionnelle, ga- rantie assurée des plus abondantes récoltes. Par des essais comparatifs de contagion portant sur diverses graines, et en s’appuyant sur les observations que je vais faire connaître, on peut estimer leur force relative. Par CCS mots, vigueur des vers ^ i’entends la résistance plus ou moins grande qu’ils offrent aux maladies accidentelles. Qu’une graine saine, élevée dans vingt cliamlvrées différentes, donne lieu à deux ou trois échecs seulement par la flacherie; qu’une autre graine saine, élevée également en vingt cliambrées, donne lieu à dix, douze et quinze échecs’, il est palpable que la pre- mière graine devra être considérée, toutes choses égales d’ail- leurs, comme étant plus robuste que la seconde. Par exemple, la graine qui a fourni les vers de l’expérience que j’ai rappelée au commencement de ce Chapitre, était certainement une graine faible, quoique très-saine, car les grandes éducations auxquelles elle a donné lieu dans le département du Gard, en 1868, ont, à côté de belles réussites, présenté des échecs assez nombreux par la maladie des morts-llats, moitié environ du nombre total des chambrées. Cela posé, reproduisons rigoureusement le même essai dont il s’agit sur une autre race indigène, mais évidcnimcnt plus forte, car, sur trente-cinq éducations qui ont eu lieu égale- ment dans le département du Gard, elle n’a offert que trois exemples de llaeheric, qu’il faut même attribuer à des fautes commises par les éducateurs. Nous allons reconnaître dans notre nouvel essai une rapidité beaucoup moins accusée dans les effets de la contagion. Le 16 avril 1868, à midi, je prélève, dans une de mes éduca- tions expérimentales, trente vers, race jaune de pays, issue de LA FLACHERIE. 2G7 papillons sains et vigonronx. Les vers sont soi tis la veille de la pi’emière mue. C’est donc une expérience rigoureusement paral- lèle à celle de la page i i3. Sur la feuille je dépose, avec un jiincean, des corpuscules pro- venant du même papillon corpusculi'ux cpii a servi également à la contagion de ce dernier essai. Premier repas après la deuxième mue, le n.3 avril, à 3 licimîs du matin. Les vers vont l)ien. Le i5 avril, examen microscopique détaillé de deux vers. On ne découvre pas encore des corpuscules. Il doit y en avoir, mais on ne les rencontre pas. La contagion parait donc plus lente à s’accuser visiblement que dans l’essai précité. Le 2^, nouvel examen de deux vers. Dans le premier, on ne réussit à rencontrer que deux ou trois corpuscules dans la tunique interne de l’intestin; rien dans la tunique externe, rien dans les cellules de la glande de la soie. Dans le second, foule de corpuscules pyri formes dans les tu- niques. La glande de la soie, divers muscles sont également envahis. Partout un grand nombre de corpuscules pyriformes. Le 28, des taches sont visibles h la loupe, à la surface de la peau de la plupart des vers. Quelques-uns n’en ont pas du tout. Le 3o, à midi, pas un seul n’est endormi pour la quatrième mue. Le 2 mai, tous sont endormis, à l’exception de deux, et deux autres sont déjà sortis de mue. Le 4 mai, tous sont sortis de nuic, à l’exception de deux qui ne sont pas encore endormis. Le 1 1 mai, il reste dix-huit vers de belle apparence mangeant bien et paraissant devoir faire des cocons. On dirait vraiment qu’ils se sont remis de la maladie qui leur a été communiquée. Toutefois ils sont fort en r. (2) l'oir I. Il, p. .tij. LA FLACHERIE. 273 Les observations de M. Uuclaux, rapprochées de faits déjà connus, nie paraissent exiger impérieusement qu’on se rende enGn un compte très-exact des diverses circonstances naturelles ou artificielles concernant riiibernation de la graine. Cette étude, faite avec la rigueur scientifique qu’elle comporte, conduirait probablement à des pratiques de conservation des graines qui fortifieraient nos races et donneraient aux vers à soie une vi- gueur propre à les mettre, dans une large mesure, à l’abri des maladies accidentelles. Tous les bons observateurs soupçonnent depuis longtemps ce que M. Duclaux vient de démontrer définitivement, à savoir : qu’une température basse est nécessaire à la graine. On trouve sur ce sujet des détails curieux dans un Rapport qui a été pré- senté à l’Académie des Sciences, en 1842, par M. le comte de Gasparin. Le Ministre de la Marine avait consulté l’Académie sur la pos- sibilité de faire prospérer la culture des vers à soie aux Antilles, à l’occasion d’une lettre que lui avait adressée M. Perrotet. Ce botaniste rapporte que les graines de vers à soie transportées d’Europe aux Antilles, à une température uniforme de 22 à 23 degrés centigrades, éclosent très-mal ou pas du tout, et qu’au contraire, d’après une remarque des colons, leur éclosion de- vient complète et régulière quand on les a placées , pendant quatre à cinq mois, dans une glacière. 11 ajoute que quelques personnes à la Martinique présument que l’eiret de la glacière est de fortifier la larve. « Ces faits, dit M. de Gasparin, viennent étayer un soupçon que nous avons depuis longtemps, de la nécessité d’une basse température pour faciliter l’organisation fœtale des vers. » Les citations suivantes montrent que les Japonais et les Chi- nois partagent l’opinion rapportée par M. Perrotet sur l’in- lluence que le froid peut avoir pour fortifier la graine. (( Au cœur de l’hiver, on plonge les cartons revêtus de leur graine dans l’eau glacée pendant une nuit, et le lendemain matin on les retire pour les faire sécher. » [Rivista di bachicoUura di Milano, n° du 1®'' novembre 1869.) I. 8 274 MALADIE DES VERS A SOIE. Celte phrase est empruntée à un H apport récent d’un sérici- culteur japonais sur les pratiques suivies dans son pays. J1 ajoute que cet usage s’appelle saraski, mot qui signifie faire pâlir, et que son but est de séparer les vers (œufs) destinés à périr des vers ro- bustes, ces derniers résistant au froid et se fortifiant, tandis que les premiers meurent. Enfin comme preuve de cette explication, que les premiers œufs (l’auteur dit les vingt premiers) pondus sont supériem’s à tous les autres, l’auteur ajoute cjue les cartons des premiers œufs déposés, soumis à la pratique du saraski^ ne perdent pas un seul œuf. Au sujet de cette pratique, et même d’un séjour dans l’eau froide prolongé pendant douze jours, on peut lire également divers passages du Traité ebinois traduit par AI. Stanislas Julien en 1837. dans ce Livre, p. io5 : ce Puis ou suspend les graines, devant le vestibule, au liant d’une perebe élevée, afin qu’eWes reçoivent le froid qui se fait sentir dans les derniers jours de l’année (i). » Je le répète, cette circonstance d’un accroissement possible de la vigueur des vers à soie par une exposition plus ou moins pro- longée de la graine au froid de l’iiiver ou à un froid artificiel a une importance capitale. Il serait urgent d’en donner des preuves pérenqitoires, si tant est cju’elle existe réellement. La stagnation de l’air est une des circonstances qui aÛ’ai- (i) Le froid le plus intense ne parait pas nuire à la graine, du moins à sa facile éclosion. Voici une expérience de M. Mathieu Bonafous , bien connu par ses Ou- vrages en sériciculture. Je l’extrais des Comptes rendus de l'Académie des Sciences pour l’année i838. « Au mois de novembre 1837, j’introduisis une once de graine de vers à soie (race piémontaise) dans un bocal de verre, garni h l’ouverture d’une toile à jour, et j’exposai cette graine à toutes les variations de température, en fixant le bocal contre la paroi externe d’un édifice situé sur le plateau du Mont Cenis, à 1066 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces œufs, en butte à l’action d’un hiver des plus rigoureux, subirent un froid prolongé de plus de î5 degrés centigrades. Retires au mois d’avril i838, leur éclosion fut aussi égale, aussi complète que celle des œufs que j’avais tenus constamment à une température au-dessus de zéro. » Il est regrettable que les vers nés dans ces conditions n’aient pas été élevés par comparaison avec ceux qui seraient nés de la même graine, hivernée à la manière ordinaire. LA FLACIIERIE. 