ETUDES SUR LA MALADIE DES VERS À SOIE MOYEN PRATIQUE ASSURÉ DE LA... Louis Pasteur m Digitized by Google ÉTUDES -SIR LA MALADIE DES \ ERS A SOIE MOYEN PRATIQUE ASSURE DE LA COMBATTRE ET D'EN PRÉVENIR LE RETOUR, PAR M. L. PASTEUR, i iniint i«»t»ui c* rkiici n n u toc t tri »ot»i* ht lom<«m. TOME 11. NOTES ET DOCUMENTS. PARIS, GALiTHIER-VILI.ARS. I.M PRIMEUR- LIBRAIRE OV ■VMUC bgft LOMCITUDU, Dr. I.'ttCOLC IHPllMALK POtATECII JU01TE, SUCCESSEUR DE MA1.LET-HAC.HEI.IER, Ouai . prit I InMltui Digitized b y Google ÉTUDES MALADIE DES VERS A SOIE, MOYEN PRATIQUE ASSURE DE LA COMBATTRE ET D'EN PRÉVENIR LE RETOUR, PAR M. L. PASTEUR, MMW M i ihtiti t ■■riaui. t>% r«Aici Et i>r. i» WKirtt ioi»n t>E to»D»*» Orl<>» ferai «ip«rl«nli« frucia». TOME II. H0TE8 ET DOCUMENTS. GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE. DC Bl'REVt UES tOIGITIDILS, DE LKCOLE IMPtltlALE lMlLYTECilSIQl.»:, SUCCESSEUR DE MAI.LET-BACHELIER . Quai de» Augustin», 55. 1870 , Ton» tlroli» r*»«r»w AVANT-PROPOS Ce volume est divisé en quatre Parties. La première com- prend les Rapports officiels et les discussions devant le Sénat et le Corps législatif concernant la sériciculture, et h; fléau qui la désole depuis vingt ans. La seconde Partie est formée de l'ensemble des Rapports qui ont paru dans ces deux dernières années sur l'applica- tion de la méthode de confection de la semence saine des vers à soie exposée dans cet Ouvrage. La troisième Partie est la reproduction des diverses Notes que j'ai publiées depuis cinq ans sur l'épizootie des vers à soie. La quatrième Partie renferme diverses Notes pouvant servir d'éclaircissements sur quelques points traités dans le premier volume. uiginzeo by Google ÉTUDES MALADIE DES VERS A SOIE. NOTES ET DOCUMENTS. PREMIÈRE PARTIE. RAPPORTS OFFICIELS ET DISCUSSIONS AU SENAT ET AU CORPS LÉGISLATIF RELATIVEMENT A LA MALADIE DES VERS A SOIE. Je réunis dans la première Partie de ce deuxième volume quelques-uns des principaux documents qui témoignent de la gra- vité de la crise séricicole, et des cflorts que le Gouvernement a tentés pour en atténuer les funestes conséquences. Le Rapport suivant fait connaître l étal de la sériciculture en i865, époque à laquelle j'ai commencé mes Ktudes. RAPPORT AU SÉNAT, PAR M. DUMAS. (Séance du 9 juin i863.) Messieurs les Sénateurs, Trois mille cinq cent soixante-quatorze maires, conseillers municipaux et propriétaires fonciers des départements du Gard, de l'Hérault, de l'Ardèche et de la Lozère appellent l'attention du Sénat sur la dépréciation que la maladie des vers à soie a causée aux terres plantées en mûriers, et demandent que II. 1 Digitized by Google 2 MALADIE DES VERS A SOIE. diverses mesures soient prises, notamment jxnir diminuer les charges de la propriété par le dégrèvement do leurs terres, pour mettre chaque année à la disposition des éleveurs des graines de meilleure provenance, et j>our assurer l'étude de toutes les questions qui se rattachent à cette épizootie persistante, tant au point de vue de la |>atho]ogic qu'à celui de l'hygiène. De son coté, le sieur Limagne adresse les mêmes vieux au Gouvernement. On peut hésiter sur la nature des remèdes ou des palliatifs (pie la situation des déjKirtcmcnts séricicoles réclame, mais il ne peut y avoir de doute au su- jet du fléau qui les accable: sa •.'ravit *, sa duré.', sa nature mystérieuse, l'im- portance des désastres qu'il a consommés, tout contribue à lui donner h-s proportions d'une calamité publique. Les départements séricicoles. frappés dans leur production la plus précieuse, ne sont pas seuls à souffrir : nos manufactures de soierii s et notre commerce lui- môme partagent, à certains égards, leur «rôtie. La pénurie et le renchérissement des matières premières provenant de la récolte des cocons ou des étoiles qu'elles auraient fournies, les rendent toujours plus ou moins solidaires des dommages éprouvés par les magnaneries. Mais l'industrie et le commerce trouvent plus facilement et plus prompte- ment des compensations que l'agriculture. I.a soie que la France ne produit plus, on la demande au midi de l'Euro|x\ à l'Asie ou à l'extrême Orient; on remplace par d'autres nouveautés les étoffes qui exigeaient nos soies de qua- lité exceptionnelle. Au contraire, le propriétaire dont le domaine est planté en mûriers ne peut demander ni à la terre une autre récolte, ni pour ses feuilles un autre emploi. Avant de se résoudre à arracher des mûriers, qui comptent vingt ans au moins de végétation pour la plupart, il laisse les |x*rtes de revenu s'accumuler et l'arriéré grossir. Mais qui n'en ferait autant? A quels regrets ne se serait- on pas exposé, si au moment où l'oïdium détruisait les récoltes de la plupart de nos vignes on avait considéré comme jierdue une production que le soufre a sauvée? Les éleveurs de vers à soie ne peuvent donc |wis, malgré huit à dix années de sinistres croissants en étendue et en intensité, accepter comme irrévocable et sans remède une situation dont ils » spèrenl toujours être exo- nérés par quelque changement favorable dans le régime des saisons ou par quelque découverte de la science agricole. Ne troublons pas encore ces espé- rances. Cependant, une véritable misère se ré|tand dans quelques-uns de nos dépar- tements séricicoles, misère inégale assurément, mais inégale surtout fwr la proportion des terres cultivées en mûriers, car peu d'entre elles ont échappé au fléau, s'il en est qu'il ait ménagées. Comme la culture du mûrier s'est dé- veloppée spécialement dans le bassin du Rhôno et dans le bassin de la Garonne, on peut estimer à trente-neuf départements, en y comprimant la Coise, ceux qui sont atteints, plus ou moins, par le mal qui nous occupe. Mais le bassin du Rhône représente avec la Corse environ 95 |K>ur 100 de Digitized by LjOOQIc NOTES ET DOCUMENTS. la production de la soie française. C'est donc à cette région qu'il faut songer, et, dans cette région elle-même, surtout aux quatre déprtemcnts d'où émane la pétition : le Gard, l'Hérault, lu Lozère et l'Ardèche; ce sont ceux où la culture du mûrier est devenue par su prépondérance la cause des plus grandes souffrances. Quelle est l'étendue de ces souffrances, quelles en sont la durée probable et les conséquences nécessaires? La production de la soie dans le monde connu s'élève à i 100 millions de francs environ. La France entrait naguère pour un dixième au moins dans ce chiffre; car elle fournissait pour 100 millions de cocons, et même, en i853, pour 117 millions. Pour obtenir ce produit, on consomme plus de 83 000 kilogrammes d'œufs ou graines de vers à soie, et près de 600 millions de kilogrammes de feuille de mûrier. La graine consommée constitue, dans les années ordinaires, une dépense de 3 à 4 millions de francs. Dans les années calamiteuses que nous venons de traverser, l'obligation d'aller la chercher au loin a souvent doublé, triplé et même sextuplé les frais de l'éleveur, sous ce rapport; frais qui, en i853, at- teignaient déjà près de 5 millions pour l'importation des graines étrangères. La feuille du mûrier dans les années ordinaires représente, de son côté, une valeur de 55 à 60 millions de francs. Ainsi, en énonçant, ce qui est malheureusement trop vrai, que la récolte ef- fectuée dansées dernières années, réduite au tiers en i85G et tombée quelque- fois plus bas encore, est considérée comme favorable lorsqu'elle approche d'une derni-récolte des anciennes années les plus ordinaires, on trouvera que ceux qui estiment à environ 3o millions la perte éprouvée sur le prix de la feuille de mûrier n'exagèrent probablement pas le dommage. D'un autre côté, puisque la graine d'Euro|K> ne réussit plus, si l'on en croit le bruit général, comment s'étonner (pie les éleveurs recherchent les graines des pays lointains? Comment le prix de celles-ci ne serait-il pas exagéré par la concurrence de la demande et aussi par les frais du transport, par les dépenses qu'exige leur récolte, par les dangers auxquels s'exposent souvent ceux qui en sont chargés? Leur prix est donc bien supérieur à celui des anciennes; on paye 12 ou i5 francs l'once de graine qui coûtait à peine i fr ,5o ou 1 francs jadis, et que le plus souvent on se distribuait gratuitement môme, d'une chaumière à l'autre. \j» dépense moyenne de la sériciculture ne peut pas se chiffrer à moins de 5 à G millions de ce chef. L'importation de la graine, mise en consommation, a même dépassé i3 millions en 1860 et 10 millions en i8G3. Enfin il faut tenir compte des frais de main-d'œuvre et de combustible pour la conduite des chambrées, pendant quelques semaines. Trop souvent, en effet, l'éducation du ver s'étant comportée, comme à l'or- dinaire, c'est seulement au dernier jour, au moment de la montée des vers ou de la formation des cocons, que tout à coup la maladie se manifeste intense, i MALADIE DES VERS A SOIE. générale. L'éleveur fait naufrage au port. Toute esjH'rance de récolte s'é- vanouit pour lui, précisément alors que les soins, les dépenses, la main- d'œuvre et les fournitures qu'elle exigeait étaient entièrement sup|>ortés. Ce tableau cruel, mais sincère, d'une situation qui n'a pas l>esoin qu'on en exagère les couleurs suffit pour montrer au Sénat que certains départe- ments méridionaux, au nombre de quatre ou cinq plus spécialement affectés, sont depuis huit à dix ans en proie à la plus funeste influence. I.es récoltes de la soie qui faisaient l'aisance ou la richesse de leur population à tous les degrés sont anéanties ; les propriétaires des terres cultivées en mûrier, les ouvriers et ouvrières employés à ce travail, les familles qui y consacraient en si grand nombre leurs économies, leurs soins personnels et leur demeure; les filateurs de soie enfin et leur cortège : tout cet ensemble subit une détresse réelle et un grand découragement. Si un changement de climat ou une ait ''ration incurable du mûrier pareille à celle qui a frappé les orangers d'Hyères, condamnaient la France à renoncer à la culture de la soie, il faudrait courageusement en prendre son parti. Ma s un ensemble de faits, d'opinions et de convictions formées au milieu des exemples de la pratique, permettent d'affirmer qu'avec la môme feuille, les mêmes conditions et les mômes soins, telle chambrée réussit avec une graine bien saine, à côté de telle autre qui échoue avec une graine infectée. C'est donc la graine qui est l'origine principale, sinon la seule source du mal. I*i feuille n'est pas encore condamnée par la pratique des éleveurs; loin de là. Notre pays, notre agriculture ne semblent pas réduits à renoncer pour tou- jours à la production de la soie. Ce serait donc une barbarie que d'arracher tous nos mûriers ; ce serait une grande imprévoyance de la part des pouvoirs publics que de le conseiller, au lieu de s'en faire les protecteurs. I^es vers à soie ont traversé dans d'autres temps des épreuves analogues. Ce n'est pas la première ipidémie qui les frappe, ni surtout le premier découra- gement que les éleveurs ont à combattre. En 1688, une maladie qui s'était manifestée dans les magnaneries, et qui ne cessa qu'en 1710, non-seulement arrêta la plantation des mûriers, mais encore détermina les propriétaires qui en possédaient à les cou|>er ou à les arracher, tant qu'ils n'en furent point empêchés. Mais les États du Languedoc, tout- puissants alors |K)urla |K)lice rurale, prescrivirent la conservation des mûriers et punirent même de fortes amendes ceux qui les arrachaient. Aujourd'hui, si de telles rigueurs ne sont plus de mise, s'il faut procéder par la persuasion et l'assistance, on a le droit de beaucoup espérer du moins de ces deux moyens employés avec conviction. L'intérêt public est évident. Il veut que le capital accumulé sur les terres plantées en mûriers ne soit pas détruit , que l'industrie séricicole ne soit pas abandonnée; enfin que la manufacture de Lyon soit remise en possession, le plus tôt possible, desso es abondantes et surtout des belles so.es de nos pro- Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 3 vinces méridionales dont les équivalents ne se retrouvent pas facilement dans le reste du monde, ni pour le prix ni pour la qualité. Par quel procédé peut -on donner satisfaction à cet intérêt public? Suffit-il de dire aux propriétaires : Conservez vos mûriers, dans l'attente d'un retour propice ; aux magnaniers : Respectez vos installations ; aux populations man- quant de travail : N'émigrez pas? Non! ce langage ne sauverait ni les mûriers ni les magnaneries. Il ne préviendrait pas la dispersion d'une population que la misère chasse déjà de certaines contrées séricicoles où elles ne peuvent plus vivre. Dans celles-ci, les métayers, les propriétaires sont obérés; les propriétés rurales sont invendables ; les expropriations se multiplient, car le Crédit agri- cole et le Crédit roncier refusent comme gage les propriétés plantées en mû- riers. Tel est le tableau d une jwrtie importante du territoire séricicole. 11 se- rait inutile d'en diminuer le triste as|>ect. Lorsque le mal était à son début, il y a quinze ou vingt ans, il n'intéressait qu'un petit nombre de localités. Quand, il y a huit ou dix ans, il s'étendait sur toute la France, mais sur la France seule, l'industrie manufacturière n'a- vait pas encore à s'émouvoir des souffrances de l'industrie agricole ; elle comp- tait sur le commerce. Mais aujourd'hui l'Italie, l'Espagne, la Grèce, la Turquie, l'Asie Mineure, une partie de la Chine sont devenues tour à tour victimes d'un fiéau qui fait le tour du monde. Le commerce, l'industrie manufacturière ne peuvent plus méconnaître que leurs intérêts et ceux de la sériciculture nationale sont soli- daires. Ils doivent s'associer à l'agriculture pour obtenir que les mûriers ne soient point détruits et que les mesures d'ensemble soient enfin étudiées, en vue de remédier au mal ou d'en arrêter la propagation. Les pétitionnaires sont convaincus, et votre Commission partage leur sen- timent, que si la question qui les occupe pouvait être taxée d'intérêt particu- lier il y a dix ans, elle a pris plus tard les proportions d'un intérêt général. Leurs plaintes ont dès longtemps excité toutes les sympathies, et les demandes qu'ils formulent avec autant de modération que de sens pratique semblent de nature à rencontrer partout la môme faveur aujourd'hui. En voici le résumé : i° dégrèvement des terres consacrées à la culture du mûrier; a" graines d'origine certaine livrées à prix modéré; 3° étude des pro- cédés propres à faire disparaître la maladie et à prévenir son retour ; 4° ouver- ture de chantiers de travaux publics dans les contrées séricicoles pour y re- tenir la population; 5° mesures spéciales diverses favorables à l'agriculture du Midi. Sur le premier point, tout le monde le sait, le Gouvernement n'est pas indifférent. Le 24 octobre dernier, les préfets étaient informés par le Ministre des Finances qu'une remise d'impôts ne pouvait être accordée d'office par le Gouvernement, mais qu'il ne voyait aucun inconvénient à ce que des dé- grèvements fussent accordés aux propriétaires, soit sur demandes individuelles. MALADIE DES VERS A SOIE soit sur demandes collectives formées en leur nom (tarie maire des communes les plus maltraitées par la maladie. A l'égard des éducateurs non-propriétaires de mûriers, ils étaient avisés que des secours spéciaux pourraient être accordés aux plus nécessiteux d'entre eux par le Ministre de l'Agriculture et du Commerce. Les jtétitionnaires sont convaincus que le Gouvernement a fait tout ce que lui permettaient les lois de finance; mais ils font remarquer avec douleur qce ses bonnes intentions n'ont pu |torter au mal un remède suffisant, et qu'une modération d'inqtôts de \oo francs, par exemple, pour une commune qui produisait ia5ooo francs de cocons, ne suffit |tas pour en sauver les mûriers. Ils craignent également que U s magnaneries ne tombent bientôt en ruine, si elles ne sont jKtur ceux qui les jKtssèdenl qu'une occasion d'indemnités une fois payées, réglées selon l'usage du Ministère de l'Agriculture, à raison de 6 pour loo des pertes, et réservées aux gens nécessiteux. Ils sollicitent des dégrèvements et des secours pris sur fonds s|téciaux, réclamés des pouvoirs publics. A ces vœux dont l'accomplissement ressortit au Ministère des Finances, s'en joignent d'autres qui s'adnssent aux Ministères de l'Agriculture, de la Marine et des Affaires étrangères. I>es éducateurs qui leur demandent des graines saines, de provenance certaine, à prix modéré, n'ignorent |tas (pie l'Em|tercur a voulu personnellement qu'il fût porté par ce moyen un premier remède à leurs souffrances; que c'est aux facilités ouvertes par les ordres de Sa Majesté au commerce des graines de l'extrême Orient que sont dus les meilleurs succès des récolles des années les plus près de nous. Ainsi qu'on l'a vu précédemment , les chambrées les plus favorisées depuis douze ou quinze ans sont celles dont les éducations ont reposé sur l'emploi de graines étrangères saines, ou (tour mieux dire de provenances récemment exploitées. En France, la récolte la plus altondanle du siècle, qui a eu lieu en 1 853, provenait presque en entier déjà de graines d'Italie. En ce moment, les graines du Japon sont (tour quelques parties très-importantes du Midi les seules qui n'aient pas échoué. Les éleveurs, témoins de ces résultats, ne |>eu- vent se contenter d'exprimer leur reconnaissance pour le passé. Leurs désirs iraient plus loin |tour l'avenir. Us ne proposent pas à l'État de se faire collecteur ou marchand de graines, car ils savent (pie ce commerco est le fait de l'industrie privée. Mais ils pensent que les Sociétés agricoles pourraient être aidées par l'Étal dans leurs tentatives jtour se procurer des graines authentiques du Japon ou ailleurs, et que leurs agents devraient être spécialement protégés. Ils demandent (pie le retour de ceux-ci puisse s'opé- rer à un jour déterminé, sur un bâtiment de l'État, spécialement affecté à ce service. Ix»s graines y seraient disposées de façon à être rentrées, à volonté, pendant la traversée, dans l'intérieur du navire, en cas de mauvais temps, reportées sur le pont, au contraire, et visitées dès que le temps le permettrait. Ces conditions, indis|tensables au succès, l'expérience l'a démontré, et sans Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 7 lesquelles les graines arrivent toujours plus ou moins altérées, sont inadmis- sibles pour des bâtiments du commerce chargés de marchandises quelconques et de passagers de toutes professions; elles ne peuvent se réaliser que sur un navire de la Marine impériale. L'intervention de l'État consisterait donc : r à assurer aux collecteurs de graines la protection spéciale des consuls; a° à fournir des bâtiments pour le transport des graines, du lieu d'origine en France. Les Sociétés agricoles, de leur côté, feraient les frais des expéditions, en choisiraient les agents, vérifieraient l'état des graines à leur arrivée, les pla- ceraient sous la recommandation do leur estampille, et procéderaient à leur vente, sous leur seule responsabilité. Bien entendu qu'avant d'accréditer les agents des Sociétés agricoles, les préfets et les autorités locales se seraient assurés qu'il s'agit d'une expédition d'intérêt public et non d'une spéculation commerciale, et que par conséquent le transport gratuit effectué |>ar les na- vires de l'État profiterait à l'éleveur seul et non à un intérêt privé. Ces vœux n'ont rien qui ne soit réalisable; le concours des agents con- sulaires n'a jamais fait défaut à notre industrie séricicole et celui de notre Marine lui est acquis. Ce sont donc seulement des mesures de prévoyance à combiner et à prendre en temps utile par l'État pour désigner les bâtiments de retour propres au transport des graines, et c'est en ce sens seulement que le renvoi au Ministre de la Marine doit être compris. Mais l'indispensable né- cessité des moyens dont il disjwse et l'importance de leur rôle conduisent les pétitionnaires à déclarer qu'à leur avis c'est lui qui tient dans ses mains la saine récolte des années que nous allons traverser, si rien ne modifie la situa- tion d'une manière favorable en Europe. Les pétitionnaires réclament une élude nouvelle, systématique et pratique à la fois, de la maladie, de son origine, des conditions de sa propagation et des moyens de la combattre. Constatons d'abord qu'ils enregistrent avec un sentiment de profonde re- connaissance les soins que le Gouvernement de l'Empereur, l'Académie des Sciences et la Société d'Encouragement pour l'industrie nationale ont accordés à cette étude. Des missions, des enquêtes confiées aux savants et aux prati- ciens les plus compétents, des éducations expérimentales tentées sur tous 1rs points, des magnaneries spéciales consacrées à des renseignements |>ermanents, des Rapports développés résumant les travaux des Commissions les plus atten- tives, un traité complet enfin à la composition duquel s'est dévoué un natu- raliste éminent, M. de Quatrefages, œuvre provoquée par l'Académie des Sciences et publiée par ses soins, sous la présidence de notre illustre collègue M. le Maréchal Vaillant, dont le zèle pour ce grand intérêt s'est montré sans limites, voilà en effet de nombreuses preuves de sollicitude. Mais les pétitionnaires, dont votre rapjwrteur a entendu les délégués, crai- gnent que leur misère, en se prolongeant et en s'aggravant, n'ait porté le dé- couragement dans l'esprit des protecteurs qui s'étaient, dès l'origine de la Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. maladie, dévoués à leur cause. Ils craignent surtout qu'une maladie qui avait excité tant de généreux efforts, lorsqu'elle se présentait circonscrite à cer- taines contrées, ne semble désormais au-dessus des forces de la science et de l'Administration, depuis qu'elle s'est répandue, pour ainsi dire, dans le monde entier. Ils verraient donc avec une profonde reconnaissance qu'une Commission spéciale fût constituée en permanence auprès du Ministère de l'Agriculture. Elle serait chargée de recueillir en France, en Europe et dans les |>a\s d outre- mer toutes les informations relatives à l'élève des vers à soie, de préparer les instructions de nature à diriger les agents des Comités séricicoles, de déter- miner la nature des expériences à entreprendre, enfin de discuter toutes les mesures commandées par la situation au |>oint de vue de l'hygiène. En centralisant les efforts, cette Commission préparerait l'entente des pré- fets des dé|«rtements où l'on s'occuj)e de la récolte de la soie, car il peut de- venir nécessaire, en effet, que des précautions simultanées soient concerté >s et mises en vigueur. On a fait remarquer, au commencement de ce Rapport, que c'est le ver à soie qui est malade et point le mûrier. Non que le mûrier n'ait été accusé de dégénérescence ou de maladie, mais on n'en a jusqu'ici administré aucune preuve. La maladie du ver, au contraire, s'observe à toutes les phases de sa vie : œuf, ver, chrysalide, papillon ; elle peut se manifester dans tous les or- ganes. D'où vient la maladie? on l'ignore. Comment s'inocule-t-clle? on ne le sait. Mais son invasion se reconnaît à des taches brunes ou même noirâtres, qui se voient à l'œil nu, et par des corpuscules vibrants qu'on observe au mi- croscope dans les tissus tachés et dans les liquides qui les baignent. La production de ces corpuscules ou de ces animalcules microscopiques envisagée au |>oint de vue de leur origine nous ramène aux mystères de la génération des êtres. Leur propagation nous rejette dans les incertitudes qui entourent l'apparition des épidémies, des épizooties et de la plupart des ma- ladies contagieuses ou transmissibles par voie d'hérédité. Cependant, sans prétendre à résoudre ces problèmes obscurs, on s'est de- mandé si la sériciculture, depuis longtemps livrée à elle-même, sous le point de vue de la police, ne serait pas victime de la tolérance absolue dont elle jouit ; des mesures d'hygiène dont on a reconnu la nécessité pour prévenir la diffusion de toutes les maladies contagieuses ne pourraient-elles pas être utilement essavées aussi à son occasion? On abat les animaux atteints de la morve; on isole les bestiaux malades de la péripneumonie contagieuse: ces rigueurs qui sont acceptées par l'agriculture quand il s'agit des chevaux ou des l>êtes à cornes, lui paraîtraient-elles plus inopportunes lorsqu'elles s'appliqueraient aux vers à soie? Votre Commission n'aurait pas qualité pour résoudre de semblables ques- tions. Elle doit se borner à dire qu'en présence d'un mal aussi funeste que celui qui atteint la sériciculture, il lui paraît indispensable, en effet, que la NOTES ET DOCUMENTS. 9 science soit consultée de nouveau et que les plus larges moyens d'investiga- tion soient mis à sa dis|tosition. Les études auxquelles on s'est livré depuis quelques années en France et en Allemagne ont jeté un jour inattendu sur la génération des parasites, souvent microscopiques, qui vivent aux déj>ens des animaux peu volumineux. I^ur transmission d'un être à l'autre par des œufs ou spores d'une ténuité extrême et d'une diffusion prodigieuse a été constatée. On a mis hors de doute que des maladies mortelles pour l'homme, les ani- maux et les plantes n'avaient souvent pas d'autres causes ni d'autre origine. (' est tout un monde nouveau qui s'est ouvert aux méditations et aux éludes de la science de la vie et de l'art de guérir. S'il en était ainsi de la maladie des vers à soie, s'il fallait en faire remonter la cause et l'origine à l'inoculation de ces vibrions qui ont été signalés dans les tissus de tous les vers atteints, on serait conduit, sans remonter à leur origine première et en s'inquiétant seulement de leur transmission et de leur propagation, à demander, en effet, que des mesures de salubrité fussent con- certées par les autorités des départements séricicoles. L'assainissement et la désinfection des localités ayant servi à élever des vers qui auraient succombé a la maladie; l'enfouissement ou la destruction des restes, des déjections, des résidus de tout genre provenant de l'éducation manquée, pourraient être jugés indispensables, fallût-il que, dans certains cas, et pour les |>etites magnaneries, on fit exécuter les oj>érations d'assainissement aux frais de la commune. Le Sénat ne trouvera pas que ceux des pétitionnaires qui ont envisagé comme suffisamment justifiées ces conséqu» nces de la maladie dont souffrent leurs récoltes, aient été trop exigeants, s'il veut bien considérer : i" que, li- vrée à elle-même, la maladie, depuis ses débuts qui remontent à dix-huit ou vingt ans, n'a fait que s'envenimer et s'étendre; a 0 que son aggravation, après avoir ruiné les éleveurs du Midi, deviendrait déplorable pour nos ma- nufactures de soieries à leur tour; 3° que le commerce de la France lui-même, où les objets de goût prennent une part si importante, en serait atteint. Lorsque le midi de la France produisait pour 14 millions de cocons, au commencement du siècle, Lyon mettait alors en mouvement 1 1 ooo mé- tiers; il y a vingt ans, une production de 5o millions de cocons corres|>ondait à 38 ooo métiers lyonnais en activité; en «853, enfin, l'année où la séri- ciculture française, exerçant son dernier effort, produisait pour 117 mil- lions, Lyon ne comptait pas moins de 73 000 métiers occupés. On n'a pas be- soin de préciser la situation actuelle, tout le monde sait quelles sont les souf- frances de la fabrique lyonnaise. La solidarité est naturelle, elle semble complète entre les intérêts de la sé- riciculture, ceux de la fabrique et ceux du commerce. Tout ce qui viendra en aide aux agriculteurs sera donc également secourable aux ouvriers lyonnais et au commerce parisien qu'on n'en peut point séparer. Il serait même d'une grande importance, a ce |>oint de vue. que Lyon et 10 MALADIE DKS VERS A SOIE. Paris fussent représentas chins In Commission qui serait chargée d'étudier la maladie des vers à soie. Eclairé sur la vérité de la situation, le commerce de ces deux grandes cités trouverait dans ses relations étendues et dans ses ca- pitaux des ressources que les infortunés paysans, métayers et magnaniers des montagnes du Midi ne soupçonnent même pas. Il reste à votre Commission à apprécier en quelques mots les procédés in- diqués par quelques-uns des pétitionnaires, soit pour retenir la population découragée dans les communes d'où elle émigré, soit pour maintenir à leur valeur des terres qui sont dépréciées au delà de toute expression dans cer- taines de nos contrées séricicoles. Les pétitionnaires font remarquer qu'il existe des projets pour le reboise- ment des montagnes, la régularisation des cours d'eau, l'ouverture de voies de communication tant ordinaires que ferrées, dont l'exécution intéresse les localités qu'ils habitent. Ils demandent si l'ouverture de ces travaux ne pour- rait pas être promptement ordonnée; elle offrirait à la population des chan- tiers où elle trouverait à s'occuper dès cette année et qui, en assurant son existence, la retiendrait dans son pays natal. Plus tard, elle en aura disparu et il faudra pour accomplir ces mêmes travaux y appeler des ouvriers no- mades qui ne s'y fixeront pas. Ces considérations sont surtout présentées par les éducateurs des Cévennes et des pays de montagne. Les propriétaires de terres à mûriers des environs d'Avignon et des pays de plaine en font valoir d'une autre nature. Ils demandent si l'Administration des finances ne jwurrait pas autoriser la culture du tabac dans les terres qui deviendraient libres par l'arrachage des mûriers. Ils espéreraient trouver dans les profits de cette culture une com- pensation aux pertes qu'ils ont subies et à celles qu'entraînerait la destruction de leurs mûriers. Votre Commi>sion pense que le Sénat doit se montrer sympathique au pre- mier de ces vœux, et qu'il doit être un peu plus réservé à l'égard du second. Ouvrir sur place des chantiers de travaux publics serait d'un excellent effet, tant pour faire vivre la population ouvrière que |>our l'empêcher d'émigrer ; cette mesure tendrait à conserver les mûriers dans un pays de petite culture où la propriété est assez divisée, où chacun possède un coin de terre avec quelques mûriers qu'il ne détruira qu'à la dernière extrémité. Au contraire, une décision, tendant à remplacer la culture du mûrier par celle du tabac, provoquerait l'arrachage des mûriers. Votre Commission est convaincue qu'il n'y a pas lieu de désesi^rer de l'industrie séricicole, qu'il y a moyen de la sauver, qu'il fiut y tendre avec sollicitude et persévérance, qu'elle ne doit pas s'abandonner elle-même; elle conseillerait donc au Minis- tère des Finances, s'il est conduit à donner des licences pour la culture du tabac, à les réserver du moins pour les localités où, de l'aveu même des prati- ciens éclairés, il n'est pas bon que l'éducation des vers à soie se maintienne, et où les premiers symptômes de la maladie se sont manifestés il y a vingt ans. NOTES ET DOCUMENTS. 11 En résumé. Messieurs les Sénateurs, voire première Commission reconnaît l'extrême gravité de la maladie qui détruit les vers à soie et qui, après avoir atteint successivement les graines de France, d'Italie, d'Espagne, de la Grèce, de la Turquie et de l'Asie, oblige les éleveurs à demander j>our leur récolte de chaque année des graines à l'ext rême Orient et particulièrement au Japon. Elle constate le dommage immense qui résulte pour le commerce de la France de la diminution que sa production en soie a éprouvée depuis huit ou douze ans, la perte de travail que l'industrie lyonnaise en subit, la ruine imminente des magnaneries du Midi, la dépréciation des biens ruraux et l'émigration de la population des campagnes, qui en sont la conséquence. Elle rappelle que les pétitionnaires sollicitent essentiellement du Gouverne- ment : i° une petite modération d'impôt par une mesure spéciale ; a° des moyens de trans|>ort à leur usage \mir amener du lieu d'origine jusqu'aux ports français les œufs de vers a soie en bonne condition; 3° l'ouverture de chantiers de travaux publics destinés à venir en aide aux ouvriers de la séri- ciculture dans ces contrées en détresse; 4° une étude nouvelle, centralisée et l>ermanente des causes et conditions de la maladie, des moyens de la combattre et de la prévenir, les mesures d'hygiène privée ou publique à conseiller ou à prescrire, si son caractère contagieux parait suffisamment établi. Votre Commission est d'avis qu'il n'y a rien dans ces demandes qui excède les moyens dont le Gouvernement de l'Empereur |>eut disposer pour atténuer des désastres déjà bien étendus, qui menaceraient. par leur aggravation ou leur durée, le travail des soies, dans son ensemble, l'une des meilleures sources de la prospérité du pays, d'une ruine ou du moins d'un appauvrisse- ment certain. En conséquence elle a l'honneur de vous proposer de renvoyer la pétition des trois mille cinq cent soixante-quatorze maires, conseillers municipaux et propriétaires fonciers des départements du Gard, de l'Ardèche, de l'Hérault et de la Lozère, ainsi que celle du sieur Limagne, aux Ministres des Finances, de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, de la Marine et des Colonies, et des Affaires étrangères. (Marques nombreuses d'approbation.) Le Rapport précédent donna lieu devant le Sénat aux observations suivantes : M. le général MARQi'is d'IIautpoil. Messieurs, il n'y a pas grand'chose à dire après le discours que vous venez d'entendre. La science profonde du rapporteur, qu'il vient de mettre en pratique dans l'exposé lucide et rapide en môme temps qu'il a fait, ne me donne pas de place pour traiter la question scientifique. Je demanderai seulement la permission d'ajouter à ce que vous venez d'entendre quelques observations pratiques. Je sais qu'il n'est pas de bon goût de parler de soi ; mais cependant, éducateur sur une assez grande échelle, douze ans frappé comme beaucoup d'autres des effets de la contagion qu'on appelle gatinc, et pourtant décidé à ne pas abandonner la culture du mûrier ni l'éducation des vers à soie, mais préoccupé surtout de remédier au Digitized by Google 12 MALADIE DES VERS A SOIE. mal, je viens vous prier de m'accorder quelques minutes pour vous faire part de mes sérieuses observations au sujet de ce (pie je crois utile pour combattre ce fléau. (Très-bien! très-bien!) Messieurs, jusqu'à présent, les éducateurs de vers à soie ont frappé à toutes les portes pour avoir de la graine, ils en ont demandé partout. Cette graine est arrivée en France ou falsifiée, ou portant en soi un principe morbide, d'où il est résulté que les graines venues de l'Orient ou de l'Occident ont été toutes frappées de stérilité. Ce qu'il y a de fâcheux pour les éducateurs, c'est que cette maladie ter- rible la (pttinr, pour l'appeler par son nom, ne se fait connaître qu'à la fin de l'éducation ; de telle sorte que, lorsque tous les frais sont terminés et que l'éducation est presque complète, lorsque l'éducateur, le malheureux paysan (car le fléau frappe sur toutes les classes) est au moment d'être rémunéré de ses dépenses, de ses travaux, de tous ses soins, il voit ces animaux qui ordi- nairement montent sur les rameaux, tomber sur le dos, les pattes en l'air, et mourir. Voilà la situation de tous les éducateurs de vers à soie et les conséquences, de ce malheureux fléau qui désole tous les pays où on s'occupe de cette in- dustrie. Il n'y a qu'un seul remède, et, sur ce point, je suis d'accord avec l'hono- rable rapporteur. Je ne crois pas que les mûriers soient malades et leurs feuilles insalubres. A l'appui de cette opinion, je fournirai une preuve évidente, c'est que dans une même chambrée, avec la même nourriture donnée aux mêmes heures, avec les feuilles provenant du même mûrier, certains vers réussissent, tandis que d'autres meurent. S'il y avait un principe morbide dans la feuille, tous mourraient également. Quand on niante à la même table d'un mets empri- sonné, tous ceux qui en mandent succombent. Il y a donc ici une autre cause. Pour remonter à la cause, il faut chercher naturellement la provenance des graines. Celles que nous avons tirées de la Turquie, de l'Asie Mineure, de la Roumélie, de l'Italie, de l'Espagne ont eu toutes le même sort. Nous avons frappé en Chine; notre représentant M. de Montigny, alors consul général de France, a mis beaucoup de bonne volonté à envoyer des graines, mais ces graines ont mal réussi, elles n'ont pas bien profité. Ce n'est que l'an dernier que la Société impériale d'acclimatation a eu la bonne, l'heureuse pensée de s'adresser au Japon. Autrefois il y avait la peine de mort au Japon pour ceux qui exportaient de la graine. Depuis que les Européens y ont pénétré, et surtout depuis que le drapeau français y a été arboré sur plusieurs points, les autorités de ce pays sont devenues plus traitables. Cette restriction a été levée. Il est permis main- tenant d'acheter de la graine de vers à soie au Japon. L'année dernière, la Société impériale d'Acclimatation en a fait venir NOTES ET DOCUMENTS. 13 4oo onces; or l'once jieut produire, dans les bonnes années, environ 5o kilo- grammes de cocon. Ainsi un certain nombre d'onces correspond déjà à une éducation assez considérable. Cette quantité de graine a été distribuée, mais à un prix un peu cher, dans les pays séricicoles; elle a été payée jusqu'à 20 francs l'once, ce qui est un prix trop élevé. Excusez-moi, si je suis encore obligé de faire intervenir ma personne, mais j'en ai acheté moi-même, et ce qui est arrivé sous mes yeux est encore une fois une démonstration évidente que la maladie tient à la graine et non pas à la feuille. J'ai des magnaneries assez considérables, j'élève plusieurs espèces de graines, eh bien! toutes celles qui ne proviennent pas du Japon sont ma- lades. L'éducation n'est pas terminée, elle ne le sera que vers le i5 de ce mois; mais on voit dores et déjà l'aspect de ces produits: les vers d'une autre provenance que le Japon sont tous malades et n'offrent aucune espèce de ressources, tandis qu'au contraire ceux du Japon sont magnifiques, pleins de vie, de santé et de vigueur, et promettent les plus heureux résultats. Que faut- il conclure de là? que la maladie est dans la graine et non pas dans les feuilles, puisque tous les vers mangent à la même table, et que c'est la feuille du même mûrier que les uns et les autres consomment tous les jours. La conséquence de ce fait est que le Gouvernement doit, comme l'a dit M. Dumas, encourager, |»r tous ses efforts, l'arrivée en France de la graine du Japon. C'est la seule bonne jusqu'à présent , la raison en est toute simple : le Japon est le seul pays où la gatinc n'a pas été connue; elle l est en Chine, mais elle ne l'est pas au Japon. Voilà pourquoi cette graine, parfaitement pure, donne tout espoir de réussite. Je voudrais donc, d'accord avec le rapporteur et la Commission, que le Gouvernement prêtât tout son concours à l'introduction des bonnes graines. Je ne m'occuperai pas des détails d'exécution : t'est au Gouvernement, soit par des bâtiments de l'État, soit par tout autre moyen, de faciliter l'ar- rivée d'une quantité considérable de graine du Japon et à un prix moins élevé. L'éducateur, le paysan surtout, ne peut pas payer 20 francs une once de graine. Ijp- prix normal est de 4 à 5 francs, c'est donc quatre à cinq fois sa va- leur. C'est beaucoup trop cher pour un homme pauvre qui cherche dans l'élève delà graine une amélioration à sa position, mais qui ne peut pas mettre beaucoup de capitaux dehors. Ainsi, en renvoyant cette pétition, je voudrais que celte considération touchât plus jiarticulièrement le Gouvernement et qu'il prit tous les moyens pour faire venir du Japon le plus de graines qu'il pourra à des prix modérés. Je ne demande pas que le Gouvernement se fasse marchand de graine, mais qu'il fournisse des bâtiments, qu'il donne des instructions à nos consuls à ce sujet. Quant à moi, je convertirai en graine tous les vers à soie de cette année, et comme j'espère la réussite, j'aurai plusieurs centaines d'onces que je mettrai 14 MALADIE DES VERS A SOIE. à la disposition des éducateurs à un prix très-modique, au prix, s'il est pos- sible, où était autrefois la graine. Si j'ai pris la parole, c'est |>our appuyer le quadruple renvoi pro)>osé par la Commission. J'étais bien aise de donner ces éclaircissements, pour confirmer la preuve que ce n'est pas le mûrier, mais la «raine, qui, |»r suite de sa pro- venance, cause la mort de ces malheureux insectes. (Mouvement très-marqué, d'approbation.) M. le président. M. le commissaire du Gouvernement a la parole. M. Cornidet, commissaire du Gouvernement. Messieurs les Sénateurs, après le Rap|H>rt si complet et si savant de l'illustre rap|>ortcur, après les ob- servations pleines d'intérêt qui viennent de vous être soumises, par l'honorable marquis d'Ilautpoul, je n'ai que peu de mots à dire, mais il est peut-être utile que ce peu de mots soit dit. Et d'abord je m'empresse de déclarer (pie non-seulement le Gouvernement ne s'oppose pas le moins du monde au renvoi des pétitions, mais qu'il prend volontiers l'engagement d'étudier de très-près et avec un très-grand soin, je ne dirai pas la situation calamiteuse des popula- tions du Midi qui se livrent à la production de la soie, — car cette étude est suivie depuis longtemps avec une grande sollicitude et la plus scrupuleuse attention par l'Administration, — mais les moyens pratiques qui sont indiqués avec tant d'autorité par notre éminent rapporteur |>our remédier au mal qui désole nos contrées du Midi. Il est ce|iendant bon que le commissaire du Gouvernement insiste sur une observation déjà faite d'ailleurs par l'honorable rapporteur. C'est que le Gou- vernement se préoccujH" depuis longtemps de ce mal, et qu'il n'a rien négligé jusqu'ici pour y remédier. J'ai entre les mains une Note de l'Administration qui prouve que le Gou- vernement a multiplié les encouragements jiécuniaires aux établissements qui se livrent à la production des graines perfectionnées, qu'il a multiplié aussi les encouragements à ceux qui sont allés chercher des graines au Japon, en Perse et en Chine. Le Ministre du Commerce a sollicité de son collègue M. lo Ministre des Affaires étrangères, l'appui de nos agents diplomatiques pour les personnes qui se sont rendues à l'étranger dans ce but. Il a obtenu |x>ur ces personnes de M. le Ministre de la Marine le passage gratuit sur les bâtiments de l'Etat, Enfin, rien n'est négligé, soit en France, soit hors de France, pour seconder les efforts et les travaux de nos éducateurs. De son côté, M. le rapporteur n'a pas oublié une circonstance importante, M. le Ministre des Finances a fait tout ce que la loi lui permettait de faire pour assister les malheureux cultivateurs affligés par le fléau ; il leur a donné et a autorisé MM. les préfets à leur donner tous les secours, tous les allégements d'impôts que l'état de la législation permettait de leur accorder. J'ai une seconde observation à soumettre au Sénat, elle a aussi son impor- Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. tance. L'Administration a bien voulu me confier le Rapport d'un inspecteur spécial envoyé par M. le Ministre du Commerce, pour étudier de près et sur place la situation des départements qui se livrent à la production de la soie, et il résulte de ce Rapport émant' d'un homme très-compétent, que le mal tend à diminuer. On ne connaît pas encore le résultat de la récolte de i865, les éducations ne sont pas encore terminées, comme vous le disait tout à l'heure l'honorable marquis d'Ilautpoul, mais la production de 1864, qui ne s'est pas améliorée au point do vue de la quantité, a été cej>endant en progrès sur celle de 1 8G3, en ce sens que l'intensité de la maladie des vers à soie a sensible- ment diminué. C'est un fait bien constaté et très-consolant. Le Rapport que je possède prouve cette autre circonstance qu'il est bon peut-être de signaler ici, afin qu'elle aille à la connaissance des populations intéressées : c'est que ceux des producteurs de soie qui ont fabriqué eux- mêmes leur graine, et qui l'ont fait avec soin, ont beaucoup mieux réussi que ceux qui étaient allés la chercher chez des marchands spéciaux français ou étrangers. Si cette observation émanée d'un homme compétent était confirmée, le re- mède serait bien près d'être trouvé, et le mal, après tout, serait facile à vaincre. Enfin, Messieurs, quoique l'industrie et l'agriculture doivent considérer leur cause comme solidaire dans cette question, quoique je me joigne de toutes mes forces à l'honorable rapporteur pour exciter l'industrie qui fabrique les étoffes de soie à unir ses efforts les plus énergiques a ceux de nos agriculteurs pour conjurer le mal dont souffrent nos producteurs de soie, cejKmdant il faut bien que je dise, pour être vrai, et |x)ur prévenir des alarmes exagérées qui auraient aussi leurs inconvénients, il faut bien que je dise que si l'on en juge par nos états de douane l'industrie française de la fabrication des étoffes de soie ne parait |>as avoir souffert, autant qu'on pourrait le croire, dans ces dernières années, des maux qui ont aflligé les producteurs de la matière pre- mière qui l'alimente. En effet, je lis dans les états des douanes les chiffres suivants : L'importation des tissus de soie étrangers mis en consommation en France a sensiblement diminué depuis 1 855. En 1 855, cette importation représentait 1 1 5oo 000 francs. D'année en année, depuis cette époque, elle a diminué et ne représente au plus, en i8G3, que 3900000 francs. De son côté, l'exportation des étoffes de soie françaises ne diminuait pas sensiblement dans le même es|>acc de temps, puisque en i855 cette expia- tion était de 34o millions de francs et, en 1 863, de 3G8 millions de francs. Ce dernier chiffre est plus élevé que le premier, mais en 1 85y et en 18G0, l'exportation avait été de 5oo et de 4^4 millions de francs. De plus, il faut tenir compte de cette circonstance que, dans ces dernières années, le prix des étoffes de soie a augmenté sensiblement. Maintenant en ce qui touche l'importation et l'exportation des matières 16 MALADIE DES VERS A SOIE. premières, destinées à confectionner ces beaux tissus de soie que notre in- dustrie fabrique, voici les chiffres : l'importation était en i8j5 de 206 mil- lions de francs, en i863 elle s'est élevée à une valeur de 3 j 4 millions; mais le prix ayant augmenté dans des proportions considérables, celte augmenta- tion de la valeur importée ne prouve jws une augmentation dans la quantité. D'autre |>art l'exportation de nos matières premières pour la fabrication des étoffes de soie, qui était de 3o millions en 1 855, est aujourd hui de 97 mil- lions. Je fais ici la même observation que tout à l'heure : l'augmentation de la valeur exportée ne prouve pas, à cause de la variation des prix, (m on ait exporté une plus grande quantité. En résumé, ces chiffres prouveraient que l'industrie de la fabrication des étoffes de soie n'a pas autant souffert que nos malheureux producteurs. Je ne les cite |K>urlant pas, loin de moi cette pensée, jvour infirmer les observations si justes et si sages de votre éminent rapporteur. Je n'ai pas eu d'autre pensée que celle-ci : prévenir des alarmes exagérées et le découragement qui en ré- sulte. J'ai voulu montrer d'abord que le Gouvernement faisait tout au monde pour obvier au mal si douloureux dont souffrent nos contrées du Midi. J'ai voulu aussi contribuer pour ma part au but que s'est proposé M. le rappor- teur, encourager ces malheureuses |>opula lions dont il nous a |>eint la détresse, leur montrer que le mal, tout grand qu'il est, n'est pas cependant désespéré, et qu'avec l'aide du Gouvernement, qui ne négligera rien pour les secourir, si elles ne s'abandonnent pas, elles arriveront prochainement à une situation meilleure. Mes observations n'ont |«s eu d'autre but que de provoquer chez elles plus de courage, d'énergie et de confiance en elles-mêmes, ainsi que dans la vitalité de 1 industrie séricicole dans notre pays. (Marques d'appro- bation.) M. Dimas, rapporteur. Je ne puis me dispenser, Messieurs, de vous donner connaissance d un renseignement qui m'est arrivé aujourd hui môme. Il vient tellement à l'appui des conclusions que la Commission a adoptées, et il con- corde si |»arfaitemenl avec les opinions qui ont été énoncées tout à l'heure, que je croirais manquer à mon devoir vis-à-vis des populations du déjwrte- ment du Gard, qui me l'ont transmis, si je ne le plaçais sous les yeux du Sénat. Voici ce que M. K' président du Comice agricole d'Alais m'écrit aujourd'hui même : « On peut dire d une manière générale que toutes les graines de reproduc- tion indigène, après deux ans de perfectionnement, ont échoué. » Les graines du Japon, de première importation et de provenance authen- tique, ont seules donné un résultat vraiment satisfaisant. » Mais l'approvisionnement de cette bonne graine ayant été infiniment au- dessous îles besoins des éducateurs, la récolle se trouv e être la plus mauvaise qu'on ait eue depuis quinze ans. Elle atteint à peine un vingtième d une ré- colte moyenne. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 17 » Le fonctionnement des filatures sera extrêmement réduit . le travail man- quera pour un très-grand nombre d'ouvrières, et la matière première, pour nos fabriques de soieries, montera à un prix exagéré, surtout si le débouché de l'Amérique vient à se rouvrir. n Quanta la situation des propriétaires qui vivent de la culture du mûrier, elle est déplorable. I*i majeure partie des terres à mûrier ne produira pas le montant de l'impôt payé ou à payer en i865. » (Mouvement.) II est inutile d'ajouter quoi que ce soit après les observations qui ont été présentées. M. le président. Il n'y a pas d'opposition aux conclusions de la Commis- sion"? Je les mets aux voix. k (Le renvoi au Ministre des Finances, au Ministre de l'Agriculture, du Com- merce et des Travaux plublics, au Ministre de la Marine et des Colonies et au Ministre des Affaires étrangères est ordonné.) Les vœux du Sénat ne taillèrent pas à «'•Ire pris en considéra- tion par le (iouv erncnient. M. liéhic, Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publies, adressa à l'Empereur le Rapport suhant. RAPPORT A L'EMPEREUR, PAR M. RÊH1C. JIIVSTRF. DK I.'ai.KIU I.TI RE, DU (.OtfXtRtL tT OF.S TRAVAUX PIBLICS. Paris, le 19 juillet 1SO.1. Sire, A la suite de la récolte exceptionnellement abondante (pie l'industrie séri- cicole obtint en 1848. une maladie déjà anciennement connue suivant les uns. nouvelle selon l'opinion d'autres personnes, frappa nos races de vers à soie, et prenant un caractère épidémique, se propagea avec une rapidité désespé- rante, non-seulement en France, mais dans toutes les contrées séricicoles de l'Europe et môme d'une portion de l'Asie. Les ravages occasionnés parcelle maladie, ap|>eléc gati/ie, vtisir ou fu-brinc, ont été tels, que la production normale des cocons, en France, évaluée dans les années ordinaires à plus de 100 millions de francs, est tombée en i8G3 et 18G4 à 34 millions, dont il faut encore retrancher 10 millions pour le prix des achats de graines que nos éducateurs ont dû faire à l'étranger, alors qu'auparavant ils les produisaient eux-mêmes. II. 1 18 MALADIE DES VERS A SOIE. I* modo de propagation de la pébrine, la bizarrerie do si marche, son in- vasion soudaine, ses préférences comme ses répulsions inexplicables, étaient de nature à dérouter l'expérience des praticiens comme la science des théori- ciens. Dos efforts énergiques furent néanmoins tentés pour conjurer le mal. Dès son apparition, le Gouvernement prêta son concours empressé à toutes les expériences et prit l'initiative de toutes les mesures propres à diminuer les ravages du fléau. Des Commissions de sériciculteurs éminents furent consti- tuées dans le déprlemont de l'Ardèche, du Rhône, des Basses-Alpes, des Rouchos-du-Rhône, pour y faire fabriquer, avec l'aide des subventions de l'État, d'après les meilleures méthodes, des graines de vers à soie, avec les- quelles on espérait arrêter la maladie, bs graines ainsi obtenues étaient ven- dues à prix réduit, par quantités de al grammes au plus. Des essais d'édu- cations précoces furent encouragés par l'Administration, afin de constater ;i l'avance la valeur des graines de différentes provenances et de déterminer celles dont réclusion régulière présentait des chances sérieuses de réussite. Parmi les pays producteurs de la soie, nos voisins les plus immédiats se trouvant , eux aussi, atteints par la patine, une empiète eut lieu par les soins du Ministre des Affaires étrangères, afin de connaître les contrées où nos éduca- teurs pourraient trouver des graines de bonne qualité et exemptes du mal qui ruinait nos magnaneries. Grâce à ces recherches, plusieurs pays offrirent, pendant deux ou trois années, des ressources précieuses, qui devaient être de courte durée. L'Académie des Sciences s'émut aussi de la situation désastreuse contre laquelle luttaient en vain nos éducateurs. L'examen des questions relatives à l'étisie fut confié à une Commission spéciale nommée par elle. En 1 858, une Sous-Commission fut désignée pour étudier sur place les symptômes du mal. Mon honorable prédécesseur mit à sa disposition tous les documents (pie l'Ad- ministration |>ossédait. et invita les préfets des départements intéressés à lui faciliter l'accomplissement de sa mission par tous les moyens en leur pouvoir. A la suite de deux voyages entrepris dans le Midi, en 1 858 et i8f)Q. M. de Quatrefagcs, rapporteur, publia des travaux importants sur la nature de la maladie, sur les causes qui en accroissent la gravité et sur les moyens de la combattre. Pendant que ces recherches se poursuivaient en France, qu'une enquête avait lieu à l'étranger par les soins de nos agents diplomatiques et consulaires, profitant de l'occasion favorable oiïerte par notre expédition de Chine, l'Ad- ministration, en i86o, envoya dans ce pays M. Eugène Simon, qui devait sur- tout étudier les questions relatives à l'éducation des versa soie en Chine et au Japon. Dans le courant de l'année 1 863. M. Onesti. de Vicence, fit proposer au Gouvernement français l'achat d'un procédé destiné, selon lui. à combattre avec certitude la pébrine. Uigitizeo by NOTES ET DOCUMENTS. 19 Malgré des doutes, qui ne se sont que trop justifiés, et pour ne négliger au- cune occasion possible d'atténuer en quelque sorte les désastres dont souf- fraient nos populations méridionales, le Ministre de l'Agriculture, du Com- merce et des Travaux publics, stipulant au nom de l'État, signa avec M. Onesli un traité |>ar lequel il s'engageait, dans le cas seulement où l'efficacité du pro- cédé serait reconnue, à solliciter une indemnité de 5ooooo francs en faveur du sériciculteur italien. Des expériences eurent lieu dans douze départements. A l'unanimité, une Commission centrale constituée près du Ministère de l'Agri- culture pour recueillir et juger les résultats obtenus déclara le procédé abso- lument inefficace. Cette année. |>ar suite de l'heureuse issue des démarches faites par le Mi- nistre de Votre Majesté au Japon, dix mille cartons de graines de vers à soie de la meilleure qualité et d'une origine sûre furent expédiés en France et ven- dus aux enchères dans les principaux départements séricicoles, par les soins et l'entremise de la Société impériale zoologique d'Acclimatation qui prit l'opé- ration pour son compte. Ijo Gouvernement ne de\ait jkis intervenir directe- ment, et la Société fournit ainsi à nos sériciculteurs les seules graines qui aient réussi en i8(i:>. En dehors de ce succès, il faut le reconnaître. Sire, tous les efforts tentes soit par l'Administration de l'agriculture. |>our secourir l'industrie séricieole en détresse, soit par les savants ou les praticiens, sont restés jusqu'ici impuis- sants. En i8fi'3 et 18G4. la pébrine parut subir une sorte de transformation et en- trer dans une période de décroissance. On constata une diminution sensible dans les pertes et le retour des anciennes maladies qui, depuis l'invasion, avaient presque complètement disparu. Mais la récolte de i8fij a fait éva- nouir les es|>érances que celle de i80{. notamment, a fait naître, et nos édu- cateurs découragés ont adressé au Sénat une pétition signée de trois mille cinq cent soixante-quatorze maires, conseillers municipaux et propriétaires fonciers des départements de l'Ardèche, du Gard, de l'Hérault et de la Lozère, où ils exposent la situation |>énihle dans laquelle se trouvent les sériciculteurs. Le Sénat, sur le Rapport présenté par l'honorable M. Dumas, a accueilli cette pétition et l'a renvoyée à mon examen et à celui de mes collègues des Finance-, des Affaires étrangères, et de la Marine et des Colonies. Toutes les recherches faites jusqu'ici ont. il est vrai, échoué; mais il serait possible que la réunion des hommes les plus versés dans les hautes études de la science, en coordonnant toutes les observations déjà faites, fit découvrir de nouvelles données, à l'aide desquelles on put vaincre ce mal. comme on a déjà triomphé de l'oïdium, de la pyrale et d'autres fléaux dont gémissait notre agriculture. Une question, notamment, pourrait être élucidée avec succès, celle du grai- nage industriel, qui, dans l'opinion d'hommes très-compétents, serait l'une des causes les plus sérieuses de la persistance et de la propagation du mal. MALADIE DES VERS A SOIE. Pour c\'\\\ qui considèrent le «ramage industriel , le p,raina:;e en prand, comme la plaie la plus profonde de la sériciculture, ils ne voient de salut que dans le «raina^e domestique. A leur avis, tout ce que l'on tentera en dehors de cette dernière voie ne |>ourra procurer qu'une amélioration passagère. \a* -raina-e industriel, disent-ils. détermine la maladie et en favoris le dévelop- pement dans tous les pa\s. même les plus éloignés, où il va opérer; et au mo- ment où le Japon vient d'être ouvert à nos éducateurs, ils craignent qu'au lieu de se borner, comme cela a eu lieu en 18O4. à acheter aux indigènes les graines qui ont fait, seules, le salut ari>, membre «le l'Institut; Tii.asnf, membre de l'Institut; De Monxy or. Mor*ay, direeleur MEn, auditeur au Conseil «l'Etat, attaché à la Direction «le l'Agricul- ture : secrétaire. Je suis, Sire, elc. Le Ministre tic /' Jgricultttrc, du Cn/mutnc et tics Trth tm.r /h<ùIk >, AltMANI) BtlHC. Approuve : NAPOLÉON. Ix*s personnes dont la nomination était réservée au Ministre de l'Agriculture, furent : MM. G a<;n AT, sériciculteur et juge île paix, il Joyeuse { Artlèche) ; Romnet, éducateur et jupe «le paix, à Aul»a;;ne ( Kouches-du-Rhône ; StnrscLAT, filateur «le s«)ie et président de la Chambre «i«>s Art» et Manufac- ture» «le Valence, à Valence I Drdmc;; Le marquis de Gimstois, éducateur et président du Comice agricole du Vujan, au \ igan (Gard}; HussoN, Ûlateur de soie, à Tronche, près Grenol.le (Isère}; l e marquis de l'Kspi>e, sériciculteur et président «le la Société d'Agricul- ture de Vaucluse, à Aviginm { Viiuclusc} ; Pa\e\, /négociant en soieries, meinhre de la Chambre de Commerce de Paris, à Paris; Diseh.m.iu, négociant en s. de, membre de la Chambre de Commerce de l.joii, à I.voei. Ladiscussion qui eut lieu au Corps législatif, dans sa séant e du 17 mai 1867, n'a apporté que de faibles lumières sur l'état de la sériciculture en France à cette époque. Aucun des orateurs qui prirent la parole au sujet des interpellations de M. Fabrc, député du Gard, n'était au courant de la question, excepté, toutefois, le Ministre de l'Agriculture, M. de Foreade la Roquette. Les pro- positions de M. Fabrc, s'appuyant sur une connaissance incom- plète des principes scientifiques relatifs à la maladie régnante, n'avaient pas un caractère pratique nettement déterminé, et, dans 22 MALADIE DES VERS A SOIE. leur teneur, elles étaient d une application impossible. En faisant porter, non sur la graine, mais sur les chrysalides et les papil- lons reproducteurs, les garanties demandées par M. l'abri*, on aurait pu arriver à des mesures acceptables. Par exemple, on jette; au fumier les papillons après la reproduction; l'obligation seule d'accompagner tout lot de graine indigène d une partie de ces papillons au moment de la vente, pourrait éviter une multi- tude de fraudes dans le commerce de cette denrée. Toutefois, cette discussion a témoigné une fois de plus de l'étendue et de la gravité des désastres séricicoles. • CORPS LEGISLATIF. (S«ance du 17 mai 18O7.) M. le président Schneider. L'ordre du jour appelle la discussion des interpellations de M. Fabre et de plusieurs de ses collègues sur les mesures prises pour combattre la maladie épidémique et contagieuse des vers à soie. (Sont assis au banc du Gouvernement : LL. EE\c. MM. Barocbe, Ministre de la Justice et des Cultes ; de Forcade la Roquette, Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics. ) M. le président Schneider. La parole est à M. Fabre. M. Fabre. Je remercie la Chambre d'avoir bien voulu autoriser nos inter- pellations... M. Glais-Bizoin. Nous n'avons pas à la remercier, nous! (Bruit.) M. Fabre. ... Et le Gouvernement de les avoir acceptées. Nos populations méridionales, si cruellement éprouvées depuis bientôt vingt ans, par un fléau auquel on n'a pas jusqu'ici découvert de remèdes, trouve- ront dans la bienveillance du Corps législatif un premier dédommagement à leur misère. Pour ceux qui connaissent nos contrées séricicoles, pour ceux qui ont été témoins des souffrances de nos populations, je n'aurai pas à démontrer l'im- portance du sujet : une grande majorité de la Chambre l'a comprise, puisqu'elle a bien voulu nous accorder l'autorisation d'interpeller le Gouvernement. Pour ceux qui l'ignorent encore, je demande la permission de dire en quelques mots quelle est l'importance de l'industrie séricicole en France. Digitized by Google 1 NOTES ET DOCUMENTS. 23 Près do quarante départements cultivent le mûrier; tout le bas? in du Rhône, une grande partie du bassin de la Garonne élèvent des vers à suit;. Celte production, avant 1 853, époque à laquelle la maladie a pris des proportions considérables, avait atteint une valeur de 120 millions. Mais ce n'était pas là, il s'en faut de beaucoup, le seul avantage, le seul produit de celte partie de notre industrie agricole. Tous nos producteurs récoltaient, en outre, la quantité de semences et d • graines nécessaire à leur reproduction, et cette partie de leur récolle peut être évaluée au chiffre de jto ou n millions. De plus, dans tous les pays producteurs s'étaient établies des filatures, des usines pour le moulinage de la soie, et 1 on peut affirmer, sans crainte d'être démenti, que notre production indigène fournissait à l'industrie lyonnaise des produits manufacturés pour près de 3oo millions. J'ai besoin de rappeler ces chiffres pour que tout le monde comprenne bien qu'il ne s'agit point ici d'un intérêt local, d'une question départementale, mais qu'il s'agit, en réalité, d'un de nos grands intérêts nationaux. J'espère avoir l'occasion de le démontrer jusqu'à l'évidence. Cette récolte était peut-être de tous nos produits agricoles le moins incer- tain, le moins casuel et, entre la récolte d'une année et celle de l'année sui- vante, il y avait de très-petites différences, jusqu'au moment où l'épidémie, dont je vais avoir à parler, s'est produite en France. Cette épidémie a commencé en 1848; mais elle n'a pris son entier dévelop- |>cment qu'en 1 854, et depuis 1 854, depuis treize ans, on peut affirmer, sans crainte de contradiction, que jamais on n'a obtenu une demi-récolte, c'est-à- dire qu'un produit agricole de lao millions est tombé au-dessous de 60, et comme les frais de culture et d'éducation sont restés les mêmes, on |>eut dire non pas que la propriété a diminué de moitié, mais qu'elle a diminué des quatre cinquièmes au moins. Telle est la situation. Il y a trois ans, pour la première fois, j'ai pris la liberté d'appeler l'atten- tion du Corps législatif sur la détresse des quelques départements qui n'ont d'autres ressources que l'industrie séricicole. J'ai affirmé, et ces calculs n'ont point été contredits, que les pertes éprouvées jusqu'à ce moment dépassaient 1 milliard ; ces pertes ont bien grossi depuis. Je disais en même temps que la diminution de revenu avait eu pour conséquence la dépréciation de la pro- priété, c'est-à-dire du capital, et que cette dépréciation était au moins égale à celle subie sur le revenu. De sorte que, en réalité, il y a deux ans, on pou- vait évaluer les pertes qui étaient la conséquence de l'épidémie séricicole au chiffre de a milliards. (Bruit.) Je regrette que de pareilles pertes ne paraissent point avoir, aux yeux de la Chambre, l'importance d'une véritable calamité publique. Plusieurs membres. Mais si ! mais si ! M. Achille Jibinal. On vous écoute avec intérêt. Cela en vaut la peine. Digitized by Google *i MALADIE DES VERS A SOIE. M. Fabiie. L*;if.'riculturi% Messieurs, et nos indu>lries locales, la filature et le moulinagc, ne sont pas seules compromises par cette épidémie; l'industrie lyonnaise, c'est-à-dire la plus prospère, la plus riche de nos industries, se trouve également atteinte ; non pas qu elle ne puisse s'alimenter au dehors : mais lorsque l'industrie lyonnaise va chercher en Orient, en Chine, dans l'Inde, les matières premières nécessaires à la fabrication de ses étoffes, ell<> ne re- trouve pas les qualités supérieures de cocons qui sont récoltés en France, et qui lui permettaient de donner à ses étoffes un éclat, un brillant qu'aucune des autres contrées ne peut donner au même degré. Il y a donc ici, à la fois, une grande perte pour notre industrie agricole, une cause d'infériorité pour notre industrie lyonnais*'. 11 s'agit, vous le com- prenez, de l'un de nos plus grands intérêts nationaux. Je tenais à le prouver pour remercier encore une fois la Chambre de l'avoir compris et d'avoir bien voulu appeler une fois de plus l'attention du Gouvernement sur ce grave sujet. Quelle a été la conséquence de l'épidémie séricieole, d'abord dans les pay s qu'elle a ravagés"? quelle en a été la conséquence au point de vue des revenus publics? Voilà ce que je demande à la Chambre la permission d'indiquer en très-jteu de mots. L'industrie séricieole est établie principalement dans les Cévennes, l'Ardèehe et dans les pays qui, par la configuration et par la nature du sol, sont impropres à toute autre espèce de production. Cette culture avait fait- de pays très- pauvres qui ne peuvent produire ni céréales, ni fourrages, des pays relative- ment fort riches. L'épidémie les a réduits à une misère complète. Non-seule- ment on ne trouve plus aujourd'hui dans les récoltes de quoi faire face aux déjienses qu'entraînent l'éducation des vers à soie et la culture des champs, mais encore je puis affirmer à la Chambre qu'il e>t des cantons entiers où la propriété ne donne plus le moyen de payer l'impôt. Voilà, Messieurs, à quelle extrémité nous sommes réduits. Les expropria- tions n'ont pas seulement doublé, — tandis que partout ailleurs la prospérité allait croissant; — je suis en mesure d'établir par des chiffres que, depuis quinze ans, le nombre de ces expropriations a quadruplé dans tous les arron- dissements dont l'industrie séricieole est le seul ou le principal revenu, et si l'accroissement des expropriations n'a pas été plus considérable, c'est qu'on ne trouve plus à emprunter :>ur un gage complètement avili; je puis affirmer à la Chambre que plu?>ieurs des propriétaires les plus riches du département du Gard m'ont déclaré n'avoir pas pu, depuis dix ans, couvrir leurs frais d'exploitation avec la vente de leurs produits. Telle est dans sa triste réalité la situation. En présence de faits si graves, qu'a fait le Gouvernement? qua-t-il tenté pour arrêter au début l'extension de la maladie? qu'a-t-il fait, depuis, pour adoucir de si grandes misères? Comme je vous l'ai dit , la maladie s'est déclarée en 1 848, mais n'a pris des Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. proportions très-inquiétantes qu'en 1 854 . A co moment, rien n'avait été fait encore, on n'avait pas compris la gravité du fléau. lorsque, après trois ans, la maladie fut répandue dans tous nos pays séricicoles, en 185;, le Gouver- nement a songé à la restreindre ou a la combattre, et je l'en remercie, il a fait pour en trouver le remède de très-louables efforts. L'un de nos savants les plus illustres, M. Dumas, fut d'abord chargé de vi- siter nos contrées séricicoles, d'étudier les caractères et la marche de la ma- ladie; cette première étude amena quelques résultats. Les populations déso- lées par le fléau en avaient aussi recherché la cause, elles avaient essayé des traitements de toutes sortes. On avait d'abord cru «pie la source du mal se trouvait dans le mûrier, et l'on avait essayé, comme pour la vigne, de traiter le mûrier par le soufre. D'autres supposaient que les influences atmosphériques avaient développé I épidémie, et ils avaient proposé l'emploi de désinfectants : tantôt l'acide phénique, tantôt les chlorures. Il serait trop long de vous indi- quer toutes les exi^riences tentées, toutes également impuissantes. M. Dumas constata que la végétation du mûrier était intacte, qu'elle était normale, que l'air des magnaneries n'était |>our rien dans les causes qui avaient pu produire la maladie des vers à soie. Il arriva à constater le caractère ex- térieur de celle maladie dans le ver à soie parvenu à un certain développe- ment, mais il ne put en indiquer le remède. De sorte que, jusque-là, ces re- cherches provoquées dans un but si louable restèrent complètement impuis- santes, et qu'il était encore impossible d'en tirer une conclusion pratique. C'est alors, en 1864, que comprenant l'insuffisance des recherches scienti- fiques, l'impossibilité d'arriver par elles à régénérer nos races de versa soie, je crus dev oir appeler l'attention du Corps législatif sur ce sujet Depuis cette époque, on a acquis la certitude que Us graines du Japon, après avoir donné en France une première récolte, échouent dès la deuxième année, c'est-à-dire qu'elles contractent la maladie. Voilà un nouveau fait également constaté par l'expérience du cultivateur et par les recherches de M. Pasteur, membre de l'Institut, que le Gouvernement a chargé de ce soin. A l'heure qu'il est, nous sommes donc en présence de trois faits certains, démontrés par la science. Ces trois faits sont ceux-ci : la mala- die est universelle ; le Japon seul y a échappé; la maladie est épidémique, con- tagieuse; en France le nombre des sujets préservés est minime. Que faire en pareille occurrence? Je dis : Que faire? Pour nous, d'abord, propriétaires de mûriers, que faire? Pour le Gouvernement, dans quelle mesure son interven- tion est-elle utile, dans quelle mesure est-elle nécessaire ? Il est aujourd hui démontré par les travaux de M. Dumas, par ceux de M. de Quatrefages et de M. Pasteur, membres de l'Institut, que la maladie est éminemment contagieuse; que des semences intactes, saines, élevées dans des locaux déjà infectés, contractent immédiatement la maladie. Non-seulement la contagion est prouvée par des milliers de faits, mais M. Pasteur a constaté 20 MALADIE DES VEHS A SOIE. qu'en prenant sur des parois des murs, des plafonds, des fragments impal- pables du plâtre, de la chaux des murs, et les répandant dans une magnane- rie neuve, la maladie était immédiatement communiquée à la chambrée. Voila ce qui est hors de discussion. La maladie est donc éminemment conta- gieuse M. Pasteur a constaté, dans des c\|>ériences nombreuses, qu'il existe aussi des symptômes extérieurs de l'épidémie, et il est arrivé à celte affirmation qu'on peut reconnaître la maladie dans l'œuf, dans le ver à soie, sous toutes ses formes et à toutes les périodes de son existence, (pion |«*ut la retrouver dans l'œuf, dans le ver, dans le cocon, dans la chrysalide et dans le papillon. Voilà des faits très-importants dont je désire tirer des conséquences pra- tiques Ce que je demande au Gouvernement, le voici, et lui seul peut le faire : Ses agents ont constaté l'universalité de l'épidémie; lui. il en connaît l'éten- due, il en connaît la gravité, il en connaît l'importance, il en connaît le dan- ger; il s'agit de la prospérité d'une de nos grandes industries nationales; il s'agit de l'aisance, de la vie de quatre départements qui n'ont pas d'autre res- source. Si donc il a des moyens d'étouffer le foyer d'épidémie, de le circon- scrire et d'arriver à la régénération de nos graines, il ne doit pas hésiter, et, j'en ai la certitude, il n'hésitera pas. Je dis donc que s'il est vrai, — et quant à moi je tiens pour certaines les affirmations de M. Pasteur, confirmées d'ailleurs |>ar M. Dumas, — s'il est vrai qu'on puisse discerner d'une manière positive les graines saines des graines malades, je lui demande de prendre des mesures pour que le com- merce des graines soit surveillé, pour que la vente des graines soit surveillée et que toute graine malade ou suspecte soit à l'instant saisie et détruite Il y a un immense intérêt à cela, Messieurs. Les graines coûtent 10 francs l'once, elles ont coûté jusqu'à 1000 francs le kilogramme; leur prix ordinaire est de 5oo francs; mais les frais de l'éducation sont de 5o francs l'once, c'est- à-dire de 2000 francs le kilogramme. Donc, le jour où vous vous présentez à un propriétaire, à un sériciculteur, où vous examinez sa graine, si vous pouvez lui dire : « Votre graine est mau- vaise et ne |>eut porter de fruits, les dépenses que vous allez faire seront per- dues, » vous lui rendez un très-grand service Nous ne demandons pas, cependant, — on eût pu le faire, — qu'on aille vi- siter tous nos pays séricicoles, qu'on aille s'introduire dans les magnaneries qui deviennent souvent un foyer d'infection, dont les miasmes infects peuvent ruiner des cantons entiers et enlever la récolte de plusieurs années, nous ne demandons pas qu'on aille s'emparer des vers à soie qui s'y trouvent pour les enfouir et faire cesser ainsi les émanations qui vont porter la mort dans les magnaneries voisines. Nous appuyant sur les résultats affirmés par vos agents, par les savants chargés par vous d'étudier la nature du mal el les moyens par lesquels il se propage, nous appuyant sur ce fait, que vous Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 27 jxmvez reconnaître l'existence du mal dans les graines, dan* les semences qui nous arrivent aujourd'hui avariées, fraudées, de pays étrangers où la maladie existe, nous vous demandons de les faire examiner. A cela vous répondez: Il y a une difficulté! M. Pasteur peut constater le mal, d'autres ne le pourront pas avec certitude. Eh hien, ce que je vous demande, c'est de donner des élè\es, des aides à M. Pasteur. M. Dumas, M. de Qualrefages se sont livrés à des études appro- fondies, aucun d'eux ne refuserait certainement de se consacrer à un tra- vail aussi patriotique et d'un intérêt aussi grand que celui qui consisterait à former des élèves. Mais je crois que vous n'aurez pas besoin d'aller jusque-là et qu'il n'y a pas un seul de nos arrondissements où chacun de ces savants, faisant connaître ses procédés, ne puisse arriver à donner des moyens d'investigation dont les résultats seront assurés Il est aussi facile assurément, surtout lorsqu'on se trouve précédé dans cette voie par les hommes les plus éminents de la science, d'appliquer le microscope à l'étude des graines que d'appliquer l'analyse à l'étude des en- grais ; en outre, l'intérêt est infiniment plus considérable, l'intérêt agricole, l'intérêt de l'industrie, je pourrais dire l'intérêt politique. Car enfin, il y a quelques jours, on portait devant cette Chambre et on discutait ici une ques- tion de solidarité : on demandait dans quels cas l'intervention de la société, l'intervention de l'État pouvait être justifiée. Il s'agissait d'indemniser ceux qui pourraient avoir été victimes d'une erreur judiciaire. A ce propos, on a parlé de solidarité ; je reconnais que, dans ce cas, elle ne pouvait être appli- quée, mais dans celui-ci j'affirme, et j'affirme avec le Gouvernement, qu'elle ne peut être diseufée. Comment 1 l'inondation du Rhône s'est étendue sur dix départements ; celle de la Garonne, du Lot, sur quatre ou cinq, et elles ont causé des dommages pour ii ou i5 millions. Le Gouvernement s'émeut, et M. le Ministre vient de- vant cette Chambre demander des crédits spéciaux pour faire face aux ra- vages de l'inondation. Laissez-moi vous dire que notre inondation dure depuis vingt ans. Elle nous coûte 60 millions, et elle nous ruine! (Mouvements divers.) Elle nous ruine! (C'est vrai!) Elle nous ruine! j'en appelle à tous ceux qui con- naissent nos contrées méridionales. Cependant, je ne demande pas d'indemnité pour le passé; mais je ne veux pas qu'on reste sourd à nos plaintes. 11 y a trop longtemps qu'on aurait dû les faire entendre à cette Cliambre ; elle les aurait comprises. Eh bien, moi qui ai assisté à toutes ces misères, moi qui ai souvent pro- noncé l'adjudication du patrimoine de ces familles ruinées par une épidémie persistante contre laquelle on a lutté sans succès, parce qu'on ne savait pas le moyen de se défendre, contre laquelle j'affirme qu'aujourd'hui on peut lutter avec succès, je ne pourrai jamais m'empêehcr de protester contre une pa- MALADIE DES VERS A SOIE. reille situation cl d 'invoquer l'intervention «lu Gouvernement, car c'est sa cuise que je défends, c'est son propre intérêt que je le conjure de servir * M. le président Schneider. La parole esl à M. le Minière des Travaux publics. S. Exc. M. r>E Forcade la RoorETrE, Ministre de fs/grirulturr, du Com- mrnr cl tirs Travaux publics. Messieurs, le Gouvernement a déjà eu l'occa- sion di- faire connaître, à diverses reprises, soit au Sénat, soit au Corps légis- latif, les mesures auxquelles il a eu recours pour combattre le fléau qui désole, depuis de longues années, plusieurs départements du Midi. Quelle que soit l'importance de cette question, comme elle a été déjà plu- sieurs fois traitée, la Chambre comprendra que je n'entends pas la reprendre ici dans tous ses détails : je me propose seulement de lui rap|>eler les faits généraux. Je lui indiquerai ensuite l'état des travaux auxquels se livre la Commission permanente nommée en i8o5. et à laquelle les précédents orateurs ont rendu justice. J'indiquerai enfin les mesures récentes que le Gouvernement a pu prendre. Sur la gravité du fléau, sur ses conséquences pour l'agriculture, pour la grande industrie des soies et pour le commerce en général, je suis d'accord avec l'honorable préopinant, d'accord sur les points généraux. Alors mémo qu'il y aurait une certaine exagération dans les doléances, ce n'est pas le Gouvernement qui, en présence de plaintes sérieuses, croirait devoir les dis- cuter. Il y a là une cause de pertes importantes |ur les résoudre. Y est-il toujours parvenu .' je n'oserais pas l'affirmer. Ce (pie je puis affir- mer, c'est que sa préoccupation et si sollicitude ont été constantes, et (pie ses efforts ont été souvent couronnés de succès. (C'est vrai! — Très-bien! très-bien ! ) Vous savez, Messieurs, (pie la maladie des vers à soie a éclaté en France il y a environ quinze années, et qu'à peu près à la même é|>oque, elle s'est montrée en Allemagne, en Italie et jusque dans l'Orient. Ici se place une observation que vous a faite l'honorable M. Fabre; il vous Digitized by NOTES ET DOCUMENTS. a dit : Pourquoi n'avez-vous |>as déployé contre cotte maladie, si dangereuse, I énergie que vous avez montrée |>our lutter contre l'épizootie des botes à cornes*/ Vous n'avez pas craint de faire revivre, a-t-il dit, des arrêtés qui re- montent au siècle dernier, vous n'avez pas craint d'établir sur la frontière une sorte de cordon sanitaire. Pourquoi n'avez-vous |>as fait la même chose on ce qui concerne les vers à soie? Pour une raison bien simple, Messieurs, c'est que le mal est né en France. II s'est développé d'abord dans le département du Var, puis dans le dépar- tement du Gard, puis dans les dé|>artements voi>ins. Comment voulez-vous que nous puissions arrêter à la frontière un mal qui s'est dévelopjié à ! in- térieur et qui s'y est dévelopjté avec une intensité extrême'.' Vovoz, Messieurs, comme, dans ces sortes de questions, la conduite «lu Gouvernement doit être différente. Pour ce qui est de la maladie des vers à soie, nous no pouvions pas porter obstacle à son invasion, puisqu'elle était, je le ré|K'te, née chez nous avec un caractère do gravité considérable. Nous avons fait l'opposé do ce qui a été fait lors do l'épizootie dos bêtes à cor- nes : au lieu de fermer la Franco aux graines étrangères, nous avons di*i engager les étrangers à nous apporter des graines saines. C'est donc le procédé contraire à celui qui avait été pratique* pour l'épizootie que le Gouverne- ment a du suivre et qu'il a suivi pour la maladie des vers à soie. En effet, que s'est -il passé ? La maladie s'est déclarée en Franco; elle sé- vissait dans plusieurs départements, il y avait contagion, c'est incontestable: il fallait chercher dos graines saines ; ces graines on ne les trouvait pas en France: nous les avons demandées à l'Italie, à l'Allemagne, à l'Orient, et toutes ces graines nous sont arrivées infectées de la maladie qui régnait on France. Mais, vous le savez, Mesneurs, le Gouvernement de l'Empereur, dans l'in- térêt de la liberté commerciale, dans l'intérêt du dévi'loppement des relations de notre pays, non-seulement avec les peuples de l'Europe, mais avec les |>euplcs de l'extrême Orient, venait d'engager une oxjtédition on Chine, do (ténétrer dans ces |>ays lointains. Là on trouve des graines saines; au Japon, on put trouver une graine qui n'était point atteinte do la maladie. El voyez. Messieurs, en passant, les conséquences de ces grandes entre- prises et les résultats heureux qu'elles |teuvent être ap|»olées à produire : c'est en réalité aux efforts faits par le Gouvernement pour dévelopjtor les re- lations commerciales de la France avec l'extrême Orient qu'on doit d'avoir trouvé le remède de la maladie des versa soie. (Mouvement. — Très-bien! très-bien ! ) Croyez-vous que ce fût une entreprise si facile que do se procurer la graine du Japon? Il y avait autrefois (veine de mort contre l'exportateur de la graine du Jajton, à une é'ioque où ce pays, encore formé à la ci\ ilisation, re- fusait toute communication avec les pays euro|téens comme avec des barbares. Eh bien, le Gouvernement a pu ouvrir le Ja(ton, il y a fait (ténétrer le com- Digitized by Google 30 MALADIE DES VERS A SOIE. meroe, et il en a rapporté ici un remède efficace, quoiqu'il no soit pas encore complet, contre la maladie des vers à soie. Voilà le premier effort du Gouvernement. Et permettez-moi ici, Messieurs, de vous citer deux noms; car, lorsqu'on soulève ces questions qui touchent aux souffrances des populations, vous trouverez qu'il est juste de dire les noms de ceux qui ont contribué à adoucir et qui ont ainsi rendu des services considérables à leurs concitoyens. Les deux hommes que je tiens à signaler sont M. de Montigny, consul général en Clone, et M. Léon Roche, consul général au Japon. Ce sont eux qui, les pre- miers, ont envoyé les graine* de la Chine et les graines du Japon : celles-ci excellentes, à quelques exceptions prés; celles-là d'une qualité moindre. Ces graines, ils les ont envoyées en France, et ils ont apporté ainsi, les premiers, un remède à la maladie. Donc, permettez-moi de le dire, Messieurs, dans cette question, le premier succès a été obtenu par les efforts du Gouvernement. Non que je veuille lui en faire un mérite spécial; mais en présence des paroles sévères et quelque- fois injustes de l'honorable M. Fahre, je tiens à constater devant vous les efforts couronnés de succès du Gouvernement. (Très-bien ! très-bien ! ) C'est au bout de deux ou trois ans, c'est en i8o\f, que la graine du Japon a été introduite en France. Elle a réussi les deux premières années; mais, au bout de deux ans, on s'est a|H>rçu que cette graine elle-même était atteinte par la contagion, et les vers à soie du Ja|>on ont été contaminés au contact des vers à soie indigènes. Il y avait donc là un fait nouveau et grave qui devait attirer l'attention. On avait cru trouver un remède dans des graines saines; mais ces graines ont été elles-mêmes, au bout de quelques années, atteintes de la contagion. Que lit le Gouvernement ? Le Gouvernement nomma une Commission |>ermanente, composée, je ne dirai pas seulement d hommes savants, mais des savants les plus illustres du pays, de MM. Dumas, Quatrofages, Peligot, Pasteur, et d'autres encore. Tels furent les principaux membres de celle Commission, dans laquelle furent in- troduits également les principaux sériciculteurs des déparlements intéressés, et cette Commission, fonctionnant en permanence, fut chargée de rechercher les causes du dév eloppement de I épidémie. Qu'a fait la Commission'.' Il fallait éviter que les graines saines fussent atteintes |>ar la maladie; il fallait également obtenir que, parmi les graines indigènes, celles qui n'étaient pas atteintes pussent être sauvées de la conta- gion. Voici ce que la Commission a pro|>osé et ce que le Gouvernement est en train d'exécuter : La maladie des vers à soie a fait son apparition probablement, — car ici personne n'est affirmatif, pas même M. Pasteur, quoi qu'en ait dit l'honorable M. Fabre, — et s'est développée par suite du grainage industriel fait sur une Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. grande échelle, par suite de l'accroissement de l'industrie séricicole, au sein des grandes magnaneries dans lesquelles on élève une quantité considérable de vers à soie. lui Chambre comprend que là où l'industrie se développe, le mal, quand il se produit, prenne immédiatement de grandes projwrlions. Vous allez juger combien cette cause a eu d'influence sur les progrès du mal. Au commencement de ce siècle, il n'y avait à Lyon que treize mille métiers. En 1 853, il y en avait soixante-treize mille. Vous voyez quel immense développement avait pris l'industrie de la soie. Quant à l'industrie séricicole et à l'élève des vers à soie, vous |>ourrez juger de son développement par quelques chiffres : sous le premier Empire, la production des cocons représentait une valeur de «4 millions. Elle s'est élevée successivement à 10, 3o, 4o, 5o, 100 millions; en i853, elle atteignait 117 millions. Avant ces magnifiques développements de cette industrie, les vers à soie étaient élevés par le grainage domestique, — je demande pardon à la Chambre d'employer ces termes techniques, mais enfin il faut parler aujourd'hui le langage simple de l'agriculture. (Oui! oui! — Très-bien!) C'était le grainage domestique, c'était la petite éducation, les ]>elits éleveurs qui suffisaient aux besoins du commerce. Mais lorsque, l'industrie lyonnaise se développant, les besoins du commerce s'étaient sextuplés, il a fallu arriver, pour suffire à ce grand développement de l'industrie séricicole, au grainage industriel. Eh bien, c'est avec le développement du commerce et de l'indus- trie que sont venus les grands dangers que nous rencontrons. Eh, mon Dieu! ce n'est pas seulement dans l'industrie des vers à soie que cela se produit. La Providence a attaché aux progrès de toutes les industries des difficultés continuelles : toujours le danger est à côté du progrès, et tou- jours l'intelligence de l'homme est appelée à concourir j>ar un travail incessant au succès qu'il veut obtenir. (C'est vrai! — Très-bien! très-bien!) Eh bien, en présence de la contagion, de la maladie qui s'est développe, de cette industrie qui a grandi et qui, en grandissant, a augmenté la conta- gion, je dois le dire aujourd'hui, il faut que les populations fassent des efforts pour revenir au grainage domestique. Je ne veux jos employer des termes absolus, mais je dis, — ce que le bon sens indique, — que c'est par le grai- nage domestique qu'on arrivera à rendre la graine saine et à améliorer la race. lui Commission nommée en i865 est convaincue de ces idées: elle veut ra- mener les populations au grainage domestique ; elle veut du moins les ramener à faire du grainage domestique le moyen d'arriver à la pureté des graines et à créer des reproducteurs. Tel est le conseil qu'a donné la Commission, et, |K»rmettez-moi de le dire, c'est aussi le conseil qu'a adopté le Gouvernement, et qu'il est en train de suivre. 32 MALADIE DES VERS A SOIE. Il y a ici deux thèses en présence : l'une soutenue par l'honorable M. Eahre, l'autre par l'honorable M. de Benoist. Je ne veux pas exagérer la |>ensér de M. deHenoist; mais, entre lui et M. Fabre, sur l'intervention et les devoirs du Gouvernement, il y a une nuance. Le Gouvernement ne |ieut (tas Taire du grainage domestique, mais il ne veut pas s'en désintéresser ; il ne veut pas retirer sa main, il veut que 1 expérience se fasse, et. en y contribuant lui-même, il veut, dans une certaine mesure, par l'expérience, donner le précepte et l'exemple aux |>opulations. (Très-bien ! I Voilà dans quelles limites le Gouvernement renferme son intervention. Qu'a-t-il fait ? Au mois de mars dernier, le Ministère des Travaux publics a affecté au grainage domestique une somme de i r ) ooo francs, qui est devenue le jvoint de départ d'une souscription dans deux dé|vartemenls. Il vient de donner, il y a deux mois à [veine, peu de temps après mon entrée au Ministère, des instructions pour qu'une prime de 900 francs suit accordée aux |>etits éle- veurs dans les limites (pie voici... La prime est accordée à ceux qui n'élèvent pas moins de 5 grammes et pas plus de 10 grammes, de manière, vous le vojez, à favoriser le grainage do- mestique dans des limites définies. Maintenant, certaines conditions sont attachées à l'obtention de la prime : elles ont |>our objet de surveiller l'éducation du ver à soie, d'écarter la con- tagion |>ar le (hoix delà graine, qui est fait par des Commissions spéciales ; l'éducation est surveillée par des inspecteurs. Et enlin, lorsqu'arrive la re- production, la graine nouvelle est observée dans ses œufs, pour voir si le produit se trouve plus parfait, plus complet, meilleur à tous les points de vue. et dégagé des atteintes de la contagion. Voilà donc le système que le Gouvernement encourage; il l'encourage non- seulement par ses conseils, mais encore par hs souscriptions dont le Ministère de l'Agriculture et des Travaux publics a pris l'initiative. Est-ce tout. Messieurs'' Non. d'autres efforts ont été faits. Dans le dépar- tement du Gard notamment, le Conseil général a cherché tous les moyens de résoudre ce difficile problème; il a volé une somme de 4000 francs, destinés à l'éducation des vers à soie en liberté, et le Ministre de l'Agriculture a im- médiatement doublé la somme. Ainsi, aussitôt qu'une idée qui |>arait sérieuse se manifeste, qu'elle vienne de la Commission permanente instituée par le Gouvernement, qu'elle vienne des Conseils locaux, le Gouvernement intervient et encourage. Voilà dans quelle limite notre intervention s'est produite. (Très-bien!) Nous avons fait quelque chose de plus; nous avons fait un pas vers un moyen plus scientifique, moins habituel au Gouvernement : nous avons donné des microscopes. La Chambre me permettra d'expliquer dans quelles circonstances nous avons été amenés, à cause de l'im|K)rlance des intérêts engagés dans cette grande question, à nous écarter un peu des habitudes de l'Administration. UlyllIZGO by Google NOTES ET DOCUMENTS. 