QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LA SCIENCE EN FRANCE PAR M. L. PASTEUR. MEMBRE DE I, 'INSTITUT. PARIS, GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE DU BUREAU DES LONGITUDES, DE L’ÉCOLE POLYTECHNIQUE, SUCCESSEUR DE MALLET-BACHELIER, Quai des Âugustins, 55. 1871 Les canons de campagne? 5 Le cuivre entre pour les 0,91 dans l’alliage dont ils sont formés : or, les mines de France ne produisent du cuivre que dans des proportions insignifiantes, et la Suède, l’Angleterre, la Russie, l’Inde, d’où nous tirions ce métal, nous sont fermées. » L’acier? » Il nous venait de l’étranger; l’art de le faire est ignoré dans nos forges, dans nos usines, dans nos ateliers.... » Dans la première réunion des savants d’élite qui avaient été convoqués, la question de la fabrication de la poudre, la première de toutes par son importance et par sa difficulté, assombrit les esprits. Les membres expéri¬ mentés de la régie ne la croyaient pas soluble. Où trou¬ ver le salpêtre? disaient-ils avec désespoir. « Sur notre » propre sol, répondit Monge, sans hésiter ; les écuries, » les caves, les lieux bas en contiennent beaucoup plus » que vous ne croyez. » Ce fut alors qu’appréciant avec hardiesse les ressources infinies que le génie possède quand il s’allie à un ardent patriotisme, Monge s’écria : « On nous donnera de la terre salpètrée, et trois jours » après nous en chargerons les canons ! » Nous aussi, depuis le Zf septembre, nous avons eu de . ces exclamations sublimes, mais comme elles touchèrent vite au ridicule ! Celle de Monge, ainsi que le remarque Arago, resta sublime : « Des instructions méthodiques et simples furent ré¬ pandues à profusion sur tous les points de la République, et chaque citoyen se trouva en mesure d’exercer un art qui jusque-là avait été réputé très-difficile. 39 » La France devint une manufacture de poudre. » Le métal des cloches est un alliage de cuivre et d’étain, mais dans des proportions qui ne conviendraient pas aux armes de guerre. La chimie trouva des méthodes nouvelles pour séparer ces deux métaux. ï L'art de faire l’acier est ignoré, on le crée. Le sabre, Lépée, la baïonnette, la lance, la batterie de fusil, se fa¬ briqueront désormais avec de l’acier français. » La préparalion des cuirs destinés à la chaussure exi¬ geait des mois entiers de travail ; d’aussi longs délais ne sauraient se concilier avec les besoins de nos soldats, et l’art du tanneur reçoit des perfectionnements inespérés; désormais des jours y remplaceront des mois. » Les ballons n’avaient été, jusqu’en 1794» qu’un simple objet de curiosité; à la bataille de Fleurus, un ballon portera le général Morlot dans la région des nuages; de là les moindres manœuvres de l’ennemi seront aperçues, signalées à l’instant, et une invention toute française procurera à nos armes un éclatant triomphe. » Les premières idées du télégraphe aérien, dues éga¬ lement à un Français, sont perfectionnées, étendues, ap¬ pliquées, et, dès ce moment, les ordres arrivent aux armées en quelques minutes. » Telles sont les merveilles que le génie de la science et le patriotisme ont enfantées pendant la révolution fran¬ çaise. Deux membres de l’Institut, Monge et Carnot, aidés par d’éminents collègues, Fourcroy, Guyton de Morveau, Berthollet, etc. furent l’âme de cet immortel ensemble de travaux. O ma patrie! Toi qui as tenu pendant si longtemps le sceptre de la pensée, pourquoi t'être désintéressée de ses plus nobles créations? Elles sont le flambeau divin qui illumine le monde, la source vive de tous les grands sentiments, le contre-poids à l’entraînement vers les jouissances matérielles. La barbarie native et le farouche orgueil de tes enne¬ mis en ont fait un instrument de haine, de dévastation, de carnage. Entre tes mains elles eussent été la lumière de l’humanité, et, au moment du péril suprême, tu aurais vu apparaître, sous leur inspiration, des organisateurs comme Carnot et des capitaines plus habiles encore que les lieutenants de Bonaparte! Mars 1871. I,. PASTEUK (de l’Institut). Paris. —Imprimerie de GAUTHIER- VlLLARS, rue de Seine-Saint Germain, io, près l'institut PARIS - IMPRIMERIE DE GAUT HIER- V ILL ARS, Rt!’; de Soine-Saint-Germain, 10, près l’institut