275 blisscnt le plus les vers à soie, et, par contre, toutes les disposi- tions ([ui facilitent un renom ellenienl continuel de l’air dans les magnaneries ajoutent à la \ ignenr des vers. J.a noniTiture du ver à soie est extrêmement aqueuse, et ses déjections sont ]îrcsqu(! sèches : c’est un animal qui n’nrinc pas, tandis qu’il ingère con- stamment dans son corps une quantité d’eau considérahle. Tlicn n’est donc plus fatal à sa santé, au jeu régulier de toutes ses fonctions, qu’un air humide et stagnant. C’est pourquoi l’usage des cuisines à larges cheminées convient si bien dans les premiers âges de l’insecte. Quant aux magnaneries proprement dites, je trouve très-savante la disposition de celles des Cévennes, lors- qu’elles réunissent les conditions suivantes : peu de largeur, beaucoup d’élévation, la toiture à claire-voie, des trappes au ni- veau du plancher, communiquant avec un rez-de-chaussée ou un cellier frais. Enfin chaque magnanerie doit être d’une dimension totale relativement restreinte. J’ai ouï dire, dans le Gard, qu’il v a cinquante ans environ le nom de T... l’animal avait été donné à un individu d’Alais, qui avait eu l’audace de porter à Il onces la quantité de graine élevée dans une même magna- nerie. Le surnom est resté dans la famille. Les Bulletins des séances du Comice agricole du \ igan portent pour épigraphe : Petite magnanerie, grande filature. Aujourd’hui, il n’est jias rare de voir des magnaneries de 3o onces. Ce serait demi-mal, si l’on n’élevait à l’ordinaire dans un local donné le double ou le triple de la quantité des vers que comporte sa surface. Chose étrange, cette faute si grave de l’en- tassement des vers est commise, par la plujiart des éducateurs, principalement depuis l’origine de l’épizootie. C’est que le haut jirix des cocons excite outre mesure la convoitise de tous les éleveurs. L’observation suivante, si elle était confirmée, serait une des meilleures preuves de la nécessité de recherches expérimentales rigoureuses sur les principes de l’art d’élever les vers à soie. En 1869, formai le jirojel d’appuyer sur des expériences directes une opinion que j’avais émise conjecturalement l’année précédente dans ces termes : 8. MALADIE DES VERS A SOIE. 27(5 « L'éclosion ne s'efjfeclue-l-elle pas souvent par des vents très- secs, sans qu'on ait le soin de donner à l'air une humidité suffi- sante?... Que l'on se représente ces malheureux insectes sortant tout humides de leurs coques et exposés tout à coup à l’atmosphère la plus desséchante. » CctLe circonstance, concl nais-je, n’alI’aiLlit- elle pas les vers, et cet aU’aiblissement ne peut-il pas se traduire, de la cpiatriènie mue à la montée , par des embarras de di- gestion capables d’amener la maladie des morts-llats acci- dentelle (i)? Eh bien ! les premières expériences faites ont donné tort à ces hypothèses, assurément les mieux fondées en apparence. On a partagé en trois lots distincts des vers qui venaient d’éclore. Le premier lot a été traité à la manière ordinaire; le second a été placé pendant six heures dans un vase rempli à moi- tié de chaux vive; le troisième dans de l’air saturé d humidité. Le premier et le troisième lot ont péri de la llachcrie, le second a donné quatre-vingt-huit cocons pour cent vers comptés à l’éclo- sion. L’expérience a été reproduite dans les mêmes conditions sur des vers d’une auti’c race, et le lot desséché pendant six heures eut encore un immense avantage sur les deux autres sous le rapport de la llacheric ; de telle sorte que présentement, et jusqu’à nouvelles expériences décisives, le séjour des vers, au moment de l’éclosion, dans une atmosphère sèche, paraît être plus utile que nuisible pour les fortifier et leur donner de la résistance contre les maladies accidentelles, notamment contre la llachcrie. Dans le but d’cmpècher l’éclosion des germes de vibrions ou pour tenter d’accroître la vigueur des vers, on a essayé l’addition, sur la feuille destinée à leur nourriture, d’un grand nombre de substances. Aucune d’entre elles ne nous a satisfait. Le nitrate d’argent, le sulfate de cuivre, le chlorure de mer- cure employés à des doses inolfensives pour les vers, ont retardé les cll'ets de la contagion. Le chlore, ainsi que je l’ai exposé. (i) Voir mon Knpport an Ministre de l’A(;ricnllure en date du 5 août 1868; t. Il, p. 270 et 271. LA FLACHERIE. 277 p. a56, a été ciricace pour retarder l’apparition des vibrions dans une infusion de poussières chargées des germes de ces infusoires et provenant d’une magnanerie infectée (i). (i) M. Gueyraud, cdiicatRur de vers à soie dans les liasses- Alpes , dit avoir obtenu en 1869 de bons résultats, contre la flacherie, d’une dissolution de sulfate de magnésie répandue sur les fouilles avant le repas. 278 MALADIE DES VERS A SOIE CHAPITRE YII. RÉGÉNÉRATION D’ÜNR RACE A L’AIDE D’UNE GRAINE QÜELOUE NIAUVAISE QU’ELLE SOIT. — ÉDUCATION CELLULAIRE; ÉDUCATION A GRANDE SURFACE. Bien des éducaleurs, depuis l’apparition dn lléau, ont eu le re- gret de voir s’éteindre entre leurs mains des races remarquables pour la beauté de leurs cocons, la force et la finesse de leur soie. Je vais faire connaitre un mode d’éducation dont les résultats sont pleins d’eïiseigncmcuts à divers titres, et qui permet de ré- générer facilement une race quelconque, à l’aide de la plus mau- vaise graine, c|uc celle-ci soit atteinte de flacberie ou de pébrine au plus haut degré. Ce mode consiste dans l’éducation que j’ap- pellerai cellulaire et qui nous a déj.à servi antérieurement à ré- soudre les dillicultés que soulevait la question de l’existence des taches h la surface de la peau des vers <à soie. Nous savons que les deux maladies régnantes qui se partagent tous les maux de la sériciculture sont essentiellement des maladies héréditaires et contagieuses. Supposez dès lors qu’il existe dans une graine dix, vingt, trente, quarante, cinquante œufs sur cent, exempts de corpuscules ou privés de la prédisposition héréditaire à la llacherie. Lorsque vous élèverez en commun tous les vers issus de cette graine, les malades ne tarderont pas à contagionner ceux qui sont bien portants, et l’éducation tout entière pourra périr comme si tous les œufs avaient été primitivement infectés; si vous récoltez quelques cocons, soyez assuré (pi’ils ne contien- dront que des chrysalides impropres à donner d<> bons papillons reproducteurs. Voilà donc votre race perdue, du moins elle le sera pour vous; il ne vous restera plus 9 4. 1200 » » H. 5oo » 9 5. 600 » » 12. 5oo 9 6. 5oo » )) 13. 800 » 9 7. 5oo » )) 14. 5oo » 9 Le 21. On relève de nouveaux quatorze morts. 1. 2000 corpuscules par champ. 8. 800 corpuscules par champ. 2. 1000 » » 9. 3oo » 9 3. 800 » » 10. 5oo » 9 4. 100 » » 11. 1000 » 9 5. 600 » » 12. 0 0 9 6. 5oo » » 13. 200 » 9 7. 2000 )) » 14. 10 » 9 La montée n’est ünie que le 20 j elle ne donne que trois cocons seulement, dont deux très-laibles fournis pai’ deux vers à trois mues. Tout le restant des vers est pourri de corpuscules. Les trois chrysalides des trois cocons sont très-corpusculeuses. Je reviendrai tout à l’heure sur toutes ces observations. \’oyons auparavant comment se comportent eu éducation cellulaire les graines atteintes de llacherie héréditaire. Prévoyant eu 1868 que des contradictions se j)roduiraicnt, touchant les priiicijjes de l’hérédité de la llacherie et de son in- dépendance avec la pébrine, malgré les preuves sur lesquelles je les avais établis, j’eus le soin de me procurer diverses graines parfaitement exemptes de la maladie des corpuscules, mais très-prédisposées à la maladie des morts-llats. Une entre autres provenait d’une éducation de M. de Lachadenède, j)résident du Comice agricole d’Alais. Cette graine, faite cellulairemcnt, alin d’éloigner toute trace de pébrine, mais issue de papillons dont un grand nonü)re renfermaient le ferment en chapelets de grains, LA FLACIIERIE. 283 f ut soumise en 1869 aux épreuves les plus variées. Outre les très- petites éclueatiojis de eent vers seulement, ([ue nous limes simul- tanément à Pont-Giscjuet et au Collège d’Alais, la Commission des soies de Lyon en éleva deux grammes que je lui avais adressés eomme spéeinien d’une graine pi opre à démontrer la llaelieiic par hérédité. J’en envoyai deux autres grammes au même titiT, à M. Corualia; ee dernier éehantillou fut conlié par réminent di- recteur du Alusée de Alilan, à son ami le D'' Lcvi, dont j’ai déjtà antérieurement rappelé la réputation d’habileté dans l’élève des vers h soie. Dans toutes les éducations de cette graine, les vers, après avoir accompli avec une parfaite régularité leurs premières mues, ont péri sans donner un seul cocon, soit à Alais, soit à Lyon, soità A illanova,eiilllyrie. Pourtant, Al. Lcvi et M. Paul Eymard, secrétaire de la Commission des soies de Lyon, ont fait l’un et l’autre l’aveu qu’ils avaient mis un soin extrême à bien élever ces vers, désireux qu’ils auraient été sans doute de constater que la sériciculture n’avait pas à enregistrer, une fois de plus, le caractère héréditaire d’une maladie des vers à soie (i). 11 inqjorte de noter en outre que les vers morts u’oilraieut pas de corpus- cules, mais tous des vibrions en abondance. Eh bien! chose vrai- ment digne de remarque, vingt-cinq vers de cette même graine ayant été isolés dès leur naissance et soumis à l’éducation cellulaire dans un casier dont toutes les cellules se touchaient, ont fourni huit cocons très-beaux et très-sains, soit 82 pour 100. Quoi de plus instructif que les faits exposés dans ce Chapitre ? Que d’enseignements pour l’hygiène de notre précieux insecte et de tous les êtres vivants en général, dans ces simples observa- tions!.. Presque tous les principes relatifs aux deux maladies ré- gnantes, à leur nature, à leur mode de propagation, s’y trouvent condensés, en quelque sorte, pour un lecteur attentif. (i) Voici les ternies dont M. Levi s’est servi dans une lettre à M. Cornalia : M. Pasteur vous avait renais un échantillon d’une graine marquée C. C. afin de vous donner la preuve de la prédisposition héréditaire à la llacherie. a En dépit de tous les soins et de tous les spécifiques en usage pour sauver les vers de cet échantillon, tous ont péri de cette maladie. » (^HuUettino delV Associazione agrariu Friulana, novembre 18G9.) 