33 M. Pasteur, dont l'honorable M. Kabre a fait à juste titre l'éloge. M. Pas- teur, qui a rendu de grands services dans cette question, qui s'y est dévoué comme à un intérêt national, qui a beaucoup observé, étudié, est moins aftir- malif que ne le croit M. Fabre. J'ai eu sous les \cux et j'ai lu avec la plus grande attention tous les Rap- ports de M. Pasteur. Il n'a pas la prétention de distinguer la maladie dans l'u'uf du ver. dans la graine, il n'émet pas rctt * prétention. Mais M. Pasteur a remarqué (pie, dans le ver malade ou dans le papillon qui sort de la chry- salide, le symptôme principal de la maladie, c'était la présence de certains corpuscules, de certains éléments étrangers au ver. lui question était donc de trouver le moyen de reconnaître les reproducteurs qui n'étaient pas atteints de la maladie, c'est-à-dire ceux qui n'avaient j as de ces corpuscules. Eh bien, s'il fallait observer tous les papillons au microscope, la Chambre comprend qu'il serait impossible d'arriver à un grand résultat; on arriverait à des résultats de laboratoire, mais non pas à des résultats pratiques et in- dustriels. M. Pasteur l'a bien compris, et il a indiqué des procédés qui permettent de faire les expériences sur un certain nombre de papillons à la fois. C'est pour ces expériences que le microscope est nécessaire. Il permet d'observer les corpuscules dans les papillons. Si, à l'aide du microscope, on remarque l'absence de ces corpuscules, les graines qui viennent des papillons offrent des garanties sérieuses pour la re- production; on les prend alors et on les consacre au grainage domestique, en surveillant leur éducation, en faisant la reproduction de ces graines. Voilà le système fondé sur l'observation, sur des études attentives, conti- nuelles, que recommande la Commission permanente et que suit le Gouver- nement. Le Gouvernement suit ce s\ sterne en organisant le grainage domestique et en fournissant des microscopes. Nous en avons fourni cinquante. Nous avons voulu les fournir, parce que, en les fournissant, on est ph:s sûr de la valeur de l'objet d'expérimentation : nous les avons envoyés aux préfets, aux mem- bres des Sociétés d'agriculture. Voilà ce qui a été fait. Vous le voyez, cela est pratique, cela nous parait efficace; nous ne répondons pas du succès, mais nous ferons tous nos efforts pour l'obtenir. Le Gouvernement ne doit pas, dans ces questions, s'engager au delà des limites légitimes de sa responsabilité. Lorsqu'il a promis d'étudier cette ques- tion, lorsqu'il a chargé les hommes les plus compétents de l'examiner, lors- qu'il a suivi leurs conseils et que ces conseils semblent en effet dictés par le bon sens, le Gouvernement a dégagé sa responsabilité. L'honorable M. Fabre nous donne des conseils. Je demande la permission de les examiner. Il nous a dit : Vous venez de faire une loi sur les engrais; vous punissez II. 3 Digitized by Google 31 MALADIE DES VERS A SOIE. ceux qui vendent des engrais frauduleux, pourquoi ne punissez-vous pas ceux qui vendent des graines frauduleuses? Mais, Messieurs, je dirai ici, comme pour l'^pizootie : La question n'est pas la même : h un engrais est falsifié, on le reconnaîtra, il n'est pas difficile de lo reconnaître; mais, s'il s'agit de graines, qui décidera si elles sont saines ou si elles ne le sont pas? Un membre. Le microscope. M. le Ministre. L'honorable M. Fabre disait : M. Pasteur les reconnaît. Je lui en demande bien pardon. M. Pasteur ne va pas si loin ; il n'a pas le moins du monde ces affirmations absolues en ce qui concerne les graines; il no voit qu'un moyen d'arriver à constater qu'une graine est l>onne, c'est d'observer le papillon reproducteur et, lorsqu'il a constaté que le papillon reproducteur était sain, d'en conclure que la graine serait saine. Mais, au vu d'une graine, décider si elle est contaminée ou non, cela est impossible. Il n'y a rien à faire de ce côté. Ce sont là des idées qu'on peut produire en dehors de toute responsabilité, mais qu'un Gouvernement, après avoir étudié la question, ne |>ourrait pas accepter. Comprenez-vous, Messieurs, que nous prenions la responsabilité de présenter à cette Chambre une loi reposant sur ces principes, une loi créant la fraude là où elle n'est pas, établissant des pé- nalités sur des données sur lesquelles les savants eux-mêmes hésitent à se prononcer? Nous n'avons pas cru devoir le faire. (Marques d'approbation.) Maintenant des recommandations nous ont été faites, nous sommes très- disposés à les accepter. On nous a dit : Il faut des travaux publics à ces imputations qui succom- bent sous le poids des impôts. Messieurs, il serait contraire à ma pensée, à la pensée du Gouvernement, de nier que les souffrances qui ont été signalées soient réelles; mais, cepen- dant, n'y a-t-il pas quelques exagérations dans ces plaintes! Nous le croyons, et il y a des points sur lesquels il faut rétablir l'exactitude des faits et des appréciations qui en ont été produites. En ce qui concerne les impôts, que pouvons-nous faire, et qu'avons-nous fait ? La loi |>ermet de dégréver d'impôts les contribuables dans des circon- stances déterminées; la loi ne permet que le dégrèvement individuel, demandé ndi viduellement. Eh bien, que s'est-il passé? Je prends les départements les plus affligés, le département du Gard et le département de l'Ardèche. Pour le déj»artement du Gard, l'impôt foncier s'élève à i 88a ooo francs. Le dégrèvement, en i865, a été de 195000 francs. Il a donc été de plus de 10 pour 100. Mais remarquez que, dans le département du Gard, il n'y a pas seulement les sériciculteurs, il y a des villes qui ont peu souffert ; il y a une ville importante qui paye une part considérable de l'impôt; il y a, d'ailleurs, dans la campagne d'autres cultures que celle du mûrier. Il y a notamment Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 35 celle de la vigne. Ainsi, Messieurs, vous voyez qu'en présence d'un dégrève- ment qui s'élève à 10 pour 100 de la totalitédc l'impôt foncier, et quia porte presquo exclusivement, je pourrais dire exclusivement sur le mûrier, on peut dire que ce dégrèvement a atteint la limite de ce que le Gouvernement pou- vait faire. En voulez-vous la preuve? Vous parlez de l'impossibilité de payer I impôt? Grâce au dégrèvement, l'impôt est devenu léger; dans le déjwirtement du Gard les frais de poursuite ne dépassent pas 1,64 pour 1000, c'est-à-dire à peu près ce qu'ils sont dans les autres départements. Ce que j'ai dit du département du Gard, je pourrais le dire pour l'Ardèche. Dans l'Ardèche, où l'impôt foncier est de 9*3 000 francs, les dégrèvements ont été de i43ooo francs, c'est-à-dire d'environ i5 pour 100. Ici, je dois faire remarquer que dans l'Ardèche il n'y a pas de ville de l'im- portance de Nîmes, et je doi9 ajouter que c'est un dé|>artemenl dans lequel l'industrie séricicole est plus considérable que dans le Gard. La proportion est donc à peu près la môme en ce qui touche les dégrèvements, et quant aux frais de poursuites, ils ont été aussi de 1,64 pour 1000. Ainsi, Messieurs, le Gouvernement a fait, je crois, ce qu'il était dans la possibilité et dans les principes de notre législation de faire; il a accordé des dégrèvements d'impôt considérables, et la preuve que ces dégrèvements suf- fisent, c'est que le chiffre des frais de poursuites n'est pas plus élevé dans ces départements que dans les autres. Quant aux travaux publics, il y a eu deux chemins de fer dont l'utilité pu- blique a été reconnue, et qui sont d'un grand intérêt pour les deux départe- ments du Gard et de l'Ardèche : l'un est celui de Lunel au Vigan, l'autre celui d'Alais au Pouzin. Ni l'un ni l'autre n'ont été encore exécutés, cela est vrai ; mais il faut dire que dans l'Ardèche on s'est occupé de la ligne de Privas. Quant aux lignes intérieures, je crois pouvoir dire à la Chambre que le Gou- vernement fera tous ses efforts, non-seulement j>our donner de l'occupation aux populations, mais aussi pour donner une satisfaction légitime à des loca- lités qui ont beaucoup souffert; je pense que c'est le sentiment de la Cham- bre, quoique chacun de vous ait le désir de voir exécuter au plus tôt ses propres chemins de fer, que la priorité doit être donnée aux départements du Gard et de l'Ardèche, et le Gouvernement fera tous ses efforts pour que ces populations, qui ont été si éprouvées, n'attendent pas longtemps encore le bienfait de l'exécution de leurs chemins de fer. (Très-bien ! très-bien ! ) Maintenant, est-il bien urgent d'exécuter dans le département du Gard et dans celui de l'Ardèche des travaux publics pour occuper les bras? M. Fabre. Pardon! je n'ai pas demandé cela. Je ne voudrais pas inter- rompre M. le Ministre, mais je dois dire que j'ai parlé seulement des travaux concédés; je n'ai pas demandé autre chose que l'exécution de ces travaux concédés. 3. Digitized by Google M A LA Dl K DES VERS A SOIE M. le Ministre. Très-bien! Mais une préoccupation s'est produite, et je vais au-devant de cette préoccupation : les populations manquent de travail, a-l-on dit. principalement celles qui s"occu|>cnt de l'industrie sérieicolc : il faut leur donner du travail. Eh bien, il résulte de l'empiète agricole récemment faite que, dans le dé- partement du Gard, les salaires ont augmenté de 33 pour 100, malgré la cause profonde de souffrances qui existe réellement dans ce département ; il [tarait que ces souffrances n'ont pas porté particulièrement sur les travailleurs, puisque, j»râce sans doute à la pros|>érité générale de la France, firace aux progrès de la culture de la vL-ne dans le Midi, le prix de la main-d'a-uvre, loin de baisser, a augmenté, au contraire, dans une proportion considérable. Je finis cette discussion, Messieurs, et je demande pardon à la Chambre d'avoir occupé si longtemps son attention... (Non! non! — Du tout!) J'ai tenu à montrer que la sollicitude du Gouvernement n'avait pas cessé d'être éveillée sur cette question; je tenais à faire connaître dans quelle me- sure son intervention était possible, car il y a là une question de principes que je ne veux pas aborder, mais dont vous comprenez toute l'importance. Messieurs, toutes les industries souffrent à leur tour, et les épreuves se succèdent dans le monde. Ici c'est la maladie des vers à soie; si vous allez vers les contrées de l'Ouest, vous verrez aussi de grandes souffrances parmi les populations du littoral et des marais salants. Dans d'autres pays encore, vous verrez également des industries soumises à de fortes épreuves. U> Gouvernement ne peut pas remédier à tout. Le Gouvernement ne |>eut pas considérer comme étant de sa mission de réparer tous les maux et d'être perpétuellement comme une Providence dont les mains sont toujours ouvertes sur ceux qui souffrent. A côté de la bonne volonté permanente, à côté de l'effort continuel et du dévouement absolu, il y a, Messieurs, une limite que vous connaissez tous, c'est la force des choses et les lois que la Prov idence a imposées aux hommes cl aux Gouvernements. [Vives et nombreuses inarques d'assentiment et d'ap- probation. ) On trouvera dans le Rapport suivant l'opinion du Sénat, en 1868, sur les mesures qu'il conviendrait de prendre pour venir en aide à la sériciculture. Ces mesures ont pour point de départ l'application raisonnée et suivie des résultats de mes recherches. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 37 RAPPORT AU SENAT, PAR M. LE COMTE DE CASABIANCA. (Séance du iS juillet 186*.) Messieurs les Sénateurs, Le sieur Achard, docteur en médecine à Saint-Marcellin (Isère), et plu- sieurs habitants de la commune de Sainl-llilaire-du-Rosier, même départe- ment, signalent au Sénat l'extrême détresse des populations séricitoles occa- sionnée |>ar les progrès incisants de la maladie des vers à soie. Us annoncent comme imminente la destruction totale d'une industrie qui versait chaque année plus de 100 millions dans quarante départements, et alimentait nos plus riches manufactures. Les pétitionnaires attribuent cette épidémie à la détérioration des graines; on a constaté, disent-ils, qu'en i8G5, sur 1200000 onces élevées en France, dont le produit a dépassé 45 millions de francs, 912000 onces sont demeu- rées improductives. L'un d'eux, le sieur Achard, prétend avoir découvert la cause de cette stérilité. D'après lui. le germe contenu dans la graine qui se forme en juin ou juillet, ne devient viable que dans les premiers jours de janvier; mais à cette époque il entre en éclosion, dès que la température s'élève au-dessus de 9 de- grés centigrades; il en résulte qu'en mars ou avril, lorsque commencent les éducations des vers à soie, le principe fécondant a été presque toujours dé- truit par un dévelop|>emcnt prématuré. De cette loi naturelle qu'il regarde comme incontestable, le sieur Achard tire une double conséquence : La première, que le transport, la vente et le colportage de la graine de- vraient être interdits dès le mois de janvier, et que la campagne séricicole devrait s'ouvrir à la même époque ; La seconde, qu'il faudrait confier le soin de produire des graines et de les distribuer à une grande Société coopérative, organisée d'abord sous le patro- nage et aux frais de l'Etat, et que l'industrie privée établirait ensuite dans toutes les régions intéressées. Alors même que ces propositions ne seraient pas accueillies, les pétition- naires implorent votre intervention comme l'unique voie de salut qui leur reste, et vous supplient d'élucider, dans une discussion complète, les ques- tions (jui se rattachent à des intérêts dont on ne saurait contester l'impor- tance exceptionnelle. Tel est l'exposé sommaire de cette pétition, qui a été de notre part l'objet de l'examen le plus approfondi. Nous avons recueilli sur le fléau qui désole \a sériciculture et sur les moyens de le combattre de précieux renseignements au Ministère de l'Agriculture et surtout dans les entretiens du jeune et déjà Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. illustre savant qui, depuis i865, poursuit avec une persévérance et un dévoue- ment au-dessus de tout éloge la solution de ce difficile problème. Ces rensei- gnements, nous sommes heureux de pouvoir les livrer à la publicité. La maladie qui fait actuellement de si terribles ravages dans les magnane- ries est connue sous la dénomination de patine ou jfèbrinc, et plus générale- ment de maladie des corpuscules. Elle a commencé en 1849. ^a récolte moyenne des cocons était alors en France de ao millions de kilogrammes. Pendant quelques années, la gatine est devenue presque stationnaire. Une statistique récemment publiée par le Ministère de l'Agriculture et du Com- merce évalue la production annuelle des cocons ainsi qu'il suit : Tout à coup, sous l'influence de l'épidémie, la production s'est abaissée : On n'a pu encore constater avec certitude le rendement des récoltes de 1866 et 1 867 ; mais on a acquis la triste certitude qu'elles n'ont pas été moins désas- treuses que les précédentes. Par les soins du même Ministère, une enquête spéciale sur la situation de l'industrie série icole a lieu annuellement depuis 1866. Nous n'hésitons pas à placer sous vos jeux le résumé de l'enquête de 1867, quelque affligeant que soit le tableau des souffrances que cette en- quête révèle. En voici le résumé : « La situation de l'industrie séricicole, bien loin de s'améliorer en 1867, n'a fait que s'aggraver ou tout au moins est demeurée dans le statu qui». Le découragement commence à s'emparer d'un très-grand nombre d'éducateurs; dans beaucoup de localités, on arrache les mûriers pour y substituer des cul- tures plus fructueuses. II en résulte aussi une crise des plus violentes pour la fabrication des étoffes de soie; les salaires des ouvriers employés à cette fa- brication, qui étaient autrefois de 10 à 12 francs par jour, ne sont plus que de i fr ,5o à a francs. De leur coté, les fabricants ne peuvent surélever le prix du marché, sous peine de diminuer les achats dans des proportions qui se- raient funestes. Les ouvriers abandonnent les manufactures, surtout à Saint- Étiennc, pour embrasser d'autres professions, celles de mineurs ou d'armu- riers. Les paysans renoncent aux petites éducations, où ils ne trouvent que des pertes. Si l'on en excepte le Gard, qui ressent l'influence de soins plus intelligents, les rendements s'abaissent, et la culture se restreint, même dans i853, année la plus féconde du siècle i85', i85j 26 000 000 31 5oo OOO 19 800000 En 18S6, à Et progressivement, en i863, à 7 5oo 000 6 Sooooo 6000000 4 000000 En 1864, a.. Et en i865, à Digitized by LiOOQle NOTES ET DOCUMENTS. 39 les départements qui avaient toujours été regardés comme les plus importants producteurs. » Qu'a-t-on (ait pour conjurer ce fléau dont nous venons de retracer les dé- plorables résultats? Dès son apparition, la science en étudia les symptômes, et rechercha en premier lieu si le principe morbide n'était pas dans la feuille du mûrier. Elle apprit bientôt la preuve du contraire et concentra dès lors ses observations sur la graine. Des faits nombreux constatés en France et en Italie démontrèrent que l'unique moyen d'échapj)er à la maladie ou du moins de la rendre moins intense, c'était l'emploi de graines non infectées par l'épi- démie régnante : mais où les trouver? La contagion avait envahi avec une effrayante rapidité toutes les contrées séricicoles de l'Europe, la Turquie, l'Asie Mineure et môme la Chine ; le Japon seul n'était pas atteint, et l'expor- tation de la graine des vers à soie y était interdite sous peine de mort. L'in- tervention de notre Gouvernement fit lever cette prohibition, et dès 1864, 4oo onces furent achetées par la Société impériale d'Acclimatation et trans- portées en France avec tous les soins nécessaires pour les empêcher de s'al- térer pendant le cours de cette longue traversée. Par une coïncidence singu- lière, ces semences pures que la France allait chercher aux extrémités de l'Orient, l'Italie les rencontrait dans un village obscur de la Corse, situé vis- à-vis les côtes de la Toscane et de la Romagne, le village de Porto-Vecchio. Nous nous bornerons ici à reproduire un extrait des observations faites et publiées en 1867 par M. Guérin-Méneville, à qui le Ministère de l'Agriculture et du Commerce a confié l'inspection de la sériciculture (1). Voici comment M. Guérin-Méneville s'exprima : o Je me suis rendu à Porto-Vecchio, le point principal de mes investigations en Corse, afin d'étudier la fameuse éducation et les mûriers de M"* Rocca- serra. » Cette vénérable dame m'a appris que la culture des mûriers et l'élève des vers à soie sont pratiqués dans sa famille depuis 1790. Il y a eu des interrup- tions dans les éducations, mais depuis une vingtaine d'années on n'a plus cessé d'en faire. C'est avec de la graine venue d'Italie que ces éducations ont été reprises, et depuis ce temps elles n'ont cessé de réussir d'une manière plus ou moins complète. 0 ... Les qualités exceptionnelles des graines de M""* Roccaserra ont d'abord été remarquées par des ouvriers italiens qui viennent tous les ans travailler en Corse. Ayant obtenu quelques onces de graines faites par M™ Roccaserra, celles-ci donnèrent dans leur pays des produits si magnifiques et si avanta- geux, qu'ils renouvelèrent l'essai trois années et toujours avec le môme suc- cès. La connaissance de ces étonnants résultats s'étant répandue chex eux, une Société se forma pour venir exploiter cette espèce de mine d'or, et on (1) Journal de l'Agriculture, par M. Barrai, 5 avril 1868. -to MALADIE DES VERS A SOIE. 1 803 elle passa avec Jl" Roccaserra un contrat de sept ans pour se faire ré- server tous les produits de sa magnanerie. » Cette même Compagnie, reconnaissant (jite ces praires donnaient d'aussi bonnes recuites dans d'autres parties de la Corse, prit les mêmes arrange- ments avec presque tous les autres propriétaires de mûriers de ce département, et aujourd'hui ils sont les maîtres de cette remarquable production et l'empor- tent chaque année en Italie. » M. Guérin-Méneville ajoute que la Compagnie italienne, d'après les assu- rances qui lui ont été données, avait, pendant la campagne de 18GG. confec- tionné en Corse plus de 12000 onces de graines et réalisé sur la \onte un bénéfice net de 3ooooo francs. Il a remarqué avec un grand étonnement que la plupart dts mûriers de M™* Roccaserra. |«irmi lesquels il y en a de séculaires, se trouvent dans des terrains bas, situés au bord de la mer et d'étangs salés, presque inondés et coupés de canaux. Il n'a vu sur leurs feuilles aucune trace «le maladie. Les vers de M™ - Roccaserra, lorsque M. Guérin-Méneville les a inspectés, étaient sortis du quatrième sommeil et magnifiques de santé et d'aspect. II n'a trouvé dans les litières aucun ver malade ou mort, ni aucune moisissure. Il a depuis appris que la récolte avait répondu à toutes les es|>érances qu'elle faisait concevoir. Malheureusement de nombreux essais ont démontré que la graine de M"" Roccaserra, partout ailleurs qu'à Porto-Vecchio, et celles du Ja|>on ne con- servent pas toujours leur pureté primitive. L'enquête officielle, de i8f>; a établi que cette dernière, la graine du J.qvon. réussit généralement la première année de son importation en France, mais elle dégénère à la seconde ou à la troi- sième reproduction. Aussi l'usage en est-il abandonné dans un grand nombre de localités, d'autant plus que la jH'titesse et la légèreté des cocons la font rejeter par le commerce; dans les Alpes-Maritimes, on les payait en 1807 moitié moins que les produits d'une origine différente. Après ces tentatives infructueuses, il était urgent de découvrir, si c'était possible, un procédé qui garantît les éducateurs découragés des déceptions d'autant plus cruelles que souvent elles se manifestent au moment même où toutes les dé|>enses ont été faites et où le succès parait assuré; les vers de la plus belle apparence, parvenus presque au terme de leur développement, péris- sent tout à coup comme par l'effet d'un empoisonnement instantané. Tous les efforts du Gouvernement ont eu pour but la recherche d'une méthode sûre qui prévint ces désastres; le Sénat s'est associé par ses votes aux principales mesures qui ont été prises. En t865, trois mille cinq cent soixante-quatorze maires, conseillers muni- cipaux et propriétaires du département du Gard, de l'Hérault, de la Lo/.ère et de l'Ardèche nous adressèrent une pétition qui contenait, entre autres de- mandes, celle d'une étude à la fois théorique et pratique de l'épizootie, de son origine, de sa propagation et des moyens de la combattre et de la prévenir. U>s Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. M signataires exprimaient le vœu qu'une Commission spéciale et permanente fût constituée au Ministère de l'Agriculture. Un remarquable Rapport de notre éminent collègue M. Dumas mit en évidente la justice et l'op|>ortunité de celle demande. \jc Sénat, dans sa séance du 9 juin i865. prononça, par un vote unanime et avec l'adhésion du commissaire du Gouvernement, le renvoi de la pétition au Ministère de l'Agriculture, qui s'empressa d'y donner suite en instituant la Commission. En même temps, sur la désignation de M. Dumas, vice-président de cette Commission, le Ministre qui est devenu notre collègue chargea M. Pasteur, membre de l'Institut, d'aller étudier le fléau aux lieux où il sévissait avec le plus de violence. Quel secours M. Pasteur trouvait-il, pour l'accomplissement d'une mission si délicate, dans les remarquables travaux entrepris en France par MM. Guérin-Méneville et de Quatrefagos, en Italie par MM. Filippi, Cor- nalia, Osimo et Vitladini? De l'ensemble de leurs observations il résultait que. dans les vers à soie atteints par l'épidémie, on pouvait constater la pré-once de corpuscules vibrants, produit anormal qui, en se multipliant, entraînait la perte de l'éducation tout entière. Le véritable caractère de la maladie se trou- vait ainsi parfaitement déterminé. C'était beaucoup pour la science, mais nul n'avait encore indiqué aux éducateurs un procédé pratique pour confection- ner une graine dont le ver fût à l'abri de la contagion. Aussi la crise, comme nous l'avons déjà dit, s'aggravait-elle d'année en année. C'est après des ess;rs nombreux, poursuivis sans relâche pendant trois campagnes consécutives, que, dans un Rapport adressé à M. le Ministre de l'Agriculture le a 5 juillet 18G7. M. Pasteur a pu annoncer la découverte d'une méthode sûre et facile pour produire en grand une graine qui permit d'entrependre des éducations dans les contrées même les plus infectées, avec la presque certitude d'un rende- ment au moins égal à celui qu'on obtenait, avant l'épidémie, dans les années les plus prospères de la sériciculture. Voici en quoi consiste cette méthode : dans une chambrée dont les cocons viennent d'être formés, on en extrait de cent à cent cinquante; on les sou- met à une température de a5 à 3o degrés Réaumur. On fait anticiper ainsi de cinq à six jours l'éclosion des chrysalides et des papillons. On les examine au microscope. Si le nombre de ceux où l'on constate la présence des corpus- cules excède 5 pour ioo, on s'empresse do livrer la chambrée tout entière à la filature; si, au contraire, la quantité des chrysalides ou des papillons por- tant les traces de la maladie est moindre de 5 pour 100, on réserve la cham- brée au grainage. Tel est ce procédé si simple, d'une exécution si prompte et si peu coûteuse, mais que la science et le génie pouvaient seuls découvrir : explorer plusieurs chambrées, choisir celles dont les cocons présentent les apparences d'une con- stitution saine et vigoureuse, en détacher environ une centaine, avancer leur éclosion de quelques jours par une chaleur continue de plus de a5 degn's Réaumur, inspecter au microscope les chrysalides et les papillons qui en pro- 1 42 MALADIE DES VERS A SOIE. viennent, et s'il y en a moins de six entachés de corpsucules, employer touto la chambrée à la formation de la graine : voilà, nous le répétons, en quoi ce procédé consiste. La mise en pratique est-elle facile? Sa réussite est-elle certaine? Des expé- riences récentes et décisives répondent à cette double question Dans les Basses-Alpes, M. Raybaud-Lange, directeur de la Ferme-Ecole dé- partementale et membre du Conseil général, a confectionné dans la campagne de 1867, avec les conseils de M. Pasteur, a 5oo onces de graine provenant de dix-sept cliambrées, dont quelques-unes étaient entièrement exemptes de cor- puscules. M. Ray baud- Lange a élevé sa production en 18G8 à 5ooo onces. Il a eu de nombreux imitateurs dans les départements du Var, de l'Hérault, du Gard et dans plusieurs autres régions séricicoles La moyenne du produit des graines de M. Raybaud-Lange, dans les Hautes et Basses-Alpes, a été de 45 kilogrammes par once de a5 grammes. Nous an- nexons à notre Rapport un tableau de vingt éducations faites dans ces deux départements (1). (l) Résultat de vingt éducations prises au hasard parmi celles qui ont été faites dans les Hautes et Basses- Alpes, avec la graine de M. Raybaud-Lange , en vue du graissage, en 18C8 : Nombre Pold* Nwm* de* éducateurs . «Ton ce» tierces, de* cocoi Piéehclon Plauchud Max de Mara^ounol Uso Augard Imbert Courrier . . . V* Bouffier Ad. de Peyrourler. . Clavcl la Garenne. . Marianne Armand Hugues François Jourdan (Frédéric] Rivai Freine ( au Riou ) David Tardicu , Doléon (au Riou) Total nota. MolUeenrlroo de ces chambrée* ont été trairée* I Certifié véritable, ce aô juillet 1868 : L. Pastbvr. ■i 60 • 35 * 4« 1 4» 1 46 ■ • 31 1 5i 1 6a 1 55 ■ 8a 76 a 69 1 54 ■î 73 1 a3 1 25 t (l 1 44 66 io56 es pour le iraloase Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 43 Ce rendement, pour toutes les graines obtenues d'après le procédé de M. Pasteur, a excédé 3o kilogrammes dans les départements du Yar, des Alpes- Maritimes, de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales. Os résultats sont d'autant plus remarquables que M. Pasteur a fait porter exclusivement ses expériences sur les belles races indigènes, qui ont le plus souffert de l'épidémie et que l'on considérait presque comme perdues. Dans les trois départements de grande production, le Gard, Usère, l'Ardèche, il y a eu quelques insuccès partiels, mais ils sont dus uniquement à une autre maladie très-ancienne, celle des morts-Jlats, qui est venue se joindre à la maladie des corpuscules. Encore sur ce point M. Pasteur a vu se réaliser les prévisions qu'il avait énoncées dans son Rapport de 1 867. En affirmant que l'épidémie pouvait être prévenue par son procédé de sélection des graines, il faisait une réserve relative à la maladie des morts-Jlats, qui attaquait aussi les vers à soie en môme temps que la ga- ti/te, mais sans amener les mômes désastres. En effet, dans les trois départe- ments où la simultanéité des deux maladies a été constatée, le rendement des graines provenant de papillons soumis au microscope a été de 20 kilogrammes l'once, conséquemment égal à celui de l'ancienne prospérité. C'est la maladie des morts-flais qui, en 1868, a été plus particulièrement l'objet des investigations de M. Pasteur. Fidèle à ce système de prudente ré- serve qui lui a fait garder, dans ses communications officielles, un silence absolu pendant les deux premières années de ses études sur la gntine, il s'est borné, dans une Note envoyée à l'Académie des Sciences et publiée dans le Compte rendu de la séance du 29 juin 1868, à décrire en détail cette maladie qu'il a le premier signalée à l'attention des éducateurs; mais à l'immense ser- vice qu'il a déjà rendu à la sériciculture, il no tardera pas, nous en sommes convaincu, à ajouter celui de lever, par la guôrison de la maladie des morts- flatSy le seul obstacle qui puisse s'opposer encore à la complète régénération de l'une des branches les plus importantes de nos productions agricoles et in- dustrielles. En exposant ces précieuses découvertes et los faits qui les confirment, nous avons satisfait à l'un des vœux exprimés par les pétitionnaires. Les autres demandes qu'ils vous ont adressées doivent-elles ôtre prises en considération? Nous croyons inutile de discuter le système du sieur Achard Tout ce qu'il était [lossible de faire pour soulager ces souffrances si dignes d'intérêt, le Gouvernement ne l'a-t-il pas mis en œuvre, sans toutefois enga- ger sa rcs|K>nsabilité en s'immiscant dans une industrie privée sujette à de si décevantes éventualités? On fondait sur la graine du Japon l'espoir de neu- traliser l'épidémie; aussitôt l'intervention énergiquo de notre diplomatie fit prévaloir la volonté de la France sur les préjugés d'une nation qui nous ou- vrait à regret ses ports, et la graine dont cette nation était si jalouse, trésor que la main profane de l'étranger ne devait jamais souiller, est venue rempla- cer dans nos campagnes nos graines avariées. Le Gouvernement n'a-t-il pas 44 MALADIE DES VERS A SOIE. placé les inlrr^ts de la sériciculture sous le |>atrona£*e et la surveillance active d'une Commission composée de nos plus hautes notabilités scientifiques? N'a- t-il pas distribué des primes et des microscopes pour substituer des semences pures aux graines susjK'ctes que la cupidité propage et que l'ignorance ac- cepte aveuglément ? N'est-ce pas enfin un délégué du Gouvernement qui, après avoir, par des investigations non interrompues pendant trois campagnes con- sécutives, sondé le mal dans sa mystérieuse constitution, est parvenu à s'en rendre mailre. ce qui enseigne le secret de le vaincre à nos populations re- connaissantes? Que resle-t-il donc à faire, si ce n'est à marcher résolument dans la voie (pie M. Pasteur a si bien tracée et qu'ont suivie avec tant de succès M. Hay- haud-Linge dans les basses- Alpes, la Commission départementale à Perpignan? Votre Commission, malgré toute la svmpathie que lui inspirent les récla- mations des pétitionnaires et leurs soulTranccs imméritées, ne trouvant dans la pétition aucune vue utile ou pratique, et rendant hommage auv cH'orts et à la constante sollicitude du Gouvernement, a l'honneur de vous proposer de pisser à l'ordre du jour. SÉNAT. (Arril 1869.) M. le président. I^a parole est. à M. le comte de Sartiges. M. le comte iik SvHTHiRs, rapporteur. Messieurs les Sénateurs, M. Nu ma Laval, négociant à Alais (Gard), demande au Sénat : « Que, pour éviter les erreurs qui se produisent dans l'achat des graines de ver à soie importées du Japon, il soit créé à Marseille une Commission spour une industrie qui est jwuit- être encore au premier rang parmi celles de l'Empire. Et ce n'est pas seule- ment par des déclarations à la tribune, c'est par tous les moyens que cette sollicitude du Gouvernement s'est manifestée. Les populations ont obtenu des dégrèvements de contributions, des ateliers de travaux publics ont été ouverts |>our leur donner les moyens de traverser les mauvais jours, et d'attendre, avec ce courage dont elles ont donné de nombreux et admirables exemples, le moment, espérons-le, aujourd'hui assez rapproché, où la maladie sera vaincue, et où elles pourront retrouver dans cette magnifique culture de la soie les bé- néfices considérables qu'elles en obtenaient autrefois,et qu'aucune autre, dans certaines contrées surtout, n'a pu et ne pourrait remplacer. 46 MALADIE DES VERS A SOIE. En dehors de ces moyens d'action qui peuvent être employés dans toutes les calamités, le Gouvernement s'est attaqué d'une manière directe à la ma- ladie elle-même. L'Empereur a chargé les hommes les plus compétents de l'étudier. C'est ainsi qu'il a institué une haute Commission, dans laquelle les notabilités de la science et celles du Gouvernement sont réunies aux hommes les plus spéciaux pour rechercher tous les moyens de connaître et de vaincre cette étrange et terrible maladie. De plus, un savant éminent. bien connu par les travaux si remarquables auxquels il s'est livré, — j'ai nommé M. Pasteur, — a été, non pas une fois, non pas deux fois, mais cette année, pour la cinquième fois, chargé d'une mission dans les départements séricicoles, et avec un dévouement égal à sa science, il n'a épargné aucun travail, aucune recherche, pour tâcher d'arriver à la solu- tion de ce problème depuis si longtemps et si ardemment cherchée. Voilà ce qui s'est fait, Messieurs. Quel a été le résultat de tant d'efforts, une solution heureuse et définitive a-t-elle été obtenue? A ce sujet, je ne puis mieux faire que de mettre sous vos yeux quelques joints d'un remarquable Rapport fait il y a quelques jours dans la Commission supérieure de l'enquête agricole, par un des membres éminents du Sénat, M. le duc de Padoue, sur cette importante question. Iii solution définitive est entrevue, |>ent-être ; mais, constatée par des succès partiels, elle ne l'est pas par des résultats généraux : pas encore, Messieurs, car le jour où elle le serait, le Gouvernement ne reculerait devant aucun effort nouveau et emploierait avec, bonheur tous les moyens dont il dispose |>our que cette solution, passant dans la pratique des faits, rendit enfin à toutes ces po- pulations, si malheureusement atteintes dans leurs principales richesses, une prospérité tant désirée. Cependant, tant de travaux et d'efforts n'ont point été inutiles jusqu'ici ; si, dans cette question comme dans tant d'autres, le dernier mot ne peut être trouvé, si la cause si longtemps cherchée de la maladie échappe jusqu'à pré- sent et déjoue les recherches, si le moyen curai if |>our les êtres ou mémo pour les graines déjà atteintes de la maladie n'a pas encore été rencontré, les travaux de la Commission ont déjà donné des résultats précis que la pratique et l'expérience des faits ont confirmés. Ix-s résultats obtenus par M. Pasteur sont constatés par la Commission supérieure de l'enquête agricole dans les termes suivants : « M. Pasteur a posé, dit le Rapport dont je parlais tout à l'heure, cette conclusion remarquable « : Jamais un œuf quelconque ne contient de corpus- » cules quand il a été produit par des papillons qui n'en contenaient paseux- » mêmes. 11 faut donc élever exclusivement des graines exemptes de celte » maladie corpusculaire, condition que l'on réalise sûrement par l'examon » microscopique préalable des cocons destinés au grainage. » C'est donc là maintenant que se portent la pensée et l'espérance de la Com- Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 17 mission agricole, la pensée de la Commission spéciale : conseiller et favoriser la culture par de petiles éducations séparées faites avec des graines prove- nant d'individus sains dans les pays où l'épidémie n'a pas encore pénétré. « C'est par ces éducations qui ont été, dit le Rapport, déjà tentées dans qua- rante-trois départements où elles ont produit les résultats les plus heureux, qu'on doit chercher non pas ce dernier mot qui échappe toujours à la science humaine dans les secrets de la nature, mais cette solution pratique dont tant de populations attendent le retour de leur ancienne prospérité. » Mais quelque chance que cet espoir ait de se réaliser, est-ce à dire, Mes- sieurs, qu'il faille laisser de côté ces différents moyens dont on s'est occupé depuis longtemps, et qui, à l'époque où toutes les graines paraissent atteintes en France, ont permis à l'industrie de la sériciculture, non pas de se relever et d'atteindre cette prospérité quelle avait autrefois, mais de ne pas dispa- raître définitivement et de conserver ces mûriers, ces arbres si précieux et en nombre si considérable constituant une richesse acquise, qui ne pourrait se produire qu'après de longues années d'attente? Pendant longtemps certaines contrées ont continué à se livrer à la repro- duction, car alors toutes les parties de la France n'étaient pas atteintes; c'était là que les sériciculteurs, qui, auparavant, produisaient leur graine eux-mêmes, allaient chercher celles qui leur étaient devenues nécessaires. Mais avec le temps la maladie a tout envahi ; elle s'est étendue au dehors, et c'est ainsi que successivement les marchands de graines, industrie qui n'existait pas autrefois, chacun produisant en raison de sa consommation, se sont répandus d'abord en Italie, puis en Orient. Mais à mesure que l'on multipliait les recherches, il semble que la maladie, elle aussi, étendait ses ravages. C'est ainsi qu'après avoir cherché vainement dans toutes les parties de l'Europe, après avoir exploré toutes les contrées do l'Orient et même de l'extrême Orient, on n'a plus trouvé qu'un seul pays qui, par une faveur exceptionnelle, avait été jusque-là préservé de la contagion: ce pays, c'est le Japon, et, dans les dernières années, c'est là seulement qu'on a rencontré une graine que la maladie n'avait pas encore infectée Ou'est-il alors arrivé? 1* Gouvernement a fait comme dans toutes les ques- tions de ce genre. Non-seulement il s'est empressé de donner à tous le témoi- gnage de sollicitude que les grands corps de l'État, et le Sénat notamment, par de nombreux renvois de pétition, avaient réclamé de lui, mais encore il a prouvé, de la manière la plus décisive, tout son intérêt pour cette grave question. L'envoyé de l'Empereur au Japon a sollicité du Gouvernement do ce pays le retrait d'uno ancienne loi de l'Empire qui défendait, sous peine de mort , l'exportation des graines japonaises; un certain nombre de carions ont clé envoyés en Europe, et même celui qui était alors le Souverain véritable du Japon en a offert plusieurs milliers à l'Empereur, qui s'est empressé de les fairo distribuer parmi les populations les plus sérieusement éprouvées. 48 MALADIE DES VERS A SOIE. Los graines du Japon paraissent avoir été jusqu'ici préservées de l'envahis- sement de la maladie, et cela par une circonstance que signalait l'autre jour l'honorable M. Dumas, dont je ne saurais Irop regretter l'absence, car sa voix, bien plus autorisée que la mienne, n'aurait pas manqué d'apporter ici des renseignements du plus haut intérêt. La solution qui, momentanément du moins, semblait la plus satisfaisante, paraissait être de se procurer, dans cette contrée \éritablemcnt privilégiée, des graines importées en France qui permet liaient d'y conserver la produc- tion de la soie. Ici plusieurs difficultés se présentaient. D'abord, la graine du Jaj>on n'est pas toujours analogue à celle de France ; elle n'éclôt pas toujours aux mêmes époques, |>arfois elle éclôl deux fois et même trois fois dans l'année. Elle expose les éducateurs à |ierdre non-seulement la récolte espérée, mais encore le prix de la graine elle-même. De plus, le Japon, à l'abri de l'épidémie, était -il également à l'abri de l'im- portation des graines étrangères venant de pays atteints par la contagion? Ici, j'ai le bonheur de jwuvoir dire que, du moins, ce ne sont pas des Fran- çais qui, à l'abri de notre pavillon, ont tenté une odieuse S|>éculation, quand on a vu que les graines du Ja|>on arrivaient dans nos jwrts avec une marque constatant leur origine, avec un timbre spécial apposé parles soins du re- présentant de la France. Une manœuvre indigne a été tentée, on est allé acheter des graines dans les pays voisins, où l'invasion de la maladie s'était produite, on les a |>ortées au Japon, puis on a osé solliciter l'apposition du cachet de notre Consulat général! Mais, je le répète, |>as un de nos Français n'a été mêlé dans de semblables tentatives. Ces tentatives pouvaient compromettre le résultat de l'importation des grai- nes en France; mais le Gouvernement veillait; il les a déjouées, et. à la suite des négociations ouvertes avec le Gouvernement voisin, le Ministre de France à Pékin a obtenu que l'on ne pût exporter de la Chine, pour la transporter au Japon, aucune es|W«ce de graine sans avoir obtenu une permission spéciale et l'ap]>osition du cachet de la France. Ainsi, Messieurs, toutes les mesures ont été prises pour que les graines venant véritablement du Japon |wrlent avec elles et sur les cartons, non j»s des informations précises sur leur qualité et leur valeur, que nos agents, au moins dans le pays, ne possèdent pas encore, mais leur certificat d'origine. Pour cela, des cachets de deux esjHVes, changeant tous les ans, et chaque mois, |iendant les mois de juillet et d'août, où se fait celte ex|>édi'ion, sont apposés sur les carions qui. au Japon, sont présentés à nos agents. Ces deux modèles de cachets, envoyés en France, sont mis à la disj>osilion des auto- rités départementales et communales dans toutes les localités intéressées à les connaître. Ainsi , chaque personne qui veut acheter des graines japonaises peut contrôler elle-même si les cartons portent véritablement l'empreinte officielle, et si cette empreinte ne présente aucune trace d'altération. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 40 Telle est la situation, Messieurs. M. Nuiua Laval, ancien marchand de graines, désire que le Gouvernement, après avoir pris des mesures |K>ur con- stater, non pas la qualité de la graine, je le ré|x>te, mais du moins son ori- gine, fasse davantage. Que demande- 1- il? Je lis le Itap|>ort de la Commission : Il demande (pie, « pour éviter les erreurs qui se produisent dans l'achat des graines de vers à soie inq>ortées du Japon, il soit créé à Marseille une Commission spéciale chargée d'examiner les graines importées et d estampiller chaque carton suivant sa qualité. » Je le disais tout à l'heure, et je reviens sur la remarque que je faisais au commencement de ces observations, la science croit avoir reculé le domaine des faits déjà connus; elle a trouvé les moyens de constater sur les |iapillnns l'existence de la maladie; elle croit pouvoir affirmer que, quand la maladie ne s'est pas développée sur le papillon, la graine qu'il produira sera saine et pourra se produire dans de bonnes conditions. Mais ce sont là les seuls points qui |ieuvent être précisés d'une manière cer- taine, et le savant éminent qui les a constatés par ses travaux déclare, avec autant «le loyauté que de modestie, qu'il ne saurait jusqu'ici, par le seul exa- men de la graine, reconnaître si elle est bonne. Voici comment s'exprime sur ce point le Uapjwrt de la Commission de l'en- quête agricole : a Jusqu'ici M. Pasteur ne donne pas de moyen propre à faire connaître si une graine est bonne, son origine étant inconnue. Il donne le moyen de re- connaître si la graine est l>onne, non en l'examinant elle-même, mais en exa- minant les deux aquilons qui l'ont produite. » M. le président. Je consulte le Sénat sur l'ordre du jour proposé |>ar M. Bïhic. L'ordre du jour est adopté. Kii 1867, le Gouvernement de l'Empereur ordonna une en- quête ayant pour objet 1 Y-lnde approfondie de tout ce qui intéres- sait alors les besoins de l'agriculture »'t de toutes les industries qu'elle alimente. Le Rapport suivant résume l'opinion de la Sous- Commission des Vœux de l'enquête, en ce qui concerne la sérici- culture. IL 4 MALADIE DES VERS A SOIE. ENQUETE AGRICOLE DE 1807. nvpi'or.Ti t n : ». i.r. lut. du padoii:, skv\tmk Parmi les maladies qui ont menacé le plus sérieusement lu production fran- çaise, celle du ver à soie a dû appeler toute la sollicitude du Gouvernement. La diminution considérable de la production des cocons, en menaçant d une ruine complète l'une de nos industries autrefois les plus prospères, a néces- sité l'intervention du Gouvernement, qui a fait rechercher quelles pouvaient être les causes de la maladie. A cet ell'et, il a confié des missions à des hommes compétents, savants ou praticiens. L'Empereur a nommé auprès du Ministre de l'Agriculture une Commission centrale, composée des suants les plus éminents. comme des négociants et des producteurs les plus e\|>érimentés. Sur la proposition de celte Commission, le Gouvernement a institué, dans les départements intéressés, des primes à l'effet d'y multiplier les petites éduca- tions pour graines, reconnues plus avantageuses, et à les introduire dans les départements dont la configuration géographique, la nature du sol ou le climat paraissaient devoir être favorables à la régénération ou à la conserva- tion des bons types. 26000 francs, en 18G-, ont été alfectés à cette destination, et «les primes, de 200 francs chacune, ont été instituées dans quarante-deux départements. Tous les concours, pour ces primes, n'ont pu avoir lieu celte première année. Ils ont été renouvelés, en 18C8, dans quarante-trois départements, et 1 • total des primes allouées s es! élevé à a8Goo francs. Au\ termes des instructions ministérielles, ces primes doivent être décernées à f éducation, de 5 grammes au moins et de 10 grammes au plus, qui aura donné, à la fois, le rendement le plus élevé et la meilleure qualité de graine. La première moitié seulement est délivrée la première année à l'éducateur. Ce n'est qu'après l e\|>érimen- tation de la graine et la consultation de résultats satisfaisants qu'il touche le reste de la prime. Le préfet fait suivre ces éducations par une Commission locale, prise le plus généralement dans le sein de l'Association agricole qui étend son action sur le canton de l'éducateur. Notons qu'il y a lieu d'accorder la seconde moitié des primes dans la phqtart des départements où on avait déjà décerné la première. Ces essais sont commencés depuis trop peu de temps pour qu'il soit possible d'en connaître encore toute l'eflicacité. Cependant, dans le Gard, elle parait déjà se manifester d'une manière très-sensible. En i8G"i, l'Empereur, ayant reçu du taïcoun du Japon quinze mille cartons de graines de vers à soie de choix, a bien voulu abandonner ce don aux sériciculteurs français, dans le désir de jwrter |>ar là remède à la situation actuelle. Une empiète a fait connaître les résultats, assez satisfaisants sous Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 51 certains rapports, des éducations entreprises avec ces graines. Malheureuse- ment, la maladie parait sévir également sur les graines étrangères acclimatées, et les éducateurs semblent porter de nouveau leurs elïbrts sur les graines indigènes régénérées au moyen des petites éducations. Le Gouvernement avait chargé M. de Qualrefages, M. Decaisne et M. Pe- ligot , membres de l'Académie des Sciences, de lui donner leur avis sur les conditions physiologiques, agricoles ou chimiques auxquelles la maladie ac- tuelle pouvait être attribuée. M. Peligot a reconnu qu'elle ne s'expliquait par aucun fait chimique appré- ciable, malgré l'opinion contraire de M. Liebig. M. Decaisne a démontré que le mûrier n'en pouvait jws être la cause pre- mière, les conditions de végétation et de vitalité, l'état satisfaisant de la feuille étant toujours les mômes, quoi qu'on en ait pu dire. M. de Qualrefages a publié un Ouvrage spécial complet sur la maladie des vers à soi et il en a retracé l'histoire dans tous ses détails. 11 l'a considérée comme héréditaire, épidémique et contagieuse. Enfin, le Gouvernement a envoyé un de nos savants les plus éminenls, M. Pasteur, dans le Midi , où , dans quatre missions successives, laborieuses et fructueuses, il s'est li\ ré aux éludes les plus approfondies sur cette ma- ladie. 11 s'est déj'i installé pour la cinquième, et il étudie les éducations pré- coces. Cette mission, commencée en i865, renouvelée en 18GO, 1867, 1868, 1869, a donné d'importants résultats scientifiques et pratiques. Durant toute la campagne séricicole, M. Pasteur établit le siège de ses travaux à Alais, ot adresse 1 au Ministre, à la fin de cette campagne, sur le résultat de ses recher- ches, un Rap|>ort qui est publié. Les études spéciales entreprises par ce savant promettent une heureuse issue. Dans le Rapport de 18GG, M. Pasteur déclarait qu'il était très-porté à croire qu'il n'existe point de maladie actuelle particulière des vers à soie, cl que le mal dont on se plaint a toujours existé, mais à un degré moindre. Comment reconnaître l'existence de cette maladie dans les vers? Aux corpus- cules, dont la nature est encore indéterminée. La présence de ces corpus- cules lui parait une preuve certaine de maladie. L'illustre savant ne croit pas, cependant , que ce soit la seule ; mais la graine provenant de papillons non corpusculeux semble oiïrir des conditions, en général, suffisantes pour assurer une bonne éducation. Le Rap|K)rt de 18G7 confirme le précédent, établissant, en outre, par des ex|>ériences directes et précises, que l'épidémie est transmissmle par héré- dité, par les aliments et par l'inoculation. M. Pasteur fait voir, en outre, que, par un procédé de sélection heureuse- ment conçu, constituant une méthode de grainage parfaitement pratique, on pourra prévenir d'une manière à peu près certaine l'apparition de la maladie des corpuscules avant la montée. Digitized by Google 52 MALADIE DES VERS A SOIE. La mission de 1868 n'a fait qu'ajouter aux csjiéranccs déjà connues anté- rieurement. Les travaux accomplis cette année sont venus confirmer et com- pléter les conclusions du Rapport de 1867. Les souffrances de l'industrie, séricieole proviennent de deux maladies : Tune, la plus générale et la plus dangereuse, est la maladie des corpuscules, dont il a déjà été question ; l'autre, moins fréquente, est la maladie des morts-flats, héréditaire ou accidentelle, sévissant même sur les graines les plus pures de corpuscules, et due au dé- veloppement « d'un petit ferment, en chapelet de grains, » dans le canal intestinal du ver. On ne connaît pas le moyen de guérir la maladie des corpuscules, « Heu- reusement, dit M. Pasteur, dans son Rap|>ort du 5 août i8(>8, la connaissance d'un remède n'a rien de nécessaire. On peut prévenir cette maladie d'une manière absolue, au moment de la confection des graines, en écartant des éducations toute graine fournie par des papillons corpumdeux. » Et M. Pas- teur arrive à poser ces conclusions remarquables : u Jamais un œuf quelconque ne contient tic ces corpuscules quand il a ét< ; produit par des papillons qui n'en contenaient pas eux-mêmes // faut donc életvr exclusivement des graines exemptes de cette maladie corpus- culaire, condition que Von réalise s Are ment par V examen microscopique préalable des cocons destinés au grainage. » La maladie des corpuscules prend une intensité extraordinaire par la con- centration des éducations trop nombreuses dans un rayon restreint; la quan- tité des sujets corpusculeux est plus forte dans les éducations des localités à grande culture, et. dans ces dernières, il est inutile d'essayer des éducations pour graine. Les faits sont venus justifier les prévisions établies dans le Rapport de l'année dernière; les graines non corpusculeuses ont eu un rendement qui peut aller au double de celui des anciennes é|>oques de prospérité. Par exemple, la ferme-école de Paillerols a pu livrer au commerce, en 18O7, a5oo onces de graines saines, et 5 000 en i8ii8. Des graines provenant de deux chambrées de cette ferme-école ont été distribuées gratuitement à cent douze éducateurs des Hautes et Basses-Alpes, |»ar lots de demi-once, de 1 once et de 2 onces, à condition que ces éducateurs élèveraient exclusivement cette sorte de graines. Le rendement moyen a été de 45 kilogrammes de cocons j>ar chaque once ( de a5 grammes) de graines. Avant l'apparition du fléau actuel, un éducateur était satisfait quand il obtenait -/5 kilogrammes de cocons par once de graines. De même, dans les Pyrénées-Orientales, par les soins d'une Commission locale, il a été constaté que toutes les chambrées corpusculeuses ont échoué et que la plupart des autres ont réussi. Il faut citer encore les départements des Hautes et Basses Al|)es, du Var, des Alpes-Maritimes, de Vaucluse, de l'Hé- rault et de la Corse (1). (1) Dons ce dernier département, l'enquête a démontré que les plantations de Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 53 Quand ces premiers résultats auront été confirmés par de nouvelles expé- riences, entreprises d'une manière plus générale, les sériciculteurs, au lieu d'aller porter au Japon l'argent de la France pour la munir de graines de races très-inférieures aux nôtres, auront intérêt à se transporter dans nos départements de petite production, à y faire élever de la graine pure, à en surveiller les éducations et à choisir au microscope les meilleures chambrées pour les livrer au grainage. L'autre maladie, celle des morts- finis, pourra, sinon être écartée d'une manière absolue, du moins être notablement atténuée par l'élimination des graines prédisposées héréditairement à ce mal, grâce à une observation mi- croscopique facile du contenu de la poche stomacale et corrélative de celle tendant à la recherche des corpuscules. Jusqu'ici, cette maladie, compromet- tant l'efficacité du procédé de M. Pasteur, qui ne s'attaquait encore qu'à la maladie des corpuscules, était la principale objection de certains sériciculteurs contre l'emploi de cette méthode. Les recherches de 1 868 laissent cette objec- tion sans fondement, et permettent d'espérer qu'on arrivera prochainement à une solution définitive. Tels ont été les résultats des missions confiées à M. Pasteur. Us ont répondu à l'attente des personnes qui l'avaient désigné comme préparé par ses études sur les organismes inférieurs à l'accomplissement de ces difficiles recherches. Ceux qui savent ce que la science pouvait es|>érer des travaux de son labora- toire et des efforts de sa pensée sont seuls en état d'apprécier ce que lui doit la sériciculture et quels sacrifices il lui a faits. Sur la proposition de la Commission centrale de sériciculture, le Ministre de l'Agriculture, désireux de donner toute l'efficacité nécessaire aux ensei- gnements et aux découvertes de l'illustre académicien, a fait répandre dans les départements séricicoles un grand nombre de microscopes. Dans ceux du Gard et de Vaucluse, le Conseil général s'est associé à cette mesure en déci- dant, de son côté, qu'un certain nombre de microscopes seraient achetés par le département pour être placés dans les mains des éducateurs ou des institu- teurs. Plusieurs sériciculteurs ont profité de la présence de M. Pasteur à Alais pour lui demander des conseils sur la manière de se guider dans leurs obser- vations. C'est ici le cas de dire que M. Pasteur s'est mis, avec une patience mûrier, abandonnas pondant un temps, se multipliaient activement, et que l'édu- cation de» vers a soie promettait de devenir une source de prospérité pour cer- taines parties de l'Ile. • A Porto- Yecrhio, notamment, la graine est en grande réputation; elle est achetée à des prix inconnus précédemment, et surtout par des commerçants italiens. La prix moyen en est de 3.» francs l'once, et se serait élevé jusqu'à 5o francs. Il pa- rait constant que la mdadie n'atteint pas les vers qui y sont élevés. Les éduca- tions se font sur une petite échelle, dans les maisons particulières et dans les Si MALADIE DES VERS A SOIE. ('•gale à son ardeur, au service de tous les éducateurs, et à toute heure du jour et de la nuit. Pas une chambrée offrant des symptômes inquiétants qu'il n'ait visitée aux environs d'Alais. prodiguant ses forces, ses soins et ses con- seils jusqu'à compromettre pour toujours sa santé. En outre, des hommes de bonne volonté se sont chargés, dans le Ci a ni. de faire, sous sa direction, des conférences aux instituteurs, j our leur apprendre le maniement du microsco|>e, et pour donner à leurs observations un carac- tère scientifique et les rendre ainsi véritablement fructueuses. Avec l'aide des précieux renseignements de M. Pasteur, ceux-ci se livrent à des observations sérieuses et efficaces, qui, ne donnant peut-être pas tou- jours des résultats immédiatement pratiques, permettront, cependant, de réunir un ensemble de faits suffisant pour dégager la vérité scientifique et pour en déduire les règles pratiques à suivre, soit pour l'éducation des vers, soit pour la distinction des bonnes graines et des mauvaises. Jusqu'ici, M. Pasteur ne donne jws, en effet, de moyen propre à faire con- naître si une graine est bonne, son origine étant inconnue. Il donne le moyen de reconnaître si la graine sera bonne, non en l'examinant elle-même, mais en examinant les deux papillons qui l'ont produite. Us sériciculteurs, qui sont peut-être trop exigeants, demanderaient davan- tage : ils voudraient qu'on leur apprît à distinguer la bonne graine de la graine malade; ils voudraient qu'on leur fournit le remède propre à guérir les vers atteints par la maladie. M. Pasteur leur répond, avec une grande sagesse, que de telles solutions ne se découvrent pas ordinairement par les seuls efforts des méthodes scien- tifiques, et qu'elles naissent d'un hasard heureux sur lequel on ne doit pas compter. Au contraire, les procédés préventifs, et c'est vers ceux-là (pie tous ses efforts sont dirigés, sont de nature à être combinés par le raisonnement, et leur recherche n'a rien qui soit au-dessus de* forces de la science. Heureusement , pour le présent , les facilités données au commerce pour amener des graines du Japon bien choisies, et. pour l'avenir, le résultat con- solant des recherches |tcrsévérantes et fructueuses de M. Pasteur, les efforts de beaucoup de sériciculteurs dislinjjués, sont venus rendre des espérances aux éducateurs, et l'enquête séricicole de 18G8, dont les résultats ne sont point encore entièrement connus, permet de constater, par avance, au moins le statu qun, peut-être même une légère amélioration dans les conditions de la production séricicole, prise dans son ensemble. Mais ce n'est pas là ce qui caractérise la cam|«igne de 1868. Les leçons qu'elle a données, et c'est par elles qu'on en tirera bon parti, résultent de ce fait, qu'à côté des pires insuccès on a obtenu des récoltes d'une alwndance inconnue, et cola par la seule diffé- rence des graines employées. Ainsi, la feuille, le climat, le mode d'éducation ne peuvent rendre bonne une graine viciée, ni rendre improductive une bonno graine. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. TiS Os résultats extrêmes, constatés dans la même commune et parfois chez lo mémo éleveur, justifient Ips piloris diriir«''s vers la production dp la «rrainp saine par Ip choix judicieux dps parenls, basp de la régénération de 1 industrie sérieicole. Il y a donc lieu dp croire que l'industrie à laquelle Sully et Colbprt avaient donné une si énergique impulsion, se relèvera par celte voie, et qu'elle re- conquerra, qu'elle accroît™ même sa pn spérilé «les temps piissîs. NOTES ET DOCUMENTS. DEUXIÈME PARTIE. RAPPORTS ET PUBLICATIONS DIVERSES CONFIRMANT L'EFFICACITÉ DE MON PROCÉDÉ DE CONFECTION DE LA GRAINE DE VERS A SOIE. Pendant lis quinze* ou s insuccès. On parait oublier qu'il est impossible que des graines saines réussissent absolument sans exception. Le choix des graines importo extrêmement pour la réussite, mais il faut les élever convenablement.... M. Tes- teur est dans la voie de la vérité, tandis que ses adversaires ignorent le plus sou- vent et complètement les points essentiels dont il parle, et sont abandonnés sans direction fixe aux variations quotidiennes des opinions «ver la foi la plus aveugle. • 'Voir Oesterreichische Seidenbau-Zeitung, n° 1."» juillet i8r<); et les Momies, de M. l'»bbé Moigno, .1 août 1R69.) (1) Messager agricole, t. VIII, p. 363. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. lion do M. Raybaud-I.ango, et il appelle sur elles l'attention de M. le Ministre dans un Rapport fort intéressant que nous allons met Ire sous les yeux de nos lecteurs. Rnpftort sur l'éducation des vers à soie à Paillerais adressé à S. F.xc. le Ministre de V Agriculture, du Commerce et des Travaux publics. Monsieur le Ministre, Votre Excellence, justement préoccupée des souffrances de l'industrie scri- cicole, m'a chargé de rechercher les faits qui pourraient éclairer cette difficile question; j'ai été assez heureux pour rencontrer chez M. Raybaud-Lange, directeur de la ferme-école de Paillerols, des procédés d'éducation et de grai- nage, confirmant les belles expériences de M. Pasteur, et appelées, suivant moi, à prévenir la maladie qui décime les chambrées : permettez-moi de vous soumettre le résultat de ma mission. Depuis plus de quarante ans, on se livre, sur une grande échelle, à Paillerols, à l'éducation des vers à soie. Trois mille mûriers, tant en plein qu'en bor- dures, occupent près de 20 hectares de ce domaine : ils végètent sur un co- teau argilo-caloairc, sous le climat sec de la haute Provence, à une altitude de 9.5o mètres au-dessus du niveau de la mer, et |>euvent fournir de la feuille pour 5o onces environ. Os conditions éminemment favorables n'ont cependant pas empêché le mal de sévir ici comme ailleurs: en iSfa, la gatine faisait périr tous les versa soie de Paillerols, et, les années suivantes, ses éducations étaient également frappées d'insuccès. M. Raybaud-Ixinge ne perdit pas cou- rage. Homme de science et de pratique, après avoir, en vain, cherché à com- battre le fléau par des soins hygiéniques multipliés, il se décida, en 18G0, à recourir aux petites éducations. Persuadé qu'il fallait, avant tout, se préserver des foyers d'infection, il abandonna la magnanerie de Paillerols et divisa au- tour de lui ses éducations. Ce moyen ne suffisant pas encore, il alla dans les fermes écartées des Hautes et des Rasses-Alpcs. où la maladie n'avait jamais paru et où les conditions d'isolement et de salubrité présentaient les meilleures chances de réussite. Là, chaque année, à l'ouverture de la campagne série i- cole, il examinait avec soin les petites éducations de ces contrées, il les sui- vait aux différents âges et ne s'en rapportait qu'à lui-même pour se procurer de bons reproducteurs. N'a|>ercevait-il aucune trace de maladie aux mues successives des vers ou à la montée, il achetait à tout prrx les cocons prove- nant de ces |>etites éducations, pour les faire grainer dans un bâtiment spécial de la ferme-école. Bien convaincu déjà que la pureté de la graine était le |K>int essentiel à rechercher, il |>ortait toute son attention sur les reproduc- teurs, principal contrôle de ses essais; les papillons les plus sains, les plus blancs, les plus vigoureux, ceux dont l'accouplement rapide s'effectuait sans GO MALADIE DES VERS A SOIE. interruption, dont la vitalité se continuait encore douze ou quinze jours après la ponte, lui fournissaient les meilleurs t\pes : tous les autres riaient rejetés. C'est ainsi que la graine s est faite à Paillerols de i8f»<» à i8f>(i. Six années de réussite consécutive ont récom|>ensé cette manière judicieuse érer. Au commencement de juin 1867, 35 quintaux de cocons de f»> kilogrammes cha- que, résultant de 35 onces de graines, du poids de î5 grammes, partaient de Paillerols. vendus au prix de 8 francs le kilogramme; ils étaient de fort helle qualité : on avait assurément lieu d'être satisfait, en présence surtout des nouveaux désastres qui venaient de signaler la dernière ramiwgnc. Toutefois M. Raybautl-Lange ne s'arrêta pas dans cette voie du progrès. Mieux «pie personne il avait compris l'insuffisance de ces moyens de régénération: l'achat d'un grand nombre de lots de cocons pour en obtenir un seul d'apparence irréprochable n'était pas un médiocre inconvénient ; en outre, l'inspection à simple vue d'ieil n'était point infaillible, il fallait donc trouver un contrôle plus parfait. M. Pasteur, l eminent académicien, venait de publier une partie de ses ex|>ériences ; ses recherches consciencieuses ouvraient une voie d'in- vestigation et plus sûre et plus complète; M. Rayl>aud-I.angc. avec le tact pratique qui le distingue, se fit aussitôt son disciple ; nous entrons ici dans la seconde phase de ses expérimentations. On connaît les travaux remarquables «le MM. Cornalia et Vitladini sur les corpuscules du ver à soie ; c'était une première révélation, révélation pré- cieuse, mais incomplète, car la graine seule atnil été l'objet de leurs études. Il fallait pousser plus avant les recherches, et les poursuivre dans la chrysa- lide et le [tapillon, | khi r s'assurer réellement de la pureté de la graine; la ma- ladie, en effet, peut se trouver dans la graine à l'état constitutionnel ou d'hé- rédité, sans montrer aucune trace sous l'objectif du microscope, ce qui ne l'empêcherait pas plus tard de se déclarer, soit dans les vers, soit dans les papillons, U gisait le secret du problème : il était réservé à M. Tasteurde le mettre en lumière et de prouver, par des expériences aussi ingénieuses que multipliées, que la pureté de la graine dé[>end essentiellement de l'absence de corpuscules dans les {«pillons. Ces corpuscules ne font doute pour qui- conque lésa étudiés au microsco|>e. Toute chrysalide ou tout papillon, «piel que soit le degré de la maladie, montre sous l'instrument une série plus ou moins nombreuse de |>etits corps ovoïdes réfractant la lumière: ceux-ci sont- ils des organites ou bien des parasites, comme l'affirme M. Béehamp, il ne m'appartient pas d'émettre un avis dans cette question «le science pure: il suffit que l'origine du mal soit connue : un grand pas a été fait pour le com- battre efficacement. • S'inspirant des travaux et des conseils de l'illustre académicien français, M. Raybaud-Lange, à son tour, s'est armé du microscope pour se procurer «le bons reproducteurs. Ses petites éducations dans la montagne se sont élev«Vs cette année à soixante-dix-huit; les plus minimes ont eu lieu sur un demi- quart d'once, les plus considérables n'ont pas dépassé a onces : toutes prove- Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 61 naient d une graine déclarée parfaitement pure par M. Pasteur lui-même. Ces éducations ont été réparties entre les arrondissements de Gap, Digne et Siste- ron ; réussite jwrfaite ; deux ont atteint des chiffres extraordinaires : 55 kilo- grammes par once de 2 3 grammes, chez M. le docteur Allemand, à Riez; 58 kilogrammes pour une même quantité de graine, chez M. Rougier, à Loin ière (Basses- Alpes); plusieurs sont montées à 48, 5o et 5i kilogrammes; pas une n'est descendue au-dessous de 4-2 kilogrammes. Dans le département de Vau- cluse, il est vrai, on cite quelques échecs partiels, hien que la graine fût ori- ginaire de Paillerais; mais d'une part, cette graine n'offrait qu'une garantie insuffisante de pureté; elle seule, d'après le procédé Corna lia, avait été exa- minée au microscope, sans (pie chrysalides et papillons eussent préalablement subi cette épreuve, comme le fait et le conseille M. Pasteur; d'autre part, les acheteurs avaient mélangé la graine de Paillerais avec d'autres graines infes- tées : les mêmes qualités ont donné une l>onne récolte moyenne dans les Basses- Alpes, l'échec du Comtat n'infirme donc point la réussite obtenue sans con- teste ailleurs. Au premier aliord, Monteur le Ministre, ces heureux résultats semblent concluants, puisque, depuis l'invasion de la maladie, la plupart des éducateurs ' se croient bien partagés quand ils ont moitié de récolte. Mais tous les cocons qui donnent un bon rendement ne sont pas tous aptes à fournir de bons re- producteurs; pour s'assurer de la pureté de ces derniers, il faut recourir au microscope. C'est ce que vient de faire, dans cette campagne, M. Raybaud- Lange; il ne croit plus pouvoir se passer de ce moyen d'investigation. Aux approches de la montée, le directeur de Paillerais s'est transporté, avec son voisin, M. Gordes, aux lieux de ses diverses éducaiions en montagne; il a pris des cocons comme spécimen de chaque chambrée; son choix s'est porté de préférence sur les cocons les mieux conformés, les plus lourds, les plus lins et d'une coloration uniforme; les chrysalides triturées ont passé sous le microsco|>e; tout ce qui présentait plus de 2 pour 100 de corpuscules a été rejeté, le reste a pris le chemin de la ferme-école. Des cocons y ont été débavés de nouveau; on les a encliapelés et suspendus à des traverses mobiles dans de vastes pièces bien aérées, sous une température moyenne de 12 a 1 3 de- grés. A la sortie des papillons, nouvel examen microscopique, auquel M. de Plagniol, habile micrographe de l'Ardèche, a prêté son concours; comme contrôle suprême, M. Raybaud-I^mge a envoyé, sous des nu mères d'ordre, à M. Pasteur, des spécimens de tous les papillons des dillérentes chambrées destinées au grainage, alin qu'il voulût bien réviser lui-même les expériences de Paillerais; de cette manière, tous les lots de cocons dont les papillons n'offraient pas assez de garantie contre la maladie se sont trouvés complète- ment éliminés. Plus les jwpillons sont exempts de corpuscules, plus leur graine produit de cocons, plus les vers échappent à la mortalité des mues, et plus il y a d'é- galité dans l'éducation. M. Pasteur estime que, dans quelques cas, 20 pour 100 63 MALADIE DES VERS A SOIE. d'infection promettent encore une récolte industrielle; mais comme, de l'aveu même du savant expérimentateur, rien n'est encore bien certain dans celte tolérance, M. Raybaud-Lange, pour plus de sécurité, n'admet en grainage que les papillons présentant moins de lopour loode l'affection corpusculaire. J'ai pu constater moi-même, par l'inspection au microscope, qu'un grand nombre de lots réservés jiour le grainage sont entièrement purs de corpus- cules : c'est parmi ces derniers Iriages que M. Raybaud-Lange ojH're une sé- lection minutieuse pour se procurer la graine de ses tyj>es reproducteurs de 1 8(i? ; il serait difiieile de s'entourer de plus de précautions. L'atelier de grainage de Paillerols ne laisse rien à désirer; l'ordre et la pro- preté y président. Tout y est préalablement lavé avec un mélange d'acide sulfuriquc étendu de six fois son volume d'eau, afin de détruire les germes miasmatiques. Mêmes soins hygiéniques pour les éducations en montagne. Tous les lots de cocons portent une étiquette, et des numéros correspondants sont placés sur les linges destinés à recevoir la graine. Les papillons sont classés avec une extrême attention, et, nonobstant l'examen microscopique, on rejette encore tous ceux dont l'apparence est susj>cctc. L'accouplement ne dure pas au delà de six à sept heures. Dès que les toiles sont couvertes de graines et que celles-ci ont passé du jaune au gris, on trempe les linges dans deux eaux successives, à la température ambiante, pour les débarrasser de toute substance étrangère au grainage; cette opération terminée, on expose les linges à un courant d'air frais jusqu'à dessiccation suffisante; ils sont en- suite placés dans un endroit sec, à basse température, suspendus sur des cordes à l'abri de la poussière et de> souris. Tels sont, Monsieur le Ministre, les procédés usités à Paillerols. Toutes conditions générales de réussite d'ailleurs observées, on peut les résumer en deux principes: petites éducations dans des lieux éloignés de tout foyer d'in- fection ; emploi exclusif et isolé de reproducteurs absolument purs de corpus- cules. Nul doute que, par ce double moyen, on n'arrive à la régénération des races de vers à soie; c'est la conséquence logique des ex|iériences de M. Pas- teur corroliorées par les succès de M. Raybaud-Lange. I-a grande industrie de la soie, principale source des richesses de tant de populations, n'est donc plus menacée de périr sous le fléau qui l'a si souvent compromise; à l'aide de bonnes méthodes, de soins judicieux et |>ersévérants, et sous l'impulsion désintéressée de la science, nos éducateurs doivent se relever de leurs nom- breux échecs, leur salut est entre leurs mains. M. Pasteur l'a déclaré, c'est aussi la conclusion de ce Rapport. Agrée/., etc. Victor RENDU, Inhibi teur général de l'Agriculture. M. Victor Rendu a si bien fait ressortir toutes les conséquences logiques des e\j)ériences de M. Pasteur, corroborées par les succès de M. Raybaud- Digitized by LjOOQIC NOTES ET DOCUMENTS. 03 Lange, que nous n'avons rien à ajouter à son Rap|>ort. Nous jn-nsons, comme cet honorable inspecteur général de l'Agriculture, qu'à l'aide de bonnes mé- thodes, de soins judicieux et j>ersévéranls, et sous l'impulsion désintéressée de la science, l'industrie de la soie saura se relever de ses nombreux échecs et ré|wndrade nouveau l'aisance et la richesse parmi nos |>opulations du Midi, si rudement éprouvées pendant de longues années. E. CAZALIS, DirecU-iir «lu Mc\s les papillons que l'on destine au grainage, après que I on s'est assuré préalablement que ces papillons prov iennent d'une chambrée ayant offert un aspect très-satisfaisant de la quatrième mue à la montée. Quelques instructions sur la manière de se servir du microscope sont donc opportunes, maintenant surtout qu'il devient si difficile de se procurer, même à un prix très-élevé, de la bonne graine, et que les éducateurs sont convain- cus de la nécessité de faire grain»«r eux-mêmes. On sait que les vers malades présentent souvent, dans leurs tissus exa- minés au microscojie, de |>etits corps ovoïdes, de dimensions très-ténues, que l'on nomme corpuscules ; que ces corpuscules se rencontrent non-seulement dans le ver malade, à l étal de larve, mais encore dans I œuf, dans la chrysa- (1 I.u !»• •> avril 18G8 à la CommisMo» de|>artoim'i»talc do sériciculture du (lard. 61 maladif: des vers a soie. lidi' et dans le papillon. Il s'en trouve, el en grande quantité, dans les pous- sières des magnaneries où ont eu lieu des chambrées qui n'ont pas réussi, parce que les vers malades, se desséchant après leur mort, se réduisent en poussière qui se répand dans l'atelier. U présence de ers petits corps dans l'organisme du ver constitue /// maladie des corpuscules, maladie très-ré- pandue aujourd'hui et à laquelle il faut attribuer le plus grand nombre des échecs des éducations. Les expériences du Pont-liisquet ont prouvé, de la manière la plus évi- dente, que cette maladie est héréditaire et contagieuse . l.os personnes qui croient encore que la maladie n'est pas hérédiiuircmcat constitutionnelle h* rendent un compte très-inexact des résultats acquis. On peut dire qu'elles les ignorent. En ce qui concerne la contagion, il faut, pour y soustraire les vers, les éfe- rer loin de toute outre provenance infectée, dans un local séparé, parfaite- ment propre, nettoyé avec le plus grand soin, et ne se servir que d'agrès dé- barrassés, par un lavage énergique, de toutes les poussières et débris d'une précédente éducation. Il faut, en outre, prendre toutes les précautions les plus minutieuses pour ne pas introduire dans l'atelier le germe de la maladie, surtout le germe qui peut être apporté par une autre éducation courante; car la contagion est infiniment plus facile avec des |>oussières fraîche* qu'avec des poussières sèches et vieilles. Un seul ver corpusculeux , qui traîne son corps et ses déjections sur les feuilles, peut empoisonner un nombre considérable de vers sains. Quant à l'hérédité, M. Pasteur a montré, par des e\|)ériences souvent répé- tées, que les papillons corpusculeux produisent de la graine infecti'e, surtout quand les chrvsalidcs de ces jwpillons ont offert, encore jeunes, dis corpus- cules. Aussi I examen des chrysalides peut-il rendre de grands services. Il est donc indis[tensable de ne prendre, pour reproducteurs, que des papillons exempts de corpuscules quand on veut avoir la certitude d'éloigner, d'une manière absolue, la maladie des corpuscules dans la graine et dans les veis qui en naîtront. Ces précautions ne suffisent pas encore pour assurer la récolte. Il faut, de plus, que les papillons proviennent d'une éducation ayant parfaitement mar- ché, car s ils prov iennent, par exemple, d'une chambrée dans laquelle il s'est trouvé des motts-Jlats, leur graine peut échouer complètement à l'éducation. Et j/ourtant les /papillons d'éducation turc nvats-flats peuvent très-bien ne pas être corpusculeux; mais des expériences récontes de M. Pasteur prouvent que cette maladie, d'un genre différent, est héréditaire comme celle des cor- puscules el fait souvent autant de ravages qu'elle. En résumé, deux conditions princijwles sont nécessaires pour obtenir un bon rendement en cocons : i° Education soignée des vers; a° Emploi d une graine saine. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 65 Oui» signifient ces mots : Education soigner des vers? Ils signifient qu'il faut tout faire pour éviter la contagion du mal. Ils veulent dire aussi, comme au temps de la prospérité, qu'il ne faut pas s'exposer, par manque de soins, à provoquer des maladies accidentelles dans l'éducation. Que signifient ces mots : Emploi d'une graine saine? Ils signifient qu'il faut employer uniquement des graines ne portant pas en elles-mêmes, dans leur constitution intérieure, le germe des deux maladies, aujourd'hui redou- tables, mises en lumière par les expériences de M. Pasteur, la maladie des corpuscules et la maladie des mnrts-Jlats. Quels sont les moyens de se procurer de la graine exemple de ces maladies héréditaires? Avant tout, il faut choisir parmi les chambrées que l'on désire éprouver, celles qui ont le mieux réussi et dans lesquelles, nous le répétons, on n'a pas remarqué de mortalité appréciable, principalement à la quatrième mue. et de- puis ce moment jusqu'à la montée. Toutes les autres, surtout celles où on a remarqué des morts-Jlats, doivent être proscrites. Inutile d'ajouter qu'il faut aussi tenir compte de la qualité des cocons. L'examen microscopique des papillons, on le comprend, n'a de valeur que lorsqu'il porte sur un assez grand nombre de sujets, cinquante au moins et sans choix. Pour plus de facilité dans cet examen, il faut avoir à sa disposi- tion l'outillage convenable. Un bon microscope d'un grossissement d'au moins 4 on diamètres, muni des accessoires nécessaires ; un assez grand nombre de lames et lamelles j>our ne pas être obligé d'en laver à chaque instant ; deux ou trois verres pour y mettre tremper les lames et lamelles ayant déjà seni; des pinces pour saisir les papillons et les lamelles; quelques baguettes et tubes de verre; des? ci- seaux ; un mortier en porcelaine entaillée pour broyer les papillons; un réci- pient quelconque, rempli d'eau propre pour les divers lavages i), muni d'un siphon fermé par une pince de Mohr; deux serviettes, quelques morceaux de vieux linge de toile fine; un flacon d'eau distillée ou d'eau de pluie; une table «l assez grande dimension, de couleur sombre et surtout assez massive, afin qu'elle ne soit jmis ébranlée au moindre choc; enfin un siège solide, sans bras, pour laisser au corps l'entière liberté des mouvements, tels sont les objets in- dispensables pour faire des observations suivies. Avant de commencer, on s'assure d'abord que tous les objets placés sur la table sont d'une parfaite propreté. En second lieu, on doit s'occuper de l'éelai- (i) Les cruches ordinaires dont on se sert dans les campagnes sont très-commodes pour cet usage. Le tube en caoutchouc, \ lace dans le goulot de la cruche, se main- tient très-bien dans cette position; il est ainsi porte en avant, et rend l'opération très- facile. II. 5 MALADIE DES VERS A SOIE. râpe, car c'est chose très-essentielle pour la précision des observations ri surtout pour ménager l'organe de la vue ! Li tabU* est placée on face d'une crois'e, assez, loin pour qu'on puisse en manœuvrer à volonté les volets, (jue l'on ferme de manière à ne laisser jiéné- trer dans l'ap|>artouiont que juste la lumière nécessaire. Le microscope étant posé sur la partie gauche de la table, on regarde à travers l'oculaire jn-ndant que I on fait mouvoir lo réflecteur jusqu'à ce que le champ visuel soit éclairé (•/). Ià 1 réservoir d'eau se place à droite et devant l'observateur, les autres objets sont disposés de manière qu'ils puis>ent être saisis et maniés commmodénient. Après s'être ainsi installé, on peut commencer à observer. On saisit donc un papillon à l'aide des ciseaux, on lui enlève les ailes que l'on jette dans la terrine, placée à terre sous le siphon, et on le met dans le mortier avec quel- ques gouttes d'eau (3), puis on le broie soigneusement. Cela fait, on déjxjse, avec le pilon, sur une lame de verre, une gouttelette du liquide, assez petite ntilir f/itr In lamelle plneve pnr-t testas puisse lu recouvrir entièrement sans In faire ilèbniler. Li préparation ainsi disposée est portée sur la platine du microscope. On place alors l'œil à l'oculaire, et, saisissant d'une main le tube des lentilles ( 4 ), on l'abaisse, en le faisant tourner dans sa douille, jusqu'à ce qu'on voie apparaître assez distinctement les débris du papillon contenus entre les deux lames de verre. Pour mettre au point, c'est-à-dire pour obtenir une hnaire distincte, il faut abandonner le tube et faire mouvoir la vis de rap- |>ol dans un sens ou dans l'autre, jusqu'à ce que l'image soit parfaitement nette (5). A ce moment on aperçoit dans le champ du microscope un jjrand m l'emploi «l'un écran adapte au microscope «t llxé a l'instrument parmi cordon élastique est fort commode et très-utile ; nous ne saurions trop en recoir.- mauiter l'usage. (2) Il importe «l'éviter «le l'éclairer trop vivement, ce qui fatiguerait bientôt les veux. C 11 ciel un peu nuageux est une circonstance très-favorable; dans ce e s le miroir de riustrument, dirige vers un nuage blanc, renvoie généralement une lu- mière très-convenable. ( '\) Il est bon «le s'habituer à mettre toujours dans le mortier In même quantité d'eau, alln d'uvoir des observations comparatives. L'eau qui reste naturellement après chaque lavage est bien su disante, si l'on n'a pas laisse le mortier s'egoutter et se sécher plus ou moins. (i; Nous avons deja dit qu'il fallait un grossissement d'au moins ',00 diamètres. Dans les microscopes distribués par le département 'construits par Naehet, fabri- cant d'instruments de précision à Paris , !«• grossissement donné par l'oculaire n° i et l'objectif n° ."» est le plus considérable; cYst celui qu'il convient d'adopter pour le Renre d'observations dont il s'agit. (Y; On n'arrive pas du premier coup lorsqu'un n'est pas familiarisé avec le ma- Digitized by Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. (57 nombre d'objets divers, des débris de toute sorte. «1rs fragments de poau, du duvet, des trachées, des globules de graisse, des bulles d'air, quelquefois des cristaux, et enfin des corpuscules, s il y en a (i). Ceux-ci se distinguent facilement par leur structure et par leur propriété de réfracter vivement la lumière. Ils ont la forme d un o uf ou d'un coron qui ne serait pas déprimé au milieu. Ils brillent avec éclat et les l>ord> en n>nt net- tement accusés. Si le grand ave esl horizontal, ils ont la forme d'une ellipse; s'il est au contraire vertical, ils ont la forme d'un cercle. Cela serl .1 les recon- naître et à les distinguer des globules de graisse, des bulles d'air et des cris- taux, car en faisant mouvoir le liquide, par une légère pression exercée sur la lamelle, le corpuscule est entraîné; il roule sur lui-même, et aileele alors tantôt la forme ronde, tantôt la forme elliptique, tandis que les globules de graisse, les bulles d'air paraissent toujours sphériques. et les cristaux, qui sont lamelliformes, en se présentant parla tranche, ollrent l'aspect d'un rectangle très-allongé ou même d'une simple ligne noire. Au reste, avec un peu de pra- tique, on n'hésite bientôt plus. Dès qu'on a terminé l'examen du papillon et qu'on a vu s'il est ou non coi- pusculeux, et, dans le premier cas. quel est le nombre approximatif des cor- puscules contenus dans le champ, on note exactement ce resuit. d sur un re- gistre d'observations (a). Avant de retirer la préparation pour passera l'examen d'un autre papillon, on remonte un peu le tube du microscope; on enlève alors la lame pour la plonger dans l'eau, puis on lave le mortier et son pilon, et on recommence niemcnt du microscope. Il est souvent nécessaire, soit »!•• déplacer en» oie l'instru- ment on le miroir, soit d'essayer diverses ouvertures du diaphragme. Mais.i\ce un peu d'hal.itude, on trouve bien vite la position la plus t.noiable de l'iristt muent et de toute* ses parties. 1 l e liquide contenu entre les lames de verre avant une certaine . ; ..i-seur . ou doit, en manœuvrant la vis et en déplaçant l i lame, | areomir I - .lui. rentes couches de la préparation. Eu d'autres termes, il faut abaisser l'objet lil .t. puis le moment où l'on commence a apercevoir quelque chose, jusqu'à ce qn'.n ne voie plus rien. Sans celte précaution, on pourrait fort bien r;o pas decoi ■■. ni les cor- puscules qui se trouvent ordinairement dans les combes intérieures. Prenez earde, en faisant ainsi voya»er la préparation, qu'elle lie iiwnill.-, par ses bords humides, la lentille de l'objectif du microscope. Vous ne pourrie/ plus n'eu voir. Assurez-vous donc, quand von* a\ez de la peine a voir nettement, -i cette lentille n'a pas besoin d'être lavée a\eo un peu d'eau et bien essuyée. ( ï) Il est tres-ulile d'inscrire sur ce registre toutes les indications es^eriti. îles, la provenance des objets observes, la date de l'observation, etc., etc. Soinen: il est nécessaire de recourir plus tard a ces renseignements; on comprend donc l'im- portance de les noter tres-exactoment, au fur et à mesine. 68 MALADIE DES VERS A SOIE. ensuite comme précédemment, et ainsi de suite, jusqu'à ce que les papillons qu'on a à étudier soient épuisés. Lorsqu'on veut étudier un lot considérable de cocons et savoir s'il sera bon pour le grainage, il faut prendre un certain nombre de cocons dans le tas et les exposer à une température plus élevée, par exemple, dans une chambre au midi ou sous le manteau d'une cheminée de cuisine. On provoque ainsi la sortie plus hative des papillons. Alors on les examine, et selon qu'ils sont ou non corpusculeux, on poursuit le grainage ou bien l'on envoie à la lilalure le reste du lot ; de la sorte on ne sacrifie que quelques cocons, ce qui suffit pour juger de la valeur de l'ensemble. Enfin, au lieu de papillons, on peut vouloir examiner des vers ou des chry- salides: on procède, dans ce cas. comme il a été dit ci-dessus. Si c'est de la graine que l'on veut étudier, le mortier n'est plus nécessiire; il subit de dé- poser sur la lame une goutte d'eau avec un tube ou une baguette de verre. Dans cette goutte d'eau on place un ou plusieurs œufs que l'on écrase avec la baguette ou avec les pinces. On écarte les débris de la coque et on recouvre le liquide d'une lamelle. Ut préparation est alors complète, et on peut la porter sous le microsco|>e (i). L'examen des graines, des vers et des chrysalides donne des indications pré- cieuses dont il faut savoir tenir compte pour apprécier l'état sanitaire des pa- pillons qui en proviendront. Ainsi, lorsque déjà la graine est corpusculeuse, elle est radicalement mauvaise. Mais de ce qu'elle n'ollre pas de corpuscules, on ne peut conclure qu'elle est bonne, car les corpuscules peuvent s'y trou- ver à l étal de germe et n'être pas encore visibles. Il en est de même pour les vers et les chrysalides : quoiqu'ils ne soient pas corpusculeux. ils peuvent très-bien donner des papillons corpusculeux. Il faut donc, en définitive, en arriver à l'examen des papillons pour apprécier si l'on a de bons ou de mau- vais reproducteurs. Ou» 1 ! que soit le genre d'observations auxquelles on se livre, il est bon de prendre l'habitude de remettre immédiatement en place tous les objets dont on s'est servi. Il faut essuyer avec un linge fin et usé les lentilles, les cuivres et les autres parties du microsco|ie avant de le renfermer. On lave ensuite les lames et lamelles pour les mettre dans leurs boites respectives. Chacun pro- cédera sans doute à sa manière au lavage de ces divers objets; mais, pour la commodité de plusieurs, nous croyons devoir terminer en indiquant comment on s'y prend généralement. 0 Comme, dans la rjrainc, corpuscules sont plus rare» que dan» le» papil- lon», il est plus difficile de les apercevoir. Il faut redoubler d'attention, car il suf- firait d'apercevoir un seul corpuscule dans le liquide d'un œuf pour être assure qu'il est aussi malade que s'il en contenait mille. L'examen des œufs cii^c une véritable habitude des observations microscopiques. Digitized by VjOOQlC NOTES ET DOCUMENTS. GO Pour laver e mortier, on le saisit de la main gauche; avec les trois der- niers doigts de la main droite on prend le pilon et l'on place le tout sous lo siphon. L'index et le pouce d^ la main droite, restés libres, pressent la pince du siphon, et l'eau s'écoule. Pendant ce temps, on agite le pilon dans le mor- tier |K)ur en détacher tout le contenu que l'eau entraine. Le lavage des lames et des lamelles est plus délicat. Pour faciliter l'opération il convient, après chaque observation, de séparer la lame de la lamelle et de les mettre dans deux verres séparés; on brise ainsi beaucoup moins de la- melles et on peut ensuite les prendre plus facilement pour les laver. A cet effet, après avoir disposé la pince du siphon de manière qu'elle ne presse que la moitié environ du tube de caoutchouc et produise ainsi un filet d'eau con- tinu, on j.rend les lames dans la main gauche, et, les faisant glisser l'une après l'autre, on les frotte avec le pouce et l'index de la main droite. Iii lame étant suffisamment nettoyée, on la met dans la paume de la main droite et on passe à une autre. Quand toutes sont lavées, on les étale sur une feuille de jwpier buvard; on les recouvre d'une feuille du même papier, en pressant légère- ment. Elles sont ainsi séchées, mais elles conservent encore un peu d humi- dité, ce qui permet, en les essuyant avec un linge, de les nettoyer complè- tement. On opère de même pour les lamelles; seulement il faut user d»' beaucoup plus do précautions pour ne pas les briser, et se servir d'un linge plus !m pour les essuyer. (les instructions pourraient être plus détaillées; mais elles sont suffisants. En s'y conformant on parviendra facilement, avec un peu de persévérance, à oj>éror sans embarras. EXTRAIT DU JOURNAL LE VAR, DU 30 AVRIL 186*. A M. l.E MAIRE UE CAIXAS, ARRONDISSEMENT DE DRAGUIONAN . Alais, te i \ avril 18G8. Je m'empresse de répondre à votre lettre du 20 avril courant. Vous m'écrivez que, sous l'impression des fails consignés dans ma lettre du i5 avril à M. Dumas, lettre insérée au Monitrur du 18, vous désirez que j'examine deux sortes de graines, provenant de chambrées bien réussies, qui vont être élevées dans votre localité, où elles composeront à peu près exclu- sivement les éducations de cette année. Ces deux graines forment un total de ^3o onces. J'ai l'honneur de vous informer que, suivant mon appréciation, ces deux graines échoueront complètement, quelles que soient l'habileté des éducateurs 70 MALADIE DES VERS A SOIE. ou l'importance des chambrées. J'ajoute, el c'est sur re point que j'appelle loul parti! ulieremenl votre attention, que, l'an dernier, au moment de pro- céder aux grainages, il n'aurait |»as fallu plus de cinq à dix minutes d'un exa- men microscopique très-facile |>our reconnaître que les cocons, excellents pour la filature, étaient tout à fait impropres à la reproduction, et que la graine des papillons qui en sortiraient porterait la désolation dans votre com- mune en 1868. Jupe/ d'ailleurs combien ces exemples pourraient être mul- tipliés! La \eille du jour où j'ai reçu \otrc lettre, je répondais exactement dans les termes qui précèdent au sujet d'une graine provenant également, ma-t-on dit, de votre arrondissement, el dont les cocons qui avaient servi à la préparer ont été vendus 3o et 4° francs le kilogramme, tant la réussite de la chambrée inspirait de confiance pour la reproduction. De même que vos graines n° i et n° 2. cette troisième sorte ne donnera pas de cocons en cham- brées industrielles. Il est bien entendu, Monsieur le Maire, que si, par impossible, les éduca- teurs de votre localité se décident, sur ma parole, à jeter au feu les graines dont nous parlons, il y aura lieu d'en élever de petites quantités afin de mettre mon jugement à l'épreuve des faits. Dans l'intérêt des éducateurs de votre commune comme dans celui plus gé- néral de la sériciculture dans votre département, je vous serai obligé. Mon- sieur le Maire, de vouloir bien demander l'insertion de cette lettre dans un de* journaux iiu Var le plus promplement possible. L. PASTEUR , Membre de l'Institut, on mission à Mais (Gard). EXTRAIT DU JOURNAL LE l'AJ\, N A DU li JUIN W>8. A M. !.. l'.-VSTEt'R , MEMBRE DE LINSTITIT, EN MISSION A ALAIS (oABIl). « Monsieur. La campagne séricicole touche à sa fin dans ma commune : je suis donc en mesure de vous faire connaître le résultat des éducations faites avec les graines n" \ et n° 2 que. sur ma demande, vous aviez bien voulu soumettre à un examen microscopique. Dans l'intérêt de la sériciculture de notre département, vous daignâtes con- signer les déductions pratiques, fournies par votre examen, dans une lettre qui, selon votre désir, fut insérée dans le journal le / V/rdu 3o av ril et repro- duite dans un journal de Toulon. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 71 Comme vous di'vez bien le penser, l'émotion produite par votre communi- cation fut grande parmi les éducateurs nantis de ces deux graines ou de l'une des deux. On hésita d'abord sur le parti à prendre : fallait-il jeter au feu ces graines que vous veniez de condamner? En d'autres termes, fallait- il ajouter foi aux prévisions de la science? Eh bien! vous l'avouerai-je, l'hésitation ne fut |tts de longue durée. Après s'être passé de mains en mains le numéro du journal qui avait reproduit votre lettre, on finit par se dire que, après tout, le microscope n'était pas infaillible, que losjugemenls de la science étaient par- fois frappés d'appel, etc.. et on procéda, comme si de rien n'était, à l'éduca- tion de ces graines, à l'occasion desquelles vous aviez prémuni les éducateurs. Tout au plus si, parmi ces derniers, quelques-uns jugèrent faire acte de pru- dence en Rapprovisionnant d'une faible quantité d'autres graines. Il s'en est donc suivi que, selon que vous en exprimiez le désir, mais dans une mesure plus large qu'il ne convenait à 1'intérût des éducateurs eux- mêmes, on a soumis votre jugement à l'épreuve des faits. Eh bien ! les faits ont parlé, et, malheureusement pour notre localité, ils n'ont que trop con- firmé le verdict que vous aviez porté sur les graines n" 1 et n° 2, soumises à votre examen dans le courant d'avril dernier. Les éducations faites avec ces deux sortes de graines ont complètement échoué; à jn-ine si quelques-unes, réputées les mieux réussies, ont donné de ià 5 kilogrammes de cocons par a5 grammes de graines. Que dire des autres, sinon constater des résultats véritablement navrants! Au même moment où je trace ces lignes, je reçois la visite d'un éducateur désolé, qui, m'exhibanl un cocon unir/m; m'affirme que c'est là le produit tout entier d'une éducation de a'i grammes de la graine n° 2. J'ai, de mon côté, me conformant à vos intentions, fait procéder sous mes yeux à l'éducation de 4 grammes de la graine n° 1, que je croyais excellente avant l'examen que vous en aviez fait ; ni le choix du local, ni la qualité de la feuille, ni les soins les plus minutieux n'ont pu un seul instant arrêter les progrès du mal, dont les symptômes ont apparu dès la première mue. Au- jourd hui, au moment de la montée en bruyères, jo conserve à peine une demi-claie de vers, ne devant probablement pas donner plus de } kilogramme de cocons. Ainsi donc, Monsieur et très-honoré Maître, nos appréciations sur les qua- lités pathogéniques des graines n° 1 et n° 2, après l'examen microscopique du mois d'avril, ont reçu dans cette commune la consécration rigoureuse des faits. Et, s'il ne vous a pas été donné d'épargner à nos éducateurs, pour l'année 1 868, des mécomptes que vous aviez prévus d'avance, votre lettre du 24 avril aura eu ce résultat inappréciable de démontrer aux plus incrédules que la science, encore impuissante aujourd'hui à guérir le mal quand il est déclaré, peut du moins le prévenir en faisant connaître les conditions dans lesquelles il se dé- velop|>e. Et, par suite, j'aime à penser que, dès cette année, on ne procédera dans notre département à aucun grainage sans avoir préalablement soumis à MALADIE DES VERS A SOIE. l'examen microscopique les papillons destinés à la reproduction; je suis d'au- tant plus fondé à l'espérer, que le Comice agricole de Draguignan, selon l'avis que m'en donne M. le professeur Rarles, se trouve dès à présent en mesure de soumettre à l'épreuve du microscope les échantillons de cocons qu'on vou- dra bien lui adresser. I* X) r PIERRUGUES, Maire ,1c Câlins (Var}. Depuis plusieurs années, M. Henri Marès, correspondant plupart des lots de cocons tirés de ces belles chambrées pour le grainage ont donné des pa- pillons de l>elle apparence, qui ont lieaucoup graine, mais que le microscope a fait connaître comme corpusculeux : aussi les graines qui en proviennent doivent-elles être considérées comme suspectes. Un pareil résultat a été si fréquemment constaté, depuis quelques années, dans les conditions actuelles de la maladie des corpuscules, qu'il est de ceux auxquels on devait s'attendre. Slais si, considéré isolément, il ne présente pas d intérêt spécial, d n'en est pas de même quand on le rapproche d'autres résultats fournis par la même graine, élev ée dans d'autres conditions. Ce sont les suivants : i° Je remis un échantillon de cette graine, pour être essayée en hiver à la magnanerie expérimentale deOanges, à son directeur, M. le comte de Rodez. Les vers se comportèrent parfaitement, et reçurent la bruyère le -i-x mars dernier. Sur 100 graines, on obtint 98 cocons, qui furent tous considérés comme filés par des vers sains et v igoureux. u. n Le i5 mars, je retirai de cette graine un deuxième échantillon d'un demi-gramme environ, et je le mis à éclore. Les vers naquirent dans les pre- miers jours d'avril et furent élevés dans la chambre à éclosion, où le 7 av ril on porta les 6/5 grammes d'œufs de la grande éclosion. Cette petite division de vers s'est parfaitement comportée. Il ne s'en est pas perdu, car les retardataires, mis de côté, ont .fait leurs cocons sans ma- ladie. Us vers sont montés du G au 8 mai, et ont produit t)!io cocons. Con- servés pour graine, les papillons sont nés du 9.G au 29 mai. Sur plus de (1) Les quiiutiU-s de cocons obtenues ont été, pour l'éducation de 2.1 onces foilc chez, moi, à Launac, de 910 kilogrammes et pour celle de 1 5 onces faite chez mou frère, à Saint-Gely-dii-Fescq, de '>-/j kilogrammes. 74 MALADIE DES VERS A SOIE. 100 vers examinés au microscope et pris au hasard, il s'en est trouvé 3 de corpusculeux, à raison de 5o à 100 corpusculeux par champ. Quelques vers de cette petite division, isolément éle\és, chez moi et chez ma mère, à Mont- pellier, quinze jours avant la montée, et nourris de feuilles de provenances diverses, ont tous donné, après la ponte, des papillons, soit mâles, soit fe- melles, exempts de corpuscules. 3° Dans la grande éducation dont la graine fut mise à éclore le 7 avril, une jietite division, qui a produit 20 kilogrammes de cocons, a été conduite sépa- rément dans la chambre d eclosion. Les vers montèrent du 18 au 20 mai. par un temps très-chaud. On trouva quelques gras au moment de la moulée, mais en quantité insignifiante. Après la montée, je trouvai pour la première fois quelques retardataires tachés ou péhrinés. et je les reconnus corpuscu- leux, mais leur nombre était très-petit. Une partie des cocons a été réservée pour graine. Sur 1000 papillons, j'en ai examiné plus de 100 au microscope; il s'en est trouvé les 7 de corpusculeux, à raison de i5o à ioo corpuscules par champ. 4° Dans la grande éducation, conduite dans une magnanerie divisée en deux pièces, les vers montèrent très-bien du 21 au 24 mai- Après la qua- trième mue (du 12 au 14 mai), l'éducation marchait si bien, qu'en enlevant les litières on n'y trouvait aucun ver malade d'une maladie quelconque [1). A peine y restait -il quelques retardataires. A la montée, il v eut quelques gras, et. pour la première fois, ça et là, quelques pébrinés, corpusculeux. Ils étaient plus nombreux dans les dernières divisions, qui montèrent du u3 au 24 mai. Quelques petits lots de beaux cocons ont été prélevés sur la grande cham- brée pour en faire grainer les papillons. Ayant examiné ces derniers à diverses reprises, je les ai reconnus corpusculeux, à raison de 20 sur 21 . et la plupart des champs observés ont présenté de 5oo à 2000 corpuscules. 5" Sur la grande chambrée, deux petits lots de vers furent prélevés, le 1" et le 2 mai, dans le troisième âge, et élevés à Montpellier, l'un chez moi, l'autre chez ma mère, avec les soins les plus minutieux. L'un de ces lots a donné 700 cocons et l'autre 50o. Tous les deux ont été gardés pour graine. Os vers ont parfaitement marché; néanmoins j'ai trouvé dans chaque lot deux retardataires légèrement pébrinés, corpusculeux, et, en outre, dans le mien (de 56o cocons), il y eut deux gras à la montée. Celui de 700 cocons, arrivé à la bruyère le premier, du 21 au 23 mai, a donné des papillons presque tous exempts de corpuscules. Sur 100 que j'en (i; Je trouvai doux musrai diiis et quelques petits, que je reconnus exempts de corpuscule», dans des litières occupant dans les magnaneries plus de '|Oo mètres carrés. Je n'y trouvai ni gras, ni morts-flats. A la montée, celte dernière maladie s'est à peine montrée. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 75 ai examinés au hasard, 5 ont été trouvés corpusculeux . à raison do i5o à ?.5o corpuscules jwr champ. I.e lot de 56o cocons, auprès duquel j'avais eu l'imprudence de mettre quelques vers malades , dont j'avais formé une petite infirmerie, monta du 24 au ).- mai. Sur 100 papillons examinés, j'en ai trouvé 10 de corpusculeux, à raison de 110 à 5oo corpuscules par champ en moyenne. G" Des faits analogues se sont passés chez mon frère ( 1 ) ; quelques vers que son magnanier lit éclore en mars donnèrent, au commencement de mai, des papillons que j'ai reconnus tous exempts de corpuscules. Tous les papil- lons provenus des lots de sa grande éducation, gardés pour graine, ont été reconnus comme très-corpusculeux. Il est vrai qu'à la dislance de quelques centaines de mètres de ses magnaneries, et sous le vent régnant habituelle- ment, se trouvait une éducation de 75 grammes très-corpusculeuse , qui a pu être pour ses vers un foyer d'infection, auquel les miens n'ont pas été exposés. Ces diverses éducations d'une même graine me paraissent présenter, au point de vue de l'invasion des corpuscules, une gradation marquée. En laissant de côté l'essai précoce de la Magnanerie ex périment aie, dont les papillons ne furent ]>as examinés au microscope, nous voyons une pre- mière petite éducation, plus précoce que les grandes chambrées, mais con- duite à une époque où l'on trouve déjà des feuilles de mûrier en abondance dans tous les terrains chauds et abrités, donner des papillons à peu près exempts de corpuscules , et qui se trouvent dans les meilleures conditions pour pondre les graines destinées à former les futures éducations de l'année suivante. Pourvu qu'on parte de graines non corpusculeuses (ce qui est au- • jourd'hui très-facile), la réussite de ces petites éducations précoces me parait certaine. Les petites divisions de vers qui viennent après la petite éducation précoce, et en même temps que les grandes chambrées, donnent des |vapillons plus corpusculeux, malgré les soins dont ils sont l'objet, et leur nombre est beau- coup plus grand ; ainsi il est double et même triple. Sous I influence des grandes éducations et de l'accumulation de vers qui en résulte, on voit, à l'époque ordinaire où on les fait, le corpuscule envahir presque tous les papillons. Cejwndant, quelques jours aiquiravant, au moment de la montée, on ne trouvait que fort pou d'individus corpusculeux dans ces mêmes chambrées, soit parmi les vers, soit parmi les chrysalides. Je dois ajouter qu'ayant eu l'occasion de visiter à Monlpollier plusieurs petites éducations de graines distribuées par 5 grammes à la fois , et issues de |>apillons exempts de corpuscules, je les ai trouvées réussies quant aux cocons; mais au moment de la montée, j'ai toujours reconnu, parmi les relar- (1; C'est chez lui que s'esit faite l'éducation de 3;j grammes de graine. 70 MALADIE DES VERS A SOIE. dataires, des vers pébrinés corpusculeux. Plus tard, l'inspection des papillons a démontré que les corpuscules les avaient envahis dans la proportion de 20 à 65 pour 100 des individus examinés. Les vers de ces graines sont montés du i5 au 20 mai; il est probable que leur éducation, avancée de huit à quinze jours, aurait donné des papillons bien moins atteints de corpuscules. On a souvent parlé de l'heureuse influence de la précocité des éducations sur leur réussite; les résultats qui viennent d'être cités montrent que cette opinion est fondée. Dans le courant d'une pratique déjà longue, j'ai eu sou- vent l'occasion de m'en assurer, en observant aussi l'influence de l'élévation générale de la température, dans la dernière quinzaine de mai et le courant de juin, sur les maladies du ver à soie et sur l'activité de leur propagation (1). Mais alors nous manquions de faits comparables comme ceux de cette année, et nous étions dépourvus des moyens d'observation qui |>ermettent de con- trôler l'état du papillon après Sa ponte et même après sa mort. Nous croyons donc les faits «pie nous signalons susceptibles d'être mis à profit par la pra- tique, pour la facile reproduction des graines saines et exemptes de corpus- cules. Les éducations de vers desquelles on peut tirer des papillons repro- ducteurs sont rares, si on les cherche jvarmi celles qu'on fait à l'époque ordinaire, surtout si les chaleurs sont précoces comme cette année; elles sont, au contraire, communes si, partant de graines non corpusculeuses, on les conduit plus tôt et au moment où les chaleurs sont seulement suffisantes pour développer la végétation du mûrier. L'époque qui nous parait la plus favorable, sous le climat de Montpellier, pour mettre à éclore les œufs destinés aux petites éducations de graines, est, selon les années, la première quinzaine de mars. On peut alors obtenir la montée des vers dans les premiers jours de mai. Le papillonagc et le grainage ont lieu quinze jours après, à une époque de l'année où les chaleurs ne se font pas encore sentir, et où elles ne compliquent pas encore les difficultés de l'éducation des vers. Ces petites éducations devront être faites dans des locaux spéciaux, qui leur seraient exclusivement destinés. Il ne faudrait pas y élever, plus lard, d'autres vers, pour ne point y accumuler les germes d'infection qui jouent un rôle si actif dans le développement des maladies du ver à soie. On devrait se !>orner à élever la quantité de vers strictement nécessaire pour reproduire les graines dont on croit avoir besoin pour l'année suivante. En isolant par couples les papillons d'un certain nombre de pontes, et en Us examinant ensuite au microscope pour séparer tout ce qui est corpusculeux. il est facile de se procurer, dans chaque petite éducation précoce, des graines tout à fait exemptes de germes corpusculeux, et d'en faire la base des éducations futures. V Tons les magiianiers navi'iit eoml>i«*n il est dangereux de retarder l'éducation •tes ver» a soie, et d'arriver ù la montée a l'epoquc des rlialeurs. NOTES ET DOCUMENTS. 77 RAPPORT DE LA COMMISSION DE SÉRICICULTURE DU DEPARTEMENT DES PYRENEES-ORIENTALES A M. PASTEUR, MEMBRE DE L'INSTITUT DE FRANCE. Perpignan, le 8 juillet 1S68. La Société agricole, scientifique et littéraire dos Pyrénées-Orientales entre- prit, l'année dernière, sous votre savante direction, l'œuvre de la régénération des vers à soie. La Commission séricicole formée dans son sein vous doit un compte rendu des observations qu'elle a faites et des résultais qu'elle a constatés : elle vient remplir ce devoir, qu'elle considère d'ailleurs comme une obligation imjvosée par la reconnaissance. Le désastre était grand; il devait appeler la sollicitude du Gouvernement et des hommes, comme vous, dévoués à la science et à leur pays. Notre Société, dans une bien petite sphère, s'est efforcée de seconder les vues généreur-es auxquelles vous sacrifiez votre temps et votre santé, et elle éprouve une véri- table satisfaction en pensant au bien produit. La Commission séricicole départementale nommée par M. le préfet a. en effet, constaté l'excellence de vos procédés de sélection. Vos prévisions se sont toutes réalisées, les faits le prouveront; et l'on peut espérer de toucher, dans un avenir très-prochain, au terme de l'épreuve à laquelle est soumise l'indus- trie séricicole. Vous aviez, en 1867, visité, avec M. Vilallongue. président de la Société, et M. Siau, membre de la Commission, un grand nombre des magnaneries de notre département. Et, après l'examen microscopique des chrysalides et des papillons, vous désignâtes l'éducation de M"" (Juchons comme devant donner de bons résultats. Elle était presque exempte de corpuscules. Celles de M. Melehior Thomas et des demoiselles Pech-Marly étaient très-oorpuseulouses: vous annonçâtes, avec la certitude profonde de la science, qu'elles ne pour- raient point arriver à la reproduction. \ja Société de Perpignan eut foi en vos indications, et, pour vous aider au- tant que possible, selon la mesure de ses faibles forces, dans la haute mission que vous remplissez, elle acheta les cocons de M™* Guchens. Par les soins de M. le président, un grainage fut opéré, et la graine obtenue a été distribuée |»r lots de 3 à 8 grammes dans vingt-deux communes. C'était une expérience publique et décisive qui était tentée : mais il ne suffisait pas de donner une graine presque irréprochable aux éducateurs, la Société devait leur trans- mettre vos conseils pour conduire heureusement l'éducation, et c'est là qu'a commencé, en 18G8, la tache de la Commission de sériciculture. Les chambrées du département ont été visitées par la Commission. Los re- commandations qui pouvaient assurer le succès ont été faites : on a insisté Digitized by Google 78 MALADIE DES VERS A SOIE. sur l'isolement à adopter pour I éducation de la graine Cîuchens, sur l'exposi- tion, l'aération, l'alimentation, enfin sur la séparation des vers qui, à la mon- tée, ne présentaient pas les caractères que vous avez indiqués. Ix» plus grand nombre des éducateurs s'y est conformé; un |>etit nombre est resté dans les vieilles coutumes, el la Commission, à part le dommage parti- culier qui en est résulté, a été. en quelque sorte, bien aise de ces exceptions, qui ont servi à confirmer l'excellence de votre méthode. I^s cocons une fois produits, le tour des observations microscopiques arri- vait. Avant de vous faire l'exposé de ces observations, il est nécessaire d'éta- blir les résultats offerts à la vue : vous les aviez prévus. Los éducations isolées, sans contact du matériel précédemment employé, et faites dans les conditions prescrites, ont fourni des cocons égaux, d'une grande finesse et d'une force désirable. Celles dont l'isolement n'a pas été complet, ou qui n'ont point été faites dans de bonnes conditions hygiéniques, n'ont pas présenté les mêmes résultais; mais il y a eu une amélioration sensible, évidente, qui sera pour plusieurs un utile enseignement. En résumé, Monsieur, vos principes ont été répandus dans notre pays: ils ont été accueillis avec reconnaissance par les cent quatre-vingt-neuf éduca- teurs qui se trouvent répartis entre trente-quatre communes. En suivant ces principes, on est arrivé à une récolle de cocons rémunératrice et pleine de promesses pour l'avenir. Il n'y avait plus qu'à se confirmer dans les espérances conçues. U\ science avait parlé l'an dernier : c'était encore à la science à dire le dernier mot, à corroborer les essais précédemment faits. Les résultats sont des plus con- cluants. Vous aviez constaté que les éducations Melchior Thomas et Pech-Marty étaient infestées de corpuscules et qu'elles ne pouvaient réussir. La dernière a été détruite par les morts-flats, il n'y a pas lieu de s'en occuper. Quant à la première, voici un extrait d'un Rapport de M. le docteur AiméMassot, qui a essayé, en petit, une éducation des graines de M. Melchior : « Le 10 septembre 18G7, j'ai fait un premier examen de ces graines; une trentaine ont été lavées à plusieurs reprises a\ec de l'eau distillée : cette eau de lavage, examinée au grossissement de 4»>o diamètres, ne m'a présenté au- cune trace de corpuscules; ces graines écrasées, leur contenu offrait un assez grand nombre de corpuscules de petite dimension, mais parfaitement carac- térisés. » Le iu mars i8G8, j'ai procédé à un nouvel examen sur trente graines : comme la première fois, l'eau de lavage ne présentait rien de particulier, mais on observait dans le contenu des graines des corpuscules nombreux et l>eau- coup plus développés. » Cent graines ont été mises à écloro dans mon cabinet : vingt-cinq n'ont pas bougé; soixante-quinze vers sont nés du 3 au 8 avril; la plupart sont Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 70 morts dans les premiers quinze jours et ont tous présenté des corpuscules plus ou moins nombreux. Le u5 avril, il ne restait plus que cinq vers faibles et peu développes, qui n'ont pas tardé à périr; ils étaient aussi très-eorpus- culeux. » Parallèlement à cette éducation, M. Massot en a fait une autre, avec les mômes soins minutieux, de graines sans aucune trace de la maladie, prove- nant de papillons corpusculeux : elle a donné pour tout résultat neuf cocons sur cent graines. Ainsi c'est décisif, les éducations corpusculeuses sont fatalement condam- nées. Cette expérience de M. Massot faisait attacher plus d'intérêt aux observa- lions à faire sur les éducations provenant de la Société et de M mr (juchons. La Société dé>irait ardemment votre venue dans le département des Pyré- nées-Orientales pour l'aider dans ses investigations. Retenu dans le Gard, vous priâtes M. Maillot, qui vous assiste dans votre mission, de se mettre à la dispo>ition de la Société; l'œuvre entreprise a donc pu être poursuivie. M. Maillot s'est acquis des droits à notre reconnaissance. Dès son arrivée parmi nous, la Commission de sériciculture fit un appel aux éducateurs, par sa circulaire du 3 juin 18G8, pour les engager à soumettre leurs produits à l'examen microscopique. Cet appel fut entendu. M. Maillot a consacré vingt jours à la vérification de plus de cent vingt éducations; il a accompli sa tâche de dévouement avec un zèle au-dessus de tout éloge, et la Société a fait moins qu'elle n'aurait voulu en l'inscrivant au nombre de ses membres et en lui votant une médaille d'or. Après les constatations de M. Maillot, la Commission de sériciculture, dans une lettre particulière, conseillait aux éducateurs ou le grainage ou la livraison à la filature. Des faits d'une haute importance sont résultés des observations microsco- piques, savoir : Que les graines de la Société nul fourni les résultats les meilleurs, et que la régénération est , non-seulement possible, mais certaine, incontestable ; Que. par la livraison à la filature, les graines qui auraient pu perpétuel- le mal ont été retirées de la circulation ; Que le département y a trouvé un avantage réel, un profit considérable : le t ype primitif de la race jaune roussillonnaise a été reconstitué ; Enfin, ort : elle voudrait qu'il vous fût un témoignage de ses sentiments de reconnaissance et de profond respect. Suivent 1rs noms de Messieurs les membres de la Commission : Viu.alom;i'e, président; Cojipanyo, vice-président; Suc, trésorier; FtnnF.n; A. Ma*sot; Labai" ; Bm.L'ix; Pelli t ; Damjas et Ablard, secrétaires. II. 82 MALADIE DES VERS A SOIE. RAPPORT ADRESSÉ A M. PASTEUR, PAR M. DE LAC1IADENÈDE, PRÉSIDENT DU COMICE AGRICOLE D'A LAIS. AlaU, le il juillet 1868. En comparant la date de ma lettre avec la date do celle que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 27 niai dernier, je suis frapj>é du long espace de temps qui les sépare. Je n'ai pu répondre plus tôt parce que c'est aujour- d'hui seulement que je rerois les derniers renseignements qui m'ont servi à dresser les tableaux que j'ai l'honneur de vous adresser. Cela vous prouve, Monsieur, une fois de plus, combien il est difficile de savoir d'une manière précise ce qui se passe dans nos magnaneries. Je ne voulais porter dans ces tableaux que les rendements qui m'ont été donnés par écrit, alin de procéder avec exactitude; mais, pour quelques- uns, les ré|>oi)M'S que j'ai sollicitées à plusieurs reprises n'arrivant pas, je me décide à accepter les renseignements verbaux après en avoir vérilié la véracité. Vous regretteic/ probablement, Monsieur, que ces tableaux ne soient pas plus complets, et que de plus nombreuses observations n'y soient pas consi- gnées. Dans les lettres que j'ai entre le> mains, ces observations sont si peu précises, si vagues et si diverses, qu'il eut été difficile de les mentionner. Il en résulte cependant que les échecs des diverses graines ou leurs faibles ren- dements correspondent presque toujours à une éducation faite (au moins pendant les premiers jours ) dans la même magnanerie (pie des graines d'une autre provenance, axant échoué ou n'ayant donné que des résultats jhmi sa- tisfaisants, tandis que les lots qui ont bien marché ont été, en général, élevés séparément. C'est un fait qui a son importance et qu'il est bon de constater des à présent, sauf à le véritier encore plus tard. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. GRAINE DE M. RAYBAID-LAKCE. 220 ONCES. — 31 ÉPI CATIONS. — 20 KIL. 6 HBCTOGR. PAB ONCE. *0»S DES EDlL.UEUlS. M. de Boisson. (Commune d'Allègre. ) M. de l^scours. (Commune^ de Boisset-et-Ganjac.) j I M. César Fabre. (Alais.). ! M. de Coehorn. (Saint-Jean/ du-Card. | M. Villarel.i Commune de Ser-f vas. ) M. Poulet. (Ardérhe. M. Payes. (Commune de Suint Privat-des- Vieux. , M. Max. d'Hombres. (Vezeno- bres . M"" Je Muubec. (Rivières. .. M. Tuech. (Salindres. ; |j J 5 J 20 J io L M m ' Varin d'AinvelIe. (Ser vas. 1 | lo L M. de Locères. f Ardeche. ) . . . 8 V M"- de Cambis. ( Salindres. ).| M. Rivières de Jean. (Alais.}. M. de Lachndenède. (Servas. ) 3a V \ 30 K 77Q DE wtiti . 1 SUBDI- VISIONS l»n éduca- lioti» dlf. , ferente» IIEXDEHEST 1 en io A 1 310 « 10 A 2JO Oi.oo ao B 3.»5 IOO 507,00 1 13,00 5o 18,00 i » tcj 00 5o 39,00 "1 5o 3 C 9C > i '< 77, Go 174,00 3o D 7 5o 7I0, 00 io D 2J0 71 ,00 OBSERVATIONS. Jeté» t la troisième Jeië» a |« quatrième Jeté* à la A échoué. A échoue. 6. 8» MALADIE DES VERS A SOIE. GRAINE DE M. DE CHAYANNES. HO J onces. — 33 EDI-cations. — 26 kil. 2 hectogr. par once. NOMS DES LDCCATEIRS. M. Jeanjean. (S'-Hippolytc.).. M. Chambon. (Très.). ...... M. de Trinquclaguos. (Nimcs.) M. le D' Serre. (Alain.) M. le D«" de Tubœuf. (Alais.). M. Josau. ( Alais. N M. de Boisson. (Allègre.) M. Passct. (Alais. ) M. Toupies. (Rousson. ) M. Ernest Ronnal. (Alais.). . . M. Martial, institut' (Alais. ).. M. Gaston d'Adheinard. (Ra- e»»-do M. Gros, architecte. (Alais.).. M. Charles Robert. ( Chamho- j rigaud. ) \ M. «le Logères. ( Ardèche. ) . . . M. Caslanier. (Alais. ) M. Tribcs, avocat. (Alais. - ). . . M. Roux, vétérinaire ^. . M. Rivières de Jean. (Alais ). M. Joseph d'Hombres. (Alais.) M. Lavcrgnc. (Alais.' M. Ressière. ( Saint-Privat-dcs Vieux.) M. Rémési. (Alais.) M. RuU. (Alais.) M. le D r Page*. (Alais.) M. Emile Frais»! net. (Alais.) M. Eyrargue*. (Bouches- du o M. de Lachadenéde M me de Lachadenéde. (Servas. s root- VISIONS R K.N DEMENT OIANTITK. «n éilur»- tiofii a i rr«p- rrnlct. Gfl rornn» once* M ha i » 37,00 I u 36, oo I ii 3o,oo • i » 11, oo i i' ig,3'. ir 7»7« * n io,5o i i H io,jj 1 M IO.OO 1 « i5 t oo 1 a6,oo II i5,oo ■ I ,00 1 ,00 r,45 * if | ï H n 1 | * 5,oo 1 1 6,?j n 1 M a,5o 36,00 \ , r >,oo 5 , oo 90,50 a // 18,00 i 1 a 1 1\ , a5 i i n i H 33, Go i II 38, oo T m i5,oo i T H 8,oo l • n i4,oo l m 28,00 t 10, OO 180,00 7 5o,oo 47,00 i5,oo 17,00 3 •» 98,00 3o| 8n,5o OBSERVATIONS. A échoué à la trol- >"■ pa> fait connaî- tre le résultai. Écooc. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. GRAINES DIVERSES. NOMS DES EDtCATElRS. M. de Boisson ESPÈCES. sinnivisio>s •n éducations Sauve à cocons jaune*.... Divers loti donnés par M. Pasteur M" e de Boisson M"' Beau M" e de Bonnafous M m * Louis Destrcm M ,,e Daniel M mt Crouzat M me j e Firmas M m * Renaud de Labarezc. M»« de Lachadenèdc... Mazel blancs purs Idem Idem Mazel jaunes purs Idem Sauve blancs purs Idem Sauve jaunes purs Sauve jaunes et blancs Divers lots donnés par M. Gernei M mc de Maubcc. M. Antoine Idem M me Malinowska. M ,,r de Cambis. . M. Agniel M. Ribot M. Despeyroux.. . Caladroy. . Idem . , Idem . Gtichens . . Idem . Julia-Bélia. Idem . Idem . Idem KENDEMEVT •n kilof rimmel. 3o,g 0,910 1 ,130 0,800 A échoué 0,54s 1 ,o5o 0,800 l.OOO 0,670 1 , 100 0.800 1 , 3oo 0,800 1 ,300 0,800 1 ,000 o,8^o i,/,oo » 4 3,o6o 1 A échoué a 4,i85 5 3,ooo 5 6,000 3 l, 7 fiO 3 // 6 8,000 6 A échoué 5 8,5oo Le rendement moyen de ces trois derniers tableaux est : la Pour le premier de 20, po par once. Pour le second de 3î,5oo • Pour le dernier de 33,400 • J'aurais voulu , Monsieur, joindre à ces renseignements le rendement des graines de même provenance élevées dans l'arrondissement ; mais je n'ai pu suivre exactement les graines distribuées par d'autres personnes. J'ignore même le nom des éducateurs qui les ont élevées. Je ne connais que par ouï- Digitized by Google 80 MALADIE DES VERS A SOIE. dire, pour une partie seulement, les résultats qu'elles ont donnés et les di- verses circonstances de leur éducation : voilà pourquoi je n'en parle pas. Mais les chiffres ci-dessus sont assez significatifs. Ils prouvent de la manière la plus évidente la supériorité du procédé de grainage que vous nous avez si souvent recommandé. Malheureusement, comme pour toutes les grandes découvertes de la science, il s'écoulera beaucoup de temps avant que la masse des éducateurs com- prenne et adopte cette manière simple d'opérer. Longtemps encore parmi eux il s'en trouvera qui, procédant imparfaitement, éprouveront des échecs, et, plutôt que de s'accuser eux-mêmes, ils se poseront en détracteurs. Mais, dans le nombre, il s'en trouvera d'assez intelligents qui mettront à profit vos précieux conseils. Ije* succès qu'ils obtiendront éclaireront les autres, et bien- tôt ils auront des imitateurs DE LACHADENÈDE, Président du Comice agricole d'Àlai*. RAPPORT DE M. DUCROT (i), RrPÉTITF.CR A L'ECOLE IMPERIALE n'vGRICCLTVRE DE LA iAILSAIE ( Aill ). Les essais de sériciculture que je fais à l'Ecole de la Saulsaie datent de 1866. Ils sont une preuve de l'infaillibilité des moyens proposés par M. Pasteur pour obtenir de la graine saine, et de la nécessité de ne confier la production de cetlc graine qu'à de petites éducations d'une demi-once au plus, les seules qui puissent recevoir les soins nécessaires pour une réussite complète. J'élevai en 1866 quelques graines du Japon; les vers devinrent fort beaux, furent exempts de maladie et firent tous leurs cocons; mais le faible produit obtenu (trois cocons ne pesaient guère plus de 1 gramme), et le faible prix qu'on en offrit à Lyon, 4 francs le kilogramme, me décidèrent à abandonner cette éducation et à m'occuper exclusivement de la race jaune du pays, plus délicate, dit-on, mais donnant des cocons pesant près de 1 grammes chacun, et valant 7, 8 et 9 francs le kilogramme. Cette race fut introduite dans la commune de Reyno.^t (vallée du Rhône), il y a une douzaine d'années; les nombreux petits propriétaires qui habitent cette commune firent d'abord chacun de petites éducations de 5, 8, 10 gram- mes au plus : la réussite fut complète : leurs produits acquirent bientôt une réputation bien méritée ; chaque récolte était achetée pour graine, sur place (0 Extrait du Moniteur des soies, numéro du î."> juillet 1868. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 87 môme, à des prix exorbitants, n, i.S et jusqu'à 18 francs le kilogramme. Cet état de choses dura cinq ou six années : l'ambition des éleveurs y mit bientôt un terme. Tel propriétaire qui faisait 5 grammes en fit successivement 10 grammes, 10 grammes, a onces et jusqu'à 6 onces : qu'en résulta-t-il? l'éducation fut de plus en plus négligée, les maladies survinrent, la race de Beynost perdit sa réputation, le peu de produits obtenus ne purent se vendre que pour la filature à prix réduits; les éleveurs se découragèrent, de telle sorte, qu'en 1866 je pus à peine trouver, dans cette commune, quelques grammes de graines pour faire mes expériences. Aujourd'hui, cette éducation est complètement abandonnée. Il en est de même à Trévoux, qui se livrait, il y a quelques années, à l'éducation de la même race avec le même succès, et qui a échoué par la même cause. J'ai visité dernièrement ces deux localités; pas une feuille n'a été cueillie cette année sur leurs nombreux et beaux mûriers, qui, cependant, sont encore tous debout. Un découragement si prompt est extraordinaire, car il y a cinq ans à peine, les éducateurs de ces communes, Trévoux et Beynost, les seules de l'arrondissement où l'éducation se faisait sur une large échelle, allaient cher- cher à une distance de 10, et même 1 5 kilomètres, la feuille des mûriers assez communs cttrès-bcaux sur tout le territoire de l'arrondissement. Revenons à mon éducation. Au printemps do 1866, je pris à Beynost, chez M. Meillard, 5 grammes do graine provenant d'une éducation des plus infectées par la pébrine. Je fis éclore celte graine au commencement de mai, et je choisis dans la masse, à leur naissance, les vers qui me parurent les plus noirs et les plus vigoureux ; je les enlevai avec précaution, au moyen déjeunes feuilles de mûrier; je re- cueillis ainsi environ sept cents vers et je jetai le reste. Ces sept cents vers furent élevés sans chaleur artificielle et dans toutes les conditions de propreté et d'aération désirables. A chaque sommeil, je réservais seulement les vers qui s'endormaient durant les huit premières heures du sommeil; le reste, levé au filet, était jeté. Au réveil, tous les vers qui n'étaient pas de même réveillés huit heures après le réveil des plus hâtifs, étaient aussi impitoyablement jetés; je parvins ainsi à n'avoir plus, au commencement du cinquième âge, que trente-quatre vers, très-beaux, paraissant sains, et qui tous montèrent presque en même temps, le trente-cinquième jour après leur naissance. Cette éduca- tion, ainsi que celles de 1867 et de i8fi8, se fit dans une grande salle, pourvue do trois fenêtres exposées à l'est, au sud et à l'ouest. En ouvrant ces fenêtres à propos et sans avoir recours au chauffage, je parvins, tout en maintenant mon éducation parfaitement aérée, à obtenir, pendant toute sa durée, une température assez constante de 17 à aa degrés centigrades. Les trente-quatre cocons obtenus étaient de toute beauté; ils me donnèrent quinze papillons mâles et dix-neuf femelles; je jetai deux mâles et cinq femelles qui présen- taient quelques défauts à vue d'œil. Il me restait ainsi treize mâles et quatorze femelles qui furent séparés par couple au fur et à mesure de leur éclosion et 88 MALADIE DES VERS A SOIE. places couple par couple dans des cadres numérotés. L'accouplement dura vingt-quatre heures environ : j'ai pris |K>ur règle de laisser les papillons se séparer d eux-mômes: deux femelles cependant ont dû recevoir le môme màle chacune douze heures, et leurs œufs ont tous été parfaitement fécondés. L'accouplement terminé, je laissai la ponte s'effectuer pendant soixante-douze heures, au bout desquelles chaque couple fut examiné au microscope avec le plus grand soin. Six observations furent faites |>our chaque papillon écrasé dans un mortier avec quelques gouttes d'eau distillée; le nombre de corpus- cules observés dans le foyer de la lunette chez les papillons malades a varié entre un et dix pour chaque observation. j ( Màle malade. j Màle sain. (j Femelle saine. ( Femelle naine. 0 | Màle sain, y ( Màle sain. i Femelle «aine. | Femelle saine. 3 ( Màle sain. ( Màle sain. ' Femelle saine. ( Femelle . ...... malade. Màle.. sain. I ( Màle malade. j j ( ( Femelle malade. j Femelle saine. I Màle sain. p ( Màle malade. ( Femelle saine. * ( Femelle malade. Màle sain. .„ ( Màle sain. » Femelle saine. { Femelle saine. ( Màle sain. ( Femelle malade. Les couples 2. 3. 5, 6, 8, 9, M et 13 ayant été trouvés exempts de corpus- cules, les œufs de leurs neuf femelles furent gardés; les œufs des autres fe- melles furent jetés. En 1867, réclusion a eu lieu le G mai; la tenq>éralure a été relativement basse pendant toute la durée de l'éducation, elle a varié entre 1 5 et ao degrés centigrades; il en est résulté que les vers ne sont montés que le quarante et unième jour après leur naissance. Pour ce qui concerne l'exclusion des retar- dataires, j'ai été moins sévère que l'année précédente. En 1866, comme en 1867, j'a> a K» comme il suit à l'époque critique du sommeil. Je donne douze repas en vingt-quatre heures pendant les deux premiers figes et huit repas pendant les trois derniers; or, à chaque sommeil, je supprime dès son début quatre repas ; il y a donc jeûne pendant huit heures aux deux premiers som- meils, et pendant douze heures aux deux derniers. Plaçant le filet après ce jeûne, j'enlève tous les vers qui ne dorment pas pour former une nouvelle table. De cette manière, les vers dorment découverts, la tète élevée, et se réveillent tous à la fois, ce qui n'est pas lorsqu'on les enfouit sous des mon- ceaux de feuilles. A partir du moment où le réveil commence, j'attends six heures avant de placer le filet qui doit recueillir les vers éveillés; six heures après la pose de ce dernier, je l'enlève, et tous les paresseux sont alors jetés. Digitized by Googl NOTES ET DOCUMENTS. 89 En agissant ainsi, j'ai obtenu, en 1867. au cinquième âge, des vers d'une égalité parfaite. La montée s'est faite dans un très-court espace de temps, et j'ai récolté deux nulle cinq cents cocons magnifiques. J'en ai gardé cent cin- quante pour graine; le reste, soit deux mille trois cent cinquante cocons pe- sant 4 kilogrammes, a été vendu pour la filature au prix de 7 francs 5o cen- times le kilogramme. Sur les cent cinquante papillons réservés, onze ont été jetés comme incomplets. Parmi les autres, vingt couples ont été examinés au microsco|K>, comme l'année précédente, et pas un seul corpuscule n'a été trouvé, d'où j'ai conclu qu'il était inutile de pousser l'examen plus loin. J'ai gardé toute la graine obtenue. Cette année (18G8) l'éclosion a eu lieu le i3 mai ; l'éducation s'est faite dans les conditions les plus favorables. La température, pendant toute sa durée, n'est pas descendue au-dessous de 20 degrés centigrades et a varié entre 20 et 24. Us vers ont marché avec une grande régularité. J'ai dédoublé seule- ment au premier et au deuxième sommeil ; les retardataires ont été si peu nombreux aux deux derniers sommeils que j'ai pu les réunir à la table suivante sans être obligé d'en faire de nouvelles. La montée a commencé le vingt- huitième jour après la naissance, soit le 10 juin; le 14, tout était monté. J'ai commencé la récolte le 19; le 20, elle était terminée, et j'ai pu constater le résultat obtenu; quatorze mille quatre cents cocons ont été récoltés et ont pesé a4 k| ,G8o grammes. Je puis assurer que je n'ai pas eu de vers malades de pébrine, et pas un mort-flat ; 24 kilogrammes ont été vendus pour graine à M. Chabot, épicier, rue Saint-Dominique, à Lvon, au prix de 10 francs le kilo- gramme. J'ai gardé pour ma graine, comme l'année précédente, cent cin- quante cocons, et je n'en garderai jamais davantage, bien que les mûriers de l'Ecole, que M. le directeur veut bien mettre à ma disposition, me per- mettent d'en élever une quantité plus considérable. L'éclosion des papillons a commencé le 3o juin et s'est terminée le 4 juillet. Vingt couples examinés au microscope ont été, comme en 1867, trouvés exempts de corpuscules. J'ajouterai que le délitement. pendant chaque éducation, a eu lieu réguliè- rement chaque jour; que les vers ont été maintenus toujours espacés entre eux, ce qui nécessite, il est vrai, une plus grande quantité de nourriture; que pendant les deux premiers âges il a été donné de la feuille de mûriers non greffés, et que les vers ont constamment reçu de la feuille fraîchement récoltée, parfaitement sèche, exempte de taches et prise sur les mûriers les plus vigoureux. Que conclure de ce résultat? que par une sélection bien entendue, pratiqué* sur de petites éducations, les seules qui puissent être parfaitement soignées, et en s'aidant du microscope, il est possible d'améliorer en peu d'années nos races indigènes. Digitized by Google ÎK) MALADIE DES VERS A SOIE. EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. LE MARÉCHAL VAILLANT , PUBLIEE DANS LE N° DU 5 SEPTEMBRE 1808 DU MONITEUR DES SOIES (i). Paris, i5 août 186H. Je suis peiné de vous voir en dissidence avec M. Pasteur, peine aussi de l'espèce de reproche que nous me faites de rapporter tout le succès de mes éducations au procédé de {jrainape par le microscope. Je vous ai cité des faits, voilà tout. Je crois volontiers avec vous que bien d'autres circonstances for- tuites ont influé sur ces faits et peuvent diminuer la part du grainage cellu- laire et de l'examen microscopique ; mais cette part reste inattaquable. Per- mettez-moi de vous rappeler sommairement ici comment les choses se sont passées. (1) Cette lettre relate des faits très-intéressants. Ils le détiendront davantage encore si j'ajoute que, parmi les œufs des couples dont le initie et la femelle étaient cor- piisculeux, un très-petit nombre étaient eux-mêmes corpusculeux, preuve certaine que des chrysalides n'avaient été envahies que fort tard par les corpuscules. Je ne les avais pas examinées. M. le Maréchal n'avait pu me remettre que les papillons morts naturellement après la ponte. Néanmoins, M. le Maréchal accuse a.î pour 100 de non-valeur, et pour une édu- cation en petit, à Vincennes, loin des centres de grande culture. Il est bien pro- bable qu'en grande éducation il y aurait en échec. J'avais emporté à Alais quelques œufs des pontes réunies des couples malades par le mâle et la femelle, Le i3 mars je les ai mis à l'incubation. On a examiné un à un les vers à l'éclosion; sur un groupe de 126 vers ou œufs étudiés, on en n trouvé ^ seulement qui fussent corpusculeux. On remarquera la similitude de l'opinion de M. le Maréchal et de celle que j'ai émise moi-même au sujet de la maladie des morts-flats. Je croirais volontiers que cette maladie est aux vers à soie ce que la mémorisation est aux bestiaux. Nous verrons bien, l'an prochain, si le doute soulevé par M. le Maréchal au sujet de la signification que j'attribue au ferment en petits chapelets de grains sphé- riques ou légèrement ovoïdes est fondé. Pour moi, j'attache à sa présence une grande importance comme témoin du mal, et je crois, en outre, que si l'on pou- vait prévenir son développement, on préviendrait peut-être la maladie qui me parait être caractérisée par une fermentation anormale de la feuille dans le canal intestinal, identique à celle que la feuille subit en dehors de ce canal quand elle est broyée avec de l'eau; tout comme la metéorisation est constituée par une fer- mentation de la feuille de luzerne, pareille a celle que celte même plante, broyée avec de l'eau, subit en dehors du canal intestinal et avec formation des mêmes organismes. NOTES ET DOCUMENTS. vil J'avais fait en 18G6 une petite éducation d'œufs provenant de la Transyl- vanie, elle réussit bien; en 1867, j'élevai de nouveau une partie de ma graine obtenue, je réussis encore. M. Pasteur, qui était venu voir mes vers au prin- temps de 1867. me dit: « Si vous voulez suivre mes indications, nous aurons avec vos vers de la graine parfaitement exempte de corpuscules, que vous pourrez donner à des éducateurs fort embarrassés pour s'en procurer. » De là, le grai- nage cellulaire et l'examen des papillons au microscope. De là aussi trois ca- tégories d'œufs ou de graines : les œufs provenant de parents irrépro- chables; les œufs provenant de parents ayant tous deux des corpuscules; enfin, les œufs dont un des parents était sain et dont l'autre était malade des corpuscules. Eh bien! l'éducation faite avec les œufs de la première catégorie n'a pas eu un malade, pas même un indisposé ; celle do la troisième catégorie a eu 5 pour 100, si je me rappelle bien, de morts, soit avec des taches noires, soit de toute autre maladie. Enfin, une troisième et bien plus nombreuse éduca- tion faite à Vincennes, composée d'œufs provenant de parents tous deux cor- pusculeux, le mâle et la femelle, ont présenté un déchet de i5 pour 100, sa- voir des morts-flats, des petits, d'autres qui n'ont pas monté à la bruyère, ou qui ont fait des cocons dans lesquels le ver à soie était visible. N'attachez pas trop d importance aux nombres 5 et a5 pour 100; j'ai des notes précises, mais elles ne sont pas sous mes yeux. Ce qu'il faut tenir pour assuré (et cest à quoi j'attache une grande importance), c'est que la première éducation n'a pas offert un mort, non plus qu'une éducation dorufs sains que m'avait envoyés du Midi M. Pasteur, et qui ont été élevés à Vincennes dans la même chambre, avec la même absence de soins , avec les mêmes feuilles , sur les mêmes planches ou claies où ont été élevés les vers qui ont donné a5 pour 100 de non-valeurs, à trois ou quatre repas par jour, pas davantage RAPPORT AU MINISTRE DE L'AGRICULTURE, DU COMMERCE ET DES TRAVAUX PUBLICS. Paris, i5 décembre 18G8. Vous avez bien voulu me charger de constater les résultats de la campagne sérieicole de M. Raybaud-Lange , directeur de la ferme-école de Paillerols, dans les Basses-Alpes; j'ai l'honneur de vous rendre compte des résultats de cette mission. Digitized by Google 92 MALADIE DES VERS A SOIE. Le vœu émis par la Commission supérieure de sériciculture, que l'on pro- cédai à la régénération des vers à soie au moyen de petites éducations, et que des ateliers privés de grainagc vinssent en aide aux éducateurs, a rec,u, cette année, son accomplissement; M. Raybaud-Lange a pris l'initiative de ce pro- grès de la manière la plus heureuse. Dans le Rapport spécial que j'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Excellence en 1867, j'ai indiqué les procédés d'éducation et de grainago suivis à Paille- rois: je n'y reviendrai pas. Il suffit de rappeler que M. Rayhaud - Lange n'adopte que le système des petites éducations; il distribue ses chambrées par lots de demi-once jusqu'à 1 et 2 onces dans les localités exemptes de tou foyer d'infection, et il emploie exclusivement comme reproducteur la graine dont le microscope a constaté la pureté. Fidèle aux errements dans lesquels il s'était engagé à la suite de M. Pasteur, il a dis|*rsé ses petites éducations dans les parties des Hautes et Basses-AI|>es, du Var et des Aljies-Marilimes qui semblaient lui offrir le plus de chances de réussite ; comme par le passé, il a réparti la graine de ses meilleures chambrées entre de petits éducateurs, la leur abandonnant gratuitement , sous la condition qu'ils n'élèveraient que les vers provenant de celte graine, et qu'ils lui vendraient leur récolte au plus haut prix du cours des cocons. Ce contrat a été exactement observé de part et d'autre ; le succès le plus remarquable est venu confirmer les espé- rances de M. Raybaud-Lange sur les petites éducations isolées. Au moment de ma visite à Paillerols. de magnifiques récoltes de cocons affluèrent de toutes parts à la ferme-école : au fur et à mesure des livraisons, on prélevait sur chaque lot un certain nombre de cocons, des femmes les mettaient en chape- lets, et aussitôt après ceux-ci étaient suspendus dans une pièce dont la tem- pérature était constamment entretenue à i5 degrés Réaumur. I* but de cette sélection première est d'obtenir promptement des papillons destinés à l'examen d'épreuve. Sont-ils reconnus corpusculeux, on les envoie à la filature; au contraire, s'ils sont exempts de maladie, tout le lot est en- thapelé et jiorté avec son numéro d'ordre à l'atelier de grainagc, disposé ainsi que je l'ai décrit dans mon précédent Rapport. L'an dernier, Monsieur le Ministre, par une tolérance quadmeltait M. Pas- teur lui-même, M. Raybaud-Lange faisait passer au grainage les papillons pré- sentant 10 et la pour ioo de l'affection corpusculaire; mais, cette année, fort de sa réussile, il s'est montré plus sévère dans le choix de ses reproducteurs. A la vérité, il dis|K>sait d un très-grand nombre de lots excellents, dont plu- sieurs étaient entièrement purs de corpuscules; M. Raybaud-Lange ne doute pas qu'en faisant chaque année un triage de plus en plus rigoureux , on ne Ionienne à résoudre le difficile problème d'une complète régénération de la graine. Ces espérances sont autorisées, et on les partage à son tour quand on a été témoin du soin scrupuleux qui préside au choix des pa pillons reproducteurs à Paillerols : du matin au soir, MM. Pasteur et Raybaud- Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. M'A Lange ne quittaient pas le microscope; ils étaient assistés dans cotte tâche laborieuse par M. Duclaux, professeur agrégé à la Faculté des Sciences de Clermont . Pour mettre de son côté toute chance de succès, M. Raybaud-Lange ne s'est pas contenté d'opérer un contrôle sé\ère sur tous les lots destinés à la reproduction ; il a eu de nouveau recours au grainage cellulaire tenté en 18G7, niais cette fois sur une vaste échelle : 70 onces de graines par couples isolés confirmeront sans doute en 1869 le principe posé par M. Pasteur t qu'une graine irréprochable peut seule assurer les chambrées destinées à la repro- duction, et qu'en s'aidant avec persévérance de la sélection et des petites éducations, la gatine finira par être conjurée. La campagne séricicole de M. Raybaud-Lange en 18G8 se distingue surtout par le grainage; près de 5ooo onces, contrôlées par les moyens qu'indique la science, vont être mises en circulation. Elles ne suffiront pas aux nombreuses demandes qu'a reçues depuis longtemps le directeur de Paillerols, mais elles aideront à combler une grande lacune; on |>eut, sans témérité, bien augurer de leur réussite, si l'on tient compte des succès de cette année. En effet, les rendements obtenus avec la graine de Paillerols ont été excel- lents. Dans les Hautes et Basses-Al| es . cette graine a été distribuée entre deux cents éducateurs : le rendement moyen, constaté par M. Pasteur, s'est élevé à 47 kilogrammes |>ar once de -1$ grammes; on ne cite que deux ou trois échecs. Dans les Al|>es-Maritimes, 5o onces, partagées entre vingt-cinq éducateurs, n'ont donné lieu qu'à un seul mécompte. Dans le Var, *i5 onces ont été placées chez M. de (ïasques, directeur de la ferme-école de Salgues, et dans son voisinage; 3o onces ont été distribuées à Fayence. Succès partout. Dans les B<.uches-du-Rhône, trois éducateurs ; aucun échec. Dans l'Hérault, i5 onces de la graine de 51. Raybaud-Lange ont produit 910 kilogrammes de cocons. Dans le département de Vaucluse, chez 51. Raspail, lauréat de la prime dhonneur, et chez les fermiers de 51. le marquis de Jocas, réussite complète. A Nîmes et dans les environs, succès à peu près général, d'après 51. le pré- sident de Labaume. A Alais, Anduze et le Vigan, revers et succès se sont balancés; le produit moyen a été de 10 kilogrammes par once. Ce chiffre n'était pas dépassé , à l'époque de la prospérité des vers à soie, dans les pays de grandes éducations. A la Tour-du-Pin, à Vizille et à Saint-Barthélémy (Isère), bonne réussite, tandis qu'on a échoué à la Tronche et sur un point de la Drômc. J'ai pensé, Monsieur le Ministre, que ce relevé exact était le meilleur com- mentaire des procédés de grainage de M. Raybaud-Lange. Qu'il n'y ait pas Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. eu succès absolu partout, je n'en suis pas surpris. Qui ne sait que la meilleure graine n'entraîne pas comme conséquence une réussite infaillible? Tant de causes secondaires peuvent la compromettre! Cette année, par exemple, où le printemps a été accompagné de chaleurs très-fortes, quelques éducateurs ont brûlé leur graine au moment do l'éclosion ; la maladie des morts-flats a sévi avec rigueur. L'accumulation d'un grand nombre d'éducations dans un rayon restreint a été encore, suivant M. Pasteur, une cause d'insuccès; il ne serait donc pas logique de n'en pas tenir compte dans quelques revers par- tiels. Ce qui demeure certain, incontestable, c'est qu'aujourd'hui, grâen aux savantes recherches de M. Pasteur et à la pratique si habile de M. Raybaud- Lange, le grainage indigène est désormais assuré : cesl là un immense ser- vice rendu à la sériciculture; elle lui devra sa résurrection. Agréez, Monsieur le Ministre, l'hommage de mon respect. L' Inspecteur général de l'agriculture, Victor RENDU. SUR LES BONS EFFETS DE LA SELECTION CELLULAIRE DANS LA PRÉPARATION DE LA GRAINE DE VERS A SOIE. En 1867, je proposai à M. le Maréchal Vaillant de mettre à l'épreuve tics faits mon procédé de régénération de nos belles an- ciennes races de vers à soie, dont j'avais déjà à cette époque dé- montré l'cflicacité certaine touchant la maladie des corpuscules ou pébrine. M. le Maréchal, dont l'Académie connaît toute la solli- citude pour la crise séricicole actuelle, voulut bien accepter mon oll're, et depuis deux ans il consacre à cette épreuve les petites éducations qu'il a l'habitude de faire, soit à Paris, soit à Vin- cennes. Il y a juste deux ans au mois de juillet, M. le Maréchal était à la veille de livrer au grainage les papillons que lui avait fournis son éducation très-bien réussie, mais dans laquelle un Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 93 œil exercé pouvait reconnaître une première atteinte de la mala- die des corpuscules. Je partageai les reproducteurs en deux catégories, ceux qui étaient irréprochables et ceux où commençait le mal, en priant M. le Maréchal d'élever séparément les deux sortes de graines correspondantes. L'une devait être de très-bonne qualité et l'autre plus ou moins suspecte. Dans une lettre rendue publique en 1868, M. le Maréchal fit savoir que la première graine dont il s'agit lui avait donné des vers si bien exempts de la maladie pré- citée, qu'aucun d'entre eux n'était mort pendant le cours de l'é- ducation; qu'au contraire, l'autre sorte de graine avait offert une perle de 25 pour 100, perte considérable, surtout si l'on observe que les vers avaient été comptés pour la première fois à la lin du troisième âge. En 1868, M. le Maréchal lit de la graine séparément avec les deux catégories de cocons qu'il avait obtenus, et il me remit les papillons pour les examiner. Je reconnus que ceux de la bonne éducation faite à Paris étaient irréprochables comme leurs ascen- dants, tandis que ceux de l'éducation laite à Yincennes, éduca- tion qui avait eu une mortalité sensible, étaient très-mauvais, in- finiment plus que ne l'avaient été leurs ascendants à eux, et que leur graine cette fois serait détestable. Ces dernières prévisions ont été adressées par moi à M. le Ma- réchal Vaillant, dans une lettre qui a été insérée aux Comptes rendus de ï Académie des Sciences, séance du 11 janvier 1869. Je crois utile de reproduire ici textuellement cette Communi- cation. Vous avez eu l'obligeance de nie confier les produits de vos petites éduca- tions de cette année : l'intérêt de leurs résultats est bien plus firand que nous ne le pensions. J'y trouve de nouvelles preuves fort démonstratives de la vé- rité des principes que j'ai établis. Permettez-moi de vous rappeler sommairement ce qui s'est passé entre nous, au sujet de vos expériences. Vous aviez élevé en 1867, dans votre ca- binet, un lot do graine originaire de Transylvanie, déjà reproduite par vous en 1866. Dans une visite que j'eus l'honneur de vous faire, à mon retour du 96 MALADIE DES VERS A SOIE. Midi, au mois tic juillet 18G7, je reconnus qu'un certain nombre de vos pa- pillons étaient malades et les autres sains. Je vous ai proposé alors de les soumettre à un partage devant donner deux sortes de graine, l'une de très- bonne qualité, l'autre plus ou moins suspecte. Vous avez bien voulu accepter mon offre, et, afin de mettre mes assertions à l'épreuve de l'expérience, vous avez élevé ces deux catégories de graine en 1868. Dans une lettre rendue pu- blique, vous ave/, déjà fait savoir que la première graine dont il s'agit vous avait donné dis vers. si bien exempts de la maladie régnante, qu'aucun d'entre eux n'était mort pendant le cours de l'éducation; tandis que les œufs que j'avais déclarés devoir être en partie mauvais, bien qu'ils eussent la même origine et qu'ils fussent sortis de la même éducation que les précédents, vous ont offert une perle de •/!> pour 100, ce qui est considérable, si l'on ob- serve que cette perte a été évaluée sur les vers arrivés à un Age assez avancé. Vous remarquerez, cependant, d'après la Note dont j'ai fait précéder votre lettre, à la fin de mon Rapport au Ministre de l'Agriculture, que les œufs issus de vos mauvais papillons ne renfermaient pas 3 pour 100 de eoquis- culeux au moment de leur éclosion : preuve nouvelle du danger que l'on court en élevant des graines produites par des papillons chargés de corpuscules, alors même que ces petits corps n'ont pas pris naissance dans les chrysalides assez tôt pour introduire dans les œufs une forte proportion de sujets cor- pusculeux. Vous avez eu, en outre, dans cette même éducation à 10 pour 100 de non-valeur, un grand nombre de cocons fondus, ce qui est la preuve ordi- naire de l'existence de vers atteints de la maladie des morls-flats. Cela posé, voici le résultat des observations que je viens de faire faire sous mes yeux sur les papillons des deux éducations précédentes et sur les œufs qui en proviennent. Les papillons des premiers vers, de ceux qui étaient exempts de maladie, sont eux-mêmes irréprochables, et j'affirme, par avance, que la graine qu'ils ont pondue, si vous voulez bien l'élever en 1869, vous donnera les plus beaux produits. Quant aux papillons sortis de la graine que j'avais condamnée, ils étaient tellement mauvais |>our la reproduction, malgré la réus>ite partielle que vous avez obtenue, que je me crois autorisé à prédire l'échec le plus ra- dical de leur graine. Vous possédez plusieurs onces de cette graine : eh bien ! agissez comme vous l'entendrez, par petite ou par grande éducation ; employez les soins les plus munitieux, et, vous aurez beau faire, aux Tuileries comme à votre chalet de Vincennes, vous n'en retirerez peut-être pas un seul cocon. Que d'enseignements pour les éducateurs, s'ils savent les comprendre! Dans les faits (pie je viens de relater, nous avons le tableau réduit, mais fidèle, des succès et des revers qui tour à tour soutiennent l'espérance ou entretiennent les malheurs de l'industrie séricicole depuis vingt ans. En effet, vous aviez, en 1867, A la suite de deux éducations heureuses, des reproducteurs qui étaient A votre insu en partie excellents eten partie malades. Ijeurs première Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 97 et deuxième générations se seraient peut être encore bien comportées en 1868 et en 18G9; mais en 1870, au plus tard, tous vos vers auraient péri. Grâce au microscope et à un travail si facile que j'y ai habitué jadis un enfant do sept à huit ans, vous avez rendu une race à sa première vigueur, en même temps que dans une autre série d'épreuves vous la détruisiez sans retour. La sélection cellulaire qui a conduit à ce double résultat ne pourrait, il est vrai, devenir industrielle et correspondre à de vastes grainages; mais j'ai démontré depuis longtemps que la sélection peut s'appliquer, non aux individus isolés, mais à de grandes familles, c'est-à-dire aux chambrées elles-mêmes; d'un côté, il en existe partout d'entièrement saines et, en outre, il est facile d'accroître le nombre de celles-ci en proportion du soin que l'on apporte dans le choix préalable des graines servant à les produire. Souvenez-vous, je vous prie, de ce qui est arrivé successivement pour tous nos départements de petite culture. Chacun d'eux, à une époque déterminée, a eu le privilège de pouvoir fournir aux départements séricicoles de la graine parfaitement saine. On a vanté tour à tour dans les Cévennes, dans l'Ardèche, dans la Drôme, la graine de Perpignan, celle de l'Aude, des Bosses-Alpes, de Montauban, de l'Aveyron, du Loi, du Cher, de Tours, de Limoux, tout comme en 18GG et 18G7 on aurait pu faire l'éloge de la graine du Maréchal Vaillant. Mais dans toutes ces localités le mal, insensible d'abord, s'est développé peu à peu, et la célébrité de toutes ces graines s'est évanouie, parce que l'on manquait d'une méthode propre à avertir les éleveurs de la dégénérescence de leurs éducations et capable de rendre à ces dernières leur vertu originaire par l'emploi de graines reconnues pures. De môme que vous avez conservé à la santé une partie de vos vers, par une sélection facile, de même on pourra, quand on le voudra, rendre des grainages prospères dans tous nos départe- ments de petite culture, et ultérieurement dans les autres. Il suffira de re- courir à la méthode que j'ai proposée pour la recherche et la multiplication des chambrées pour graines, de façon à n'élever, dans les dcjiartcmcnts de petite culture, que des graines irréprochables. Cela est d'autant plus facile que la France compte seulement quatre ou cinq départements séricicoles contre trente ou trente-cinq où la culture du mûrier est fort restreinte. Ces derniers néanmoins peuvent amplement suffire pour alimenter de graines toutes les magnaneries de l'Ardèche, de la Drôme, du Gard, Je suis heureux de pouvoir ajouter qu'au milieu des obstacles et des contra- dictions que suscitent l'ignorance ou l'intérêt, et qui sont inséparables de toute application nouvelle, le progrès de mes études commence à se faire jour sur divers points de la France. On se préoccupe de plus en plus de l'immense in- térêt pratique qu'il y a à s'assurer de la vérité des résultats do mes expé- riences. Puissent les éducateurs apporter dans cette vérification l'esprit de suite que vous y avez mis vous-même. Vous connaissez le succès dû à l'ini- tiative de la Société d'Agriculture de Perpignan. En ce moment même les éducateurs des Pyrénées-Orientales, loin d'arracher les mûriers, comme on l'a II. 7 Digitized by Google KS MALADIE DES VERS A SOIE. fait imprudemment dans bon nombre de localités, les recherchent à prix d'or, partout où il en existe. Ijo Conseil général de Vaucluse, imitant celui du Gard, a recommandé expressément la recherche des chambrées pour graine, en sui- vant mes indications, et il a ordonné le dépôt d'un microsco|te dans chaque chef-lieu de canton. Je viens d'apprendre que, graceaux observations de il. Ij- gounhc, membre do la Société d'Agriculture de Montauban, le Tarn-ot-Ga- ronne sera, cette année, pourvu d'une multitude de lots de graines issues de chambrées dont le microscope a assigné par avance la bonne qualité pour la bonne reproduction. A Grenoble, un jeune et habile praticien, M. Sirand, a publié, au sujet de nies recherches, des observations pleines d'intérêt. Dans les Basses-Alpes, l'exemple de M. Raybaud-l^ange provoque les plus louables efforts. On parle môme d'y créer une Association qui aurait socialement pour but la recherche des cocons pour graines. Enfin, M. Cornalia, dont le nom est d'une si grande autorité en ces matières, m'a informé récemment qu'un cer- tain nombre de grai nages ont été faits, cette année, en Italie, d'après ma méthode, et qu'on y a été encouragé par le succès extraordinaire obtenu par quelques j»ersonnes qui déjà l'avaient appliquée en 1 867, notamment par M. le marquis Luigi Crivelli, à Inverigo, et par M. Bellotti, tous doux bien connus en Italie par leurs travaux de sériciculture. AI. le Maréchal Vaillant a fait connaître à l'Académie, dans une ]\ote détaillée, les résultats qu'il a obtenus des deux sortes de graines dont il vient d'être parlé. La première lui a ollèrt une éducation admirable; la seconde, malgré une sélection accidentelle et naturelle au moment de l'é- closion, a donné les plus mauvais résultats. 11 eût fallu voir, comme cela m'est arrivé, au moment de la montée à la bruyère, les uns auprès des autres, à i mètre ou 2 de distance seulement, dans la même pièce, nourris de la même feuille, les vers issus des papillons sains, et ceux qui étaient nés des papillons très- malades. Les bons vers couvraient la bruyère de cocons magni- fiques, tous étaient égaux, agiles à filer leur soie; aucun d'eux ne mourait ou ne paraissait malade. Les vers de la mauvaise graine, au contraire, avaient un retard considérable sur les autres, de plus de sept à huit jours; ils avaient toutes les tailles, depuis celle de la deuxième ou troisième mue jusqu'à celle des vers mon- tant à la bruyère ; çà et là, des morts et des mourants; l'image, en un mot, la plus accusée du lléau qui désole la sériciculture. Enfin, examinés au microscope et pris au hasard, gros ou petits, tous étaient remplis des corpuscules de la pébrine. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 99 • En résumé, on a pris en 1867, dans uni* même famille de vers à soie, des reprodueteurs sains el des reproducteurs commençant à devenir malades, on a élevé séparément leurs générations res- pectives : dans un cas, la race a été améliorée, fortifiée; dans l'autre, elle a tellement dégénéré, qu'elle peut être à bon droit considérée comme ayant totalement disparu, car il ne sera pas possible de tirer des quelques mauvais cocons de la mauvaise édu- cation de cette année autre chose qu'une graine absolument sté- rile. Mais j'ai hâte de laisser la parole à M. le Maréchal Vaillant : qu'il me permette seulement de lui exprimer ma reconnaissance pour la rigueur et l'esprit de suite qu'il a bien voulu apporter dans cette double série d'expériences. LETTRE DE M. LE MARÉCHAL VAILLANT A M. PASTEUR (1). Vous m'avez témoigné le désir de connaître le résultat final des deux petites éducations de vers à soie faites par moi avec la graine que vous m'avez en- voyée d'Alais au commencement de l'hiver dernier. Voici les renseignements que je puis vous communiquer. Je commence par rappeler que les graines (pie j'ai reçues de vous prov e- naient d'éducations des vers Transylvaniens faites par moi en 18G8, savoir: i° à Paris, avec les œufs que vous aviez reconnus provenir de papillons exempts de corpuscules; i" à Vincennes, avec des œufs de papillons offrant tous des corpuscules, mais qui à l'état d'œufs ne présentaient, d'après votre examen, qu'une proportion de 3 pour 100 d'œufs corpusculeux. Vous m'aviez prévenu Les choses se sont passées, en 1868. absolument comme vous les aviez annoncées. L'éducation faite à Paris a bien marché du commencement à la fin, les pertes ont été nulles. L'éducation de Vincennes a eu 1 e ) pour 100 de vers morts; la plupart avaient succombé à la dernière mue ou au moment de la montée, et cependant une perte de a5 pour 100 n'em- peche pas qu'une éducation soit belle au point de vue industriel, et qu'elle ne procure des bénéfices suffisamment rémunérateurs des |>erles et des dépenses des éleveurs. Il en était ainsi avant que le terrible fléau qui désole nos ma- (1) Extrait des Comptes rendus de V Académie des Sciences, Mnnce d» 19 juillet 1869. Digitized by Google 100 MALADIE DES VERS A SOIE. • }:narHTies «c fût abattu sur l'Europe; on supportait sans se plaindre des déchets de *i5 à 3o |>our 100; on élevait l'année suivante des œufs provenant de ees éducations que l'on considérait comme moyennes quant à la réussite; tantôt le mal augmentait, tantôt il diminuait ; on ne s'inquiétait guère des. causes de ces alternatives en mieux ou en pis; l'industrie de la soie marchait, on était content. Aujourd'hui les conditions sont bien changées! nous l'avons dit déjà dans plusieurs Notes, et nous reviendrons encore sur ce point capital de voire théorie et de vos grandes découvertes; mais parlons d'abord de mes éducations de 18O9. Je vous avais envoyé, à la fin de 18C8. tous les couples de |tapillons obtenus soit à Paris, soit à Vincennes, avec les œufs pondus juir chaque couple, tout cela bien séparé, bien distinct, de manière à rendre toute mépris**, toute erreur impossible; ces détails étaient utiles à rap|ielcr. Vous m'avez adressé deux jn'lites boîtes que vous trouverez ci-jointes, et qui |>ortent sur leur couvercle, l'une, la lettre A avec celle indication : Tran- sylvaniens. Graine des intuitions dont les oser/niants étaient purs {inâlr etfemille); l'autre, la lettre B, et ces mots: Transylvaniens. Graine des im/MIons Uc féditratinn de f inrennes ( a5 pour 100 de perte). En m'adressant les boîtes, vous m'écriviez : « 1rs œufs A doivent vous donner des résultats excellents, mais les œufs B ne produiront pas ou peu de cocons. r> Vous avez vu mes éducations chez moi, au moment où elles finissaient : elles ont eu lieu dans la même chambre, afin que les conditions dans lesquelles elles se trouvaient fussent aussi égales que possible; mais je reconnais, ce- pendant, qu'il n'est jws sans danger de tenir si rapprochés les uns des autres des vers sains et des vers corpusculeux : l'infection des premiers par les se- conds peut se produire tout d'un coup, auquel cas les conclusions que l'on veut tirer des résultats finalement obtenus peuvent être tout à fait inexactes. \jà chambre où mes vers ont été élevés n'a jamais eu de feu. Iii fenêtre qui l'éclairé regarde le sud-ouest. L'éducation A vous a paru magnifique . elle m'a donné quatre cents beaux co- cons que je v ous envoie ; il me semble difficile de rien voir de plus complètement satisfaisant. Pendant toute la durée de l'éducation, j'ai eu deux jeunes vers tués; ils ont été (je crois en être sûr) atteints jwr un morceau de bois qu'on a lai>sé tomber. Un ver a été trouvé mort dans la bruyère; il avait toute sa grandeur et était monté fort haut, G ou 7 décimètres au moins au-dessus des feuilles du mûrier. Il avait la tête entièrement noire comme de l'encre. Un quatrième ver est devenu dur, farineux, ayant assez l'ap|>arence d'une dragée ; c'est, je crois, ce qu'on appelle un mtiscardin. Il n'avait jws monté, n'avait pas filé, mais était parvenu à toute sa grandeur. Enfin, si nous ajoutons à ces pertes un ver qui a filé assez haut dans la bruyère, non pas un cocon fermé, mais une espèce de tapis de soie d'où est tombée une chrysalide nue, bien vivante,.... ce sera, en tout, une perte de cinq vers |K)iir quatre cent cinq Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 101 œufs éelos, c'est-à-dire i pour 100 seulement! c'est là, convenez-en, un beau résultat. Voyons maintenant l'éducation B. Il paraissait y avoir la môme quantité d'oeufs dans les deux boites, eh bien ! tandis que A me donnait quatre cents et quelques petits vers bien vifs, bien mangeants, B ne produisait, après une éclosion lente et pénible, que quatre- v ingt-dix-huit vers (moins d'un quart) n'ayant pas, à beaucoup près, autant de vivacité, autant d'appétit que les vers de A. Vous m'avez déjà dit que ce fait ne vous surprenait pas; il indique que dans la graine môme, et avant l'éclosion, il s'opère déjà une sélection, ou, ce qui revient au même, que quand une graine ne provient |»s d'asertuianti purs, un nombre d'œufs plus ou moins grand déjà atteints par la maladie des corpuscules, ne peuvent briser leurs coques et meurent avant d'éclore. C'est du moins ainsi, m'avez-vous dit, que les choses se passent dans certains cas. Je dois vous dire que l'éclosion avait commencé le i5 mai dans la boite A, et le 16 mai dans la boite B. Le 10 juin, un v er de A était en train de (iler; ce n'est que le 28 juin qu'on a vu un ver de B émettre de la soie et commencer un cocon au raz du sol où reposaient les feuilles. Le 7 juillet les derniers cocons de A étaient terminés; pour B, à partir du 3 juillet, il n'y a plus eu de cocons en voie de formation; les vers qui vivaient encore étaient jx'tits, d'un aspect désagréable. U» dernier a succombé tout à fait le ri juillet. Le nombre total des morts pour l'éducation B a été de quarante et un vers. Le résumé de ce qui précède est ceci : Boite 'A. Graine provenant d'ascendant* purs. OF.nfs mis il éclore t |oj OEufs éclos 4oj Corons obtenus (très-beaux) . . ',00 Vers morts |t«ndant l'éducation j Perte de 1 pour 100 soit sur le nombre des œufs * mis à eclore, soit sur le nombre des vers nourris. Boite B. Graine prmenant d'une éducation de 18G8, laquelle avait donné tj pour 100 de perte. (I.es œufs de 1 1 boite B étaient cousins fermions des oeufs de la boite A ). OKufs mis à e'clore de ' ( oo à / ( in OF.ufs cclos Ql Cocons obtenus (assez misérables pour la plu- part) 5a Vers morts pendant l'éducation \i Perte de 4't pour 100 sur le nombre des vers nourris. Perte de 87 à 88 pour 100 sur le nombre des œufs soumis à leelosion. iO* MALADIE DES VERS A SOIE. Vous tirerez les conclusions ; moi, je me l>oroc à dire : t° Que si l'année prochaine, on essayait de faire une éducation avec les œufs qui seront pondus, dans quelques jours, parles papillons à provenir des cocons de votre boite B, on s'oxj>oserait à coup sûr à un désastre complet ; •x n Qu'il ressort, une fois de plus, des expériences comparatives (pie vous m'a\ez engagé à faire, que les vlcwurs qui prennent de la graine dans des éducations assez bien réussies pour n'avoir eu que u5 pour 100 do perte, ne sont sûrs de rien, et jicuvent. comme cela vient de m'arriver avec le contenu de votre boite B, avoir 80 pour 100 et plus de graine qui n'éclora pas, et n'ob- tenir, en résultat final, que de rares cocons, assez médiocres d'ailleurs. Là est, comme vous l'avez dit, le secret de tant de mécomptes journellement éprouvés et l'explication de tout ce qu'il y a de contradictoire dans les nom- breux Rapports adressés sur l'état actuel de la sériciculture en France et en Europe. Pi o\i>oi rement, et jusqu'à ce que viennent de meilleurs jours pour l'indus- trie des soies, il faut n'élever (pie de la graine provenant d'ascendants purs, pureté dont l'emploi du micro>cope peut seul donner la certitude. RAPPORT FAIT AU NOM DE LA SECTION DES CULTURES SPÉCIALES, PAR M. ROBINET, SUR LES RECHERCHES RELATIVES AUX MALADIES DES VERS A SOIE DE M. PASTEUR (1). Messieurs, L'article 11 de votre programme des prix est ainsi conçu : Travaux sur les maladies des l 'ers à soie. « Les résultais de ces travaux devront résoudre quelqu'une des questions scientifiques que soulèvent les maladies des vers à soie, et donner les moyens de préserver ceux-ci des ravages causés par les maladies dont ils sont le plus souvent atteints. ' * Extrait du Dullitin lia séances tic la Sncicté impériale et ventrale d'Agricul- ture de France, séance du \\ février 1869. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 103 » Les Mémoires sur cet important sujet devront rapporter des recherches expérimentales, décrites de manière que les résultats annoncés puissent être vérifiés par les Commissaires. » Les travaux de l'honorable M. Pasteur, sur le sujet proposé, sont si connus, ils ont eu un si grand retentissement, qu'il a paru inutile à votre Section des cultures spéciales de les décrire ou de les analyser, jiour appuyer la propo- sition qu'elle a l'honneur de vous faire. Elle se bornera à examiner si ces travaux répondent bien aux vues de la Société. Or, Messieurs, soit par la confirmation expérimentale de faits déjà connus, mais plus ou moins contestés, soit par la découverte de faits ou de phéno- mènes qu'on n'avait pas signalés avant lui, M. Pasteur nous parait avoir plei- nement répondu à la première partie du programme : il a résolu ou éclairé d'une vive lumière plusieurs des questions scientifiques que soulèvent les ma- ladies des vers à soie : L'existence des corpuscules dans le Bombyr tnnri, à ses différents états : œuf, larve, chrysalide, jiapillon; La faculté qu'a la maladie de se transmettre par hérédité; Sa nature contagieuse et la possibilité de l'inoculer; Enfin, différentes propriétés ou caractères des corpuscules qui avaient échappé à la sagacité de plusieurs ex|>érimentateurs des plus habiles. A ce premier point de vue, les travaux de M. Pasteur ont dignement ré- pondu aux conditions du programme. En ce qui concerne les moyens de //rv.wrvcr les vers des ravages causés par les maladies dont ils sont le plus souvent atteints, M. Pasteur nous pa- rait n'avoir pas été moins heureux ; surtout en tenant compte de l'extrême difficulté du problème, et en nous rappelant les nombreuses tentatives faites par les hommes les plus compétents, tentatives qui n'avaient abouti qu'à des procédés insuffisants, ou absolument sans valeur. Deux systèmes de méthodes prophylactiques avaient été pro|K>sés et exé- cutés avant M. Pasteur. Le premier consiste en petites éducations précoces, exécutées avec des échantillons pris sur des parties d'œufs mises dans le commerce. Des ré- sultats plus ou moins favorables de ces éducations d'essai, on tire des consé- quences sur la qualité des œufs et les probabilités de succès de l'éducation industrielle. L'expérience a démontré que ce système a des avantages réels, mais qu'il ne donne, en définitive, que des probabilités. Bien souvent les éducations in- dustrielles ont été loin de répondre aux promesses des éducations pré- coces. Le second système préventif a été la conséquence de la découverte, au moyen du microscope, des corpuscules des œufs de vers à soie. Plusieurs ob- servateurs italiens et français en ont fait une large application, et l'on a cru Digitized by Google 104 MALADIE DES VERS A SOIE. un moment qu'on avait enfin mis la main sur un moyen infaillible de distin- guer les œufs qui devaient donner des vers sains de ceux dont on ne devait rien attendre. Cette illusion n'a pas duré longtemps, et M. Pasteur a contribué à la dé- truire. Il a démontré, d une part, que l'existence des corpuscules ne devait pas nécessairement entraîner la perte entière des éducations, et, d'une autre part, que des œufs dans lesquels le microscoj>e ne faisait découvrir aucun cor- puscule ne pouvaient pas être considérés comme absolument bons. C'est en présence de ces incertitudes que M. Pasteur s'est mis à l'œuvre, Nous ne repaierons pas ici les différentes phases des immenses travaux ré- partis sur les trois années qu'il y a presque entièrement consacrées, interrom- pant, dans l'intérêt de la précieuse industrie des soies, d'autres recherches dans lesquelles il obtenait des résultats aussi nombreux qu'importants, et non moins utiles à l'industrie qu'à la science pure. Négligeant l'œuf, qui ne peut donner que des renseignements incertains, et la chrysalide, dont l'évolution est incomplète, M. Pasteur s'adresse directe- ment aux reproducteurs, aux papillons, et, après avoir écarté ceux qui pré- sentent, à l'œil exercé de l'éducateur, des signes de faiblesse ou de maladie, il recueille les papillons choisis, il les isole par couples, et, lorsqu'ils ont ac- compli la tâche que la nature leur a im|>o.»ée |>our la conservation de l'es- |>èce. M. Pasteur les soumet, à l'aide du microscope, à un examen minutieux. Si ces repro lucteurs ne présentent aucune trace de ces terribles corpuscules, M. Pasteur en conclut que les œufs qui ont été fécondés et (tondus par ce couple exempt de maladie donneront, à la saison prochaine, des vers sains et dont l'élevage rccom|iensera de ses peines l'éducateur intelligent. Des faits nombreux ont démontré que le savant expérimentateur avait bien auguré de ces observations. Il restait à votre Section, Messieurs, à vous dire si, conformément au pro- gramme, nous avons pu vérifier les résultats annoncés par M. Pasteur. L'un de nous, dont le talent d'observation ne saurait être l'objet d'aucun doute, a suivi avec soin, depuis trois ans, les expériences de M. Pasteur, et constate la valeur des résultats obtenus (i); mais nous |touvons, en outre, Messieurs, nous appuyer sur des preuves tirées des contrées elles-mêmes les plus intéressées aux succès de ces tentatives. Dans plusieurs départements séricicoles où l'on a été témoin des faits dé- crits par l'honorable M. Pasteur, on n'a jias hésité à le suivre dans la voie qu'il a tracée. On a voté l'achat d'un grand nombre de microscopes; on a in- (i) I.o membre de la Société centrale d'Agriculture, au jugement duquel se ré- fère ici le Rapport de la Commission, est le Maréchal Vaillant, Ministre de la Maison de l'Empereur. (A'ofe de M. Piutenr.) Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 105 stitué les enseignements nécessaires ; on a distribué les instruments dans les chefs-lieux les plus propices, et l'on fonde de grandes espérances sur le pro- cédé de sélection proposé par le savant observateur. Prenant en considération les faits connus et vérifiés, et ses propres obser- vations, votre Section des cultures spéciales vous a proposé de décerner à M. Pasteur la grande médaille d'or de la Société impériale et centrale d'Agri- culture de France, et vous avez, Messieurs, à l'unanimité, ratifié cette propo- sition. LETTRE ADRESSÉE A M. DUMAS PAR M. L. PASTEUR (i). Je viens de recevoir une lettre fort intéressante de M. Cornalia sur la ma- ladie des vers à soie. Sa lecture m'a causé la vive satisfaction qu'éprouve un expérimentateur en recevant d'une parole autorisée la confirmation de ses travaux. L'éminent directeur du Muséum d'histoire naturelle de Milan affirme à diverses reprises que ma méthode est seule capable de régénérer les belles races de vers à soie de France et d'Italie, et il en donne une nouvelle et remarquable démonstration. Dans un seul jwissage de sa lettre, il met en doute un des résultats que j'ai donnés comme certains dès le commencement de l'année dernière. C'est au sujet de l'hérédité de la maladie des morts-flats. Je vous enverrai prochaine- ment de nouvelles preuves péremptoircs de la parfaite exactitude.de mon assertion. M. Cornalia n'a pas assez remarqué la distinction que j'ai établie entre les circonstances où cette maladie est accidentelle et celles où elle est hérédi- taire. Il est très-exact que le petit ferment en chapelets de grains que j'ai découvert dans la chrysalide, et que je considère commo le témoin de la pré- disposition héréditaire de la maladie des morts-flats, n'existe jamais, ni dans les œufs, ni dans les tissus de l'insecte; mais il n'y a pas lieu d'inférer le moins du monde que ce soit là une preuve de la non-hérédité de la maladie dont il s'agit. Pour démontrer à mon savant confrère de l'Institut lombard que la maladie des morts-flats peut être héréditaire, il me suffira, je pense, de lui adresser plusieurs lots de graines, et de lui annoncer d'avance que les vers qui naîtront périront tous entre ses mains de cette maladie. (i) Extrait des Comptes rendus de l'Académie des Sciences, séance du i5 ma s 1869. Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. LETTRE DE M. CORNAUA A M. PASTEUR. Le Rap|M)rt que vous avez publié récemment sur la maladie des vers à soie, et que vous avez eu la bonté de menvoyer, a vraiment marqué un grand pro- grés dans la question. Appuyé sur un grand nombre de faits, exposés avec l'ordre et la netteté qu'un observateur exercé peut seul obtenir, vous avez établi comme un axiome (pie la graine saine provenant de papillons sains et cultivée avec des soins particuliers doit fournir non-seulement un bon pro- duit, mais encore des jwpillons sains, qui, à leur tour, donneront de la graine saine. C'est ainsi qu'est proclamée, avec l'autorité de votre parole, l'utilité du microscope, que moi-même et plusieurs de mes compatriotes nous avons soutenue dans toutes les occasions où de nouvelles expériences et de nou- velles observations le permettaient. Quelques-uns de mes amis, en effet, depuis plusieurs années, font des ré- coltes merveilleuses de cocons en choisissant les graines exemptes de cor- puscules, graines que je leur indiquais d'après des examens très-conscien- cieux. Pour opérer en grand et obtenir de bonnes récoltes, c'était encore le meilleur moyen, et on doit l'employer jusqu'à ce que l'examen des papillons et leur choix puissent être appliqués par le commun des cultivateurs. Avec l'examen au microscope, limité aux œufs, on ne fait certainement qu'une dcmi-ex|>érience. Quoique plus pratique, la méthode était imparfaite, et les insuccès qu'on observait pouvaient être attribués, sans parler de certains mauvais procédés d'éducation, à la recherche des corpuscules dans la graine seulement, car toute graine saine ne donne pas nécessairement des papillons sains. Ces faits, on pouvait déjà les prévoir, en observant qu'une graine atteinte dans la proportion de 4 pour 100, par exemple, si elle provenait de nos races, ou de 8 ou 9 pour ioo, si elle était de race japonaise, donnait déjà des résultats médiocres. En effet, les corpuscules, sur lesquels j'ai insisté tant de fois, sont les caractères sensibles de la maladie; mais des graines pouvaient déjà être atteintes du mal originel sans en avoir les indices microscopiques. En examinant les œufs d'une femelle corpusculeuse. tels qu'ils se trouvent disposés en chapelets dans ^ les ovaires, on ne les trouve pas tous pourvus de corpuscules. Afin donc de faire une expérience définitive, et pour avoir la certitude de l'état parfait de la santé de la graine, sans qu'on la puisse soupçonner d'in- fection primitive latente, rien de mieux que d'examiner les papillons avant ou après la ponte, afin de refuser tout ce qui proviendra d'un couple infecté. Cette méthode plus rationnelle, quoique plus difficile à suiv re, que vous avez proclamée, et r/ue je crois la seule capable de régénérer nos races, si on la Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 107 combine avec les soins d'éducation, a été expérimentée à Milan l'année der- nière avec un succès complot. Ce sont ces résultats que j'ai publiés en peu de mots dans ma lettre adressée au directeur de la Pcrsa-cranza, et que \ous avez eu la bonté de citer en note dans votre Rapport (p. 4<>), que je vous demande la permission de décrire avec quelques détails, en ajoutant les corol- laires que l'éducation de 1 8G8 en Lombardie nous permet de formuler. Dans le mois de juin de l'année 18O7, je recevais de Zara une chambrée de cocons, de la plus belle race qu'on puisse voir, l'ancienne race d'Italie cul- tivée sur la côte de Dalmatie, non loin des rivages de l'Adriatique. Ces cocons. 1 kilogramme environ, contenaient leurs chrysalides vivantes. Quelques-unes de ces chrysalides, qui n'étaient pas encore |wrfaites et que j'observai tout de suite dans mon laboratoire, ne me donnèrent aucune trace de corpuscules. C'est alors que me vint l'idée d'appliquer votre méthode à un grainage obtenu de papillons sains et élevés avec tous les soins que la science nous indique maintenant, et en tenant pour certain que la maladie des corpuscules est à la fois héréditaire et contagieuse. Ce furent mes amis M. le marquis Crivelli et M. Bellotti qui se prêtèrent à cette expérience. Les papillons éelos avaient un as|>eet des plus séduisants, et. examinés par ces messieurs, ils se montrèrent tout à fait exempts de cor- puscules. Voilà donc une graine parfaitement saine, produite par des géné- rateurs sains, qui donnait les plus belles espérances non-seulement d'un grand produit en cocons, mais encore d'une production ultérieure de papil- lons sains et de graine saine pour l'éducation de 1869. M. Crivelli choisit, dans ses propriétés, celle d'Invrrigo, au milieu de la Brianza, jiour élever cette graine dans le but d'y mettre en pratique tous les soins nécessaires. 11 partagea cette graine en trois portions, dont l'une fut donnée à un paysan qui habite au milieu même du village; une deuxième fut élevée par lui-même, dans une serre tout ouverte de son jardin et presque dans le voisinage de locaux où l'on élevait d'autres graines; et enfin, la troi- sième fut confiée à un paysan habitant une maison tout à fait isolée. 11 n'est pas nécessaire d'ajouter que la méthode d'éducation suivie par M. le marquis Crivelli est la plus logique, et celle qu'une longue observation donne pour la seule bonne, c'est-à-dire une propreté extrême, un aérage abondant, une chaleur assez soutenue, une certaine précocité dans toute l'éducation, etc., etc. Mais soupçonnant, lui aussi, le caractère contagieux de la maladie, il avait choisi, pour y élever la troisième portion de sa graine, la localité isolée que je viens d'indiquer. Dans ce local, on avait de plus prati- qué d'abondantes fumigations au chlorure de chaux, parce que cette même maison avait servi d'hôpital pour quelques cholériques à Inverigo, en 1867. Dans un rayon d'à peu près 5oo mètres tout autour de la maison, il n'y avait aucune éducation de vers à soie, et, comme celte maison se trouve entourée de nombreuses haies de mûriers, on pouvait ordonner au colon d'employer leurs feuilles seulement pour nourrir les vers en expérience. Cette dernière 108 MALADIE DES VERS A SOIE. précaution était inspirée par la crainte que des mûriers croissant tout près d'autres chambrées ne pussent avoir leurs feuilles souillées par des corpus- cules transportés par les courants d'air qui circulent près des magnaneries infectées. I>es éducations ont marché toutes trois merveilleusement, comme toutes les chambrées de la propriété d'Inverigo, où M. le marquis Crivelli éleva aïo onces de graine qui n'avait pas plus de a pour 100 de maladie. De ces aïo onces il a obtenu 10 176 kilogrammes de cocons : en moyenne, 48 kilo- grammes par once. I/*s trois portions de graines de Zara produites par des papillons sains ont réussi mieux encore, car elles ont donné un maximum de produit s' élevant jusqu'à Ga kilogrammes par once. Et je me permets de me faire garant de ces résultats. Comme vous pouvez bien vous l'imaginer, M. le marquis Crivelli destina au grainage, pour l'année prochaine, les cocons produits par cette dernière qua- lité de graine, et il se mit à l'œuvre avec ardeur et avec la plus grande espé- rance d'une excellente réussite. Mais toutes ses peines ne furent pas couron- nées d'un égal succès. L'examen des chrysalides ré|>ondit parfaitement aux prévisions, c'est-à-dire qu'elles se montrèrent également saines dans les trois éducations de la graine de Zara, tant dans celle qui avait été fuite en serre dans son jardin que dans celles qui avaient été eîTectuées au milieu du village d'Inverigo et dans la maison isolée dont je vous ai parlé plus haut. L'examen microscopique des papillons donna un résultat tout différent. Ceux qui provenaient des cocons des deux premières éducations nous offrirent une large proportion de papillons corpusculeux. Au contraire, ceux qui étaient sortis de la maison isolée se montrèrent d'une parfaite santé; pas un ne nous présenta de corpuscules, soit en sortant du cocon, soit pendant le grainage, soit enfin dans la décrépitude ou après la mort. Et pourtant on avait dans l'éducation conçu pour ceux de la serre une grande espérance, car les années précédentes on y avait fait de très-bons grainages. Voilà un résultat bien décisif; car la graine était la même et les soins éga- lement les mêmes jwur les trois éducations, sauf certaines circonstances sur lesquelles il est très-important d'insister. Partout la même abondance d'air, partout les chambrées également espacées, partout une nourriture excellente. Les circonstances différentes se rapportaient uniquement aux effets de la contagion, au transport des corpuscules. En effet, les papillons ne se sont montrés sains que dans l'éducation isolée, oj>érée dans les chambres qu'on avait primitivement désinfectées et dont les vers axaient été nourris avec une feuille également isolée. Voilà une donnée positive, voilà ce qu'il faut ajouter pour avoir des résul- tats sûrs. Aux soins ordinaires d'une éducation conduite avec tonte l'atten- tion possible, relativement à la température, à l'aérage, à l'abondance de nourriture, etc., il faut joindre un isolement des chambres et des mûriers Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 101) d'au moins 5oo mètres et une graine saine déposée ptir des papillons sains, cultivée avec des soins particuliers dans des locaux isolés désinfectés avec le chlore, et avec une certaine précocité (i), afin d'obtenir l'isolement. L'expérience n'a pas été faite sur une échelle Irop petite, car M. Crivelli a pu obtenir 480 onces de cette graine parfaite, et c'est dans cette éducation qu'on a pu recueillir un maximum de 6a kilogrammes par once. M. Bellotti, à qui j'avais donné également l'autre lot de graine saine, et qui l'a cultivée à Varèsc avec tous les soins qu'il a l'habitude d'employer, a ob- tenu un grand produit en cocons; mais les papillons sortis présentèrent des corpuscules : il n'avait pas isolé sa chambrée. Voilà pourquoi dans quelques localités des Apennins, de la Dalmalie ou de l'Istrie, on fait encore de bonnes récoltes et une bonne graine. Les habitations y sont bien plus isolées que chez nous; elles sont situées au-dessus des col- lines, et dans des conditions très-favorables pour éviter la contagion. Pour- tant, dans ces localités qui peuvent encore donner des graines absolument privées de corpuscules, les parties formées de papillons sains sont très-rares, et l'on ne peut les retrouver que dans des chambrées faites exclusivement |K>ur avoir de la graine saine ; de même, chez nous, il est difficile de pouvoir réunir les conditions nécessaires pour arriver à ce but. Voici, pour cette année, comment la chose s'est passée en Islrie. Depuis plusieurs années j'observais moi-même les graines que MM. Villanova de Farra, non loin de Trieste, voulaient élever dans leur vaste propriété (ils élèvent quelques milliers d'onces). Ils se trouvaient toujours bien de mes pronostics, et ils ont voulu cette année expérimenter l'examen des papillons des cham- brées à acheter pour obtenir leur graine. Je leur ai, en conséquence, envoyé M. Gaddi, qui pendant plusieurs années de suite s'est exercé dans mon labo- ratoire à l'emploi du microscope. Il est parti av ec son instrument pour l'Istrie, et a parcouru plusieurs localités au moment de la récolte des cocons. Ainsi il a fait ses observations à Villanova, à Mentonc, à Pisino, à Pinguente, etc. Dans cette périgrination, il a examiné cinquante-quatre différents lots de cocons, en commençant par l'examen des chrysalides, dans le but de rejeter ceux qui les montraient déjà malades. Je pourrais publier le compto rendu très-détaillé qu'il a eu la bonté de me remettre, et dans lequel on peut trou- ver des données bien précieuses. Sur cinquante-quatre lots différents, 5 seulement, les n°*8, 1 1 , 17,33, 49, n'ont montré que 10 pour 100 de corpuscules, et présentaient donc des (1) I«c but de la précocité est d'éviter ln contemporanéité des éducations excep- tionnelles avec toutes les autres éducations, d'éviter que les vers des éducations pour graines soient encore à la bruyère au moment même où les éducations ordi- naires sont à la dernière mue, époque de la plus grande production des corpus- cules. 110 MALADIE DES VERS A SOIE. chances favorables pour obtenir des papillons assez sains; quelques-uns ont montré une santé parfaite. Avant d'aller plus loin, il faut observer que d'un môme lot de chrysalides on peut avoir dos proportions différentes d'individus sains et d'individus malades, selon leur maturité. Les chrysalides qui viennent de se métamor- phoser participent de l'état du ver; celles qui sont âgées de plusieurs jours, au contraire, participent de l'état du papillon. Je pourrais vous citer une observât ion f n° 3d) dans laquelle les chrysalides à peine formées présentaient seulement 4 pour i oo de sujets infectés, et après quel- ques jours le même lot donnait 70 |>our 100 de chrysalides corpusculeuses. Ainsi on pourrait établir la pro|>osilion, que les chrysalides qui viennent de se former présentent le même degré de maladie que la graine correspondante. Celles, au contraire, qui sont pris de se transformer en papillons présentent une infection trois fois plus forte (1). Des lots dont on pouvait espérer une production de bons papillons, d'après l'examen des chrysalides, trois seulement se sont montrés encore sains dans les papillons, et d'une santé qu'on pourrait dire florissante. Voici le résultat dis observations faites sur ces trois lots : k [•>■ s» z » cnn\sALinr>. r\rn.LOMs. CHAISE. Nombre de* Indltl- . Nombre de« œuf* obacné» tEuf» malade» Maladie p. ton N° 11. 3i 0 O ■4> 3 1 116 0 0 N*n. 3j 1 3 i53 1 0 O No 35. Ho 1 1 . > '« n08 18 i,5 •ji.ï 0 O Vous voyez, Monsieur, qu'on a fait de nombreuses observations pour chaque cas ; as observations se sont succédé dans un certain nombre de jours, c'est- à-dire du 14 juin au 4 juillet. Des ia68 papillons examinés dans le n° 35, 346 étaient des plus beaux par leur aspect, 38 étaient des moins beaux, et 885 étaint des couples séparés par la méthode cellulaire. C'est avec ces graines excellentes que les frères Ix»vi attendent la campagne de l'année prochaine. La qualité des cocons est aussi des plus belles. M. Crivelli n'a pas eu un résultat moins heureux avec la partie cultivé*» isolément dont je vous ai parlé précédemment : 3o chrysalides, moitié mâles, (1) Observation no 7 : chrysalides, 8 pour 100; graine*, 3 pour 100 de maladie. Observation n° 25 : chrysalides, 20 pour 100 ; graines, G et 7 p. 100 ». Observation n° 43 : chrysalides, 33 pour 100; graines, 19 p. 100 ». _ J Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. iH moitié femelles, ont été trouvées toutes saines; parmi 60 papillons de la même chambrée, dont 3o mâles et 3o femelles, une seule femelle a présenté des corpuscules. Pas un œuf sur i5o ne s'est montré malade. Cette graine, qu'on |>eut dire parfaite, on l'élèvera dans la maison môme que je vous ai indiquée plus haut, maison éloignée dos autres chambrées, où l'on a déjà pratiqué et où l'on renouvellera la désinfection par le chlore. J'ai tâché plus haut d'établir une proportion entre la maladie des chrysa- lides et celle des papillons et des œufs. Cette proportion est difficile à établir à cause de l'époque différente à laquelle on fait les examens, principalement pour les chrysalides. Si l'on observe celle-ci trop tôt, on peut avoir o pour 100 dans les chrysalides ; 3o, 5o, Go pour 100 dans les [«pillons, et avoir encore o pour 100 dans les œufs qui en proviennent. Les mômes proportions ont été trouvées par M. Crivelli. On voit que les corpuscules se reproduisent avec une rapidité incroyable, et quelquefois dans les derniers moments de l'existence de la chrysalide, alors que les œufs eux-mômes sont déjà formés, ce qui explique le grand nombre de papillons corpusculeux dans un lot où cependant les œufs en sont presque exempts. Si donc les chrysalides présentent des corpuscules, on est sûr d'en trouver aussi dans les œufs, mais dans une proportion plus faible. Alors la maladie est moindre d'un tiers ou de moitié dans les œufs. Tout dépend de l'époque d'invasion de la maladie. Dans des expériences de grainage cellulaire, on a constaté le peu d'aptitude qu'ont les mâles à communiquer les corpuscules aux femelles. Dans des ta- bleaux rédigés par M. Crivelli, lorsque le mâle était malade et la femelle saine, les œufs étaient constamment sains. Est-ce que les spermatozoïdes entrent dans l'œuf par des ouvertures qui ne laissent pas pénétrer les corpuscules? Des registres d'observations microscopiques que je possède, je puis encore déduire que la maladie des œufs est fréquemment le dixième de celle que présentent les papillons. En voici quelques exemples : OBSERVATIONS. oeers. rAPILLOSS. Nombre des crufs observé*. Nombre rte* ouf* malade* Maladie p. IOO. Individu» Obf€ff Individu* Maladie p. too. l r « ohficrvntion . . So 4 8 30 16 80 2 e observation . . . 5o 3 G IO 13 Go 3 e observation.. . . 7 5 7 9 IJ '4

énible, et l'on ne peut être sûr d'en trouver toujours où l'on veut; mais, si c'est une condition indispensable, il faut bien faire tous ses efforts pour y réussir. C'est à cause de cette difficulté qu'en Italie le nombre de ceux qui suivent cette voie est encore très-restreint. La question est trop ardente pour un pays où toute l'agriculture était sacrifié* 1 au produit des vers à soie. Ici. on veut faire des cocons à tout prix, et voilà pourquoi les cultivateurs payent les cartons du Japon des prix fabuleux, plus qu'on no fait en France, pour être sûr d'un produit abondant. Chez nous, on préfère payer les cartons ao et 3o francs chacun, plutôt que de perdre du temps dans des ex/térienees, ce qui est pitoyable ; car, outre l'énorme capital en argent qui sort du pays, qui assure que l'on pourra continuer à en tirer de ces lointains parages 4 ? Plusieurs causes peuvent en tarir la source, qu'il est inutile d'indiquer ici; car les cartons aussi se présentent corpusculeux : il y en a qui nous ont pré- senté 2'î pour ioo d'œufs corpusculeux. C'est pour cela encore qu'il faut faire des reproductions, en se guidant par le microscope. Sous ce rapport, je crois. Monsieur, avoir été utile à mon pays; car ceux qui font de bons examens microscopiques et qui règlent leurs éducations sur les données fournies par cet instrument s'en trouvent tou- jours bien. I-os tentatives pour la régénération de nos races sont donc à mes yeux toutes louables, et j'insiste toujours pour qu'elles si» multiplient. Et, d'après ce que je viens de dire, ce ne sera ipte pw l'examen des papd'ons qu'on pourra y réussir. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. m Cette année, la maladie des morts-flats a fait aussi de grands ravages chez nous. Des papillons issus de lois atteints de cette maladie m'ont présenté les petits corps que vous décrivez et figurez très-bien dans votre Rapport. Déjà, en juin dernier, M. Crivelli me présenta des papillons dans lesquels il avait, de son côté, fait cette observation. C'est une myriade de ces granulations du ferment en chapelet qu'on voit dans le champ du microscope. Je puis ajouter qu'ayant observé deux fois des graines dont les papillons m'ont présenté une foule de granulations en chapelet, ces mêmes œufs ne m'ont pas offert de traces de ces corps. Les corpuscules ordinaires ou, comme vous l'avez dit, les corpuscules de Cornaim, peuvent se trouver mêlés aux • corpuscules en chapelet des morts-Rats. Cette maladie est connue depuis longtemps chez nous. Tous les Traités sur 1 éducation des vers à soie en par- lent; dans ma Monographie, je lui ai dédié un Chapitre. Dans ces dernières années ( 1 803, i8l>4) ce fut le Kév. Buzzoni qui, avec une louable insistance, a démontré que plusieurs des échecs arrivés à nos chambrées n'étaient pas dus à la j>ébrine, mais bien à la maladie des morts- ll..t>. Je ne saurais encore me prononcer sur les causes de cette maladie; l'iden- tité (pie vous avez trouvée entre ers graines en chapelet et le ferment produit |wr la feuille du mûrier vous conduit à considérer comme cause une fer- mentation dos aliments par une mauvaise digestion. Cela pourrait être; mais le ravage des morts-tlats s'opère en tant de circonstances différentes, que celte cause ne suffit pas pour en donner l'explication. Il serait trop loni: de discuter ici sur ce sujet. Dans ma Monographie du ver à soie, j'en parle et je l'attri- bue beaucoup à une altération de la fonction respiratoire; mais cette suppo- sition même ne satisfait pas non plus entièrement : il faut d'autres observa- tions pour cela. Otte maladie, je ne la crois pas héréditaire, ni logée dans la graine. A l'appui de cette assertion, je pourrais faire observer que M. Crivelli, dans toutes ses observations, n'a pas en un seul ver mort-flat, tandis que plusieurs personnes qui élevaient de la graine donnée par lui et identique à la sienne ont beaucoup souffert de celte maladie dans leurs chambrées. Peut-être sont-ce des défauts d'éducation jusqu'à présent mal appréciés qui en sont la cause. Cette maladie détruit toute espèce de ver; elle fait cependant moins de ravages sur les races japonaises qu'on élève avec tant de préférence dans 1 Italie du nord, et qu'il faut laisser élever jusqu'à ce que les méthodes que nous conseillons, appuyées par des résultats toujours plus décisifs et plus constatés, se soient l'ait jour dans la généralité des éleveurs. Jusqu'à présent ils s'attachent aux moyens qui leur offrent quelques chances de réussite sans exiger de prévoyance. A mon sens, il vaut mieux tâcher d'améliorer les races du pays, races qui .sont bien supérieures en qualité, et qui, avec les moyens indiqués par la science, pourraient bientôt se répandre davantage : les lilaleurs les payent II. s m MALADIK DES VERS A SOIE, au delà de i franc de plus par kilogramme. Noire Gouvernement est de cet avis, et M. le Ministre de l'Agriculture (i) a proposé des prix pour les meil- leurs «Traînages obtenus dans le pays. Dans l'Italie centrale et méridionale, on fait un usage plus limité des car- tons japonais, car les races de ces localités se sont bien mieux conservées; ce résultat est dû, je crois, aux éducations plus restreintes, plus isolées et, par cela même, plus soignées qui » y pratiquent. M. le professeur Studiati, de Pise, vient de publier en ellét une petite brochure très-précieuse pour moi, car. bien qu'il n'ait jamais observé au microscope les papillons, mais seule- ment les œufs, il a obtenu dans ces dernières années de la graine toujours saine, en exagérant les soins que nous conseillons toujours et auxquels il faut ajouter les fumigations, que je crois maintenant nécessaires. Un autre éduca- teur, M. Torelli, près de Varèse, a obtenu des papillons sains; mais aussi la propreté extrême, l'isolement, la désinfection, avaient été pratiqués dans sa chambrée. Je ne veux pas continuer celte lettre, déjà peut-être trop longue. Je suis heureux d'avoir pu vous rendre compte de ce qu'on a fait chez nous, à pro- pos des moyens capables d'améliorer les races de vers à soie. Nous allons lentement peut-être, mais nous marchons d'un pas sûr. Plusieurs années d'ex|)ériences nous ont prouvé l'utilité des observations microscopiques (a), sur la graine au moins, pour faire des cocons. Quoique persuadé que l'examen des jwpillons aurait pu être plus utile, nous ne l'avons pas encore pratiqué, parce qu'il est plus dillicile. Vous en avez montré la nécessité jMjur faire non- seulement des cocons, mais aussi de la graine saine. D'après vos conseils, on a procédé de la sorte sur une échelle assez vaste et on a obtenu des résultats merveilleux, non-seulement comme production de cocons, mais aussi comme reproduction de graines. L'expérience qu'on fera cette année à Inverigo, chez M. le marquis Crivelli, sera, je l'espère, décisive; la pratique viendra sanctionner les résultats et les prévisions de la science. La graine tout à fait exempte de corpuscules, pro- duite par des papillons sains, sera élevée, comme je vous l ai déjà dit, dans la maison isolée qui a servi l'année passée, avec les mêmes soins, avec la feuille récollée sur des miniers également isolés et dans des chambres où l'on a déjà pratiqué les fumigations de chlore. Avec ces dispositions préalables, je ne saurais mettre en doute les bons résultats. Vous me permettrez de vous les communiquer. E. CORNAUA. (i) M. Cicrone, bien connu des éleveurs de vers a soie par ses travaux. ( ■} ) Elle a ele aussi proclamée récemment par M. le professeur Salimbuni, de Modène, dans deux lettres publiées il y a quelques mois. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. Ha REPONSE DE M. PASTEUR A LA LETTRE PRÉCÉDENTE (i). Saint-Hippolyle-du-Forl (Gard), ?3 mars iSfîy. Je ne saurais vous exprimer tout le plaisir (pie j'ai ressenti à la lecture de la lettre (pie vous m'avez fait l'honneur de m'adres.-er. Elle m'a causé la vivo satisfaction (pf éprouve tout expérimentateur en recevant d'une parole auto- risée la confirmation de ses travaux. Dans un seul passage de votre intéressante communication, vous mettez en doute un résultat que j'avilis affirmé dès l'époque des essais précoces de l'an dernier. C'est au sujet de l'hérédité de la maladie des morts-llats, maladie qui est l'objet de toutes mes préoccupations présentes. Mais j'espère publier bien- tôt des preuves nouvelles de l'exactitude de mes assertions. Peut-être n'avez- vous pas assez remarqué la distinction (pie j'ai établie entre les circonstances où la maladie était héréditaire et celles où elle n'est qu'accidentelle. Il faut noter, en outre, que la prédisposition héréditaire disparaît quelquefois par les conditions de nourriture ou d'éducation. Au surplus, je ne saurais mieux vous prouver l'hérédité de cette maladie qu'en vous adressant quelques lots de -.'raines absolument exempts de corpuscules et que vous verrez périr exclu- sivement de la maladie des morts-flats, si vous voulez bien les élever. Je recueille depuis quelque temps de nombreuses adhésions, et des meil- leures. Toutes les personnes qui ont pris la peine de répéter mes expériences se montrent très-favorables à ma méthode de grainage et affirment, comme vous le faites, avec votre 'grande autorité en ces matières, que l'emploi de cette méthode assurera la régénération de nos belles races de vers à soie. Voici des faits très-significatifs : dans les départements du Gard, de l'Hé- rault, du Tarn-et-Garonne et des Pyrénées-Orientales, presque toutes les primes décernées par le Gouvernement aux petites éducations pour graines ont été obtenues par des éducateurs qui s'étaient procuré des graines pro- venant de papillons sans corpuscules. Dans l'Hérault et dans le Tarn-et-Ga- ronne, il a été décidé (pie les concurrents devaient remettre aux Commissions de surveillance tout ou partie des |vapillons de leurs grainages. En outre, la Commission départementale de sériciculture du Gard vient d'instituer des prix pour être distribués, chaque année, aux éducateurs du Gard qui, en s* aidant fies données de la science, importeront dans ce département la graine saine provenant d'éducations poursuivies, sous leur contrôle, dans les pays de petite culture. Ce serait un usage à la fois utile et facile à propager que celui (0 Extrait du Ménager agricole du Midi ; Montpellier, 1869. 8. Digitized by Google 110 MALADIE DES VERS A SOIE. de la vente de la graine, en joignant à celle-ci line centaine de papillons pro- ducteur*. Vous avez mille fois raison : il est pitoyable que l'on place tout son espoir dans les graines, si peu rémunératrices, originaires du Japon, sans se préoc- cuper d'appliquer les méthodes aujourd'hui découvertes et démontrées |wr la science. Heureusement, la vérité a des droits imprescriptibles, et la lumière se fait souvent alors qu'on s'y attend le moins. Elle nous viendra beaucoup de l'Italie, grâce à vos efforts et à ceux de .MM. Crivelli, Bellotti, Salimbeni etc. J'ai lu également, avec une grande satisfaction dans la Nouvelle Revue heb- domadaire de sériciculture, publiée à Milan, l'excellente Note de votre élève, M. Gaddi, à laquelle vous faites allusion, et le résumé d'un Mémoire du pro- fesseur Haherlandt. que le gouvernement d'Autriche vient de placer à la tète de l'établissement expérimental séricieole qu'il a créé récemment. C'est par des travaux de cette nature (pie nous aurons gain de cause auprès des édu- cateurs éclairés et non prévenus, et que nous les entraînerons à notre suite. Je m'empresse de reconnaître que nos opinions, quand elles ne sont jms identiques, ne dînèrent que par des nuances. Je ne sais si j'ai bien compris votre pensée : vous paraissez croire que la méthode qui consiste à multiplier et à rechercher lt*s chambrées à papillons sains est moins pratique que la méthode italienne de l'examen des graines. Je ne partage pas votre avis. Sans doute votre méthode est la seul»- possible lorsqu'il s'agit de décider du choix à faire entie de nombreux lots de graines, à la veille d'une campagne séri- cicole, et je ne suis pas surpris qu'entre vos mains et celles de vos compa- triotes elle ait empêché bien des insuccès. Dans les circonstances que j'in- dique, je l'ai toujours pratiquée et recommandée. Elle éloigne sûrement les lots évidemment défectueux. Toutefois, je suis loin d'être aussi aflirmatif sur la réussite des lots qu'elle conserve; mais le vice le plus sérieux de la mé- thode italienne, c'est avant tout d'exiger l'existence de la graine. Or une graine qui est faite est une graine qui est toujours élevée. Li supériorité pratique de ma méthode consiste à prévenir la confection de la mauvaise graine en fournissant d'ailleurs des semences irréprochable-, sauf toutefois l'incertitude relative à la prédisposition héréditaire à la maladie des morls-flats. Mais de celle-ci, également, j'espère avoir raison. Le grand intérêt de ma méthode, d'autre juirt, c'est de se prêter à «les grainages de petite ou de grande importance, en donnant à ce commerce de la confection de la graine la garantie de principes scientifiques démontrés. Supposez une parfaite honnêteté, une loyauté sévère chez un graincur, s'il n'a pas recours à l'examen des chrysalides et des papillons dans le choix des chambrées qu'il destine à ses grainages, ce n'est qu'en tremblant qu'il se livrera à la confection de la graine. Tout propriétaire sera dans le même cas. Les opérations du commerce des graines des races dites de pars, aussi bien que le grainage indigène individuel, sont frappées de stérilité sans l'applica- tion de ma méthode. Car un des faits les mieux établis, concernant la maladie Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. H7 actuelle, c'est que les chambrées les plus réussies comme produits en cocons donnent fréquemment les graines les plus détestables. Vos principes en fait d'éducation sont les miens : grande propreté et net- teté, chaleur modérée et soutenue, renouvellement incessant de l'air, peu d'encombrement, litières sèches. Je me suis constamment élevé dans mes conversations avec les éducateurs contre les méthodes d'éducation en plein air, ou à fenêtres ouvertes sans feu. J'ajouterai volontiers aux prescriptions qui précèdent, et surtout dans les cas de chambrées pour graines, qu'il est utile de se servir de feuilles de mûriers non taillés tous les ans. I-es caractères de la fermentation sont différents pour les feuilles de mûriers taillés et non taillés, greffés ou sauvageons. Sous le rapport de la propreté, permettez-moi de vous dire ce que j'ai toujours fait dans ma petite magnanerie expérimentale, près d'Alais. Au début, lavage très-soigné à grande eau du carrelage formant le sol de la ma- gnanerie, le lendemain, tous les murs blanchis au lait de chaux; le troisième jour, lavage de tous les agrès à la solution de sulfate de cuivre; le quatrième jour, chlorure de chaux jeté en fragments sur toute la surface du carrelage : séjour de ce produit pendant vingt-quatre heures, toutes les ouvertures étant closes, puis lavage et aération. Mes petites éducations se faisant dans des |»aniers. jamais je ne délitais qu'au dehors de la magnanerie. Je ne sais quelle a pu être la part d'influence de toutes ces précau lions, mais je puis \ous assurer que toutes les graines issues de papillons sans corpusculos que j'ai élevées dans celte magnanerie m'ont donné presque toujours absence com- plète de vers corpusculeux et, qui plus est, de papillons corpusculeux. Dans les cas où j'ai eu des corpuscules chez les papillons, je n'en ai jamais eu 10 pour 100. Veuillez bien noter cependant (pie, toutes mes expériences étant comparatives, à côté des paniers de vers purs, j'avais constamment dans d'autres paniers, côte à côte avec les premiers, des vers corpusculeux, sou- vent en très-grand nombre. Pour éviter la poussière, on ne balayait jamais la magnanerie; on passait seulement sur le sol une éponge très-humide. Les faits que je viens de vous signaler au sujet de ces très-petites éduca- tions, où il y avait |>éle-mèle des lots très-corpusculeux à côté de lots sans corpuscules, élevés avec une feuille qui était à proximité de beaucoup de ma- gnaneries, vous prouveront qu'il ne faut pas trop exagérer le fait de la con- tagion de la maladie à distance. Je ne la mets certainement pas en doute depuis le jour où, dans une seule magnanerie, réunissant dans vin même tas toutes les poussières qu'elle avait laissées à la fin de l'éducation de l'année précédente, j'ai pu faire le calcul approché (quoique grossier), que, si l'on répandait tous ces corpuscules uniformément sur la surface du département du Gard, il y en aurait plusieurs par chaque mètre carré. Souvenez-vous des expériences j>ar lesquelles j'ai établi que les corpuscules secs des poussières sont à peu près impropres à la contagion corpusculaire. C'est particulière- ment la maladie des morts-flats que provoquent les poussières vieilles des 11* MALADIE DES VERS A SOIE. magnaneries mal tenues. Ix* véritable ennemi, la source des corpuscules qui contagionnent les chambrées , se trouve particulièrement dans les cham- brées elles-mêmes : ce sont les vers corpusculeux ou les poussières fraîches qui en proviennent. C'est pour ce motif qu'il faudrait également proscrire l'usage si répandu, depuis (pie la maladie règne, d'élever plusieurs sortes de graines plus ou moins inconnues dans un même corps de bâtiment ou dans des bâtiments Irès-rapprochés. Chaque sorte de graine devrait aussi avoir ses ouvriers spéciaux. Les faits que vous annoncez au sujet de la prépondérance des femelles sur les mâles pour communiquer la maladie des corpuscules sont parfaitement exacts. Ils sont connus en France depuis l'an dernier, par les expériences de M. le comte de Rodez, directeur de la magnanerie expérimentale de Ganges, aujourd'hui l'un des fervents adeptes du grainage au microscope après de longues et judicieuses hésitations (i). J'aurais quelques autres observations de détail à vous faire; mais l'état de ma santé m'impose encore de grands ménagements. S'il plaît à Dieu, je me dédommagerai un jour. L. PASTEUR, Membre de l'Académie des Sciences. EXTRAITS D'UN RAPPORT PRÉSENTE PAR M. JE AN JE AN, MAIRE DE SAINT-HIPPOLYTE- DU-FORT (GARD) , A IA COMMISSION DÉPARTE- MENTALE DE SÉRICICULTURE DU GARD, DANS SA SÉANCE DU 18 MARS 18G9. « L'établissement d'éducations précoces de vers à soie, fondé en i8 r >g par le Comice agricole de l'arrondissement du Yigan, à Sainl-IIip|tolytc, a pris un dévelopjtement considérable, grâce aux sacrifices de cette Société d'agriculture et à l'allocation annuelle du Conseil général. » Aujourd'hui, l'œuvre est en pleine prospérité. I.es serres à mûriers, con- sidérablement accrues, permettent de se livrer à de nombreux essais et d'ex- périmenter les diirérenles semences qui font la base des éducations indus- trielles. (i) l'air, au sujet des expériences de M. le comte de Kodri, le Compte rendu des éducations précoces faites en 1S08 dans la magnanerie expérimentale du Comice de Ganges; Montpellier, iK(»S. On trouver» un extrait do cette brochure dan» la quatrième Partie de ces document». I Digitized by Googlej NOTES ET DOCUMENTS. H9 » On a élevé, cette année, 69 échantillons de diverses provenances, sa- voir : ai échantillons d'origine française, 3i échantillons du Japon, 7 échantillons «le reproduction japonaise, 3 échantillons d'Espagne, l échantillon de Portugal, 1 échantillon d'Algérie, 1 échantillon de Houk ira. Ensemble.... G9 essai». » Sur les 'x5 échantillons de graines indigènes. 16 ont échoué ou donné un très-faible rendement. Cet insuccès doit être attribué à la maladie des corpus- cules ou à la flacherie. » Les échantillons qui ont réussi proviennent des départements du Tarn- ct-Garonne, de l'Aude, de l'Hérault, des Basses-Alpes et de la Haute-Marne. » Les graines du Japon, d'importation directe, ont généralement éclos et donné un l>on résultat; mais nous avons trouvé, eette année, dans les races annuelles comme dans les races bivoltines, des vers corpusculcux on plus grand nombre qu'en 18C8. » Les reproductions japonaises ont produit une demi-récolte. On remarque souvent dans ces reproductions deux catégories de vers bien distinctes: des vers très-corpusculeux qui meurent au premier ou au quatrième âge, et d'autres vers parfaitement sains qui font leurs cocons. » Les graines d'Espagne, d'Algérie et de Boukara ont à peu près échoué; celles de Portugal ont donné quelques cocons seulement. » En résumé, des essais précoces faits, cette année, à Saint-Hippoh te, on peut conclure : » i° Que la maladie corpusculeuse, dont le développement remonte déjà à une vingtaine d'années, n'a rien perdu de son intensité; » i° Que la maladie des morts-flals qui a revêtu le caractère épidémiqi c, exercera encore cette année de cruels ravages dans les magnaneries ; » 3" Que la reproduction des graines indigènes dans les juij s de grande cul- ture, comme le département du Gard, est bien dillicile, et que ces graines échoueront presque toutes en 1869; » 4" Que le grainage. dans les contrées de petite production, est possible, en se basant sur l'examen microscopique des papillons; » 5° Que les reproductions «les graines du Japon sont supérieures aux graines indigènes, mais que la plupart portent en germe la maladie des cor- puscules ; » 6° Enfin que les graines du Japon d'importation directe écloront généra- lement bien, réussiront et formeront la majeure partie de la récolte des co- cons de 1869. M AL A DIE DES Y E H S A SOIE. » Mais les essais précoces de cette année ont eu un autre avantage. Ils ont permis de faire des observations importantes sur le mérite du procédé de M. Pasteur, et, tout en laissant, comme il convient, à ce digne savant. Ihon- neur de faire connaître lui-même les résultats de ses intéressantes expériences, il convient de constater les résultats de quelques graines |K>ndues par des pa- pillons examinés au microscope. r> Première expèrieuee. — En 18(17. le Comice agricole de l'arrondisse- ment du Yigan éleva à Sauve, sous la direction de deux de ses membres, une once de graines à cocons jaunes, originaires du département de l'Aude, et qui avait été déclarée saine par M. Pasteur. Cette graine donna 4ti i *.:joo de cocons, et les papillons furent trouvés encoro propres au grainage. » En 18G8, il fut fait une nouvelle éducation dans le même local de Sauve, avec tous les soins exigés pour une l>onne hygiène, et le résultat fut magni- fique, puisque l'once de jt r j grammes produit 5 i k », "«mi de cocons. » Mais l'examen microscopique des papillons ayant donné a8 sur 3o sujets très-corpusculeux, le rapporteur put, dans une séance du Comice, tenue le 19 juillet dernier, annoncer l'insuccès presque certain de cette graine aux éducations de 18G9. » Or, deux essais de cetie graine de Sauve, et les seuls poursuivis à Sainl- Hip|K)lyte tout dernièrement, ont échoué complètement à la deuxième mue. • » Deuxième ex/jèrieuee. — L'année dernière, le Comice agricole de l'arron- dissement du Vigan confia aussi à M. Treilles, propriétaire au Mas-Vover. près Sainl-André-de-Valborgne, la direction de l'élevage d'une once de graine non injectée, provenant d'un envoi fait par M. Ha\baud-Langc , l'habile direc- teur de la ferme-école de Paillerols (Basses- Alpes). Celte once produisit 48 kilogrammes de cocons. Malheureusement, sur 3o papillons ohscn és au microscope, il s'est rencontré 16 papillons remplis de corpuscules. » L'insuccès de leurs graines était donc encore facile à prévoir; aussi les vers de l'essai précoce sont-ils presque tous morts corpusculcux à la sortie de la quatrième mue. » Troisième ex/M-rie/ire. — Un éducateur de Saint-llippolyte axant obtenu, en 18G8. un beau rendement de -x onces de graines de Corse, fft grainer le produit de sa récolte. » Etudiés au microsco|K\ ui papillons de ce grainage présentent 8 sujets corpusculcux. » Cette proportion a suffi pour faire échouer aux essais précoces les vers originaires de cette graine. » On voit par ce compte rendu combien les résultats des essais précoces coïncident avec les données fournies par l'examen microscopique des papillons, du moins en ce qui concerne la maladie des corpuscules. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 121 On peut juger aussi combien rétablissement séricicole de Sainl-Ilippolyte est un vaste champ d'études et d'observations, et combien il mérite à ce titre l'intérêt et l'appui de l'Administration. . Une discussion s'engage sur les conséquences pratiques à tirer de celle Communication. Cunsëaucnees pratiques à tirer de ce IKnpfwrt. — L'année 1869 va fournir les graves enseignements qui avaient été déjà pressentis par plusieurs éduca- teurs. 1* mal augmente d'intensité. Les races japonaises sont atteintes d'une manière plus marquée; elles ne tarderont peut-être pas longtemps à être en- tièrement compromises, si le fléau poursuit sa marche de ce côté. D'autre part, les tentatives faites dans le sens des grainages indigènes, au moyen des éducations spéciales dites domestiques, pour les distinguer des édu- cations industrielles, n'ont pas encore donné des succès constants dans les pays de grande culture, dans le Gard par exemple. Là où l'on élève tant de sortes de graines corpusruleuses, les vents ou les |>crsonnes transportenl une foule de germes de maladie. Ne convient-il pas d'insister sur les soins tout particuliers que réclament ces éducations, et de les encourager au moyen d'un certain nombre de primes départementales qui s'ajouteraient à celles de l'Etat? Ne parait-il pas également essentiel de donner des encouragements aux mi- erographes consciencieux qui, en se basant sur les données de la science, im- porteraient dans le Gard des graines choisies dans les pays de petite culture et répandraient, au milieu de nos éducateurs, des semences reconnues parfai- tement saines? A cette occasion, un membre rappelle les avertissements de M. Pasteur, contenus dans son Rapport, en 18G8, à S. Exc. le Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, et plus particulièrement dans les cita- tions suivantes : « \a nourriture ni le climat ne paraissent donc pas être la cause occasion- nelle du développement des corpuscules dans les vers, les chrysalides et les papillons, mais bien plutôt l'accumulation d'un grand nombre d'éducations dans un rayon restreint. » Est-ce donc à dire qu'il y ait impossibilité matérielle à obtenir des cocons propres au grainage dans les départements de grande culture? » Non, sans doute; seulement il faut plus de soins que partout ailleurs. Il faut n'élever que de très-faibles quantités, 1, a, 3. 4, 5 grammes de graine ; que cette graine soit irréprochable, s'éloigner le plus possible des grandes éducations industrielles, ne jamais associer dans le même local des graines connues et choisies à des graines inconnues. Le succès de certains grainages accomplis dans ces conditions, en 18G8, démontre ce «pie j'avance. » En résumé, on peut faire partout de la bonne graine ; mais pour en faire beaucoup, pour se livrer à des grainages véritablement industriels, ce fjui me Digitized by Google 122 MALADIE DES VERS A SOIE. parait souhaitable, si on les fait avec les garanties t/ue la science ojfre au- jourd'hui aux éducateurs, il faut nécessairement aller o/n-rcr dans les rentres de petite production, et imiter ce qu'a fait heureusement M. Raybaud-Lango, dans les Basses-Alpes. Il existe, en France, une foule de localité» non moins, propices que les Bass s-Alpcs à ce genre d'industrie. J'en nommerai quelques- unes : les Hautes et Basses- Alpes, les Pyrénées-Orientales, le Var, les Alpes- Maritimes, la partie montagneuse de la Drôme. la partie montagneuse de l'Hé- rault, au Poujol, l'Aude, le Lot, l'Aveyron, le Cher, etc., etc. » Il est à désirer (pie des propriétaires intelligents, d'une probité rigide, se transitent dans ces départements, qu'ils y distribuent une graine re- connue pure, qu'ils astreignent les petits éducateurs avec lesquels ils feront des marchés à n'élever que la seule sorte de graine remise \m\v eux et qu'ils recherchent ensuite dans les chambrées résultantes colles qui seront propres au grainage. Ils trouveront dans ce commerce honneur et prolit. » Le Rapport suivant lait connaître un ensemble d'expériences dirigées avec un sens pratique remarquable et une connaissance approfondie «lu sujet. Klles reproduisent sur une grande échelle les premières observations que j'ai faites au Pont-Gisquot, pour démontrer que, dans une éducation quelconque, la santé peut se trouver à côté de la maladie, et qu'on possède le moyen pratique: de le reconnaître; qu'en conséquence, on ne peut pas dire qu'il existe réellement des pays infectés, mais seulement des éduca- tions totalement ou partiellement mauvaises pouvant en infecter d'autres par voisinage et par contagion. LETTRE ADRESSEE AU MINISTRE DE L'AGRICULTURE, DU COMMERCE ET DES TRAVAUX PUBLICS. Saint-Ambroix, le 1 3 juin iKf.<). J'ai l'honneur de porter à la connaissance de Votre Excellence les résultats d'une expérience faite chez moi à Saint-Ambroix, et qui me parait avoir une grande importance pour notre industrie séricicole, si cruellement frappée de- puis vingt années. Propriétaire de mûriers dans le département du Gard, ayant de la feuille pour élever plus de 3oo onces de graine, j'attachais un grand prix à me rendre compte de la valeur du précédé découvert par M. Pasteur pour la confection de la semence saine des vers à soie. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 123 M. Vidal, éducateur à Saint-Ambroix , sétant habitué dans ces dernières années à la pratique du microseope, et prétendant s'être assuré de la valeur du procédé de M. Pasteur par ses propres observât ions, je résolus de faire avec cet éducateur l'épreuve suivante : M. Vidal se rendit, en 18G8, à Perpignan, où la méthode de M. Pasteur avait été mise en pratique avec succès par les soins de la Société d'Agriculture de cette ville; il acheta les cocons d'une chambrée bien réussie, mais atteinte de la pébrine; la chambrée choisie par M. Vidal fut celle du sieur Louis Robin, près de Perpignan. I,os cocons furent apportés avec les soins nécessaires à Saint-Ambroix , et l'on procéda à un grainago cellulaire dans les conditions suivantes : on mit à part cinq catégories de graine. La première fut composée de la réunion des pontes de tous les couples de papillons qui n'offraient pas les corpuscules de la pébrine; la deuxième, des couples qui offraient d'un a six corpuscules par champ du microscope; la troisième, des couples qui offraient de six à trente corpuscules par champ; la quatrième, des couples qui offraient de trente à deux cents corpuscules par champ ; enfin la cinquième était composée des couples offrant de deux cents à deux ou trois mille corpuscules par champ. Ces cinq catégories de graine, ayant pour origine une môme famille de vers à soie, ont été élevées celte année, à Saint-Ambroix, sous ma surveillance, par les soins d'un magnanier expérimenté. De la première catégorie on éleva 1 once de a5 grammes, et de chacune des quatre autres o, grammes. Voici quel a été le résultat de ces cinq éducations : L'once de graine jugée pure a produit 4; kilogrammes de cocons, et l'édu- cation n'a rien laissé à désirer dans sa marche. I-es catégories suivantes, rangées par ordre d'infection croissante, ont pro- duit, la première 12 kilogrammes de cocons, soit 33 kilogrammes à l'once; la deuxième catégorie a produit 6 kilogrammes, soit 17 kilogrammes à l'once environ : une foule de vers étaient pébrinés; la troisième catégorie a donné lieu à une mortalité considérable et a produit seulement G5o grammes de co- cons, soit 1 kilogrammes à l'once environ. Enfin la dernière catégorie n'a pu arriver jusqu'à la quatrième mue et n'a pas donné un cocon : à l'approche do cette quatrième mue, l'éducation avait l'aspect d'un véritable fumier. Ces éducations ont été visitées à Saint-Ambroix par un grand nombre de personnes, sur lesquelles elles ont produit une vive impression. Dans l'intérêt de la vérité, j'ai cru devoir informer Votre Excellence de ces résultats, en re- portant à qui de droit le mérite de cette nouvelle et heureuse application de la science. GUISQUET, Propriétaire à Saint-Ambroix (Gard}. Digitized by Google Ml MALADIE DES VERS A SOIE. EXTRAIT DU MONITEUR DES SOIFS, 2li JUIN 18(59. Alais, i\ juin iSf.f). Comme tant d'autres jursonnes, j'ai été fort surpris de trouver dans votre numéro du 12 juin courant les allégations suivantes : « Les graines des chambrées choisies au microscope ont généralement échoué Les plus heureux n'auront que quelques kilos par once \a dé- solation est à A lais. » Pour vous montrer toute l'exagération des paroles que je viens de citer, j'ai l'honneur de vous adresser quelques résultats extraits de lettres que j'ai déjà reçues au sujet des graines faites au microscope, et que je tiens à votre disposition. Je suis l'ordre de leur réception : M. Cbabaud, ù Saint-Albans M. Ca&lanicr, ii («enolhar M 1 "* Sprorbor, à Anduzo M. Maros, do Montpellier M. Villaret, à Sonas M. Albert, à Coudra* M ,ne dfl l.aobadenède M™« Varin d'Ainvclle, à Servas.. MM. Ouisquot et Vidal, à Sainl-Am- brois imbrée* Once*. Rapport. ,re a.» 5oa a« 3 91 3 e 1 5i 1 0 l i rc la 399 2 e ■ G 3 9 '. 1™ 31 Gr,3 7* ai 79' V »■* 88 4* 5 aoo l 55 i5 661 a' 1? 33o 3' ■3 3.i ,re aa aa \n 3« 9 198 ,re 16 |i3 a« iG 180 3« 6 171 '. e ao a» 7 53g f * ) 9 5 9' 80a j iG3jo Di.lrlbuéf. euro V) éducateur» . Digitized by Google NOTES KT DOCUMENTS. 12T> Sur ce dernier nombre de 53g onces, il y a eu des graines brûlées, des chambrées étouffées qui ne devraient pas entrer en ligne de compte. Il résulte de ce tableau que Ho* onces de chambnVs choisies au microscope, sans défalcation de celles où les fautes commises par les éducateurs .sont pal- pables, ont produit dans le Gard plus de iG3oo kilogrammes de cocons jaunes d'excellente qualité dont le prix moyen a atteint y francs le kilogramme. C'est un rendement considérablement supérieur aux meilleures graines japonaises. J'ai encore d'autres résultats analogues aux chiffres qui précèdent, mais dont je ne parle pas, parce qu'ils ne m'ont été fournis que verlwlement. Ix» désolation est si peu à Alais, et l'on a si peu confiance dans les graines corpusculeuses, que l'on continueà se pourvoir de microscopes, à faire grainer cellulairement, et que tous les jours on vient me prier de retenir des graines à M. Raybaud - I kilogrammes |>ar once de x> grammes. Si un éducateur obtient un jKireil rendement, souvent en grande chambrée, et que, tout à côté de lui, un autre, avec la même graine, puisée dans le même sac, élevée avec la même feuille, n'ait qu'une récolle nulle ou insignifiante, n'est-il pas de toute évidence que ce dernier a fait prendre mal à ses vers? souvent d une manière inconsciente, j'en conviens: mais il est impossible d'accuser en quoi que ce soit la qualité de la graine et le procédé qui l'a fournie. S'armer des insuccès de quelques-uns ou des fautes de nos magnaniers pour condam- ner le procédé de M. Pasteur me parait souverainement injuste. M. Pasteur, depuis cinq années, n'a qu'un but. qu'une pensée, poursuivie avec le dévouement le plus patriotique. Il a recherché et découvert les moyens de produire des graines saines, et il juge à bon droit que ce problème est résolu. C'est à nous, éducateurs de vers à soie, à trouver les conditions qui tantôt nous font réussir extraordinairement, tantôt nous font échouer avec une même bonne graine. Ce que nous savons tous, c'est que la plupart des graines de race du pays, faites autrefois sans la connaissance des procédés de Digitized by Google 120 MALADIE DES VERS A SOIE. M. Pasteur, échouaient constamment chez tous les éducateurs, quels qu'ils fussent. Aujourd'hui nous pouvons supprimer ces sortes de graines. C'est un immense propres. Beaucoup de personnes |>ensent (pic la confection de la graine ^,i,„. j^r l'application des procédés de M. Pasteur exige qm» l'on aille faire des éduca- tions dans des pays éloignés, isolés et de petite production. Sans doute, ces conditions doivent être recherchées |>ar tout industriel qui désire préparer de grandes quantités de graines; mais j'ai encore acquis la conviction, par ma propre expérience, qu'en suivant les indications de M. Pasteur, on peut faire d'excellentes graines à Alais, qui passe pour une des localités les plus infectées: ce qui est possible ici doit l'être partout ailleurs. L'an dernier, j'ai fait moi-même une partie de la graine que j'ai élevé»» cette année. Elle a été de qualité supérieure et trouvée telle par les personnes que j'avais priées de l'élever dans le (iard, l'Ardèche, l'Isère, le Gers et les Basses- Alpes. Quant aux graines que j'avais rejetées de mon grainage comme ma- lades, le savant profes>eur de Milan, M. C.ornalia, qui les a cx|>érimenlées. a déjà fait connaître ce qu'elles valent. Présentement je fais ma provision de graine pour l'an prochain. En résumé, Monsieur, je suis de ceux qui attachent le plus grand prix et la plus grande importance pratique aux travaux de M. Pasteur, travaux qui acquièrent tous, à mesure qu'ils sont mieux connus, une notoriété plus con- sidérable dans tous les centres séricicoles de la France et de l'étranger. P. DE LACHADENEDE, Président du Comice d'Alais. EXTRAIT DE LA REt'UE UMf EUS EL LE DE SÉRICICULTURE, AOUT 1869. I aSaulsaif, 97 juillet 1869. Vous voulûtes bien insérer, en 18G8, dans le numéro du a5 juillet du Mo- niteur des soirs, le résultat do modestes essais de sériciculture que je fais depuis l'année i860, à l'École impériale d'agriculture do la Saulsaie. Procé- dant par grainage cellulaire et par sélection microscopique d'après les indica- tions de M. Pasteur, et opérant sur de petites éducations, je suis parvenu a régénérer et à maintenir saine, une race à cocons jaunes fort estimée. Voici, Monsieur, le résultat de ma dernière éducation : Les i5o cocons que j'avais gardés pour grain 1 en 18G8 auraient dû me Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 127 donner, on admettant ;5 femelles et 3oo œufs par femelle, 20 à aaooo œufs. Le 1" mai dernier, je transportai mes œufs du lieu frais où je les conservais à la salle d'éducation, et je les laissai exposés à la température ambiante, ayant pris pour règle de n'employer jamais aucun mode artificiel d'éclosion. Le lendemain, visitant mes œufs, je reconnus des dégiUs causés par un rat ; je crus tout perdu , cependant je remarquai bientôt que beaucoup d'œufs étaient intacts, et je pris mes précautions pour les garantir contre tout nou- veau ravage; l'éclosion d'un grand nombre de vers eut lieu le 8 mai et les jours suivants. L'éducation a été faite dans les mêmes conditions, avec les mêmes soins que les précédentes, ainsi que je l'ai indiqué dans mon Rapport de l'an dernier. 10000 cocons récoltés ont pesé /i k *.ioo, soit a sr .o7 par cocon, chiffre plus élevé que celui de l'année dernière, qui n'était que de 1^,71 ; aussi, ai-je pu vendre ma récolte, celte année, à divers éducateurs de l'Isère, i5 francs le kilogramme au lieu de 10 francs, prix de 18G8 : ?.i kilogrammes à 1 > francs représentent une valeur de 3 1 5 francs. Ce chiffre n'est-il pas magnifique, et de nature à pousser à la multiplication des petites éducations .' DUCROT, Répétiteur à l'Emir impériale d'agriculture tic la Suiilsaie f Ain ;. Divers Rapports adressés au Minist re de l'Agriculture, dans les années 1866, 1867 et 1868, représentaient la Corse comme une contrée privilégiée, très-propre à la confection des semences saines. Par l'exemple de la Corse, on prétendait même prouver que la maladie des vers à soie tendait à disparaître d'une manière générale, puisque; lepizootic paraissait 11e pas pouvoir l'aire inva- sion dans cette ile. La >"otc suivante de M. Maillot fait justice de ces erreurs : elle montre, au contraire, que la pébrine est partout répandue en Corse, et qu'elle y a exercé, dans ces dernières années, les plus grands ravages. Mais à côté du mal qu'elle signale, cette >ote place le remède, en indiquant les conditions qu'il conviendrait de réaliser pour rendre aux éducations leur état prospère des an- nées i863, 64 et 65. En n'élevant que des semences irréprochables confectionnées d'après ma méthode cellulaire, dans cette contrée Digitized by Google m MALADIE DES VERS A SOIE. de petite culture, isolée fin mutinent, à l'abri de toutes les causes de contagion, on parviendra facilement à faire de la Corse un centre d'approvisionnement de bonnes graines. SUR LA SÉRICICULTURE EN CORSE, PAR M. MAILLOT (i). Li Corse est une des rares contrées où les vers à soie n'ont pas cessé de prospérer, tandis que sur le continent la maladie régnait d'une manière à peu près générale. Sans doute l'isolement du pays, la douceur de son climat, le petit nombre des éducations devaient produire cette situation exceptionnelle. Pourtant la maladie s'y est montrée visiblement en 18GG, mais seulement dans certains cantons; c'est ce que constate l'enquête agricole faite cette année-là {voir le Rapport de M. Abhatucri, p. Gi, 08, 122, etc.). Dcpuis.cn i8G;et 18G8. on a pu croire que le mal était resté stalionnairo, peut-être même qu'il était en voie de décroissance : ce serait une erreur complète. Malheureuse- ment cette opinion a été soutenue dans divers ltap|>orts adressés au Ministre de l'Agriculture, et il en est résulté qu'au lieu de chercher quelque remède au mal. on lui a laissé prendre des proportions excessives. A la suite des expériences faites par M. Pasteur en 18G8, M. de Casahianca conçut le projet d'appliquer en Corse ses procédés rigoureux de sélection, dont il appréciait toute la supériorité; il me proposa dans ce but d'utiliser ses pro- pres plantations de mûriers, qui sont situées près de la côte orientale, dans la partie nord de file. L'exécution de cette tâche ne me parut pas trop difli- cile. et je me rendis en Corse avec l'approbation de M. Pasteur. Aujourd'hui, les résultats des éducations sont connus, et mon devoir est d'en rendre compte, sans m'écarter du simple exposé des faits. J'entrepris d'abord l'éducation de six lots de graines qui m'avaient été re- mises pur M. Pasteur, et qui provenaient des grainages faits en grand, selon ses méthodes. Toutes réussirent très-bien, et, malgré mon peu d 'expérience, malgré divers jMMils accidents, j'obtins plus de 40 kilogrammes à fonce de jtô grammes, pour cinq de mes lots, et 3o kilogrammes pour le sixième. J'avais négligé tous les vers en retard sur la masse, visant plus à la qualité qu'au rendement . et quand la montée fut achevée, j'eus tout lieu de croire que ces cocons fourniraient d'excellente graine. Pendant ce temps, que se passait-il chez les autres éducateurs? L'état des chambrées était loin d'être aussi satisfaisant. Quatre lots, que j'avais con- damnés avant l'éclosion. sur l'examen des graines, prirent en totalité. Plus de i.'m onces d'autres graines, élevées par des Italiens habiles praticiens, ne 1 ! Extrait «l. s Comptes rendus de V Académie des Sciences ; s.anc- du 2 août 1869. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 129 parvinrent pas à la quatrième mue, ou n'y survécurent guère. Plusieurs au- tres éducations ne donnèrent non plus aucune récolte, soit à Bastia, soit aux environs. La provenance Porto- Vecclno ne réussit pas mieux. Bref, je trouvai partout une ruine complète par les corpuscules; il n'y eut d'exceptions qu« pour quelques chambrées, dix environ, provenant de graines de Cervione, d'Urtaca, ou du cap Corse : celles-là donnèrent une récolle de cocons très- satisfaisanle. Il restait à examiner au microseo|ie Us chrysalides de ces éducations réus- sies : ce moment est critique pour le producteur de graines, tout autant que l'époque de la montée pour celui qui cherche seulement à obtenir des cocons. Grand fut mon désappointement, quand je reconnus, dans ma propre récolle, une très-forte infection corpusculeuse. Le meilleur lot otfrit m pour ion de chrysalides malades, peu de temps avant leur changement en |«pillons; il était donc impossible de faire prainer en masse, et je dus me borner à un grainage cellulaire. Je fus bien plus surpris encore à l'examen des échantillons des autres éducations, tant de Cervione que de Bastia et du Cap : les chrysa- lides, encore très-|KHi Agées, avaient déj'i 80. 90 et quelquefois mn pour 100 de malades. Cette infection venait ici évidemment delà graine, tandis que. les 10 pour 100 de mes chambrées peuvent bien avoir eu pour cause les pous- sières corpusculeuses qui ont dû remplir la plaine vers la fin des éducations. De ces lots détestables, les uns furent étouflés aussitôt d'après mon conseil, les autres conservés pour le grainage; heureusement plusieurs de ces derniers donnèrent un si grand nombre de papillons de mauvais aspect, que l'on s'ar- rêta presque forcément. Je conseillai de |>etits grainages cellulaires; cette méthode est seule capable de régénérer ces races, et, bien qu'on ail dû l'appli- quer dans des conditions peu avantageuses et sur une échelle fort restreinte, je ne doute pas qu'on n'obtienne l'année prochaine de ces petits lots de très- bons résultats. En présence de ces faits, ce serait une dérision de prétendre que. dans la Corse, la maladie esl en décroissance ou slationnaire. Je n'ai pas trouvé, je lo ré|)ète, malgré le désir que j'en avais, un seul lot de cocons dont l'état de santé fût satisfaisant, ni au Cap, ni dans la Balagnc, ni dans le pays d'Orez/a, ni dans toute la plaine qui s'étend de Bastia à Aleria. Cet état de choses mal- heureux n'est que la conséquence fatale de ce qui existait en 18GG : les échecs ont été, d'année en année, plus nombreux; en i8f>8, beaucoup d'éducations ne donnèrent déjà pas de produit en cocons, notamment en Balagne, où les éducateurs décourag's ont laissé, cette année, presque toute la feuille sans emploi. Et pourtant il eût été facile de faire d'excellents grainages cellulaires, 11 y a deux ans, ou même l'année dernière ; toutes les chambrées dont la graine a donné quelque produit cette année étaient alors d'une qualité suffisamment bonne. Cependant je suis loin de croire que la situation de la Corse soit désespérée : une chose m'a frappé surtout, c'est l'absence complète de la maladie des morts- II. 9 130 MALADIE DES VERS A SOIE. flals, qui sévit au contraire avec tant de force dans nos départements du Midi. Je n'ai pas vu mourir un seul ver de celte affection, ni dans mes édu- cations, ni dans toutes celles que j'ai pu observer dans le voisinage. Partout la maladie des corpuscules exclusivement ; niais il parait facile d'éloigner colle- ci par l'application rigoureuse de la méllode de M. Pasteur; et, dès lors, on aurait en Corse des chances de réussite tout à fait exceptionnelles. Que l'on parte d'une -.raine rigoureusement pure, qu'on l'élève dans dos localités choi- sies, bien isolées, et tout nous permet de croire qu'elle se multipliera d'année en année en restant saine : la Corse deviendra donc bientôt un centre d'ap- provisionnement pour les éducateurs du continent français. Celte mesure trouverait un appui, j'en ai la certitude, auprès de M. de Casablanca, qui se préoccupe toujours avec tant de sollicitude «les intérêts de son pays, et peut- être verrions-nous, dans un avenir prochain, les sériciculteurs oublier enfin le Japon et tourner tous leurs efforts vers l'éducation des races indigènes. LE PROCEDE PASTEUR , PAR M. DE CHAVANNES (■). Quand M. Pasteur reprenant les travaux de lYeole italienne sur les maladies des vers à soie découvrit et vulgarisa le procédé qui gardera son nom. il pou- vait s'attendre à ce que les sériciculteurs n'adoptassent pas ce procédé de confiance, à ce que «les doutes, des objections se manifestassent de tous côtés ; mais rien ne devait faire supposer que le savant académicien se verrait en butte à des récriminations aussi injustes que passionnées. Si le procédé Pas- teur avait du. pour se faire place, se substituer a un autre procédé, on com- prendrai! encore la vivacité, les entraînements de la défense de ceux dont i'u'uvro se trouverait menacée. Mais rien de pareil ne s'est produit, puisque l'examen microscopique est tout simplement un moyen de plus pour les ma- gnaniers d'obtenir et de poser des graines saines. Celui qui veut s'en servir peut le faire sans modifier en rien son système d'éducation, sans renoncer à aucune de ses pratiques, de ses précautions pour se procurer «le bonnes graines, soit qu'il los achète, soit qu'il les fasse lui-même. L'examen micro- scopique des papillons ne dispense ni des petiles chambrées pour graine, ni «le la sélection d«-s maies et «les femelles, ni des défilements fréquents, ni de l'aé- ration presque toujours incomplète d«ctits? Que les corpuscules soient la cause, la conséquence ou simplement le symptôme de la maladie, que ces corpuscules appartiennent au règne animal ou végétal, qu'importe au magnanier; il lui suffit de savoir, et c'est acquis aujourd'hui, qu'un papillon corpusculcux est un papillon malade, que sa constitution est altérée, et que, par conséquent, il est impropre à la reproduction, puisque, sauf des excep- tions excessivement rares, il communiquant à sa descendance le vice dont il est atteint. Je dis, sauf /tes exceptions, parce que, de même que chez l'homme on peut citer des pères, des mères phthisiques. cancéreux, qui ont donné le jour à des enfants restés exempts de toute affection cancéreuse ou tubercu- leuse, de même on pourra citer des papillons corpusculcux comme ayant donné naissance à des vers qui ont traversé sans encombre toutes les phases de leur existence. Mais que prouvent ces exceptions contre le procédé microscopique? qu'il n'est pas absolu? Personne n'a élevé cette ridicule prétention d'infaillibilité. Qu'il arrivera que tel reproducteur, reconnu mauvais, donnera par extraor- dinaire des (rufs sains? je l'accorde, mais est-ce un motif pour condamner un procédé parce qu'il n'est pas infaillible? Ne suffit-il pas, au contraire, pour l'adopter, qu'il donne, dans 1 immense majorité des cas, des indications exactes? Or l'exactitude de ces indications est démontrée par des faits trop nombreux pour que le doute a cet égard soit possible. Et lorsqu'on voit les adversaires les plus décidés du procédé Pasteur en être arrivés à croire a l'utilité pratique du procédé sur une très-petite échelle (comme si un procédé bon pour faire une once de graine pouvait être mauvais pour en obtenir mille), on peut dire, avec l'un des plus respectables doyens de la sériciculture, que le microscojrc n'a plus besoin d'être défendu et qu'il a surabondamment prouvé son efficacité à indiquer la présence de la pébrino dans les vers à soie. 9- Digitized by Google ite MALADIE DES VERS A SOIE. Quant aux difficultés que présente le maniement d'un microscope, dans le cas spécial de l'examen des papillons, elles sont loin d'être sérieuses, et je crois pouvoir poser en fait que toute personne capable de diriger une chambrée de vers à soie en saura assez après quelques leçons pour se tirer d'affaire. Il est évident qu'au début il y aura des tâtonnements, que la besogne n'ira pas vite; mais le commençant n'aura pas fait cinquante observations sans être assez sufl^amment familiarisé avec l'instrument et les corpuscules pour se guider dans son grainage. Seulement il s'agit de ne pas demander au procédé Pasteur plus qu'il ne peut donner. Que vous indique-il? que les reproducteurs que vous employez sont sains, que la graine que vous en obtiendrez ne contiendra pas le germe originel de la pébrine. Il ne vous apprend rien de plus, il ne vous donne pas d'autre garantie Si donc votre chambrée venait à sombrer, cet échec ne prouverait absolument rien contre l'examen microscopique, à moins qu'il ne fût causé par la pébrine. C'est dans ce cas là seulement que le procédé Pas- teur se trouverait en défaut. Or ce fait, dans ces conditions, ne s'est prut- vtre jamais produit . je dis /jeut-tUrc, parce que les quelques exemples qui ont été cités n'offrent |>as. au point de vue de la précision de l'examen, toutes les garanties désirables. Aussi n'est-ce pas sans un sentiment de surprise que j'ai vu les adversaires de l'examen microscopique chercher à se faire une arme de tous les échecs, quelle qu'en fût la cause, qui frappaient les graines faites d'après le procédé Pasteur, comme s'il suflisait de poser une graine saine pour être certain d'avoir une belle et bonne récolle de cocons. Je sais bien que c'est un pré- jugé qui a cours dans les pays séricicoles, que tout est là, et que beaucoup mettent invariablement leur insuccès sur le compte de cette malheureuse graine, qu'ils traitent un peu comme le baudet du fabuliste. De ce qu'il n'y a pas de succès à espérer avec de la graine infectée, est-il permis de conclure qu'on ne peut pas échouer avec la meilleure graine du monde? Mille fois non, par la raison que la vie animale et végétale est sou- mise à des vicissitudes sans nombre. En jmsant des œufs sains, qui donne- ront des vers bien constitués, on met de son côté le plus de chances pos- sible ; mais on ne les conservera, ces chances, qu'autant que l'éducation sera conduite avec soin et intelligence. Plus les vers seront robustes et sains, mieux ils résisteront aux fautes du magnagnier, aux influences d'une saison contraire. Sans doute il vaudrait mieux que M. Pasteur nous eût gratifiés d'une panacée qui assurât pleine récolte au sériciculteur, quoi qu'il fasse et quoi qu'il arrive. Mais en attendant qu'on trouve cette recette miraculeuse, remercions le savant qui, en nous donnant le moyen simple et sûr de ne poser que des graines saines, nous permet d'échapper à la cause qui rend tout succès impossible. Digitized by Google NOTES , ET DOCUMENTS. 133 LES ÉDUCATIONS DE VERS A SOIE DANS LES CÉVENNES, EN 1869 (0, PAR M. JEANJEAN, hECUETAIIlE IIC LOMICE OC VK,A>. Celui qui , ayant parcouru, il y a une vingtaine d'années, les basses Cé- vcn'es, les traverserait rapidement aujourd'hui, pourrait supposer, en voyant les mûriers dépouillés de leurs feuilles comme en i8.j8, (pic la prospérité est revenue dans cette contrée dont la principale ressource est la production do la soie. Mais si, quittant le rôle de simple touriste, le voyageur voulait bien interroger les gens du pays, il apprendrait bientôt, hélas! que cette prospérité n'est qu'à la surface, que la récolte de 18G9, quoique assez abondante, est loin d'atteindre la production des années antérieures à l'épidémie et qu'en définitive le revenu des terres à mûriers diminue chaque jour. Qu'on essaye, en effet, de calculer le nombre des cartons du Japon ajouté à celui des onces de graines indigènes ou de reproduction, élevés dans une cer- taine étendue de pays, un canton, par exemple; qu'on établisse ensuite une comparaison entre ce nombre et le chiffre du prodi it en cocons, de co mémo canton, et l'on arrivera à un rendement moyen de 10 à 11 kilogrammes par a5 grammes de graine. Or, à cause du prix extraordinaire de la main-d'œuvre pendant les éducations qui viennent de finir, un rendement de 10 à 12 kilo- grammes, au prix moyen de 6">o c , suffit à peine pour payer tous les frais qui se rattachent à l'éducation des vers à soie. Ainsi, malgré l'abondance rela- tive de la récolte, l'éducateur n'aura cette année aucun bénéfice et n'en devra pas moins |uiyer l'impôt établi sur les terres à mûriers. Comme beaucoup d'arbres n'avaient pas été élagués depuis quelque temps, qu'en certains lieux les bourgeons principaux avaient été brûlés par la gelée (circonstances qui rendent la cueillette de la feuille plus difficile), et que, d'un autre côté, les ouvriers étaient assez rares, le prix de la cueillette a été fort élevé. Il en a été de même du prix de la feuille, qui de 8 francs les 100 kilogrammes s'est élevé ji squ'à 24 francs à Saint-Hippolyte et 3o francs au Vigan. Voici les prix des cocons sur les divers marchés de Saint-llippolyle. Ces prix, un peu supérieurs à ceux d'Anduze et d'Alais. mais inférieurs aux (1) Extrait du Messager agricole; aoiU 18G9. Digitized by Google 134 MALADIE DES VERS A SOIE. prix du Vigan et de Valleraugue, jKîuvent être considérés comme les prix moyens des Cévennes. Marché». Japonais ann. Japonala bifol. Race* lodlt;. fr fr fr /| juin 1869.. 7,3.'» 5, » à 6, » 9>5o 8 juin (*,7"> à 7, » '|,.'>o a 5,50 9,5o 11 juin G, » ii (i.'.o » à ,',,5o 8,7."» à 9, » 1 5 juin G, ib ù 6,60 ,\, » à 4,1 5 9, » a 9,1 "1 18 juin 6, » à G, xi 4, 8,'»o à 9, • On accordait sur les prix une tolérance de 6 pour 100 de doubles. La majeure partie des cartons élevés dans les Cévennes appartenaient aux races annuelles du Japon; ils ont produit moins de doubles qu'en 1868, et une assez belle quantité de cocons, puisque 1 4 à i5 kilogrammes de cocons annuels, verts ou blancs, donnent 1 kilogramme de soie. Ix*s éducations faites avec des graines de reproduction jtqionaise ou avec des graines de races indigènes ont généralement échoué. On a obtenu cepen- dant quelques réussites par l'élevage de graines originaires des Basses-Alpes, des Pyrénées-Orientales, de la Haute-Marne et de I Avcyron. La flacherie a été la cause de l'insuccès du plus grand nombre des graines indigènes, les dangers provenant de la maladie corpusculeuse ayant |K)ur la plupart été écartés par l'observation microscopique des papillons. Les graines japonaises n'ont pas également réussi ; à côté de très-beaux succès, on a constaté plus d un échec |iartiel. J'ai trouvé sur plusieurs car- tons des graines corpusculcuses ; dans certaines éducations il y a eu beaucoup de petits vers pendant les deux premiers âges, et au cinquième âge la fla- cherie s'est montrée dans quelques chambrées. Il est évident que, cette année, les vers provenant des graines du Japon ont présenté plus de symptômes de maladie qu'en 18G8. I^i maladie envahirait-elle le Japon? Voici ce qu'on lit dans l'Ouvrage de Séra-Karva (p. 4'* et 44) '• « Les meilleures localités du Ja|K>n d'où l'on tire la graine de vers à soie sont, avant tout, celles de la province d'O-Syou. Pour obtenir un bénéfice assuré en élevant des vers à soie, il est nécessaire chaque année d'acheter de nouveau de la graine d'O- Syou. » Les cartons de cette province montagneuse arrivant plus tardivement à Yocohama que ceux de la plaine, il parait qu'en 1 8G8 les Japonais, pour faire timbrer autant que possible leurs cartons dans le mois de juillet, ce qui en rehaussait le prix, avaient fait grainer sur une vaste échelle les cocons provenant des éducations faites dans les plaines qui avoisinent Yokohama. Telle est peut-être la cause* de la faiblesse relative de certains cartons japonais. Ne nous effrayons donc pas outre mesure et espérons que le royaume du Japon, qui a une étendue considérable, |>ourra nous fournir encore pen- dant quelques années des graines suffisamment saines pour être élevées en France avec un léger profit. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. i;jr> Mais comme en définitive l'avenir est incertain et que d'ailleurs les cocons japonais sont bien inférieurs à ceux des races françaises et italiennes, il faut penser à la conservation de nos belles races, et faire des éducations pour graines dans les pays de |>etite production. J'estime qu'il y a encore, en France, des départements où l'on peut, à l'aide d un microscope, choisir des chambrées ca|>ables de donner de la graine assez saine pour réussir, non pas toujours, mais le plus souvent, dans les contrées même les plus infectées. Deux maladies principales ravagent actuellement nos magnaneries : la pre- mière, la plus ancienne, la plus répandue et celle qui. au fond, empêche toute reproduction dans les Cévenncs, c'est la pébrine ou la maladie des corpus- cules. Eh bien! cette maladie est très-reconnaissable, très-facile à saisir, et, par suite, à écarter par le procédé de M. Pasteur : l'examen microscopique des papillons. Je pourrais indiquer une foule d expériences personnelles qui viennent à l'appui de cette assertion : j'en citerai seulement quelques-unes. En 1867, le Comice agricole de l'arrondissement du Yigan, sur ma pro- position et d'après l'avis de M. Pasteur, fit élever à Sauve une once de graine originaire de l'Aude, qui produisit 4G Kp ,5oo de cocons. Ayant examiné 5o pa- pillons de ce grainage et n'en ayant trouvé qu'un seul corpusculeux, j'en- gageai notre Comice à faire à Sauve, en 1868, une nouvelle éducation de 1 once de graine ainsi reproduite. Cette once de a5 grammes donna un rende- ment en cocons de 5i kf ,5oo. Mais, d'après l'examen microscopique de 3o pa- pillons provenant de ces cocons, je pus annoncer à mes collègues, dans la séance du 20 juillet 18G8, l'échec certain de la graine de Sauve aux éducations de 18G9, et l'événement vient de confirmer entièrement cette prévision. L'an- née dernière notre Comice fit aussi, sous la direction de M. Treilles, proprié- taire au Mas-Voyer, près Saint- André-de-Valborgne, une autre éducation expérimentale de 1 once de graine, originaire des Basses-Alpes. La réussite de cette éducation fut très-satisfaisante, puisque les a5 grammes donnèrent 48 kilogrammes de cocons. Mais, à la même séance du ao juillet 1868, je fis connaître à mes collègues le résultat de l'examen microscopique de 3o papillons, et, comme sur ce nombre iG étaient corpusculeux, il me fut facile d'en conclure que notre graine de Saint-André-de-Valborgne échouerait en 18G9, comme celle de Sauve. Ces craintes se sont réalisées : l'insuccès a été général. M. Carrière, propriétaire sériciculteur à Millau (Avcyron), m'envoya, à la fin de 1867, plusieurs lots de papillons représentant les grainages faits aux environs de cette ville; je fis le classement de la valeur de ces grainages, selon les données de mes observations microscopiques, et, d'après ce que m'a affirmé M. Carrière, les résultats des éducations furent conformes aux diagnos- tics. Un éducateur de Saint-Hippolyte obtint, l'an passé, une réussite parfaite avec de la graine de Corse; sa petite chambrée fut convertie en graine et les papillons du grainage furent soumis à mon examen ; mais comme j en trouvai Digitized by Google 136 MALADIE DES VERS A SOIE. un tiers rempli «Je corpuscules, j'annonçai l'échec de celte graine : ce qui, en effet, a eu lieu. En i8(>8, M. Barrai de Montaud, propriétaire à Saint- Félix-de-Pallières, nie pria d'examiner les papillons de son grainage. Ces pa- pillons, d'origine japonaise, étant sans corpuscules, je l'engageai à faire l'éducation de cette graine. Il suivit mon conseil et sa chambrée a bien réussi. Mais je veux citer encore un fait qui démontre clairement que les carac- tères de la maladie corpnsculense sont aujourd'hui bien connus. M. Pasteur a remis à M. le D r Dcllètre, qui a bien voulu diriger encore cette année, pour notre Comice, l'éducation expérimentale de Sauve : i° 2 grammes de graine de M. Raybaud-Lange, n° H, destinés à être élevés, quoique sur des tables distinctes, dans la magnanerie où se faisait l'éducation de la graine de Sauve, que nous savions être très-corpusculeuse ; 2 0 une demi-once de la même graine n" 8, dont l'éducation devait avoir lieu dans un local tout à fait dis- tinct du premier. M. Pasteur avait annoncé que les deux éducations réussi- raient, mais «pie les chrysalides et les papillons provenant des x grammes de graine de la première seraient tous corpusculcux, parce qu'ils prendraient la maladie |>ar contagion, au moven des poussières fraîches de la magnanerie. Les éducations ayant prospéré, et un certain nombre de cocons ayant été envoyés à M. Pasteur, l'examen microscopique des chrysalides, déjà fort Agées, a eu lieu le 19 courant, et M. Pasteur m'écrit (pie, sur 10 chrysalides des cocons de la demi-once, une seule était corpuseuleuse, tandis que les 20 chrysalides du lot de 2 grammes étaient toutes corpusculeuses. La graine des Basses- Alpes avait été, en efTel, infectée par celle de Sauve, ainsi (pie l'avait prédit M. Pasteur. La seconde maladie des vers à soie, celle qui fait périr le plus souvent les vers a la fin de leur éducation, c'est la flacherie. Dans son dernier Rapport au Ministre de l Agriculture et dans une lettre adressée le 22 mai 1869 à M. Dumas, et qui a été reproduite dans le dernier numéro du Messager agricole, M. Pasteur a démontré que cette maladie était héréditaire et que, pour la prévenir, il fallait rejeter tout grainage dont les chrysalides présentaient, dans leurs canaux intestinaux, des petits ferments en chapelets de grains. Je laisse au savant académicien le soin de faire connaître lui-même les expériences qu'il a faites cette année et qui viennent corroborer son opinion. Mais je dois faire remarquer qu'il y a une différence notable, quant aux résul- tats, entre la maladie des corpuscules et celle des morts-tlats. La maladie cor- puseuleuse, qui se transmet si facilement dans les magnaneries, n'empêche pas les vers à soie, primitivement sains, défaire leurs cocons, tandis que- la flacherie est très-souvent accidentelle, et, lorsqu'elle se déclare dans un atelier, elle fait périr quelquefois, en très-peu de temps, un grand nombre de vers. Les causes de la maladie des morts-flats sont fort nombreuses et probable- ment encore peu connues. M. Pasteur indiquo : « une grando accumulation Digitized by Goog NOTES ET DOCUMENTS. 137 de vers aux divers Ages de l'insecte, une trop grande élévation de tempéra- ture au moment des mues, la suppression de la transpirai ion par les effets du vent que dans le Midi on appelle marin, un temps orageux qui prédispose les matières organiques à la fermentation, l'emploi d'une feuille échauffée et mal aérée, et souvent même un simple changement subit dans la nature de la feuille qui sert de nourriture aux vers. « M. Raynaud-I-anjo attribue la flacherie aux gaz ammoniacaux qui se dé- gagent des litières en fermentation, et il conseille, pour l'éviter, de faire des délitements fréquemment. Je crois bien que par une bonne hygiène on peut échapper souvent à la maladie des morts- Hais. J'ai vu cependant de petites chambrées, bien con- duites, atteintes inopinément de cette maladie, tandis que d'autres éducations peu soignées étaient préservées. Voici, à ce sujet, un fait qui me parait très- intéressant : En 18G7, je fus appelé à examiner des papillons envoyés par M'" Méry- Boyé, demeurant au Soulier, près Caussade (Tarn-et-Garonne). Ces papillons étant sans corpuscules, leur graine, élevée à Saint-llippoly te en 1 8(38, réus>it généralement. J'examinai de nouveau, l'année dernière, les papillons du grai- nage de M" r Méry-Boyé et je les trouvai encore non eopusculeux. I.a graine a été élevée, quoique à nos essais précoces les vers eussent échoué par la flacherie. Or qu est-il arrivé celte année? L'insuccès par les morls-flats a été complet, a l'exception d'une éducation de 5 onces de graine, pendant laquelle les v«rs n'ont été délités qu'une fois après chaque mue, et «psi a donné cependant 3 > kilogrammes par once. Ici le succès a été en raison inverse des soins hygiéniques, mais je dois considérer In fait comme une exception. En résumé, malgré les risques que la flacherie fait courir aux «'ducat ions de vers à soie, je suis autorisé, d'après mes expériences de plusieurs années, à penser et à dire qu'on peut élever dans les Cévennes, avec des chantes réelles de réussite, des graines confectionnées dans les départements de |>etite production et pondues par des papillons exempts de corpuscules et de fer- ments en chapelets. Qu'on essaye, au contraire, d'élever des graines provenant môme des cham- brées las mieux réussies, sans fairo l'examen microscopique des papillons, «1 l'on peut être à peu près certain de n'éprouver que des mécomptes. Le pro- cédé de M. Pasteur a donc une valeur sérieuse, incontestable, et j'engage les sériciculteurs qui veulent produire de la graine à en faire l'application. Digitized by Google 138 MALADIE DES VERS A SOIE. CONSEIL GÉNÉRAL DU GARD (i). RAPPORT SIR LA SÉRICICULTURE. (St-ance du août iRdy.) Le Conseil général porte, chaque année, une attention pleine de sollicitude sur les questions qui touchent à la sériciculture. Il a encouragé toutes les recherches sérieuses, aidé les Sociétés agricoles, sollicité les secours du Gou- vernement, provoqué les mesures les plus propres à améliorer le sort de cette importante industrie. ta Commission départementale de sériciculture, de son côté, s'est inspirée du même esprit. M. Pasteur a continué ses utiles recherches en 1869, d'après le vepu exprimé dans votre dernière session. IL A DÉFINITIVEMENT DÉMONTRÉ LA SÛRETÉ DE SA MÉTHODE DE GRAINAGE. Cependant, il n'est pas permis encore d'affirmer que le mal soit en décrois- sance, ni que l'industrie sérigène soit près de retrouver la voie d'une pro- spérité éclipsée depuis vingt années. La campagne de 1869 semble avoir donné un résultat matériel supérieur à celui des années précédentes; mais c'est toujours la graine d'importation japo- naise qui prédomine dans les éducations, et c'est à elle, avant tout, que s'at- tache la confiance de la grande majorité des sériciculteurs. Aussi longtemps que ce fait subsistera et que le grainage indigène ne don- nera pas, dans la pratique, des résultats généraux suffisamment certains, l'inquiétude, la défiance, le découragement môme régneront dans nos campa- gnes; on persistera à demander à des contrées lointaines, à très-grands frais et au risque de bien des chances contraires, des semences dont on ne peut guère attendre la reconstitution des anciennes belles races du pays. Et la situation s'aggrave d'autant plus que ces mêmes semences commencent à être atteintes, et (pie la sériciculture est menacée d'être privée de cette dernière ressource. D'après le dernier Rapport de la Commission départementale de sériciculture, qui nous a été communiqué par l'Administration, les éducations spéciales pour graines n'ont pas encore donné de succès constants dans les pays de grande culture, dans le Gard par exemple : « Là où on élève tant de sortes de graines corpusculeuscs, les vents ou les personnes transportent une foule de maladies. » En définitive, au nom de l'expérience la plus générale, on est autorisé à dire qu'il ne suffit pas que l'éducateur ait à sa disposition de la graine exempte (0 Président, M. PaulinTalabot; rapporteur, M. Duclaux-Monteil; secrétaire, M. Val*. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 130 de corpuscules. Avec la meilleure graine, quelle que soit sa provenance, quelque confiance que doive inspirer la méthode qui a présidé à sa confection, on n'est malheureusement pas dispensé de subir les vicissitudes et les dangers propres à toute éducation, sous l'influence épizootique ou épidémique qui s'acharne sur la race bombycale, soit que le mal existe dans l'air ou dans la feuille, soit qu'il provienne ou qu'il soit entretenu, comme le pense M. Pasteur, par \ acatntiilation d'un grand nombre d'éducations dans un rayon restreint. Ce qui manque donc, dit la grande majorité dos éducateurs praticiens, c'est un préservatif ou un moyen hygiénique qui maintienne la santé des vers à soie issus de graines réputées saines, à travers les circonstances défavorables qu'ils ont à parcourir depuis l'éclosion jusqu'à la montée en bruyère. Si ce moyen était trouvé, la méthode de M. Pasteur serait très-heureuse- ment complétée, et alors on verrait disjvaraitre le déplorable et trop fréquent contraste de deux lots de graines provenant de la même origine et garantis également par l'observation rigoureuse des indications de l'illustre savant, dont l'un cej>endant échoue dans une magnanerie, tandis (pie l'autre, sans que les soins de l'élevage soient mieux dirigés, réussit dans une autre chambrée. En cet état, votre Commission a pensé (pie vous deviez émettre le vœu que la mission confiée à M. Pasteur lui soit continuée en 1870, ainsi que le demande le Conseil d'arrondissement d'Alais, mais en le chargeant expressément de joindre à l'étude de la maladie des morts-fiats, objet de ses dernières investi- gations, la recherche d'un moyen curatif ou tout au moins d'un préservatif facile à vulgariser. Si la nature déchaîne des fléaux terribles, dont la cause véritable est trop souvent inconnue, elle tient en réserve des moyens propres à les arrêter ou à en conjurer les effets destructeurs : il s'agit de les trouver. C'est ce que l'on a fait pour Y oïdium de la vigne (1). La Commission propose, et le Conseil adopte à l'unanimité la conclusion suivante : Émettre le vœu que la mission confiée à M. Pasteur soit continuée en 1870, mais en priant socialement l'honorable savant de vouloir bien consacrer ses recherches nouvelles à l'étude d'un moyen curatif. Je ne cacherai pas la surprise que m'a causé»; la lecture de c«: document, et si je ne savais que la rédaction d'un semblable Rap- port engage plus, à l'ordinaire, la responsabilité individuelle du (1) Le rapporteur parle ensuite des espérances que l'on doit attendre du remède proposé par M me Sabalicr-Guilial, de Mimes, consistant dans l'emploi de* fumiga- tions d'acide sulfureux, qui auraient la vertu de guérir la pebrine. Ce prétendu spé- cifique a été essayé maintes foi» en Italie, sons le moindre succès, (t'oir à ce sujet les Rapports séricicoles de M. Comalia.) Digitized by Google 140 MALADIE DES VERS A SOIE. rapporteur que celle de l'assemblée qui en vote les conclusions, j'aurais adressé l'expression motivée de mes regrets au Président du Conseil général du Gard. Le Conseil s'est fait l'écho de ces personnes ignorantes qui blâment depuis cinq années la direction que j'ai donnée à mes études et qui réc lament à grands cris la découverte d'un spécifique, d'un remède pouvant leur épargner la peine facile de faire de la graine saine, ou de \eiller a la bonne hygiène de leurs éducations. Bien que mes expériences aient amené la connaissance des deux maladies régnantes à ce point qu'on puisse aujourd'hui aborder scientifiquement la recherche d'un remède, il n'en est pas moins vrai que de telles découvertes sont bien plus l'oeuvre du hasard (pie d'une étude raisonnée et suivie. « M. Pasteur a démontré » définitivement la sûreté de sa méthode de grainage. » Telle est la déclaration du Conseil général du Gard sur laquelle cette assemblée eût dù particulièrement insister, en imitant tous les éducateurs à s'ellbrcer de mettre eux-mêmes ou à faire mettre en pratique cette méthode, reconnue excellente, pour la confection de la semence saine des vers à soie. Comment le Conseil veut-il que « le mal soit en décroissance » ou que l'industrie sérigène retrouve la voie d'une prospérité » éclipsée depuis vingt années », s'il ne stimule pas 1 initiative individuelle, si les propriétaires de mûriers ne payent pas de leur personne pour appliquer des principes rigoureusement établis, et pour amener, par la généralité d'une telle application, l'éloi- gnement du mal en assurant des récoltes abondantes? Sans doute, on a trouvé le soufre contre l'oïdium de la vigne, mais cette grande découverte a été si peu scientifique dans son établissement, que le nom même de son inventeur est resté inconnu. PROJET DE CONFECTION DE GRAINE INDIGÈNE DANS LE PAYS DE TRENTE. ■ La Revue hebdommUiire de Sériciculture que publie à Milan M. Felice Franceschini a donné toute son approbation à un projet de confection de graine Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 1 il indigène dans le pays de Trente, par l'application des principes que j'ai éta- blis. L'auteur de ce projet s'est adressé à la Chambre de commerce et d'in- dustrie deRoveredo, dans le but d'amener les trois cents communes du terri- toire de Trente à élever chacune, dans un local isolé, i once de graine de vers à soie préparée dans les meilleures conditions de l'application de ma méthode : « En choisissant, dit-il, les papillons par la méthode Pasteur, nous aurions bien vite une bonne graine et nous arriverions à nous passer du Japon (i). » Je renvoie pour le détail du projet à la Rente, qui l'a publié, et à l'article de M. Balsamo Crivelli, numéro du a5 ootobre 1869; voir également 17//- stria svrica, de Turin. Par l'indication qui précède, j'ai voulu montrer seulement que les sérici- culteurs italiens comprennent toute l'importance pratique des résultais de mes recherches, qui ressort plus clairement encore des précieuses observations de M. Cornaliaet du succi-s de certaines des éducations de M. Bellotti et du marquis Crivelli, en 1868. RÉSULTATS DE DIVERSES EDUCATIONS PROVENANT DE CHAINAGES FAITS SUIVANT LE PROCÉDÉ PASTEUR, PAR P. SIR AND, PHARMACIEN A (.RKNOB1.K ( i). J'ai fait, en 18G8, l'examen microscopique d'un grand nombre de chrysa- lides et de papillons appartenant à diverses chambrées. En insérant le tableau de ces observations dans le journal U Surf-Est (numéro de juillet), je promis (1) ■ Pour que nos lecteurs, dit M. Franceschiiii, conçoivent plus facilement l'u- tilité pratique de cette méthode de confection, qui est seule capable de soustraire notre prérieuse industrie à des maux plus gran Is que ceux qu'elle a euh subir jus- qu'ici, nous allons citer cet article publié déjà par V Induit ria itrica. C'est pour ainsi dire un résumé des recommandations que nous avons toujours données, et que nous ne cesserons de donner t jnt que nous verrons le pauvre ver h soie me- nacé de la pébrine si désastreuse, que l'on veut, par nous ne savons quelles raisons, nous faire croire absente du Japon, comme si le microscope et la récolte moyenne qui va en diminuant chaque année ne suffisaient pas à prouver justement le con- traire. » (2) Extrait sommaire de deux articles insères dans le Sud-Est, journal agricole de Grenoble; juillet i8<~>8 et août iSfa). J'appelle l'attention particulière du lecteur sur l'excellent article de M. Sinind, observateur aussi consciencieux que sagace. 112 MALADIE DES VERS A SOIE. de suivre, en 1869, les éducations dos graines de ces dillérentes provenances, et de publier les résultats quels qu'ils fussent, obtenus d'un côté avec les lots privés de corpuscules, et de l'autre avec les lots corpusculcux. C'était indiquer ainsi à l'avance une ex[>érience publique, dont les phases et l'issue pouvaient être suivies et jugées par un grand nombre de [>ersonncs. Je ne pouvais cependant me dissimuler qu'il y avait des difficultés à redouter. Si j espéra s o cocons. Environ 100 vers ont péri avant la première mue: j'ai examiné quelques séries de ces vers, elles élaient Irès-eorpuseuleuses. Dans le courant de l'éducation quel- ques autres vers ont |>éri, parmi lesquels 3 n'avaient pas de corpuscules et devenaient noirs, el 3 avaient des corpuscules au jioint que le champ n'était que corpuscules. J'ai examiné i5 papillons provenant des cocons produits, 1* étaient sans corpuscules et 3 étaient corpusculeux. On peut donc voir que, dans ce cas, les vers qui ont monté à la bruyère devaient, pour la plupart, être privés de corpuscules. Education arec le lot 0, n" 18; papillons tous privés de corpuscules. — D'autre part, aucune précaution n'avait été prise, comme on le sait, en vue d'éviter la flacherie héréditaire. Poids de la graine, o* r .ao; produit, iio co- cons pesant jt5o grammes. Avant la quatrième mue, il a péri en tout 3 a 4 vers. Après la quatrième mue, il a péri 3l> vers morts-fiats, soit aa p. 100. J'ai pris un bon nombre de ces derniers que j'ai soumis un à un au micro- scope, aucun n'avait de corpuscules; j'ai pris aussi les débris de feuilles con- tenus dans le tube digestif, et j'y ai rencontré des vibrions {voir aussi les autres éducations du lot n° 18). Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. lia Éducation avec ta graine R, que M. Pasteur m'a adressée snus le n° il arec l'indication qu'elle était pure aux deux points de vue de la f fâcherie héré- ditaire et des corpuscules. — Poids de la graine, i^.xi ; produit, ?oo cocons pesant ijo grammes. Peu après l'éclosion, \ à 5 vers morts; dans le reste do l'éducation, 3 vers morts. Pas de morts-llats après la quatrième mw [voir plus loin l'éducation du lot B). 1-es trois essais P, 0, R ont été faits dans les mêmes conditions: éclosion en même temps, même alimentation, mômes soins; la corbeille Q n'a pas cessé d'être à coté do la corbeille R. § II. — Produits des lots dont les papillons étaient presoi'e toi s PRIVÉS DE CORPUSCULES. [j>t n° \ : 4 1 papillons examinés, dont .\o sont pr ivés de corpuscules. — Voici les noms des personnes qui ont élevé la graine de ce lot : M. Boineau, au Rondeau, succès; M. MiTTET, à Barraux, échec, pas de détails à ce sujet ; M. de Mortillet, à Mpylan, succès; M. Perrin (Henri), à Apprieu, succès : sur un nombre de 219 graines, x5 n'ont pas éclos ; mais autant de vers éclos autant de cocons. Ce sont de faibles quantités de s sec et bien meilleur. En dépit de cette différence de l'état atmosphérique, les morts- fiats ont envahi la chambrée avec intensité. Pourquoi l'essai Q a-t-il donné une mortalité beaucoup plus faible que les éducations industrielles? A mon avis, c'est surtout parce que, dans le premier cas, dès qu'un ver périssait il était enlevé et qu'il n'y avait pas d'entassement, tandis que, dans le second cas, les vers mourants conlagionnaicnt leurs v oisins, même sains. En dernier lieu se trouve l'éducation .V, qui n'a présenté que 10 morts-flats, qui ont marqué là encore, on pourrait le croire, cette disposi- tion à la maladie; mais je m'empresse de l'avouer, on pourrait très-bien pen- ser aussi que ces quelques vers morts ont péri accidentellement. Pourquoi alors cette éducation a t-elle échap|>é s'il y avait affaiblissement des parents? Deux raisons plausibles, cerne semble, peuvent être invoquées. D'abord, cette disposition héréditaire n'entraîne pas comme conséquence absolue l'échec de toutes les éducations : que la généralité des chambrées d'i;ne même graine soient frappées, que par exception d'autres soient épargnées, on peut croire qu'il y aurait eu guéi ison dans ces derniers cas. Mais, on peut concevoir aussi Uigitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 145 que pour la graine faite avec ces dix cocons seulement, pris dans ce lot sup- posé malade, mais contenant aussi des êtres sains, on a pu tomber sur dix bons, tandis que les autres éducateurs ayant 5oo ou Goo cocons devaient né- cessairement avoir bons et mauvais. Lot n° 19; bo papillons examines, tous privés de corpusculrs . — Ce grainago important est celui de M™ Philibert. La quantité de cette graine est d environ 180 onces de 3o grammes, élevées en plus do 100 éducations diiïérentes. Le suc- cès de ce lot a été très-général. Parmi les éleveurs, vingt d'entre eux, habi- tants de Saint-Égrève, ont dressé un état de leurs produits respectifs ; d'après ce document, la moyenne du rendement de l'once de 3o grammes s'élèverait à environ 5o kilogrammes. Une grande partie des cocons de ce lot de graine ont été vendus sur la place de Grenoble, et il est très-notoire que le résultat des éducations a été excellent. Je pense qu'en disant que les rendements, dans leur ensemble, n'ont rien à envier à ceux qu'on obtenait au temps de la pro- spérité, je me fais ici l'écho des sentiments de tout un public nombreux qui a vu et jugé. Dans les cas assez rares où ce lot a éprouvé des échecs, la jierte des chambrées était due soit à une mauvaise éclosion, soit à la flacherie dé- terminée par des causes accidentelles, et ici la maladie ne doit pas être at- tribuée à la qualité de la graine, c'est-à-dire à un affaiblissement de la con- stitution des parents producteurs, parce que la môme graine aurait subi l'in- fluence héréditaire d'une manière assez générale. Lot n° 20 ; la papillons examinés, dont 1 1 sont privés de corpuscules. — Éducation faite chez M. Pichot, à Voreppe. Poids de la graine, 4 à 5 grammes ; produit, 8 kilogrammes de cocons. Ijnt n° 21 ; ai papillons examinés, tous privés de corpuscules. — Éduca- tion faite au Pont-de-Claix et à Champ, par M ,,w Breton. Poids de la graine, 10 grammes; produit, 17 kilogrammes de cocons. M. Charles Péronnel, à Grenoble, a élevé aussi avec succès un échantillon de la môme graine. Lot n° 27 ; 8 chrysalides examinées, toutes sans corpuscules. — Race du Japon, reproduite, à cocons verts. Éducation faite à Sassenage, chez M. Buis- sard ; a 5 grammes de graino ont produit a8 kilogrammes de cocons. Les lots dont je viens de donner les résultats étaient indiqués sous leurs numéros respectifs dans le Sud-Est de juillet 1868. Quant aux suivants, ils ne figurent pas dans cette publication, et je les désigne par des lettres. Lots A et B. — Vers le commencement de mars 1869, M. Pasteur a bien voulu m'adressor dé Saint-Hippolyte (Gard) deux sortes de graines avec la note qu'elles étaient pures au double point de vue de la pébrinc et de la fla- cherie héréditaire. L'une des boites, que je désigne avec la lettre À, portait le II. 10 146 MALADIE DES VERS A SOIE. n 8 8, et l'autre B portait le n° 41. Ces graines, élevées à Voreppe. ont fourni les rendements ci-après : M"' Mondon, à Voreppe. Graine A (n° 8 de M. Pasteur), poids 5 grammes ; produit, 7^,800 de co- cons. Graine B (n" 41 de M. Pasteur], poids 3« r .5o; produit, 5 Vf ,Vjo de corons. J'ai fait connaître précédemment, sous la lettre IL le produit que j'ai obtenu avec o fr .a5 de la môme graine B. Il est utile de faire observer (pie ces graines, n°* 8 et 41, rie M. Pasteur, sont les mômes que celles dont la Commission des >oies a rendu compte dans le Moniteur ries soies, du î5 septembre : dans ce Rapport, il est dit que la graine n° 8 a échoué par les morls-flats et que la cause de l'insuccès est peut-être la flacherie accidentelle. Cette interprétation se transforme en une certitude en présence du rendement |>arfait que je fais connaître. l.ot C. — A la fin de mars, M. Henri Perrin. d'Apprieu, me présenta des papillons à l'effet de les examiner ; c'étaient des bivoltins de reproduction. Je soumis au microscope 18 papillons, tous étaient privés de corpuscules. A la date du 28 juin. M. Perrin m'écrivait ensuite : « Le résultat a justifié les don- nées microscopiques : aucun de mes vers n'a péri de la jW'brine, tous ont jkir- faitement fait leurs cocons, et si je n'ai pas obtenu le rendement maximum (9.5 grammes de graine ne m'ont produit que 10 kilogrammes de cocons), c'est que l'éclosion a laissé à désirer : j'estime à un cinquième le nombre de graines n'ayant pas éclos ; à part cela, l'éducation a marché à souhait. » § III. — PnonriTs des lots dont les papillons étaient corpusculeux DANS UNE GRANDE PROPORTION. Irts vT i et 30: n° 1, 8 papillons examines dont 7 rorpusculrttx et 1 sans enrpu seules ; n" 30, 5 papillons examinés et tous enrpu sculeux, M. Abonnel, dont on connaît l'habileté et le savoir en sériciculture, m'a donné les renseignements que voici . A Bernin. on a fait grainer plus de 10 ki- logrammes de cocons pris dans l'une et l'autre des chambrées n" 1 et 30, et cela dans un certain nombre de maisons différentes. M. Abonnel avait, en outre, G onces de graines des mêmes lots. Chez lui et chez tous les autres éducateurs tout a péri, et péri de la pébrine. Il est bon de faire observer que les chambrées d'où l'on a tiré les cocons avaient fourni un très-beau rende- ment. Lot n° G ; 14 papillons examinés , dont 1 1 corpuseuleux et a non car pus- tuleux; les enrpu seules étaient en petit nombre dans le champ du micro- scope. — Race du Japon de reproduction, à cocons blancs. Educations faites avec succès à Sassenage, chez M. Baissard et chez une autre personne. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 147 On sait qu'un lot à papillons corpusculeux ne doit pas nécessairement four- nir une graine incapable de réussir. Lot n° 10; 5 papillons examinés, tous corpusculeux. — Une personne de Voreppe a fait l'éducation d'une petite quantité de cette graine; celle-ci n'a presque rien produit. J'ai dit aussi (pie j'avais éle\é quelques ver» de ce lot et que le déchet avait été considérable. Lot n* 12 ; 5 papillons examines, tous corpusculeux. — J ai essayé plu- sieurs séries de graines, quelques-unes étaient corpusculeuses; d'autre part, j'ai examiné une dizaine de vers édos, ils n'avaient pas de corpuscules. Une éducation de rp grammes a été commencée à Grenoble, puis les v ers ont été transportés à Claix:' io grammes environ n'ont pas édos, et le produit- a été de rio kilogrammes de cocons. Par tous les temps on a laissé les fenêtres ou- vertes jour et nuit. Après la quatrième mue il y a eu un peu de déchet. On a fait quelques feux clairs pendant la grande frèze dont la durée a été de quinze jours, et à la montée on a aussi un peu chauffé. J'ai examiné io papillons provenant de cet élevage : 5 étaient sans corpuscules et 5 étaient corpusculeux. Environ 4 onces de la même graine réparties entre quinze personnes ont donné des échecs chez cinq ou six et des succès chez les autres. Lot n 8 16 ; 3o chrysalides examinées, environ io jours après la montée, et toutes sans corpuscules ; sur 5j papillons, 'i r j étaient corpusculeux. Ixs jeunes vers à réclusion se sont montrés corpusculeux, (/uoioue dans une proportion assez faible. — J'inscris les résultats dans le tableau suivant : Pold* «le la irralna. «r ke „ . „. [ M. Cottcl (Jean) 3o f>,3oo M. Cottel Jean), a \oieppe: „ , . * , . , ' ( M. Robert 3o Echec complet . M. Cottel (Louis), à Voreppe 6o '|,8oo M' ne Colomlnn 3o io, joo M me (lenin i5 6 M«n« Volmat i3 M. Mondon, à Voreppe. Qu'on veuille bien noter que les six chambrées ont présenté, sans exception, des résultats du même ordre. J'ai vu plusieurs fois les éducations dont je viens de faire connattre les insuccès. Toutes ont subi d'une manière fatale les ravages de la pébrine, et, comme toujours, cette maladie était associée à un certain nombre de morts-flats. J'ai pris dans trois de ces chambrées des vers morts, je les ai soumis un à un au microscope ; ils montraient tous, sans excep- tion, un nombre effrayant de corpuscules. 10. MX MALADIE DES VERS A SOIE. S IV. — Produits des lot* dont les oeufs étaient en grande majorité PRIVÉS DE CORPUSCULES. Lot D. — Échantillon do 3 grammes de graine du Cher, à cocons blancs. J'ai examine plusieurs séries d'œufs, et je n'ai pas trouvé de corpuscules. Celte graine, élevée à Vorep|>e, a donné un résultat satisfaisant ; cependant il y a eu quelques morts-flals. Lotx E, F, G, H, 1. — L'honorable M. Buisson a bien voulu mettre à ma disposilion les cinq échantillons de graines qui suivent. Je n'ai j>oint oublié la grande bienveillance avec laquelle il s'est empressé de me fournir ces lots, dont l'étude m'intéressait vivement. C'est au commencement de mai que j'ai essayé ces graines dont il se faisait des éducations nombreuses. Voici pour chaque espèce les examens et les résultats respectifs. E. — (irai ne de race japonaise reproduite au Liban; examen de 10 séries composées chacune de 10 graines : 9 étaient sans corpuscules et une avait quelques corpuscules. Échec général, |»as de renseignements sur la nature do la maladie. F. — Graine exotique sur carton, Wedda : 3 séries de six graines, toute* sans corpuscules; 1 > de six » pas de corpuscule* ; I ■ de vingt • nvec corpuscules; 1 > de dix » avec quelques corpuscules. Succès» très-général. G. — Graine exotique sur carton, Yanagava : 3 séries de dix graines, toutes sans corpuscules; 1 » de dix » avec corpuscules. Succès très-général. H. — Graine exotique, Djoshio : 3 séries de dix vers, toutes sans corpuscules. Succès très- général. I. — Graine du Cher, à cocons blancs moricauds : 3 séries de dix graines, toutes sans corpuscules. Les cas d'insuccès sont plus nombreux que les cas do succès; pas de ren- seignements sur la nature de la maladie. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 149 § V. — Produits des lots dont lbs oeufs ou les vers éclos étaient EN GRANDE MAJORITÉ CORPUSCULEUX. Lot K. — Au début des éducations, jo pris à Vorcppe, chez M. Louis Cottel, de jeunes vers éelos depuis quelques jours et dont la graine, venue de l'Ar- dèche, était de race japonaise reproduite. J'ai examiné successivement au mi- croscope six séries composées chacune de trois vers : l une était sans corpus- cules, et les cinq autres étaient bien corpusculeuses. Plus tard, quand les vers périssaient à la troisième et à la quatrième mue, j'ai pris quelques sujets »*t j'ai do nouveau constaté sur tous de nombreux corpuscules. Encore des morts-flats. Cette éducation dc3o grammes de graine a produit o ks ,6oo de cocons. Lnt L. — Vers le mois de mai, je me suis fait remettre un échantillon d'une graine que je savais très-répandue. L'examen microscopique m'a donné ce qui suit : i° dix (jrnincs ensemble, avec corpuscules; 7° dix » 3° huit • ■ 4° huit » • pas de corpuscules; 5° huit » • » 6° six • • On m'a ensuite donné les renseignements que voici : l'échec «les éducations faites avec ce lot a été très-général, les \ers ont péri de la maladie des |>etits (pébrine). Sur environ 5o onces de cette graine on a pu cependant compter quelques rares chambrées qui ont réussi. Lnt M. — A la fin d'avril, j'ai examiné des jeunes vers provenant d'une édu- cation de M. Allard, à Sassenage : quatre essais, de chacun deux vers, ont montré chaque fois des corpuscules en nombre immense/, du re>te, les papil- lons producteurs s'étaient montrés corpusculeux. Je dis alors que; j'avais la conviction qu'une telle chambrée périrait de la pébrine, ou «pi'elle donnerait, du moins, une perte importante, et «pie si telle était mon appréciation d'après le microscope, je désirais cependant que les vers ne fussent pas jetés sur cette considération. Peu de jours après, les vers étaient très-inégaux, avaient une mauvaise» apparence, et la personne qui conduisait la chambrée, fort au cou- rant des prodromes do la maladie, était convaincue qu'il y aurait échec, et tout fut jeté. Lot N. — Graine de Candie, dont on a élevé de nombreuses chambrées. Examen microscopique: six séries de io graines chacune, trois n'ont pas pré- ■ VM MALADIE DES VERS A SOIE. F senté de corpuscules et trois étaient corpusculeuses. Les éducations de ce lot ont eu de nombreux insuccès, et un très-petit nombre de réussites. Lot 0. — Graine d'Egypte, dont voici l'examen microscopique : 10 graines ensemble, avec corpuscules; t\ » • » 4 » ■ ■ Les nombreuses éducations de ce lot n'ont donné que des échecs. § VI. — Conclusions. Les nombreux lots de graines dont les papillons étaient en grande majorité privés de corpuscules, ont fourni des chambrées dont les vers n'ont pas été détruits jwr la pébri/ie, et dans les cas où ces mômes chambrées ont péri, < 'était par le fait d'une autre maladie, celle des mnrts-Jlats. Toutes les fois qu'il*m'a élé donné de constater cette assertion, elle s'est vérifiée complète- ment; à propos d'un seul lot je n'ai pu recueillir aucun renseignement propre à établir la cause des échecs, et je puis croire que, dans ce cas encore, l'aspect des chambrées aurait montré qu'il s'agissait des morts-flats; du reste, les autres lots, élevés en tant d'éducations différentes, suffisent, et au delà, pour que je sois autorisé à dire que le principe est parfaitement rigoureux. C'est sous cette phase seulement que j'avais envisagé le problème, il y a un an, à propos des examens microscopiques que j'ai indiqués. Mais tout le mal n'est pas dans la pebrinc; et ces mômes vers, garantis des l 'Tels «les corpuscules, ont permis de faire la part d'un autre fléau, qui est la flacherie. Les échecs survenus, tantôt d'une manière générale sur deux des lots privés de corpuscules, tantôt d'une manière assez rare sur d'autres graines également pures au point de vue dos corpuscules, ont révélé l'existence de la maladie des morts-llats, que j'ai attribuée, dans le premier cas à des causes constitutionnelles, et alors les insuccès tiennent encore à la graine; et que j'ai attribuée dans le second cas à des causes accidentelles, qui ne relèvent en au- cune façon de la qualité de la graine ; on ne pourrait alléguer à cet égard que la mauvaise conservation des œufs, mais c'est encore là un accident. Il en résulte que la maladie des morts-flats est un mal grave qui fait des ravages importants dans nos localités et dont il y a lieu de se préoccuper avec autant de sollicitude que de la maladie corpusculeuse. Aussi, pour qu'une chambrée soit propre au grainage, il faut l'étudier au double point de vue de la flacherie héréditaire et de la pébrine. Ces recherches, faites avec les soins rigoureux qu'elles réclament, conduiront à une graine pure qui sera en- Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 131 core susceptible d'échouer par l'effet des causes accidentelles amenant la fla- cherie. Je regarde comme inutile de parler ici de quelques autres maladies con- nues depuis longtemps, et qui se présentent rarement aujourd'hui : telle est la museardiuc. On peut se demander dans quelle proportion les éducations avec la graine pure seront frappées par les accidents de flacherie. Parmi les lots dont j'ai parlé, le n° 19, que je considère comme ayant éprouvé seulement le développement accidentel de cette maladie, pourrait faire croire qu'on peut répondro à cette question, et dire que les cas de ce genre seront rares. Mais on va voir qu'il n'est pas prudent de se prononcer à cet égard. Toutes choses égales d'ailleurs, on peut concevoir que, les circonstances atmosphé- riques étant différentes d'une année à l'autre, il y aura, par ce fait, des dif- férences dans le nombre des cas de flachorio. D'autre part, si les accidents dont il s'agit sont subordonnés à une série de causes plus ou moins connues, certaines dépendent des éducateurs, et conséqucmment, suivant l'intelligence et les soins que ceux-ci apporteront, il y aura encore des différences. Il faut donc reconnaître que, pour être fixé sur le nombre des cas accidentels de la flacherie, il faudrait noter celle proportion pendant une série d'années, et faire porter cetto statistique sur un certain nombro de races diverses; alors seulement on pourra avoir une donnée bien positive. C'est affaire aux sérici- culteurs d'inscrire sévèrement le poids de leurs produits, et les observations relatives à leurs éducations, et si tous contribuaient à fournir ces renseigne- ments et y mettaient l'esprit de suite nécessaire, tout porte à croire que les questions secondaires qui restent à résoudre seraient facilitées par une statistique sincère et complète. J'ai parlé des résultats obtenus avec les graines dont les ascendants n'a- vaient pas de corpuscules. Un mot sur celles qui provenaient de |>apillons corpusculeux. Là, les échecs sont en grand nombre et atteignent la généra- lité des éducations; c'est d'une manière exceptionnelle que des succès se sont mêlés aux nombreux revers; mais, ici encore, il ne suffit pas de dire que les vers ont péri, car, si dans les cas précédents ils avaient péri des morts-flats, cela ne prouverait absolument rien; il est bien constaté, au contraire, que la perte des chambrées est due à la pébrine, et ce point c*t capital. Si l'on s'é- tonne de voir réussir quelquefois des graines pondues par des papillons ma- lades, j'ai traité ce sujet fort longuement dans mon Mémoire, et j'ai donné aussi le moyen sur de se procurer une graine qui périra fatalement des cor- puscules. Enfin, les lots jugés notablement corpusculeux par l'examen mémo des œufs nous fournissent un enseignement très-concluant à cet égard. 152 MALADIE DES VERS A SOIE. RAPPORT SUR LES EXPÉRIENCES FAITES , EN 1868 ET 1869, A LA MA- GNANERIE EXPÉRIMENTALE DE G ANGES, DU SYSTÈME DE M. PAS- TEUR RELATIF AU GRAINAGE INDIGENE, PAR M. LE COMTE DE RODEZ, DIRECTECR fit l'kT AM.ISSEMF.NT , MEMBRE DC COXSFIL CLSÉRAL DE LI1ÉHULT. Depuis vingt ans un fléau destructeur décime les magnaneries dans les régions séricicoles. Cette maladie a été ap|>clée d"al>ord jH-brine et, plus tard, maladie îles corpuscules, parce qu'il a été reconnu que le corpuscule dit vibrant l'indiquait d'une manière absolue. Qu'il en soit la cause déterminante ou l'effet, jhmi imjMjrte à l'éducateur, il suffit à ce dernier de savoir que les papil- lons reproducteurs infectés de ce corps étranger peuvent donner de la graine infectée elle-même, et. par conséquent, des vers atteints de la maladie ori- ginelle. Depuis l'apparition de cet état morbide du ver. chaque éducateur s'est livré à toutes sortes de suppositions sur l'origine et la cause de la dégé- nérescence des vers à soie, et tous les efforts des praticiens ont été impuis- sants pour conjurer le fléau. Un illustre membre de l'Institut, M. Pasteur, s'est adonné avec persévé- rance à l'étude de ce parasite, et. s'il ne nous a pas fait connaître un spéci- fique destructeur du corpuscule, après des travaux aussi intelligents que consciencieux, il nous a appris, à l'aide du microscope, à produire des semences non \ iciées. Ia* svslème de grainage par la sélection indiqué par M. Pasteur a été, depuis plusieurs années, mis en pratique à la magnanerie expéiimentale de Ganges, sous ma direction, avec l'aide et sous le contrôle de mes collaborateurs, MM. Randon et Paris, membres, comme moi. du Comice agricole. Nous avons apporté à nos ex|)érimentations le zèle et l'exactitude que réclamait l'étude d'un procédé émanant d'une autorité aussi compétente. Voici rénumération des résultats obtenus en 1808 et 1809 : En i8(18, la magnanerie recul de M. Pasteur 19 échantillons à élever aux essais précoces : 14 devaient réussir et 5 étaient condamnés d'avance; dans les premiers, i3 ont donné un très-bon résultat, un seul n'a pas tenu com- plètement les espérances qu'il semblait offrir; mais qui ne sait (pie la meilleur» graine peut être compromise par tant de causes, presque toujours inexpli- cables? Les 5 lots jugés d'avance comme corpusculeux ont complètement échoué. Nous avons élevé aussi, en 1868, 4 lots dont les papillons, examinés par moi au microscope et reconnus infectés de corpuscules, n'ont pas fourni un seul cocon. NOTES ET DOCUMENTS. 153 Outre les expériences faites, la même année, sur les graines envoyées par M. Pasteur, d'autres semences n'ayant pas la même origine ont été éprou- vées. Une graine (celle de Roux) m'avait été signalée, par l'éminenl académicien, comme exempte de corpuscules ; l'essai précoce avait merveilleusement réussi et, moi-même, à l'éducation normale, j'en obtins 45 kilogrammes de beaux cocons |K)ur une once de graine; mais les reproducteurs soumis à l'examen microscopique présentèrent beaucoup de corpuscules, tandis (pie ceux du lot élevé prviorcment à la magnanerie expérimentale, soumis au même examen, furent reconnus très-sains. En 18G9, ces deux graines, de la même provenance, mais de différente valeur, ont été élevées comparativement à l'époque des essais précoces, et pour que l'ex|>éricnce fût plus concluante, M. Pasteur désira joindre à mon échantillon corpusculeux un autre échantillon ayant la même origine, prove- nant de vers élevés dans une magnanerie éloignée de la mienne (Gilodes), vers qui avaient bien réussi, mais dont les reproducteurs étaient aussi re- connus malades. Ces trois lots ont été, pendant toute l'éducation, placés côte à côte; des deux lots infectés, l'un a fait 4 cocons et l'autre pas un seul ; tandis que le lot réputé sain a produit 98 cocons sur 100 vers élevés. Avec les papillons issus de cette même graine élevée à l'éducation normale en 18O8, j'ai fait moi-même un grainage |«»r pontes isolées, qui, séparées, suivant le résultat de l'examen microscopique, ont été essayées cette année en 4 lots dont deux de chaque valeur : l'événement final est venu encore con- firmer le pronostic indiqué par le microscope. Un grainage cellulaire a été fait aussi à la magnanerie expérimentale de Gange*, avec des papillons issus d'une semence des Basses-Alpes (R.iybaud- Lange), essayée, en 1868, dans cet établissement; les pontes reconnues malades par le microscope ont échoué, tandis que les saines nous ont fourni q5 cocons sur 100 vers élevés. M. Pasteur nous a encore adressé, cette année, 9 lots séparés et de diffé- rentes provenances, qui, tous, ont terminé leur lâche, conformément à l'exa- men microscopique auquel l'éminenl académicien les avait préalablement soumis. D'autres expériences faites avec des graines infectées à divers degrés nous ont donné des résultais tels, qu'il est |>ermisdo croire, a juste titre, que les savantes recherches de M. Pasteur sont appelées à rendre de grands services à la sériciculture. sa octobre 1869. MALADIE DES VERS A SOIE. LETTRE DE M. GERNEZ SUR LES ÉDUCATIONS POUR GRAINE DANS LES BASSES ET HAUTES-ALPES, CHEZ M. RAVBAUD-LANGE, EN 1869 (i). Je lis dans votro dernier numéro des Momies ( i), à propos des recherches de M. Pasteur sur les vers à soie : a En un mot, l'échec est si général sur les » graines des chambrées choisies au microscope que les adversaires du savant » académicien en ont été étonnés et affligés eux-mêmes. » En présence d'une assertion pareille, je crois utile de vous faire connaître le fait suivant. Un grand propriétaire des Basses-Alpes a fait l'an dernier, en appliquant presque rigoureusement le procédé de M. Pasteur, des graines do trois provenances différentes, qu'il a fait élever cette année dans deux cents chambrées situées dans des localités diverses des Hautes et Basses-Alpes. J'ai visité une soixan- taine de ces chambrées au moment où les vers faisaient leurs cocons, toutes promettaient une récolte magnifique. J'ai vu, depuis, les cocons des deux cents chambrées, et, à part trois ou quatre accidents de chauffage, toutes ont admi- rablement réussi, et la moyenne do la récolte a dépassé 45 kilogrammes à l'once de a5 grammes, c'est-à-dire le double du rendement moyen des épo- ques de prospérité. Il y a plus, en les étudiant au microscope, j'en ai trouvé un certain nombre d'assez bonne qualité pour être livrées entièrement au grainage. Ainsi donc, sur deux cents chambrées, deux cents réussites : cela me parait décisif, et c'est le résultat de l'application authentique et presque rigoureuse du procédé do M. Pasteur. Il serait à souhaiter quo les personnes de bonne foi qui parlent légèrement du procédé prissent la peino d'étudier la question et de ne parler que de ce qu'elles ont observé elles-mêmes, plutôt que de se faire aveuglément l'écho de récriminations dont le mobile n'est un secret pour aucun de ceux qui ont vu les choses de près. (1) Extrait du journal Les Mondet, 29 juillet 18^9. (2) I-c jugement si erroné auquel M. Gernex fait allusion avait été adressé au journal Les Mondes, par M. E. de Masquard, marchand de graines de vers à soie, à Saint-Ceiaire-lez-Mmes, auteur d'un Traité sur la maladie des vers à soie. NOTES ET DOCUMENTS. * TROISIÈME PARTIE. MES COMMUNICATIONS A L'ACADÉMIE DES SCIENCES ET A DIVERS RECUEILS. RAPPORTS AU MINISTRE DE L'AGRICULTURE. Dans la troisième Partie de cet Appendice, je réunis, dans leur teneur à peu près complète et textuelle, et par ordre chro- nologique, mes Communications à l'Académie des Sciences, de i865 à 1869 inclusivement, et mes Rapports au Ministre de l'Agriculture. Le lecteur trouvera dans ces Communications une appréciation des faits qui ne sera pas toujours rigoureusement conforme à celle du texte du premier volume de cet Ouvrage. Ces variantes dans les opinions d'un même auteur sont une con- séquence inévitable des progrès mêmes de ses travaux. J'aurais pu me dispenser de reproduire intégralement ces publi- cations, puisque le premier volume renferme l'expression détini- tive de mes opinions actuelles; mais j'ai pensé qu'elles pouvaient offrir de l'intérêt sous le rapport historique et comme exemple de la marche progressive des idées dans un sujet difficile et de longue haleine, au fur et à mesure que l'observateur multiplie ses expé- riences. « Rassemblons des faits pour avoir des idées », disait Bulîbn. Il n'est pas sans utilité de montrer à l'homme du monde ou au praticien au prix de quels efforts la seienee conquiert les principes les plus simples et les plus modestes en apparence. OBSERVATIONS SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE (i), PAR M. L. PASTEUR. S. Exc. le Ministre de l'Agriculture , d'après le désir de notre illustre confrère, M. Dumas, a bien voulu rn'inviter à porter mon attention sur les (1) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. LXI.Mancedu aSseptembr* i865. Digitized by Google m MALADIE DES VERS A SOIE. maladies qui déciment les vers à soie depuis plusieurs années. Celte marque de confiance, pour laquelle je ne me trouvais aucun titre sérieux, m'a jeté tout d'abord dans une grande |>erplexité. Il a fallu toute la bienveillante insistance de M. Dumas pour me déterminer à tenter sans préjwration l'examen d'une question si délicate. ïir de poursuivre les premières éludes que je viens de terminer et dont j'ai l'honneur de rendre un compte sommaire à l'Académie. J'arrivai le 7 juin à A lais, ne connaissant la maladie des vers à soie que par les savantes publiealions de M. de Quai refais. C'est dire assez que ma Com- munication réclame l'indulgence de l'Académie. J'ai eu, à la lui soumet Ire, bien des hésitations; mais j'ai pensé que dans un sujet aussi grave, il n'y avait |>oint d'amour-propre d'auteur à ménager, et qu'il importait d'ouvrir le plus possible des voies nouvelles aux recherc hes futures. Une chose m'avait particulièrement frap|>é à la lecture des travaux de M. de Quat refaites : c'était l'exislence, dans le corps des vers malades, de corpus- cules microscopiques regardés [>ar Itcaucoup d'auteurs comme un indice de la maladie, bien qu'une grande obscurité règne encore sur la nature, la signi- fication et l'utilité pratique que l'on peut tirer de la présence ou de l'absence de ces petits corps singuliers. N'ayant que quelques semaines à consacrer à ces recherches, puisque j'arrivais à la fin des éducations, je résolus de m'at- tacher exclusivement à l'examen des questions «pie soulève l'existence de ces corpuscules. Mon premier soin, dès que je fus installé dans une jxMile magnanerie aux environs d'Alais, fut d'apprendre à les reconnaître et à les distinguer. Hien n'est plus facile. Je constatai bientôt, à la suite de toutes les personnes qui se sont occu|mVs de leur étude, que chez certains vers qui ne peuvent mon- ter à la bruyère, ils existent à profusion dans la matière adipeuse placée sous la peau, ainsi que dans les organes de la soie. D'autres vers, d'apparence saine, n'en montraient |«is du tout. Le résultat fut le même pour les chrysalides et les papillons, et, généralement, la présence abondante des corpuscules coïnci- dait avec un état évident d'altération des sujets soumis à l'examen microsco- pique. Les vers fortement tachés par ces taches noires irrégulières qui ont fait appeler la maladie du nom de pcbrrnr, ou de maladie de la tache, par M. de Quatrefages, renfermaient un nombre prodigieux de ces corpuscules. Il en était de même le plus ordinairement des papillons a ailes recoquillées et tachées. J'acquis peu à peu la conviction que la présence des corpuscules doit être regardée, en effet, comme un signe physique de la maladie régnante. Néanmoins, c'est là une opinion dont la certitude importe à un tel degré, que j'ai l'intention de rechercher de nouveaux faits qui la confirment. On ne sau- NOTES ET DOCUMENTS. iol rait trop l'étaycr de preuves péremptoires. Si cette base manquait de solidité, tout ce que je vais dire serait pour ainsi dire sans valeur aucune. Pendant que je poursuivais mes recherches, une circonstance remarquable vint fixer toute mon attention. Dans la magnanerie où j'avais installé mes observations microscopiques, il y avait deux chambrées, l une achevée, l'autre offrant des vers après la qua- trième mue, et devant sous peu de jours monter à la bruyère. La première chambrée provenait de graines du Japon portant l'estampille de la Société d'Acclimatation; l'autre, de graines ja|wnaises également, mais qui avaient été fournies par un marchand du pays. Bref, la première cham- brée avait tris-bien marché, et on commençait, pour ce motif, un grainage portant sur 35 kilogrammes de cocons qu'elle avait produits. La deuxième chambrée, au contraire, avait la plus mauvaise apparence. On y voyait des petits, des passis, des fusettes Les vers avaient peu de vigueur et man- geaient sans appétit. En effet, la récolte en cocons fut presque nulle. Or, chose singulière, en examinant au microscope une multitude de chrrsn- litles et de papillons de la chambrée qui remplissait de joie son propriétaire, j'y trouvai, pour ainsi dire constamment, les corpuscules dont il s'agit, tandis que l'examen des vers de la mauvaise chambrée ne m'en offrait qu'excep- tionnellement. J'avais de la peine à rencontrer un ver qui renfermât des cor- puscules, alors môme que je m'adressais à ces vers atteints des affections connues depuis longtemps sous les noms que je rappelais tout à l'heure. Ces faits étaient-ils accidentels, propres seulement aux sujets de ces deux chambrées? En aucune façon. A mesure que je multipliai les observations microscopiques sur des sujets d'autres chambrées, ces résultats prirent un caractère de plus en plus général. Je me crois dès lors autorisé à affirmer qu'une chambrée peut aller tris- mal sans que ses vers montrent le caractère physique des corpuscules , qu'au contraire une chambrée peut aller tris-bien et que presque tous ses pa- pillons, môme les plus beaux, peuvent contenir de ces mêmes corpuscules. On comprend tout l'intérêt que devait offrir l'étude des cocons de la mau- vaise chambrée. Dès leur apparition, je m'empressai de les observer et suc- cessivement à leurs divers âges, d'abord les vers pendant qu'ils filaient, puis les chrysalides, et enfin les papillons. Parmi les vers filant leur soie, bon nombre continuaient de ne montrer ni taches ni corpuscules; mais dans les chrysalides, surtout dans les chrysalides âgées, les corpuscules étaient fré- quents. Enfin pas un seul des papillons n'en était privé, et ils y étaient à pro- fusion. Ne faut-il pas conclure de ces faits : i° que si les vers de la deuxième et mauvaise chambrée n'avaient pas de corpuscules, ils jwrtaient cependant en eux-mêmes la constitution physiologique maladive qui devait les faire appa- raître plus tard en abondance ; a° que ce n'est pas dans le ver qu'il faut chercher les corpuscules, indice de l'affaiblissement de l'animal, mais dans la chrysalide, dans la chrysalide à un certain âge, et mieux encore dans le Digitized by Google 158 MALADIE DES VERS A SOIE. papillon .'Sans doute, la constitution d'un ver peut être assez mauvaise pour que, déjà à l'état de ver, il montre abondamment les corpuscules, et qu'il ne puisse filer sa soie; mais il m'a paru que c'était là en quelque sorte une exception, et que le plus souvent les vers sont malades sans qu'il y ait de signe phvsique qui l'indique, qu'il en est encore de même des chrysalides dans les premiers jours de leur existence, et que le caractère de la présence des corpuscules de- vient tm indice manifeste du mal lorsqu'on le recherche dans les chrysalides âgées, et principalement dans les papillons. Au point de vue de l'industrie, la maladie n'est redoutable qu'autant que le ver est assez affaibli pour qu'il ne puisse faire son cocon. 11 importerait peu à la rigueur qu'une maladie affectât l'animal si le cocon pouvait toujours prendre naissance. D'autre part, n'est-il pas logique d'admettre que le ver sera d'autant plus malade dès l'origine et plus éloigné ultérieurement de pouvoir faire son cocon, qu'il proviendra d'une graine issue de parents plus chargés de corpuscules au moment delà fonction de reproduction? En dehors du raisonnement, tous les faits m'ont paru conduire à cette manière de voir, et j'arrive ainsi à pen- ser que la maladie doit être regardée comme affectant de préférence la chry- salide et le |vapi!lon ; je veux dire que c'est à cet âge de l'animal qu'elle se manifeste plus apparente et sans doute aussi plus dangereuse pour sa posté- rité. On comprend en effet toute la différence qui doit exister entre une graine fournie par des parents dont le corps est rempli d'une production anormale, et celle qui provient de parents chez lesquels celte production est absente, ou assez peu développée pour n'avoir pas altéré sensiblement les tissus ou les humeurs de l'économie. I,es faits et les considérations qui précèdent me portent à croire, contrai* rement aux vues qui ont dirigé les essais de guérison tentés jusqu'à a 1 jour, que c'est bien plus de la chrysalide qu'il faut s'occujK'r que du ver lui- même, si l'on veut arriver à fortifier la constitution de celui-ci et à le rendre apte à parcourir sans accident grave toutes les phases de sa vie. C'est la santé de la chrysalide, si je puis m'exprimer ainsi, qui réclame l'emploi de certains remèdes : circonstance heureuse, car la chrysalide enfermée dans son cocon est, pour ainsi dire, un corps inerte, malgré l'importance des actes physiolo- giques dont elle est le siège, et à quelques égards elle se prête beaucoup mieux que le ver à des expériences ( i). Ces vues nouvelles permettent en outre de se former, sur la qualité des graines, des idées que je crois plus justes et plus pratiques que celles qui sont répandues aujourd'hui. ta graine malade est -elle celle qui renferme des cor- Ci) Je songeais, on écrivant ces ligne*, à empêcher le développement des corpus- cules dans la chrysalide par l'emploi de certaines vapeurs ou gaz, s'il était possible d'en trouver, qui fussent propres à produire cet effet sans nuire à la chrysalide elle-même. Le temps m'a toujours manqué pour suivre celte idée. {Note ajoutée à la rédaction..) Digitized by Goog NOTES ET DOCUMENTS. 1K9 puscules, et la graine saine celle qui n'en contient pas? Assurément l'œuf isolé qui offre des corpuscules est très-malade, mais je me suis convaincu, par des études microscopiques multipliées sur les graines annuelles et polyvoltines, qu'une graine peut être malade sans contenir un seul corpuscule, et je pré- sume môme que c'est ce qui arrive le plus souvent. Je suis porté à admettre que la graine malade est toute graine née de pa- pillons renfermant des corpuscules. Si les papillons sont peu chargés de cor- puscules, leur graine fournira des vers qui n'en montreront pas ou qui n'en montreront qu'exceptionnellement tout à la fin de leur vie, et la chambrée pourra se bien comporter; mais si la graine provient de parents dont les lis- sus ou les sucs nourriciers auront dû fournir les principes nécessaires au dé- veloppement d'une quantité considérable de corpuscules, elle parlicipera da- vantage de leur constitution, et peut-être que, dés le premier âge du ver, le mal s'accusera par les corpuscules ou par tous ces symptômes plus ou moins difficiles à caractériser qui font préjuger qu'une chambrée n'aboutira pas. Si l'on réunissait dans un même lieu une foule d'enfants nés de parents malades de la phthisie pulmonaire, ils grandiraient plus ou moins maladifs, mais ne montreraient qu'à des degrés et à des âges divers les tubercules pulmonaires, signe certain de leur mauvaise constitution. Ix>s choses se passent à peu près de môme pour les vers à soie (0- Si ces principes sont vrais, si j'ai bien observé les faits sur lesquels ils s'appuient, il doit y avoir un moyen infaillible d'obtenir une graine privée absolument de toute constitution maladive originelle, résultat précieux, in- dustriellement parlant, puisque les graines saines donnent toujours une ré- colte la première année, môme dans les localités les plus éprouvées. Ce moyen consistera à isoler, au moment du grainage, chaque couple mâle et femelle. Après le désaceouplement, la femelle, mise à part, pondra ses graines, puis on l'ouvrira , ainsi que le mâle, afin d'y rechercher les corpuscules. S'ils y sont absents et également dans le mâle, on numérotera cette graine qui sera conservée comme graine absolument pure et élevée l'année suivante avec des soins particuliers. Il y aura des graines malades à divers degrés, d'après l'abondance plus ou moins grande des corpuscules dans les individus mâle et femelle qui les ont fournies. J'ai pu appliquer ce mode nouveau de se procurer des graines pures mal- gré l'état très-avancé des éducations et des grai nages au moment où mes études m'avaient conduit à l'essayer. Mais le mal était si généralement ré- pandu, qu'il m'a fallu plus de huit jours de recherches microscopiques assi- dues pour rencontrer parmi des centaines de papillons choisis deux ou trois couples privés de corpuscules ( a ). 0} Jo désire toutefois que l'on sarhe bien que je parle en profane lorsque j'éta- blis de» assimilation» entre les faits que j'ai observes et les maladies humaines. (a) Je dois signaler ici un fait remarquable. Les principaux résultats de la pré- Digitized by Google m MALADIE DES VERS A SOIE. J'aurais désiré pouvoir traiter ici de la nature des corpuscules ; mais ce sujet mérite des observations plus étendues que celles que j'ai pu faire. Cependant je me hasarde à dire que mon opinion présente est que les cor- puscules ne sont ni des animaux ni des végétaux (i), mais des corps plus ou moins analogues aux granulations des cellules cancéreuses ou des tuber- cules pulmonaires. Au point de vue d'une classification méthodique, ils de- vraient être rangés plutôt à cùlé des globules du pus, ou des globules du sang , ou bien encore des granules d'amidon, qu'auprès des infusoires , ou des moisissures. Ils ne m'ont point paru être libres, comme les auteurs le pensent, dans le corps de l'animal, mais bien contenus dans des cellules de volumes très-variables à parois fort lâches, et qui commencent à apparaître à l'origine dans ou près le tissu musculaire placé sous la peau du ver ou du papillon. Si on les rencontre partout, et le plus ordinairement libres et épars dans les liquides et dans les tissus, c'est que la pression des lames de verre qui servent aux observations microscopiques fait crever les parois des cel- lules où ils sont contenus et qu'ils peuvent alors se répandre irrégulièrement de tous côtés. En résumé, si mes premières études ont l'exactitude que j'ai essayé de leur donner, et s'il ne s'y mêle pus quelque illusion provenant du peu de temps que j'ai pu y consacrer, elles peuvent se formuler succinctement par ces deux conclusions que je crois nouvelles : i° C'est la chrysalide plutôt que le ver qu'il faut tenter de soumettre à des remèdes propres à combattre le mal et à en arrêter les progrès. Les idées se présentent en foule à l'esprit pour modifier e\|>érimcntalemenl les condi- tions de la vie de la chrysalide dans son cocon. C'est dans cette voie que je me propose de diriger mes recherches l'an prochain, en vue de la production de meilleures graines. 2" Il ne faut considérer comme graine pure que celle qui est née de pa- rents privés de corpuscules et appliquer pour se la procurer le moyen que j'ai décrit dans cette Note, moyen simple, quoiqu'il soit encore plus scienti- fique qu'industriel. Mais, je le répète, tout ce que je viens de dire suppose que les corpuscules peuvent être considérés comme le critérium de la maladie de l'insecte. C'est heureusement l'opinion de la plupart des savants italiens qui ont étudié cette maladie, notamment du célèbre entomologiste Cornalia. sente Note ont été communiqué» au Comice agricole d'Alais le iG juin dernier. MM. André et Rollin, qui assistaient à la réunion, avaient eu la pensée d'apporter d'Anduze cinq femelles d'une race du pays, élevées en plein air et encore vivantes, bien qu'elles eussent pondu leurs graines depuis quinze jours. Je soumis ces papil- lons, séance tenante, à l'examen microscopique. Or, quatre d'entre elles n'offraient pas trace de corpuscules. J'ajoute que d'autres papillons, élevés également en plein air, offraient tous des corpuscules. Ils m'avaient été remis par M. Laupies. (.) Opinion déjà émise pour la première fois par M. Ciceone. Digitized by Goog NOTES ET DOCUMENTS. 161 t NOUVELLES ÉTUDES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE, PAR M. L. PASTEUR (i). I. Dans une première Communication que j'ai eu l'honneur de faire à l'Aca- démie au mois de septembre 1 865, j'ai dit comment la bienv cillante insistance de M. Dumas m'avait déterminé à accepter de S. Exc. le Ministre de l'Agri- culture la mission délicate de recherches nouvelles sur la maladie des vers à soie, maladie qui se prolonge depuis vingt années et qui a déjà compromis de plusieurs milliards la fortune publique en France et à l'étranger. Je prévoyais bien que ces études seraient aussi longues que difficiles. Aussi, après les avoir continuées cette année pendant cinq mois entiers, je sens la nécessité de les poursuivre à nouveau. Toutefois, je crois avoir approché du but, et j'aurais même l'espoir de l'avoir atteint, c'est-à-dire de pouvoir indiquer un moyen pratique de prévenir la maladie, si j'étais assuré que les éducations de l'an prochain confirmeront ma manière de voir. Persuadé que, dans des recherches de cette nature, il ne convient pas de porter son attention à la fois sur plusieurs des nombreuses questions qu'elles soulèvent, je me suis attaché uniquement, cette année comme l'an dernier, à l'étude de ces petits corps, appelés de divers noms, corpuscules vibrants, corpuscules de Cornalia,.... A|ierçus autrefois par M. Filippi, les corpuscules des vers à soie ont été examinés avec soin par di\ers auteurs, MM. Lébert, Vittadini, Ciccone, et plus particulièrement par M. Cornalia, l'un des savants le plus versés dans la connaissance des vers à soie, qui a fondé en outre, avec M. Vittadini, sur la présence ou l'absence des corpuscules, un moyen de reconnaître la qualité d'une graine (2). Les corpuscules que l'on rencontre chez les vers à soie ont donné lieu à tant d'hypothèses et d'assertions contradictoires, qu'il règne encore une grande obscurité' sur la signification qu'il faut leur attribuer. Je vais présenter à l'Académie le résumé de quelques-unes de mes observa- tions en ce qui les concerne, et exposer sommairement mes vues au sujet de la maladie et des moyens de la prévenir. II. Un ver à soie petit être eorpusculeux de naissance ou le devenir, soit par accident, soit principalement par influence d'hérédité, dans le cours de l'éducation. Or, voici ce qui arrive dans ces diverses circonstances. Si le ver (1) K\tiait des Comptes rendus Je l'Académie des Sciences, t. IAIII, séance du 3 3 juillet 18W. ' ■>) Os détails historiques ont été lires des Etudes de M. de Quatrefapes. Ils sont rfctilies et complotes dans l'Introduction du tome I. [Mole ajoutée à la rédaction.) II. tt Digitized by Google 162 MALADIE DES VERS A SOIE. corpusculeux ne mourt pas dans la coque de l'œuf, ce qui est le cas le plus fréquent, il mourra durant le premier âge ou à la première mue. S'il ne meurt pas à ce moment , ce qui est encore fréquent, il mourra à la deuxième mue, ou bien à la troisième, ou bien à la quatrième; s'il survit à la quatrième mue, il >e traînera en restant petit pendant huit, dix, douze jours et davan- tage, sans pouvoir filer sa soie. S il fait son cocon, ce dont il y a aussi des exemples, il mourra dans son cocon, étant encore sous la forme de \er. Sil ne meurt pas ver, ce qui peut arriver également quelquefois, il mourra chry- salide. S'il a pu se chrysalider et se transformer en papillon, ce papillon sera également de mauvaise apparence, dans tous les cas très-inau\ais reproducteur. J'appelle toute l'attention de l'Académie sur cette marche de la \ie du \cr corpusculeux. En outre, de tels vers accomplissent mal leurs diverses mues. Elles sont retardées, les vers mandent moins, restent petits, et il n'est pas rare de voir des vers d'une même levée, provenant même d'une ponte unique, atteindre la quatrième mue, tandis que leurs frères corpusculeux n'auront encore que la grosseur de la deuxième ou de la troisième mue. Il n'y a donc pas à conserver le moindre doute sur cette assertion : les vers corpusculeux sont des vers très-malades. Kn d'autres termes, la présence des corpuscules est un signe de maladie. Un ver qui aurait de rares corpuscules à sa naissance peut-il les perdre et se guérir*.' C'est un point que je réserve. Je n'ai pas d'exemples avérés de ce fait, mais j'ai mille preuves que, quand il y a des corpuscules dans un ver jeune, ils se multiplient à l'infini à mesure" «pie le ver grandit. III. Je v iens de dire que le ver corpusculeux était toujours malade. Mais la réciproque n'est |ms vraie. Un ver malade n'est pas toujours corpusculeux. Une chambrée peut aller très-mal. donner lieu à un très-faible rendement, fournir surtout de très-mauvaise graine, sans que les vers se montrent cor- pusculeux. Ce que je dis des vers peut s'étendre aux graines et aux chrysa- lides d.ins les premiers jours de leur formation. Des graines non corpuseu- le ises |H'Uvent être malades, des vers non corpusculeux peuvent être malade*; enfin, des chrysalides non corpusculousc-s peuvent être malades. Bien plus, je dois ajouter que c'est le cas général. En d'autres termes, malgré l'assertion de tout à l'heure, que le corpuscule, quand il est présent, est un signe cer- tain du mal, je prétends que le mal existe le plus souvent en l'absence des corpuscules. Visitons des chambrées que les résultats ultérieurs de l'éducation accuseront avoir été mauvaises, soit par le rendement qui sera faible, soit par la qualité de la graine des papillons, laquelle graine se montrera mauvaise l'année suivante et mauvaise cette fois par le fait du rendement, et éludions les vers de ces chambrées. II arrivera très-fréquemment qu'ils ne seront pas corpus uleux. La graine dont ils sont issu- n'aura pas ollert du tout d'œufs corpusculeux, ou en très -pet il nombre: enfin, les chrysalides déjà bien for- mées n'offriront pas davantage de corpuscules. ■ Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 163 S il en est «ainsi, comment reconnaître que la graine d'où ces chambrées pro\iennent, que les vers qui les conquisent, que les chrysalides de leurs cocons sont malades, et malades de ce que l'on doit appeler le mal actuel'.' Ici se présente la confirmalion très-étendue de mes premières observai ions de l'an dernier. Ces chambrées dont je parle, issues de graines sans corpuscules, composées de vers non corpusculeux . dont les cocons,, nouvellement formés, conliennent des chrysalides non corpusculeuses, sont des chambrées malades, parce que. si au lieu de nous borner à obser\er au microsco|M» les graines, les vers, les chrysalides jeunes, nous obtenons les chrysalides «âgées et les papillons, tous sans exception offriront des corpuscules en plus ou moins d'abondance. Or j'ai prouvé tout à l'heure que la présence des corpuscules était le signe certain d'un mal profond chez, le ver. Il n'est pas possible que leur présence ne soit pas également un signe de maladie chez les papillons. Il serait illogique de ne pas l'admettre. Résumons ce qui précède : le corpuscule est -il présent dans la graine ou dans le ver, le mal existe; le corpuscule est-il absent dans la graine, dans le ver, dans la chrysalide jeune, il y a alors santé ou maladie. Pour décider cette alternative, nous attendrons que la chrysalide soit sur le point de se trans- former en papillon; mieux encore, nous attendrons que le papillon soit sorti de son cocon, afin de l'étudier au microsco[>e. S'il est corpusculeux, nous dirons que la graine d'où il est issu, que le ver d'où il provient, que la chry- salide qui lui a donné naissance étaient malades, du moins très-prédis|H>sés à le devenir, ou que la maladie est survenue dans la chambrée |>endant le cours de l'éducation. ■ IV. L'Académie doit voir clairement où est le point vif de mon raisonne- ment et de mes observations. Elle doit pressentir la conséquence à laquelle je veux arriver. C'est que le papillon sain est le papillon non corpusculeux; par suite, que la graine vraiment saine est celle qui provient de papillons non corpusculeux, et «pie l'on peut trouver dans la connaissance de ce simple fait le salut de la sériciculture. Il faut donc que toutes les observ ations concourent à établir «pie le |>apillon tpii adosmrpusculesest malade et que celui qui n'en a pas est relativement très-sain. Voici «piolques autres preuves de cette double assertion. Considérons les chambrées les plus malades, celles où il y a des /u tils, des vers accomplissant mal leur mue, des vers rouilles au sortir d«- la «pialrième mue, mangeant peu, ne grossissant pas. faisant peu de cocons, et étudions h'urs chrysalides et leurs papillons. Dans tous les papillons il y aura à pro- fusion des corpuscules, et dans la chrysalide ils se mont renuit souvent dès les premiers jours de si formation. b«>s vets eux-mêmes pourront être en majo- rité corpusculeux. Quant aux papillons, ils seront généralement de très-mau- vaise apparence, et leur génération sera destinée à périr, beaucoup de leurs u'ufs s«> montreront déjà corpusculeux. 1 1 . Digitized by Google 164 MALADIE DES VERS A SOIE. Considérons, au contraire, do belles chambrées de graines japonaises d'im- iwrlalion directe, ou des chambrées indigènes plus ou moins irréprochables. 11 arrivera assez souvent, piinci|>alement avec les vers japonais, et de préfé- rence avec les japonais de race poly\oltine, que la majorité, quelquefois tous les papillons, seront sans corpuscules. Enfin, étudions des papillons de chenilles sauvages où l'on retrouve les mêmes tissus que dans les papillons de vers à soie, et nous ne rencontrerons pas davantage des corpuscules. Ce sont là de nom elles preuves, quoique indirectes, de l'état plus ou moins maladif des papillons lorsqu'ils sont corpusculeux, et, par suite, de la mau- vaise composition de la graine qu'ils peuvent fournir, car il n'est pas possible d'admettre que des jwrents malades au moment de la fonction de reproduc- tion fourniront de la graine aus;»i saine que des parents bien portants. Et déjà, ce qui est bien sûr, c'est cpie les parents chargés de corpuscules don- nent quelquefois des graines tellement mauvaises, que toutes sont corpuscu- leuses. Or c'est un des cas où l'on voit les vers périr en masse sans donner de cocons, ou quelques cocons seulement. V. Mais il importe de connaître et de ne point perdre de vue les résultats suivants : Ce serait une erreur de croire que les papillons corpusculeux donnent tou- jours une graine mauvaise, industriellement parlant. Si l'on se place au point de vue commercial, l'expression de mauvaise graine doit s'appliquer seule- ment à toute graine qui ne donne pas un rendement suffisant et rémunéra- teur. Des lors, |>eut-on appeler mauvaise graine toute graine issue de parents corpusculeux? En aucune façon. Des papillons corpusculeux peuvent donner une graine à rendement industriel. Et même, pour le dire en passant, telle était |K>ut-être la situation de la sériciculture avant l'époque de la maladie actuelle. Je crois que les papillons étaient fréquemment corpusculeux, pas assez cej»endant j>our altérer la graine au point de faire échouer les cham- brées. Telle est encore présentement la situation au Japon. Les Japonais ont beaucoup de papillons corpusculeux (i), et la preuve en (i) J'ai eu l'honneur «le remettre cet hiver h S. Exc. le Ministre de l'Agriculture une demande à l'ellct d'obtenir de notre consul au Japon des papillons de diverses races, conserves dans l'alcool. 11 sera facile a leur arrivée de constater le fuit que j'avance, car les corpuscules ne sont nullement détruits, même par un long séjour dans l'alcool. J'ai trouve ces petits corps en grande abondance dans «les papillons qui m'ont ctv remis par mon savant ronlière M. IMigot, et qu'il avait i.onscrvcs dans l'alcool depuis iS'rj (* \ ( * ; l oi, plu» loin ma lettre a M. Mart». >«./<• (IJ ,.„i, e ù la / <•our que beaucoup des œufs et des vers à leur éclosion aient été corpusculeux, et, par conséquent, arrivés dès leur naissance au degré le plus avancé du mal. j'ai reconnu, dis-je, que cette graine pouvait produire des papillons absolument dépourvus de corpuscules. Ce fait est digne de remarque, parce qu'il établit la |)ossibilité de faire dériver des reproducteurs sains d'une graine malade au plus haut degré. Cela tient-il à ce que, parmi les œufs d'une ponte appartenant à un mâle et à une femelle très-malades, il péut y avoir quelques œufs sains, ou bien quelques œufs moins malades donnent-ils des vers qui reviennent a la santé pendant l'éducation? J'ignore laquelle de ces deux interprétations est la meilleure, et toutes les deux |>eut-élre ont leur raison d'être. Mais au point de vue de la pratique, il importé assez peu de le savoir. Le fait dont je parle mérite d'autant plus qu'on s'y arrête qu'il est très- rare de rencontrer, dans une chambrée industrielle qui a mal marché, des papillons privés de corpuscules, ce qui tend à établir l'infection dans les chambrées. A quelles circonstances faut-il donc attribuer l'existence de ces papillons non corpusculeux, c'est-à-dire très-sains, dans ces éducations dont je [varie, faites avec des graines que je savais très-mauvaises el issues de papillons chargés de corpuscules? Je l'attribuerais volontiers, non pas au fait seul de la petite éducation, mais à la précaution que je prenais d'éloigner jour par jour tous les vers morts sur la litière ou suspects d'une mort prochaine, dans une magnanerie propre, où l'on évitait le plus possible les poussières des litières, du plancher et des tables. On verra mieux peut-être tout à l'heure l'utilité de ces précautions bien simples et qui se confondent dans ce que l'on appelle des soins rte propreté, faciles à prendre dans toutes les i>etites éduca- tions. VI. Telles sont quelques-unes des observations qui me conduisent à pro- poser cette année le mode de grainage que j'avais déjà indiqué un jkmi timi- dement l'an dernier. Digitized by Google 160 MALADIE DES VERS A SOIE. Pour faire à coup sûr de la bonne irraine, adressons-nous d'abord aux papil- lons non eorpuscnleux. Nous verrons plus tard a reelierelier la limite de tolérance à accorder aux papillons eorpuscnleux pour en tirer de la graine bonne industriellement. Voici l'un des modes très-pratiques que I on pourrait adopter. ' Une chambrée est à son terme ; les cocons se font sur la bruyère. Il s'agit de savoir si l'on doit faire {.'rainer, c'est-à-dire si les papillons (pie fourniront les cocons seront de bons reproducteurs, et si, en toute sécurité, on pourra compter sur leur graine. Telle est bien la question délicate, prise du point de vue de sa plus grande utilité pratique. Recueillons dans la chambrée, un peu partout, sans choix, quelques bouquets de bruyère, offrant ensemble deux à trois cents cocons, et placons-les dans une pièce de quelques degrés en moyenne plus chaude que la chambrée où se troment les cocons. On sait que ces cocons donneront leurs papillons plusieurs jours avant ceux qui seront restés dans la chambrée à une plus basse température. Étudions ces papi lions au microscope. S ils sont en majorité pri\és de cor- puscules, nous conclurons que la graine sera bonne et qu'on peut faire grai- ner toute la chambrée si on le désire. Dans le cas contraire, on saura qu'il faut porter les cocons à la filature |>our les étouffer. Bien entendu, cette manière de faire n'est pas exclusive des indications or- dinaires que l'on peut déduire de la marche générale de l'éducation, non plus que du caractère des taches; car, en général, les vers malades sont plus ta- chés que les vers sains. On pourrait s'effrayer (et c'était l'an dernier mon sentiment, lorsque je disais de ce procédé qu'il était plus scientifique qu'industriel) de la nécessité de l'observation microscopique sur laquelle il re|K>se. Mais j'ai pu nie con- vaincre, celte année, que ce petit travail est aussi facile que rapide, et que des femmes et des enfants même pourraient s'en charger. On prend les |»a|iil- lons, on cou[K» leurs ailes que l'on rejette, et l'on broie tout le corps dans un mortier avec deux ou trois gouttes d'eau, puis on examine au microscope une goutte de la bouillie. Il suffit que l'on ait une fois appris à connaître les corpuscules pour (pie l'on sache si ce liquide en renferme plus ou moins. Si des études ultérieures sanctionnaient l'efficacité de ce moyen, on pour- rait peut-être placer des microsco|>cs, un ou deux, dans les mairies ou dans les Comices, à 1 époque des grainages, sous la direction d'une personne qui se serait rendu familier l'emploi de cet instrument pour la reconnaissance du caractère dont nous (tarions. On \iendrait là étudier les papillons destinés au grainage. En jetant les papillons dans l'esprit-de-vin, au moment du grainage, on pourrait retarder à volonté l'époque de l'examen de ces papillons et le faire où l'on voudrait dans le courant de l'année. Veut-on préparer de bonne graine tout à fait pure en petite quantité, on procédera par grainage cellulaire. Les mâles et les femelles des divers cou- Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 11.7 pics, qui auront été numérotés, seront étudies après la ponte, et l'on mettra à part la graine des couples sains. Veut-on arriver à de la graine saine en partant de cocons quelconques très-malades, on ('•lèvera une petite quantité de la mauvaise graine produite par les papillons de ces cocons, en prenant ces petits soins de propreté dont je parlais tout à l'heure et qui paraissent éloigner l'infection, et l'on procé- dera également par grainage cellulaire avec les papillons issus de cette petite éducation. On trouvera généralement quelques rares couples sains qui ser- viront de bons reproducteurs pour l'année ou pour les années suivantes. Ces procédés permettraient la régénération graduelle de toutes les races. VII. Une objection se présentera peut-être. J'ai dit qu'une graine issue de papillons corpusculcux peut donner une chambrée à rendement industriel satisfaisant. Dès lors, en ne réservant pour graines que des chambrées dont la majorité des papillons sera sans corpus- cules ou qui en renfermeront très-peu, on se privera de chambrées dont quelques-unes auraient pu faire de bonnes graines. C'est vrai ; mais l'inconvé- nient est assez faible, puisque, après tout, on n'aura éloigné ces chambrées à bonne graine industrielle que pour en conserver qui leur seront supérieures. Enfin, il ne faut pas s'y tromper : j'indique une voie qui me parait devoir conduire sûrement a faire disparaître le fléau, mais bien des progrès sont pos- sibles dans cette même direction. Voici un perfectionnement probable delà méthode de grainage que je propose. J'ai dit, en jvarlant des très-mauvaises chambrées, que les corpuscules apparaissent déjà dans les chrysalides jeunes, tandis que dans les chambrées qui ont bien marché et dont les papillons sont néanmoins corpusculcux, c'est en général tout au dernier âge de la chrysa- lide qu'apparaissent les corpuscules. Je pense que le papillon corpusculcux qui provient d'une chrysalide corpusculeusc dès son jeune âge doit être beaucoup plus malade et plus mauvais reproducteur, toutes choses égales, que le papillon également corpusculcux, mais provenant d'une chrysalide chez laquelle les corpuscules n'ont apparu que dans les derniers jours de son état de chrysalide. C'est donc par l'observation de l'époque â laquelle la chrysalide de\ient corpusculeusc que l'on pourrait espérer déterminer celte tolérance dont je parlais et qui autoriserait à faire grainer même les papillons cor- pusculcux. Je me proj>ose de suivre ultérieurement la valeur de co point do vue. Vin. J'ai déjà fait observer que plus j'accumulerais de preuves que la pré- sence des corpuscules est un signe du mal chez les papillons et la source de l'infection des graines et des chambrées qui en sortent, plus on devrait avoir confiance dans le procédé que j'indique pour vaincre le' mal. Or voici des faits dont la signification n'échap[>era à personne. Lorsque je suis arrivé à Mais, dans les premiers jours «le février, toutes les chambrées étaient encore dans l'état où elles a\ aient été laissées, l'an dernier, 108 MALADIE DES VERS A SOIE. à la fin dos éducations. On no procède guère à leur nettoyage que quelques semaines avant la reprise des éducations de l'année courante. J'ai examiné au microscope les poussières de ces chambrées. A cet effet, je recueillais les litières sèches restées sur les tables ou déposées dans quelque coin de la magnanerie, les poussières qui recouvraient le sol, les murs, les canisses. Après un premier tamisage dans un tamis à larges mailles, je me servais de tamis de plus en plus fins, en dernier lieu d'un tamis de soie. C'est alors que la poussière étail examinée au microscojK'. Le résultat constant a été celui-ci : en général, les corpuscules abondent dans ces poussières. Ils y sont souvent en si grand nombre, que, dans une seule magnanerie, où l'on avait élevé quelques onces de graine blanche japonaise, en 1 865, j'ai recueilli a litres d'une j>oussière tellement chargée de corpuscules, que la plus pe- tite parcelle, délayée dans une goutte d'eau, en montre par milliers dans le champ du microscope. On serait bien tenté de croire, quand on songe surtout que les corpuscules ressemblent beaucoup à des sjwres de muoédinéos, qu'un parasite analogue à la muscardine a envahi les chambrées, et que telle est la source du mal. Ce serait une erreur. Cette poussière était chargée de corpuscules parce qu'il y avait eu dans l'éducation beaucoup de vers corpusculeux morts dans les li- tières, pourris, desséchés, et que les corpuscules de leurs cadavres et «le leurs déjections s'étaient disséminés partout. Je dépose sur le bureau de l'Académie un pou de la poussière de la magna- nerie dont je parle. Kn l'examinant au microscope, l'Académie pourra se con- vaincre de l'effrayante multiplication de ces petits corps que je regarde tou- jours comme une production qui n'est ni végétale ni animale, incapable de reproduction, et qu'il faudrait ranger dans la catégorie de ces corps réguliers de forme que la physiologie distingue depuis quelques années par le nomd'or- ganîtc.s, tels (pie les globules du sang, les globules du pus, etc. Quoi qu'il en soit, nous allons reconnaître que cette poussière dos magna- neries, que l'on éloigne des éducations à leur début en presque totalité par le nettoyage préalable, mais qui renaît en quoique sorte pendant les nouvelles éducations, renferme des éléments toxiques à un haut degré, alors même qu'on en éprouve les effets une année après sa production et sa dessiccation au contact de l'air. En saupoudrant la feuille de mûrier que l'on donne à manger aux vers avec cette poussière, on provoque une grande mortalité, et, dans l'intervalle de peu de jours, on donne lieu à l'un des symptômes habituels de la maladie, la présence des/»///.». Un seul repas par jour do feuilles salies par ces |*>us- sières, alternant avec deux ou trois reps de feuilles ordinaires, amène en quelques jours une mortalité qui s'élève à ao, 5o et 80 pour 100 du nombre total des vers. Doveloppe-t-on ainsi la maladie avec présence des corpus- cules? Non. car les vers morts dans ces conditions n'en ont pas présenté. Mais nous savons que l'absence des corpuscules ne prouve pas l'absence de Digitized by Goo NOTES ET DOCUMENTS. 169 la maladie. Dans tous les cas, il est sensible que les matières qui com|>osent la poussière des magnanerie sont toxiques pour les vers à soie lorsque cette poussière est très-eorpusculeuse. En outre, j'ai cru remarquer que l'effet était plus accusé sur les vers déjà malades ou prédisjwsés à la maladie que sur les vers sains. L'expérience est plus concluante lorsque l'on recouvre les feuilles de gout- telettes d'eau ordinaire rendue trouble j>ar les liquides et les solides du corps d'une chrysalide ou d'un papillontrès-corpusculeux. Tous les vers soumis à l'ex- périence ont péri dans l'intervalle de quelques jours. Les mêmes essais ré- pétés, soit avec des poussières minérales, soit avec de l'eau rendue trouble par les substances qui coirqwsent le corps d'un papillon sain, n'ont donné lieu à aucune mortalité qui mérite d'être signalée (i). Lorsque I on se représente les éducations industrielles telles qu'elles sont conduites, il est difficile de ne pas admettre, d'après les faits qui précèdent, que, dans les chambrées dérivant de mauvaises graines, beaucoup de vers se perdent par le mode d'infection dont je viens de parler. La feuille ne serait pas malade, l'air que les vers respirent ne serait pas chargé de miasmes dé- létères; il n'y aurait |ms un choléra des vers à soie, ni d'épidémie mysté- rieuse dans ses causes. Un mal pouvant naître dans une éducation quelconque par des circonstances propres aux éducations (a), mal héréditaire par infec- tion congéniale; les crottins des mauvais vers, surtout lorsque ces crottins sont humides; les débris des cadavres de ceux qui périssent, toutes circon- stances qui accumulent des |x>ussières dangereuses pour la santé des vers, voilà |>cut-être toute la maladie. IX. Je suis très-porté à croire qu'il n'existe pas de maladie actuelle parti- culière des vers à soie. I,e mal dont on se plaint me paraît avoir existé tou- jours, mais à un moindre degré. J'ai déjà dit qu'il existait sûrement au Ja- (i) J'aurais désiré placer sou» les yeux de l'Académie les résultats de cette expé- rience. M. Peligot voulut bien me remettre un certain nombre de vers ayant ac- compli leur quatrième mue depuis quelques jours. Après les avoir partagés en plu- sieurs lots, j'ai donné à l'un d'eux de la feuille humectée avec une eau rendue trouble par les matières du corps de papillons eorpuseuleux ; mais aujourd'hui ils vivent encore et se préparent à faire leurs cocons. Les expériences de ce fjenre que j'ai faites à Alais ont porté sur des vers plus petits et avant la quatrième mue. Est-ce la la cause de la .HITerenre de l'essai de Paris et des essais d'Alais? Je ne sais. Tout ceci sera l'objet d'études approfondies l'an prochain. (i ; J'ai fait des éducations dans des boites de carton mnniesde leurs couvercles. Tous les papillons ont été eorpuseuleux. J'ai tout lieu de croire que les trèmes graines élevées à la manière ordinaire avec renouvellement de l'air auraient fourni beaucoup de papillons prives complètement de corpuscules. 170 MALADIE DES VERS A SOIE. * pon, bien que ce pays nous envoie des graines relativement saines. En outre, M. le préfet du Gard ayant bien voulu faire la demande, un peu jwrtout dans son département, d'anciens cocons étonnes, et M. le général Morin, de son côté, avant mis obligeamment à ma disposition des cocons conservés |wr M. Alcan au Conservatoire des Arts et Métiers, j'ai pu m assurer que quelques chrysalides de l'année 1 838, époque à laquelle on était encore loin de se plaindre de la maladie actuelle, offraient en abondance des corpuscules. Aussi ai-je l'espoir que, si le mal est combattu et écarté avec intelligence, on arri- vera à une situation bien meilleure que celle qui a précédé l'époque anté- rieure à la maladie. X. En outre, j'ai des motifs sérieux de croire que la plupart des maladies du ver à soie connues depuis longtemps sont liées à celle qui nous occupe, la muscardine et, peut-être, la grasscrie exceptées. Il ne faut pas oublier que si les éducations d'autrefois étaient à l'ordinaire faciles, régulières et rémunéra- trices, elles ont toujours donné lieu à une grande mortalité, ne «'élevant pas a moins de 4° à 5o pour ioo environ, ai-je ouï dire, du nombre total des œufs et des vers à la naissance. Je crois que cette mortalité était pour une grande part sous l'inlluence de la maladie dite actuelle (i). Le développement des corpuscules altère, selon moi, à des degrés très- di\ers les humeurs et les liquides du corps des papillons. Sans doute ils lieu- vent assez peu se multiplier, ou se» multiplier dans des organes qui intéres- sent à un assez faible degré la fonction de reproduction pour que la graine des parents corpusculeux ne soit pas malade sensiblement. Il est vraisem- blable, au contraire, qu'il y a tels degrés d'altération des parents qui corres- pondent à telles ou telles affections ou genres de morts qualifiés ancienne- ment de maladies s|>écifiques du ver à soie. Voici. j«r exemple, ce que j'ai observé relativement à la maladie dite des nwrts-J/tttx, qui a toujours fait de grands ravages, et qui a déterminé, conjointement avec la muscardine, au commencement du siècle, les intéressantes études de Nysten. Parmi les échan- tillons de graines que j'avais pnqvarés l'an dernier, il y en avait un issu de papillons, maie et femelle, très-corpusculeux, pas de façon, cependant, à ren- dre la graine corpusculeuse ni les vers. Néanmoins, il est mort de ceux-ci C4 pour 100, entre la quatrième mue et la montée, de cette maladie des morts-flats. J'attribue cette mortalité à ce que la graine née de parents cor- (0 J'ai vu échouer plusieurs éducation» sous l'influence 'le causes mal determi nées. On aurait attribué volontiers ces échecs à la maladie régnante. Pourtant il n'en était rien, .le suis porté à croire qu'il y a assez souvent des insuccès provoqués par quelque circonstance défectueuse pendant la conservation de la graine, ou à l'époque de l'incuhati.in . Il arrive fréquemment que l'on met sur le compte de la maladie régnante des échecs qui ont de tout autres causes. NOTES ET DOCUMENTS. 471 pust uleux était malade au degré voulu pour provoquer la maladie des morts- flals; car il m'est difficile d'admettre qu'un accident inconnu d'éducation ait donné lieu à cette maladie, d'autres essais de la même graine placés à côté de celui-ci et conduits absolument de la même manière ne m'ayant rien offert de pareil. Voici un autre fait non moins significatif. Dans les expériences où j'ai vu jiérir tous les vers qui avaient pris quelques repas de feuilles humectées par les débris du corps de papillons très-corpusculeux, si j'avais eu à qualifier lo genre de mort qui avait atteint ces vers, sans rien connaître de l'expérience par laquelle j'avais provoqué leur mort, j'aurais dit qu'ils avaient péri de la fiègrnne, car dès le lendemain de la mort, le corps de ces vers était tout noir. XI. Je ne saurais mieux faire comprendre la manière dont je me représente la maladie des vers à soie qu'en la comparant aux effets de la phthisie pul- monaire. Il s'agit ici, bien entendu, d'effets généraux et de ressemblances dans les résultats. Je ne prétends pas le moins du inonde assimiler ces maladies dans leurs natures propres, qui probablement diffèrent beaucoup. La phthisie pulmonaire est une maladie héréditaire, mais elle est aussi une maladie que mille accidents peuvent déterminer. Elle est donc, pour ainsi dire, inhérente à l'espèce humaine. En outre, le signe physique des tubercules n'apparaît qu'à un certain âge. Provoquez des mariages entre parents atteints de cette affection, et la maladie fera peu à peu de grands ravages. De même, je pense qu'en pleine prospérité, en partant de la meilleure graine possible, on pourra donner naissance à des vers qui deviendront par accident corpusculeux, si- non les vers eux mêmes, du moins les papillons. La meilleure de mes graines de l'an dernier, provenant de parents qui n'offraient que de très-rares cor- puscules, m'a fourni 91 papillons sur 100 absolument dépourvus de corpus- cules (1). Les 9 papillons corpusculeux ne l'étaient pas, je crois, par héré- dité, mais par accident d'éducation, peut-être par contagion. J'en serais plus sûr encore si la graine d'où ils étaient issus avait été produite par des pa- pillons absolument sans corpuscules. Mais la graine totale de 100 papillons, dont 9 sont corpusculeux, pourrait donner une bien plus grande propor- tion de [«pillons corpusculeux, surtout si tous les 9 papillons infectés le sont à un degré suffisant pour amener un tel résultat. La troisième génération leurrait être plus infectée encore, et ainsi de suite. Cette circonstance se pré- senterait d'autant plus sûrement, que dans les grainages successifs on nepren- (1) Dans une éducation tic la f.raine d'un couple do race polyvoltine, praine pro- duite en 1S1.C», et dont le màlc et la femelle n'avaient pas du tout «le corpuscules, aucun des papillons n'a ete corpusculeux. Digitized by Google Mi MALADIE DES VERS A SOIE. (Irait aucun soin pour éloigner les papillons év idemment mauvais à la sim- ple a p| »a ronce de leurs ailes et de leurs corps. U*s grainages industriels qui ont été un des effets de la maladie sont ordinairement entachés de ce\ice ra- dical, très-préjudiciable aux chambrées, et bien fait pour propager outre me- sure le mal régnant. XII. Si l'on se reporte maintenant à ma Note de l'an dernier, on verra que plusieurs des princi|>es qui me servaient de guide et que je n'avais présentés que sous toutes réserves du contrôle de faits nouveaux, plus nombreux et mieux étudiés, ont aujourd'hui l'appui de preuves décisives. i" La présence des corpuscules dans une graine ou dans un ver est l'indice du mal le plus profond et le plus avancé. Toutes les contradictions qui ont été adressées sur ce point aux observations de MM. Cornalia, Vittadini, Lébert sont dénuées de fondement. a" L'absence des corpuscules dans un ver ou dans une graine ne prouve pas que ce ver, que cette graine ne sont pas malades. S'il faut condamner une graine, une graine indigène principalement, dont beaucoup d'œufs sont corpusculeux, il est indis|»cnsablc de ne prêter qu'une confiance réserver à une graine qui ne contient pas de tels œufs. L'étude de la graine, bonne en soi. n'éclaire donc pas suffisamment l'éducateur. Une chambrée dans laquelle on ne trouve pas de vers corpusculeux, ou qui n'en offre qu'exceptionnellement, peut échouer comme rendement, et elle s*? montre très-souvent défectueuse lorsqu'on la prend comme source de graine pour l'année suivante. 3° C'est que la maladie, avec présence du caractère îles corpuscules, ne s'accuse en général que dans les chrysalides Agées et dans les papillons. Le ver non corpusculeux porte donc très-souvent en lui-même la pré- disposition qui le rendra très-corpuseuloux dans la dernière de ses méta- morphoses, cclle-mômc qui intéresse le plus directement sa fonction de repro- duction. 4" Dans aucun cas, les papillons non corpusculeux ne fournissent au nombre de leurs œufs un seul œuf corpusculeux, c'est-à-dire un œuf dont on puisse dire, dès son éclosion. que le ver qui en sort est destiné à |>érir dans le cours de l'éducation avec tels ou tels des symptômes caractéristiques de la maladie régnante. Tous les œufs corpusculeux proviennent donc de papillons très-chargés de corpuscules. 5" Li réciproque n'est pas exacte, c'est-à-dire que des papillons chargés de corpuscules peuvent donner et donnent très-fréquemment une graine dont les divers œufs ne sont pas du tout corpusculeux. G" Non-seulement des papillons plus ou moins chargés de corpuscules peu- vent fournir des graines qui n'en contiennent pas, mais en outre ces mêmes graines, élevées avec des soins de propreté ordinaires, particulièrement en NOTES ET DOCUMENTS. 173 petites éducations, conduisent à dos papillons parmi lesquels un plus ou moins grand nombre ne sont |«is du tout corpusculeux (i). XIII. En cherchant à déduire des principes qui précèdent, par le raison- nement seul, un moyen pratique de produire de la bonne graine, on arrive, en quelque sorte forcément, au procédé de grainago que j'ai indiqué, car ces principes permettent d'affirmer que le papillon vraiment sain, bon reproduc- teur par conséquent, est dépourvu de corpuscules. Je parle bien entendu de la maladie régnante; un papillon non corpusculeux qui serait issu d'un ver prédisposé à la gnisseric, par exemple, pourrait être mauvais reproducteur et fournir une graine dont les vers périraient de la grasserie. J'ai eu une preuve de ce fait cotte année. Que manque-t-il donc au procédé auquel je fais allusion pour que je puisse, dès à présent, le pro|M>ser en toute sécurité? Il lui manque le contrôle des éducations des nombreuses graines que j'ai préparéos, en les qualifiant à l'avance par l'examen du corps des papillons d'où ces graines sont issues. J'ai fait déjà quelques éducations de telles graines, obtenues en i865, dont le résultat a répondu à mon attente. Mais par les raisons que j'ai fait connaître dans ma Note do l'an dernier, j'avais trop peu do ces graines à ma disposi- tion, et je dois attendre les données des éducations futures avant de me pro- noncer définitivement. XIV. Los principes que j'ai |>osés tout à l'heure me paraissent rigoureuse- ment démontrés par l'ensemble des observations que j'ai recueillies cette année. Il résulte en outre de ces observations des conséquences qui, pour être présentement moins bien étayées par l'expérience, méritent cependant l'attention sérieuse des savants et des éducateurs. Voici les principales : i° Les papillons corpusculeux sont d'autant plus malades et mauvais repro- ducteurs que leurs chrysalides ont été plus tôt le siège de la formation des corpuscules. (i) J'entends par petites éducations «les éducations qui peuvent être quelconques, à la seule condition qu'elles soient dirigées avec ces soins de propreté auxquels je fais allusion, tels que delitages à temps utile, eloignement des poussière», sup- pression fréquente des vers morts ou mourants, aération convenable. 11 faut y joindre une bonne conservation de la graine qui ne doit point travailler, puis s'ar- rêter, puis repremlre son ti av. il intérieur. Je pense que la graine doit être con- servée au froid (cellier au nord dans les hivers ordinaires, cellier plus froid, cave, dans l«-s hivers doux) jusqu'au dernier moment, et si température graduellement élevée à l'incubation. Il faut y joindre également beaucoup de science pratique dans l'ait de conduire les repas nu moment des diverses mues. Tout cela av«-c beaucoup d'air, c'est-a-dire un air renouvelé, un air non stagnant, comme en pro- curent de bonnes dispositions de magnaneries pour la ventilation. m maladif: des vers a soie. i" La maladie actuelle a toujours existé. Il n'y a qu'exagération d'un i''lat de choses en quoique sorte inh ; rent aux éducations indus' rielles. Des causes mal connues l'ont développée outre mesure. Cejtendant il serait facile, par des grainages pratiqués sans autre intérêt que celui de produire des œufs en abondance, et aussi par des éd ira) ions dans un air humide, non renouvelé, de faire naître la situation actuelle, même en pleine prospérité. Il est donc hien probable qu'il n'y a rien de mystérieux ni dans la maladie ni dans ses causes. 3" Iâi maladie existe au Japon, souvent três-développée dans telles ou telles chambrées indiv iduelles. Mais tandis qu'il est rare aujourd'hui de trouver en France une chambrée dont tous les papillons ne soient pas eorpusruleux. il on existe beaucoup de telles au Japon, surtout parmi les chambrées polyvollines. et dans les autres le nombre des papillons corpusculeux est relativement faible en général. 4° La mortalité des chambrées avant l'époque de la maladie était déjà en partie sous l'influence du mal actuel. On a donné des noms spécifiques à des maladies qui ne sont que des formes et des effets de la maladie régnante. 5° La mortalité d«*s chambrées à mauvaise graine provient non-seulement d'une infection de la graine par hérédité congéniale, mais en outre de l'intro- duction directe dans le corps des vers de feuilles salies par des poussières, des déjections, ou des débris de vers morts trés-corpusculeux. XV. Un mot encore en terminant sur les corpuscules considérés dans leur mode de formation. Si j'avais eu à ma disposition les ressources d'un labora- toire, je crois qu'il m'eût été facile de faire une analyse élémentaire de ces petits organites, dont on pourrait préparer vraisemblablement de grandes quantités en opérant à peu prés comme on le fait pour isoler la fécule des cellules de la pomme de terre. Mes observations de cette année m'ont fortifié dans l'opinion que ces orga- nites ne sont ni des animalcules ni des végétaux eryptogamiques. Il m'a paru que c'est principalement le tissu cellulaire de tous les organes qui se transforme en corpuscules ou qui les produit. Entre les muscles et le tissu cellulaire qui les entoure et les pénètre, on voit quelquefois les corpus- cules faire hernie, tant leur abondance est grande. L'envelopjM» des poches plus ou moins volumineuses dans lesquelles, ainsi que je le disais l'an der- nier, sont renfermés les corpuscules, est peit-otre le plus souvent constituée par le tissu cellulaire propre à tel ou tel organe. Les études auxquelles je me suis liv ré cette année ont exigé un travail con- sidérable qu'il m'eût été imposable d'accomplir seul. Un jeune ph\>ieien déjà connu par d'importantes recherches. M. (ïeinez. n'a cessé de me prêter son concours le plus empress" et le plus intelligent. M. Duclaux. jeune chimi.-le fort exercé, a bien v oulu . également, passer quelque temps auprès de moi et m'a rendu d'importants services. C est à eux que revient une bonne part des Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 175 observations sur lesquelles s'appuient les données qui précèdent. Je ne dois jws oublier le bienveillant empressement de S. E\c. le Ministre de l'Instruction publique à accorder toutes les facilités nécessaires pour leur collaboration, et je suis heureux d'en témoigner ici ma vive reconnaissance. Enfin je ne saurais trop louer M. de Lacliadenède, président, et M. Despeyroux, secrétaire du Comice agricole d'Alais, de leur dévouement sans bornes aux intérêts qui leur sont confiés. Je déjMjserai ultérieurement sur le bureau de l'Académie des tableaux nom- breux, faisant connaître tout le détail de mes observations. J'espère que l'on sera conduit à leur donner les mêmes interprétations que moi-même; aussi, est-ce avec quelque confiance que j'attendrai les résultats des éducations de tous les échantillons de graines que j'ai préparés cette année. S'ils confirment, les idées (pie je me suis faites au sujet de la nature et de la propagation du mal, j'ai la confiance que toutes les plaintes des sériciculteurs disparaîtront bientôt. NOUVELLES ÉTUDES EXPÉRIMENTALES SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE (i). t Complément à ma Communication du j3 juillet dernier.) Dans la lecture concernant la maladie des vers à soie, que j'ai eu l'hon- neur de faire à la Commission im[>éiïale de sériciculture et à l'Académie au mois de juillet dernier, j'ai présenté le résultat d'expériences tendant à éta- blir que l'on peut provoquer une grande mortalité dans les éducations de vers nourris avec des feuilles que l'on a recouvertes de poussières sèches ou fraîches, à la condition que ces poussières renferment des débris empruntés à la substance de vers ou de papillons chargés des petits corps désignés sous les noms de mrftust tilt s vibrants, ror/jii\cti/rs tir ( onnilm,. . . J'ajoutais qu'ayant désiré mettre sous les yeux de l'Académie l'une des expériences dont je parle, j'ai prit'* notre confrère, M. IVligot, qui élève chaque année de petits lots de graines, dan? le but de se procurer les éléments de ses importantes recherches sur la comjM»ition du précieux insecte et de la feuille du mûrier, de vouloir bien me remettre quelques centaines de ses vers. Ceux-ci se trou- vaient avoir déjà dépassé la quatrième mue. J'en élevai une partie (pie je séparai sans choix en trois portions égales de ; i ; l.xtrait des Comptes rem/ns r/e {'Jctu/rmu- , t. LV III, mmiicv .lu 26 novcMiilm- 18 ii. 170 MALADIE DES VERS A SOIE. 5o vers chacune. A l'une d'elles je continuai les repas de feuille ordinaire. A la deuxième je distribuai des repas de feuille ordinaire, alternant avec des repas de feuille humectée par de l'eau tenant en suspension des débris du corps de papillons non corpusculeux. Le troisième lot de vers fut élevé de la même façon, avec cette différence essentielle (pie les papillons dont je viens de jwrler étaient au contraire choisis corpusculeux. J'ai déjà dit à l'Académie qu'en opposition aux résultats d'ex|>ériences que j'avais faites à Alais, les vers du troisième lot ne périrent pas, et firent leurs cocons à peu près aussi bien que ceux du premier et du deuxième lot. La seule différence a été que les vers étaient un peu plus petits, un peu retardés à la montée, de deux jours environ, et les cocons un peu plus faibles que ceux des deux autres lots. Dans le premier lot la montée fut terminée le 20 juillet. Le a5 j'examinai au microsco|>e dix chrysalides de chacun des lots. Voici le résultat de cette étude : PREMIER LOT. DEUXIÈME LOT. TROISIÈME LOT ;.). Ile; m Repa» de feuille» mouillée* Repu de feul Ile» mouillée» de fouille» ordinaire» oct eau non curpimculeiise •?ec eau corpust uleuse. CakY(»LII>E». 1.0» PC KL LU CHIV»ALIOII. COKPCfCULK». CBKVfALIDE». cok.rr»cci.t« |rc 0 |re 0 ire r'oulo. ■> 0 2« 0 Or Id. 3«- 0 3* 0 Id. ■l' 0 i- II i« Id. 5« 0 5 e 0 Id. G- Trè*-r« ret f) r 0 G" Id. 7' Id. T* Tré»-rare» 7" Id. 8- Id. 8' Id. 8' Id. y Id. D« Id. 0 e Id. 10' Koole. Id- Foule. 10' • Id. (11 Dan» ce loi, a la date du M Juillet, beaucoup do ver» étalent encore à l'élat de ter» et non chrytalldé» dan» leur» cocon». Je reviendrai tout à l'heure sur ces observations. Quant aux cocons restants «les trois lots, j'attendis que les papillons fus- sent sortis pour les examiner également au microscope, après les avoir laissés s'accoupler cl donner de la graine. Le résultat définitif de ces trois éducations partielles est compris dans le tableau suivant : Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 177 rKEMIKK LOT. Repat de fenillrs ordinaire» .^ j corons do bonne na- in IV. 3 vers morts. ') vers perdus. lesquel* 3i papillons 1 Joint* au. sortis. I " J,hr > Ml . ,. , l le Juillet i chrysalide (ont 0 J „ ,„„, morte, di Papillons et chrysa- lides, tons ont ctc cor- pusculeux. — Accou- plements satisfaisants. uEUXIÈVE LOT Repa» r an nombre de huit ] ■ le feuillet mouille*»' ater <>nu do papillon» non corpusculeux JROISIÈME LOT. Rep.i» au nombre de dult ' de feuille» mouiller* a»ei e.tu île pjpilloi), torpu.oi Ul Juillet i chrysalide fool 0 J n , ol4l de morte, Papillons et chrysa- lides, tous ont été cor- pusculeux. — Accou- plements satisfaisants. \ < cocons. bVn nombre de p.aux et de cocons tres-faibles. i ver mort. .'l vers perdus. ai papillons - sortis, chrysalides mortes ou papill. formes, mais qui n'ont pu sortir ni de leurs coques de chrysal. ni de leurs cocons, Papillons et chrysalides, tous ont été corpusculeux. — Accouplements impos- sibles en ;;eneral. — Pas de nmini- pondue, quel- ques œufs seulement. lesqueU Joint» au\ •ochnvil oli.ei >ee, le >:. juillet lont un total de r- Ce tableau joint au précédent est très-instructif. A ne prendre que le résultat brut des essais, c'est-à-dire le nombre, total de cocons, les expériences dont je viens de rendre compte ne (paraissent pas tout d'abord avoir de signification bien déterminée; car le lot des vers qui ont eu des repas de feuilles mouillées par l'eau tenant en sus|H>nsion des débris de papillons corpusculeux, et que, j'ap|>ellerai |>ar abré\ ialion des rr/tax eor/juuulrujc, a donné autant de cocons que les autres, je ne dis pas plus (malgré le nombre 45 supérieur aux nombres 4° et 4*), |wrce (jue les vers perdus ont dû aller faire des cocons hors des paniers resjH'clifs qui les con- tenaient. D'autre part, tous les papillons sans exception, et dans les trois lots, se sont montrés corpusculeux, bien qu'à des degrés divers. Mais l'infériorité du troisième lot, celui à repas corpusculeux, est très- manifeste, si l'on remarque que 14 chrysalides n'ont pu se transformer en II. 11 178 MALADIE DES VERS A SOIE. papillons, ou que les papillons dévelop|>és n'ont pu quitter leur cnvelop|>e do soie, ni même leur coque de chrysalide. Cet effet, sans nul doute, était dû à l'intensité de la multiplication des corpuscules dans le* sujets de ce lot, qui en renfermaient beaucoup plus que les sujets des deux autres, et surtout que ceux du premier, moins chargés en général que ceux du second. L'influence des repas corpusculeux n'est pas moins sensible dans le premier tableau relatif aux chrysalides, puisque toutes les chrysalides du lot soumis à de tels rejuis se sont montrées, dès les premiers jours de leur formation, char- gées de corpuscules à profusion, tandis que moitié seulement des chrysalides des deux autres lots en ont offert et que, la où il y en avait, ils étaient en général très-|Mui nombreux. Quoi qu'il en soit, je ne devais pas accepter comme tout à fait concluantes les c\|H'rienees que je \iens d'exposer, par cette circonstance que tous les |>apillons des trois lots ont été trouvés corpusculeux. Du moins, les essais précédents auraient une signification bien plus tranché»», si le lot des vers élevés avec de la feuille saine avait fourni des papillons absolument privé, de corpuscules, tandis que la feuille préjugée malade n'en aurait donné que de corpusculeux. J'ai donc senti la nécessité de répéter mes exjK'riences dans des conditions meilleures et plus décisives. Durant notre séjour à Alais, M. Gernez avait envoyé à Valenciennes une petite quantité de graine que nous avions lieu de croire saine. Outre l'étude que nous en avions faite, elle appartenait à l'un de ces cartons rendus célè- bres par le dun que le Taïcoun en avait fait à l'Empereur. A la date du 3i août dernier, M. (îernez put examiner les ]>apillons issus de ces graines. Aucun d'eux ne montra des corpuscules. En outre, il fut constaté que leur graine était bii'oliine, c'est-à-dire qu'au bout de quinze jours environ elle donna naissance à de nouveaux vers, qui furent également élevés à Valenciennes. par les soins de M. Gernez, du 20 juillet à la fin de septembre. Informé à temps par lui de ces circonstances, je le priai de reproduire sur les vers de cette seconde génération les épreuves auxquelles j'avais soumis les vers de M. Peligol, et de les rendre même plus complètes, en disposant quatre lots au heu de trois, dans les conditions suivantes : Le premier avec repas de feuilles ordinaires; Ijc deuxième avec rejws de feuilles mouillées (Veau de papillons non cor- pusculeux : cette nature de repas a commencé après la troisième mue; Lo troisième avec repas de feuilles mouillées rf eau de papillons corpuscu- leux, cette nature de repas devant commencer après la troisième mue; Le quatrième avec repas semblables à ceux du troisième lot, mais devant commencer après la quatrième mue seulement. La comparaison entre le quatrième lot et le troisième devait nY éclairer sur les causes des différences observées entre l'expérience faite à Paris et les expériences faites à Alais; car je soupçonnais quo ces différences tenaient à l'âge auquel les vers avaient été mis à l'épreuve do la contaeion do la maladie. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 171> Les repas d'expériences ont été au nombre de cinq, en cinq jours consé- cutifs, un par jour, intercalés dans des repas de bonnes feuilles. Voici le résultat, assurément remarquable, de ces nouvelles éducations : Le premier lot de \ers soumis au repas de feuilles ordinaires n'a rien olfert de particulier. L'éducation a été aus.M bien que le permettait la siison déjà avancée, dans le département du Nord, et sans faire de feu dans la pièce où se trouvaient les vers. Elle a fourni 27 cocons, dont aucun des |>apillons n'était eorpuseuleux. Chaque lot avait 40 vers à l'origine. Le deuxième loi (feuilles non corpusculeuses 1 a donné i«j cocons, dont aucun des papillons n'était eorpuseuleux. Néanmoins il est sensible que lhumoctation de la feuille a nui en quelque chose. C'est du reste un fait constant que la feuille mouillée ne convient pas aux vers. Le troisième lot (feuilles corpusculeuses après la troisième mue) n'a fourni que 4 cocons. Un seul de ces cocons a donné un papillon lequel était très- corpusculeux ; deux autres de ces cocons renfermaient des chrysalides mortes, dont une était très-corpusculeuse, et enfin un ver était mort dans le qua- trième cocon, et s'est trouvé également eorpuseuleux. Le quatrième lot (feuilles corpusculeuses après la quatrième mue seule- ment) a fourni 9.2 cocons, dont G fondus ou peaux à peine formées. Li mor- talité a donc été ici beaucoup moindre que pour les vers du troisième lot, mais tous étaient également eorpuseuleux excepté 3 vers, morts sous forme de vers, dans leurs cocons. Ces résultats confirment ceux (pie j'ai fait connaître tout à l'heure. Ils expli- quent en outre, conformément aux prévisions que j'énonçais il n'y a qu'un instant, l'anomalie apparente que j'avais signalée le ;3 juillet «levant l'Aca- démie, entre mes essais d'Alais et ceux de Paiis sur les vers de M. Peligot. Mais ils empruntent une valeur toute particulière à celte circonstance remar- quable, que les deux lots auxquels on n'a pas donné de matières corpuscu- leuses n'ont pas fourni un seul sujet eorpuseuleux, sans nul doute à cause de la qualité de la graine, tandis que, et malgré la supéiiorité de celle-ci, les deux autres lots, soumis à une alimentation eorpuseuleuse, ont fourni des vers dont la très-grande, majorité est devenue eorpuseuleuse à l'état de chry- salides et de papillons. Il n'y a eu d'exception que pour 4 individus sur 2U qui avaient ré>islé, et encore ces quatre individus étaient morts trop jeunes pour qu'il y eût déjà développement des corpuscules dans leurs tissus. Enfin, pour ceux qui ont eu après la troisième mue, dans un âge moins avancé, cinq re|>as eorpuseuleux, la mortalité (déclarée surtout après la quatrième mue; a été si considérable avant la montée, que 40 vers n'ont fourni que 4 cocons renfermant des individus très-malades. En résumé, si 1 on se reporte aux expériences que j'ai faites à Alais, et qu'on les rapproche de celles que je viens d'exposer, il est certain que l'on peut déterminer par des repas à feuilles corpusculeuses une grande mortalité, lorsqu'on opère sur les vers dans les premiers âges; qu'en agissant au con- 11. Digitized by Google 1HU MALADIE DES VERS A SOIE. traire sur des vers qui ont dépassé la quatrième mue. c'est-à-dire sur tirs indivi lus relativement pl us vigoureux, ot qui n'ont plus à subir les é|»oques critiques des mues, la mortalité ru* s'accuse pas sur eux à Total do vers ou de chenilles : 1 éducation donne dos cocons, mais l'infection se décide dans les chrysalides, à tel point que celles-ci peuvent avoir de la peine à se trans- former en papillons, et, dan- le cas où elles atteignent celle phase de leur vie, les papillons m -urenl suivent dans les cocons, ou dans leurs coques de chrysalides, sans jr.oir l.i force ri en sortir. On peut aller aussi, ainsi que le constate la troisième colonne du deuxième tableau ci-dessus, jusqu'à L ini|w>^- sihili'é presque absolue de l'accouplement et d' la ponle, circonstances qui sont, a;>rès la m rt, les suirs les plus accusés de la maladie. D'ailleurs, si l'on c<»nsidere les pratiques ordinaires des éducations ainsi i|ue les faits q ;e j'ai signalés dans ma lecture du v.3 juillet sur la composition de la poussière de certaines magnaneries et sur l'origine de celle poussière, on comprendra que les éducations provenant de main aises graines et qui man- quent de très-grands soins, sont une source de matières corpusculousos réiun- dues sur les feuilles: qu'en conséquence, le genre d'inoculation |>ar les voies digoslivos, institué dans les expér iences qui précèdent, et dont leurs résul- tais démontrent 1 millièm e morbilique, n'est pas seulement artificiel (>t spécial à des essais de laboratoire; c est un mode d inoculation de la maladie régnante que l'on pourrai: app.ler naturel, inhérent aux éducations do mauvaises graines, bien qu'il ai! échappé jusqu'à présont à l'attention des praticiens et des savants. 11 est bien propre également, j«ir la nature de ses effets, à for- tifier la confiance que peut inspirer le procédé que j'ai fait connaître à l'Aca- démie pour obtenir d s graines irréprochables. Quoi qu'il en soit, et sans m étendre davantage sur ce dernier |K)int qui est toujours soumis aux réserves ériences précédentes, sont en rapport direct avec le développement des corpuscules chez les chrysalides ou chez los papillons. Cela est si vrai, que nous venons de reconnaître qu'en ocrant sur «les papillons réputés sains par les princi|>os mômes qui me ser- vent de guide, ou jieut à volonté, en une seule éducation, tantôt amener les vers issus de leur graine à I un des états les plus graves de la maladie, voire mémo à un? mort certaine, tantôt les préserver de l'infection. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 181 NOUVELLE NOTE SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE , PRESENTEE PAR M. L. PASTEUR A LA COMMISSION IMPERIALE DE SERICICUL- TURE DANS SA SÉANCE DU 1>2 JANVIER 1807 (i). (Tableaux complétant ma Note du mois il.- juillet iSf.ii/ Dans la Communication que j'ai eu l'honneur de faire à la Commission im- périale de sériciculture, au mois de juillet dernier, sur la maladie des vers à soie (9. ), j'ai plutôt exposé les conclusions de mes observations que cv< obser- vations mêmes, et j'annonçais, en terminant, le d'pôt de nombreux tableaux qui en feraient connaître les détails. Je viens aujourd'hui satisfaire à cet en- gagement. Comme l'étendue de ces tableaux n'en permettrait pas la lecture devant la Commission, je me bornerai à présenter aujourd'hui un résumé suc- cinct de chacun d'eux. L'esprit dans lequel ces tableaux ont été rédigés et la nature des observa- tions dont ils rendent compte permettront peut-être de mieux juger les motifs que j'ai d'espérer des moyens pratiques, non de guérir, mais de prévenir la maladie. La recherche de remèdes proprement dits ne doit pas être néglige. J'ai commencé quelques éludes dans cette direction 1 tableau £t), afin de ré- pondre à l'un des desiderata du questionnaire de la Commission impériale. Li connaissance de ces tableaux répondra probablement aux préoccupations des personnes qui peuvent craindre la difficulté d'appliquer en grand le pro- cédé de grainago que j'ai proposé, par la raison que la maladie, suivant elles, serait trop généralement répandue en France. Elles pourront se convaincre que les chambrées do graines japonaises d'importation directe ou de repro- duction, et même les chambrées de graines indigènes, oITrent quelquefois, soit la totalité, soit la grande majorité de leurs papillons absolument dépourvus do corpuscules. I>> tout est de rechercher et de découvrir ces chambrées, afin de les livrer au grainage. Malgré certaines réserves, qui seront écartées, j'espère, par les recherches que j'effectuerai en je m'affermis, en ellel. de plus en plus dans l'opinion que la pureté de la graine correspond prin- cipalement à l abser.ee des corpuscules ch( r les papille ns, et que, de plu- sieurs graines issues de papillons corpusculeux. la meilleure ou la moins sus- pecte provient de ceux dont les chrysalides ont pris le plus tard possible des (1) Extrait du Ménager agricole du Midi, numéro de février 1HG7. (a) Voir cette Communication dans la troisième Partie de ces Documents, p. 1G1 . 182 MALADIE DES VERS A SOIE. corpuscules. En d'autres termes, plus jeunes seraient les chrysalides, lorsque les corpuscules y prennent naissance, plus mauvais reproducteurs seraient leurs papillons. J'ai suivi dans ce travail une méthode nouvelle d'observation que je crois plus propre que toute autre à conduire à des résultats certains. Il me semble que, pour un animal aussi robuste que le ver à soie, ce sont les maladies d'hérédité qu'il faut le plus craindre et s'efforcer de bien connaître, car colles qui naissent accidentellement dans l'éducation sont toujours plus ou moins faciles à éviter par des soins intelligents. Déterminer, par des expériences multipliées et suffisamment contrôlées, les qualités que doivent posséder les chrysalides et les papillons pour fournir de la graine saine, et les meilleurs moyens de leur donner ces qualités, tel est le point de vue qui m'a le plus préoccupé. On a eu le tort jusqu'à présent de vouloir tout déduire de l'élude de la graine. Cette étude peut être fort utile, elle a rendu et rendra encore de grands services; mais elle est incertaine dans un grand nombre de circon- stances, et les soins à donner aux vers deviennent tardifs et superflus si les papillons dont ils proviennent leur ont communiqué, soit des maladies d'hé- rédité, soit une prédisposition très-grande à des maladies accidentelles. Por- tons en conséquence toute l'attention possible sur les reproducteurs eux- mêmes, avec suite et avec l'aide du microscope. L'application de cette méthode fournira de bonnes graines et facilitera considérablement l'étude scientifique des maladies auxquelles les vers sont sujets. Tableau n" 1. — Exemple d'une graine japonaise bivoltinc, déjà reproduite neuf j'ois à Alais, et dont les vers ont fourni des papillons e, ils l'étaient fréquemment, mais d'une façon |>eu accusée. Les taches étaient plus nombreuses et plus visibles sur les vers prêts à se chrysalider après avoir lilé leur soie. Je n'ai pas trouvé de relation entre la présence de ces petites taches et celle des corpuscules, non plus qu'avec la présence des taches chez les papillons {voir également les tableaux n~ 12, 13 et H). Tableau V 2. — Exemple d'une graine japonaise annuelle, d f importation directe, qui a donné des vers dont tous les papillons étaient privés de cor- puscules. Cette éducation a donné lieu, en outre, aux remarques suivantes : i° Les vers petits, en retard sur les autres, provoquant Y inégalité, ne sont Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 183 pas nécessai remont dos ver? corpusculeux, et, si l'on suit à part leur (VI «ca- tion, ils peuvent donner des papillons non corpusculeux. a° Dans l'éducation par la méthode dite à la turque, et sans feu, les vers qui résistent ont plus belle apparence et sont, en généra), moins tachés que les mômes vers des éducations ordinaires {voir aussi le tableau n° 15). Tablkau n° 3. — Exemple d'une «mine japonaise bivolline, d'importation fit rrrte, qui a donné des vers dont les pu pillons étaient, en grande majorité, privés de corpuscules. Une deuxième éducation de aoo vers seulement issus de la graine de ces papillons et faite à Alais, au moi* de juillet, a donné des papillons qui étaient également presque tous privés de corpuscules. Tableau n° 4. — Exemple de graine ja/tonaise annuelle à cocons verts, d'im- portation directe, qui a donné des vers dont les papillons étaient, en grande majorité, privés de corpuscules. Tableau n° 5.