284 MALADIE DES VERS A SOIE. Le caractère contagieux de la péhrineet de la flaeherie s’y ma- nifeste dans les conditions les jdus remarquables. Voilà deux graines: une corpusculeuse, l’autre très-ad’aiblie, conduisant fa- talement à des échecs, alors môme qu’on les élève en très-petites éducations et avec des soins particuliers, et, néanmoins, nous avons pu en retirer des proportions de 28 et de 3z cocons pour 100 vers. Bien plus, sur ces deux nomlires de cocons, il y a eu dans le premier cas, seize, et dans le second trente-deux repro- ducteurs sains; et tout cela a été la conséquence du seul fait de l’isolement des vers. Il a suffi de ne pas ajouter à la mortalité que devait entraîner l’hérédité, celle qui résulte du caractère conta- gieux de nos deux maladies. Pour réaliser ces heureuses conséquences, est-il donc néces- saire de procéder rigoureusement, comme nous l’avons fait, c’est- à-dire de séparer chaque ver de tous les autres? Oui, il faut aller jusque-là si vous voulez régénérer une race, si vous voulez tirer des reproducteurs sains d’une graine détes- table, parce qu’il importe de soustraire la nourriture et l’air que respirent les rares sujets sains, ou ceux qui peuvent se guérir, aux souillures du contact, des déjections et des gaz exhalés par la foule des sujets malades, morts ou mourants. Alais, en dé- linitive, on peut avoir rarement à résoudre ce problème de la régénération d’une race à l’aide d’une très-mauvaise graine; aussi n’est-ce pas là que se trouve le grand intérêt des faits que nous venons de constater. Ce qu’il faut y voir principalement, ce sont, d’une part, les funestes effets de la contagion des deux maladies régnantes et l’influence considérable de l’isolement, pour en arrêter les ravages. Si vous savez comprendre l’économie et la portée de ces résultats, vous vous efforcerez de vous rappro- cher le plus possible des conditions théoriques de l’éducation cellulaire; vous y parviendrez aisément en donnant à vos ^ers une grande surface, particulièrement dans les premiers âges; car, vu la lenteur des effets de la contagion, celle-ci est relati- vement bien moins dangereuse, comme je l’ai déjà fait obser^ er, quand elle se produit vers la lin de la vie de la larve que dans les premiers temps de son existence. Espacez donc vos vers le plus LA FLACIIEIUE. 28;i possible dès leur naissance 5 faitcs-les éclore en étendant beau- •coup la graine, an lieu de raccumuler sous une grande épaisseui’. Tons les jours, augmentez la surface occupée par votre éducation. Sans doute, en agissant ainsi, vous dépenserez un peu plus de nourriture, mais vous donnerez de la vigueur à vos vers, et vous supprimerez, en grande partie , la mortalité due à la con- tagion. En un mot, vous assurerez le succès de votre récolte, et s’il s’agit d’une éducation pour graine, vous contribuerez cousi- dérablement à la rendre cHlcace au double point de vue du ren- dement et delà reproduction. Enfin, n’oubliez pas que, dans notrtï éducation cellulaire, les vers morts se trouvent naturellement isolés de tous les autres. Pour réaliser autant que possible cette condition, faites en sorte qu’une personne intelligente soit tou- jours occupée à enlever les vers morts ou mourants, et en général tous ceux qui paraissent ne pas être en état de pouvoir faire leurs cocons . En suivant ces pratiques, en n’élevant que de bonnes graines, faites d’après les procédés (jui sont exposés dans cet Ouvrage, et en vous conformant, d’ailleurs, aux préceptes ordinaires de l’élève du ver à soie, vous pourrez conqjter sur des réussites in- connues aux époques de la plus grande prospérité de l’industrie séricicole. Afin de donner aux conseils qui précèdemt une sanction pra- tique, je ne saurais mieux l'aire que de les appuyer sur les usages suivis par les éducateurs japonais. On trouvera, parmi les Documents du second volume [voir p. 3 16 et suivantes), des nombres précis et authentiques sur la surface occupée par les vers dans les éducations du Japon. Les vers d’un carton japonais, c’est-à-dire d’une once de graine de 20 grammes environ, n’occupent pas moins de 5 mètres carrés, au moment du premier sommeil. Voyons quelle est, chez nous, la sur- face réservée à une once de graine, à cette époque de la première mue. La planche de la page 8 représente, en grandeur natu- relle, des vers pris au réveil de la première mue, dans une édu- cation ordinaire, e’est-à-dire (pic les vers y ont à peu près l’espace qu’on leur donne habituellement en 'France à cet âge. Or, cette 28G MALADIE DES VERS A SOIE. planche comprend nn total de cent lrei7.c vers, til il est facile de s’assurer qu’ils oceupent 9.8 centimètres carrés, soit, pour treiiK* ou quarante mille vers , ySoo à i oooo centimètres carrés. C’est I mètre carré seulement pour quarante mille vers, ou cinq fois moips environ qu’au Japon. Pour les autres mues, mms sommes aussi parcimonieux, dans la surface occupée par nos éducations. Est-ce à dire qu’il faille changer tout le système de l’élève des vers à soie en Europe? En aucune façon, car la place ne manque nulle part jîour les premières mues. M. de Lachadenède, président du Comiee agricole d’Alais, a fait en 1 868 et en 1 869 des éducations j)our graine à grandes surfaces qui ont eu les plus belles réussites (i), sans être le moins du monde atteintes par la llacheric. Le lecteur me saura gré d’insister, par de nouvelles citations, sur l’importance qu’on attribue au Japon aux éducations à grande surface . M. Ilcrmet de Cachou, interprète de la Légation de France au Japon, a traduit, en 1 865, nn Traité japonais sur l’art d’élc^ er les vers à soie, dans lequel on lit les passages suivants (2) : « Faites en sorte que les vers ne soient pas trop pressés. » (Il s’agit des vers <à l’éclosion.) « Lés vers provenant d’un carton devront occuper un espace d’un mètre carré. 5 ous n’emploierez jamais assez de récipients (paniers ou claies où sont placés les jeunes vers). Faites que les vers ne soient pas en contact » « iN’oubliez pas d’éclaircir chaque jour les vers et d’empècher qu’ils ne s’agglomèrent 5 faites-le au moyen de petits b<àtons avant de leur donner la feuille » (1) Parmi ces éducations dont j’ai le compte rendu très-dctaillé sous les yeux, il en est qui ont un intérêt particulier, parce qu’elles ont été faites dans le but d’é- tudier l’iniluence de diverses sortes de Icuillos sur la marche des vers. Contrai- rement à des idées généralement admises, et qui paraissent d’ailleurs appuyées sur des faits assez positifs, M. do Lachadenède n’a trouve aucune différence appréciable entre la feuille taillée, la feuille non greffée et la feuille résultant du mélange de ces diverses sortes. (2) La traduction de M. Hermot de Caclion a été mise en italien parM. Dell’Oro, négociant, établi au .lapon. Cette version italienne a été de nouveau traduite en frani,-uis par M. Pécoul, professeur au collège de Saint-Marcellin (Isère). LA FLACHERIE. 287 « En résumé, nous dirons cju’à partir du second jour do l’éclosion, il faut écarter deux ou trois fois par jour les petits vers, au moyen de jjctits bâtons et cmpèelier avec soin qti’ils ne s’entassent. » On lit encore dans le Traité japonais, traduit par M. Léon de Rosny : « 11 faut <à l’éclosion clair-scmer les vers à soie provenant d’nn carton sur une superficie d’environ trois syak carrés d’étendue, et leur donner de la pâture en les clair-semant de plus en plus. » La surface dont il s’agit correspond à un carré de 909 milli- mètres de côté. Et ailleurs : ... « Ensuite, c’est-à-dire dans les jours qui suivent l’éclosion, il faut espacer de plus en plus les vers à soie à l’aide de bâtonnets minces et pointus, et chaque jour avant dé leur donner du mûrier, les séparer avec ces mêmes bâtonnets dans les endroits où ils sont trop compactes; ensuite il faut leur verser de la nourriture, en évitant de faire des tas de feuilles. » « A partir de la première mue, il faut maintenir les vers clair-scmés » « Tous les vers qui ont été maintenus compactes 11e sont pas bons. » Puissent être entendus et compris de tous nos éducateurs ces sages préceptes des auteurs bacologues d’un peuple industrieux qui, depuis i865, a fourni à l’Europe d’immenses quantités de graines de vers à soie d’une vigueur remarquable, quoique d’un produit médiocre, préceptes auxquels les expériences exposées dans ce Chapitre donnent une autorité irrésistible ! ■,4v . .'■ Jr:i',-. fm :Aev:;4iÉ ■ -T . ,' J P "''--^;'"'4 rr^ . . ?i-A Jf y.'i I • î<« Sfr ^ •;, . •„ i^‘!l^.. i>a1&r»-4 ti^iùàr*^* :> ,a tvi> Snllrt-K.irrï- f^•<4l^M4J Jiiiîi-fiWi’ .t< '• '■ y *' ■ ‘;ii>i4iriiitin.'V t* ■ *fr.<- iifiYi^'^r',léa!rJ> r* hei*.’,' , /â"fi«riiü.iryi o*.! ^ 'i.;| • f #• i » V wtx U*^'«î^rjrfU wj,^‘.-;', , ' .^V ■ - ‘ ,-v-^^^i. ^^AÎiuaM^ aéi.^ lâriiii|:i^ ;.1 •<»• ^t> • ^r».' . .. ,■ c^, ‘Vi^W V- |Éïli?îp*^ '•■ •'’ * àtrf t» »Jtti» ^hft JîTWMofc»^Viÿtolfcl a.1 Hdb^ i I* , >M *' -<4C. .*, *l » jiï' ,>• -s. :« ' ' - f-' *>» .• i )*A;*h* 1 #<*1-,#^.' 4T »:<^> i* • -n V . ■* .H** "U- r » >*•«* . !' rr ■ : ^ rn îWt» • ^*»U*- -.*■ ^ ^ .tr. ' ‘ >+■«*. , •■• • f, .%-i<-.,' • .,«. . fàjÿvj , ■. M ^,.,,g|ÿ!(f^; ÿ'-tfx K*' * tu •j^ — - - • •rür'-*».- I ■ ■“■ *1 '• ■ - A’if^:~ ''■'' '»■.', . -vi _ ">»■■* ' •‘^ ■ "*» ;? tJirt. A* MW'TB. <»^'.>-... ■ • ‘ A y 'ri* V î' ' <<*'. ...... . ■ 'Cji ?. ,'■-. . ‘'..i»i*i , Lm / '' SJ^ APPENDICE. 280 APPENDICE. CHAPITRE PREMIER. DE L’ANCIENNETÉ DE LA FÉBBINE. Je ne croîs pas qu’oii puisse mettre en doute raucicnucté de la péLrine et des ravages qu’elle a dû exercer dans les éducations depuis les temps les plus reculés. Tous les Auteurs qui ont écrit sur les vers à soie, avant l’époque actuelle, parlent de vers malades qui présentent d<;s taclies noires, des meurtrissures. Dandolo (Milan, i8i8( décrit une maladie du cinquième âge, nommée vulgairement maladie du signe [segno]^ et, après une interprétation de lantaisic sur la cause du mal, il ajoute : « On a des preuves claires de cette désorganisation par les taches ou pétéchies noires, rouges ou d’autres couleurs, c]u’on aperçoit sur le corps de l’insecte... (i). » 11 importe peu que cet Auteur confonde la maladie du signe ou des taches avec la mus- cardinc. Ce ipii est significatif, c’est le fait de l’existence de vers (i) La maladie régnante a été précisément désignée par quelques .Auteurs italiens, sous le nom de pétéchie {peCechia). Voici le programme d’un prix proposé en 1857, par l’Institut impérial et royal des Sciences, Lettres et Arts du Royaume lombard-vénitien : « Afin de décerner le » prix extraordinaire de 12000 francs, dit à la munificence impériale, un concours • est ouvert pour rechercher les causes, l’origine, les caractères, le siège des i> maladies connues sous les noms iVatrophie, àc pétéchie {petcchia), etc., dont les I. '9 290 MALADIE DES VERS A SOIE. ('vidcmmeiil atteints de maladie et portant sur leur eorps d«‘s tacites noires. L’altbé de Sauvage parle également de vers malades jtré.sentant le symptôme des taches : « On connait, dit-il, les vers atteints de la mu-scardine, d’abord à des points noirs répandus sur dilîérents endroits de la peau; quelquefois aussiles symptômes commencent par des taches livides ou noii\àtres au sommet de la tète, à la naissance des jamb(.‘s, autour des stigmates. » O La muscardine ne commence point du tout par des taches noires sur dilférentcs parties du corps, comme le dit l’ahhé de Sauvage. Ainsi que Dandolo, il a confondu la muscardine avec- la péhrine. Olivier de Serres, lui-mème, avait déjà remarqué l’existence de vers malades et tachés ( i ) : « Le mal est bien plus difficile à guérir, de ceux cjui ont été repus de mauvaise feuille, comme de la jaune, maculée ou trop nouvelle, car souventes fois de cette-ci leur avient flux de ventre qui les crève, et de celle-là la peste toute certaine. J)e cette ma- ladie-ei, les magniaux viennent tout jaunes et tachetés de meur- trissures; de c[uoi vous apercevant tant soit peu, ne faille/, de les remuer diligemment en chambres et tables séparées pour essayer de les sauver par bons traitements, ou du moins pour éviter la contagion au reste du troupeau. Mais tenez pour désespérée la guérison de ceux qu’avec les marques dites verrez baignés au ventre par (certaine humeur leur découlant on telle partie du eorps, cpi’enlèverez d’entre les autres pour viande aux poules. » » vers ont été atteints pondant ces dernières années, et indiquer surtout un remède » préservatif on curatif, d’une elTicacité prouvée et d'une application générale..., » Le jugement sera prononcé, et s’il y a lieu le prix sera décerné, dans la séance » solennelle du .3 mai i8Go. » Milan, le 12 mars 18.57. ” I.c mot de /jc7;/7'hc, proposé parM. de Quatrefages en i858, a remplacé générale- ralement celui de pétéchie. (1) Lu ciici'lette ns reconnaitre que ce n’était pas le cas général. M. Tresca m’a remis des cocons conservés dans le cabinet de AI. Alcan, an Conser\a- toire des Arts et Alétiers, et portant l’étiquette : Tolosa, i838. Snr huit chrysalides qui ont été examinées, six se sont montrées sans corpuscules, une en renfermait très-pen, la huitième en était chargée. J’ai trouvé, d’autre ]>art, toujours au Conservatoire des Arts et Alétiers, un grand nombre de cocons avec cette étiquette : Exposition universelle de 1 855. Médaille d'argent de première classe. Race de cocons dite A'in-Hamadc . Offert par V établissement sérieicole de A'in-Uamadé à la Société centrale d' Agriculture de France. Ta n’existait pas, ai-je ouï dire, à ,\ïn-llamadé, en i855. Cependant, sur trente-six chrysalides, j’en ai rencontré quinze (]ui ont oÜert des corpuscnles, en proportions \ ariahlcs, géné- ralement faibles. M. Blanchard a en rohligeancc de me remettre (piehpies pa- APPENDICE. pillons (loniiôs, eu 1 84 1 , au Muscuiu d’ilistoli e nalurcllo de Paris, par i\I. RoLinct. Tous m’ont présenté des corpuscules eu abon- dance. Comme preuve de l’aucienneté de la maladie des corpuscules (ît qu’elle a été, pour ainsi dire, de tout temps iubércute aux éducations de vers à soie, ou peut invoquer les résultats de l’examen que tout le monde a pu faire, eu i86j, des exeellentes graines fournies par le .lapon. \ oilà une contrée séricicole pour le moins aussi prospère que l’étaient la France, l ltalie, l’Espagne, avant l’époque du lléau actuel, et pourtant il est facile de s’as- surer de l’existence de la pébrine au Japon, luen plus, la compa- raison des graines venues de ce lointain pays, en i86j et les années suivantes, démontre que cette maladie y fait des progrès constants, et on peut prévoir lemonumt où les graines du Japon nous ari'iveront corpusculeuses et improductives (i). I^e tableau suivant est relatif à vingt-cinq des cartons dits du J’aïcoun, dont le Japon avait fait hommage à rEinpereiu', eu 1866. (i) Ces laits sont tirés de ma lettre à M. Mares, datée d’Alais le i^'' mars 18O7, et reproduite par extraits, t. Il, p. 198. MALADIE DES VERS A SOIE. 2ül OEUFS de mauvaise apparence (•). OEUFS de belle apparence. COULEUr. de» cocon». KCUDRB d cours o^mminés. nOMBRË de ceux qui ont ofTerl dos corpuscules. d'œufs examinés. 50MBKE de ceux qui ont offert des corpuscules. 3 , 33 0 Blancs. 3 i 18 0 Id. 3 0 33 I Id. i3 0 33 0 Id. 8 0 33 I Id. 3 3 18 3 Id. 3 I i8 2 Id. 8 0 33 0 Id. 3 3 (8 3 Id. 3 0 33 0 Id. 8 l 33 0 Id. 3 2 33 ü Id. 3 I 33 0 Veits. 3 0 33 0 Id. 8 1 33 0 Id. 4 0 33 0 Id. ! 3 I 33 I Id. 1 3 I 33 3 Id. ! 8 0 33 0 Id. 1 3 2 33 2 Id. 3 I 33 Id. 8 0 33 0 Id. 3 1 33 3 Id. 8 l 33 0 Id. 3 0 33 Id. (*) Les œufs dits de mamuiise ri/)/;Mrivu*ecUicnl les œufs rooge brun. déprimes, clc. jNous voyons que, sur vingt-cinq cartons importes du Japon en 1860, à l’origine nièine de l’emploi en Europe des graines de ce pays, quinze ont oll'ert des corpuscules dans les œufs de mau- vaise apparence, quoiqu’on n’ei'it examiné (pu; trois œufs le j)lus souvent 5 dix en ont ollert dans les (enf’s de belle apparence, pour un examen ([ui portait sur trente-trois ar la maladie. APPENDICE. 297 roui nous porte à croire, en eonséquenee, que les désastres actuels ne sont qu’une nouvelle épreuve scniLlable aux précé- dentes, et probablement duc aux mêmes causes. Toutefois, elle en dil'fère par sa persistance et son extension graduelle à toutes les contrées séricicolcs, circonstances qu’il faut attribuer, sans doute, au développement du commerce des graines, motivé lui- même par la prospérité de l’industrie séricicole dans le siècle actuel . En partant de cette donnée Incontestable, ainsi (|uc je viens de le prouver au Chapitre précédent, que la pébrinc est une maladie inbérente aux éducations, qu’elle y a toujours exercé des ravages ignorés quoique réels, il est assez facile de se rendre compte de sa propagation à travers l’Europe et l’Asie à la suite des grai- nages industriels qu’on a dù aller y pratiquer pour suffire aux de- mandes des contrées atteintes par le lléau. Afin de mieux fixer les idées sur le point qui nous occupe, considérons une localité séricicole três-prospêre. Ce; sera, par exemple, Andrinoplc, dans la Roumélie, en 1 856. Comme autre- fois en b’rancc, les éducateurs y font eux-mêmes, ebaque année, la graine dont ils ont besoin. Ils s’enquièrent des meilleures éducations de leur voisinage, dont ils achètent quelques kilo- grammes de cocons pour graine. S’ils ont eu une cbandjrée très- satisfaisante, ce sont eux qui deviennent les pourvoyeurs de bons cocons 2)Our leurs amis et connaissances, ils n’élèvent qu’une seub; sorte de graine. ^ oilà bien les conditions normales de la sériciculture, et telle était la situation de tous nos départements séricicolcs avant l’apparition du lléau actuel. 