— Exemple de graine japonaise verte annuelle, d'importation directe, qui a donné des vers dont tous les ptipi lions ont été très-corpus- culeux. L'un des cartons du Taïcoun. I-a graine était complètement privée de cor- puscules. Pas un des vers examinés pendant l'éducation n'a oflert de corpus- cules, même les petits. Voici quelques autres conséquences des observations consignées dans le tableau : i° Les vers, après avoir filé et avant d'être chrysalides, se sont montrés très-tachés et certainement beaucoup plus que des vers de même race pris au même état de leur vie, et devant donner, au contraire, des papillons privés do corpuscules ; i° Des papillons jieuvent être d'une parfaite blancheur, à ailes bien déployées et fermes, et contenir néanmoins une foule de corpuscules; 3° Sous le rapport de la beauté extérieure des papillons, on gagne considé- rablement à enlever les vers de leurs cocons après qu'ils ont filé leur soie et à les abandonner au libre contact de l'air. L'amélioration des reproducteurs, qui est manifeste pour ce qui est delà beauté des ailes, s'applique-t-olle à la qua- lité de leur graine? Je le crois. Pourtant j'ai besoin de preuves expérimentales directes portant sur ces graines elles-mêmes que j'élèverai en 1 8G7 . Ces résul- tats tendraient à confirmer l'opinion que j'ai émise, en i8C5, sur l'amélioration possible des races par des soins convenables appliqués aux chrysalides. Mes expériences de l'année 18GG n'ont pu embrasser cette partie du programme que je m étais tracé en i8G5. 18i MALADIE DES VERS A SOIE. Tableau n" 6. — Exemple de graine japonaise, d'importation directe, h cocons blancs, nui a donne des vers dont les papillons étaient en grand nombre corpusculeux, mais dont les corpuscules ne se sont développés nue dans les tout derniers jours de la xùe des chrysalides. Table au n° 7. — Exemple de graine japonaise de première reproduction, h cocons blancs, annuelle, tpii a donné des vers dont tous les papillons étaient très-corpusruleux, et dont les chry salides l'étaient dès leur jeune âge, c'est-ii-ctire dès les premiers jours de leur formation. L éducation do i8(*>3 avait bien réussi. La graine que j'ai obser\éo en 18GG ne contenait pas» moins de 5o pour 100 d'œufs corpusculeux. Echec. Rare? cocons. Los vers qui ont fait dos cocons n'étaient pas corpusculeux ;i la montée : mais dès que les chrysalides se sont formées, elles ont commencé à de\enir corpusculeuses. J'in>iste sur ce point, parce que je omis que la tolérance à accorder aux papillons corpusculeux. considérés sous le rapport de la repro- duction, est liée surtout à l'époque de l'apparition des corpuscules chez les chrysalides. Ainsi, l'éducation du tableau n" G donnerait dos graines bien meil- leures que colles du tableau n" 7, toutes choses égales, c'est-à-dire lors même que la réussite aurait été bonne dans les deux éducations. Discussion sur la cause du développement anticipé ou retardé des corpus- cules dans les chrysalides. Il faut considérer doux choses : i° l'influence de la "raine, ou mieux le de-ré de maladie des papillons qui ont fourni la praine l'année précédente; 2" l'influence de l'infection par les conditions de l'éduca- tion, au nombre desquelles la conta-ion par les \oies digesli\es, ainsi que je I ai démontré expérimentalement. Tableau n° 8. — Exemple de graiue japonaise de première reproduction, race verte, nui a donné des vers dont tous les papillons étaient très-corpuscu- leux, et dont les chrysalides l 'étaient dès leur jeune âge. Bonne réussite en i8G5. U\ graine observée par moi on mars 186G renfer- mait environ a5 pour 100 dir-ufs corpusculeux. Produit, 5 kilogrammes de corons par once seulement, en 18GG. Tableau n° 9. — Exemple de graine jaune indigène, dite de Brivis, aui a donné des vers dont les chrysalides se sont montrées en partie corpuscu- leuses dès tes premiers j ours de leur formation. Quelques réussites; bon nombre d'insuccès. Ia^s observations dont il est question dans le titre du tableau ont été fiiilos sur des cocons de chambrées réussies ou non réussies. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 185 TABLEAU >° 10. — Exemple de graine jaune indigène, qui a donné des i>rr.v dont les chry salides sont dét enues corpusculeuses plus de huit jours au moins après leur formation. Bien meilleure réussite que pour la graine du tableau n° 12. Réussite très- satisfaisante. L'éducateur a vendu pour graine. Les résultats des éducations des tableaux t) et 10 prouvent (pie les graines indigènes peuvent se comporter comme les graines japonaises, c'est-à-dire que 1rs corpuscules absents cbez tous les vers à la montée peuvent apparaître chez leurs chrysalides dès les premiers jours de leur formation ou dans les derniers jours seulement de la vie des chrysalides. Tableau n° II. — Exemple île graine indigène, à corons blancs, qui a donné des papillons en presque totalité privés de corpuscules. M. X..., du Vigan, a fait élever, en 18GG, près de Perpignan, une graine indigène à beaux cocons blancs, dans le but de faire grainer les papillons qui en proviendraient. Portion de la môme graine fui, en outre, élevée par lui au Vigan. Celle-ci n'ayant pas réussi, cet éducateur, grand négociant en graines, craignit que la chambrée de Perpignan, malgré sa bonne réussite, ne donnât de mauvaises graines et la fit étouffer. Nous allons voir qu'il eut grand tort d'agir ainsi. En effet, il avait vendu les cocons de sa chambrée de Perpignan à un fi la leur du Vigan ; or, le jour où je visitai la filature de cet industriel, il se trouva que bon nombre de papillons sortaient du tas de cocons, par suite d'un ('•touffement insuffisant de ces cocons au lieu de leur production. Je m'em- pressai de recueillir ces papillons et de les examiner. Sur 46, 4 seulement furent trouvés corpusculeux et un seul d'une façon très-intense. On voit, par cet exemple, le service que l'étude microscopique aurait pu rendre à M. X.... Je dois ajouter que ces papillons de race indigène ne sont pas du tout les seuls que j'aie trouvés purs. J'ai reçu de l'Yonne ioo papillons d'une très-belle race blanche indigène, prélevés tout venant dans le g raina ge. Les ioo papillons étaient tous absolu- ment privés de corpuscules. Même résultat a Anduze, mais on avait ici envoyé presque toute la chambrée à la filature. Tout le mal est là. Les éducateurs, n'ayant pas eu jusqu'à présent un cri- térium de la valeur de leurs cocons, envoient ou n'envoient pas à la filature, sur la foi d'observations vagues, gardant les mauvais reproducleurs, se privant des bons, ou inversement, d'où résulte un péle-méle de bonnes et de mau- vaises graines qui prolonge outre mesure une situation déplorable. Digitized by Google 18G MALADIE DES VERS A SOIE. Tableau >° 12.— Recherche d'une correspondance possible entre la présence ou C absence des taches au moment de la montée, et la présence ou l'ab- sence des corpuscules chez les papillons provenant de tes vers. ( Graine japonaise de première reproduction.) « Les expériences ont consisté à prélever dans une éducation, dite h la turque et sans feu, des vers tachés et des vers non tachés à la \eillo de la montée, et à suivre l'éducation séparée des deux lots jusqu'à la sortie des pa- pillons. La présence des taches chez les vers n'est ni un signe certain qu'ils ont des corpuscules ni un signe certain que leurs papillons en auront. Il manque au fait de la présence de la tache le caractère de réciprocité pour qu'elle puisse être un signe certain de la maladie. Quand la maladie existe, les taches exis- tent plus volumineuses et plus abondantes ; mais, quand il y a des taches, la maladie accusée par les corpuscules n'existe pas nécessairement, soit chez les sujets où on les observe, soit chez ces mêmes sujets à une époque ultérieure de leur vie. Tableau n° 13. — Recherche d'une correspondance possible entre Ut présence des taches chez les vers près de la montée, et la présence des corpuscules chez les papillons qui en proviennent. Les observations ont été faites de la manière suivante : un certain nombre de cocons ont été ouverts et I on a mis à part, dans des cellules, tous les vers ayant déjà filé leur soie, mais non encore transformés en chrysalides, en pre- nant note, aussi exacte que possible, des taches que ces vers présentaient; puis on a attendu la sortie des papillons, que l'on a observés isolément et pour les taches qu'ils pouvaient eux-mêmes offrir, et sous le rapport de la présence ou de l'absence des corpuscules. I.es résultats sont les suivants : i° il n'y a pas de correspondance nécessaire entre la présence des taches chez les vers et la présence des corpuscules chez les papillons; les vers peuvent avoir des taches plus ou moins visibles à l'œil nu et à la loupe et les papillons pré- senter de belles ailes sans taches. Tableau n° 1 4. — Recherche d'une correspondance possible entre la présence des taches chez les vers et la présence des corpuscules chez les papillons qui en proviennent. Môme genre d'observations que pour les études relatées dans le tableau 13; mêmes résultats. Les sujets avaient été élevés à la manière ordinaire, dans une chambrée industrielle. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 1X7 Tableau n° 15.— Par le système des éducations dites à la turque, on n'évite pas les sujets corpusculeux ; mais les tiers qui subsistent conduisent à des papillons offrant en moindre nombre des papillons corpusculeux, toutes choses égales d'ailleurs. On a opéré sur des graines japonaises de première reproduction. Première comparaison. — Sur 60 papillons de l'éducation en magnanerie chauffée, 18 ont été trouvés corpusculeux, soit 3o pour 100. Sur 39 papillons de l'éducation en magnanerie à la turque, sans feu, 5 ont été trouvés corpusculeux, soit iî à i3 pour 100. Deuxième comparaison (autre graine). — Sur 72 papillons de l'éducation en magnanerie chauffée, 38 ont été trouvés corpusculeux, soit 5 a à 53 pour 100. Sur 10 papillons de l'éducation en magnanerie à la turque, sans feu, un seul a été corpusculeux, soit 10 pour 100. Troisième comparaison (autre graine ). — Sur 3o papillons de l'éducation en magnanerie chauffée, 10 ont été trouvés corpusculeux, soit 3o pour 100. Sur 10 papillons de l'éducation en magnanerie à la turque sans feu, un seul a été corpusculeux, soit 10 ponr 100. Il y a donc, dans les éducations à la turque, un moyen sûr d'amélioration de la graine. Ce n'est point du tout un mode industriel d'éducation propre à être appliqué dans nos climats sur une grande échelle. Il est brutal quand il s'emploie sans feu, comme je le suppose ici, et que la température s'abaisse considérablement durant quelques jours, ainsi que cela est arrivé en 1866; mais c'est une raison de plus pour que les papillons provenant de telles édu- cations soient de meilleurs reproducteurs. Plus un mode d'éducation est dan- gereux pour la santé des vers, plus sont robustes ceux qui survivent, lorsqu'un tel mode ne peut communiquer de maladie particulière aux vers à soie. On a beaucoup préconisé, et avec n.ison, les petites éducations. Elles se prêtent à des soins plus multipliés, et on peut mieux les préserver du genre d'infection sur lequel j'ai appelé l'attention des éducateurs, par des expériences directes, dans ma Note du iG novembre à l'Académie des Sciences; mais il faut bien s'entendre : Que l'on parte d'une bonne graine, et les petites éducations auront un im- mense avantage pour l'obtention d'une graine également bonne et abondante, surtout si ces petites éducations sont faites isolément, sans association ni voisinage de très-mauvaises éducations : les soins auxquels elles se prêtent donneront une abondante récolte de cocons, d'où sortiront de bons repro- ducteurs ; Si l'on élève, au contraire, une graine mauvaise, les soins dont on l'entou- rera donneront, il est vrai, un nombre de cocons d'autant plus grand, mais de cocons qui pourront être très-mauvais, et ce sera en quelque sorte un moyen de propagation de la mauvaise graine Digitized by Google 1HS MALADIE DES VERS A SOIE. TABLEAU N° lf>. — Observations sur les édurnti»ns en /tir in air. Des opinions généralement admises au sujet des petites édueations, des édurations dans les /Ht) s éloignés «les grandes éducations industrielles et sur le earartère épidéinii/uc de la maladie. Dans la Communication que j'ai faite à l'Académie des Sciences, au mois de septembre i8f»5, j'ai dit que sur 5 papillons d'une race indigène, qui m'a- vaient été remis par MM. Hollin et André, d'Anduze, et dont les vers avaient filé leur soie en plein air, où ils avaient passé tout le temps de leur éducation, 4 s'étaient montrés absolument privés de corpuscules, mais que tous les papillons, assez nombreux, qui m'avaient été remis par M. Laupies, membre du Comice agricole d'Alais, et dont les vers avaient été également élevés en plein air, s étaient trouvés corpusculeux. Ces deux résultats, si contraires, doivent être certainement attribués à la différence de qualité des graines qui avaient été élevées en plein air par MM. Hollin et I.aupie>. Grftce à l'obligeance de M. Rollin, j'ai pu étudier les produits de ses éduca- tions de i8oT>. Ils m'ont oiïert des particularités très-dignes d'intérêt Tout est autrement simple qu'on ne le croit, tel est du moins mon avis, et ce qui importe par-dessus tout, nous allons en avoir de nouvelles preuves, c'est d'avoir primitivement une bonne graine, laquelle peut être partout pré- parée et qualifiée sûrement, à la condition de recourir à l'étude microscopique, non de cette graine, mais des papillons qui lui ont donné naissance. Voici les résultats curieux auxquels je suis arrivé en observant, celte année, les papillons des petites éducations de Rouen et ceux des éducations, soit en plein air, soit en chambre, à Anduze. Je n'ai pas eu l'occasion de voir de chambrée industrielle chez M. Rollin. i° Tous les papdlons sans exception des petites éducations de Rouen étaient très-corpusculeux; ■>r Sur 2ti papillons de l'éducation en plein air à Anduze. 8 étaient corpus- culeux, soit 3oà 3i pour 100; 3° Sur 53 papillons de la petite éducation en chambre faite sur 5* r ,5 de graine environ, if> étaient corpusculeux, soit également 3o à 3i pour ioo. I.a graine de cette petite éducation provenait de celle des papillons de l'éducation en plein air de 18(0, laquelle renfermait des sujets corpusculeux, ainsi que cela résulte de ma Note à l'Académie du mois de septembre i8(')>. On voit donc que les petites éducations de Rouen, en i8()6, ont été plus dé- fectueuses que celles d'Anduze de la même année, et (pie si l'on n'a pas recours à un moyen sûr de reconnaître la bonne graine, on peut être induit en erreur par les procédés en apparence les plus rationnels Rien de mieux, je le répète de nouveau, que les petites éducations, mais à la condition qu'elles porteront sur de bonnes graines, reconnues telles par les Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 189 indications ordinaire?, for li fiées des résultais de l'observation microscopique des jwpillons. T.VULEAI .N rt 17. — Les graines qui renferment L'aurait]) il' œufs corpttsculeux donnent des chambrées détestables ; la présence tics corpuscules dans un ouf est un signe certain de maladie très-avancée. Les preuves de ces faits abondent et confirment les nombreuses observations faites chaque année par M. Cornalia. Dans l'éducation dont il s'agit ici (éducation de quelques mille vers d'une graine réputée pure et envoyée de Shang-Maï par un missionnaire), l'infection a élé telle, que les vers prét> à liler leur soie étaient déjà eorpuseuleux. Il n'y a eu que quelques cocons. Dans les observations qui accompagnent ce tableau, j'insiste de nouveau sur la possibilité de d.'duire des époques d'apparition des corpuscules chez, les chrysalides, une espère d'échelle de qualité pour la graine résultant des pa- pillons auxquels ces chrysalides donnent naissance. Tabi.EAI' n° 18. — Educations diverses, en i8f>G, de graines que j'avais pré- parées en i805 et qui étaient issues tic papillons que j'avais examinés sépa- rément au microscope et jmr cou/des isolés pour y découvrir la prt'sence ou l'absence tics corpuscules. Voici les principales conséquences auxquelles donnent lieu les observations sur ces éducations, toutes de graines japonaises, à moins que je n'avertisse du contraire : i° L<*s mêmes graines ayant élé mises à éclore en février et en avril, ce sont celles d'avril qui ont le moins bien éclos. \a différence dans les nombres d'œufs qui n'ont pas fourni de vers a même été considérable, au moins dans le rapport de i à 5 et davantage. Nécessité d'attribuer la cause de cette différence à ce que. dans les mois de février et de mars, il y a eu un travail embryonnaire dans les amfs, à cause de la douceur de la température. Au lieu de conserver la graine dans une chambre au nord, suivant la méthode du pays, il aurait fallu adopter un hivernage plus rigoureux. ■j" Plusieurs lots de graines indigènes ont éclos aussi bien en avril et môme mieux qu'à l'époque des éducations précoces de février. 3° Des graines détestables qui renferment un grand nombre d'œufs très- corpusculeux éclosent quelquefois tout aussi bien que celles qui .-ont relative- ment beaucoup plus saines. 4° Exemples de graines où la non-éclosion avait, au contraire, pour cause le degré avancé d'infection des œufs sous le rapport de la présence de* cor- puscules. Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. 5° Des papillons trés-corpusculcux (mâle seul, femelle seule, ou mâle et femelle ensemble) donnent fréquemment des graines absolument dépourvues de corpuscules; mais il peut arriver qu'avec de tels œufs une mortalité consi- dérable de morls-flats se délare après la quatrième mue, sans que ces morts- fiais soient le moins du monde corpusculeux. 6° Plus une ponte ollrc d'œufs corpusculeux, plus il existe de papillons corpusculeux. 7° Plus purs sont les papillons, au point de vue de la présence des corpus- cules, plus grand est le rendement de leur graine en cocons, moins est sen- sible la mortalité aux mues, plus il y a d'égalité dans l'éducation. En d'autres termes, il parait certain que la graine la meilleure est celle qui est issue de papillons non corpusculeux, toutes choses égales d'ailleurs. Il faut regretter cependant que je n'aie pu mettre ce fait en évidence qu'à l'aide d'une ou deux éducations de pontes isolées. Mais j'ai les éléments nécessaires pour repro- duire ces expériences en 1867 sur un nombre considérable de pontes. C'est ici qu'est le point vif de mon travail. 8° Des papillons chargés de corpuscules peuvent donner des graines non- seulement dépourvues de corpuscules, mais de cette giaine peuvent provenir des papillons non corpusculeux et en grand nombre. 9" Il y a plus : une ponte dont une foule d'irufs sont très-corpusculeux peut conduire à des papillons absolument dépourvus de corpuscules, de telle sorte qu'en isolant ceux-ci pour les faire |K>ndre à part , on ne j>eul douter qu'il soit facile de régénérer toutes les races de vers à soie, même les plus abâtardies et qui auraient fourni les plus mauvaises graines. Pourtant cette conclusion ne sera à l'abri de toute critique que s'il est établi, par mes re- cherches de i8l'>7, (pie les papillons sans corpuscules, issus de graines détes- tables, donnent des reufs tout aussi bons que les papillons également privés de corpuscules, mais issus de graines excellentes. Cela me parait certain. Il y a lieu néanmoins d'en rechercher des preuves directes. Tableau n° 10. — Krcmplcs d'échecs absolus dans des éducations {grandes et petites) qui ne peuvent être attribues à la maladie caractérisée par les corpuscules. Beaucoup de travaux sont à faire dans cette direction. Je suis très-j>eu fixé présentement sur les véritables causes, probablement multiples, de ces échees. A plusieurs reprises, pendant le cours de mes recherches de celte année, les insuccès dont il est question dans ce tableau m'avaient porté à penser que la maladie régnante n'était pas en relation directe et nécessaire avec la présence des corpuscules chez les papillons reproducteurs, ce qui est pourtant le point do vue dominant dece-i tableaux et de toutes mes observations. Mais la mul- tiplicité des exemples que j'ai recueillis où cette correspondance n'était pas Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 191 douteuse et surtout les résultats de mes expériences d'inoculation par les voies digestives d'un état maladif, donnant lieu aux formes les plus ordinaires des insuccès des chambrées, et mis en rapport direct avec le développement des corpuscules, me font regarder comme accidentels les échecs dont je [varie dans le présent tableau. Quoi qu'il en soit, et à tous les titres, les causes de cette nature de non-réussites méritent la plus scrupuleuse attention. Tableau n° 20. — Tableaux d'examens microscopitptes tic graines japonaises d'importation directe, principalement choisies parmi les cartons du Taicoun, et démontrant r/uc, parmi ces graines, on en trouve assez freauemment qui sont rorpusculeuses. Autres tableaux de graines indigent s ou de graines japonaises de reproduction, d'où l'on peut induire facilement tpte, dans ces deux dernières sortes, il y a, à l'ordinaire, un plus grand nombre d'uufs corpusculcux. Remartpic. — Lorsque les graines japonaises sont privées de corpuscules, elles ont, en général, une qualité bien supérieure aux graines indigènes éga- lement privées de corpuscules. Même observation lorsque ces deux sortes de graines contiennent des œufs corpusculcux ; c'est-à-dire qu'à égalité du nombre d'œufs corpusculcux, ce sont les graines japonaises qui l'emportent. Toutes ces différences tiennent, selon moi, à ce que le nombre des papillons corpusculcux au Japon est beaucoup moindre qu'en Europe, ou. s'il est quel- quefois égal, l'époque du développement des corpuscules chez les chrysalides doit être beaucoup plus retardé. Tableau n° 21. — La maladie est constitutionnelle dans une foule de cas. Elle existe avant l' ipparition des corpuscules. Cela résulte d'un grand nombre d'observations consignées dans les tableaux précédents. La maladie est-elle parasitaire ".' Je n'ai sur ce point (pic des idées préconçues, qui me portent à croire que les corpuscules sont des organites : r parce que la maladie est certainement constitutionnelle dans nombre de circonstances et précède l'apjvarition des corpuscules ; o. n les repas de matière corpusculeuse font souvent périr les vers jeunes sans que, dans le corps de ceux-ci, il y ait des corpuscules; 3" je n'ai pu, jusqu'à présent, surprendre chez les corpuscules un mode de reproduc- tion; 4° l°ur mode d'apparition ressemble à une transformation des tissus. Pourtant, je suis très-frappé des opinions et des faits énoncés par Leydig, professeur à l'Université de Tubingcn, dans divers Mémoires, depuis quo ce savant zoologiste a bien voulu me communiquer par écrit quelques-unes de ses observations, adoptées récemment par M. Balbiani. Malheureusement personne n'a rien découvert de précis au sujet du mode possible do reproduction des corpuscules, et toutes les recherches doivent se Digitized by Google 192 MALADIE DES VERS A SOIE. concentrer sur ce point très- important do leur histoire. Ni M. Leydig, ni M. Ualbiani n'ont traita du mode d'apparition des corpuscules, et les faits signalés par M. Lébort ne sont pas confirmés. Pour moi, voici ce que j'ai vu. Là où les corpuscules vont prendre naissance, je n'aperçois d'abord qu'un ti>su ou une matière amorphe translucide ; j'y distingue des granu- lations confuses; puis, je soupçonne des formes de corpuscules ayant déjà la dimension des corpuscules adultes, mais sans avoir le moins du monde la visibilité de contours, ni l'éclat, ni la liberté d'aller et de venir. Li substance se délimite d'elle-même en quelque sorte sur toute sa surface par un dessin de corpuscules presque invisibles d'abord et peu à peu de plus en plus nets dans leur contour ovalaire, se tenant les uns aux autres sans doute par les portions de matière non transformable ou non encore transformée en corpus- cules. En d'autres termes, le corpuscule ne ma point paru du tout élTo quel- que chose qui grandisse, qui soit d'abord un point et qui grossisse ultérieu- rement. Dans le tissu se dessinent de prime saut des ovales presque invi- sibles, et ce qui s'accuse et grandit de plus en plus, si je puis m exprimer ainsi, c'est la netteté de leur contour et la réfringence plus accusée de leur masse. Existât-il une liaison matérielle quelconque entre les corpuscules à l'état adulte et ce substratum de la première évolution des globules? Je ne l'ai jamais aperçue TABLEAU N° 22. — Etude de chrysalides de corons étouffés h des époques antérieures à la maladie, ou provenant de localités qui n'avaient pas lu maladie alors qu'elle sévissait déjà en Europe. Ijc résultat est que plusieurs de ces chrysalides renferment des corpuscules. Tableau n" 23. — Influence de repas dont les feuilles étaient associées à des substances étrangères diverses. T'fàci rénumération de la mit un- de ces essais, qui ont czigé un temps considérable sans une grande ut dite : trois repas ordinaires, trois repas à température élevée, sucre en pondre, phosphate de chau.r, sulfate de fer, goudron, térébenthine, lait, vinaigre, feuille jeune, repas très-multipliés, feuille fermentée, café, coaltar, farine île riz, farine de froment, etc.; il y avait un seul repas anormal par jour, les autres étaient de feuille ordinaire. On a formé un grand nombre de lots de ioo vers chacun prélevés tous dans une môme éducation et on les a élevés en associant les feuilles à telles ou telles de ces substances tres-di visées sous les états solide, liquide ou de vapeur, et on a examiné les papillons au microscope. Les résultats offrent quelques points mal définis encore et qui ne donnent que quelques indica- tions vagues au sujet de remèdes préservatifs de la maladie. Ce qui frappe le Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 193 plus à la lecture des observations auxquelles ont donné lieu ces nombreuses éducations partielles, c'est le peu d'influence de ces additions de matières sur la santé générale des vers, bien que les repas anormaux eussent été prolongés pendant toute l'éducation. 1^ plus mauvaise éducation au point de vue de la multiplication des corpuscules chez les papillons a été offerte par le lot élevé à une température sensiblement supérieure à i5 degrés Réaumur sins augmentation du nombre des repas. Les repas avec addition de lait, ceux avec vapeur de térébenthine, ceux avec vapeur de goudron des appareils inhala- teurs de Sax (1) et ceux avec sulfate de fer ont conduit au plus petit nombre de papillons non corpusculeux. L'éducation au lait n'en a pas offert du tout. Mais je ne puis déduire des résultats de ces éducations aucune conclusion qui me satisfasse, parce que le hasard a voulu que les vers qui m'ont servi fussent sains; d'où il est résulté que les éducations ordinaires de ces vers ont donné très-peu de papillons corpusculeux. Le moindre nombre des papillons sans corpuscules, dans quelques-uns de mes essais comparés, perd donc beaucoup de son importance. Tableau n° 24. — Education avec feuilles recouvertes de corpuscules em- pruntés aux poussières scelles de magnaneries ou aux débris du corps de vers ou de papillons corpusculeux. Les résultats de ces éducations ont été suffisamment indiqués dans mes lectures à l'Académie du a) juillet et du 26 novembre, pour qu'il soit superflu de m 'arrêter à les résumer ici. Je ferai seulement remarquer que, dans quel- ques-unes des éducations avec repas de feuilles rendues corpusculcuses par des poussières sèches de magnaneries, si les repas de celte nature venaient à être suspendus longtemps avant la montée, les papillons provenant des vers qui avaient résisté à ces repas pouvaient n'être pas corpusculeux si la graine originelle était bien saine. L'ingestion des corpuscules n'entraîne donc pas forcément le développement de ceux-ci, si on ne la prolonge pas indéfiniment, et alors même que cette ingestion a donné lieu à une grande mortalité des vers à la suite de tels repas. Tableau n° 25. — Examen microscopique des jxuissières de magnaneries des environs d' A lois. Abondance souvent excessive des corpuscules, particulièrement dans 1rs poussières des magnaneries qui ont renfermé, l'année précédente, de mau- vaises éducations, c'est-à-dire des éducations non réussies. (1) Je dois a l'obligcnce de M. Sax trois do ces appareils, qui son l, je c rois, ce qui a été de mieux imaginé pour répandre des vapeurs en quantité plus ou moins grande. II. 1* Digitized by Google 191 MALADIE DES VERS A SOIE. Us tableaux qui précèdent ne renferment pas encore toutes mes observa- tions, mais ils suffisent néanmoins pour appuyer et compléter les conclusions de la Communication que j'ai faite, en juin et juillet 18G6, au Comice d'Alais, à la Commission impériale de sériciculture et à l'Académie des Sciences. J'espère qu'ils pourront être de quelque utilité aux éducateurs intelligents, dans la campagne prochaine. C'est le motif qui m'a engagé à les soumettre dès aujourd'hui à la Commission impériale. L. PASTEUR. INSTRUCTION PRATIQUE POUR PRODUIRE DE BONNES GRAINES DE VERS A SOIE (l). M. Pasteur [1) va poursuivre ses expériences pendant la campagne de 1867, alin de contrôler les conclusions de celles qu'il a faites en 18G6. Le nouveau travail que l'on vient de lire doit donc traduire encore sur plusieurs points l'incertitude qui accompagne toute recherche scientifique inachevée. M. Pas- teur est le premier à proclamer qu'il ne possède pas les preuves définitives de ses opinions. Mais, comme il importait beaucoup de pagner une année, et qu'il y a, dans tous les cas, un puissant intérêt à multiplier le plus tôt pos- sible des essais tentés d'après des vues qui, dès a présent, s'offrent avec des caractères nombreux de vérité et de déduction logique, nous pouvons sup- poser un instant très-exactes les vues qui servent de guide à M. Pasteur, et admettre avec lui que le critérium de la bonne graine pourrait bien être, en effet, l'absence des corpuscules chez les papillons reproducteurs. Voyons, dans cette hypothèse, et en nous plaçant exclusivement au point de vue pratique, ce qu'il y aurait à faire pour se procurer de la bonne graine pendant la cam- pagne prochaine. Pratiques à suivre pour se procurer de la Itonne graine. Ne nous arrêtons pas aux indications tirées de la marche de l'éducation. Chacun est édifié sur ce point, c'est-à-dire que, suivant les pratiques an- ciennes consacrées par l'usage de tous les pays sérigènes, il ne faut recher- (1) Elirait du Messager agricole du Midi, numéro de février 1867. (î) La Note qui forme cette Instruction pratique n été soumise à M. Pasteur, qui en a autorisé la publication. Digitized by Goc NOTES ET DOCUMENTS. cher pour le grainage que des éducations qui ont été satisfaisantes. On com- prend, en effet, que si des vers ont souffert, s'il y a eu parmi eux une assez grande mortalité par une cause inconnue, alors même que les papillons pro- venant de leur éducation seraient exempts de corpuscules, ces papillons pour- raient avoir une affection cachée héréditaire sans rapport avec la maladie propre à ces petits corps. C'est même une circonstance qui se présente assez fréquemment, ainsi que j'en donnerai des preuves lorsque je traiterai de la maladie des morts-flats. Notez bien l'époque de la montée. Ce sera, si \ous le voulez, le 10 juin qu'elle aura lieu pour la presque totalité des vers de votre chambrée. Le 1 5 juin , allez prélever en différents points, dans la chambrée, vingt cocons ou davantage. Examinez au microscope séparément chacune de leurs chry- salides. Je suppose qu'elles n'aient pas de corpuscules. Le 20 juin, refaites le même travail; puis le a5juin. Supposons toujours que vous ne trouviez pas de corpuscules. Vers le 3o juin, apparaissent les papillons. Nouvel examen sur cinquante de ces papillons pris au hasard. Admettons encore que tous, ou presque tous, n'aient pas de corpuscules. Alors avez toute confiance dans la graine que de tels |>apillons pourront vous donner. Faites grainer toute votre chambrée, si vous le désirez, en procédant au grainage d'après les errements et avec les soins d'autrefois. Enfin, procédez pour elle à un bon hivernage. Généralement les papillons de la fin et de l'origine ont la même proportion. Si l'on craint un mélange ou que ceci ne soit p^, il faut attendre la sortie des derniers. Si, dans vos visites à l'époque des grainages, ou d.ms les indications qui vous seront données de vive voix, vous apprenez que telle personne est satis- faite et de sa chambrée et de son grainage, et que l'idée vous vienne d'ache- ter une portion de la graine de ce grainage, comme en fait de papillons il faut se défier des apparences, priez le graineur de vous remettre ses papillons mâles après le désaccouplement et aussi les femelles après qu'elles ont pondu. Examinez-en une cinquantaine ou davantage au microscope, et si ces papil- lons sont en grande majorité privés de corpuscules, achetez en toute con- fiance leur graine. Le grainage dont il s'agit, dont on vous a vanté la beauté des vers, des cocons et des papillons, s'effectue-t-il loin de vous"? Faites de même. Priez qu'on vous envoie par la poste une centaine de papillons après qu'ils auront donné leur graine. Le voyage doit-il être long, craignez- vous les insectes, etc.? Dites que l'on place les papillons dans une bouteille avec de l'eau-de-vie. Vous pourrez les conserver ainsi pendant plusieurs mois, et bien plus longtemps si vous le désirez. Il faudrait arriver à faire le commerce de la graine avec la garantie des papillons. Une objection s'est présentée certainement à votre esprit. Comment faire pour se donner le temps d'envoyer à la filature, si besoin est, dans le cas où il serait reconnu que les cocons sont défectueux pour graine? i3. Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. Au lieu d'agir comme il a été dit tout à l'heure, lorsqu'il était question, non de grainn»es déjà en train, mais de chambrées, on prélèvera sans choix, de côté et d'autre, dans la chambrée, quelques centaines de cocons, et on les portera dans un local dont la température soit de quelques degrés au- dessus de celle de la chambrée, afin d'avancer la sortir de ces cocons, et ce sera sur ce lot de cocons qu'on fera les épreuves indiquées ci-dessus pour les i r >, vio, "25 et 3o juin. Quant aux petites éducations pour graines, tant préconisées et si peu sui- vies, les résumés de M. Pasteur nous apprennent à quelle condition elles peuvent réussir. Rien n'est plus utile que les petites éducations pour graines ; mais c'est à la condition expresse que l'on partira d'une bonne graine. Sans doute, on a toujours dit cela, et il n'y a personne à convaincre à ce sujet; niais M. Pasteur y ajoute le critérium pour reconnaître la bonne graine, sans laquelle les petites éducations ne sont qu'un moyen propre à favoriser la mul- tiplication des graines défectueuses. Prenez des pontes appartenant à des papillons mâle, et femelle, exempts de corpuscules, et élevez ces pontes en petites éducations. Elles vous donneront d'excellents reproducteurs et nom- breux. Songez qu'avec un seul couple non corpusculeux de nos belles races, vous aurez, en général, i kilogramme de cocons, lesquels ne vous donneront pas moins de i à 3 onces de graine. Quoi de plus facile que l'éducation soi- gnée, loin de la magnanerie, dans votre cuisine ou dans votre chambre à coucher, d'une ou de deux ou trois pontes dont vous vous serez assuré que les deux, quatre ou six papillons étaient privés de corpuscules! Avez-vous par hasard quelque raison de croire que votre petite éducation vous a donné des cocons suspects pour la reproduction? Ayez recours à votre microscope. 11 vous dira exactement à quoi vous devez vous en tenir sur vos doutes. I>e microscope vous fait-il peur? Sachez bien qu'en Allemagne, dans beau- coup de localités, il est défendu de vendre de la viande de porc sans la ga- rantie de l'observation microscopique, et que dans les plus petites communes, moyennant i à a francs, on se procure, auprès d'une personne désignée à cet effet, un certificat de constatation microscopique. Avez-vous un peu de mauvaise graine d'une race très-belle que vous dési- riez régénérer, c'est-à-dire faire pulluler chez vous? M. Pasteur vous dit encore que rien n'est plus facile. Élevez à part quelques centaines d'œufs seulement de cette graine avec de grands soins de propreté. Ainsi, éloignez jour par jour les petits, les morts, les pourris.... Garantissez- vous des pous- sières de vos litières et des poussières des mauvaises éducations. Vous aurez certainement des papillons, peu ou beaucoup, n'importe. Comme vous serez parti d'une mauvaise graine, la plupart de ces papillons seront mauvais: mais, comme vous aurez évité autant que possible l'infection par contagion qui résul le des exjjériences posil i ves de M . Pasteur ( novembre 1 8GG , Comptes rendus tir l'Académie des Sciences), il arrivera que parmi ces papillons quelques- Digitized by Goo NOTES ET DOCUMENTS. Iî»7 uns seront excellents, c'est-à-dire privés de corpuscules. Le microscope vous en instruira; mais il est essentiel, pour découvrir ces papillons avec profit, de procéder d'abord par grainage cellulaire. En d'autres termes, vous fore/, pondre à part chaque couple en numérotant les cellules, et vous examinerez les papillons des diverses pontes. Conservez alors, pour les élever l'année suivante, les pontes des couples non corpusculeux, en petites éducations très- soignées. Celles-ci vous donneront une abondante récolte de bons cocons reproducteurs. Mais, direz- vous, cette bonne graine s'altérera de nouveau. Que vous im- porte! Vous avez à votre disposition et le moyen de savoir si elle s'altère et le moyen de la conserver pure par les petites éducations dont il a été parlé en premier lieu. Il y a un point sur lequel M. Pasteur appelle l'attention des éleveurs et qui pourra avoir beaucoup d'intérêt dans l'avenir si l'expérience parlo en sa faveur. Convaincu, par ses propres observations sur des cocons étouffés d'avant l'époque do la maladie, que les corpuscules ont toujours été abon- dants chez les papillons, M. Pasteur se demande quel est le degré de tolé- rance qu'on pourrait accorder à des papillons chargés de corpuscules pour qu'ils fussent jugés propres à faire de la graine rémunérai rire, c'est-à-dire bonne, industriellement parlant. A cette question, M. Pasteur répond que toutes les fois qu'une chambrée a été détestable, qu'elle a fourni peu de pro- duit, qu'il y a eu des petits et des petits corpusculeux, etc., les chrysalides des cocons obtenus sont toujours chargées de corpuscules dès les premiers jours de leur formation. La montée, par exemple, a-t-elle eu lieu lo 10 juin, dès le i5 juin vous trouverez 10, 3o, 5o pour 100 et davantage de chrysalides avec corpuscules, et ce nombre augmente rapidement les jours suivants. Dans ce cas, la graine is^ue de tels cocons est absolument mauva ; se. II y a, au contraire, des circonstances où une rhambrée dans laquelle la montée sera faite le 10 juin et dont tous les papillons offriront des corpus- cules le 3ojuin, qui n'offrira pas de corpuscules dans ses chrysalides ni le i5 juin, ni le 20 juin, ni le 92, ni le v.5, ou du moins à jwine celles-ci commenceront-elles à en montrer dans ces derniers jours. M. Pasteur pense que c'est dans ce cas. assez fréquent selon lui, que les papillons peuvent en- core fournir des graines industrielles. Mais, pour le moment et jusqu'à ce que les études se soient assez multi- pliées sur ce point, il est prudent de ne rechercher pour graines que les chambrées dont la totalité ou la grande majorité des papillons sera privée de corpuscules. Les résumés de M. Pasteur prouvent qu'il est assez facile du irouver de telles chambrées, même parmi les races du pa\s. MALADIE DES VERS A SOIE. LETTRE DE M. L. PASTEUR A M. H. MARÈS, cotinF.spo>r>v>T ni l'académie des sa excès (i). Au PonMiisquet, près d'Alais, le i rr mars 1867. Vous connaissez les opinions 'qui résultent de mes premières recherches, et combien elles seraient consolantes pour cette belle industrie de la production de la soie, si les observations qui les appuient présentement se trouvaient con- firmées par des études nouvelles. Le fléau qui ruine depuis tantôt vingt années ces contrées du Midi, autrefois si prospères, aujourd'hui si désolées, serait une vieille affection inhérente à tous les pays sérigènes, presque à toutes les cham- brées, aussi loin que l'on aille observer le \er à soie, en Europe ou dans l'Orient, dont personne ne se plaignait quand les produits des éducations étaient rémunérateurs, mais qui n'en existait pas moins, faisant de sourds ra- vages, et, comme le feu qui sommeille sous la cendre, toujours prêt à s'attiser par des circonstances diverses. Je pense, en outre, qu'il est facile de le com- battre, de l'éloigner même entièrement, au prix d'un examen microscopique simple et rapide dans son application. Enfin, parce qu'il aurait été reconnu dans son origine et dans ses effets, ce mal prétendu terrible, on aurait à l'avenir les yeux ouverts sur lui, de façon à diminuer considérablement jusqu'à l'in- fluence cachée dont je parle, qui a toujours contribué à amoindrir la fortune des éducateurs. La sériciculture acquerrait ainsi une prospérité jusqu'alors inconnue ; de telle sorte que la maladie actuelle deviendrait l'occasion d'un pro- grès salutaire. Plus que |>ersonne je recherche ce qui peut contrarier ces principes, en même temps que je m'efforce de contrôler les faits qui me les ont suggé- rés (a) En jetant les yeux sur ces tableaux et sur ceux qui sont relatifs aux papil- lons japonais , vous voyez immédiatement la différence qui existe entre les grainages du Japon et ceux de notre pays. Au Japon, qui nous envoie de bonnes graines, si l'on choisit au hasard des papillons dans une foule d'éduca- tions, on trouve un grand nombre de ces papillons absolument sans corpus- cules, et parmi ceux qui sont corpusculeux, beaucoup le sont peu, compara- tivement à ceux des races indigènes. (0 Montpellier, 18G7; Pierre Grolicr, éditeur. (1) Suivent mes observations, déjà reproduites au tome I er , sur la recherche des corpuscules dans des chrysalides ou papillons antérieurs aux époques de maladie, et sur l'état corpusculeux des graines et des papillons d'éducations faites au Japon, en 18GC, mis en opposition avec l'état corpusculeux des papillons de quatorze Brainages indigènes de cette même année. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 109 Au contraire, chez nous, dans quatorze grainages pris au hasard sans choix, dans une même localité, tous les papillons sans exception sont corpusculcux, et chaque champ du microscope en montre par centaines et par milliers. N'est- il pas probable, sinon certain, que telle est la cause de l'affaiblissement consi- dérable des graines indigènes? N'est-ce pas là l'origine de l'étisie des vers, de leur prédisposition excessive à la multiplication des corpuscules et la source des désastres de nos chambrées? Mais que faire? Où chercher le remède? Quelque mystérieuse influence n'enveloppe-t-elle pas nos contrées séricicoles? N'existe-t-il pas, comme on l'a pensé, une sorte de choléra des vers a soie, et le mal n'est-il jvas si général qu'il soit impossible de le vaincre? Examinons la question ainsi posée. Vous penserez sans doute que le but serait atteint si nous pouvions arriver à constituer en France un état pareil à celui du Japon, tel : i° que nous rencontrions dans les papillons de nos "rai- nages une foule de papillons privés de corpuscules; -i" que, jwrmi les papil- lons corpusculeux, le plus grand nombre le fussent à un faible degré. Eh bien, je vais vous montrer qu'il est facile d'y arriver, et que nous pouvons, sous ces divers rapports, être supérieurs au Japon. Passons en revue, si vous le voulez bien, d'autres grainages faits en France, mais choisis et non pris au hasard. Commençons par les grainages de races japonaises. Voici le résultat de l'examen des papillons de grainages dont les éducations ont été faites sous mes yeux, au Pont-Gisquet, par MM. de Lachadenède et Despeyroux, au nom du Comice agricole d'Alais. TA RLE AL IS° 20. C»A|XAOE DE COtOSS 1LASCS. (Carton B,-î3o8, tabl. n° 1.) 1 PIPILLO** .ou ml» itTAT DES AILES. k l'oipérleace. SOMBRE d« eor- 9*T champ. ! rll a ouw Million. o 2 Id. 0 3 Id. 0 4 1,1. So 5 Id. 0 6 Id. 0 7 Id. 0 8 Id. o 9 Id. 0 10 Id. 0 200 MALADIE DES VERS A SOIE. TABLKAU ÏS° 0|. DE COCONS \ERTS. (Carton B,-3 ( J33, tabl.nM.) TARI FAI' N° 22. CRAINAf.E DE COCONS VHITS JAPONAIS. PAPILtONS NOMBRE PAPILLONS > NOMBRE ftOO III t tf a l'eipcrlcnce. t. 1 .1 1 nia de cor- im*rule* per ctump. tournis à 1 eipérlence ÈT»T DES AILES. • de cor- putculr* par champ 1 1 Papillon Je premier euoli « » ; Belle» elle» mus la- ( CDCt. O o » 1 Id. 0 2 Id. 1 1 3 là. 3o S Id. iSo 4 Id. o 4 Id 1 (Ml 5 Id. 0 5 Id. 20 G Id. 5o G Id A yj 7 Id. o 7 Id M 14 m 0 8 Id. o 8 Id PHI 1 O 9 Id. ° 9 Id. o 10 Id. o 10 Id. 10 U '"j ,oo » Aile* plu* ou moiu tacuéeiet pUMéee | 5o 12 Id. o 12 Id. i5o 13 Id. 0 13 Id. o 14 Id. 90 14 Id. 0 15 Id. 5o i:> Id. o 16 Id. o 1G Id. 0 17 Id. o 17 Id. 10 IX Id. 4o 18 Id. 5 19 Id. 3oo 19 Id. 5o 20 Id. o 20 Id. 0 Que résulte-il de ces observa lions? Comjwre/.-les à celles des papillons vc- nanl du Japon et élevés également dans ce pays en i8Gf>. et vous verrez que nous avons ici dos résultats du même ordre et quelquefois meilleurs qu'au Japon. Mais il n'en est pas toujours ainsi à beaucoup près. Vrtation directe. (/Wr tableau n° 23.) Nous retomlxms ici sur des papillons aussi mauvais 04 CRAI3AI.E DE COCO S S BLASCS (RACE 8ISA). TABLEAU N° 25. GR.U.IACE DE BEACX COCO>S MISES ( INDICEES). PAPILLONS NOMBRE de cor- •oomli * ÉTAT DES AILES. puscule* l'eipérleace. par cbamp. 1 Belle» ailes tan» lâ- che* _ 1 - 2 Id. O 3 Id. 0 4 Id. O 5 id. 0 G id. 0 7 | Plmlenr» tache». 0 8 1 Allée petit**, atro- phiée». 1 3000 9 Aile* trée-pet., plie- ■4m, O 10 Aile» plUaée», troue 0 tache. » 1 Ailei pllasee», tom- bante». 0 1 » 1 1 PAPILLOMS k l'eipérleace. ÉTAT DES AILES. de cor- Pi r champ. 1 1 Belle» «Ile» mm u- 0 2 • Id. 0 3 Id. i5o 4 Id. 100 5 Id. 0 6 • Id. 0 7 Id. 0 8 Id. 0 9 Id. 0 10 Id. 0 11 Id. 0 12 Id. 0 Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 203 TABLEAU N° 26. UUI9UCI DE DEUX COCONS INDIGENES (blancs ). NOMBRE de cor- ÉTAT DES AILES. putcule» à 1 expérience par champ » Belles ailes moi tâ- che». 0 2 Id. 0 3 ld. 0 4 Id. 0 5 Id. O G Id. 0 » 1 Aile» courbe» et lâ- chée» « 8 1 Belle» aile», » pellles tache» 1 • • 1 Belle* aile», i ou | 6 tacbe». S 10 | Petite» «Ile», 3 pe- tite» tache» 1 • 11 1 tache». 1 • 12 Id. o Il existe donc chez nous, en races du Japon et en races indigènes, des cham- brées à papillons privés de corpuscules. Voici seulement la grande différence entre le Japon et la France : tandis qu'en France, sur 100 chambrées à graine du Japon, la majorité offre des papillons pour la plupart privés de corpuscules, ce qui est également, nous venons d'en avoir la preuve, la situation du Japon, même avec un certain avantage pour ce dernier pays, on trouverait peut- être 90 à g5, et même plus, dans certaines localités, de chambrées à papillons très-corpusculeux pour nos races indigènes. Mais qu'importe! 11 est clair que, si peu nombreuses que soient les exceptions, elles peuvent devenir pour nous la planche de salut. Voulez-vous élever des races japonaises? il vous sera très-facile de rencon- trer des grainages à papillons sans corpuscules. Voulez-vous élever des races indigènes, et c'est le but qu'il faut atteindre, à cause de leur grande supério- rité? vous pouvez encore trouver des grainages à papillons privés de corpus- cules. Cela est, je ne dirai pas facile, mais possible. Il faudra seulement mul- tiplier davantage vos recherches au moment du grainage, et quand vous aurez une bonne graine, veillez sur elle, évitez de la corrompre par votre faute, Digitized by Google 204 MALADIE DES VERS A SOIE. faites une petite éducation plus soignée pour graine. Le microscope vous dira, par l'examen des papillons, si vous pouvez compter sur elle. Dans le cas de la négative, renouvelez vos recherches pour vous procurer un bon grainage. Je viens d'avoir l'occasion de constater qu'il est plus facile que je n'osais le prévoir, de rencontrer dos grainagesde races indigènes tout à fait exempts de la maladie (1rs corpuscules, \jp ï5 juin dernier, j'avais prié les chefs d'une grande filature du Vigan, iMM. Brouilhet et Baumier, d'écrire d'urgence à quelques personnes qui avaient été dans l'Aveyron et ailleurs pour faire de la graine, afin qu'elles voulussent bien placer dans l'esprit-de-vin quelques centaines des papillons de leurs différents grainages. Tout récemment, MM. Brouilhet et Baumier m'ont envoyé quatre bouteilles pleines de papillons prélevés dans quatre grainages différents, de races de jwys. Or, sur 200 papillons, 3 seulement se sont mon- trés corpusçuleux, et trois lots n'en ont pas offert du tout qui fussent atteints. Vous devez comprendre dès lors combien il y aura peu de difficultés à ap- pliquer le procédé de grainage que je préconise et à multiplier la graine exempte des germes de la maladie qui est caractérisée par la présence des corpuscules. Est-ce toute la maladie que la maladie des corpuscules? Nous le verrons bien ultérieurement ; mais, sans nul doute, c'en est une des plus répandues et des plus dangereuses. Comment ne pas admettre que nous 1 éloignerons à volonté par le moyen que j'indique, et qu'il est si simple d'appliquer et do propager? laissez-moi revenir encore sur l'infection possible des chambrées. Je vous ai dit tout à l'heure qu'à quelques centaines de mètres du Pont-Gisquet, un éducateur avait échoué complètement dans l'éducation de graines indigènes très- mauvaises. La magnanerie dont il s'agit ici n'était pas nettoyée encore à mon arrivée cette année, c'est-à-dire que le tas de crottins, des poussières et des débris les plus menus de toutes sortes que l'on enlève des tables à la fin de l'éduca- tion et que l'on met dans un coin pour en nourrir les bestiaux, les porcs, etc., se trouvait encore intact. J'en ai tamisé une portion, afin de recueillir les |>oussières les plus fines, conformément aux indications de ma Note du a3 juillet i8fiG. Or, je ne saurais vous dire la quantité extraordinaire de cor- puscules que contiennent ces poussières. Il y a, comme bien vous pensez, une multitude infinie de spores de moisissures dans ces poussières, car vous savez ce que sont les litières à l'époque de la montée. Eh bien, le nombre des spores n'est rien auprès de celui des corpuscules. Par un calcul approximatif assurément fort grossier, je trouve que si l'on répandait uniformément dans l'atmosphère, au-dessus du département du Gard, la totalité des corpus- cules du tas de poussières de cette seule magnanerie, et qu'ils vinssent à tom- ber sur le sol, chaque mètre carré du département en recevrait un certain nombre. Supposez que cette magnanerie ne soit pas lavée et nettoyée à fond, blan- Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 20:> chie à la chaux partout, le plancher lavé et relavé, combien de germes de contagion ne vont pas s'y trouver si vous vous reportez aux résultats des exj>ériences exposées dans ma Note du a6 novembre 1866? En résumé, si rien ne me fait illusion, si les recherches que je vais pour- suivre ne m'obligent pas à modifier profondément ma manière de voir, il me semble que nous sommes conduits, par toutes les observations qui précèdent, à envisager les choses beaucoup moins en noir qu'on ne l'a fait jusqu'ici, et que le salut est entre nos mains et sous nos yeux. Surtout qu'à notre époque, en présence de cette diffusion incessante des lumières, on ne vienne pas dire qu'il faudrait trouver quelque chose de plus simple qu'un remède préventif qui consiste à placer l'œil sur l'oculaire d'un microscope, après avoir broyé un papillon dans un mortier avec quelques gouttes d'eau, véritable jeu d'enfant et qui demande un apprentissage d'une heure ou deux! Une pareille fin de non-recevoir ne serait que ridicule, sur- tout quand on songe qu'il s'agit ici d'intérêts qui se traduisent, jwur la France seule, par une perte annuelle s'élevant à 3o, 40 et 5o millions de francs, et, pour chaque propriétaire sériciculteur , par celle de la meilleure et souvent de la seule part de son revenu. J'examinerai dans la secondo partie de ma lettre les résultats que j'ai ob- tenus d'éducations de graines issues de papillons corpusculeux , les uns très- peu, les autres beaucoup. Comment se comportent de telles graines? Les vers auxquels elles donnent naissance deviennent-ils tous de mauvaises chrysa- lides et celles-ci de mauvais papillons? Le vice héréditaire qu elles possèdent sûrement (nous en aurons des preuves tout à l'heure) est-il irrémédiable et tel, par exemple, que, si les vers arrivent à faire des cocons, les papillons sortis de ces derniers seront corpusculeux comme l'étaient ceux qui ont fourni la graine? La solution de cette question importe extrêmement au sujet qui nous occupe, de la possibilité ou de l'impossibilité d'une régénération gra- duelle des races des vers à soie et de la prospérité future des chambrées. En d'autres termes, que peut-on attendre d'une graine quelconque en très-petites éducations, avec des soins et des précautions de l'ordre de celles que cha- cun peut prendre , le cultivateur ordinaire aussi bien que le praticien le plus éclairé? Dès la fin de i8G5 je préparai, pour mes études de l'année suivante, des pontes isolées appartenant à des couples dont j'avais étudié les papillons au microsepe. Malheureusement, l'invitation de me livrer à des recherches ne m'ayant été suggérée par M. Dumas que dans les derniers jours de mai, lors- que j'arrivai, après quelques semaines d'études, à l'idée de déterminer la valeur des graines par l'examen, non de celles-ci, mais des papillons qui les four- nissent, il n'y avait plus de papillons ni de grainage à Mais, ta campagne sé- ricicole était achevée. Pourtant je pus me procurer quelques couples et leurs |>ontes dans les conditions que je viens d'indiquer. J'élevai ces pontes en 1866. Ix« tableau suivant fait connaître quelques-uns de leurs résultats. Digitized by Google 200 MALADIE DES VERS A SOIE. i ? s s ? ? s 3 0 — >o >o r-s O f 5** î a ï* i° !** 1 1 . ° • • : ; . • • • 8 " £ 2 % 5f * — 3 Peu de corpuscules. j Pas de taches aux ailes, j i rares corpuscules. i 1 Mauvais aspect, aile ta- i ! chée , corpuscules à < profusion. ■ Foule de corpuscules. Pas de corpuscules. ( Ailes sans taches, foule 1 de corpuscules. Beaucoup de corpuscules. [ Belles ailes sans taches, ! corpusc. à profusion. SIGNALEMENT (10 MALE. Pas de corpuscules. j Pas de taches aux ailes, j ! rares corpucules. ■ Ailes recoquillées, cor- i puscules à profusion , . par places. Corpuscules à profusion. [ Ailes tachées, corpusc. j ' partout ù profusion. ' i Ailes sans taches, corp. j ! à profusion, par places. 1 Beaucoup de corpuscules.! \ Belles ailes sans taches, J corpusc. a profusion. SIGNALEMENT de LA rEMELLF. . - 1 3 ^ w | o w — ^ t*» 'O w i-J s. a. t. •5 ï » : : H O PB g r r- o > S • 1 Pas de corpusc. J Pas de corpusc. | 1 Pas de corpusc. J i Six groupes cor-l ! pusculeux. | Pas de corpusc. i Un seul groupe | corpusculeux. [ Beaucoup de cor- | pusc. dans cha- ' eu n des groupes. ■» g a S a & n * » • î î î S M çj .g J- fj «_ .p j S-î 5i;,'2 J =Ï5 =î ;? S; ^» 2 1 î -1 S S = 2 g „ c f » 2 B _. » » S - • - - S" S' .1 f S = i» £ - l ït ïï S?- sr 33 r r OBSERVATIONS. r. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 207 A l'exception des papillons des couples n°* 6 et 24, presque tous les papil- lons, mâles et femelles, liaient donc tres-corpusculeux. A l 'Époque où je tai- sais ces observations, je n'avais pas encore pris l'habitude de noter le nombre approximatif des corpuscules par champ du microscope. tes expressions (pie j'emploie dans ce tableau : fouie de corpuscules, corpuscules h profusion, devaient correspondre probablement à plusieurs centaines par champ ; celle-ci : corpuscules h profusion h des places restreintes, à 10, ao ou 5o corpuscules par champ. Autrefois je détachais un fragment des tissus du corps pour re- chercher la présence ou l'absence des corpuscules. Le fait de l'existence des corpuscules dans certains œufs des pontes n°* 12, 22, 15 et 2, prouve assez que les papillons de ces pontes étaient chargés d'une quantité énorme de corpuscules, puisque nous voyons les pontes 21 et 23 no pas offrir d'oeufs corpusculeux, malgré l'abondance des corpuscules chez les papillons correspondants. De la graine corpusculeuse au degré, de celle des n°* 12, 22, 2, devrait être sacrifiée s'il s'agissait d'éducations en chambrées. Or, quel a été le résultat des éducations de ces couples? I,es meilleures de ces éducations, celles qui ont offert le plus d'égalité dans les vers et le plus grand nombre de cocons sont les pontes 6 et 24, ainsi que le montre le tableau suivant : Digitized by Google 20H MALADIE DES VERS A SOIE. TABLEAU I>° 28. DFSIGNATIO.N des PONTES. fiOSIHKK DES \ERs wporéa aprét 1. »• mue. 1 XOMHRF. DES COCOS» obtenut NOMBRE CES COCONS »ar i'«> ver* complet aprét Il *• mue OBSERVATIONS 44 60 75 { ;■> aprét 1» »• mue ) Beauroup d'éfollte. Pat de mortalité tentlbleaoi min 4« Tréapeu de mortalité an mue* précédente» Quelqaet ▼era grat à la 4* moe N° 12 9' 4« 4» Inégalité al «rondo mortalité N° 2! 8, «4 6C 1 ■oécallté aui différent» muet. Mortalité tontlble attribuée aot morts-pals atant la monléo tant h prétence dm corputcolet N° 22... . ©7 3G [ Mortalité avec prétenre fré- 5) ? qnente dea corpotrolei ' arant la monté*. 1*0 Si ! 36 ! Mortalité oontidéroble de la 4' mue à la montée tan» U (aprét la 3* moe) pretence net rorputeoie* attribuée aux morts-Jtats •> 3 9 aprét ta f moe Beaucoup d'Inégalité et frau- de mortalité aoi dlrertot moet arec prétenre fré- quente do corpotculet Ce sont également ces pontes qui ont conduit au plus grand nombre de |Kt- pillons prives des corpuscules [voir le tableau n° 21)). Ces observations sont instructives à plus d'un titre. Nous voyons abonder les papillons corpusculeux dans les pontes à graines corpusculeuses . et il \ a, au contraire, à peu près absence de papillons corpusculeux dans les lots do graines issues de papillons peu corpusculeux. D'autre part, nous constatons la présence des papillons corpusculeux en nombre restreint dans les lots de papillons très-corpusculcux. mais pas assez néanmoins pour donner lieu à des œufs corpusculeux. Digitized by Go NOTES ET DOCUMENTS. 209 TABLEAU N« 29. DÉSIGNATION NOMBRE NOMBRE NOMBRE de* DES PAPIILOS9 DES PAPILLONS DES PAPILLOMS PORTES. ObMFTéi. 49 48 1 89 80 9 «4 10 W° 2t.. . . . 45 36 9 N° 22 3. 9 11 N« 23 33 »9 3 N° 15 70 57 i3 «9 6 i3 Les éducations des n«* 21 et 23 donnent lieu à une remarque digne d'atten- tion. Il y a eu après la quatrième mue une mortalité considérable sans la pré- sence de corpuscules dans les vers, mortalité que j'ai rapportée, dans les deux cas, à la maladie dite des morts-Jlats. H m'est difficile de ne pas croire que cette mortalité s'est trouvée liée à la présence des corpuscules chez les pa- pillons producteurs de ces pontes. En d'autres termes, je suis disposé à admettre que si des papillons sont très-corpusculeux , pas assez néanmoins pour donner lieu à des œufs corpusculeux , l'anaiblissement qui en résulte dans leurs œufs est tel, qu'avant la montée il peut y avoir une grande mor- talité. Mais je suivrai cet aperçu dans mes recherches de cette année. Ce qu'il importe le plus particulièrement de noter en ce moment, c'est le nombre considérable de papillons privés de corpuscules dans les lots des pontes des papillons très-corpusculeux, voire môme dans ceux des papillons qui avaient fourni des œufs corpusculeux. Tels sont les n°* 2, 12, 22. Ce résultat est des plus consolants, et c'est ce qui m'a fait dire que l'on pourrait partir de la plus mauvaise graine et en tirer des reproducteurs sains, si toutefois ces papillons non corpusculeux, issus de graines mauvaises, se montrent tout de suite des reproducteurs d'aussi bonne nature que les papillons non corpus- culeux appartenant à de bonnes éducations. H n'est pas douteux que les graines des n°* 12, 21, 22, 23, 15, 2, auraient complètement échoué en chambrée, et que les rares cocons qu'elles auraient produits n'auraient fourni que des chrysalides et des papillons corpusculeux. D'où vient qu'avec ces graines j'ai obtenu un grand nombro de papillons non corpusculeux? J'attribue ce résultat à ce que, en petites éducations soignées, on supprime l'infection par contagion et l'influence plus ou moins affaiblis- sante de l'encombrement. II. 14 Digitized by Google 210 MALADIE DES VERS A SOIE. ta petite magnanerie où je faisais mes essais avait été nettoyée, lavée, blanchie à la chaux, et les planches passées au sulfate de cuivre par crainte de la muscardine. On ne balayait jamais; on se bornait à nettoyer le plancher avec une éponge très-humide pour enlever la poussière. Les vers étant dans des paniers, il était facile de déliter au dehors. Enfin, chaque jour on éloi- gnait les vers morts ou mourants. Quelle a pu être la part d'influence de ces soins sur les résultats des éducations? Je l'ignore, à dire vrai ; mais ces résul- tats mômes autorisent à croire qu'elle a dû être très-sensible. Dans tous les cas, ce sont là des précautions vulgaires à la portée de tous. Tout éducateur peut élever pour graine dans des paniers, loin des poussières dangereuses des mauvaises éducations L. PASTEUR, Membre de l'Acailômic des Science». Post-scriptum . — Dans la Note sur la maladie des vers à soie communi- quée, au mois de janvier 1867, à la Commission impériale de sériciculture et insérée dans le numéro de février du Messager agricole du Mttli, j'ai indiqué l'existence sur les corpuscules d'une ligne médiane. Un microscope suffisam- ment puissant et net permet de mieux voir qu'une ligne confuse; on dis- tingue parfaitement un ovale très-régulièrement dessiné, et toute la por- tion qu'il délimite est plus brillante que le restant du corpuscule. Sous l'influence dos vues de MM. Leydig et Ralbiani, je me demandais si cet ovale ne serait pas lo contour d'une fente ou ouverture par où s'échap- perait une matière propre à reproduire les corpuscules. Il n'en est rien. Cette ligne ovalaire n'est autre chose que le contour d'un noyau propre à chaque corpuscule, ayant exactement la forme de ces derniers. Il est facile de mettre en évidence les noyaux par divers réactifs, notamment par l'iode. Malgré la netteté parfaite de la délimitation do leur contour, ils paraissent quelquefois, pour un certain foyer, comme s'ils étaient lobés. Ces noyaux intérieurs s'échapperaient-ils à tel ou tel moment et seraient-ils des noyaux reproduc- teurs? Je n'ai encore rien pu distinguer de semblable. Quoi qu'il en soit, il me parait utile d'appeler l'attention des micrographes sur ce détail intéressant de la structure de ces petits corps (1). (1) M. I.eydi C avait déjà fait cette observation en i8G3. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 211 LETTRE DE M. L. PASTEUR A M. DUMAS (i). Alais, 3o avril 18G7. Je vous ai promis, en quittant Paris vers le milieu de janvier, «le vous faire connaître les premiers résultats de mes études de cette année aussitôt que mes essais précoces seraient terminés, afin de pouvoir donner en temps utile aux éducateurs, s'il y avait lieu, des conseils définitifs au sujet des prochains grainages des mois de mai et do juin. Jo viens m'acquitter de ce devoir, bien que je ne puisse le faire que très-rapidement. La seconde série de mes recherches, parallèle aux éducations en chambrées, est en pleine activité, et le temps matériel nécessaire pour vous présenter le tableau de toutes mes observations me ferait complètement défaut. Heureusement leurs conclusions générales sont nettes et précises et n'auront pas besoin de commentaires. Vous savez quel est le but de mes efforts depuis que, il y a déjà deux an- nées, votre bienveillance m'a engagé dans ces difficiles études. Éclairé par mes premières observations, je me suis bientôt proposé uniquement de re- chercher s'il était possible do prévenir la maladie dont un des signes est le corpuscule de Cornalia, en faisant usage exclusivement de graines issues de papillons exempts de ces mêmes corpuscules. Avant moi, tous les efforts des savants et des éducateurs s'étaient concentrés sur la recherche de moyens propres à déterminer la qualité présumée de la graine. C'était bien le môme problème que j essayais de résoudre, pourtant par une voie différente et qui pouvait devenir beaucoup plus sûre, car il est aisé do comprendre la supé- riorité d'un procédé pouvant donner de bonnes graines en supprimant la confection de la mauvaise, relativement à des procédés consistant unique- ment dans la distinction do la bonne et de la mauvaise graine, si tant est qu'ils soient trouvables. Os derniers procédés supposent nécessairement que la graine a été faite, en un mot qu'elle existe avant toute sélection. Or le plus grand danger de la situation actuelle est précisément, selon moi, dans l'exis- tence de la mauvaise graine que l'on élève toujours à tout hasard, ou que l'on donne, si on ne la vend à chers deniers, car je ne crois pas que depuis vingt années que l'on propose les moyens les plus divers pour séparer la bonne do la mauvaise graine, on ait jeté 1 kilogramme de celle-ci à la rivière. Au con- traire, le procédé de grainage auquel je viens de faire allusion aurait, en cas (1) Extrait de» Compta rendus de l'Académie des Sciences, séance du 3 juin 1867. •4- Digitized by Google 212 MALADIE DES VERS A SOIE. do réussite, co double avantage de supprimer l'existence de la mauvaise graine et de permettre à l'éducateur de livrer à la filature les cocons avec lesquels il l'aurait produite. C'est l'an dernier seulement que j'ai pu me procurer convenablement dos graines provenant de papillons privés de corpuscules. En i865, j'avais bien essayé d'en obtenir, mais l'époque tardive à laquelle j'avais eu l'idée du pro- cédé dont je parle ne m'avait pas permis de me procurer des éléments satis- faisants pour mes recherches ultérieures. Je vous prierai de remarquer le soin que je mets dans cette lettre à cir- conscrire rigoureusement les limites du sujet dans les termes où j'ai dû et touIu le considérer tout d'abord. Prise du point de vue industriel et écono- mique, la question doit être posée autrement que je ne viens de le faire. Ce que demande on effet l'éducateur, c'est de réussir dans ses éducations. La maladie des corpuscules éloignée, il resterait encore à démontrer que les souffrances de la sériciculture sont tout entières dans le fait de l'existence de cette ma- ladie, et que le remède à celle-ci rendrait aux éducateurs leur ancienne pro- spérité. Je reviendrai tout à l'heure sur ce dernier point. Ces distinctions étant bien établies, je puis vous assurer en toute confiance que je crois avoir réussi dans la recherche que je me suis proposée, envisagée comme je l'ai dit en commençant. Je suis conduit par les preuves les plus multipliées et les plus convaincantes, aux propositions suivantes : i° dans aucun cas, des papillons priv és de corpuscules ne donnent un seul œuf qui en possède; a° à la sculo condition d'opérer dans une magnanerie propre, lavée et nettoyée ainsi que chacun peut le faire, sans avoir recours à des moyens autres que ceux qui sont mis en pratique par des magnaniers soi- gneux, et pourvu que dans lu chambrée on n'élève que des graines provenant do papillons non corpusculcux, la malaiiie des corpuscules ne se déclarera, ni dans les vers, ni dans les chrysalides, ni dans les papillons; en d'autres termes, le procédé de grainage que j ai indiqué peut prévenir d'une manière absolue la maladie des corpuscules. Nul besoin de remède supposant à la propagation de ces petits corps ; le remède est dans le procédé môme qui fournit la graine. J'ai élevé, dans une magnanerie très- propre, un grand nombre de lots de graine: les vers étaient comptés à chaque mue, les mauvais étaient examinés au microscope; j'ai également observé au microscope les papillons de tous les cocons obtenus. Les graines provenaient soit de papillons privés de cor- pusculos, soit de papillons qui en étaient plus ou moins chargés. Les éduca- tions ont donné les résultats suivants : i° |»as un seul ver, pas une seule chrysalide, pas un seul papillon provenant des graines issues de papillons exempts do corpuscules ne m'ont offert un seul de ces petits organismes ; i° les vers, les chrysalides, les papillons provenant de graines issues de pa- pillons corpusculcux ont présenté, dans une proportion plus ou moins sen- sible, des vers, des chrysalides ou des papillons corpusculcux: sur seize Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 243 pontes provenant de parents non corpusculeux, quinzo ont réussi. La sei- zième a péri, mais sans présenter le moindre corpuscule dans les vers. Vous remarquerez, d'après ce que je viens de dire, qu'il y avait dans la magnanerie beaucoup de corpuscules disséminés, mais ils l'étaient dans tel ou tel des paniers qui servaient aux diverses éducations, c'est-à-dire à des places déterminées et connues. Il est donc très-digne d'attention que, malgré ces causes nombreuses de contagion, je n'aie pas eu à en constater un seul exemple. Bien qu'il ne faille pas se flatter d'un succès pareil dans les grandes chambrées, il est sensible, par ces résultats, que la maladie des corpuscules apparaît difficilement d'une manière spontanée et qu'il est loisible à chacun de s'en préserver, mais c'est à la condition que l'on suivra les prescriptions que j'ai indiquées. Car je m'empresse d'ajouter que, s'il est facile d'éloigner cette maladie d'une manière plus ou moins complète, il n'est pas moins aisé de la faire naître quand on veut et où l'on veut. L'expérience suivante est des plus significatives. A une portion d'un de ces lots de vers qui devaient con- duire à des papillons privés de corpuscules d'une façon si radicale, j'ai donné, au moment fie la montée, un seul repas de feuilles corpusculeuses. A cet effet, j'ai passé sur les feuilles un pinceau trempé dans do l'eau où j'avais broyé un ver chargé de corpuscules. Or il est arrivé que tous les papillons fournis par cette portion de vers se sont montrés corpusculeux. Le but de la recherche que je me suis proposée dans ces dernières années est donc atteint. Faites de la graine avec des papillons non corpusculeux, éievez celle-ci dans un local bien tenu, et vous ne verrez pas apparaître dans le cours de l'éducation un seul ver corpusculeux. Bien plus, tous les papillons seront exempts do cor- puscules. Or, en jetant les yeux sur les tableaux des observations que j'ai consignées dans ma lettre à M. Marès, aussi bien que dans ceux que j'ai communiqués à la Commission impériale de sériciculture , vous apprécierez jusqu'à quel point se trouve développée la maladie des corpuscules, quand on l'envisage dans les chrysalides et dans les papillons. Un premier résultat considérable est donc obtenu. La maladie des corpus- cules est aussi facile à prévenir qu'à donner. Maintenant se dresse la question au point de vue de l'industrie, dans les termes où je l'indiquais tout à l'heure. La maladie des coqniscules est-elle la seule cause des souffrances de la sériciculture depuis vingt années? Qu'elle entre pour une part dans le fléau, et pour une part immense, ]e n'en fais pas doute, et les tableaux d'observations auxquels je viens de faire allusion, il n'y a qu'un instant, en sont une preuve manifeste. Permettez-moi d'en ajouter une autre non moins saisissante. M. le comte de Rodez, directour de la magnanerie expérimentale de Ganges, M. Jeanjean, maire de Saint-Ilippo- lyte, et M. Durand, chargé des éducations précoces du Comice de Vigan, enfin MM. Jou\e et Méritan, les habiles directeurs de la serre de Cavaillon, ont eu l'obligeance do m'envoyer les rouvailles de leurs essais précoces de celte année. M. Gernez et moi, nous n'avons encore achevé que l'élude do celles do Ganges. Les résultats généraux seront les mêmes jiour les autres. Or, sur Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. cinquante- huit lots de graines, quarante-deux se sont montrés si fort cor- pusculeux, que toutes ces graines échoueront probablement en grandes édu- cations. Vous prév oyez dès lors combien est grande la quantité des mau- vaises graines partout répandues, ot du fait seul des corpuscules. Le procédé de grainage que je propose aux éducateurs éloignerait d'un seul coup cette masse de graines défectueuses, en leur substituant de nouvelles semences, qui, élevées en magnaneries bien tenues, se montreraient exemptes de la maladie des corpuscules. C'est un grand progrès, et qui est à la portée des éducateurs dans les grainages qui vont bientôt terminer le canqiagnc séricicole de 1867. Malheureusement je suis obligé, par ces mêmes études dont je viens de vous faire connaître sommairement les résultats, d'ajouter que la maladie des corpuscules n'est pas la seule qui ait amené les souffrances de la séricicul- ture. Une fois éloignée par les moyens que j'indique, tous les insuccès ne seront pas écartés; mais permettez-moi de remettre à une Communication ultérieure l'exposé des faits qui m'obligent à vous soumettre, en terminant, ces réserves. D'ailleurs mes recherches se poursuivent dans cette nouvelle direction (1). Je serais heureux que celte lettre vous parût mériter d'être rendue pu- blique, car je me crois autorisé, par les observations qui précèdent, et dont l'exactitude est indiscutable, à former le vœu que les éducateurs confec- tionnent le plus tôt possible, cl sur une immense échelle, une multitude de lots de graines, en suivant le procédé dont j'ai parlé, et qui se résume dans cette double prescription : ne faire graincr i/iic tirs chambrées très-réussies et dont la grande majorité des papillons, sinon la totalité, sera exempte de corpuscules. J ai prouvé ailleurs qu'il en existait de telles et en bon nombre, particulièrement dans les localités qui produisent encore des graines saines. ». RAPPORT A S. EXC. LE MINISTRE DE L'AGRICULTURE, DU COMMERCE ET DES TRAVAUX PURUCS. Paris, le a.'i juillet 1867. Je viens vous rendre compte des résultats de la mission qui m'a été confiée par votre département en 1 865, 18GG et 1867 au sujet des maladies des vers à soie. Je me suis abstenu, jusqu'à présent, de toute communication directe avec l'Administration, parce que je ne jugeais pas que mes études fussent assez avancées sous le point de vue pratique pour mériter de fixer son atten- (1) La Communication ultérieure que j'annonçais à M. Dumas est reproduite intégralement dans la deuxième Partie du tome I er . Elle a paru dans les Comptas rendus de l'Académie des Sciences, séance du 3 juia 1867. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. tion d une manière particulière. Aujourd'hui que je crois être arrivé, sous les réserves que je ferai connaitre en terminant ce Rapport, à une solution qui me parait définitive, je m'empresse d'en informer Votre Excellence. Les désastres de la sériciculture ont commencé en France dans de grandes proportions en 1849. Ils se sont propagés successivement dans toutes les contrées séricicoles avec une surprenante rapidité. Dès l'origine, la science fut empressée à étudier le mal, mais, pendant plusieurs années, elle ne fit que réunir des faits plus ou moins vagues, plus ou moins éloignés des prin- cipes généralement admis aujourd'hui. Un coup d'œil rétrospectif suffira pour indiquer la marche des idées. En 1848 et 1849, M. Guérin-Méneville se croit autorisé à annoncer à l'Aca- démie qu'il a assisté à la transformation de la matière vivante élémentaire animale ou végétale, et il dit à ce sujet : « J'ai vu certains corpuscules, for- mant la portion vivante et interne des globules du sang des vers à soie, de- venir les racines du botrytis bassiana, qui constitue la muscanline. » A la description qu'il donne de ces corpuscules, considérés par lui comme les élé- ments des globules sanguins du ver à soie dans l'état de santé ou dans l'état pathologique, et malgré les erreurs, très-évidentes aujourd'hui, de son tra- vail, on ne saurait douter que ce savant n'eût alors sou3 les yeux ce qu'on a appelé plus tard les corpuscules de Cornalia, les corpuscules vibrants, etc. En i8:»o, un naturaliste italien, M. Filippi, parle également de l'existence, chez les vers à soie, de corpuscules animés d'un mouvement oscillatoire ou moléculaire plus ou moins vif et régulier, comme s'ils étaient vivants. 11 ajoute que la potasse caustique, dissoute dans cinq parties d'eau, n'a sur eux au- cune action, et qu'ils s'y meuvent comme dans l'eau pure, circonstance qui démontre suffisamment que le mouvement, si peu accusé d'ailleurs, de ces corpuscules, et toujours de trépidation sur place, n'était pas un mouvement propre et devait être confondu avec les euets du mouvement brownien. M. Lcydig, professeur éminent de l'Université de Tubingue, signale, en i853. des corpuscules dans divers genres d'insectes et les considère comme un pa- rasite de la nature des psorospermies, en ajoutant que leur présence, lors- qu'elle est abondante, constitue un état morbide pour ranima). Dans des recherches nouvelles, ces corpuscules se sont trouvés être identiques à ceux du ver à soie. M. Filippi, dans cette même année i853, avance que les cor- puscules oscillants se produisent toujours dans les papillons, même dans ceux qui sont sains, par une action régressive des tissus. M. Cornalia, l'habile directeur du Muséum d'histoire naturelle de Milan, établit en i855 et i856, dans sa grande monographie du bombyx du mûrier, une relation entre les corpuscules et une maladie nouvelle bien déterminée. Lebert et Frey,en 1 856, considèrent les corpuscules comme une algue uni- cellulaire et les rattachent sans hésitation aux effets de la maladie régnante. Depuis lors, une foule d'écrits parurent en Italie sur ces mêmes corpus- cules et sur le fléau qui s'étendait de plus en plus, sous forme épidémique, 2K> MALADIE DES VERS A SOIE. à toutes les contrées de l'Europe et de l'Orient. Parmi les nombreuses ob- t servations cl opinions, le plus souvent hypothétiques, qui se produisirent alors, il en est une qui mérite une mention toute particulière. Elle est due à M. Osimo et est relative à la présence des corpuscules dans l'intérieur des œufs de vers à soie. Peu de temps après, en 185g, un autre naturaliste italien, M. Vittadini, fonda sur ce fait une méthode qui, selon lui, devait permettre de distinguer la bonne graine de la mauvaise. M. Cornalia s'associa activement à cette manière de voir que ses travaux avaient préparée, et bien que la mé- thode de ces savants naturalistes soit incertaine dans une foule de circon- stances et d'une application souvent téméraire, il n'est pas moins avéré qu'elle peut rendre de grands services, dans des cas particuliers, entre des mains exercées. Elle peut permettre l'élimination de beaucoup de lots de graine très-défectueux. Malheureusement, les lots qu'elle conserve sont souvent très- mauvais. C'est sans doute le motif du peu d'attention qui a été donné à cette méthode, par les éducateurs et les savants français, à de très-rares excep- tions près. A la suite de deux voyages entrepris dans le Midi, en i858 et 1859, M. de Quatrefagcs publia des travaux importants sur la nature de la maladie, sur les causes qui en accroissent la gravité et sur les moyens de la combatre ou de la guérir. Malgré tous ces efforts, la maladie continuait de sévir et de se répandre. C'est dans ces circonstances, Monsieur le Ministre, que je reçus de votre honorable prédécesseur, M. Béhic, sur la proposition de mon illustre confrère et maître, M. Dumas, le périlleux honneur de m'occuper de ce sujet. Le sentiment de mon insuffisance me fit hésiter beaucoup à m'y engager; mais l'émotion que je ressentis sur les lieux mômes de la production de la soie, en face des misères incommensurables provoquées par le fléau, peut-être aussi, plus tard, l'ai- guillon de la difficulté de l'entreprise, m'attachèrent irrésistiblement à ces études. Votre Excellence verra bientôt que si, par l'application heureuse du procédé de grainage qui formera le principal objet de ce Rapport, j'acquérais dans l'avenir, comme j'en ai l'espoir fondé, des droits à la reconnaissance des éducateurs, je les devrais surtout à la persévérance que j'ai mise à suivre une idée qui était un perfectionnement pratique, pour ainsi dire indiqué d'avance, des résultats déjà obtenus par les savants auxquels je viens de rendre hommage. Les premières observations que j'ai faites en 1 865 ont placé sur un terrain nouveau les préoccupations des savants et des éducateurs. L'étude de la ma- ladie des corpuscules avait été poursuivie presque exclusivement dans le ver et dans la graine : je montrai que la principale attention devait ôtre donnée, au contraire, à la chrysalide et au papillon, chez lesquels, dès l'origine, on avait bien signalé la présence des corpuscules, mais en y joignant l'observa- tion, inexacte, qu'ils s'y trouvaient en quelque sorte à l'état normal, circon- stance qui avait éloigné M. Cornalia lui-môme, comme il le dit expressément» Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS de l'idée do recourir à l'observation des chrysalides et des papillons pour préjuger de la qualité de la graine. M. Bellotti et M. Cantoni étaient entrés dans une meilleure voie, mais ils appliquèrent mal ou incomplètement des principes justes, et retardèrent ainsi le moment où Ton pouvait espérer sortir de ce chaos. Le fait suivant, que j'observai en i8G5, devint le fil conducteur de mes recherches. Je vis qu'une chambrée, dont la réussite avait été assez remar- quable et assez remarquée pour qu elle fût livrée au grainage, ne m'offrait que des chrysalides et des papillons chargés de corpuscules, tandis que, dans une autre chambrée si malade quo son propriétaire allait la jeter, les rares vers en train de monter à la bruyère no montraient aucun sujet corpuscu- leux ; mais ces mêmes vers, examinés à l'état de chrysalides et de papillons, montrèrent des corpuscules à profusion. En conséquence, un ver peut ne pas présenter de corpuscules et être néanmoins assez envahi par le germe du mal pour que la chrysalide et le papillon auxquels il donnera naissance soient remplis de ce produit anormal que Ton appelle les corpuscules des vers à soie. Mais la graine étant formée dans la chrysalide, pondue et fécondée par les papillons, doit se trouver naturellement plus ou moins viciée par suite de la constitution maladive des sujets qui lui donnent naissance, alors même qu'elle ne contiendrait pas d'une manière effective des corpuscules visibles. H résultait de ces faits et de cette opinion que la maladie doit être envisagée comme constitutionnelle, quand bien même elle n'est pas ostensiblement héré- ditaire, par la présence des corpuscules dans les œufs; en outre, il devenait sensible qu'il ne faut pas la rechercher exclusivement dans l'œuf ou dans le ver, mais au contraire, et de préférence, dans la chrysalide et dans le papil- lon. De là la déduction logique de tenter de faire de la graine en s' adressant à des papillons exempts de corpuscules, malgré l'assertion que j'ai rappelée tout à l'heure et qu'heureusement j'ignorais alors, car j'aurais pu la tenir pour exacte, à savoir : que les papillons deviennent , pour ainsi dire, norma- lement corpusculeux. Si la méthode de grainage dont je parle était sanctionnée par l'expérience, elle devait offrir sur le procédé Vittadini et Cornalia, avec l'immense avan- tage de supprimer la confection de la mauvaise graine, une bien plus grande certitude dans l'application, car j'ai constaté que, dans aucun cas, des papil- lons privés de corpuscules n'avaient donné un seul œuf qui en contînt, tan- dis qu'au contraire il arrive très-fréquemment que des papillons corpusculeux fournissent des œufs qui ne le sont pas. Mais le défaut capital de la méthode Vittadini consiste en ce que son usage présuppose l'existence simultanée des bonnes et des mauvaises graines. Or la confection de la mauvaise graine doit être empêchée à tout prix ; c'est elle qui est la principale cause de la durée du fléau, parce que la graine faite est une graine qui est élevée, quoi qu'il arrive. J'écrivais récemment à M. Dumas que, depuis vingt années que sévit la maladie et que l'on propose toutes sortes de moyens de reconnaître 218 MALADIE DES VERS A SOIE. qu'une graine est saine ou malade, on n'a peut-être pas jeté i kilogramme de graine à la rivière. On donne la mauvaise graine ou on la vend à cliers deniers, et l'immoralité de ce commerce est telle que, plus une graine est suspecte, plus est élevé, en général, son prix de vente. Le procédé de grainage que j'ai proposé en i8G5, et que je jugeais alors être plus scientifique qu'industriel, s'est trouvé, heureusement, dans la pra- tique d'une exécution très-facile, contrairement à mes prévisions. J'avais pensé qu'il fallait l'appliquer de la façon suivante : Placer les divers couples de papillons dans des cellules distinctes où les femelles pondraient ensuite sur des fragments de toiles numérotés, et, après la ponte, faire isolément l'exa- men des papillons des divers couples, de manière à pouvoir mettre à part les pontes des couples non corpusculeux. Ce travail est possible, facile môme, pour des lots de peu d'importance : par exemple, s'il s'agit de régénérer une race. J'ai suivi cette marche en i865 et en 18GG, et il est remarquable jusqu'à quel point la graine de 1866 s'est montrée supérieure à celle do i865. Tous les papillons de mes essais précoces auraient pu être mis à grainer ensemble à la manière ordinaire, c'est-à-dire que tous les papillons de ces essais provenant de parents non corpusculeux ont été eux-mêmes non corpusculeux, et il on a été ainsi, à peu de chose près, de mes essais d'avril et de mai. Bien que, dans ces derniers essais, j'aie eu quelques papillons corpusculeux parmi les éducations résultant de pontes de parents non corpusculeux, le nombre en a été assez restreint pour que je n'aie pas jugé utile de conserver le grainage cellulaire, et que j'aie pu réunir tous les papillons sur la môme toile sans distinction. Ce succès dans mes éducations de 1867, l'amélioration progressive de mes graines par le procédé de sélection que je conseille aux éducateurs, est le fait le plus saillant de mes recherches de cette année. J'y trouvais, en outre, l'espérance précieuse de découvrir des chambrée* industrielles privées, d'une manière plus ou moins absolue, de la maladie des corpuscules. 