11 n’v avait que les grandes magnaneries de vingt, trente onces et plus, qui ne fai- saient pas leur graine. Elle était achetée à des fermiers n’ayant que de j)etites chambrées, placées de préférence dans les localités montagneuses où l’air est plus vif et le sol moins humide que dans la plaine. Dans ees conditions la production de la graine ne donne pas lieu à une branche de commerce proprement dite. Le j)rix de vente de la graine en France, aux époques de prospérité, ne dépassait pas 3 francs l’once de 26 grammes. Cela étant, voici venir dans l’heureuse et prospère localité de 298 MALADIlî DES VERS A SOIE. la Rouniélie que nous avons prise pour exemple, des {Kîrsonnes envoyées de France on d’Italie par les éducateurs des contrées où les bonnes semences font défaut. Lc“s agents dont nous parlons commencent par choisir aux environs d’Andrinoplc un emjjlace- ment plus ou moins vaste, puis ils achètent les cocons qui leur sont apportés à des prix naturellement bien plus élevés que ceux qui avaient cours jusque-là dans le pays. Les chambrées pro- ductrices de ces cocons ont-elles bien on mal réussi? Le tcmj)s a manqué pour s’en assurer. Le paysan, alléché par le gain, atfirmc que les cocons qu’il vient ollrir proviennent de la plus belle éducation qui se puisse voir. Malgré tout, dans celte pre- mière année, nos graineurs confectionnent des semences qui sont en général de très-bonne qualité et qui se comporteront à mer- veille chez leurs commanditaires. Aussitôt ces derniers, et tous les éducateurs de France, vantent à l’envi la graine d’Andrinople, et c’est à qui pourra se procurer des semences de Roumélie. ^os graineurs, suivis de nombreux imitateurs, s’empressent de retour- ner l’année suivante dans cette heureuse contrée. Ils y avaient confectionné looo onces de graines : on les oblige par des de- mandes sans nombre à en rapporter loooo et plus. Ils étaient partis la première année à titre d’agents de Comices agricoles ou de souscripteurs qui payaient leurs dépenses et avaient exigé que la graine importée serait vendue à un prix relativement modique, fixé à l’avance. Cette fois, sûrs de la vente de toute la provision de semences qu’ils pourront confectionner, ils se garderont d’aliéner leur liberté. Ils partent à leurs risques et périls. Ce ne sont plus des commissionnaires, mais des négociants qui vont chercher à l’étranger une marchandise dont ils trouveront à leur retour le meilleur placement, sans que personne soit capable d’en contrôler la qualité. Des changements d’une autre nature se sont accomplis dans notre pays aux grainages prospères. On sait à l’avance que les graineurs de France et d’Italie reviendront. Ils l’ont dit. Ils ont même fait des marchés anticipés, pressentant 0 Quoi qu’il eu soit, il n’est pas douteux que dans le nombre immense de eartons importés en France, en 1869, il a dû s’en rencontrer une multitude aussi corpusculcux que ceux du premier de ces tableaux. Le commerce des graines avec le Japon a été exagéré en 1868, à tel point qu’on n’a pas importé de ce pays en France et eu Italie moins de deux millions quatre cent mille cartons-, c’est-à- dire que les arrivages ont de beaucoup dépassé la consommation possible, si l’on tient compte des graines reproduites, soit avec des éducations de graines japonaises, soit avec des éducations de graines indigènes (i). Aussi, après avoir exigé le prix de 20 à 3o Iraucs par carton, les détenteurs de cette marcbandisc, ont dû vendre, à la veille de la campagne de 1869, sm- tous les marcliés du Gard et des pays séricicoles, des milliers de cartons à 10, i5, 25 et 5o centimes. D’ailleurs ces cartons , en général d’assez belle apparence, étaient revêtus de timbres autbentiques. Cette circonstance amènera sans doute nue grande diminution dans l’importation des semences japonaises pour i8jo. (1) T'oir t. II, p. 3o8, 3og, 3io et 3a.'|. APPENDICE. 303 CHAPITRE III. LA RÉCOLTE DES COCONS A TOUJOURS ÉTÉ FORT DÉPENDANTE DES CONDITIONS CLIMATÉRIOUES. ün SC plait aujourd’hui aflirmer la rcgularité cl l’abondaucc de la récolte de la soie avant l’apparition de la maladie actuelle, c’est-à-dire avant 1849- nature humaine est ainsi faite qu’elle est injuste envers le sort dans la prospérité comme dans l’infor- tune. Heureux, nous souffrons des moindres peines 5 malheureux, nous aimons à exagérer nos misères eu exaltant le bonheur perdu. Ecoutez les plaintes des sériciculteurs. A les entendre, de toutes les récoltes, celle de la soie était la plus sûre. Leurs échecs d’à présent sont le fait de la maladie régnante. Ils n’accuscut jamais les eirconstauccs atmosphériques ou les fautes qu’ils ont pu commettre . Cet optimisme rétrospectif est fort exagéré . Comme toutes les récoltes agricoles, celle de la soie avait ses bous et ses mauvais jours . Ou jjcut assurer même c[u’ellc était moins favorisée que toutes les autres, car elle avait à comp- ter, non-seulement avec les intempéries des saisons, les gelées tardives, les pluies prolongées, les chaleurs excessives ou les froids inaccoutumés, mais encore avec le défaut de soins ou rinintclligenee des éleveurs. A l’appui de cette opinion, je vais reproduire quelques comjjtes rendus sérieicoles, extraits d’une publication dont l’impartialité ne saurait être contestée, car elle date d’une époque où il n’était pas encore question de la maladie des vers à soie : je veux parler des Annales de la So- ciété séricicole^ Société fondée en 1 837 pour la ])ropagation (;t raniélioration de l’industrie de la soie eu France. (( Les nouvel les que nous pouvons vous donner sur les récoltes de cocons de 1 84 1 ne sont pas aussi satisfaisantes que celles des années 30i MALADIE DES VERS A SOIE. prcccdcnlcs 5 l’industrie de la soie est, comme toutes les in- dustries agricoles, soumise à des elianees que ne peut conjurer la sagesse de riionnne ; les éducations de vers à soie ont {gé- néralement manqué en Provence, il y a eu de grands dé- sastres Dans les Basses-Alpes les vicissitudes de l’atmosplière ont été extraordinaires. La pluie, te froid et la clialeur se sont succédé d’une manière incroyable A os vers sont restés faibles, petits et paresseux pendant toute l’éducation •, à la montée ils ont été affligés par toutes les maladies connues, et ceux qui sont sortis victorieux de ces épreuves sans cesse renaissantes ont manqué de force à la fin de leur tàclm et n’ont filé que d’une manière inq^arfaitc » [Annales de la Société séricicote^ t - ^ 5 année i84i-) « Une circonstance fàclicuse a exercé son innuence sur les éducations de cette année. Je veux parler de la gelée du mois d’avril, qui a été si funeste, non-scidemcnt aux mûriers et à la vigne, mais à la plupart des arbres fruitiers Presque partout dans le Midi on a perdu la moitié et même les deux tiers des feuilles Les gelées ont été suivies de pluies continuelles, de grêle et de brouillard Dans le département de l’Isère beau- coup de propriétaires ont renoncé à faire des éducations. Le dé- partement de la Drôme a été particulièrement maltraité. Les vers n’ayant été nourris qu’avec de mauvaises feuilles ont traîné une existence languissante et n’ont donné que des cocons très-légers et en très-petite quantité. La perte que ce département a éprou>ée est au moins des deux tiers d’une réc'olte ordinaire, c’est-à-tlirc d’environ dix à douze millions n [Annales de la Société séri- cicole, t. MI, année i843.) « Vous savez que la récolte de cette année a été aussi bonne que celle de l’année dernière avait été peu satisfaisante. Dans presque tout le Midi une température douce, progressivement chaude et plus égale que de coutume a favorisé le développement de la feuille de mûrier, et presque partout aussi les éducations de vers à soie ont donné les meilleurs résultats. « [Annales de la Société séricicole^ t. VJll, année i8440 « L’état de la temj)éralure de 184^5 eontraiiH! à l’élève. APPENDICE. 303 des vers cl si fôclicux pour la plupart de nos produits agricoles, a fait ressortir avec plus d’éclat encore la supériorité des magiia- iicrics bien ventilées et des bonnes méthodes d’éducation. Les départements de l’Ardèche, de la Drôme ont été les plus mal- traités par rinlluence de la saison. Ils ont eu à peine nue moitié de récolte. Le A ar et les Bouehes-du-Rlioiic estiment la leur aux trois quarts. Dans le Gard la récolte peut être classée dans les moyennes, et elle aurait été bonne si les éducateurs elli’ayés par le froid qui se manifesta au eommcuccment de l’édu- eatioii et arrêta la végétation des mûriers n’avaient pas jeté beau- coup de vers » [Annales de la Société séricicole^ t. IX, an- née 184Û.) « La récolte sérieieole de cette année a été en général mé- diocre, on doit l’attriJjucr en grande partie à l’élévation extrême de la température. 11 est à remarquer ([ue les grandes chaleurs sont presque aussi nuisibles à l’éduealion des vers et au rende- ment des cocons que les pluies et l’humidité. Dans, tout le Midi les cocons se sont payés três-elicrs et ont Irês-peu fourni à la bas- sine » [Annales de la Société sérieieole, t. X, année 1846-) Ainsi, sur cinq années consécutives, de i84i à 1846, une seule, celle de i844i ^ três-satisfaisaute. 30ü MALADIE DES VERS A SOIE. CHAPITRE lY. DU RENDEMENT MOYEN DES EDUCATIONS DE VERS A SOIE AVANT L’ÉPOÛUE DE LA MALADIE. — POSSIBILITÉ DE L’ACCROITRE. Le rendement industriel des eliamljrées de vers à soie a tou- jours été fort au-dessous de ce qu’il aurait pu être théorique- ment. Chacune des phases de la vie du ver a ses causes de mor- talité, les unes inséparables de l’éducation en grand telle qu’on est tenu de la pratiquer, les autres au contraire plus ou moins <â la merci du savoir de l’éleveur. Qu’au moment de l’éclosion, sur nu total de trcutc-eiuq à quarante mille œufs qui composent une once de ao grammes de graine, il naisse dans les premiers jours et à diverses reprises quelques douzaines de vers, le mieux est de les ahandonner errants sur les toiles ou sur les cartons. L’an’aiblisscment dû à l’inanition trop prolongée fera bientôt snceomijcr ces premiers vers, mais cette perte est préférable aux cmJjarras de leur égalisation avec ceux des éclosions abon- dantes qui doivent former le gros de l’éducation. A la ûn de la soriie une autre perte du même orth’c se renouvelle. Aux diverses mues, à l’époque des délitages, on est contraint de sacrilicr les retardaires ; enfin dans une grande famille de vers à soie il y a nécessairement des avortons, des vers blessés, écrasés, etc., etc. Ce sont là autant de cireonstanees qui diminuent la récolte. Les soins et rintelligcnce des éleveurs peuvent bien en atténuer les effets, mais non les supprimer entièrement. Dans une certaine mesure elles sont inévitables. Toutefois il ne faut pas en exagé- rer l’iniportance ; aussi n’esl-ee pas à leur sujet que je désire appeler l’attention. 11 y a une mortalité, bien autrement désastreuse, qui depuis APPENDICE. 307 les temps les plus reculés de l’élève des vers à sole a frappé in- distinctement la grande majorité des éducations. Cette mortalité, qnoicpie considérable, est presque ignorée du plus grand nombre des magnaniers, on du moins elle est restée en dehors de leurs préoccupations; c’est que les éducations dans leur rendement habituel étaient rémunéi'atrices ; peu de cultures même pas- saient pour plus lucratives que celle du mûrier; de là une in- souciance naturelle pour le progrès, qui s’explique d’autant mieux que la production de la soie est entre les mains de fer- miers ou de petits propriétaires en général peu éclairés. Trouvant prolit à pratiquer l’élève des vers à soie d’après les méthodes séculaires en usage dans la contrée qu’ils habitent, ils n’ont jamais attaché beaucoup d’intérêt aux améliorations dont elle est susceptible. Qu’ou interroge, dans nos départements séricicoles, les hommes les plus compétents ; que l’on consnlte les statisticjues on les Auteurs qui ont écrit sur les vers à soie, voici les chilfres auxquels on aiTive. Dans les chambrées les mieux réussies^ dès (|ue l’éducation por- tait sur quelques onces de graine, on retirait au maximum 20 à kilogrammes de cocons par onc(! de 2Û grammes. Le succès d’une chambrée était remarqué quand ou obtenait i kilogramme de co- cons par gramme de graine pour une éducation de 10 onces (i). Dans scs Becherches sur les maladies des vers à soie^ publiées en 1808, jN jsten blâmant le peu de soins que prennent de leurs éducations les agriculteurs du Piémont, qui ne retiraient souvent que 3n livres de cocons par once de graine, et jamais au delà de 35 à 4o (2), Aysten, dis-je, s’exprime ainsi : (1) Dans les meillelres réussites, dit M. Guérin-Ménevillu, on n’obtient ordinai- rement que 10 à 2j kilogrammes de cocons pour a5 grammes de graine. {Comptes rendus de l’ Académie des Sciences, t. XXVII, p. /(i6, année i8/|8.) (2) M. Darbousse, maire de Cruvics (Gard), m’a assure de la façon la plus po- sitive et la plus réitérée que, dans sa commune, avant l’époque de la maladie, quand on avait 2.) à 3o livr. s petit poids par once de 25 grammes en grande chambrée de 10 à 20 onces, la chambrée était une chambrée réussie. Cela ne fait que 12 à i5 kilogiammes au plus par once. M. Darbousse m’a exprimé ce résultat sous cette 20. 308 MALADIE DES VERS A SOIE. « On doublerait les récoltes, si, à ravantage des petites édu- cations, on réunissait celui des soins qu’exigent contiiiuelleinent les vers à soie, car dans ceux des grands établis-sements du dépar- tement de la Drôme où les vers à soie sont bien gouvernés, on retire généralement 6o livres de cocons par once de graine, et les propriétaires de ce département entendent si bien leurs intérêts, qu’ils multiplient tous les ans leurs plantations de mûriers. » C’est bien le cbilFrc des bonnes réussites dont je parlais tout à riicure : 6o livres de 4^o grammes, c’est 24 kilogrammes de cocons par once de 2Ù grammes (i); qu’on le remarque bien, il s’agit ici des réussites dans les établissements les mieux gouvernés. La moyenne du rendement d’un grand nombre de chambrées, prises au hasard, était très-sensiblement moindre. En d’autres termes, si l’on eut divisé le poids total des cocons recueillis, par exemple dans une centaine de cbambrées, jvriscs tout venant, par le nombre de grammes de graines mises en éducation, le quotient obtenu, ou la moyenne dont je parle, n’aurait jias atteint, <à beaucoup près, 20 kilogrammes. On citait dans les contrées séricicolcs, comme exceptionnelles, les éducations d’une once qui avaient rendu 4o kilogrammes de cocons. Voici des renseignements statistiques qui font connaitre ap- proximativement cette moyenne du rendement des chambrées avant la maladie pour la France entière. Dans le Rapport présenté à l’Académie des Sciences (séance du 16 février iSùy), par M. Dumas, au sujet d’un Mémoire de M. André Jean, il est dit que la moyenne de la production autre forme : Quand une once faisait ^ tables (une table est une surface de 4 inèlrcs carrés, 2 mètres sur 2 mètres), c’était beaucoup. Pour les chambrées d’une once, on avait 5 tables au plus. J’ai écrit ces nombres sous la dictée de M. Darbousse. On voit que, du moins dans cette localité du Gard, le rondement moyen, avant l’époque, de la maladie, était le meme (jue celui dont parle Nyslcn pour le Pié- mont. (i) Dans les départements séricicolcs on se servait de la petite livre de 4oo gram- mes, comprenant i6 onces de 2a grammes. Los rapports dos nombres que je cite restent les mêmes, si l’on entend que Aysten parle do la livre de .'(89S'',5i et de l’once do 3oEr,5g. APPENDICE. 309 totale cil cocons pour toute la France, pour huit des aimées. les plus productives du siècle, de 1846 à i853, a été de 24204000 kilogramnics de cocons. D’autre part, M. Dumas évalue à 33 000 kilog ranimes, soit à 33 000 X 4^> ou 1 3 20 000 le nombre d’onces mises à l’incubation; en divisant le premier nombre par le se- cond, 011 trouve i8'‘”,4 pour le rendement moyen des chambrées par once de 20 grammes dans les liiiit années les plus productives de ce siècle. Je ferai remarquer eu outre que le nombre de 33 000 kilogrammes de graines dont la France aurait besoin, d’après AL Dumas, est établi dans son Rapport sur une donnée qui rend peut-être ce nombre plutôt trop faible que trop élc\é. Le rendement moyen de i8'‘®,4 serait donc un maximum. Persuadé que l’adoption des procédés de grainage que j’in- dique dans cet Ouvrage accroitra, dans une proportion considé- rable, le poids total de cocons qu’on pourrait retirer d’une once de graine (1), je dois faire connaitre exactement les rendements théoriques possibles comparés à ceux de la pratique industrielle. J’ai réuni, dans le tableau suivant, les nombres d’œufs contenus dans 1 gramme de graine de diverses races de vers à soie et les nondjrcs de cocons nécessaires pour former le poids de i kilo- gramme. De ces données, on déduit facilement les nombres d’œuls par once de 20 grammes, et les nombres de cocons que l’on pour- rait récolter si cbaque œuf donnait un ver, chaque ver, à son tour, un cocon, par suite le poids limite de la production possible. J..a dernière colonne du tableau fait connaitre ces rendements maximum. Ils sont considérables et bien éloignés des résultats de la pratique au plus beau temps de la sériciculture. (1) J’estime que cet accroissement peut aller aux trois demi et au double. 3i0 MALADIE DES VERS A SOIE APPENDICE. 311 Los c'ducatious clc eu tal)lcau ont été laites en 1867 pour les raecs japonaises, en 1869 pour les raees indigènes (il. Supposons une mortalité de 00 pour 100 dans les édueations des graines du tableau précédent. Les nombres de la cinquième colonne seront réduits de moitié : ainsi diminués, ils oscilleront encore entre 20 et 34 kilogrammes, de telle sorte qu’une perte supérieure à 5o pour 100 peut correspondre à des récoltes dépas- sant beaucoup le rendement moyen des époques de prospérité. Les chambrées les plus régulières et les mieux eonduites ollrcnt donc à l’ordinaire une mortalité considérable, et, s’il était pos- (i) Les nombres de ce tableau donnent lien à diverses remarques intéressantes : 1° Une meme graine avec un même mode d’éducation ordinaire chez divers édu- cateurs d’un même departement, l'ournit des cocons, dont les nombres par kilogramme varient sensiblement. Ainsi, tandis que la graine Raybaud-Lange, n° 8, a Idurni chez M. Chaptal, dans une éducation laite à IVimcs, 58G cocons au kilogramme, l’éducation de M'”® Malinowska, à Alais, en a donné 53o; ces nom- bres conduisent à des rendements théoriques de 5/ et G3 kilogrammes, à l’once de 25 grammes. — Résultat du môme ordre pour ces deux éducateurs relativement au n° 41 (même race). Dans la même commune, chez M. de Roisson, à Rivière, le 11° 31 (même race) a donné à un fermier 6^(2 cocons au kilogramme, et à un autre 5o5, d’où résultent des rendements théoriques correspondant à 54*^°, 8 et Cg*'S,^. 2“ Chez M. Despeyroux, deux éducations d’une même graine, l’une avec feuilles taillées, l’autre avec feuilles non taillées, dans le même local, ont conduit égale- ment à des nombres différents de cocons au kilogramme. Ces faits prouvent que la qualité et l’état de la nourriture, et les pratiques de l’éducation peuvent iniluer notablement sur les rendements en soie. INous voyons même chez M. de Roquefeuille une graine de la même race Jaune, dont nous parlons, conduire à un rendement théorique de /|S et 4o kilogrammes seulement, beaucoup moindre que celui des graines japonaises de 18G7. Enfin, il résulte des nombres de notre tableau, qu’en i8G(j le rendement théorique des graines, race jaune de pays, n’a pas été plus élevé'quc celui des graines japo- naises vertes en i8Gÿ. Cela tient à ce que, en i8Gg, delà quatrième mue à la montée, la saison a été extrêmement pluvieuse et que, par suite, les vers ont eu beaucoup moins à manger. La feuille étant souvent mouillée, on a été obligé de supprimer des repas, etc., ce qui n’avait pas eu lieu en 1867. Dans les années communes, les rendements théoriiiucs de la race Raybaud-Lange varient de Go à 80 kilogrammes. L’inlluencc de la nourriture plus ou moins abondante sur la grosseur des vers et, par suite, des cocons, est telle qu’en i8Gg, chez deux éducateurs dill'ércnls, dont l’un donnait beaucoup à manger au dernier âge, et l’autre peu, les vers d’une même graine à la montée pesaient, chez le premier, 7 grammes à 7 grammes et demi et chez l’autre 5 grammes à 5 grammes et demi. 312 MALADIE DES VERS A SOIE. siblc d’éviter les pertes énormes dont nous parlons ou même d<; les restreindre, la réeolte de la soie pourrait être notablement accrue. Je suis persuadé que ce but sera atteint quand on suivra fidè- lement les iudieations et les procédés pratiques exposés dans cct Ouvrage. La mortalité de 5o et 6o pour loo et davantage, dont nous venons de parler, n’a rien de nécessaire. Les pertes iné\i- tables des éducations sont toutes celles cju’amèncnt les maladies héréditaires , les œufs non fécondés, les vers aN ortons qu’on ren- contre toujours, eu plus ou moins grand nombre, dans les diverses pontes composant un lot de graines. 11 est facile de se convaincre que, de cet ensemble de causes d’amoindrissement des récoltes, la plus grave est celle qui procède des maladies héréditaires et contagieuses, notamment de la jk'- hrine et de la llachcric. Car, si l’on élève isolément des pontes exemptes du caractère héréditaire de ces deux maladies, le nomlirc des cocons, pour loo vers comptés à l’éclosion, peut atteindre 90, g5 et plus, tandis que, dans les mômes conditions, les pontes issues de parents placés sous l’influence de ces deux all’cctious donnent un nombre de cocons beaucoup moinch’c et souvent même tout à fait nul. En résumé, si les éducations olfraieiit à l’ordinaire au temps de la prospérité une mortalité habituelh; de plus de 5o pour 100, il ne faut en rien accuser la nature des choses et considérer des pertes aussi étendues comme nécessaires et obligées. Le jour où, dans la confection de la graine, on s’attachera à éloigner la péhrinc et la flavhcric, et que les éducateurs com- prendront mieux les soins intelligents que réclame l’élève des vers à soie, le rendement nioyen des chambrées sera plus que doublé. Aussi j’ai le ferme espoir que le lléaii dont la séiicicidture souffre depuis vingt ans deviendra pour elle l’occasion d’une propérité qu’elle n’a pas connue, môme dans ses jilus beaux jours. On a une preuve directe de ce que j’avance dans le succès ex- traordinaire des graines faites d’après mes indications, lorsqu’au- APPENDICE. . 313 c'unc circonstance accidentelle no \ ient contrarier le succès de leurs éducatious. Dans les années 1 868 et 1 869, plus de 4oo cliambrécs de i et 2 onces, clevces dans les montagnes des Hantes et Basses- Alpes, sous la direction habile de IM . Tlaybaud-Lange, ont donné un ren- dement moyen de 45 à 5o kilogrammes par once de a5 grammes ( 1 ) . (i) T'oir sur ce point les Documents autlientiques de la deuxième Partie du t. 11. A 314 MALADIE DES VERS A SOIE CHAPITRE y. DE QUELaUES DIFFÉRENCES ENTRE LA SmSCARDINE, LA PÉBRINE ET LA FLAGHERIE. Il résulte des faits exposés dans cet Ouvrage, que les vers à soie, comme tous les autres animaux domestiques, sont sujets à des maladies héréditaires et à des maladies accidentelles. La pébrine et la llachcrie ont l’une et l’autre ce double ca- ractère. La muscardine, au contraire, n’est jamais héréditaire. La pébrine est héréditaire lorsque le parasite passe du corps de la mère dans ses œufs, de ceux-ci dans l’emhryon,et de ce dernier dans le ver. Elle est accidentelle, quand elle sc produit sur des vers sains jiar contagion au contact de \ers malades ou de pous- sières fraîches de magnaneries infectées. La llachcrie est héréditaire non par un elfct de parasitisme, mais par cause d’alfaiblissement communiqué à la graine par des papillons nés de vers qui, eux, étaient atteints de llachcrie. (ie n’est pas, à proprement parler, la llaeheric elle-même qui est hé- réditaire, mais l’alfaiblissemeut dont il s’agit et à la suite duquel la llacherip peut survenir néeessaircin(?nt, par exemple dans tous les cas où l’éducation génératrice de la graine a éprouvé une mor- talité sensible par cette maladie. La llachcrie est accidentelle toutes les fois que, dans le cours de l’éducation, la feuille vient à fermenter dans le canal intestinal des vers, par le fait d’un développement de vibrions ou du fer- ment en chapelets de grains. Dans la pébrine et dans la llachcrie, le parasitisme joue doue un rôle considérable, il n’en existe pas moins, sous ce rapport, entre ces maladies, une grande dilférencc. Dans la pébrine, c’est APPENDICE. 315 la prt-sonce des corpuscules qui fait tout le mal, encore laut-il qu’ils soient abondants. Dans la llaeherie, c’est l’all'aiblisscinent de la race qui peimet le développement de ferments organisés dans le canal intestinal des vers, d’où résulte la fermentation de la feuille ingérée. Si elle est accidentelle, c’est le parasite vibrion ou le l’crment en petits grains qni amènent l’impossibilité des fonctions digestives et la mort, de sorte que, dans ce cas, on pourrait dire (jue le mauvais état du ver est, au contraire, consécutif à la fermentation. Le parasite de la muscardine se comporte tout autrement que ceux de la pébrine ou de la llacberie. Ici, pas d’hérédité possible, parce que la chrysalide, atteinte de muscardine, périt toujours avant d’avoir pu se transformer en papillon. Le germe du botrylis bassiana ne peut donc jamais s’introduii'c dans les œufs. En d’autres termes, la muscardine est toujours une maladie accidentelle, quoique essentiellement parasitaire comme la pébrine. Ai-i-ivé au terme de cette exposition, qu’une maladie très-sou- daim; a rendue très-pénible, il me reste un devoir bien doux à remplir, celui de témoigner ma reconnaissance aux personnes (jui, par leur bienveillant concours, ont facilité mes études. Au premier rang je dois placer mes clicrs élèves et amis, AIM. (dernez, Duclaux, Maillot et llaulin, qui, ensemble, ou séparément, ont partagé avec moi, depuis 1866, la tâche ardue <|ue j’avais acceptée, en i865, avec tant d’hésitation. Sans leur collaboration active et intelligente, il m’cùt été impossible de mener à bonne (in une entreprise qui, depuis quinze années, avait dérouté tant d’dl'orts. Je me souviendrai toujours que c’est par les échanges de notre mutuelle et sincère aifection que nous avons souvent réussi à cbarmer notre solitude de Pont-Gisquet. jNos devoirs professionnels auraient pu nous laisser des regrets : M. Duruy, alors Ministre de l’Instruction publique, se chargea 3J() MALADIE DES VERS A SOIE. d’y pourvoir avec une boule dont nous lui gardf)iis le meilleur souvenir. L’intelligente administration de MM. les Ministres Béliie, de Forcade la Roquette et Gressier, représentée par le digne et regretté ]M. Monny de .Alornay, et par M.M. Porlier et de Sainte- Marie, ne nous a jamais fait défaut. Nous avons rencontré un accueil bienveillant auprès de MM. de Lacbadenède et Despeyroux, de ALM. de Rodez et Jean- jean, de îMiM. A ilallonguc et Siau, dont les noms se retrouvent souvent dans cet Ouvrage. Plus d’une fois j’ai admiré l’empres- sement avec lequel ces honorables membres des Comices agr i- coles de Ganges, d’Alais, du A igan et des Pyrénées-Orientales se dévouent au bien de tous en oubliant le plus ordinairement leurs propres intérêts. Les promoteurs de la création de cette multitude de Comices agricoles que possède aujoui’d’bui la France étaient sagement inspirés. Elle est considérable l’influence de ces modestes Sociétés, où tant de zèle pour le bien se donne carrière sans autre mobile que celui de la satisfaction d’être utile et de mériter la considéra tion publ i que . On ne se livre pas, pendant cinq années, loin de sa famille cl de scs relations, à des études dont les conséquences intéressent des spéculations aussi importantes et délicates que celles du commerce des graines de vers à soie, sans que la vie soit tra- versée par des heures de découragement et par des critiques injustes et passionnées. Rien souvent j’ai eu la pensée de recourir au jugement de l’Académie des Sciences jvour décider de la vérité! Alais comment oser provoquer la formation d’une Com- mission cjui aurait dû se transporter dans le midi de la f ranco et consacrer près de deux mois à des observations de tous les instants.? Heureusement, le hasard, ou plutôt la fortune qui seconde d’ordinaii'c le vrai dévouement à un intérêt public , m’ont fait rencontrer dans un Alinistre de l’Empereur, membre de celte Académie, un esprit adonné avec goût aux questions agricoles, aimant à les étudier avec la rigueur scientifique, et épris de la culture des vers à soie : si attrayante culture, qu’une légende de l’extrême Orient place son berceau dans un palais du APPENDICE. 317 Céleste -Empire. En 1867, le Alaréehal ^'aillant me demanda de lui donner tons les moyens de vérifier par lui-même, et expé- rimentalement, les résultats que j’avais annoncés. Les Commu- nications qu’il fit à l’Académie, en 1868 et en 1869, n’ont pas peu contribué, sans doute, à désabuser l’opinion et à réduire à l’impuissance les contradictions intéressées. M. Dumas, qui avait constamment suivi et encouragé ines efForts, s’associa avec con- viction au jugement du Maréchal. Je prie mes deux illustres con- Frères de recevoir ici l’hommage public de ma gratitude. FIN DU TOME l'UEMIEH. /tfi'lViliA . ^yi- "-Î ^ ^ *?■ rI» *»n»'/n«i <:>li(iiiîj'V*«#ir,^>i4P*î ^ ’Y'-" . ,„ ' - ** '■r/î4a|4fi^t»^ ;'; •t 4»t'S‘.'.“ -■ ~ ■■>% Jut'i'ii' ■'■ - /' ■■; .; r - ffitilNTK'fi ■M*'l '»?■> àSyjif<«>» À‘»^i "'.• .', '■ '^’Ù-''-’**^^ f ■^' ■> ' ■ C- ..r- : . •• •..•■^»'. i-'V'ïc.<'c>. • ? . ?*jL'slk.:->t'j . ' ■ f £ '.;»rv«’:;if! f. .J>a**î# ^ •i>f- ..g|||P vr?/^f iv' . h • *- '-*v • •* - : Vl. ‘rV'v'U. , •’ i'k^npi . .. . -« • :;4^4 ,- ... . •" I- -e .Vi»r,T j4^,>v5t»vî6£ ■ • ' ■■...■ ■ ., ,#4î;^i,:v > ; ■^•■•| é>l .-v/. -\'k3UAV-jÜ *\ M .'5^'' 'JP.' TABLE DES MATIÈRES DU TOME PREMIER. Pasos. Dédicace v PrÉF.ICE IV INTRODUCTION. CHAPITRE PREMIER. .NOTIONS SCP. LA MALADIE nÉGNANTE, CONSIDÉRÉE d’cNE MANIÈRE GÉNÉRALE. § I. — Importance de la sériciculture en France i §11. — Apparition de la maladie; ses ravages, sa propagation § III.— Apparences extérieures de la maladie 8 CHAPITRE II. CARACTÈRES PUVSIQCES DE LA MALADIE. § I. — Des taches à la surface de la peau des vers malades. — Historique. i5 § II. — Des corpuscules dans l’intérieur des organes des vers malailes. — Historique 2a CHAPITRE III. DES RECHERCHES ENTREPRISES AVANT l’aNNÉE i8C5 POUR COMBATTRE LA MALADIE. § I. — Distinction de la bonne et de la mauvaise graine. — Procédés divers. .35 §11. — Remèdes proposés 4'l LA PÉBRINE. CHAPITRE PREMIER. ÉTUDE DE LA MALADIE DANS LES CHRYSALIDES ET LES PAPILLONS. — LA MALADIE DE LA TACHE, OU PÉBRINE, ET CELLE DES CORPUSCULES SONT UNE SEULE ET MÊME MALADIE EXTRÊMEMENT RÉPANDUE. § I. — Mes premières observations en i865 4o § II. — Erreur des naturalistes italiens au sujet de la picsence normale des corpuscules dans les papillons avancés en âge 56 3“20 TABLE DES MATIÉHES. r»f f» . § III. — Lorsque les pnpillons sont corpu.sculciix, les ceiifs qui en proviennent peuvent fitre c.\empts de corpuscules Gi § IV. — Pourquoi des papillons corpusculcux donnent-ils, dans oertains cas, des œufs corpusculcux et, dans d’autres, des œufs piivcs de cor- puscules? -O § V. — Le corpuscule est-il l’indice d’une maladie régnante três-dcvcIop[>ée ? § VI. — Identité de la pébrinc et de la maladie des corpuscules yg CH.\PITRE II. CAR.VCTÈRE ÉMIXEMMEXT COXT.tClECX DE L.V PÉBRIXE. Opinions diverses io6 Contagion par la nourriture 109 Contagion par la peau des vers, à l’aide de piqûres i3o Contagion par les poussières fraîches des éducations courantes i3a Contagion des vers sains par simple association avec des vers ma- lades i33 Infection ou contagion à distance i36 La pébrine ne peut, dans aucun cas, détruire l’éducation industrielle d’une graine issue do papillons sains \'\\ CHAPITRE III. De l.v x.vtcre des cokplsccles et de eeck mode de céxér vtio.n. . . , I }8 CHAPITRE IV. les CORPLSCCLES VIELX ET SECS SONT DES ORG.VXISMES C.VDCCS IXC.VP.VDLtS DE SE REPRODUIRE. Considérations préliminaires 169 Essai infructueux de contagion avec d’anciennes poussières tiès- corpusculeuses 171 Essais infructueux de contagion avec les débris corpusculcux de papillons morts depuis un an 172 Essai infructueux de contagion avec des corpuscules recoiiviant des graines corpusculeuses 173 Essai infructueux de contagion avec des corpuscules provenant de vers desséchés à l’éclosion deiniis six semaines 17} CHAPITRE V. DES MOVEXS DE COMU.VTTRE L.V PÉDRIXE ET d’eX PRÉVENIR LE RLTOIR. § I. — Méthode de grainage au microscope <79 §11 — Des moyens de multiplier les chambrées bonnes pour graine 19G § III. — Du grainage appelé cellulaire >99 § IV. — De la préférence à donner à l’exameu des papillons relativement à celui des œufs pour se jirocurer do la graine exempte de pé- brinc 2o3 § 1- - § II. - § III. - § IV. - § V. - § '• - §11. - § III. — § IV. - § V. - § VI. — § VII.- TABLE DES MATIÈRES. 321 Pa(;os la FLACIIERIE. CHAPITRE PREMIER. L\ MALADIE DES VERS A SOIE SE COMPOSE DE DEUX MALADIES DISTINCTES. § I. — Avant l’année 1867, on croyait à une maladie unique pouvant revê- tir des formes diverses 207 § II. — Indépendance delà pébrine et de la Ilacherie 209 § III. — La pébrine et la Ilacherie composent tout le mal 22/) CHAPITRE II. Nature de la maladie dite des « morts-flats », ou « flaciieuie » 226 CHAPITRE 111. La FLACIIERIE EST TANTÔT HÉRÉDITAIRE, TANTÔT ACCIDENTELLE 2.'|I CHAPITRE IV. Caractère contagieux de la flacuerie 2/{8 CHAPITRE V. Guérison possible de la prédisposition héréditaire a la flacuerie par des con- ditions encore indéterminées d’éducation 258 CHAPITRE VT. Estimation de la prédisposition de divers lots de chaînes a la flacuerie par LA RAPIDITÉ DE LA CONTAGION DE LA PÉBRINE 265 CHAPITRE VII. Régénération d’une race a l’aide d’une graine, ouelque mauvaise ou’elle soit. — Éducation cellulaire. — Éducation a grande surface 278 APPENDICE. CHAPITRE PREMIER. De l’ancienneté pf. la pébrine 289 I. 21 322 TABLE DES MATIÈRES. Pa(«i CHAPITRE H. Pourquoi le fléau a suivi a travers l’Europe et l’Asie les opérations nu com- merce DES GRAINES 29*) CHAPITRE IH. I.A RÉCOLTE DES COCONS A TOUJOURS ÉTÉ FORT DÉPENDANTE DES CONDITIONS CLIMATE- RIQUES ÎOÎ CHAPITRE IV. Du RENDEMENT MOYEN DES ÉDUCATIONS DE VERS A SOIE AVANT l’ÉPOQUE DE LA MA- LADIE. — Possibilité de l’accroître CHAPITRE V. De quelques différences entre la muscardine, la pébrine et la FLACHERIE FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. 1 F-'^ .^. .T -rSkOP^ -Ai l ^ ^ ; • . "’j* -ii!f >^- ►;« *" J «> U . ■ *■ ••. i ,•' '■ -"S- • ,;' s.'"'®' iîx . •VT ■ T.». J, ^ /' V -i , ... ' '->' t •' . ' j.'-^ ^ ■ ' . A a- .' ' 'f • .. ■. ■*' ■ J •'. ; >•" ■V. «.^7: é t"'V, '•m- ■- . \ •„ ■' Sk, m , -il. ,W 1--T" f ■ , J N.: -. V •- • ' * ;■ rsï;'.- J ' ^-r ^ ^ ^ '.-» - ■^->'*' 'I '•-' '■ ■'• » » •f.' ' ^•l - >: , '* T - " ■■ '' W-' i’».7 V" • ; ■»..■ V>V ^ 4*'%.' 'jf/, *•'’■■«?. #1 • ** 5. 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