11 était, en effet, raisonnable d'admettre que, dans la grande pratique, les graines indus- trielles doivent se comporter quelquefois comme l avaient fait celles de mes propres essais. Or, dans tous les cas où on découvrirait qu'd en était ainsi, le grainage cellulaire dont je viens de parler deviendrait superflu : on n'aurait qu'à livrer au grainage les chambrées entières sans triage ni sélection autres que ceux qui ont été recommandés avec raison dans tous les temps. Examinons donc la double question de savoir : i° comment on pourrait découvrir les chambrées saines ; a° si leur existence est aussi réelle qu'elle est vraisemblable. Puisqu'il se passe trois semaines entre l'époque de la montée et celle du grainage et que, par une élévation de température, il est facile d'avancer de quelques jours la sortie des papillons, rien ne s'oppose à ce que l'on procède de la manière suivante dans la recherche des chambrées pour graines : on prélève dans la chambrée quelques centaines de cocons, et on les place dans Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 211) un endroil plus chaud, sous le manteau d'une cheminée de cuisine, dans une pièce au midi où l'on jieut au besoin faire du feu. voire même dans une étuve. Tous les deux ou trois jours, on fait l'examen d'une douzaine de chrysalides au microscope, et. ultérieurement, celui des |>apillons. Si les chrysalides sont corpusculeuses. si les papillons sont corpiisculeux, on s'empresse de livrer les cocons de la chambrée à la filature. Si les papillons, en grande majorité, par exemple dans la proportion de yo à ar un employé de chemin de fer demeurant à Montpellier, M. Poujol. Or, tandis que la chambrée Mazel ne m'a offert que deux papillons corpusculcux, sur soixante-douze que j'ai examinés, tous les papillons Meynadier, sans exception, se sont montrés chargés de corpuscules. Supposons pour un moment que les cocons de ces chambrées ne m'ayant pas été soumis, ces dernières observations fussent non avenues. Les chambrées Mazel et Meynadier n'auraient plus été alors que deux chambrées très-bien réussies et qui, suivant les convenances de leurs propriétaires, auraient été, l'une à l'exclusion de l'autre ou toutes les deux à la fois, livrées au grainage. Si les cocons de la chambrée Meynadier eussent été employés à faire de la graine, les acheteurs de cette graine auraient échoué vraisemblablement, l'année suivante, par le fait de la maladie des corpuscules : chacun alors de se récrier sur les effets du mystérieux fléau, puisque, l'année Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 223 précédente, la réussite de la même graine avait été générale. Si la chambrée Mazel, au contraire, eût servi à faire de la graine, celle-ci se serait bien com- portée et I on aurait vanté outre mesure la graine originaire de Montpellier. Que si, enfin, les deux chambrées eussent été simultanément mises à grainer, on aurait observé, l'année suivante, des échecs et des insuccès dont les causes, échappant à tout le monde, auraient ajouté au mystère que l'on se plaît à ré- pandre sur les effets de l'étrange maladie. Néanmoins, nous venons de recon- naître que toutes ces circonstances trouvent leur explication naturelle dans les résultats des observations des papillons des deux chambrées dont il s'agit. Quanta la véritable cause de la dilférence si considérable offerte par les pa- pillons de ces chambrées, je crois qu elle a été des plus simples. Kn effet, il m'a été assuré que M. Mazel n'avait élevé dans sa chambrée que la seule graine Poujol, tandis que M"* Meynadier a élevé sous le môme toit et la graine Poujol et deux autres graines do pays qui ont échoué, je l'ai constaté moi- même, par la maladie des corpuscules; M™* Meynadier a dû, par conséquent, empoisonner les vers de sa bonne graine par les vers de ses mauvaises graines. Cela n'a pas empêché la bonne graine de fournir une chambrée bien réussie, parce que cette graine était exemple de la maladie des corpuscules (les ré- sultats relatifs à la chambrée Mazel le démontrent) ; cette maladie n'a pu s'in- troduire, dans la courte durée de l'éducation, d'une façon assez prononcée pour que les vers périssent à l'état de vers avant de filer leur soie. Ils n'ont été qu'empoisonnés à la manière de ceux dont j'ai parlé tout à l'heure, auxquels j'avais donné un seul repas corpusculeux avant la montée, et qui, tous, ont pu faire leurs cocons, n'accusant le mal ostensiblement que dans leur état de papillons, comme les vers de la chambrée Meynadier. Les faits de contagion dont je viens de rendre compte et qui se rapprochent tant de ceux qui sont naturels aux chambrées éveilleront, à juste titre, l'at- tention des éducateurs et leur montreront le danger des chambrées mal te- nues, mal nettoyées au moment du renouvellement des éducations. Pourtant il ne faudrait pas croire que les poussières corpusculeuses qui restent d'une année à l'autre dans les chambrées après les éducations aient, au même degré que celles des éducations courantes, la vertu de propager la maladie des cor- puscules. La différence est considérable. Les poussières corpusculeuses des chambrées mal réussies, répandues les années suivantes sur les feuilles que l'on donne à manger aux vers, provoquent, à l'ordinaire, une grande mortalité, mais les vers qui résistent donnent lieu, dans la majorité des cas, à des papil- lons presque tous non corpusculeux; au contraire, je n'ai jamais vu un seul pa- pillon privé de corpuscules dans les éducations de vers auxquels j'avais donné un seul repas corpusculeux, lorsque je m'étais servi de corpuscules extraits d'un ver, d'une chrysalide ou d'un papillon, à l'état frais ou récemment morts. Tels sont, Monsieur le Ministre, les principaux résultats des recherches que j'ai poursuivies dans ces trois dernières années. Sous le rapport pratique, on peut les résumer comme il suit : II. i5 ±26 MALADIE DES VERS A SOIE. Il existe une maladie qui fait des ravages considérables dans les magnaneries depuis quinze ou vingt ans, partout très-répandue (excepté au Japon, ainsi que cela résulte des observations consignées dans une lettre que j'ai adressée au mois de mars dernier à M. H. Mares, Correspondant de l'Institut), maladie regardée, par la plupart des savants italiens et allemands qui s'en sont occupés, comme étant la maladie régnante et la cause des désastres de la sériciculture. Cette maladie peut être appelée, ainsi que je l'ai fait dans ce Rapport, la ma- ladie des cnrpiucides, parce qu'elle est caractérisée, dans certains cas, par la présence de petits corps qui sont évidemment un produit tout à fait anormal du ver à soie, puisqu'on ne le rencontre ni dans les chenilles, ni dans les pa- pillons sauvages, ni dans les vers à soie des chambrées réussies pouvant four- nir une succession de générations saines. C'est bien là, par conséquent, Mon- sieur le Ministre, la maladie que je devais étudier et chercher à prévenir s'il m'était possible, afin d'obéir aux préoccupations du Gouvernement et des éducateurs. Ai-je réussi dans cette entreprise? Je crois pouvoir répondre que j'en ai l'entière confiance, parce qu'il me paraît résulter des faits que j'ai ex- posés dans ce Rapport qu'en suivant le procédé de grainage et de sélection que j'ai indiqué, on peut prévenir sûrement la maladie des corpuscules, avant la montée, dans tous les cas. En outre on la prévient aussi, non pas toujours, mais fréquemment, dans les chrysalides et dans les papillons, circonstance dont le microscope avertit de façon à guider avec certitude dans la confection de la nouvelle graine pour l'année suivante. Enfin, ce procédé de grainage est très-pratique, puisqu'il vient d'être appliqué avec succès dans le Midi, non- seulement par moi, mais par diverses personnes, notamment par M. Raybaud- Lange, directeur de la Ferme-École des Basses-Alpes, sur une échelle assez grande pour qu'il en ait obtenu plusieurs milliers d'onces de graine. Je crois bien qu'en s'astreignant à ce procédé de grainage on éloignera quel- quefois de bonnes chambrées pour graine, parce qu'il m'a paru que les œufs de parents corpusculcux peuvent donner dos vers sains, si les corpuscules se sont montrés très-tard dans les chrysalides, alors que tous les principaux tissus et liquides des futurs papillons mâles et femelles étaient constitués. Mais il n'y a aucun intérêt à découvrir toutes les chambrées propres à faire de la graine, et si l'examen microscopique fait rejeter certaines chambrées qui, à la rigueur, eussent fourni des graines passables, ce ne sera que pour leur en substituer de plus parfaites. Il y a un mince péril à craindre de ne pas faire bien quand on a la certitude que c'est pour faire mieux. En terminant ce Rapport. Monsieur le Ministre, et sans avoir rien à dimi- nuer de la confiance que m'inspirent les résultats qui précèdent, quant aux moyens de prévenir avec certitude la maladie des corpuscules, je dois renou- veler auprès de Votre Excellence les réserves que les progrès de mes études m'ont fait adresser, il y a deux mois, à M. Dumas, vice-président de la Com- mission impériale de sériciculture. Quelques-unes de mes observations con- duisent, en effet, à se demander si la maladie des corpuscules est bien tout le Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 227 mal, comme on 10 croit généralement? Quand elle aura disparu, ou, du moins, que ses effets auront été rendus insensibles, la sériciculture aura-t-elle recouvré complètement sa situation prospère d'autrefois? Il me serait difficile, Monsieur le Minisire, de répondre catégoriquement à ces questions dans l'état présent de mes recherches. Je pourrais soutenir, par de très-bonnes raisons, que l'ancienne prospérité de la sériciculture sera non- seulement reconquise, mais de beaucoup surpassée le jour où la maladie des corpuscules aura été éloignée, parce que cette maladie a toujours existé, j'en ai donné certaines preuves, et qu'ello a toujours fait des ravages sensibles, quoique ignorés. Mais, par des raisons peut-être non moins plausibles, je pourrais établir que la maladie des corpuscules est associée à une autre très- ancienne maladie qui entre pour une part dans le fléau actuel, la maladie dite tesmorts-Jlats. En considérant le problème sous cette face, des recherches nouvelles sont nécessaires; mais l'alternative que je soulève sera certainement résolue, dans un sens ou dans l'autre, par la grande épreuve industrielle de l'an prochain sur les graines des chambrées dont j'ai parlé dans ce Rapport, et qui ont été faites selon les prescriptions des résultats dont je viens d'avoir l'honneur de rendre un compte sommaire à Votre Excellence. Ce qui ne peut faire doute pour personne, c'est qu'il existe depuis nombre d'années, à la veille de chaque campagne s'ricicole nouvelle, une multitude infinie de lots de graines fatalement destinées à périr du fait seul de la ma- ladie des corpuscules. Or il est avéré, par les preuves que j'expose, qu'en sui- vant le procédé de grainage décrit dans ce Rapport, on supprimerait absolu- ment la confection de ces lots défectueux. Cela est si vrai, que si, en i8s Comptes rendus de V Académie des Sciences, séance du 1 3 avril «868. Digitized by Google 234 MALADIE DES VERS A SOIE. do France dans ces malheureux départements séricicoles dont la résignation des habitants est la preuve d'un grand progrès dans les idées du peuple, ou le témoignage honorable que l'Empereur et son Gouvernement ont fait ce qu'il était humainement possible de faire'? Pour se procurer de la graine des races dont je parle, on a recours au com- merce, dont voici le genre d'industrie le plus répandu. Des personnes plus ou moins versées dans la connaissance des vers à soie se rendent dans toutes les parties de la France, du Portugal, de l'Italie, de la Corse,... où il n'existe que très-peu de plantations de mûriers, où le nombre des éducations, par conséquent, est très-restreint. Cela s'appello des pays sains, où la maladie n'a pas pénétré. Là, ces industriels font fairodes chambrées, ou ils visitent celles qui existent, et en achètent les produits, d'où ils tirent de la graine qu'ils viennent vendre ensuite dans les départements séricicoles, sans pouvoir offrir la moindre garantie sur la qualité de leur marchandise. Quelques rares sortes de ces graines réussissent; le plus grand nombre échoue. Cette situation, aggravée par toutes sortes de fraudes, est intolérable. Com- ment y remédier? Il faudrait revenir au grainage indigène, et créer entre le commerçant et le propriétaire des garanties de la valeur de la graine. Mais le moyen d'y parvenir? puisque je disais tout à l'heure que neuf fois sur dix au moins le grainage sur place des plus belles chambrées des races jaune et blanche conduit à une ruine certaine l'année suivante. Une découverte pratique pourrait tout sauver. Elle devrait consister essen- tiellement dans l'affirmation motivée qu'il existe partout, môme dans les loca- lités les plus éprouvées, des chambrées propres à la reproduction, et donner le moyen de les reconnaître, à l'exclusion de toutes les autres qui seraient li- vrées à la filature. Cela posé, que vous ai-je écrit? Que j'avais pris une graine provenant, en i8fi6, de cocons oxempts de la principale maladie actuelle; qu'elle avait été élevée, en 1867, dans le Gard, de tous les grands centres de production de la soie le plus important et le plus atteint par le fléau ; que cette graine avait réussi, et qu'après nouvel examen de la nouvelle chambrée j'avais présumé qu'elle était entièrement bonne pour la reproduction, qu'enfin ce jugement venait d'être confirmé par trois épreuves faites en 1868, aux essais précoces de Saint-Hippolyto et de Ganges. Vous le voyez, ceci n'est autre chose que le grainage indigène rétabli avec succès dans un cas particulier. Je viens aujourd'hui vous donner un autre exemple d'une pareille réussite, qui, par l'opposition remarquable d'un échec correspondant, ajoutera beau- coup à votre confiance. Ma démonstration sera , en outre, d'autant plus complète, qu'il s'agira de faits que j'ai prévus et publiés dans le Rapport que j'ai eu l'honneur d'adres- ser à S. Exc. le Ministre de l'Agriculture le a5 juillet dernier. Au mois do juin J8G7, dans le dernier temps de mon séjour à Alais, deux éducateurs de celte ville, M"« Meynadier et M. Mazel, vinrent me consulter Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 23» sur la possibilité de faire grainer utilement leurs chambrées, qui, toutes deux, avaient très-bien réussi, et provenaient d'ailleurs exactement de la même graine, délivrée par un employé du chemin de fer, demeurant à Montpellier, M. Poujol. Le conseil qui m'était demandé par ces éducateurs et par les per- sonnes qui désiraient acheter leurs cocons pour les livrer au grainage, à cause de leur beauté et du succès remarqué des deux chambrées, correspond exac- tement au problème dont jo viens de vous entretenir, et de la solution duquel dépend le retour au grainage indigène dans des conditions d une application sûre. Après avoir fait l'examen au microscope de soixante-orter principalement à mes expériences de 18G7, par lesquelles j'ai reconnu que le mal avait une incubation très-lente, et que, quand je rontaginnnaix des vers très-sains après la quatrième mue, tous faisaient leurs cocons, et les corpus- cules n'apparaissaient dans les chrysalides que quinze jours environ après l'empoisonnement. La graine Poujol n'avait pas la maladie des corpuscules ; cela est prouvé par la chambrée Mazel. Cette maladie n'a donc pu frap|>er la chambrée Mey- nadier de façon à la faire périr à l'état de vers. Mais ces vers furent tous empoisonnés, et dès lors les chrysalides et les papillons furent chargés de corpuscules. Enfin, quelle a pu être la cause occasionnelle de l'empoisonnement de ces vers? Je l'ai indiquée dans mon Rapport au Ministre : M mr Meynadier a élevé la graine Poujol sous le même toit que deux autres graines de Portugal et de pays, qui avaient, elles, au plus haut degré et sous forme de vers, la maladie des corpuscules. L'échec des graines a été complet. On ne siit pas jusqu'à quel point on entretient et on propage la maladie par des associations de graines. Autrefois chaque éducateur n'en élevait (pie d'une sorh» ; aujourd'hui il en élève au moins de deux ou trois, souvent davan- tage, dans l'espoir que toutes ne seront pas également mauvaises; mais, sur ce nombre, la majorité est très-malade, s'il s'agit des graines à cocons jaunes et blancs. I,a peste est donc dans la chambrée. Néanmoins, si une «les graines est saine, elle donne des cocons, parce que . je le répète, l'éducation dure Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 237 trop peu de temps pour que la maladie , lente à apparaître sous forme de corpuscules, puisse frapper le ver à l'état de ver ; mais la chrysalide est per- due comme sujet propre à la reproduction. C'est ce qui est arrivé à la cham- brée Meynadier. M. Mazel, au contraire, n'a élevé que la seule graine Poujol dans sa magnanerie. Permettez-moi de compléter toutes ces observations par le signalement microscopique des papillons, qui m'avait permis de prévoir, dès le3juin 1867, les résultats dont je viens de vous entretenir. Papillons de quatre couples Meynadier jaunes qui ont produit la graine de Cessai n° 17. Belles ailes, 1 5o corpuscules par champ. Belles ailes, 5oo corpuscules par champ. » aîo • » 800 • • 5oo • ■ 100 n » 0 » ■ 0 » Papillons de six couples Meynadier blancs qui ont produit la graine de l'essai n° if>. Mlle». Belles ailes, jo corpuscules par champ. • i5o • ■ 5oo » » JOO » . 800 . > i5o • femelle». Belles ailes, 800 corpuscules pur champ. » 1 000 • fnï.ï » » JOO » 1 5o » 1000 • Les papillons Mazel des essais n°* 6 et 7 étaient, au contraire, tout à fait privés de corpuscules. Enfin, j'ajoute que l'examen microscopique de ces divers papillons n'a cer- tainement pas duré plus d'un quart d'heure. Quant au résultat de ce rapide et non moins facile examen, car j'aurais pu le faire faire par un enfant de huit ans que je m'étais amusé à habituer à ce travail, il a permis de prévenir, pour 18G8, l'insuccès absolu de i5o onces de mauvaise graine , et de substituer à celle-ci un poids égal de bonne se- mence. J'espère que mes études de cette année perfectionneront les pratiques pro- pres à éloigner le fléau. Vous savez que j'ai rencontré, chemin faisant, une formo de la maladie dont la part d'influence funeste avait été ignorée jusqu'à présent. C'est sur elle que je concentre toutes mes observations actuelles. Toutefois son étude est déjà bien avancée, ce me semble, par les résultats que j'ai eu l'honneur de vous communiquer récemment. 238 MALADIE DES VERS A SOIE. En résumé, dans le département du Gard, le plus frappé depuis vingt ans par la terrible maladie, et conséquemment dans toutes les contrées où l'on élève des vers à soie, il existe des chambrées bonnes pour la reproduc- tion et propres à ramener le grainage indigène dans des conditions de ga- rantie et de succès. Ces chambrées sont faciles à découvrir, à l'exclusion des autres qui devraient être livrées aux filateurs. 11 est non moins facile de les multiplier par quelques précautions et par l'emploi de graines reconnues irréprochables. J'ose assurer que le salut des éducateurs est entre leurs mains. Qu'ils imitent un propriétaire éclairé des Basses-Alpes, M. Raybaud-Lan-^, directeur de la Ferme-École de Paillerols, qui a fait, en 1867, en prenant mes indications pour base, plusieurs milliers d'onces de graines. Après avoir surveillé avec soin, de la quatrième mue à la montée, afin de s'assurer de la vigueur des vers et de l'absence de la maladie des morts-flats, soixante-dix -huit chambrées, il les a toutes examinées au microscope à l'état de chrysalides et de papillons. Ce double examen lui a permis d'en conserver dix-sept. Il a fait étouffer les autres. Quatre sortes de graines fournies par quatre de ces dix-sept chambrées, choisies au hasard parmi ces dernières, à la convenance des éducateurs inté- ressés, viennent d'être éprouvées aux essais précoces de Saint-Hippolyte : ces quatre essais ont donné les meilleurs résultais. Mais, tout à côté de M. Raybaud-Lange , dans les Basses-Alpes , on faisait de la graine en prenant pour guide les anciennes pratiques. Je pourrais démontrer, dès à présent, que, parmi ces graines, il en existe par milliers d'onces qui échoueront com- plètement aux éducations de celte année. Or les personnes qui ont confec- tionné ces graines, lesquelles vont achever de ruiner des centaines d'éduca- teurs, auraient pu reconnaître avec évidence, par quelques minutes d'obser- vation au miscroscope, qu'elles allaient préparer de la graine détestable. Un des grands avantages du système que je préconise consiste à préjuger de la qualité de la graine avant qu'elle soit faite. C'est une condition de succès pour éloigner les désastres de la sériciculture, parce que toute graine faite est une graine qui sera élevée (1). Il faut donc pouvoir empêcher la con- fection des graines destinées à périr. M. Raybaud-Lange vient de m'adresser la liste exacte do tous les proprié- taires auxquels il a livré les graines de ces dix-sept chambrées. Afin que vous ju- giez mieux de l'importance de son initiative, d ja signalée avec à-propos dans un Rapport officiel de M. Rendu, inspecteur général de l'Agriculture, per- (1) Je n'affirmerais pas que, dans tous les cas où l'eiamen microscopique de» papillons fait éliminer une fjuine, celle-ci ne pourrait donner une chambrée rémunératrice. Mais cette 1 raine ne se trouve condamnée que pour être remplacée par une meilleure. Il n'y a pas d'intérêt à connaître sans exception toutes le» chambrées propres à la reproduction. Digitized by Googl NOTES ET DOCUMENTS. 239 meltez-moi de vous donn r le nombre des propriétaires qui élèveront ses graines dans nos principaux départements s.-ricicoles : seize dans le Gard, dix dans l'Isère, trois dans l'Ardèctie, trois dans la Drôme, un dans l'Hérault, trois dans les Bouches-du-Rhône, huit dans Vaucluse, sept dans le Var, deux dans les Alpes-Marilimes, quinze dans les Hautes-Alpes, trente dans les Basses- Alpes, un dans la Savoie. Plusieurs de ces personnes ont acheté une assez grande quantité des graines dont il s'agit pour pouvoir en distribuer, notamment M. de Plagnol, habile éducateur de Choraérac, dans l'Ardèche. Enfin cent douze éducateurs des Hautes et Basses-Alpes vont faire autant d'éducations de J, i et a onces de ces mômes graines, qui seront destinées aux grainages de M. Raybaud-Unge en 1868. 11 sortira peut-êtro de ces nou- velles chambrées 200 à 3oo kilogrammes de graine de bonne qualité. C'est presque le centième de ce qu'il faut à la France entière. Jugez par là de ce que peut accomplir l'initiative individuelle quand elle prend pour guide les résultats établis par l'expérience, au lieu de s'abandonner à de vagues disser- tations ou de se confier à de prétendus remèdes dont ("efficacité n'a d'autre appui que les idées préconçues de leurs auteurs. Je terminerai en vous faisant connaître deux autres réussites de graines in- dustrielles, à cocons jaunes et blancs, issues de papillons à peu près exempts de la maladie des corpuscules. En premier lieu, la graine Guehens, de Perpi- gnan, dont il est question dans mon Rapport au Ministre de l'Agriculture du i5 juillet dernier : j'ai fait faire deux essais de celte graine, sous les n°* 5 et 36 , à la serre de Ganges. Le n° 5 était la graine des papillons sans choix, et le n° 36 la graine des papillons choisis. Le n° îi a fourni g5 cocons pour 100 vers comptés au premier repas après la première mue, et le n° 36 en a fourni g3. Voici le deuxième et très-remarquable succès. Un graineur de Saint Bauzille- de-Putois, M. Roux, m'a adressé, le 16 juillet 18117, une centaine de papillons d'un de ses grainages à beaux cocons blancs de pays. Aucun de ces papillons n'était corpusculeux. Je me suis empressé do signaler ce fait à M. le comte de Rodez, directeur des essais précoces de Ganges, qui habite Saint-Bauzille, en le priant do faire acheter la graine Roux pour la distribuer parmi les membres du Comice agricole de Ganges. Cette graine, éprouvée par M. de Rodez aux premiers essais précoces, a fourni 100 cocons pour 100 vers comptés au pre- mier repas après la première mue. Digitized by Google 210 MALADIE DES VERS A SOIE. M. PASTEUR A M. DUMAS (i). Alais, le i5 avril 1868. Voulez-vous me permettre de vous donner des preuves palpables de l'im- mense bienfait que la sériciculture peut retirer de l'application du procédé de sélection des chambrées pour graine par l'examen microscopique des chrysalides et des papillons, tel qu'il résulte de mes observations de ces der- nières années? On a fait, en 1867, dans le département des Basses-Alpes, une quantité considérable de graines de vers à soie. C'est une de ces régions réputées saines dont je parlais dans une lettre précédente. Toutefois, si le moyen que j'ai in- diqué pour découvrir les chambrées de reproduction offre réellement la valeur que je lui attribue, le département des Basses- Alpes a dû donner lieu, en 1867, à un très-grand nombre de chambrées impropres aux grainages. Je vous écrivais, en effet, tout récemment, que M. Raybaud-Lange, membre du Con- seil général de ce département, ayant préparé plusieurs milliers donces de graines par le procédé dont il s'agit, n'a pu utiliser, pour arriver à ce ré- sultat, que dix-sept chambrées sur soixanle-dix-huit qu'il a examinées. Ceci posé, je vais vous entretenir succinctement de deux des éducations qui ont été soumises à des grainages dans le département des Basses-Alpes, en suivant les anciennes pratiques. Je ne nommerai personne. Cela n'ajouterait rien à la force de mes arguments. La première de ces chambrées était de 100 kilogrammes, la seconde de 3oo kilogrammes, toutes deux d une réussite fort remarquable. Elles ont produit 12 ou i3oo onces de graines qui sont, à celte heure, l'opoir de la récolte de quelques centaines d'éducateurs. Je sais qu'à la suite d'un examen microscopique des papillons de ces cham- brées, fait par une personne exercée, qui avait reconnu que tous ces papil- lons étaient fortement atteints de la maladie des corpuscules, les propriétaires furent avertis du danger de faire grainer ces chambrées. Mais ils arguèrent de la beauté des vers qui avaient fourni ces papillons et du succès extraordi- naire des éducations, en ajoutant que le microscope pouvait se tromper. Les graiîiages eurent donc lieu. Peu de temps après mon arrivée à Alais. je me suis procuré une petite quantité des graines dont je |«rle, et j'ai commencé à les élever. Je suis en mesure d'affirmer que toutes les chambrées de ces graines, (0 Extrait du Messager agricole du Midi. NOTES ET DOCUMENTS. 2il sans exception, périront entièrement de la maladie corpusculeusc. Les iîoo à i3oo onces ne feront peut-être pas 1200 à i3oo cocons, el elles achèveront de ruiner quelques centaines d'éducateurs. Heureusement ces faits se sont présentés à des personnes honorables et éclairées, qui vont être prochainement désabusées et seront les premières à proclamer leur erreur. Pécheurs repentants, elles deviendront de fervents apôtres. Par leur influence, j'en ai l'espoir, la lumière se fera dès cette année dans le département des Basses-Alpes, qui est, en effet, 1 un de ceux dont on peut attendre un grand nombre d'excellents grainages , si les éducateurs veulent bien y prendre pour guide les résultats de mes recherches. Vous n'imaginez pas jusqu'à quel point est répandue la maladie des corpus- cules. Ce serait à désespérer de l'avenir, si je n'avais reconnu qu'un certain nombre de chambrées en sont exemptes, et qu'il est fac ile de multiplier celles-ci à volonté. Désirant m'assnrcr de nouveau, cette année, de l'extension de cette ma- ladie, je me suis procuré, le lundi G avril, au marché d'Alais. quarante et une sortes de graines qui étaient en \ente. Si je ne craignais de trop allonger cette lettre, je vous transcrirais le tableau des résultats de leur examen mi- croscopique. Elles sont malades à un degré tel, (pie trente-huit sortes au moins sur les quarante et une échoueront forcément par la maladie des corpuscules. Tous les départements séricicoles sont inondés de pareilles graines, qui sont celles du pauvre, en général, car les propriétaires aisés, par leurs relations, jmr leurs lectures de journaux séricicoles, réussissent quelquefois à décou- vrir des sources de bonnes graines. Le paysan est sans défense contre le mal qui l'entoure. Mais quel est un des résultats nécessaires de mon procédé de sélection des chambrées pour graines, reposant sur l'examen microscopique des chrysalides et des papillons, procédé si facile et si rapide, qu'un enfant peut en être chargé? C'est qu'il est impossible de trouver dans les graines que l'on tire de ces chambrées un seul œuf corpusculeux. N'oubliez pas toutefois de remarquer l'incertitude attachée au résultat de l'examen des papillons d une chambrée qui n'est pas autrement connue. Que les papillons tels que ceux dont je viens de parler soient tous privés de corpuscules, on ne pourra aflirmer que deux choses : i° C'est que leur graine sera parfaitement exempte de la maladie corpus- culeuse ; 2 0 Que les vers issus de cette graine ne périront pas. à l'état de vers, par l'effet de celte maladie. Mais on ne peut garantir que la graine n'aura pas eonstitutionncllement une maladie d'une autre nature, notamment celle des morts-flats. J'insiste sur ce point, parce que, sans cela, il serait facile de commettre des erreurs dans les jugements anticipes sur la valeur des graines. Il suffirait de s'adresser à des papillons exempts de corpuscules, mais provenant d'une cham- brée de vers languissants et ayant péri en partie de la maladie des morts-flats do II. 16 Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. la quatrième mue à la montée (1). Je ferai observer d'ailleurs que ce n'est pas assez de savoir qu'une chambrée a donné un fort rendement pour que 1 on soit toujours assuré qu'elle n'était pas sous l'influence de cette maladie. En effet, i once de graine du poids de a5 grammes fournit quelquefois 55 kilogrammes de cocons, et, à la rigueur, elle peut en donner bien davantage. Supposez qu'elle n'en produise que 45, ce qui est encore une très-belle réussite, mais que la mortalité correspondant à la différence de 45 à 55, qui est de plus d'un cinquième, se rapporte presque entièrement à l'âge des vers compris entre la quatrième mue et la montée, et que cette mortalité soit due à la maladie des morts -flats. Dans ce cas, soyez-en sûr, les 45 kilogrammes de co- cons produiront une graine qui aura héréditairement cette maladie, lors même que tous les papillons seraient exempts de corpuscules. Vous êtes alors dans le cas des expériences que je vous ai communiquées dans ma lettre du 20 mars dernier, expériences qui prouvent que des papillons sans corpus- cules, mais originaires de vers atteints de la maladie des morts-flats, donnent de la graine affectée constitutionnellement de cette maladie. Aussi ne saurait-on sans danger se priver de la garantie qui résulte de l'ol>- servation d'une bonne marche de la chambrée de la quatrième mue à la mon- tée. Si vous avez des vers d'ap|tarcnce vigoureuse à cet âge et que les pa- pillons auxquels ils donneront lieu soient privés do corpuscules, ne craignez rien, faites grainer tous ces papillons, et votre graine sera excellente. Négli- gez, au contraire, la première prescription , vous pourrez avoir la maladie des morts-flats; négligez la seconde, vous pourrez avoir la maladie corpuscu- leuse; négligez-les toutes deux, vous pourrez avoir à la fois l'une et l'autre de ces deux maladies. C'est ce qui est arrivé le plus fréquemment dans les grai- nages des race* jaune et blanche dans ces vingt dernières années. Al. Rayhaud-I^angc. vous disais-je, a fait plusieurs milliers d'onces de graines en i8(>7 p.ir ce procédé de sélection, à l'aide de dix-sept chambrées. Ijcs graines de plus de douze de ces chambrées, représentant plus de cent millions d'œufs, sont tellement exemptes de la maladie corpusculaire par hérédité, que je délierais le plus habile micrographe de trouver dans ces millions d'œufs un seul œuf offrant des corpucules. Dans les trente-huit sortes de graines pré- levées sans choix sur le marché d'Alais, dont je |«rlais tout à l'heure, il est impossible, au contraire, d'écraser vingt œufs sans en trouver un ou plusieurs ne manifestant pas la présence des corpuscules. Est-ce assez significatif? Des faits du même ordre et bien d'autres qui les confirment commencent à se répandre. M. le préfet du tiard, très-dévoué aux intérêts séricicoles de ses administrés, a institué une Commission chargée de tout ce qui concerne (0 Ou qui ont souffert du froid il cet âge, du moins je crois avoir des motif» de le présumer. Digitized by VjO NOTES ET DOCUMENTS. 2W les éducations des vers à soie. Je viens d'apprendre que cette Commission a fait acheter quarante microscopes qui vont être distribués dans les divers cantons du département du Gard, avec une instruction rédigée par M. de Lachadenède, président du Comice agricole tVAlais. Cette initiative ne peut manquer d'avoir des imitateurs. On ne saurait trop louer également le zèle du Comice agricole du Vigan, qui a ouvert un crédit de 1600 francs pour faire quatre éducations de 1 et a onces, afin de mettre de nouveau à l'épreuve les conséquences pratiques do mes observations. J'ai l'espoir que les résultats ne seront pas moins favorables que ceux de la chambrée de Sauve, dont je vous ai entretenu à diverses reprises. NOTE SUR LA MALADIE DES VERS A SOIE DÉSIGNÉE VULGAIREMENT SOUS LE NOM DE MORTS- BLANCS OU MORTS -FL ATS (1). - LETTRE A M. DUMAS (a). Mes études de cette année devaient porter plus particulièrement sur la ma- ladie des morts-flats, que j'ai le premier signalée à l'attention des éducateurs, comme intervenant pour une part importante dans les désastres actuels de la sériciculture. Lorsque les vers sont atteints de cette maladie d une manière apparente, qu'ils ne mangent plus ou très-peu, qu'ils se montrent étendus sur les bords des claies, ou lorsqu'ils viennent de succomber, les matières qui remplissent (0 Extrait de» Comptes rendus de l' Académie des Sciences; séance du i y juin 1868. (3) « Ce i\ juin, à Patllcrols, commune des Mécs (Basses-Alpes). » Je suis depuis quime jours dans les Russes-Alpes où j'assiste M. Raybaud- Lanfte dans le vaste graina;;c qu'il effectue de nouveau cette année, d'après mon procédé. Grâce à l'obligeance de M. le président «lu Comice d'Alais, je viens de re- cevoir le Compte rendu de la séance de l'Académie des Sciences du 8 juin, où jo lis une Note de M. Bechamp relative à la maladie des morts-llats. • Vous savez que j'ai, le premier, appelé l'attention des éducateurs sur l'in- fluence de cette maladie, et que, le premier également, j'ai démontré qu'elle était indépendante, en fait, de celle des corpuscules. ■ Maître de cette dernière maladie, ce dont les éducations de celte année ont donné les preuves les plus éclatantes, je devais porter toute mon attention sur iG. Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. leur canal intestinal renferment des productions organisées diverses, qu'on no rencontre pas dans les vers sains. Ces organismes sont : i° des vibrions, sou- vent très-agiles, avec ou sans points brillants dans leur intérieur; 'jt° une mo- nade à mouvements rapides : 3° le Bavterium tenno, ou un vibrion très- ténu qui lui ressemble; 4° un ferment en chapelets de petits grains, pareil d'as|)ect à certains ferments organisés que j'ai rencontrés maintes fois dans mes recherches sur les fermentations. Ces productions sont réunies dans lu môme ver, d'autres fois plus ou moins séjwrées. Celle qui se montre le plus fréquemment, au moins dans le cas que je vais indiquer tout à l'heure, est ce ferment en chapelets flexibles de deux, trois, quatre, cinq. . . grains sphéri- ques, d'une parfaite régularité. Ce ferment, ou une production toute sem- blable, est décrit ou dessiné dans plusieurs de mes Mémoires relatifs aux fer- mentations. Le diamètre des grains est à peu près d'un millième de milli- mètre. On peut le déduire de la longueur d'un chapelet formé de plusieurs grains, divisée par le nombre de ces grains. La mesure ainsi faite, et qui com- prend l'intervalle de deux grains, outre le diamètre de ces grains, est égale à o mm ,ooi5 environ. J'ai démontré récemment que la maladie des morts-flats peut être héré- ditaire. On s'en convaincra facilement en répétant mes expériences. Prenez dans une éducation fortement atteinte de cette maladie des cocons bien formés, renfermant des chrysalides d'un aspect très-sain, et soumettez- les au grainage, en vous assurant que les papillons sont exempts de la maladie des corpuscules : vous reconnaîtrez, l'année suivante, que la ma- ladie des morts-flats fera périr les vers issus de la graine dont il s'agit. La maladie des morts-flats peut donc être constitutionnelle et héréditaire dans certaines graines. D'ailleurs, qu'elle frappe accidentellement des édu- cations de graines très-saines par suite de fautes commises dans ces édu- cations, ou do circonstances inconnues, ou qu'elle sévisse héréditairement, cette maladie se montre avec une intensité très-variable. Les échecs sont ab- solus ou partiels, mais généralement, lorsqu'une chambre ne périt pas tout entière par la maladie des morts-flats, il est facile de reconnaître que les vers survivants, lorsqu'ils montent à la bruyère, ou lorsqu'ils commencent à hier leurs cocons, ont des mouvements très-lents. On les dirait sous l'influence celle des morts-flats, que, le premier encore, vous le savez, j'ai démontré être héréditaire dans certains cas déterminés. > J'ai communiqué les principaux résultats de mes observations de cette année au Comice d'AIais par une Note lue en séance publique, le i' r juin, en présence d'un nombreux concours d'éducateurs, réunis dans la grande salle de la mairie. Permettez- moi de vous prier de vouloir bien faire insérer, dons le plus prochain numéro des Comptes rendus de l'Académie des Sciences le texte complet de cette Note, dont je vous adresse un exemplaire, extrait du Bulletin du Comice agricole d'AIais. > Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 215 du mal qui on fait succomber un certain nombre, bien qu'ils fassent des cocons, que ces cocons puissent être d'un bel aspect et fournir des papillons paraissant très-sains. Il y a plus, je pourrais citer des exemples dans lesquels j'ai vu presque tous les vers d'une éducation former leurs cocons, mais en présentant la langueur dont je parle. Ce sont des vers malades, mais pas assez pour qu'il leur soit impossible de monter à la bruyère. Toutefois, on ren- contre alors beaucoup de cocons fondus. Cela étant, je me suis demandé si les vers des chambrées atteintes de morts- flats, et qui néanmoins sont capables de faire des cocons et de se transformer en chrysalides et en papillons, ne porteraient pas en eux-mêmes les orga- nismes dont j'ai parlé et qui sont propres à tous les vers assez malades pour succomber avant de pouvoir filer leur soie ? Ces prévisions se sont réalisées. Voici ce que l'on observe toutes les fois que l'on a affaire à des éducations frappées de la maladie des morts-flats, et dont les sujets survivants fourni- raient nécessairement, ainsi que je l'ai précédemment expliqué, une graine constitutionnellement atteinte de cette maladie. Le contenu du canal intestinal de la chrysalide, au lieu d'être formé, comme dans les chrysalides saines, de granulations amorphes, est rempli de ces petits chapelets de grains sphé- riques que j'ai décrits précédemment. En faisant ces observations, je croyais revoir quelques-unes de mes anciennes préparations relatives aux fermenta- tions. On n'aperçoit ici ni baclériums, ni vibrions, ni monades. Lorsque l'on étudie, dans les conditions précédentes, les chrysalides d'édu- cations atteintes à un faible degré de la maladie des morts-flats, il faut en gé- néral en ouvrir plusieurs avant d'en trouver uno qui offre le caractère dont il s'agit. Enfin, dans les cocons des bonnes éducations, où rien ne dénote l'existence de la maladie, le petit organisme dont il s'agit paraît tout à fait absent. Rien ne démontre encore que ces sortes de ferments dont je viens de par- ler soient la cause de la maladie des morts-flats. Ils ne sont peut-être que le résultat nécessaire d'un trouble profond dans les fonctions digestives. L'intes- tin venant a ne plus fonctionner par quelque circonstance inconnue, les ma- tières qu'il renferme se trouvent alors placées comme dans un vase inerte. J'ai introduit dans un vase des feuilles de mûrier broyées avec de l'eau, et, au bout de vingt-quatre heures déjà, elles ont commencé à fermenter en montrant précisément les mômes organismes que ceux que j'ai décrits. Je terminerai par une indication qui paraîtra fort extraordinaire ; pourtant, comme ce n'est pas une opinion, mais un fait que j'ai à communiquer au Co- mice, je me hasarde à le publier, tout incomplet et tout singulier qu'il me paraisse à moi-même. Le 29 mars, à 8 heures du matin, j'ai placé sous uno cloche do verre, en plein soleil, une boite de carton renfermant une graine à cocons jaunes. La boite était renfermée elle-même dans un sac de papier avec un thermomètre dont le réservoir touchait la boite et dont la tige dépassait le bord du sac, ce Digitized by Google 2i0 MALADIE DES VERS A SOIE. qui permettait de lire la partie haute de la graduation. La cloche est restée au soleil, à la même place, jusqu'au lendemain 3o mars à midi. Le 29, le ther- momètre est monté à 27 degrés Réaumur, et le 3o, à 3a degrés. Dans la nuit du 29 au 3o, à 2" 30™ du matin, il est descendu à 2 degrés Réaumur. La boite contenant la graine a été apportée, le 3o mars à midi , dans une petite chambre où se trouvait, dans une autre boite pareille à la pre- mière, le même poids de la même graine ; cette chambre était alors à la tem- pérature de i3 degrés Réaumur, laquelle a été élevée d'un degré par jour qu'au moment de l'éclosion. Les deux graines ont commencé à éclore le môme jour, le i3 avril. Ce jour-là, à midi, on a fait une levée de vers dans l'une et l'autre boite. L'éclosion a été terminée de part et d'autre le 14. Dans la botte chauffée sous la cloche, il est resté cinquante œufs sans éclore, et dix seulement dans l'autre. Chaque lot de graine pesait un demi-gramme. J'ai élevé des portions égales de vers recueillis le i3 avril à midi; ils étaient placés dans deux paniers qui n'ont cessé d'être côte à côte, les repas donnés aux mêmes heures avec la même feuille. La graine qui n'a pas été chauffée m'a offert de la quatrième mue à la montée huit morts-flats sur un total de 100 vers ; l'autre, au contraire, n'en a pas offert un seul. Tous les vers de ce second panier, sans exception, ont fait leurs cocons et sont montés à la bruyère environ douze heures avant ceux de l'autre panier. Dans les premiers temps de l'éducation, il m'a paru qu'il y avait quelques vers un peu plus pe- tits, mais en très-faible nombre, dans le panier de la graine chauffée. Cette inégalité, d'ailleurs à peine sensible, a disparu pendant l'éducation, excepté pour un seul ver, qui néanmoins a parfaitement mûri et fait son cocon. Est- ce une illusion de ma part? J'ai cru remarquer que les vers issus de la graine qui avait séjourné sous la clocho avaient une vigueur plus accusée que les vers de l'autre essai. Je m'abstiens de toute réflexion sur l'observation qui précède: je ne la pu- blie qu'à titre de renseignement pour l'avenir. En ce qui me concerno, je ne la perdrai pas de vue et je multiplierai les expériences, afin d'en mieux con- naître la signification et l'importance pratiquo, si toutefois elle en a une. NOTES ET DOCUMENTS 217 RAPPORT A S. EXC. M. LE MINISTRE DE L'AGRICULTURE SUR LA MISSION CONFIÉE A M. PASTEUR, EN 1868, RELATIVEMENT A LA MALADIE DES VERS A SOIE. Paris, le j août 1868. Monsieur le Minisire, Je viens soumettre à Votre Excellence les résultats de la nouvelle mission dont j'ai été chargé relativement à la maladie des vers à soie, en 18G8. Mes recherches expérimentales de 1 865, 1866 et 18C7, et dont j'ai rendu compte à Votre Excellence dans un précédent Rapjwrt, à la date du ï3 juillet 1867, m'avaient conduit, dans le but de prévenir la maladie régnante, à pro- poser un procédé de grainage qui consiste essentiellement dans un examen microscopique simple et rapide d'un petit nombre de chrysalides et de [>apil- lons des éducations les mieux réussies. De l'examen de ce petit nombre de sujets pris au hasard on conclut à l'élat de la chambrée entière, "et, d'après le résultat obtenu, on livre celle-ci, soit au grainage, soit à la filature. § V. — Nouveau procédé de grainage. — Son application chez M. Rayraud-Langb, a Paillerols (Basses-Alpes). Avant de faire connaître les résultats industriels de ce procédé, je vais décrire l'application qui en a été faite en 1867 et en 18G8, par M. Raybaud- Lange, membre du Conseil général des Basses-AI|>es et directeur de la Ferme- École de Paillerols. Comme ce propriétaire a pu livrerai! commerce en 18G7 environ a5oo onces de graine et qu'il pourra en livrer en 18G8 près de 5ooo onces, il sera bien établi que ce procédé peut être mis en pratique sur une vaste échelle. M. Raybaud-Langc avait distribué la graine de deux de ses meilleures chambrées choisies au microscope à cent douze éducateurs des Hautes et Basses-Alpes, par lots de demi-once, 1 once et a onces. Celte distribution avait été faite gratuitement, à la seule condition que les détenteurs n'élève- raient que cette sorte de graine (1) et qu'ils vendraient à M. Raybaud-Lange leur récolle au plus haut cours du prix des cocons. Cinq ou six éducateurs ont brûlé leur graine à l'éclosion. Tous les autres ont réussi. La moyenne du (1) Circonstance qui doit donner lieu à une surveillance aussi exacte que pt s- Digitized by Google 218 MALADIE DES VERS A SOIE. rendement a été de plus de 4-5 kilogrammes, à l'once de a5 grammes. Les co- cons de chacune de ces éducations séparées ont été apportés a Paillerais pen- dant la nuit, dans des corbeilles longues, peu profondes, superposées en croix et enveloppées d'un drap. Sur chaque lot on avait prélevé i kilogramme de co- cons ( un demi-kilogramme suffirait ). qui, après avoir été mis en fi latte, étaient suspendus dans une chambre chauffée constamment par un poêle, à vit et 3o degrés Réaumur (i). Les papillons sortent dans cette chambre quatre ou cinq jours au moins avant de sortir dans le lot principal correspondant. On a donc le temps nécessaire pour les examiner, et, dans le cas où on les juge mau- vais, de faire envoyer le lot principal a la filature. Si les papillons sont dé- clarés propres au grainage, on fait mettre en filanes tous les cocons du lot. en éloignant seulement les faibles et les doubles. lx*s filanes sont portées dans l'atelier de grainage avec un numéro d'ordre. Elles sont suspendues à des perches placées horizontalement sur des espèces de tréteaux très-solides de i mètres de hauteur environ. Il est bon do ne pas tolérer plus de 10 à la pour 100 de papillons corpus- euleux dans les lots conservés, et il faut être même plus sévère dans le cas où l'on a à sa disposition plus de bons lots qu'on n'en peut faire grainer. Tou- tefois la tolérance de ce nombre de papillons corpusculeux est en raison du j»ctit nombre de corpuscules par champ de l'Age avancé auquel les chry- salides ont présenté des corpuscules, d<> la vigueur des vers et des papillons. Celte tolérance peut être accrue un peu lorsque les graines doivent être éle- vées dans des localités très-favorables aux éducations. Quoi qu'il en soit, c'est toujours beaucoup s'exposer dans l'état présent de la sériciculture, que d'élever des graines issues de papillons corpusculeux, alors même que les chrysalides auraient paru saines jusqu'à la (in de leur vie (3) . (0 H est nécessaire, pour taire ce prélèvement, «le ne pas attendre le déramaarternenls séricicolcs 1 Les éducateurs savent, et champ. De mon cote, j'ai ou l'occasion d'étudier la graine d<" ces papillons lt> 3i mars |.%S. Sur 78 u-ufs, je nVn ni trouvé que j ofTr.int de très-rares corpuscules. Qu'est- il advenu uscu- leuses et de graines non corpnsculeuses, des papillons corpusculeux, auteurs de ces graines, ont pu conduire à de bonnes réussites, il est parfaitement avéré qu'il y a une limite, passé laquelle des papillons corpusculeux provenant de chrysalides corpusculeuses, fournissent des graines également corpnsculeuses, et que de telles graines sont fatalement condamnées a périr de la pebrine ou maladie des corpus- cules. Qu'on lise, à défaut d'autres preuves, les passages de mon Rapport relatifs uux graines élevées en 1868 dans la commune do (.allas 'arrondissement de Dra- guiguan) et dans les Basses-Alpes par M. ! augicr, mnire d'Oraison. C'est par mil- liers que je pourrais relater des insuccès de cet ordre, insuccès généraux s'apjli- quant à toutes les chambrées de ces graines corpusculeuses. Quand vous avet a lia ire à de telles graines, elles échouent partout, dans toutes les localités, cent fois sur cent. Élever des graines issues de papillons corpusculeux, c'est donc vouloir couiir Digitized by Google 250 MALADIE DES VERS A SOIE. celte connaissance leur était acquise déjà avant l'époque do la maladie, qu'il y aurait des différences considciablcs dans les résultats, suivant qu'on s'adres- serait à des localités de grande ou de petite culture. La réussite des chambrées pourrait être sensiblement la môme partout ; mais lorsqu'on v iendrait à examiner au microscope les chrysalides et les papillons des deux séries d'éducations, on reconnaîtrait que, dans les localités à grande culture, la proportion des sujets corpusculeux serait infiniment plus forte et qu'en conséquence le nombre des bonnes chambrées pour graino y serait très- restreint. Je vais en donner des exemples : M. Raybaud-Lange a fait grainer, en 1 8G7, dix-sept chambrées à cocons jaunes sans admettre une tolérance de plus de 10 à 12 pour 100 de sujets corpusculeux. 11 a distribué quelques-unes de ces dix-sept sortes de graines dans les Hautes et Bas*es-Alpes et dans le Gard et l'Ardèche, départements de très-grande culture comparés à ceux des Hautes et Basses-Alpes. J'ai exa- miné les chrysalides et les papillons d'une foule de chambréesde ces graines, bien réussies, dans ces divers départements. La différence des résultats a été très-accusée. Tandis que, dans les Hautes et Basses-Alpes, à la fin de la cam- pagne, nous rencontrions pour ainsi dire autant que nous voulions des cham- unc mauvaise chance. Je ne (.aurais comprendre une pareille manière d'arjir que dans le cas où l'on se serait trouve daus l'impossibilité de faire de la praine dans d'autres conditions. Si l'on est réduit à cette ex t rem té, le résultat de mes re- cherches démontre qu'il ne faut faire [{rainer alors que des papillons corpuscu- leux dont les chrysalides auront offert le plus tard possible des corpuscules. Dans ce cas, on n'a pas à craindre des corpuscules dans les œufs, mais seulement l'affai- blissement de la génération du à l'ett maladif des parents. Un travail fort utile et que je prends la liberté de recommander aux personne* occupées d'observations microscopiques sur les vers à soie, consisterait à examiner jour par jour bo chrysalides d'un lot de cocons déterminé, puis 5o papillons, puis enfin les oeufs après la ponte et vers l'époque de l'celosion. En répétant cette étude sur quelques lots corpusculeux, on arriverait à pouvoir dire très-vraisem- blublement le nombre d'œufs corpusculeux correspondant à telle proportion pour 100 de chrysalides corpusculcuscs, pour tel jour d'examen depuis la montée à la bruyère. Exemple: Je crois pouvoir assurer qu'un lot dont les chrysalides se mon- trent corpusculcuscs dans la proportion de 7 » pour 100, le huitième jour après le jour moyen de la montée, donnera des œufs où il y en aura environ 60 k 70 pour 100 qui seront corpusculeux. Il faut que les chrysalides soient sans corpus- cules pendant quatone à quinze jours depuis le jour de la mise en bruyère pour que tous les œufs soient sans corpuscules, alors même que tous les papillons se- raient corpusculeux. Quand on fait des r.rainages et des observations microscopiques, il faut toujours commencer par s'enquérir du jour de la mise en bruyère, ou mieux, du jour moyen de la montée, car il y a des personnes qui mettent prématurément la bruyère, et noter cette date en tète de l'observation microscopique correspondante. Digitized by VjOOQlC NOTES ET DOCUMENTS. 251 broes bonnes pour graine, ne renfermant pas ou en petit nombre des papil- lons corpusculeux, dans l'Ardèche et le Gard, au contraire, on avait les plus grandes peines à découvrir des chambrées exemptes de corpuscules. Voici d'autres faits du même ordre, relatifs au département des Pyrénées- Orientales comparé au Gard. En 18G7, j'a\ais désigné au Comice agricole du Vigan une graine provenant de papillons privés de corpuscules. Le Comice décida qu'une once de cette graine serait élevée, en vue d'un grainage pos- sible, dans la petite ville de Sauvo près de Saint-Hippolyte, dans le Gard. L'éducation réussit très-bien, et les papillons s'étant trouvés presque tous exempts de corpuscules, on fit grainer la chambrée. En 18G8, cette graine a donné de très-bons résultats, toutes les fois que les chambrées n'ont pas été envahies par la maladie des morts-flats. Dans la petite ville de Sauve notam- ment, sur 1a éducations, 10 ont réussi. De ce nombre est la chambrée de 2 onces faite à nouveau par les soins du Comice du Vigan, dans le même lo- cal que l'an dernier, sous la surveillance de M. le docteur Delettre. Or, les papillons de ces chambrées de Sauve ont été, en 1868, et malgré leur réussite remarquable, impropres à la reproduction. Celte même graine de Sauve, au contraire, élevée dans des localités de petite culture, a fourni des reproduc- teurs généralement sains. Par les soins du Ministère de l'Agriculture, quelques onces de cette graine avaient été envoyées à Perpignan où elles ont été distribuées à sept ou huit éducateurs. Non-seulement les chambrées ont eu de très-bonnes récoltes, mais les papillons qu'elles ont produits ont été fréquemment exemptsde la maladie des corpuscules. Le tableau comparatif suivant montre cette différence entre la chambrée du Comice du Vigan, à Sauve, et une chambrée de la même graine à Perpi- gnan. On sait que le département des Pyrénées-Orientales est un département de petite culture. Il ne renferme guère que deux cents éducateurs. Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. Examen des papillons de la graine de Sauve ÉLEVÉE A SACVE EN 18G8. (Chamhrfe du Comice do Vi R .n ) Cocons blancs. — i once a produit 17 kil. G juin. Examen de 10 chrysalides : 1 . Pas de corpuscules par champ. 2. 3 corpuscule» par champ. 3. Pas de corpuscules par champ. 4. Vu 1 corpuscule par champ. 5. Vu 1 corpuscules par champ. 6. Pas de corpuscules par champ. 7. 5o corpuscules par champ. 8. 5o Id. 9. 10 Id. 10. 7 Id. 10 juin. Examen de 10 chrysalides : 1. 200 corpuscules par champ. 2. 30 3. i5o 4. 100 5. -Kl 6. 5oo 7. 5o 8. 5o 9. 5o 10. ao Id. Id. Id. ni. id. Id Id. Id. Id. Cocons jaunes. — 1 onceaproduit5i l K,5. 6 juin. Examen de 10 chrysalides : Pas de corpuscules par champ Id. Id. Id. Id. Id. Id. Id. Id. Examen de 10 chrysalides : 10 corpuscules par champ l. o 3! 4. fj. fi. 7. •S. 9. 10. to juin. 1. 2. Pas de corpuscules par champ. 3. 30 corpuscules par champ. 4. Pas de corpuscules par champ 5. 100 corpuscules par champ. 6. 5o Id. 7. Pas de corpuscules par champ 8. Id. 9. 5o corpuscules par champ. 10. 100 Id. ÉLEVÉE A PERPIGNAN EN 1808. (Ch«mhrre «le M. M-.uloyi.' Cocons blancs. 8 juin. Examen de 7 maies : Pas de corpuscule»!*. 9 juin. Examen de 9 mâles : Pas de corpusculeux. 10 juin. Examen de 9 mules : Pas de corpusculeux. i l femelles : 1 1 sans cor- puscules et 1 avec ?oo corpuscules. Cocons jaunes. 9 juin. Examen de 6 mâles : Pas de corpusculeux. 10 juin. Examen de 8 maies : 9 sans corpuscules, 1 avec 30 corpuscules. 11 juin. Examen de m mâles : 8 sans corpuscules, :\ avec corpuscules de 10 à 70 par champ. 11 juin. Examen de 10 mâles : Pas de corpusculeux. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. ta différence des résultats est considérable. Elle a été du même ordre pour d'autres chambrées de la même graine faites à Sauve et à Perpignan. M. le Maréchal Vaillant (i) et M. Peligot ont élevé près de Paris, à Vin- cennes et à Sèvres, et à Paris môme, des petites quantités de cette môme graine de Sauve. Tous les vers ont fait leurs cocons. M. Peligot a examiné un grand nombre de papillons. Aucun d'eux n'était corpusculeux. Je ferai observer que pour la chambrée du Comice du Vigan, faite à Sauve, la montée a eu lieu les 29 et 3o mai. Or, le tableau précédent nous fait voir que, déjà le 6 juin, les chrysalides des cocons blancs étaient corpusculeuses dans la proportion de 7 sur 10. D'ailleurs, à en juger d'après le nombre des corpuscules par champ, ce jour-là l'infection ne faisait que commencer. Mais avec quelle rapidité marche le développement des corpuscules ! Dès le 10 juin, toutes les chrysalides des cocons blancs étaient malades et dans des propor- tions énormes. Les cocons jaunes, au contraire, étaient moins atteints par la maladie. ta montée avait eu lieu également les 29 et 3o mai. Or, le G juin, aucune des chrysalides n'offre encore des corpuscules, mais, le 10 juin, G sur 10 sont ma- lades. La chambrée de ces vers, jwrticulièrement des jaunes, était admirable au moment de la montée. Mon avisa été qu'il ne fallait pas faire grainer les papillons, que les blancs fourniraient une graine très-corpusculeuse qui échouerait complètement, et que les jaunes pourraient donner un produit , mais faible. Le Comice du Vigan, en- couragé par le succès de la chambrée, a livré au grainage les 5i \ kilo- grammes fournis par l'once de graine jaune. M. Delettre m'a informé que ce grainage s'est effectué dans les meilleures conditions, que les papillons étaient beaux, v igoureux, et avaient donné beaucoup de graine. Voilà, pour l'an pro- chain, un sujet d'études plein d'intérôt (a). § III. — Caise présumée des différences dans les grainaues DES DIVERS DÉPARTEMENTS. Il est assez facile, ce me semble, de se rendre compte des différences que je viens de signaler dans les qualités des papillons des grands centres de production et de ceux des localités de petite culture. La pébrine, ou (1) Voir la lettre du Maréchal du i5 août t86S, p. 90. (2) L'ëchec de la graine du Comice du Vigan a été complet, absolu en 1869. Le» 3 à 3 kilogrammes de cette graine n'ont pas fourni un seul cocon. {Note ajoutée en 1869 à la rédaction de ce Rapport.) MALADIE DES VERS A SOIE. maladie des corpuscules, est essentiellement une maladie contagieuse. Or, le nombre des corpuscules est si grand dans les mauvaises chambrées au mo- ment des éducations, que j'ai pu écrire, à la date du 1" mars 1867 (1), à M. Henri Mares, correspondant de l'Institut, que si l'on répandait uniformé- ment dans l'atmosphère, au-dessus du département du Gard, la totalité des corpuscules d'une seule magnanerie que je lui désignais et qu'ils vinssent à tomber sur le sol, chaque mèlre carré du département en recevrait un certain nombre. On comprend donc que, dans les pays de grande culture, où l'on élève tant de sortes de graines corpusculeuses, les vente ou les personnes transportent une foule de germes de maladie. Les faits dont j'ai parlé précé- demment paraissent bien dus à la cause que je signale ; car, si l'on considère un département de petite culture, et, dans ce département, une ville, un vil- lage, où un grand nombre de personnes fassent des éducations, tout de suite on remarque une grande infection dans les chrysalides ou les papillons des chambrées de -cette localité. C'est ce qui est arrivé, cette année, pour la petite ville des Mées. dans les Basses-Alpes. Une multitude de personnes ont élevé des vers à soie, bien plus que ne le comportait la quantité de feuilles dans la commune. On allait acheter la feuille à 3o et 40 kilomètres. Or, l'exa- men microscopique des cocons de celte ville, fait par M. Arnoux fils, compa- rativement à celui des chambrées isoLvs des environs, a montré que l'infec- tion corpusculaire était bien plus grande dans la ville que dans les campa - pagnes (-2). (1) Lettre de M. Pasteur il M. Henri Marès. — Montpellier, 1867. {■j) J'ai f.iit, au sujet de la contagion de la maladie corpusculciise, des expé- riences dignes d'intérêt. Files démontrent que les corpuscules peuvent perdre, avec le temps, la propriété qu'ils ont à un si haut degré de communiquer la maladie à des vers sains. J'ai essayé d'inoculer ù des vers sains la maladie des corpuscules avec des pous- sières sèches de magnaneries qui avaient une et deux années de date et qui étaient remplies de corpuscules. Il y a eu une mortalité plus ou moins sensihlc; mais ni les vers morts, ni les papillons provenant des vers survivants n'étaient corpuscu- leux. C'est vraisemblablement la maladie des morts- fia ts qui a été cause du la mortalité. Des vibrions se sont développes en grand nombre dans ces vers. A ce moment, mon attention n'avait pas été appelée encore sur le ferment en petits chapelets de grains que je considère comme le signe, sinon comme une cause oc- casionnelle de la maladie des morts-Hats. Je ne l'ai donc pas observé. Dans d'autres séries d'expériences, il m'a été impossible de provoquer la maladie des corpuscules che* des vers sains auxquels j'avais donné un repas de feuilles salies par une eau dans laquelle j'avais délaye des corpuscules pris dans des papillons secs, conservés à cet état depuis ittlKi. Un fait m'a frappé dans ces der- nières expériences : c'est que non-seulement les papillons ont été exempts de cor- puscules, du moins presque tous, mais oucune mortalité sensible n'a suivi l'admi- Digitized by VjO NOTES ET DOCUMENTS. La nourriture ni le climat ne paraissent donc pas être la cause occasion- nelle du développement des corpuscules dans les vers, les chrysalides et les papillons, mais bien plutôt l'accumulation d'un grand nombre d'éducations dans un rayon restreint (i). Est-ce donc à dire qu'il y ait impossibilité matérielle à obtenir des cocons propres au grainage dans les dé|vartements de grande culture? Non, sans doute : seulement, il y faut plus de soins que jKirtout ailleurs. 11 faut n'éle\er que de très-faibles quantités, i, a, 3, 4, 5 grammes de graine, que cette graine soit irréprochable, s'éloigner le plus possible des grandes éducations industrielles, ne jamais associer dans le même local des graines connues et choisies à des graines inconnues. Le succès de certains grainages accomplis dans ces conditions, en 1868, par le collège d'Alais, sous la direction de M. Despeyroux, par M. de Lachadcnède, président du Comice agricole de cette ville, etc., démontre ce que j'avance. Moi-môme, ainsi que je l'ai indiqué depuis longtemps, je me suis toujours préservé, pour ainsi dire à volonté, de la maladie des corpuscules dans les nombreuses expériences que j'ai poursui- vies au Pont-Gisquet, près d'Alais. Bien plus, dans tous les cas où j'ai élevé des graines corpusculeuses, j'ai pu en retirer quelques reproducteurs absolu- ment exempts de la maladie régnante. Il y a un autre moyen de se mettre, dans une certaine mesure, à l'abri de la funeste influence du trop grand nombre d'éducations, lorsque 1 on veut instituer des éducations pour graine. Il consiste à élever quelques grammes de graine de très-bonne heure avec des feuilles de millier précoces ou qu'on aura fait pousser en serre. M. Henri Mares a insisté avec raison sur cette manière d'agir dans une Communication qu'il a faite récemment à l'Académie des Sciences. Ce moyen offre également le double avantage d'éviter les grandes chaleurs du mois de mai qui affaiblissent les vers et les prédisposent aux maladies, notamment à la maladie des moris-flats, et d'avoir recours à une feuille moins forte et plus digestive. En résumé, on peut faire partout de bonne graine, mais pour en faire bea il- lustration des matières corpusculeuses. C'est le contraire qui a toujours existe, quand j'ai l'ait de* essiis avec des poussières corpusculeuses fraîches ou même des- séchées, mais récentes. Il semblerait donc que les poussières de magnaneries mal nettoyées pourraient donner plutôt la maladie des morts-llats que la mal die des corpuscules, et qu'outre les corpuscules, elles contiennent des matières pouvant être toxiques pour les vers. (i) Alin de résoudre diverses questions, et, entre autres, celle de l'inlluence de l'alimentation, mon projet bien arrête est d'élever à Paris et dans un département de la zone centrale, une graine déterminée avec de lu feuille envoyée chaque jour du Midi, et, dans le Midi, la même graine avec de la feuille envoyée de Paris ou du Centre. 2MÎ MALADIE DES VERS A SOIE. coup, pour se livrer à des grainages véritablement industriels, ce qui me [virait souhaitable, si on les fait avec les garanties que la science offre aujourd'hui aux éducateurs, il faut nécessairement aller opérer dans des centres de |>etite production et imiter ce qu'a fait si heureusement M. Haybaud-Lange dans les Basses-AI|>es. Il existe, en France, une foule de localités non moins propices que les Basses-Alpes à ce genre d'industrie. J'en nommerai quelques-unes : les Hautes et Basses-Alpes, les Pyrénées-Orientales, le Var, les Alpes-Mari- times, la jwrtie montagneuse de la Drôme, la partie montagneuse de l'Hérault, au Poujol, l'Aude, le lx)l, l Aveyron, le Cher, etc. 11 est à désirer que des propriétaires intelligents, d'une probité rigide, se transportent dans ces dépar- tements, qu'ils y distribuent une graine reconnue pure, qu'ils astreignent les |>etits éducateurs avec lesquels ils feront des marchés à n'élever que la seule sorte de graine remise par eux. et qu'ils recherchent ensuite dans les cham- brées résultantes celles qui seront propres au grainage. Ils trouveront dans ce commerce honneur et profil. Le Japon n'opère peut-être pas autrement, puisque dans ce pays, parait-il, une seule province, dit-on. est propre à la confection des graines et fournit la semence au reste du royaume (i). § IV. — Du C.RAINAC.E CELLULAIRE OU l'A R COUPLES ISOLES POUR FACILITER . L'ANNÉE SUIVANTE. LES CHAINAGES INDUSTRIELS. Il importe de mettre en lumière une autre pratique qui permettrait d ac- croître beaucoup le nombre des chambrées bonnes pour graines, dans le cas où l'on voudrait instituer d'importants grainagrs du genre de ceux dont je viens de parler. En élevant avec soin des pontes provenant de parents corpusculeux et qui étaient elles-mêmes corpusculeuses, j'ai reconnu que l'on arrive assez facile- ment à rencontrer parmi les cocons qui en résultent un certain nombre de sujets non corpusculeux et que ce nombre augmente, en quelque sorte, en raison inverse de l'infection des parents ou des graines; enfin, dans les cas où l'on se sert des pontes provenant de parents exempts de corpuscules, on peut se procurer des éducations dont tous les papillons, à peu près sans exception, en sont eux-mêmes privés (a). Conséquemment, il est très-utile de ne mettre en éducations isolées, en vue de grainages futurs, qu'une graine irréprochable, si l'on veut augmenter le plus possible le nombre des chambrées bonnes pour graines. (i) Voir dans la deuxième Partie «le ce volume, le Rapport de M. Sirnnd, sur les éducations à Grenoble et dans les environs de cette ville. \i) Voir les Communications que j'ai faites à l'Académie des Sciences dans sa séance du 3 juin 1KG7. Digitized by NOTES ET DOCUMENTS. M. Raybaud-Lange l'a bien compris et le résultat a ré|>ondu à son atlente. En 1867, il a fait un grainage cellulaire de quelques onces de graines tout à fait exemptes de la maladie des corpuscules. Or, en 18G8, les lots de cocons issus de ces graines se sont trouvés privés de corpuscules dans la proportion de 3 sur 4- Encouragé par ce premier succès, M. Kaybaud-l-ange n'a pas pré- paré, en 1868, moins de 70 onces de graines par couples isolés qu'il destine à ses éducations pour graine en 18G9. Confectionner une aussi grande quantité de graines par couples isolés paraît être au premier aperçu un travail excessif. Sa réalisation est cependant très- facile. Je vais le décrire tel qu'il a été appliqué par M. Rayhaud-tange et par MM. Laugier, maire d'Oraison, et Arnoux, adjoint au maire des Mées, qui, encouragés par les succès de leur voisin, se sont empressés de l'imiter. Longtemps avant les éducations et les grainages, on se procure une multi- tude de petits morceaux de toile de 5 à 6 centimètres de largeur sur 10 de hauteur environ, numérotés, et. en outre, des crochets de fil de fer pour les suspendre. Ces crochets peuvent être faits avec des épingles à cheveux que l'on coupe en deux, et que l'on recourbe ensuite convenablement. On a pré- paré d'autre part une foule de petits cornets de papier également numérotés. A l'époque des grainages, on choisit un des meilleurs lots pour graine dont les chrysalides et les papillons ont été étudiés préalablement au double point de vue de la maladie des corpuscules et de la maladie des morts-llals, ainsi que je l'expliquerai dans la suite de ce Rapport. On place les couples, un à un, sur les petites toiles que l'on a suspendues à l'aide des crochets à des ficelles tendues horizontalement dans un appartement assez spacieux. Au bas de chaque morceau de loilo est accroché avec une épingle ordinaire recourbée un des cornets de papier portant le môme numéro d'ordre que la toile. Au moment du désaccouplement, on place le mâle dans le cornet. La femelle reste sur la toile, où elle pond ses œufs. Le surlendemain on l'enferme dans le cornet à côté du maie. Tous les cornets sont conservés soigneusement à l'abri de l'humidité, et. plus tard, à loisir, on examine les sujets des divers couples. On rejette les toiles qui correspondent à un ou à deux sujets cor- pusculcux et on réunit par lavage les graines de toutes les autres. On a de cette façon de la graine absolument privée de corpuscules et qui oiïre beau- coup plus do chances de se consener pure et de fournir des reproducteurs sains. L'observation des papillons au microscope, à temps perdu, plus ou moins longtemps après la mort des papillons, oiïre une garantie particulière pour la qualité de la graine. Les corpuscules, en effet, se multiplient tant que vit le papillon, et tel individu qui, au moment où il sort du cocon, n'aurait encore que quelques corpuscules pouvant échapper à l'observation en montrera con- sidérablement après sa mort. Du moins, M. Raybaud-I*inge croit avoir observé que la proportion pour 100 des papillons corpusculeux est plus grande quand on la détermine sur les papillons morts naturellement. II. , 7 MALADIF DFS VERS A SOIE. 1.0 mode de grainage que je viens de décrire esl si facile à appliquer que, do leur côte, M. Laugier, maire d'Oraison, et M. Arnoux, des Mées, ont fait grainer ainsi 4 à 5ooo couples représentant 4o ou 5o onces de graine. M. Arnoux a modifié le travail en plaçant les couples au moment de la sortie des papillons dans un châssis à cellules de carton, couvert d'un treillis en toile métallique, afin d'empêcher le voyage des mâles. Au moment du désaccouplement, les femelles sont placées sur les toiles. Les femelles restant volontiers à la place où on les met, on peut rapprocher les toiles sans incon- vénient, les suspendre même aux ficelles à l'aide d'un crochet unique et dimi- nuer ainsi beaucoup l'espace nécessaire pour le grainage. C'est un |>erreclion- nement réel ( i ) . M. Vilallongue, président de la Société d'Agriculture des Pyrénées-Orien- tales et M. de Lachadenèdo, président du Comice agricole d'Alais, ont fait éga- lement, cette année, des grainages par couples isolés, d'une assez grande importance. On lira avec intérêt parmi les documents annexés à ce Rapport un travail de M. Ducrol, répétiteur à l'École impériale d'Agriculture de la Saulsaie (Ain), dans lequel l'auteur démontre qu'il est parvenu à régénérer et qu'il conserve saine une race à cocons jaunes fort estimée, après avoir procédé par grai- nage cellulaire et sélection microscopique (•>.). Je parlais tout à l'heure de la difficulté des grainages dans les contres de grande production. Par le grainage sur toiles isolées, celte difficulté se trouve écartée à beaucoup d'égards. Le nombre des couples que l'on devra rejeter pourra être, il esl vrai, assez considérable, mais ce qui importe principale- ment, c'est le moyen assuré de faire de la graine exemple de pébrine. Le grainage pratiqué suivant les indications qui précèdent offre ce moyen. Par exemple, toutes les graines distribuées cette année, par M. Raybaud-Lange, auraient pu se prêter, même dans les localités de grande culture, à un grai- nage cellulaire fructueux. § V. — RÉ-iULTATS OFFERTS PAR LE NOUVEAU PROCÉDÉ DE GRAINAGE. C'est l'an dernier seulement que l'industrie a pu appliquer pour la première fois ce procédé de façon à pouvoir en éprouver les effets en 1868. Jusque-là j'avais dû m'attacher à établir expérimentalement les principes sur lesquels il repose. Ii's résultats qu'il a produits, sans être encore parfaits, me parais- (1) loir dans le Moniteur des soies du l'y juillet 1868 une ISotc de M. Arnoux fils «ur le grainage par couples isolés. (2) On trouvera ce Rapport p. 80. Digitized by Googl NOTES ET DOCUMENTS. 259 sent mériter toute l'attention des éducateurs, surtout si l'on tient compte des difficultés et des incertitudes inévitables de toute application nouvelle. Permettez-moi, Monsieur le Ministre, de résumer en premier lieu les pré- visions et les espérances énoncées dans le Rapport que j'ai eu l'honneur de vous adresser le .ô juin 1867. Sur la foi des résultats de mes expériences de laboratoire, j'ai écrit à Votre Excellence : « Il existe une maladie qui fait des ravages considérables dans les magna- neries depuis quinze ou vingt ans, partout très-répandue (excepté au Japon, ainsj que cela résulte des observations microscopiques consignées dans une lettre que j'ai adressée au mois de mars 18G7 à M. H. Mares, correspondant de l'Institut), maladie regardée, par la plupart des savants italiens ou alle- mands qui s'en sont occupés, comme étant la maladie régnante cl la cause des désaslrcs de la sériciculture. Cette maladie, connue sous les noms de /H-bruu- ou gattinr, peut être appelée, ainsi que je l'ai fait dans ce Rapport, la maladie des corpuscules, parce qu'cllo est caractérisée, dans certains cas, par la pré- sence de petits corps qui sont évidemment un produit tout à fait anormal du ver à soie, puisqu'on ne le rencontre, ni dans les chenilles, ni dans les papil- lons sauvages, ni dans les vers à soie des chambrées réussies pouvant fournir une succession de générations saines » Il me parait résulter des faits que j'ai exposés dans ce Rapport qu'en sui- vant le procédé de grainage et de sélection que j'ai indiqué, on peut prévenir sûrement la maladie des corpuscules avant la montée, dans tous les cas. En outre, on la prévient aussi, non pas toujours, mais fréquemment, dans les chrysalides et dans les papillons, circonstance dont le microscoj>c avertit de façon à guider avec certitude dans la confection de la nouvelle graine pour l'année suivante. Enfin, ce procédé de grainage est très-pratique puisqu'il vient d'être appliqué avec succès dans le Midi, non-seulement par moi, mais par diverses personnes, notamment par M. Raybaud-Lange, directeur de la Ferme-École des Basses-Alpes, sur une échelle assez grande pour qu'il en ait obtenu plusieurs milliers d'onces de graine » En prévenant la maladie des corpuscules on améliorerait dans une énorme proportion la situation de la sériciculture, et j'ajoute qu'il pourrait en résulter une prospérité qu'elle n'a jamais connue. Cela arriverait dans le cas où la maladie des morts-flats, indépendante de la maladie des corpuscules, ne sévi- rait pas présentement plus qu'elle ne sévissait jadis. Je sais qu'avant l'époque dite du fléau actuel, quand un éducateur obtenait seulement 1 kilogramme de cocons par gramme de graine, il était satisfait, et que telle était la récolle le plus souvent. Or, avec des graines issues de papillons non corpusculcux, on obtient en moyenne i k ',5 à a kilogrammes de cocons par gramme de graine, toutes les fois que les chambrées ne sont pas envahies par la maladie des morts-flats. » J'ai la satisfaction de pouvoir annoncer aujourd'hui à Votre Excellence que '7- Digitized by Google 260 MALADIE DES VERS A SOIE. ces prévisions, dans ce qu'elles ont de plus favorable, se sont réalisées sans réserve dans plusieurs départements. En effet, bien que la maladie des morts- flats ait été fort répandue et fort intense, cette année, il existe un grand nombre de localités où elle a peu sévi sur les graines des chambrées choisies au microscope et où, en conséquence, si mes prévisions étaient fondées, la réussite des chambrées devait être exceptionnellement bonne. C'est ce qui est arrivé. Je citerai, en premier lieu, le département des Pyrénécs-Oricntales. L'an dernier, je visitai un grand nombre de chambrées de ce déjwrtement, en compagnie de M. Vilallongue, président do la Société d'Agriculture, et de M. Siau, trésorier de cette Société. J'examinai au microscope les chrysalides cl les papillons de vingt lots de cocons destinés au grainage, et je les classai sous les expressions : Très-l>on, bon, assez bon, mauvais. Ijq lot trouvé très- bon figure dans mon Rapport de l'an dernier sous le nom de chambrées Gu- enons. Il fut acheté par la Société d'Agriculture des Pyrénées-Orientales, qui le fil grainer et distribua gratuitement la graine par petits lots de 5 à 10 grammes à soixante-dix éducateurs dans vingt-deux communes du dépar- tement. En môme temps, elle fit faire par un de ses membres une très-petite éducation d un des lots que j'avais déclarés mauvais, lots qui étaient au nombre de dix. Cette dernière éducation a échoué. Bien qu'elle fût faite fort en petit, 100 vers ne donnèrent pas un cocon. Quelques éducateurs, par igno- rance des jugements que j'avais portés ou par manque de confiance, élevè- rent en grande chambrée la graine de quelques-uns des mauvais lots. L'échec a été général. Quant à la réussite des soixante-dix éducations de la graine Guchcns, elle a été parfaite, excepté dans quelques cas très-rares où les édu- cateurs avaient associé la graine de la Société à des éducations de très-mau- vaises graines. Une Commission spéciale fut nommée par M. le préfet des Pyrénées-Orien- tales, avec la mission de contrôler les indications que j'avais fournies en 1867 et de contribuer de tout son pouvoir à la régénération de la race si précieuse de cocons jaunes que l'on élève de préférence dans ce département. J'ai placé parmi les documents joints à ce Rapport le travail résumé des opérations de la Commission en 18G7-G8. Il témoigne tout à la fois du zèle éclairé avec lequel elle a accompli la mission qui lui était dévolue et de la confiance entière dans le succès du procédé qu'elle a pris soin d'appliquer et do vérifier (1). fi) Je ne dois pas omettre de signaler plusieurs réussite* très -remarquables de la p, rai ne Guchens dans le Gard. Ce sont les chambrées de M. Gardies, membre du Conseil général, el de M. Darboussc, maire de Crmiès. Ce dernier a élevé une chwmbrêe de io onces qui a produit (yOo kilogrammes de corons, qui ont été vendus 10 francs le kilogramme. Cette graine était donc excellente. Toutefois, tandis que. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 2bi Le département des Pyrénées-Orientales n'est pas le seul où la maladie des morts-flats n'ait pas sévi sur les graines des chambrées qui avaient été choi- sies au microscope en 18G7. Je dois citer encore les Hautes et Basses-Alpes, le Var, les Alpes-Maritimes, Vaucluse, l'Hérault. Dans ces départements, les graines de M. Raybaud-Lange, dont il a été question dans mon Rapport de l'an dernier, ont eu des réussites générales (1). En outre, le rendement a dépassé de beaucoup le chiffre de l'ancienne prospérité, conformément aux espérances que j'avais fait concevoir. Il serait sans grande utilité de donner ici lo tableau détaillé des rendements de toutes les éducations des graines de M. Raybaud-Lange, dans les départe- ments que je viens de nommer. Je me bornerai à faire connaître les résultats fournis dans les Hautes et Basses-Alpes par vingt d'entre elles prises au hasard parmi les chambrées d'une demi -once à a onces, qui étaient au nombre de plus de cent cinquante, et dont j'ai pu vérifier moi-même les produits sur place : dans les Pyrénées-Orientales, les petits lot* de lu Société d'Agriculture de Perpi- gnan se sont maintenus généralement sains, de petites éducations de 5 grammes faites chez MM. Gardies et Darbousse, d'une réussite excellente, ont présenté un grand nombre de papillons eorpusculcux. N'aurait-il pas fallu éloigner darantage ces petites éducations de celles du village, qui, probablement, les ont infectées? (i) Dans Vaucluse, il n'y a eu qu'un seul échec, pour les graines de M. Raybaud- l^nge, à la Tour-d'Aigues, où la feuille avait été gelée. I.e Moniteur universel a publié un étirait d'une lettre que j'avais écrite de Pail- lerols à M. Dumas, à la date du ??\ juin 18G8. Il s'est glisse une erreur typogra- phique de laquelle il résulterait que le succès des graines de M. Raybaud-I.angc n'a été complet que dans les Hautes et Basses- Alpes et dans lo Var. Il faut y joindre les Alpes-Maritimes, Vaucluse et l'Hérault. Cette erreur a été rectiliée sur ma demande, dans Y Aigle des Cèvennes d'Alais du 11 juillet 1R68. Diverses personnes ont appuyé sur l'erreur que je signale les critiques qu'elles ont cru pouvoir faire des résultats de mes recherches; ce sont, entre autres, MM. Mcynard frères, marchands de graines à Valréas, et M. de Mnsquard, de Nimes. On trouvera ces critiques dans le Moniteur des soies de juillet et août 1868. Je n'y ai pas répondu : la polémique prend beaucoup de temps sans grand prolit. D'ail- leur» le présent Rapport est une réponse indirecte à toutes les personnes qui deman- deraient à être édifiées sincèrement et sans parti pris sur la valeur de mes travaux de ces quatre dernières années relatifs aux vers a soie. 262 MALADIE DES VERS A SOIE. SOJI* OKs LDICAIEURS. >OMBRE d'oncet. RKCOLTE. 1} 1 • Go M. Plauchud i 35 î 4' i 45 t 46 ■ • I 5a l 63 M. Sias (Désire) 1 55 3 Bi •1 7 6 3 69 M Ililifilnn / tTakA nnni a * | •M 73 T 33 l 35 1 4- I 4Î >i G6 io56 Il résulte dos nombres inscrits dans co tableau que 11 \ onces de graine ont donné 1 o56 kilogrammes de cocons jaunes d'une excellente qualité et qui ont été jugés par les filateurs très-supérieurs à tous ceux de la même race récoltés également dans les Hautes et Basses-Alpes (1). C'est un rendement moyen de 47 kilogrammes environ par once de 25 grammes. Comme exemple du rendement de ces mémos graines pour de grandes chambrées, je citerai celui des chambrées de MM. Henri et Léon Mares, de Montpellier, faites aux environs de cette ville, dans des directions différentes éloignées de ai kilomètres. La première était de i5 onces (Ca5 grammes), la seconde de i5 onces ( 3 ;5 grammes). Kilos ont produit, l'une gio kilogrammes de cocons marchands, l'autre 5-5 kilogrammes, soit 1 485 kilogrammes pour 40 onces, ou 3; kilogrammes à l'once. Ces faits ont été consignés par M. Henri (1) Je lie»» co icnscignemenl du représentant de la maison Scnuclat, de Valence, chargé de l'achat dos cocons, dans la petite ville des Mecs, en 1868. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 263 Mares dans une Communication que ce savant agriculteur a faite à l'Académie des Sciences dans sa séance du 29 juin dernier. Je puis ajouter que M. Marès, par suite de la maladie qui frappe les vers à soie, avait abandonné toute édu- cation depuis plusieurs années. Quelques personnes avaient craint qu'en prévenant la maladie des corpus- cules chez les vers à soio, on ne les prédisposât à la maladie des morts-flats. Non-seulement il n'en est rien, mais c'est l'inverse qui est vrai. Car, dans tous les départements où les graines de M. Raybaud-Lange ont eu un succès général sans atteinte de la maladie des morts-flals, beaucoup d'autres graines ont péri do cette maladie. Les échecs par les morts-flats comme par la gattine ont été nombreux dans les Hautes et Basses-Alpes, dans le Var, dans IHé- rault § VI. — Preuves de non- réussites par la maladie des corpuscules DANS LES DÉPARTEMENTS LES PLUS FAVORABLES AUX ÉDUCATIONS. Ce n'est pas assez de prou\er le succès des graines des chambrées, choisies au microscope, dans les départements où la maladie des morts-flats n'a pas été très-intense et l'absence radicale de tout échec par la maladie corpuscu- laire. On pourrait penser, en effet, que, dans ces déjiartements, la réussite des éducations a peut-être été générale et que les graines, choisies au microsco|)e, n'ont fait qu'éprouver le sort commun. Je sais que c'est l'insinuation de quel- ques personnes. Ai-je besoin de dire que le nombre des échecs par la maladie des corpuscules en 18G8 dans les Hautes et Basses-Alpes, dans le Var, dans l'Hérault, , par toute la France enfin, a été considérable, immense. La pébrine est toujours la grande maladie régnante, sans que je veuille préjuger ici la question des liens cachés qu'elle peut offrir avec la maladie des morts- flats. Mais je m'empresse de sortir des généralités et de citer les faits les plus positifs et les plus probants. Consulté, au mois d'avril dernier, par M. le maire de Callas, arrondis>e- ment de Draguignan (Var), sur la qualité de deux graines qui avaient été faites, en 18G7, en suivant les anciennes pratiques, je répondis par la lettre suivante qui a été inséréo, sur ma demande, dans le journal le / 7/r du 3o avril dernier : A Monsieur le Maire de Callas, arrondissement de Draguignan (f^ar). Alais, le î'i avril iSf.8. Monsieur le Maire, Je m'empresse de répondre à votre lettre du *io avril courant. Vous m'écrivez que, sous l'impression des faits consignés dans ma lettre du i5 avril à M. Dumas, lettre insérée au Moniteur du 18, vous désirez que Digitized by Google 2(1 i MALADIE DES VERS A SOIE. j'examine deux sortes de graines, provenant de chambrées bien réussies, qui vonl être élevées dans votre localité, où elles composeront à peu près exclu- sivement les éducations de celte année. Os deux graines forment un total de a3o onces. J'ai l'honneur de vous informer (pie, suivant mon appréciation, ces deux graines échoueront complètement, quelles que soient l'habileté des éducateurs et l'importance des chambrées. J'ajoute, et c'est sur ce point que j'appelle tout particulièrement votre attention, que, l'an dernier, au moment de pro- céder aux grainagos, il n'aurait pas fallu plus de cinq à dix minutes d'un examen microscopique très-facile pour reconnaître que les cocons, excellents pour la filature, étaient tout à fait impropres à la reproduction, et que la graine des papillons qui en sortirait porterait la désolation dans votre com- mune, en 1868. Jugez, d'ailleurs, combien ces exemples pourraient ôtre mul- tipliés! I,a veille du jour où j'ai re(,u votre lettre, je répondais exactement dans les termes qui précèdent, au sujet d'une graine provenant également, m'a-t-on dit, de votre arrondissement, et dont les cocons qui avaient servi à la préparer ont été vendus 3o et 40 francs le kilogramme, tant la réussite de la chambrée inspirait de confiance. De même que vos graines n° \ et n° 2, celle troinème sorte ne donnera pas de cocons en chambrées industrielles. il est bien entendu, Monsieur le Maire, que si, par impossible, les éduca- teurs de votre localité se décident, sur ma parole, à jeter.au feu les graines dont nous parlons, il y aura lieu d'en élever de petites quantités, afin de mettre mon jugement à l'éprouve des faits. Dans l'intérêt des éducateurs de votre commune, comme dans celui plus général de la sériciculture dans votre département, je vous serais obligé, Monsieur le Maire, de vouloir bien demander l'insertion de celle lettre dans un des journaux du Var, le plus tôt possible. Veuillez agréer, etc L. Pasteur, Membre de l'Institut, en mission à Alaia (Gard). Voici les résultats de l'examen que j'avais fait do ces deux graines, le n avril : «KAUt.* DES OfXKS DU MACVAIS ASPLCT. N° l. * >° 2. I er ... . 5 corpuscules p:ir champ. i rr 1 00 corpuscules par champ. a* .... 10 » » 1* 1 » ■ 3'' pas. 3 e pas. /| r jo » • / t r 'jo • ■ y 20 .. » b r pas. < r • . 5o » » C e j » » uigui by Google NOTES ET DOCUMENTS. 2#> Ces résultais suffisaient pour que l'on pût déclarer sans hésitation que ces graines échoueraient complètement. C'est, en effet, ce qui est arrivé, ainsi que le constate la lettre qui m'a été adressée par M. le docteur Pierrugues, maire de Callas, lettre insérée dans le journal le far, du 14 juin, et que l'on trou- vera à la page 70 de ce volume. Je le répète, une observation microscopique de quelques minutes aurait suffi, en 1867, pour reconnaître qu'il fallait envoyer à la filature les cocons des chambrées qui ont fourni ces graines n** 1 et 2, malgré la confiance qu'inspiraient ces cocons au point de vue de la reproduction. En présence de résultats aussi concluants, on a peine à comprendre que des personnes s'obstinent à proclamer que les conseils de la science sont in- fructueux et qu'il faut en revenir aux anciennes pratiques de grainage. Je rapporterai d'autres faits de même nature qui se sont passés dans les Basses- Alpes. Le 1 5 av ril 1868, j'écrivais à M. Dumas : « Je vais vous entretenir succinctement de deux éducations qui ont été soumises à des grainages dans le département des Basses-Alpes, en sui- vant les anciennes pratiques. Je ne nommerai personne. Cela n'ajouterait rien à la force de mes arguments. » La première de ces chambrées était de 100 kilogrammes ; la seconde do 3oo: toutes deux d'uno réussite fort remarquable. Elles ont produit laoo ou i3oo onces de graine qui sont, à cette heure, l'espoir de la récolte de quel- ques centaines d'éducateurs. » Je sais qu'à la suite d'un examen microscopique des papillons de ces chambrées, fait par une personne exercée, qui avait reconnu que tous ces {«pillons étaient fortement atteints de la maladie des corpuscules, les pro- priétaires furent avertis, au moins l'un d'eux, du danger de faire grainer ces chambrées. Mais ils arguèrent de la beauté des vers qui avaient fourni ers papillons et du succès extraordinaire des éducations, en ajoutant que le mi- croscope pouvait se tromper. Los grainages curent donc lieu. Peu de temps après mon arrivée à Alais, je me suis procuré une petite quantité des graines dont je parle et j'ai commencé à les élever. Je suis en mesure d'affirmer que toutes les chambrées de ces graines, sans exception, périront entièrement «le la maladie corpusculaire. » Heureusement ces faits ont été constatés par des hommes honorables et éclairés qui vont être prochainement désabusés et seront les premiers à proclamer leur erreur. Pécheurs repentants, ils deviendront do fervents apôtres. Par leur influence, j'en ai l'espoir, la lumière se fera, dès cette an- née, dans le département des Basses-Alpes, qui est, en effet, l'un de ceux dont on peut attendre un grand nombre d'excellents grainages, si les éducateurs veulent bien y prendre pour guide les résultats de mes recherches. » 11 n'y a plus d'inconvénient à faire connaître les noms des personnes dont il s'agissait dans cette lettre. C'est M. Baybaud-Lange qui, à la suite d'un examen microscopique des papillons, avait condamné le grainage des Digitized by Google 266 MALADIE DES VERS A SOIE. 3oo onces, chez son ami, M. Laugier, maire d'Oraison. Dans le séjour que j'ai fait récemment dans les Basses-Alpes, j'ai eu l'honneur de voir M. Laugier, et je tiens de lui-môme l'aveu que toutes les chambrées de ses 3oo onces de graine ont échoué et toutes do la gattine. Pouvait-il en être autrement? J'ai élevé une pincée de ectto graine : dans une levée que j'ai faite lo 9 avril, j'ai examiné un à un 20 vers prélevés au hasard ; i% étaient corpusculeux. Quant aux 900 onces de graine de l'autre sorte, elles provenaient d'une chambrée faite à Digne, et d'une réussite assez, remarquable pour que M. Gué- rin-Méneville en ait parlé avec éloge dans un Rapport qui a été inséré dans le Journal d Agriculture de M. Barrai (5 avril 1868.) Elle appartenait à feu M. Arnoux. J'ai suivi la trace de ces 900 onces de graine, qui ont été livrées par un négociant de Valenco. L'échec a été général dans les Basses- Alpes, comme dans la Drômc, et partout où on en a élevé. Voici le résultatde l'examen microscopique de cette graine, que lo graincur lui-môme, dans la confiance qu'il avait de son excellente qualité, m'avait prié d'éludior, au mois de mars dernier : «1rs o'AsrECT oroinaiue me* nxu>Dts : 5 œuf» ensemble 7 corpuscules par champ. 6 pa9 de corpuscules par champ. /| 3 corpuscules par champ. 3 10 » 3 r , a 5 1 . t ' » Je reviens à M. laugier, afin de faire observer qu'en présence du succès extraordinaire des chambrées de M. Raybaud-Lange, et de l'échec général de sa propre graine, cet honorable propriétaire s'est empressé de se procurer un microscope et d'aller demander des leçons à son ami M. Raybaud-Lange. Il ne s'est pas contenté de faire un grainage d'un millier d'onces environ par sélection microscopique; il a pris soin en outre, ainsi que je l'ai rappelé tout à l'heure, de faire 4° ou 5o onces de graines par couples isolés qu'il distri- buera par petites éducations, de façon à faciliter grandement ses opérations de grainage en 1869. J'ai tenu a démontrer par ces exemples que la maladie des corpuscules sévit avec la plus grande intensité, môme dans les départements qui passent pour les plus sains, et qu'il est indispensable, là comme ailleurs, de ne jamais s'ex- poser à faire des grainages sans l'aide du microscope, surtout des grainages industriels d'une grando importance. Il me semble que la lecture attentive de la première partie de ce Rapport persuadera tous les éducateurs qu'on peut prévenir d'une manière certaine la maladio régnante par excellence, la maladie des corpuscules, et que les graines Uigitized by NOTES ET DOCUMENTS. 267 mises à l'abri de ces atteintes donnent des récoltes pouvant aller au double de celles des époques de prospérité. J'arrive maintenant à la maladie des morts-flats. § VII. — De la maladie des morts-flats. Dans son Traité des maladies actuellts du ver à soie (publié en 1839). M. de Quatrefages avait insisté beaucoup sur les maladies intercurrentes. Il considérait la pébrine comme étant la maladie unique, préexistant partout aux autres maladies, affaiblissant les vers et les rendant infiniment plus ac- cessibles anx influences morbides qui pouvaient a^ir sur eux. M. de Plagniol, deCliomérac, qui a le mérite d'avoir été un des premiers en France à s'occuper des corpuscules de Cornalia, a, de son côté, insisté sur ces maladies accessoires dès l'année 1861. En lisant attentivement ce qu'ont écrit ces auteurs, on peut se convaincre que la maladie des morts-flats mérite une mention particulière parmi ces ma- ladies dites intercurrentes. M. de Quatrefages signale cette maladie comme générale à Valleraugue en i85t), et je trouve dans une Note de M. de Plagniol, ce passage : « Il en est autrement de la maladie des passis, morts-flats, flétris, qui, cette année (en 1861), a été la ruine des graines d'Orient. » Je suis donc porté à croire que cette maladie des morts-flats a fait des ra- vages sensibles depuis le commencement de la crise séricicole. En 1867, dans une ,cllre adressée à M. Dumas, insérée aux Comptes rendus de la séance de l'Académie des Sciences du 3 juin 1807, j'ai démontré que cette maladie était indépendante de celle des corpuscules (1), et j'ai donné des preuves de sa grande extension. « L'immense désastre de la sériciculture (1) J'ai déjà dit ce que j'entendais par cette indépendance. Je ne préjuge pas la question des liens caches que peuvent avoir entre elles les deux maladies. On pourrait soutenir, dans l'étal actuel des choses, que la maladie des niorts- llats, ou mieux l'influence des causes qui la déterminent, affaiblit les vers de façon à multiplier et à grossir les mauvais eflets de la présence des corpuscules ; qu'ainsi ce serait cette maladie qui amènerait le développement occasionnel des corpus- cules dès les premiers âges delà chrysalide, et, par suite, ce grand nombre d'a-ufs corpusculeux qui inondent les pays séricicoles depuis vingt ans. Arec non moins déraisons apparentes, on pourrait prétendre, au contraire, que c'est la maladie des corpuscules qui prédispose les vers a la maladie des morts- flats. En d'autres termes, il y a beaucoup de recherches à faire sur les liens qui peu- vent exister entre ces deux maladie*, si tant est que de tels liens existent réelle- ment. Digitized by Google 268 MALADIE DES VERS A SOIE. » depuis vingt ans, disais-je à M. Dumas, est tout entier dans cette maladie » et dans celle des corpuscules. » Aussi, dans la grande épreuve qui allait être tentée, en 1868, sur les graines des chambrées choisies au microscope, toutes mes crainte:* étaient relatives à l'apparition de cette maladie. Ces craintes étaient fondées. Dans plusieurs départements, notamment dans l'Ardèche, l'Isère, le Gard, la maladie des morts-flats a sévi avec assez d'intensité pour atteindre même les graines robustes qui avaient été mises à l'abri de la ma- ladie des corpuscules. Voici le tableau complet et détaillé de toutes les éducations entreprises dans la circonscription d'Alais avec auo onces de graines de M. Raybaud-Lange, qui avaient été distribuées |wr M. de lachadenède. président du Comice de cette ville. Ce tableau est extrait d'une lettre de M. de Lachadenède. Je ferai observer, en passant, que la seule manière de se former une opi- nion exacte sur la qualité d une graine dans une localité déterminée consiste à dresser, comme je le fais ici, un tableau détaillé de tous les résultats offerts par un poids connu et assez considérable de cette graine distribuée entre un i;rand nombre d'éducateurs de cette localité. En agissant autrement, on peut être conduit aux jugements les plus erronés suivant qu'on porte les yeux de préférence, soit sur les réussites, soit sur les insuccès. Les lettres A, B, C, D, J, K, L, V désignent huit des sortes de graines. Or, nous voyons qu'il n'y a pas une de ces sortes qui n'ait eu des réussites. Quant au rendement moyen, il a été de k -~J- - ao is ,6 supérieur au rende- ment moyen de l'ancienne prospérité. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 2M GRAINE DE M. R A Y B A U D-L ANGE. 220 ONCES - 31 ÉDUCATIONS. - RENDEMENT MOYEN : 20 ks , G PAR ONCE. NOMS DES ÉDUCATEURS. M. de Boisson. (Co M. de Lascours. [Co M. César Fabrc. . . d'Allèfire.). de Boisset.). M.- de Coehorn. ( Saint-Jean-du-Ganl. . . . M. Villaret. (Commune de Scrvas.) M. Pontet. (Ardèche.) M mo de Lachadenéde. ( Srrvas. ) M. Pages. (Comm"* de S'-Privat-dcs-Vieut.) M. Max. d'Hombres. ( Venézobres. ) M m « de Maubec. (Rivière»/, M. Tuecli. (Salindrcs. ) M"* de Gamins. (Salindrcs.} \ M«" e Varin d'Ainvelle. (Serras. M. de Logéres. (Ardèche.) M. Rivières de Jean. ( Alais. ; . . . M. de Lachadenéde. (Servas. ;. NOMBRE d'once» •l leur* spécifiant la traîna. once» 10 A 10 A 30 B 3 C 4 c 3 C 3 C 9 C 3o D 10 D i5 J 5 .1 30 J io L io L 8 V 3a V ao K SUBDIVI- SIONS 4tl u calions dUtlncIca 4o JIO s5o 3 3 ;. 100 ?â 5o 5o 5o 5o 75 335 ;5u 3J0 '4 5o Su 135 10 3fa j. r >o 2JO 133 I3J 300 5oo 3oo 3oo i5o 3o Qo irr 3ao 5 , 5oo Echec . 138,45 91,00 507,OO I I 3 , 00 18,00 Échec. /,3,00 20. , OO Ê\hec 77, Go ■71.00 7 î 0,00 71 ,00 38,00 3,00 3 J0,0O 8o,0O 30, OO 3 |3 ,00 9.tf,00 23o,00 98,00 1 1 j,i5 590,00 73,00 378,00 338, 00 4G,oo Échec. 4334,30 Digitized by Google 270 MALADIE DES VERS A SOIE. J'ai visité un certain nombre de ces chambrées, et, dans aucune, la morta- lité, lorsqu'elle a réellement diminué la récolte, ne pouvait être attribuée à la maladie des corpuscules, mais bien à la maladie des morts-flats qui frappait les vers delà quatrième mue à la montée (i). Aussi peut-on dire que jamais les éducateurs n'avaient vu, jusqu'après le quatrième sommeil et souvent jusque vers la montée à la bruvère, une si grande quantité de vers comparée au nombre d'onces élevées, des vers plus beaux, plus égaux, accomplissant leurs mues avec plus de régularité. On ne voyait des \ers atteints de gattine que dans les /«//rfv, vers l'époque de la montée et surtout avec les graines où la tolérance du nombre des papillons i i Je prendrai la lilwrtc de placer ici une question relative aux échecs que les graines choisies au microscope ont éprouves dans quelques départements par la maladie des morts-flats. Je le ferai avec la reserve qui convient lorsqu'on s»' pou; en censeur d'autrui. Élève-t-on bien les vers à soie dans ces départements? I.'éclosion ne s'efleetiie-t-elln pas souvent par des vents très-secs sans qu'on aille soin de donner à l'air une humidité suffisante? Dans les premiers âges, à l'epoquc des mues, l'encombrement des vers n'est-il pas excessif? La quatrième mue ne s'accomplit-elle pas souvent sous la feuille, les vers étant enveloppés de tous côtés par de la moisissure? Quel est donc l'industriel ou le chef d'atelier qui surveille ses ouvriers aussi peu que le font les propriétaires dans les pays séricieoles? El de quelle industrie s'agit-il? D'une industrie qui met en œuvre la vie avec ses mille et une perturbations possibles. Je vois, par exemple, dans le tableau précèdent, que l'un des fermiers de M. de Lachadenède, qui élevait m grammes de la graine, lettre K, a échoué, tandis que les autres obtenaient, l'un 3;8 kilogrammes de cocons pour 3oo grammes de graine, l'autre kilogrammes pour i.'io grammes, un troisième ^6 kilogrammes pour 3o grammes. Ne serait-il pas impossible de soutenir que celui qui a échoué dans la plus petite éducation, c'est-à-dire avec 10 grammes seulement, a été victime de l'épidémie régnante? Il est certain que cet éducateur a compromis le succès des» chambrée par quelque grave négligence. Tandis que M. Pages, maire d'Alais, obtenait dans une grande éducation de 3o onces faite avec la graine lettre D, une récolte s'élevant à 740 kilogrammes de cocons marchands, M. Max. d'Hombres ne produisait que 71 kilogrammes avec 10 onces de la même graine. J'ai visité cette dernière chambrée, qui a clé vraiment admirable jusqu'au moment de la montée. Alors elle a éprouve des pertes consi- dérables par la maladie des morts-flats. Je ne saurais dire assurément quelle a ete la vraie cause du mal ; mais voici dans quelles conditions s'est accomplie l'éclosion des vers, et je doute que M. d'Hombres ait connaissance de ce fait dont j'ai re- cueilli les détails auprès de son fermier, en son absence : Au Tond d'une grande, magnanerie, on tendit un drap de façon à isoler un espace suffisant, pouvant être chauffe, tant bien que mal, à l'aide d'une cheminée pla- cée dans un coin de la magnanerie. Les 10 onces de graine étaient étalées sur une grande table ; on n'arrosa jamais le plancher. Or, dans la première quintainc d'avril, des vents du nord d'une sécheresse extraordinaire ont régne constamment. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 271 corpusculeux avait été la plus grande; par exemple, pour les graines lettres A et V, qui provenaient do lots à 12 pour 100 de papillons corpusculeux. Cette espèce de foison continue des vers avec l'âge, celle augmentation nécessaire et quotidienne de la place qu'ils occupent est le propre des éducations faites avec les graines issues de papillons choisis. Tout au contraire, les vers se fon- dent lorsqu'on a affaire à une graine atteinte par la gattine. Voici le tableau de 75 onces des graines de M. Raybaud-Lange, élevées dans l'Ardèche et distribuées par M"* Fontanille, des Vans : Que l'on imagine ces malheureux insectes sortant tout humides de leurs roques et exposés tout à coup à l'atmosphère la plus desséchante. J'insiste sur cette circon- stance que la graine était étalée sur une table, parce qu'il y a une grande diffé- rence entre ce mode d'eclosion et celui nu notiet, par exemple. I.a graine perd 10 ù n pour 100 de son poids au moment de l'incubation. Si elle est réunie en las, elle se donne à elle-même l'humidité dont les vers peuvent avoir besoin, tandis que si elle est répandue sur une table, il faut de toute nécessite rendre l'atmosphère humide par des arrosages souvent répétés. L'hygromètre de Saussure, d'après quelques observations que j'ai eu l'occasion de faire, doit marquer de 72 à 80 de- grés; sinon on brûle les vers, ou du moins on peut les affaiblir, et cet aflaihlisse- ment pourrait bien peut-être se traduire, de la quatrième mue à la montée, par des embarras de digestion capables d'amener la maladie des morts-flats. A Saint-Hippolyte et à Gangcs, j'ai vu les vers endormis du quatrième sommeil, qui est le plus critique, littéralement enveloppés dans un duvet de moisissure que les magnaniers prenaient pour des fils de soie. On sait comment vivent les moisis- sures ; elles s'emparent de l'oxygène de l'air et dégagent de l'acide carbonique. '<■.■ '«fi, >n.n., ii'it,.,;. /,„/.,/„./.'. „„ „...„„„, ,/ r /„ ,„,„. Beaucoup de vers passent donc un ou deux jours dans une atmosphère irrespi- rable. La race japonaise est mieux avisée ; elle s'endort volontiers la tôle levée et libre en dehors de la litière. En résumé, les propriétaires doivent s'instruire dans l'art d'élever les vers à soie et prendre soin de surveiller leurs magnaneries, notamment aux époques cri tiques pour la vie du ver à soie. MALADIE DES VERS A SOIE. jioms des torcATtrns. rt'onrci élevée* rt leltrc «péciflant la (raine M me Fontanillc, des Vans (Ar-j . ^ dèche.) \ M me Fontanillc, idem M. Murjas, idem M. Chalvesche, idem M. Combalusier, de Gravures. (Ardèche) \ M n,e veuve Rouvier, des Assions) (Ardèche) M. Marron, de Harme( Ardèche). j M. Martin, de Graviercs(Ardèrhej.| M. Toulouse, de Saint-André Ar- dèche) 8 J-K 8 J-V 8 J-K i .1 i J-V i J -j J i J M. Talion, du Gras (Ardèche M. Sa u tel, idem M. Denevrolles, de Meyrannes (Gard)' \ M. Froment, d'Armas ( Ardèche). ] M. Toulouse, d'Orsens { Gard V M. Case, des Vans (Ardèche) . M me Rohert, idem M. Julien Coste, de Saint-Andre ( Ardèche) M. Pertus, des Vans (Ardèche).. h V M. Coloml», idem. Y V V 0 A M. Domeri;ue, de Chambonnsj » j (Ardèche \ M. Borellv, de Siilelles (Ardèche)) •» A M. Chastel, de ( ha>s.u:ner( Ard.) ■> A M. Alban, de Banne ( Ardèche). . j ' A M m ' Marie Vedel, duGraM;\rd.) M. Murjas, des Vans ( Ardèche).. M. Jorfrais, de Lalauic (Ard. ... M. Deschanel, de Salelles (Ard. M. Gascon, de Gravières (Ard.) M mt Kurjcnie Évesque, de Sa- , ^ lelles (Ardèche) j M me Marie Culenson, de Saint-, ,gr k Paul (Ardèche » i A i A 3 A ■1 A i A OB«t;nv\Tioss. Érhec 22^ 3 5 Go tiS a8 ( a ) Bon réaultat Eve- laailnn approchée I.e« cocona élalenl »nr la ioo .\) \ hruy * re q Ulru j ce U- ' bleau a élé dreieé Échec i MorU-OaU }| (»j ; »5 j Érhec 'Moria-flala i3 Érhec MorU-Oal* 00 É. l.rc MorU Oat* ) 160 ni Echec M,rl»-nal. 3o a) Rr»ultat inconnu au moment ou ce ta- bleau a eic drcaaé. t ; Ké*ulial inconnu au moment ou ce ta- i«ete Mu*cardineàla montée line petite quanti* de* même» »er», pria * la aorile delà deuxième mue et élevé» au *a- lon.onitou» failleur» É«alueàl..»llo«r arant de déramer. excellent. Échec ( MorU-ftiU Échec (Mor » fiait V Tou ffe a la montée Érhec (MorU- Hat» ) 37 Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 273 C'est le même résultat (jue dans le Gard. A côté de Indien réussites propres h toutes les sortes de graines, il y a eu des échecs par la maladie des morts - (lais. Ln gatlinen'a frappé aucune des chambrées. Malgré les insuccès, le ron- dement moyen s'élève à plus de 20 kilogrammes par once de > > grammes. § VIII. — De la nati re de la maladie des morts-flats et de son CARACTÈRE HÉRÉDITAIRE DANS CERTAINS CAS DÉTERMINES. \& maladie des morts-llats est donc la seule maladie qu'aient à redouter les graines choisies au microscope. Mais qu'est-ce donc que celle maladie? Je suis porté à croire qu'elle est propre au canal intestinal et provoquée peut-être par une nourriture trop substantielle, trop chargée de matière verte. Ce serait une sorte d'indigestion qui permettrait à la feuille de fermen- ter dans le canal intestinal, comme elle ferait dans un vase inerte. I,oin que la feuille soit malade dans certaines contrées, je la jugerais volontiers trop abondante en certains princqies |>eu digestifs, par suite d'une exubérance dans la végétation. Telle est peut-être la cause de la différence qui a toujours été remarquée entre les elfe t s de la feuille de mûriers sauvages, non taillés, et celles des mûriers cultivés, à taille souvent renouvelée. Bien que la fermentation de la feuille flans le canal intestinal soit accompa- gnée de la présence de di\ers organismes, par exemple de vibrions, ces orga- nismes paraissent être un effet plutôt qu'une cause. Si l'on peut espérer gué- rir ou prévenir le mal chez des vers prédisposés constilutionnellement ou par leur alimentation à subir l'influence de la maladie des morts-llats, n'est-ce pas par des Ioniques qu'il faudrait essayer d'agir (0. Mais je m'empresse de le reconnaître, il n'y a en tout ceci que des vues préconçues. J'ai hate d'arriver à des faits précis. En i8()6et 18G7, certaines observations m'avaient |>orlé à admettre (pie la maladie des morts-flats pouvait être héréditaire, ou, du moins, que les vers pouvaient avoir une prédisposition constitutionnelle à celte maladie ; mais les preuves positives de ce fait n'existaient pas. Je les ai acquises en 1868. J'ai fait élever aux établissements d'essais précoces de Saint-IIippolyle et de Ganges plusieurs lots de graines préparées dans les conditions suivantes • les papillons producteurs provenaient d'éducations où la mortalité par les morts-flats, de la quatrième mue à la montée, avait été très-sensible; en outre, ces papillons n'offraient pas la moindre atteinte de la maladie des COr- Ci") J'ai fait quoique» essnis encore peu concluants, mais pourtant favorables à cer- tains égard», avec diverses préparations ayant ce caractère. On sait combien il faut répeler et varier de telles expérience* pour en déduire une conclusion certaine. Je ne m'y arrête donc pas davantage pour le moment. II. 18 27 i MALADIE DES VERS A SOIE. puscules. Or, ces graines ont échoué par la maladie dos morts-flats. La pré- disposition à la maladie était même si accusée que, dans quelques-uns des lots, la mortalité commençait dès les premières mues (i). Celte observation paraît être sans grande utilité pratique, puisqu'on n'a jamais recours, pour faire de la graine, à des chambrées qui ont eu une mor- talité plus ou moins sensible par les morts -flats. Il est de règle que la pre- mière condition que doive remplir une chambrée destinée au grainage soit d'avoir très-bien marché, ce qui doit s'entendre de l'absence d'une mortalité sensible de la quatrième mue à la montée, bien plus encore que de la quotité effective du rendement de la chambrée en cocons. Toutefois, en y réfléchissant, il est facile de reconnaître l'importance du fait d'hérédité que je viens de mentionner. En effet, lorsqu'on examine avec attention beaucoup d'édu- cations, au moment de la montée, on observe que pour une même race il est des vers qui ont une assez grande agilité; qui, par exemple, forment leurs cocons dans 1 espace de quaranle-huil heures; que d'autres, au contraire, et dans des éducations non moins bien réussies, sont languissants et très-lents à filer leur soie. On les voit demeurer longtemps étendus sur les branches, au pied de la bruyère, sans mouvements. De tels vers, bien que tous finissent par faire leur cocon, ne sont-ils pas malades? Car lorsque la maladie des morts-flats sévit d'une manière sensible et s'accuse par une mortalité plus ou moins considérale, il est facile de reconnaître que les vers survivants ont ce même caractère de langueur dont je jwrlc. C'est pourquoi je recommandais expressément, l'an dernier, non-seulement de faire grainer des chambrées à |H*u près exemptes de corpuscules, mais do préférence celles dont les vers au- raient été agiles à la montée, dans l'espoir d'éloigner autant que possible la prédisposition à la maladie des morts-flats par hérédité. Cette prescription ost devenue plus impérieuse encore celle annétî, puisque j'ai pu constater rigou- reusement le caractère héréditaire de la maladie. Malheureusement cotte pres- cription est d'une application assez difficile D'une part, il s'agit de l'observa- tion d un état de langueur plus ou moins accusé chez les vers; c'est là une affaire de coup d'œil ; ce n'est pas un caractère précis : on peut commettre des erreurs. D'autre part, |>our un vaste grainage, comment étudier par soi- même toutes les chambrées à la montée? Les limites de temps dans lesquelles est renfermée /// montée des vers sont assez rapprochées pour une localité déterminée. Si l'on |>out en visiter quelques-unes, beaucoup d'autres échap- peront à l'observation (a). (i) Voir ma lettre à M. Dumas, datée d'Alais, le 10 avril 18C8, dans le* Complet rendus de V Académie des Sciences t. l.XVI, p. 731; et aussi dans la troisième Partie de ce volume. (?) <)uoi qu'il en soit, j'insiste toujours sur la grande utilité pratique de l'examen des chambrées de la quatrième mue à la montée, el particulièrement à la montée. 11 faut s'efforcer de pouvoir le faire. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 275 En définitive, il y avait un intérêt considérable à pouvoir substituer à 1 examen des vers à la montée un caractère physique précis. Ce caractère, je crois l avoir découvert. § IX. — D'un ferment pouvant servir de témoin de l'existence DE LA MALADIE DES MORTS-FLATS CHEZ LES VERS, A LA MONTEE. Je disais précédemment que les vers, très-languissants à la montée, des éducations dans lesquelles sévit la maladie des morts-flats. fournissent des papillons dont la graine est destinée à périr de cette maladie. Or, si l'on ouvre les chrysalides provenant de tels vers, et qu'après avoir détaché la poche stomacale placée sous le corselet, on en examine le contenu au microscope, on la trouve remplie de débris de feuilles plus ou moins bien digérées, pres- que constamment associées à un petit ferment en chapelets de grains, iden- tique d'aspect et de volume au ferment de certaines fermentations vis- queuses (i). Ce ferment n'existe nulle part ailleurs dans la chrysalide, ni dans les tis- sus du corps, ni dans les liquides qui les baignent. D'où provient ce ferment? Il n'est |«s douteux qu'il n'ait pour cause occa- sionnelle une fermentation de la feuille de mûrier dans le canal intestinal au moment de la montée et avant cette époque ; car si I on dépose dans un vase, à une température convenable, de la feuille de mûrier broyée avec de l'eau, déjà, au bout de vingt-quatre heures, on voit apparaître ce petit ferment, et sa présence parait corres|K)ndre à un accroissement de la viscosité naturelle- ment propre à la bouillie de feuille de mûrier. Dans les vers sains, dans les chrysalides saines, jo n'ai jamais vu de vi- brions, ni le ferment dont je parle. Ceci posé, lorsqu'on vient à étudier le contenu résinoïde de la poche sto- macale des chrysalides de ces chambrées dont les vers ont une grande fai- blesse de mou\ements, bien que tous soient capables de former leurs cocons, on trouve toujours un nombre plus ou moins grand de ces chrysalides mon- trant le ferment dont il s'agit. La conséquence logique de ces faits n'est-elle pas que ce ferment doit pou- voir servir de témoin de l'état maladif du ver à la montée, état maladif du- (0 On trouvera ce ferment représenté fig. iô de mes Études sur le Wn. {Études sur le vin, ses maladies, etc., i vol. in-8°, cher Victor Masson. — Paris, i86G.) Je joins à ce Rapport deux dessins qui représentent le petit ferment pris dans la feuille fermentée et dans la poche stomacale des chrysalides. Ces planches ont été reproduites dans la deuxième Partie du I er volume. • 8. 27G MALADIE DES V EUS A SOIE. quel résulterait une prédisposition à la maladie des morls-flals dans la graine faite avec les papillons des chrysalides où ce ferment u existé? En d'autres termes, tout en ignorant absolument l'origine d'un lot de co- cons, l'état de la chambrée qui les a fournis, on peut présumer, par un exa- men microscopique du contenu de la poche stomacale des chrysalides, qu'il v a eu mortalité par la maladie des morts-dais dans I éducation ou que celte maladie sévissait sur les vers, alors même que le mal n'allait pas jusqu'à les faire périr. 11 est d'autant plus raisonnable d'admettre que des vers, au moment de faire leurs cocons. |>eu\ent élre sous l'influence de la maladie des morts-dats que tous les éducateurs savent que, dans les éducations éprouvées | ar celte maladie, il existe beaucoup de cocons fondus, c'est-à-dire de cocons dont les chrysalides pourrissent et se résolvent en une sanie noire souvent remplie de v ibrions. J'ai appris d'un tiès-habile filateur d Alais, M. Francaison. que les (dateurs ont souvent l'occasion de rencontrer des cocons qui ftousu nt nu f»mitt, c'est- à-dire (pie, dans le cas où I on conserve les cocons sans les élouiïer préala- blement, la proportion du nombre des cocons fondus augmente chaque jour. M. Francaison était d'avis que l'on ne doit jamais faire des grainages avec de tels cocons. Enfin, on sait également qu'il existe des cocons dont les papillons pourris- sent au lieu de se dessécher. M. de Plagniol, de Chomérac, que j'ai eu l'hon- neur de voir sur la fin de mon séjour à Paillerols, m'a dit qu'il rejetait de ses grainages. depuis longtemps, les papillons donl le liquide rendu après la sor- tie du cocon montrait de |>etits bâtonnets articulés, par la crainte que la graine de ces papillons fût atteinte de la maladie des morts-dats. § X. — Conséquence pratique des faits qii précèdent. La conséquence pratique des faits que je viens d'exposer est facile à dé- duire. L'observation microscopique des cocons que l'on destine au grainage devra être faile à deux joints de vue : pour les corpuscules et pour le ferment en chapelets de pelits grains. On prend vingt chrysalides; après avoir extrait la poche stomacale et de celle-ci la matière d'aspect résineux qu'elle contient, on en délaye une irr- éelle dans une goutte d'eau qu'on examine au microscope. Il faut que l'on n'y découvre que des granulations amorphes. L'observation pour les corpuscules se fait, à la manière ordinaire, sur une autre série de sujets. La recherche de la présence du ferment en chapelets de petits grains doit se faire de préférence sur les chrysalides, circonstance qui facilite beaucoup Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 277 cotte étude, puisque la chrysalide met près de trois semaines à sortir de son cocon sous forme de papillon. A la rigueur, on peut faire cette recherche dans les papillons, mais le travail est beaucoup plus pénible, parce que, dans les papillons, la poche stomacale est trés-réduitc et que le ferment paraît résorbé en partie. Le grainagede M. Raybaud-I.ange a été fait, cet!»- année, pour chacun des lots, au double point de vue dont je viens de parler. Nous avons seulement réservé pour expériences d'études la graine de certains lots qui. malgré leur belle réussite, ont offert jusqu'à 5o, Go et 70 pour 100 de chrysalides où le ferment en pelils cluqiclcls de grains était très-abondant. J'ai lieu d'espérer que les lois qui n'auront point manifesté la présence de ce ferment n'auront à redouter que le développement accidentel de la maladie des morts-flats. Les cas de cette nature sont encore assez nombreux, je le crains, pour que les éducateurs prennent les plus grandes précautions dans le but de les prévenir (1). On [>eut soulever ici une question intéressante. Dans le cas où l'on a affaire à une graine prédisposée, héréditairement à la maladie des morts-flats, parce qu'un certain nombre de chrysalides auront montré le |>etit ferment en cha- pelets de grains, doit-on considérer cette maladie comme devant inévitable- ment frap|>er toutes les éducations de celte graine? La réponse à cette ques- (1) Une itération convenable, dos magnaneries préserve de la maladie des morts- flat» accident.- Ile. Que faut-il entendre par l'aération des magnaneries? Beaucoup de personnes croient qu'elles aèrent quand elles ouvrent les fenêtres. Il y a des circonstances où c'est une grande faute d'agir ainsi. 1. 'aération doit s'entendre particulièrement du renouvellement de l'air. Que l'air soit calme et la journée très-chaude, l'ouverture des fenêtres ne fera entrer que «le la chaleur. On ne saurait trop recommander, selon moi, l'usage de trappes dans le plancher des magnaneries, communiquant avec un cellier, un lieu frais quelconque au rez- de-chaussée. En recouvrant ces ouvertures d'une forte toile métallique à larges inailles, elles ne peuvent donner lieu à aucun accident et les rats ne peuvent pé- nétrer. Si la journée est très-chaude, tenez toute-, les fenêtres rigoureusement fermées et que les trappes, nombreuses 'une pr.r chaque intervalle de deux fenêtres';, soient ouvertes. Votre magnanerie fera l'oflice d'une véritable cheminée : un le- nouvellement rapide d'un air vif s'y fera sentir, sans aucun inconvénient pour les vers qui ne seront jamais Happes par le vent de ces trappes puisque celles-ci, pla- cées le long «les murs, seront assez éloignées des tables. 1. 'appel de l'air frais ve- nant du cellier du rez-de-chaussée seia d'autant plus sensible que le soleil échauf- fera plus fortement la toiture. l orsque le mistral sou file, l'air pénètre toujours assez. Il faut alors fermer soi- gneusement trappes et fenêtres, et ne songer qu'a entretenir dans la magnanerie une chaleur suffisante. Digitized by Google 278 MALADIE DES VERS A SOIE. tion me parait devoir être affirmative dans les cas où la maladie des morts- flats aura sévi avec rigueur sur les vers d'où l'on aura tiré les reproducteurs : par exemple, s il y a eu une mortalité sensible de la quatrième mue à la mon- tée. Mais les résultats de la comparaison que j'ai pu faire cette année entre tant d'éducations diverses dans différents départements m'autorisent à affirmer que les conditions dans lesquelles se font les éducations, que l'alimentation, que le climat propre à une contrée, peinent éloigner d'une manière parfaite la prédisposition héréditaire dont il s'agit et en guérir les vers, comme on voit tous les jours une jjersonne affaiblie re\enirà la santé ou aggraver son mal par un régime bien ou mal approprié. Cette opinion m'est suggérée également par les résultats des éducations de quelques-unes des graines de M. Raybaud-Iange et |var mes observations récentes sur les grainages qui ont été faits à Paillerols. Je suis porté à croire que. I ;in dernier, comme cette année, il a dû exister dans les grainages de Paillerols des lots offrant le petit ferment, témoin pré- sumé de la maladie des morts-flals, et (pie, notamment, les graines A et C, livrées cette année par M. Raybaud-Lange, devaient avoir une prédis|>osition héréditaire à la maladie des morts-dais. Dans les Basses-Alpes, où le succès de toutes les graines de M. Raybaud-Lange a été général, les conditions des éducations, alimentation avec feuille de mûriers non taillés, ou circonstances atmosphériques, auraient guéri les vers de la prédisposition- que je suppose avoir existé dans ces graines pour la maladie des morls-flats. De môme, je suis persuadé que la graine Gignan, de Nimes. celle de Roux, à Ganges, étaient issues de chambrées où. sans aucun doute, on aurait ren- contré, l'an dernier, une foule de chrysalides contenant le ferment en cha- pelets de grains, car les éducations de ces graines ont eu de nombreux échecs par les morts-flats (t). la graine Mazel devait être dans le même cas. La graine Guchens, au contraire, et la graine de M. def.havannes devaient être tout à fait à l'abri de la prédisposition à cette maladie; ces graines n'ont éprouvé qu'accidentellement et dans des cas rares les effets de ce mal, même dans les départements les plus éprouvés (2). (1) Des graines choisies au microscope, la graine f.ignan est celle qui a été la plus éprouvée par la maladie «les morts-flats. Heureusement il n'en existait que /jo onces. J'ai su depuis que les vers qui avaient donné cette graine avaient ete élevés dans un local où le renouvellement de l'air était très-didicile, circonstance très- propre à donner la maladie dont il s'agit. {1) l oir page 8.» le Rapport de M. de l.achadenède, président dn Comice d'Alais, sur diverses sortes de graines choisies, dont l'une avait été faite à Choisy-le-Roi, près de Paris, par M" 1 * de Chuvanne*. M. de Chavannes, chargé d'inspections géné- rales sericicoles, et fort nu courant de tout ce qui concerne les éducations, avait eu le s«in d'examiner au microscope un grand nombre des papillons du groinage Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 279 Une preuve manifeste du développement accidentel possible de la maladie des morts-flats s'est présentée, cette année, pour la graine de Chavannes. L'éducation de Choisy-le-Roi a péri de cette maladie. § XI. — Des essais précoces. Je ne saurais mieux faire comprendre la grande influence des conditions de l'éducation pour empêcher le développement, accidentel de la maladie des morts-flats qu'en retraçant ici les résultats des essais précoces de cette année sur les graines choisies au microscope en 18G7. Parmi ces graines, voici les noms de toutes celles qui, à ma connaissance, ont été élevées en février et en mars dans les établissements d'essais précoces de Saint-Hippolyle (Gard ) et de Ganges (Hérault) : Graine de Sauve, à cocons blancs. Graine de Sauve, à cocons jaunes. Graine Mazel, à cocons blancs. Graine Mazel, à coconR jaunes. Graine Guchcns, a cocons jaunes. Graine Roux, de Saint-Rauzillc, à cocons blancs. Graine Raybaud-I,an(jc, à cocons jaunes, lettre C. Graine » » ■ lettre K. Graine ■ » » lettre 1. Graine » ■ - lettre .1. Graine ■ » • lettre I.. Graine » • lettre H. Toutes ces graines ont fourni de 90 à 100 cocons pour 100 vers comptés au premier repas après la première mue (1). La maladie des morts-tlats, juts plus quo la pébrine, n'a donc détruit un seul de ces essais, tandis que, aux éducations industrielles et dans certains départements, notamment dans le Gard et dans l'Hérault, qui sont les départements où ont été faits les essais précoces dont il s'agit, quelques-unes de ces graines ont subi l'influence de la maladie des morts-flats. de M 1 "' de Chavannes et les avait trouvés tous exempt* de corpuscules, ainsi que j'ai eu l'occasion moi-même de m'en assurer. la graine a été livrée à M. le pré- sident du Comice agricole d'Alais. Elle a réussi dans le Gard à peu près chez lotis les éducateurs, comme le constate le Rapport de M. de l.achadcm de. (1) Voir mes lettres à M. Dumas au sujet des essais précoces, cciiles d'Aluis le 10 mars et le 10 avril 1868. 280 MALADIE DES VERS A SOIE. Maintenant que nous avons quelques idées sur la cause probable do cette dernière maladie, il n'est guère possible de se rendre compte de la différence entre les résultats des essais précoces et ceux des éducations industrielles qu'en l'attribuant à la différence de nature d«s feuilles au moment des essais précoces et pendant les grandes éducations d'avril et de mai, et au moindre nombre des germes de maladie transportés par l'air en fé\rier et mars. Les essais précoces, en un mot, paraissent réaliser ces conditions générales d'édu- cations qiii seraient propres, ainsi que je le disais tout à l'heure, à guérir les vers de la prédisposition à la maladie des morts-flats quand elle n'est pas trop accusée dans la graine. Leur influence est insensible, au contraire, dans d'au- tres circonstances, puisque j'ai vu échouer aux essais précoces de Ganges et de Saint-Ilippoh le les lots de graine provenant des papillons exempts de cor- puscules et choisis dans des éducations où il y avait eu une mortalité plus ou moins marquée |>ar les morls-flals. Cainc.ixsio.ns. Deux maladies sévissent présentement sur les vers a soie et toutes deux probablement depuis vingt ans. U plus développée, la plus dangereuse, celle qui est répandue dans tous nos départements et dans tous les pays séricicoles, est la maladie appelée en France du nom de pt'brinr, en Italie du nom de gattinr, et que j'ai désignée de préférence, dans ce Rapport, du nom de nmltitlir tirs rorpusculrs. Lors- qu'elle est déclarée chez les vers à soie, aucun remède connu ne peut arrêter ses ravages. Heureusement la connaissance d'un remède n'a rien de néces- saire. Les faits consignés dans ce Rapport démontrent que l'on peut prévenir cette maladie d'une manière absolue, au moment de la confection des graines, en écartant les éducations dont les papillons et surtout les chrysalides sont chargées du petit organisme anormal désigné du nom de rorpusnt/t s tir C<>r- tialia. Jamais un œuf quelconque ne contient de ces corpuscules quand il a été produit par des papillons qui n'en contenaient pas eux-mêmes. En outre, j'ai prouvé (pie la maladie se développasses lentement pour qu'elle ne puisse détruire une chambrée quand elle n'est pas héréditaire par hérédité conc- iliait; et par la présence effective des corpuscules dans les œufs au moment de leur éclosion. Il faut dune élever exclusivement des graines exemptes de celte maladie corpusculaire, condition que l'on réalise sûrement par l'examen microscopique préalable des cocons destinés au grainage. De telles graines existent partout, mais spécialement dans les pays de petite culture. On peut en multiplier le nombre à volonté en faisant faire des édu- cations avec des graines choisies elles-mêmes préalablement, suivant la Digitized by LjOOQIC NOTES ET DOCUMENTS. 281 méthode de grainage dont il s'agit. Cette méthode a passé déjà dans la grande pratique. Il n'y a plus qu'à en multiplier les bons effets. Que des grands propriétaires, que des graineurs éclairés et probes, au lieu d'aller porter au Japon ( argent de la France pour la munir de graines de races très- inférieures aux nôtres, suivent l'exemple que leur ont donné |X>ur la première fois M. Raybaud-Lange et la Commission départementale des Pyrénées-Orientales, qu'ils se transitent dans nos départements de petite production, qu'ils y fassent élever une graine pure, qu'ils en surveillent les éducations et qu'ils choisissent au microscope les meilleures chambrées résul- tantes pour les livrer au grainage. Tout en faisant leur propre fortune, il» donneront à la sériciculture une prospérité qu'elle n'a jamais connue. Les graines mises à l'abri des atteintes de la pébrine ont un rendement qui peut aller au double de celui des époques de prospérité. Dans le cas où I éducateur ne pourra se procurer de la graine offrant la garantie du mode de fabrication dont je parle, il faudra qu'il ait recours à la méthode italienne de MM. Vittadini et Cornalia, établie sur la découverte fon- damentale do leur savant compatriote, le docteur O^imo, découverte qui con- siste dans la présence possible des corpuscules dans les œufs des vers à soie. La méthode italienne a beaucoup de désavantages, comparée à celle que j'ai fait connaître; mais après celle-ci, c'est la plus sûre qui puisse être employée. La supériorité de la méthode que j'appellerai la méthode française, si I on me permet cette expression, c'est qu'elle se prête à la confection de grainages effectués sur la plus vaste échelle et qu'elle peut empêcher entièrement l'exis- tence de la mauvaise graine. Elle a été appliquée cette année avec un grand succès, en Italie même, par le marquis Luigi Crivelli et par M. Bellotti (i ;. La seconde maladie, à laquelle on n'avait pas donné, avant mes recherches, l'attention qu'elle mérite, est la maladie connue depuis très-longtemps sous le nom do maladie des morts-Jlats. Elle est beaucoup moins répandue que la pébrine. Des localités, des départements entiers l'ont à peine remarquée cette année même, où, néanmoins, les grandes chaleurs orageuses du mois de mai et les gelées tardives qui ont atteint la feuille au mois d'avril ont favorisé son apparition cl son dévelopjiement. Elle se présente, soit héréditairement, soit par accident, sur les graines les plus pures. Dans les deux cas, elle peut déterminer l'insuccès des chambrées en frappant les vers avant qu'ils fassent leurs cocons. (i) Voir la lettre que le professeur E. Cornalia a «dressée au directeur de La Persevcranza, de Milan, à la date du 10 juillet iS<>8. (IV> de La Persn crama, du 10 juillet.) MM. Crivelli et Bellotti ont obtenu un rendement moyen de \S kilogrammes à l'once. 483 MALADIE DES VERS A SOIE. Pourtant, mémo clans les départements les plus atteints par cette maladie, le rendement moyen des éducations industrielles avec les graines choisies pour être à l'épreuve de la pébrine s'est élevé souvent au chiffre de l'an- cienne prospérité et l'a même dépassé dans plusieurs localités. Tout porte à croire, et tel est le progrès principal do mes études de cette année, relativement à cette seconde maladie, que, par une observation micro- scopique facile et corrélative de celle de la recherche des chambrées exemptes do la maladie des corpuscules, on pourra éliminer également celles qui four- niraient des graines prédisposées héréditairement à la maladie des morls-flats. Dès cette année, des grai nages importants ont pu être faits dans ces condi- tions. En résumé, bien que la maladie des morts-flats réclame encore de nou- velles recherches, il reste acquis et démontré qu'un progrès considérable est accompli : la maladie régnante par excellence, In j>êbritte, est vaincue, en co sens qu'il est démontré avec une rigueur qui ne laisse rien à désirer qu'elle peut être écartée par l'application simple et pratique du procédé do grainage dont j'ai eu pour objet principal d'exposer les résultats industriels dans ce Rapport. Permettez-moi, Monsieur le Ministre, do rendre hommage en terminant à quelques personnes dévouées à l'obligeance desquelles j'ai dû très-souvent avoir recours. Ce sont MM. de Iiichadenède, président du Comice agricole d'Alais, et M. Despeyroux, professeur au collège de cette ville ; M. Jeanjean, maire de Saint-Hippolyto et secrétaire du Comice du Vigan; M. le comte de Rodez, directeur de la magnanerie expérimentale de Ganges; enfin, M. Vilal- longue, président de la Société d'agriculture de Perpignan, et M. Siau, tréso- rier de cette Société. Je remplis un devoir en les priant de recevoir ici publi- quement l'expression de ma reconnaissance pour les facilités dont ils ont entouré mes études. J'ai à peine besoin d'ajouter que j'ai été secondé, cette année, avec lo même dévouement et la même intelligence que les années précédentes, par les deux jeunes professeurs de l'Université que S. Exc. le Ministre de l'In- struction publique a bien voulu autoriser à me prêter leur concours. M. Maillot, agrégé de l'Université, a pu assister avec beaucoup do fruit la Société d'Agri- culture de Perpignan dans les nombreux services qu'elle a rendus aux éduca- teurs du département des Pyrénées-Orientales, au moment do la confection des graines. La collaboration de M. Duclaux, professeur suppléant do la Faculté des sciences de Germon t-Ferrand, m'a été indispensable pour les observa- lions que j'ai faites dans les Rasses-Alpcs, j>endant la durée du mois do juin. L. PASTEUR, Membre de l'Institut. NOTES ET DOCUMENTS. 283 MOYEN DE RECONNAITRE LE PLUS OU MOINS DE VIGUEUR DE DIVERS LOTS DE GRAINES (i). Lorsque des vers à soie issus de graines pures, c'est-à-dire de graines préservées de la pébrine par lu procédé de grainage que j'ai fait connaître, sont soumis à un seul repas de feuilles chargées de corpuscules, tous, sans exception, de\iennent corpusculeux. Si l'expérience est faite entre la première et la seconde mue, beaucoup de vers meurent avant de faire leur cocon ; ceux qui ré>istent donnent des cocons très-faibles. Le nombre de ceux qui font leur coton varie d'ailleurs avec la vigueur des vers et la qualité de la graine. Dans le cas où les graines ainsi éprouvées sont prédisposées à la maladie des morts-flats, il y a mortalité complète avant le eoconnage, comme si l'affai- blissement correspondant à l'élat latent encore de cette maladie prédisposait à une influence plus funeste des corpuscules. Si, au contraire, les graines doivent résister à la maladie des morts-flats, un certain nombre de v* rs, la moitié, par exemple, arrivent à faire leur cocon quoiqu'ils soient corpusculeux. Il résulte de là que l'on peut reconnaître aux essais précoces les graines prédis|>osées à la maladie des morts-flats, par des éludes comparées sur la mortalité qu'entraîne la maladie des corpuscules, communiquée directement aux vers par un repas de feuilles chargées de corpuscules. LETTRE DE M. PASTEUR A M. DUMAS. - RÉSULTATS DES ORSERVA- TIONS FAITES SUR LA MALADIE DES MORTS-FLATS , SOIT HÉRÉDI- TAIRE, SOIT ACCIDENTELLE (a). Alais, le ïi mai 18G9. Vous vous rappelez que dans l'intéressante lettre que M. Cornalia m'a adressée au mois de mars dernier, et qui a été insérée aux Comptes rendus de l'Académie, le savant directeur du Musée de Milan a mis en doute le carac- (1) Extrait dts Comptes rendus de l' Académie des Sciences; séance du id oc- tobre 1868. (i) Extrait des Comptes rendus de ? Académie des Sciences ; séance du 3i mai 1SG9. Digitized by Google 28 i MALADIE DES VERS A SOIE. 1ère héréditaire rie la maladie des morts-date. En France, un membre de la Commission impériale de Sériciculture, M. Duseiimcur, très-versé dans la connaissance de tout ce qui touche à l'industrie de la soie, partage la mémo opinion, qui est en désaccord avec les résultais d'expériences que j'ai publiés en 1868, à la suite des éducations précoces faites à Ganges et à Saint- llippolyte, où j'avais institué divers essais concernant la question dont il s'agit. Dans mon Rapport au Ministre de l'Agriculture du mois d'août der- nier, j'ai soutenu ma manière de voir, et j'ai môme indiqué un caractère phy- sique à l'aide duquel- on peut facilement reconnaître les cocons dont les chry- salides et les papillons peuvent fournir une graine prédisposée à la maladie des morts-date. Ce caractère consiste dans la présence d'un petit ferment en chapelets de grains que j ai, le premier, découvert dans la poche stomacale des chrysalides et des jKipillons. En vous envoyant la lettre do M. Cornalia, je vous disais : « Pour démon- trer à mon savant confrère de l'Institut lombard que la maladie des morls- flats peut être héréditaire, il me su dira sans doute de lui faire parvenir plu- sieurs lots de graines en lui annonçant à l'avance que les vers qui en naîtront périront tous entre ses mains uniquement de la maladie des morts-date. » J'ai satisfait à cet engagement dès le commencement du mois d'avril en adressant à M. Cornalia trois lots de graines provenant de papillons absolu- ment exempts de corpuscules, mais dont plus de la moitié offraient le ferment précité. Je n'ai pas encore reçu de M. Cornalia les résultats de ses éducations, mais j'ai élevé moi-môme ces trois lots de graines, ainsi que quatre autres sortes placées dans les mômes conditions, c'est-à-dire pondues par des papil- lons dont un grand nombre montraient le ferment en chapelets de grains dans leur canal intestinal. Les résultats auxquels je suis arri .é ne peuvent laisser aucun doute sur le caractère héréditaire de la maladie dont je parle. Los sept lots de graines ont p^ri de cette maladie alors que des graines de môme raco et de môme origine, mais dont les papillons producteurs étaient sains, ont donné de très-belles réussites. L'intensité du mal à été \ariahle dans ces sept divers lots, c'est-à-dire que les uns ont présenté la maladie des morts-dats dès la troisième mue, et les autres seulement après la quatrième. Mais tous ont échoué : les meilleurs n'ont donné qu'un petit nombre de cocons. L'hérédité de la maladie des morts-dats, dans des circonstances bien déter- minées, est donc un fait acquis à la science et à la pratique, et, en outre, il est facile de la prévenir en rejetant tout grainage dont les chrysalides et les papillons offrent en plus ou moins grand nombre le ferment que j'ai figuré dans mon Rap|>orl au Ministre de l'Agriculture. D'où vient ce ferment".' et comment se fait-il qu'on le rencontre dans le canal intestinal de la chrysalide et nulle part ailleurs, dans aucun des tissus, pas plus que dans les œufs"? Voici comment les choses se passent, l-i maladie des morte-dats est sous ont accidentelle. Une trop grande accumulation des vers aux divers âges de l'insecte, une trop grande élévation de température Digitized by Googl NOTES ET DOCUMENTS. 28K au moment des mue.*, la suppression de la transpiration par les effets du vent que, dans le Midi, on appelle marin, un temps orageux qui prédispose les matières organiques à la fermentation, l'emploi d une feuille échauffée et mal aéree, souvent même un simple changement subit dans la nature de la feuille qui sert de nourriture aux vers, sont autant de causes propres à développer, quelquefois dans l'espace de vingt-quatre heures, la maladie des morts-flats. Elle se présente alors sous deux formes différentes, mais qui ont toutes deux une origine commune, à savoir : la fermentation de la feuille dans le canal intestinal des vers. Cette fermentation est toujours la conséquence de l'apparition, dans les matières du canal intestinal, de deux ferments organisés distincts. Ouv rez un ver, encore bien vivant. ma ; s qui commence à présenter les symptômes de la maladie ; examinez au microscope le contenu du tube dige.-tif, vous y trou- verez soit des vibrions, soit le ferment en chapelets de grains dont j'ai parlé précédemment, soit l'association de ces deux organismes que les vers sains ne montrent jamais. Or, toutes les fois que la maladie s'accuse par des vibrions, le ver meurt presque toujours avant (le faire son cocon, rarement à l'état de chrysalide, et ce n'est que dans des cas plus rares encore que les papillons vivants offrent des vibrions. Mais il arrive fréquemment que la fermentation de la feuille dans le canal intestinal ne se montre que dans les derniers jours de l'Age de la larve, au moment où elle va Hier sa soie, et qu'elle est en outre occasionnée seulement par le développement du ferment en chapelets de grains sans association avec des vibrions. Dans cette circonstance le ver devient chrysalide, la chrysalide devient papillon, et le papillon est fécond. Bien plus, rien absolument, ni dans son aspect, ni dans sa vigueur apparente, ni dans la quantité de graine qu'il peut fournir, n'annonco qu'il soit affaibli ou soumis à l'influence d'un mal caché. C'est alors pourtant que sa graine sera entachée de la maladie des morts-flats par hérédité à un degré plus ou moins marqué, suivant que la fermentation de la feuille dans l'intestin du ver aura duré plus ou moins de temps avant la montée à la bruyère. La maladie des morts-flats présente également le caractère contagieux au plus haut degré. Les poussières des magnaneries infectées, déposées à l'état sec sur les feuilles, provoquent une mortalité considérable en quelques jours. Le contenu du canal intestinal des vers atteints de la maladie agit de la même manière. La contagion est si facile, qu'il suffit de mêler des vers sains avec des vers malades pour que ces derniers communiquent la maladie aux pre- miers. Cette communication se fait principalement par les déjectiens des vers malades, soit fraîches, soit desséchées. Une infusion de poussières sèches de magnanerie infectée montre déjà, après quelques heures, des vibrions, et. si l'on vient à humecter la feuille d'un seul repas avec le liquide, tous les vers sont empoisonnés ; dans l'intervalle de quelques jours la mortalité dépasse 5o pour 100, et le restant des vers ne mange plus et dépérit à vue d'œil. 28*i MALADIE DES VERS A SOIE. Ces effets de contagion de la maladie des morts-dais sont surtout très-pro- noncés sur les vers arrivés au milieu du cinquième âge. L'une des circonstances qui affaiblissent le plus les vers à soie et les pré- disposent à la maladie des moris-flats accidentelle c>l leur trop grande accu- mulation. On arrive à des résultats du plus haut intérêt, soit au point de vue de la maladie des morts-flats, soit au |>oiiit de vue de la pébrine, en appliquant la méthode de l'isolement absolu des vers dès réclusion, méthode qui m'a déjà permis l'an dernier, vous le savez, de résoudre toutes les difficultés que sou- levait la question des taches des vers à soie. Rien de plus intéressant que ce genre d'éducation lorsqu'on l'applique à des vers issus d'une graine qui, en chambrées ordinaires, ne fournirait pas un seul sujet capable d'arriver jusqu'à la bruyère. (Test qu'il n'est {mis de si mauvaise graine qui ne renferme des œufs sains. Ceux-ci sont mis à part à l'aide de la méthode dont je parle, et ils donnent lieu à des vers très-beaux et très sains qui, le plus souvent, ne mani- festent sous aucun rapport la maladie des morts-flats ou celle des corpuscules. La contagion a été empêchée. Mélangez, au contraire, à jwrlies égales, des vers très-sains avec les mômes vers que vous aurez contagionn 's par un seul repas de feuilles corpusculeuses ou par les ferments propres à la feuille du mûrier, et la pébrine ou la maladie des morts-flats se développeront peu à peu au degré le plus intense dans les vers sains. La contagion de la pébrine se fait par deux modes distincts. Un ver qui marche sur un ver corpusculeux enfonce dans le corps de celui-ci les .ongles qui terminent ses pattes, et se trou\e prêt à aller inoculer à d'au- tres vers le germe de la maladie au moyen de ses crochets souillés de corpus- cules. Mais la matière conta^ionnanle par excellence est la matière excrémentielle qui sans cesse tombe sur la nourriture des vers. Chose remarquable, et assurément fort heureuse, cette matière perd son activité assez rapidement. La dessiccation à l'air ordinaire détruit chez le corpuscule sa faculté de repro- duction. C'est que le corpuscule, tel qu'on le connaît ordinairement, brillant, très-nettement délimité, est un organisme caduc: il ne peut plus se régénérer. Sa faculté de reproduction n'existe que lorsqu'il est entièrement jeune, état sous lequel la dessiccation le fait p'-rir. Tandis que la poussière des crottins frais ou la matière d'un tissu quelconque d'un ver corpusculeux possède de la façon la plus marquée le pouvoir conla- gionnanl, on ne réussit pas à rendre les vers corpusculeux par des repas de poussières très-corpusculcuses, non plus que par les tissus ou les déjections de papillons corpusculeux conservés depuis l'année précédente. Il résulte de ces faits qu'en passant d'une année à une autre, il n'y a de corpuscules pouvant se reproduire et se multiplier que ceux qui se trouvent dans l'intérieur même des œufs, de telle sorte que, par l'application bien Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 2S7 entendue de mon procédé de grainage, on arriverait à supprimer d'une manière absolue la maladie des corpuscules, puisque les poussières de magnaneries qui offrent de* corpuscules par myriades quand la pébrine a sévi sur les éduca- tions qu'elles ont renfermées (voir ma Communication du a 3 juillet 186G h l'Académie des Sciences) sont incapables de communiquer celte maladie au bout d'une année. On pourrait croire qu'un ver corpusculeux doit porter sur sa nouvelle peau, au moment des mues, des corpuscules en grand nombre, il n'en est rien. Je citerai en passant un fait curieux. On sait que les vers, après le changement de peau, deviennent comme cendrés. Us ont un as|>ecl farineux. J'ai observé que cet effet est dû uniquement à la présence d'une poussière de cristaux identicjues à ceux que l'on rencontre dans les tubes de Malpighi. La matière humide qui recouvre la nouvelle peau au moment de la mue cristallise subi- tement au contact de l'air par évaporalion dès que le ver s'est dépouillé. J'ai fait de nouvelles éludes sur les taches des vers corpusculeux. Elles ne se montrent jamais qu'à la suite de l'apparition des corpuscules dans l'inté- rieur du canal intestinal. Ce sont comme des pétéchies de la peau extérieure, consécutives aux altérations de la peau intérieure. Elles ne sont pasdu tout un effet du développement sous-cutané des corpuscules dans les tissus périphé- riques de l'insecte. Quand les éducations industrielles seront terminées, je \011s écrirai de nou- veau afin de vous démontrer par des faits très-précis que l'application de mon procédé de grainage, en vue de prévenir l'une et l'autre des deux maladies qui pèsent si lourdement sur la production de la soie, est tout à fait sûre dans ses résultats. I>es échecs, quand ils se présentent, ne |)cu\ent être attribués qu'à des vices d'éducation ou à des accidents imprévus, et nullement à la qua- lité de la graine. En communiquant à l'Académie les résultais qui précèdent, et dont vous avez bien voulu contrôler vous-même quelques-uns au milieu de nous, dites bien, je vous prie, à nos savants confrères avec quel zèle je suis secondé ici par le dévouement de MM. Gêniez, Duclaux et Haulin. N'oubliez pas davan- tage M. Maillot, qui, sur la demande de M. le sénateur comte de Casablanca, a consenti à s'éloigner de nous pour aller en Corse appliquer mon procédé de grainage. Ses éducations sont achevées, et toutes avec succès, tandis que les échecs sont généraux dans l'Ile cette année. M. Maillot a élevé six lots de graines toutes confectionnées en France d'après ma méthode. 288 MALADIE DES VERS A SOIE. NOTE SUR LA CONFECTION DE LA GRAINE DE VERS A SOIE ET SIR LE GRAIN AGE INDIGÈNE, A L OCCASION D'UN RAPPORT DE LA COMMISSION DES SOIES DE LYON (.). La Commission des soirs do Lyon, composée do MM. Parisot, président; Jourdan, Faivro, Maurico, Biétrix, Billoud, Piaton, Loeart, Tabourin, Guinon, Sauzey, Cliarvériat, Porrot; Chaurant. président de la Société d'Agriculture : Paul Eymard, secrétaire-rapporteur, entretient à ses frais une magnanerie exj>érimentale et présente annuellement dans un Rapport imprimé l'exposé de ses travaux. Le compte rendu qu'elle fit paraître au mois de septembre de l'an dernier était loin d'être favorable à ma méthode de grainage, mais il faut dire qu'aucune expérience sérieuse n'avait été faite par la Commission pour se rendre compte de l'efficacité de celte méthode. C'est ce que je m'empressai de faire observer dans une lettre motivée à son rap|»orteur, M. Paul Eymard, lettre qui a été insérée au Moniteur des soies du 10 octobre 18G8. La Commission, appréciant sans doute ce qu'il y avait de judicieux dans les critiques que je lui avais soumises, m'écrivit sj>on ta nouent le 11 mars dernier en m exprimant son intention de mettre à l'épreuve des faits les résul- tats de mes recherches. A la demande qu'elle voulut bien me faire d'un ou doux lots do graine que je jugerais saine et qui aurait été confectionnée sui- vant mes indications, je répondis |>ar l'envoi de sept lots différents, quatre de graines saines et trois de graines malades avec le pronostic anticipé concer- nant chacune d'elles. La Commission des soies vient de publier le Rapport de ses opérations de cette année. « De toutes les expériences suivies pendant cette campagne, dit le Rap|>ort, celles qui ont offert le plus d intérêt et qui ont le plus sérieusement occupé votre Commission ont été celles concernant les graines qui lui avaient été con- fiées par M. Pasteur. Vous connaissez le système d'éducation reposant sur l'examen microscopique des chrysalides, des |Kipillons et des graines proclamé par ce savant. Vous savez quelle polémique passionnée s'est élevée à ce sujet... Votre Commission, voulant se tenir complètement à l'écart de ces déliais, n'a eu qu'un but, celui de constater aussi exactement que possible des faits dont vous jugerez vous-mêmes l'importance. » Au mois de mars dernier nous nous sommes adressés à M. Pasteur, qui, pour rendre nos expériences plus complètes . nous a envoyé sept lots de (1) Extrait das Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. I.XIX, iéonec du 'l octobre 1809. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 285) graines portant chacune l'indication de la marche présumée des vers qui en proviendraient. > Voici ers indications, textuellement extraites de ma lettre d'envoi de graines, lettre reproduite, in rrtensa, dans le Rapport de la Commission : La boite portant l'étiquette 10 grammes, n° 3, renferme une graine industrielle faite à Paillerols (Basses- Alpes'; . J'ai examine moi-même les chrysalides et les papillons. Je n'y ai rencontré ni corpuscules, ni le ferment en chapelets de grains, que je considère comme un témoin de l'existence de la prédisposition héréditaire à la maladie des morts-llats. 100 onces de cette graine ont été livrées, par M. Kayl>aud-I.ain;e, a M. Meynot, juge d'instruction a Alais. M. Meynot a bien voulu m'en céder une petite quantité, sur laquelle j'ai prélevé 10 grammes que je vous envoie. La boite portant 1 étiquette i grammes, n° il, renferme encore une graine indus- trielle faite également a Paillerols, et dont j'ai examine moi-même les chrysalide» et les papillons. Je juge que cette- graine est a l'abri des corpuscules ,.( <|,. j a maladie îles morts-Rat* par hérédité. M. de l.achadenède, président du Comice d'Alais, élèvera 20 ornes île cette graine. La boite portant l'étiquette ■» grammes, n° S, renferme une "raine industrielle faite également à Paillerols et dont j'ai examine m<>i-iucme les chrysalides et lis papillon». Je juge que celle graine est a l'abri des corpuscules et de la maladie des morts-Rats par hérédité. La famille de M. de Lachadenède doit élever ji onces de cette graine; M. (iervais, notaire à Anduze, doit en élever ib onces. I.a boite portant l'étiquette 1 gramme», D. S., renferme une graine qui a été faite cellulaireruent au collegé d'Alais, par M. Dcspeyroux, professeur dans cet éta- blissement, avec i grammes d'une graine cellulaire faite par moi en iSfi^ (race de Perpignan). Celte dernière graine offre nu intérêt particulier, car elle a été confectionnée dans une- localité qui passe à bon droit comme l'une des plus affectées par les maladies régnantes, l'estime encore, d'après mes propres informations, que cette graine est ii l'abri de la maladie de» corpuscules et de la maladie des morts-il.its par hérédité. Cette graine sera élevée au collège d'Alais et chez divers propriétaires du (»ard. Sur vingt papillons, un seul offrait le ferment en chapelet» de grains. La boite portant pour étiquette 3 grammes, C. C, renferme une graine dont le» papillons ne contenaient pas trace de corpuscules et qui, en conséquence des prin- cipes que j'ai établis, ne peut périr de la maladie des corpuscules ou pebrine; mais ces mêmes papillons contenaient 70 pour 100 de sujets dont la poche stoma- cale renfermait le ferment en chapelets «le grain» dont j'ai parle précédemment. Presque tous les vers périront de la maladie des morls-flats héréditaire. Cette graine a été faite cellulairement par M. de I-achadenède a l'aide d'une de se» < ham- brées le» mieux réussies. La boite portant l'étiquette 1 grammes, S. Del., renferme une graine qui offre également un intérêt tout spécial. En 1807, le Comice du Vigan, voulant mettre à l'épreuve de l'expérience mon procède de grainage, lit élever dans le canton de Saint-Hippolyte, à Sauve, sou» la surveillance de deux de se» membres, 1 once d'une graine dont j'avais examiné les papillons producteurs, et que j'avui» déclarée saine au point de vue de la pebrine. Celte graine produisit / t 6 k K, joo de cocons. Le Comice me chargea d'examiner ces cocons et de déclarer s'ils pouvaient servir au grainage. IL .9 Digitized by do 200 MALADIE DES VERS A SOIE. Je les reconnu* sains. On lit grainer toute la chambrée, et le Comice décida qu'une itin c «le la nouvelle graine serait encore élevée à Sauve sous sa surveillance. L'once grammes produisit .m^S.Soo de cocons en i8(!8. J'examinai de nouveau ces cocons et je les reconnus malades. Le Comice, séduit par la belle réussite de la chambrée et la beauté des cocons et voulant mettre de nouveau à l'épreuve mon jugement, les a fait grainer en totalité. La boite dont il s'agit renferme i grammes provenant de ce grainage et que je dois à l'obligeance de M. Deletlre, docteur- ineilccin, chargé par le Comice de la surveillance de la chambrée de Sauve. Je juge que cette graine périra à peu prés complètement et uniquement par la maladie des corpuscules, car les papillons n'étaient que corpusculeux. La boite portant pour étiquette i grammes, n° 12, renferme une graine dont moitié des papillons producteurs étaient corpusculeux en partie et en partie aussi offrant le ferment, témoin de la maladie des mnrts-flut* par hérédité. L'autre moitié Les tableaux de la marche de nos Mutations, notés jour par jour et joints à ce Rapport, vous démontrent a\ec quelle saisissante exactitude les prédictions de M. Pasteur se sont réalisées. Sur sept indications, cinq ont été rigoureusement exactes, une a été moins certaine, quoique probante, et une seule n'a pas rempli les conditions annoncées (i ). Mais si l'on tient compte du peu de certitude qu'offre la marche de l'éducation la mieux menée, par suite d'incidents non préuis. on peut dire qu'il était difficile d'arriver à un résultat phi> concluant.... La Commission, devant ces résultats, ne peut que se rendre La graine qui a échoue est celle de la boite n° 8. Elle a échoué, dit le Rap- port de la Commission, par les morts-Dais, et il ajoute : la flachcric accidentelle r*f peut-être la can e tic réchec non prévu par M. Pasteur. Cette présomption du Rapport de la Commission est parfaitement justifiée par les très- nombreuse!» réussites constatées de celte même graine sortant du même sac. Des ji onces achetées par la famille de M. de Lachadenède, ainsi qu'il est dit à ta page précédente, ,8 seulement ont été élevées, un des fermiers en ayant perdu volontairement;! onces ii l'eclosion, par crainte de manquer de feuille. Les 4 8 onces ont produit o.?.". kilogrammes en tr ois chambrées. ( Lettre de M. de lachadenède a M. Pasteur, datée d'Alais le 10 octobre 1 8G;>. ) M. Gênais, d'Andu/.e, ne m'a pas t'ait connaître le résultat de ses .û onces du même numéro, mais je sais que la réussite en a été très-satisfaisante. Cite/. M. Sirand, pharmacien à Grenoble, éducation a Voreppe, .'» grammes ont produit -'■"jSoo de cocons, et 3P r ,JO de la boite n° 41 ont produit a^l'io. On trouvera « es derniers fails relatés dans le numéro du mois d'août dernier du jouinal le Sntl-Lit, p. "h\(\. Ce numéro renferme un travail des mieux faits et des plus consciencieux, intitule : . Resrrltat donné par les grninages étudies suivant le procède Pasteur, » par M. Sirand, pharmacien à Grenoble. Ce travail est résume d iMs le présent volume, p. \\ r. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 291 ■ à l'évidence des faits, et se croit autorisée à proclamer qu'à l'aide d'observa- tions microscopiques bien faites sur les chrysalides et sur les papillons, on peut fixer la valeur d'une graine, sa réussite ou sa non-réus?ite, tant au point de vue de la maladie des corpuscules qu'à celui de la maladie des morts-flats. Mais il est évident que ces prévisions ne peuvent être qu'indicatives, et que les mauvaises chances qui peuvent se produire, soit par suite de milieux infectés, d'intempéries, de défauts de soins ou de mauvaise nourriture, peu- vent donner de très-mauvais résultats, sans que pour cela le principe de la méthode de M. Pasteur soit infirmé. » Ces conclusions du Rapport de la Commission des soies de Lyon n'ont pas besoin de commentaires. Une circonstance digne de remarque, c'est (pie, des quatre graines saines que j'avais envoyées à la Commission, celle qui s'est comportée de la manière la plus satisfaisante est précisément cette graine D. S. déjà deux fois repro- duite, à Mais même, et que j'avais signalée d'une manière toute particulière à l'attention de la Commission : nouvelle et précieuse preuve de la possibilité du grainage indigène et de l'efficacité de ma méthode, même dans les loca- lités qui passent, à bon droit, pour être le plus facilement et le plus grave- ment atteintes par le déau. L'Académie jugera peut-être qu'il serait utile de répandre ces faits et ces jugements par la voie de ses Comptes rendus. Émanant d'une Commission d'autant plus scrupuleuse dans la recherche de la vérité, (pie son précédent Rapport la rendait circonspecte et lui donnait moins de confiance dans l'exac- titude de son appréciation nouvelle, les conclusions de la Commission confir- ment d'une manière éclatante celles des Communications de notre illustre confrère M. le Maréchal Vaillant, de MM. Cornalia et Henri Marès, dont l'au- torité est si grande en ces matières, et de toutes les jH'rsonnes, aujourd'hui très-nombreuses, qui ont pris la peine de répéter mes expériences. Je puis donc assurer avec confiance à l'Académie que le problème que je me suis posé, il y a cinq ans, est résolu. La sériciculture peut faire revivre, si elle le veut, son ancienne prospérité, non |var la connaissance d'un remède que, pour ma part, je n'ai pas cherché, mais par l'application d'une méthode sûre et pratique de confection de la bonne graine. Jamais les circonsUinces ne furent plus solennelles pour l'avenir de la séri- ciculture. Le Japon est la seule contrée qui fournisse aujourd'hui à l'Europe des semences saines, malheureusement bien peu rémunératrices pour les éducateurs. Mais l'affaiblissement de ces graines a été très-sensible et très- remarqué cette année. Il est à craindre que, d'ici à deux ou trois ans au plus, les maladies qui déciment les vers à soie en Europe n'aient envahi le Japon. L'application des pratiques que j'ai fait connaître deviendra alors une ques- tion de vie ou de mort pour l'industrie séricicole, si un progrès supérieur à celui de mes recherches n'est accompli dans cet intervalle. 19. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 2 , le Comice du Vigan lit distribuer à des éducateurs un grand nombre de lots de graines de races de pays provenant d'éducations faites avec des soins particuliers par le Comice en 1 854 • Sur un nombre de cinquante éducateurs qui avaient reçu une ou plusieurs onces de graine, il n'y eut pas une seule réussite (i). (i) Voici quelques détails extraits des Rapports des membres du Comice qui s'étaient chargés de faire élever les graine» distribuées par ce dernier. Rapport de M. Paul Serres, d' Avèze. ■ J'ai acheté 5 kilogrammes de cocons d'une chambrée très-réussie, fuite au Vigan (graine importée d'Italie) J'ai rejeté Goo grammes de cocons doubles ou faibles. I.c grainage a traîné plus de ij jours; cependant il était fait dans une température de 17 a 18 degrés Kéaomur, l'hygromètre étant toujours de 70 à 7.1. » Il m'est resté (>oo grammes de cocons à éclore, lesquels joints aux 600 grammes de déchet, précédemment indiqués, donnent une perte de joo. I.es 3 k R,8oo de bons cocons restants n'ont produit que 7 \ onces de graine. I es pa- pillons étaient très-beaux. ■ Rapport de M. Durand, vice-président du Comice. « Grainage de 1 kilo , ranimes «le cocons jaunes de race du pays. » Produit : 108 grammes de graine. • 1-es papillons étaient sains, mais la femme qui les soignait a remarqué que plusieurs d'entre eux n'avaient pas percé leurs cocons. » Autre grainage de 3 kilogrammes de cocons jaunes, première reproduction dans le pays d'une graine importée d'Italie. » Produit : ai x grammes de graine. » I es papillons étaient très-blancs et parfaitement sains. ■ Rapport de M. le IY Reau. (Canton de Sumesne.) • Grainage de 3 kilogrammes de cocons blancs. « Première reproduction d'une graine importée d'Italie. La chambrée de 4 onces d'où ces 3 kilogrammes ont été extraits, avait merveilleusement réussi Chaque cocon, à une douzaine d'exceptions près, fournit son papillon. » Pendant les premiers jours les papillons furent beaux et vigoureux; dans le* deux ou trois derniers jours, il y en eut beaucoup de défectueux, jaunâtres et porteurs de petites ailes recoquillées Ceux des premiers jours vécurent deux ou trois jours après la ponte. Ceux des derniers, après une ponte qui laissait Digitized by Google ■ NOTES ET DOCUMENTS. « L'Assemblée, reconnaissant que les races de vers à soie de Franco, comme aussi celles d'Italie, ont dégénéré, et qu'il est cependant de la plus haute im- portance d'avoir le plus tôt possible des graines pro\enant de pays non infeste* de maladie, décide qu'il sera formé sous le patronage du Comice, entre les divers propriétaires qui désirent y prendre part, une association ayant pour but de faire confectionner, par un ou plusieurs représentants dignes «le con- fiance et sur le lieu même de production, de la graine provenant des meilleurs cocons élevés dans les montagnes du Liban. » Skav k m >. aolt 1 85t>. Le total des souscriptions ouvertes dans toutes les communes de l'arron- dissement du Yigan en vertu de la décision rapportée ci-dessus ne s'éleva qu'à environ Goo onces. Dès lors le Comice autorisa ses mandataires à faire en Orient une partie de leur graine pour leur propre compte. Revenant sur sa première idée d'envoyer ses mandataires en Syrie, le Co- beaucoup ù désirer, tombaient sans vie. Le produit a ete seulement de Go «i animes par kilogramme, mai» la graine est de IhîIIu apparence. » Autre grainage : • Deux kilogrammes de cocons blancs, race indigène, provenant d'une < ham- brée dont la réussite avait été parfaite : deux onces de graine avaient donné in8 kilogrammes de cocons d'une qualité supérieure ; ces deux kilogrammes de f;)fon», choisis sur une plus grande quantité, linMit bientôt concevoir des doutes sur le bon résultat que j'en attendais. I.a sortie des papillons fut extrêmement lente et laborieuse ; je fus obligé de venir en aide à beaucoup d'entre eux, qui ne pouvaient sortir entièrement du cocon; beaucoup d'entre eux périrent dans leurs enveloppes. Ils n'ont produit que Sb grammes de graine par kilogramme. • Autre grainage : » 85o grammes envoyés de !\ovi ont fourni 70 grammes de graine; chaque cocon donna son papillon, et tous les papillons furent beaux et vigoureux. • Rapport de M. Rivet de Sabatier. (Canton de Quissnc.) > drainage d'environ 5 kilogrammes de cocons milanais fournis par deux cham- brées où la réussite avait été très-satisfaisante. • L'opération traîna en longueur; les papillons étaient lents à sortir, beaucoup de femelles étaient noirâtres, les mâles faibles, les accouplements difficiles. I« produit en graine a été très-faible. ■ Rapport de M. Ulysse Chabal. 1 Canton de Yalleraugue. ) • Les cocons (environ 5 kilogrammes) ont été choisis sur une chambrée prove- nant d'une première reproduction indigène d'une graine importée d'Italie, le grainage s'est parfaitement bien accompli : à | eine sur 100 cocons un seul est resté sans éclore. On a obtenu 70 grammes de graine par kilogramme de cocons. » Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. mice, sur de nouveaux renseignement*, choisit la Roumélie et principalement Andrinople |>our le lieu de l'Orient qui lui paraissait le plus propice à la confec- tion d'une bonne irraine. Il choisit parmi les nombreux concurrents qui se pré- sentèrent pour aller en Koumélie, au nom du Comice agricole, M. Arnal fils, de Loves prés le Vigan, et M. (ialtier. de Lisalle. Le Comice obtint jiour eux de MM. les Ministres de l'Agriculture et our faire confectionner de la graine de cocons blancs, et M. Arnal à Philippopoli |>our se procurer principalement de la graine de co- cons jaunes. Voici des extraits de deux lettres écrites par ces grai/ieurs au mois de juillet i8jG, pendant le cours de h urs opérations, et adressées nu président du Comice : « La récolte s'est terminée abondante, comme elle le faisait espérer. Aujourd'hui n juillet , j'ai commencé à recevoir des cocons Je confec- tionnerai peu; les ouvriers manquent \ja graine, provenant de vers ro- bustes et vigoureux, ne peut qu'être saine et pure, n'ayant en elle aucun germe de cette épidémie qui a ruiné les Cévennes. Elle doit incontestablement nous assurer une bonne réussite j>our Tannée prochaine. Sinon, il faudrait renoncer à élever des vers n soie, car les échecs ne sernient plus causes par la graine. » Signé : Arnal. » « Kara C atch, 8 juillet i856. » Depuis six ans que je m'occupe de grenaisons, jamais, je puis le dire, je n'avais vu de plus beaux papillons, s accouplant aussi vite, et les fe- melles donnant de la graine en aussi grande quantité. » I^s cocons que nous avons payés dans le début au prix de 3o à 3i piastres, c'est-à-dire environ 5 francs le kilogramme, sont montes jusqu'au prix de 6 à 7 francs. Je vous avais dit que vous pouviez disposer d'environ î ooo onces au prix de 8 francs l'once; mais, à cause de nos dépenses, je vous prie, tant en mon nom qu'en celui de M. Arnal. de n'en promettre qu'au prix do 10 francs. Nos autres collègues venus de France sont, comme nous, décidés à vendre à ce prix. » Signé : Galtier. » Voyons comment se comportaient ces bonnes graines de l'Orient élevées en France dans les départements de grande culture. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 2/»>rl de M. Emile JJlout/uier sur un «minage dont le Comice de Varntndiwemrnt du f'igan V avait charge. « J'ai fait une éducation do la graine d'Andrinople qui m'avait été remise par M. Galtier. de Lasalle, envoyé en Houmélic comme agent du Co- mice. L'éclosion fut très-belle, la levée eut lieu en une seule fois, il ne resta pas une seule graine à éclore. l/éduoation marcha bien ; à chaque repas il fal- lait donner de l'es|>aee aux vers La réussite fut complète : par a5 gram- mes, je dépassai 4* kilogrammes. » Je suivis le système de M. André Jean. Dès la première mue, j'étendis un filet sur mes vers à soie pour rnle\er les premiers réveillés. Je continuai la même opération (tendant toute l'éducation, et à la montée je me trouvai avoir le premier choix j>our les mâles. Pendant toute l'éducation je délitai souvent; pour avoir les plus Mies femelles, je choisis les plus beaux cocons et je pesai 5oo grammes par 5oo grammes. Il y eut peu de variation dans le poids de chaque 5oo grammes, quant au nombre des cocons. Il en fallait a38 , de sorte que chaque cocon devait peser a' r ,ia. Je mis ce dernier poids dans un des plateaux de la balance et dans l'autre j'ajoutai successivement chaque cocon, rejetant ceux qui étaient plus légers et conservant les plus lourds, qui devaient me donner des femelles. Je continuai l'opération jusqu'à ce que j'eusse ob- tenu a k, ,5oo. » Les premiers papillons qui parurent furent faibles, roux et ne portant pas ou peu de duvet sur leurs ailes. Ceux qui vinrent ensuite furent à peu près semblables aux premiers, et même un grand nombre ne purent sortir de leurs cocons. Je portai la chaleur de l'atelier, qui n'était que de 16 degrés Réaumur, à ao et aa. Je ne réussis pas davantage. » Ma chambrée ayant été très-belle, beaucoup de personnes me demandèrent à acheter des cocons pour les faire grainer. Toutes échouèrent comme moi-môme dans cette opération. » J'ai également essayé le grainage de plusieurs lots de a kilo- grammes de cocons provenant de Montauban, appartenant à des chambrées qui avaient parfaitement réussi dans Saint-IIippolyte, et aussi de a kilo- grammes de cocons de la Toscane et de a kilogrammes de cocons du Pompi- dou. Je ne fus pas plus heureux pour ces différentes espèces de cocons que pour ceux d'Andrinople. » J'ai cru devoir renoncer à étendre davantage mes expériences, pour ne pas occasionner au Comice de plus fortes et inutiles dépenses ; j'ai l'assurance que tous ces vers ont pris la maladie du pays pendant l'éducation, ce qui est la seule cause de la non-réussite du grainage. » En résumé, de 9 kilogrammes de cocons je n'ai obtenu que 19a grammes de graine. » Digitized by Google 29X MALADIE DES VERS A SOIE. Rapport de M. Salles, avocat, fin l i«an. « J'ai essayé, pour le grainage, les cocons de 1 5 à 18 éducations différentes qui avaient parfaitement réussi . Os éducations avaient été faites avec des graines de divers pays et avec des graines indigènes de plusieurs lo- calités. Dans l'examen préalable que j'ai fait des cocons et des chrysalides je n'ai pas trouvé de garanties suffisantes pour obtenir une bonne graine, et j'ai été obligé de les abandonner. Plusieurs personnes, qui avaient obtenu de bons ré- sultats dans leurs éducations, ont essayé comme moi de faire grainer les cocons de leur récolte ; elles ont même cherché à s'en procurer ailleurs, dans diverses localités, mais elles ont éprouvé le môme désappointement, malgré la bonté et la force des cocons. Les |vapillons surtout étaient faillies et sans vigueur. >- J'ai été plus heureux dans un dernier essai; il s'agit de cocons provenant originairement d'Italie, d'une race qu'on élevé à Hionni. Ils sont petits comme les cocons milanais, d'une couleur d'un jaune paille, mais très-durs, ayant un beau brin et donnant un bon rendement en soie. En 1 855, j'achetai un kilo- gramme de cette nature de cocons à une femme du Vigan, qui cultivait cette race depuis deux ans avec succès. Je remis 38 grammes de graine à huit édu- cateurs différents ; en i856, ces huit éducateurs réussirent dans leur petite récolte. Beaucoup d'autres éducateurs qui avaient élevé cette même graine, provenant également de la chambrée du Vigan, réussirent en i85G. On fit de la graine avec ces éducations bien réussies; mais en 1857 il n'y eut que des échecs, excepté chez M. (iuérault. coiffeur au Vigan, qui en éleva 2 onces et récolta 48 kilogrammes de cocons par once. » J'ai fait grainer 32 kilogrammes de cocons de cette chambrée. Le dimanche 5 juillet 1857, les papillons commencèrent à sortir de leurs cocons. » Les papillons, sauf quelques exceptions, ont en général été beaux, bien couverts d'un duvet blanc et les ailes bien développées; ils ont été assez- prompts à la sortie des cocons, prompts à l'accouplement et à la ponte de la graine Ijeur vitalité a duré six jours au moins après la ponte de la graine et leur corps s'est desséché sans tomber en putréfaction. » Les 32 kilogrammes ont produit de graine, ou un peu plus de 96 onces de 2 5 grammes, poids admis pour la vente de la graine. C'est donc 3 onces de graine par kilogramme de cocons. » M. Salles constate, en outre, dans son Rapport, que les graines rapportées d'Orient par les mandataires du Comice, et élevées avec succès en général en 1857 dans l'arrondissement du Vigan, se montrèrent tout à fait impropres à la reproduction. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 200 SUR L'ATROPHIE DU VER A SOIE; Recherches du docteur A. Tigri, professeur d'anatomie (i). L'autour remarque que l'atrophie n'est pas due a un parasitisme externe, ni à un défaut d'aliments ; il entreprend alors l'examen des organes digestifs et découvre dans l'estomac : i° de la matière verte formée de feuille rongée; a° un grumeau [grumo albumitmsn) irrégulier ou cylindrique d'une substance gélatineuse et d'aspect opalin; un liquide aussi opalin, du gaz et des cristaux, notamment d'oxalate de chaux. La matière verte, examinée au microscope, est la même chez les vers ma- lades que chez les vers sains. Reste « l'agglomération albumineuse [agglomcrazione albuminosa) généra- lement cylindrique, d'aspect opalin, d'autant plus longue et volumineuse que le ver est plus près de la fin du quatrième Age. Quand j'ai vu pour la pre- mière fois cette masse albumineuse anormale, je savais, par des observations faites au microscope sur les excréments des vers malades, un autre fait que j'ai supposé en rap|»ort avec le premier, savoir : la présence de corpuscules microscopiques, se mouvant et indiquant un parasitisme interne. Mes prévi- sions ne tardèrent pas à se vérifier. J'ai observé le noyau albumineux en môme temps (pie les fragments de feuille rongée adhérents; après l'avoir comprimé sous les lames de verre du porte-objet , il m'a présenté des corps vésiculaires à paroi transparente ou si diaphane qu'on vo\ait le contenu cor- pusculaire... » La régularité de ces corps vésiculaires et leur disposition spéciale me conduisirent à les regarder comme des êtres vivants. Et cherchant les formes vivantes avec lesquelles ils avaient de l'analogie, j'ai trouvé des raisons de les rapporter aux conférées ou aux grégnrines, c'est-à-dire des êtres de l'or- ganisation la plus simple, soit qu'on les rapporte au règne végétal, soit qu'on en fasse des animaux. Ceux que j'ai vus dans les vers à soie ont la forme des grégarines, sont accouplés de la même manière, et leurs germes se meuvent; d'autre |«rt, beaucoup de leurs caractères leur sont communs avec les con- ferves; ces germes se meuvent comme ceux des conferves. Planche (b). — Corps vésiculaires isolés et réunis. Planche (r). — Leurs germes (spole semovonti ). (ij Mémoire lu a l'Académie des Goorgophile», en sa séance ordinaire du 17 février i8C»r. Actes des Cc'orgop/ules, nouvelle série, t. VIII. MALADIE DES VERS A SOIE. » Je déclare que c'est un parasitisme interne qui est la cause pathologique première el essentielle du dépérissement, de l'atrophie des vers à soie. » L'auteur signale la possibilité que les vers prennent les premiers germes de parasitisme dans leurs aliments, c'est-à-dire dans les feuilles du'rnnrier; à l'appui, il cite ce fait que la feuille humide leur est funeste, dans le premier âge; tandis que les vers adultes et parvenus à la quatrième mue mangent sans nul inconvénient cette feuille humide. Il termine : « Quant à la transmission île la maladie par hérédité, je n'ai pas fait assez d'observations pour me prononcer. Je sais que les vers malades parviennent fréquemment à faire un cocon, mais il est mal tissé; les cocons ainsi faits s'appellent vulgairement chez nous fahppe. Je sais que fréquemment la chry- salide de c s cocons devient insecte parfait. ea|>able de faire des œufs suscep- tibles d ecloro. Au reste, tout considéré, et le fait du parasitisme étant connu, je serais dès maintenant porté, à rejeter la transmission par hérédité de la maladie qui a servi de sujet à mes recherches. » On voit que le fait le plus saillant de cette Notice est que les corpuscule* [ftg.c) seraient des germes contenus dans des a>r/>s vésiculaires {Jîg.b), bien plus gros, et que l'auteur croit être des conferves ou des grégarines. Il prétend aussi que les corpuscules c remuent d'un mouvement propre. c Voici maintenant les observations publiées en 1866 par M. Balbiani (1) : o Les corpuscules de la pébrine présentent dans leur évolution des phéno- mènes très-analogues : seulement, au lieu de se propager à l'aide des spores mobiles, c'est le corpuscule tout entier qui joue ici le rôle de corps reproduc- teur. A cet effet, il commence par perdre son éclat brillant, s'élargit sensible- (1) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. I.XIII, p. 388 (1866), et Journal d'Ànatomie et de Physiologie de Charles Robin, 3 e année, 18G6. Digitized by LiOOQle NOTES ET DOCUMENTS. 301 ment en laissant apercevoir à l'une de .ses extrémités un espace arrondi, sem- blable à une vésicule claire et transparente, puis il se transforme en un globule qui augmente rapidement de volume, ainsi que la vésicule interne. La sub- stance qui compose ce globule, d'abord homogène et transparente, se remplitde fines granulations; puis des corps pales et arrondis, semblables à des noyaux, se formant au sein d'un blastéme, apparaissent dans cette masse, laquelle se trouve finalement convertie en un amas de corpuscules réunis par une ma- tière glutineuse et transparente. La liquéfaction de cette matière détermine ensuite la dissociation des corpuscules, ou mieux psorospermies, et leur mise en liberté, n Les publications de M. Levdig relativement aux corpuscules de lapébrine empruntent une valeur particulière à cette circonstance', que ce parasite a été rapporté, pour la première fois, en 1 853, par 1 eininent professeur de Tiibingen, à son genre naturel, relui qui a été créé, vers i84o. sous le nom de psorospermie, par l'illustre physiologiste J. Millier. HISTOIRE NATURELLE DES DAPHNIES. PAR FR. LEYD1G, PROFFSsrXn A I.VM\F.r.SITt lil: TiniX.F.N. i ln-4, Tubingcn, 18G0. )— Appendice ( p. 75 \ Peut-être rendrai-je un petit service à maint lecteur en donnant place ici à quelques observations sur les maladies des daphnies et leurs parasites. Je dirai qu'il n'est pas rare de voir quelques es|R»ces envahies plus ou moins à l'exté- rieur par des rotateurs, des infusoires, des algues; mais je veux surtout indi- quer les parasites internes, dont l'un est aujourd'hui remarquable, parce que Lebert l'a mentionné dernièrement comme étant la cause probable de la ma- ladie régnante du ver à soie (i). Cet observateur appela ce champignon Pan- histophyton avatum, parce qu'il l'a trouvé dans tous les tissus et parties du corps. Je me permettrai de rappeler, par un retour historique, que j'ai dé- ( i ) Sur la maladie actuellement régnante du ver à soie ; destruction des fonctions de nutrition par un champignon; drstrophie inycétique; Berlin, 1 858. Digitized by Google 302 MALADIE DES VERS A SOIE. couvert ce champignon en 1 853 dans le Citent s hrsfteritlum ( i ), et plus tard dans les muscles des araignées (a), et que je l'ai encore rencontré dans mes études sur les daphnies, chez le Pnlvphetnus ocutus, le Dnphnia situa et le Lynccus sphœricus. Notre champignon est un corps très-petit, de forme ovale, ou plus effilée (comme dans le coccus) ; son contour est nettement dessiné; il n'y a pas de nucléus visible à l'intérieur. Il n'est pas altéré par la potasse et forme ordinairement des amas. U'bert et Nàgeli le prennent pour une algue unicellulaire; je l'ai d'abord comparé aux formes des psoros(>ermies, et je soutiens encore maintenant celle idée (3). J'ai vu un autre parasite d'espèce analogue dans l'intérieur du Daphniu redimstris vivant. Il remplissait tous les canaux du sang dans les replis de l'enveloppe générale, dans les nageoires, jusqu'à leur extrémité, dans la cav ité du corps, etc. Il est à peu près de la grosseur d'un globule incolore du sang de l'homme, mais de forme très-caractérisée : un petit boudin recourbé jus- qu'à ce que les deux bouts se louchent. Vu de face, il a aussi la forme d'un disque troué excentriquement. Les contours sont arrêtés et sombres; en re- gardant avec attention, on voit dans les deux moitiés un nucléus pâle. lot solu- tion de (Mitasse ne l'altère pas (voyez Pl. A , /fc. 78). I) autres individus vivants de la même espèce de daphnies avaient dans les canaux du sang un autre parasite. C'étaient des cylindres de longueur variée, paies sur les bords, contenant un nombre variable, en rapport avec leur lon- gueur, de petits noyaux et masses finement granuleuses. Dans les cavités plus grandes du sang, ces cylindres s'étaient arrondis en ampoules avant le même contenu. Ces productions rap(>claient les formes des champignons. Je rencontrai une seule fuis dans le I.ynccus sphœricus des formes incon- nues de parasite. Dans la {por/ir des œu fs ?) il y avait environ douze cylindres, allongés, immobiles, formés d'une membrane délicate remplie à l'intérieur de globules très-nets, comme des globules de graisse. En cherchant un terme connu de comparaison, on pourrait les rapprocher des grégarines. Enfin dans le Daphniu magna et le Dnphnia situa, sur des animaux vi- (1) Journal lies Science* zi»>/oq., t. V, |>. il. (>) Archives de Millier pour V Anatomie et la Physique, iS.ïi, p. 3;);. (V) J'ai nu ensuite occasion de disséquer dos vers à soie malades, et de me con- vaincre que le champignon de l.ebert est ce que j'avais pensé. Il pénétre tous les organes du ver à soie en quantité prodigieusement grande. J'ai examiné ce clin m - pignon avec mon honore collègue Von Mohl, et avec ses instruments anglais si parfaits; cependant je n'y. ai rien découvert de plus, si ce n'est une faible ligne longitudinale et médiane que je ne voyais pas avec le microscope do kcllncr; et en ajoutant do l'iode, le contenu se sépare de l'enveloppe. Toutefois cet ohjet est trop petit f il offre le mouvement moléculaire} pour qu'on puisse déterminer avec quelque certitude la nature du contenu. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. m vants , j'observai une fois un véritable champignon filiforme qui avait crû dans la cavité du corps, ('/étaient dcstu\aux très-enlrclacés et munis d'ap- |K*ndices; ils contenaient des granules lins et embrassaient tous les organes possibles; ce champignon me parut voisin du Spliœria (i ) cntomorhiza, si même il n'était pas identique à cette espèce. Le Lynccus de tout à l'heure m'offrit dans bien des cas un changement sin- gulier du sang. Je trouvai d«- ces animaux qui se distinguaient pur une couleur rouge rosée bien nette, et se tenaient tranquilles au fond du vase tant qu'on ne les inquiétait pas en les poussant. Un premier examen montra aussitôt que leur sang était altéré : il se composait de petits points en nombre immense, qui môme aux plus forts grossissements ne se distinguaient pas mieux, et nageaient <;à et là avec la plus grande vivacité, comme des individus possé- dant une vie animale. Je vis aussi, dans des c> dopes d'ailleurs bien portants, de plus grands parasites de la forme des nomades, et souvent en quantité : ils sa» mouvaient de tous côtés dans la cavité du corps et aussi dans le tube digestif, et se comportaient comme des géants en comparaison des parasites du sang du Lyneetis. Zaddach a observé une maladie toute particulière dans l' tlnlnpedium qu il a découvert. A l'état captif, cet animal eut le corps revêtu d'une boule gélati- neuse qui ne laissait libres que le dessous de la tète avec les grandes antennes et la naissance des pattes. Cette masse' semblait amorphe, était parfaitement translucide et augmenta bientôt au point de surpasser de plus du double tout l'animal en longueur et en hauteur. Un tel fardeau entraîna les animaux au fond du vase où ils vivaient, et ils y moururent amoncelés au fond. Sur le Duphnitt si mu (p. i(îo). Souvent je rencontrai de ces animaux qui offraient une production étran- gère, une masse blanchâtre lobée, sur le tube digestif. Par un examen plus attentif, on reconnut que cette masse se composait de corps de forme spéciale, bruns sur les bords, et qu'il faut ranger à côté des psorospermies. J'en ai aussi trouvé dans d autres espèces, et j'y reviendrai. Sur le I.vncetts spluvrietts (p. aaG). J'ai examiné dans plusieurs de ces animaux une production pathologique surprenante : toutes les lacunes où le sang circule étaient remplies de grandes masses de corpuscules parasites. Ils avaient une forme ovale, réfractaient for- tement la lumière et rappelaient les psorosjvermies. (i ) V. IIouin, Histoire naturelle des végétaux parasites, Pl. M, fig. 5. Digitized by Google 304 MALADIE DES VERS A SOIE. Sur le Po/r/dienius ocidus (p. a44)- Dans le lac de Maiselstein, je trouvai souvent des animaux dans lesquels pullulaient des organismes parasites semblables à ceux que j'ai mentionnés plus haut dans le Lynrrus s/dirrricus et. le Ihiphnia sima. Ces individus se fai- saient remarquer au premier coup d'œil par une masse étrangère, lobée, si- tuée en général au voisinage de l'ovaire. Blanche à la lumière rétléchie. sombre par transmission, elle se composait d'une foule innombrable de corpuscules particuliers, tronqués un peu aux deux bouts, à contours nets, et dont le pou- voir réfringent rappelait les psoros|>ermies. J'ai mentionné ce fait dans les Archivent ' Aitntnmie /trrt/totnyr/t/r rie Virehow. On a dit plus haut que Ix*bert avait trouvé des parasites semblables dans des vers à soie malades. [Archives nommées, 1 857, cahiers i et 3). Là, on les regarde comme des algues unicol- lulaires. LE PARASITE DU VER A SOIE DANS SA NOUVELLE MALADIE. RECHERCHES NOUVELLES, PAR Fn. LEYDItl, A TU Bï NO EN (i). Il y a quelques années h.) en étudiant anatomiquement \p coccus, je rencontrai de petits corpuscules parasites qui se trouvaient en grand i < n I îe <'; t s 'a c vité du corps. C'étaient des corps en forme de navette nettementliu L 1 > i de TiVr de millimètre, isolés, non enclos dans des cellules, insolubles dans l'a- cide acétique et la solution de soude. On pouvait aussi observer leur mode d'accroissement; sur ce point, on peut voir ce que j'ai dit ailleurs. Ces cor- puscules rappelaient, par leur manière d'être, les pseudonavicelles. Quelque temps après (t) je trouvai de petits parasites, mais moitié plus petits, en étudiant historiquement les muscles des arachnides. Dans les muscles de diverses araignées, surtout en automne, et dans X F.pcire diadème, on voit les muscles du tronc et du neur remplis de quantités de corpuscules ovales, qui sont dans l'intérieur des faisceaux primitifs des muscles; leurs contours sont clairs et nets ; ils sont longs de de millimètre et insolubles (i) Extrnit des Archives d' Anatomie et de Physiologie, i8G3. (?) Journal des Sciences zoolog., t. V, i853, p. 1 1, Pl. l,fig. 1. (3) Dans ces Archives, i855, p. 3< )7 . Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 305 dans l.i potasse. Les endroits où il> sont entassés produisent à la lumière l'effet de stries blanches dans les faisceaux musculaires. Ces Communications ne furent pas remarquées, et les corpuscules furent une seconde fois découvert dans la clicmlle, la chrysalide, et le papillon du ver à soie jwr Frey et Lebcrl. Le parasite que j'avais laissé sans nom fut appelé alors l'anliistnpinton nvatitm, paire qu'il se trouve dans tous les tissus et parties du corps du ver à soie (i). Ce parasite du ver à soie est bien celui que j'avais en vue; je m'en suis convaincu, connue je l'ai dit ailleurs, par l'examen des vers à soie malades. En observant les daphnies, j'avais eu de nouveau l'occasion d'examiner ce parasite; je le trouvai abondant dans le Daphnia suivi, le Luit rus sp/ta-ricus ot le l'uhphrmtis nrulus. Je trouvai en outre dans l'intérieur du Daphnia rvctirostns vi\ant une autre forme d'espèce de parasite. I^vs corpuscules parasites ovales furent encore signalés dans un autre groupe animal : c'est Hermann Munk qui les montra dans un ver [Ascaris mysta.i ), où dans certains cas ils remplissent, en quantité prodigieuse, les canaux sexuels. Dans l'été de 1K61, j observai de nouveau que beaucoup d'individus de Daphnia ion«ispina d'un viv ier de Tiibingen étaient pleins de parasites. Comme avec un filet lin, on prenait des centaines de daphnies, on pouvait reconnaître que sur douze individus, il y en avait un attaqué; les corpuscules ovales y étaient en telle abondance, qu'ils remplissaient presque tous les canaux du sang, et étaient emportés en partie par lui dans sa circulation; ces individus se distinguaient à l'u-il des individus sains, par leur couleur, la langueur de leurs mouvements, et évidemment ces animaux souffraient de cet excès de parasites. Pendant ces derniers temps, j'ai de nouveau disséqué des insectes, où cà et là je trouvais des corpuscules parasites, de sorte que je puis ajouter à ce que j'ai dit pour le coccus. Je trouvai ces corpuscules dans la matière grasse du Tiptthi pratcasts, puis au môme endroit dans le Zygœna Ji li pendu la' f mais en outre, dans la région de l'abdomen, dans les nerfs périphériques, par exempta ceux des antennes, et dans les musc les. Dans ce papillon, ils étaient en foulo excessive, mais ce|>endant bien moins grande que ce que j'ai vu dans le ver à soie malade. J'en trouvai aussi beaucoup dans tas canaux du sang d'une abeille, dans la tète. Mais ici se présente cette remarque, que, outre ces corpuscules ovales si |x?tils, il y avait d'autres formes de parasites, visiblement de la même catégorie. Ils étaient environ huit fois plus gros, effilés aux deux bouts, comme des navettes, droits ou courbés en croissant, et en ce cas leur forme rappelait (i) J'ai déjà fait observer qu'il y avait ici une erreur historique. M. Lcydig n'a pas découvert le premier les corpuscules dont il s'agit. Us ont été aperçus par Guérin-Méncvillc pour la première fois, en t84g, et étudiés ensuite par de Filippi, naturaliste italien, en i85o. (L. Pasteur.) II. ao MALADIE DES VERS A SOIE. un petit Clostcrium lunula incolore. Dans leur intérieur on distinguait en- viron quatre traits régulièrement espacés, peut-être des cloisons transverses. Si l'on compare les parasites observés autrefois avec ceux dont il s'agit, on voit qu'ils ont des points communs, mais aussi des différences évidentes; en d'autres termes, ils sont du môme genre, mais d'espèces différentes. D'abord c'est la forme qui établit cette distinction. ta plupart sont bien ovales, ou bien tronqués, ou bien effilés; au contraire ceux du Daphnia fan- girnstris sont des cylindres plus allongés et courbés, « de peliles saucisses re- courbées jusqu'à ce que les bouts se touchent ». Vus de face, ils figurent un disque avec un trou excentrique. Enfin une forme différente existe chez ceux que j'ai signalés en dernier lieu dans l'abeille, qui sont en forme de croissant. En second lieu, ils ne réfractent pas la lumière de la même manière. tas corpuscules parasites que j'ai vus dans les écrevisses, daphnies, et vers à soit» malades, ainsi que dans le ZYgœna, réfractent très-fortement la lumière, sont brillants, et leurs contours bien taillés sont limités par une ligne sombre. tas corpuscules des nématodes sont dans le même cas, d'après ce qu'a vu Munk. tas deux formes fie l'abeille et du (cousin des prés) m'ont paru un |*?u moins brillantes et moins noires sur les limites. Quant à la structure de ces corpuscules, qui semblent tout à fait homogènes, je puis dire seulement (pie je crois avoir vu avec un très-fort grossissement, dans beaucoup de corpuscules du ver à soie (i), une ligne médiane suivant la longueur. Par l'iode, l'intérieur se sépare de 1 envelopjx». Et chez les autres corpuscules moins brillants, des animaux que j'ai cités, je |>ensc avoir vu vers un des pôles un point comme un noyau, tandis que rien de pareil ne se montre dans les corpuscules dis daphnies |»r exemple. Dans ceux des nématodes, Munk observa un point au milieu, mais sans contours nets, et que |K)ur cela il ne voulut pas ap|>eler n \rmt. Mais pour les grands |iarasitcsdu Daphnia rrrtimstri\, on voit en examinant avec soin un nucléus pâle, dans les deux moitiés latérales, comme je l'ai dit déjà ailleurs. Si l'on traite les corpuscules par l'acide acétique ou la potasse, il est re- marquable comment ils se comportent avec ces réactifs ; ils ne sont pas changés, et montrent une grande résistance à ces liquides. tav> corpuscules en croissant de l'abeille, et ceux de la Daphnia lon»irt>stris à l'état recourbé sont gros comme les corpuscules incolores du sang de l'homme; mais les autres corpuscules sont très-petits, en général, de millimètre au plus; aussi montrent-ils un mouvement oscillatoire ou molécu- laire. Je n'y ai jamais remarqué d'autre mouvement ; Frey et tatart parlent aussi de ce mouvement moléculaire; cependant Munk déclare avoir observé (i) Daphnies, p. aG, remarque. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. :J07 que les corpuscules bien intacts ont un mouvement propre, différent du mou- vement moléculaire. Pour ce qui est de leur situation dans l'organisme, on les voit dans les es- paces où est le sang, et aussi dans divers tissus et organes; mais à cause de leur fietilesse, on peut à peine les discerner des autres parties des tissus. Dans le Daphnia situa, ils se montrent en masses lobées blanches sur le tube digestif, dans le Pohphctntts il y en a de même au voisinage de l'ovaire. On peut croire, en rejetant la génération spontanée, qu'ils entrent par les ou\ < r- tures du corps, jx'ut-être |>ar les organes génitaux, et de là se multiplient en envahissant le reste des organes. Au sujet de la nouvelle maladie qui dans ces dernières années a fait périr tant «le vers à soie, il m'a paru intéressant de pouvoir montrer que le para- site, qui e>t en rapport intime avec la maladie, est répandu chez beaucoup d'insectes, d'araignées, d'écrevisses et mémo d'autres invertébrés. Il rend malade non-seulement les vers à soie, qui sont soignés |>ar l'homme, mais en- core des animaux vivant à l'état naturel, bien (pi on ne doi\e |>as trop s é- tonner si le ver à soie, en sa qualité d'animal soumis à la domestication, est plus attaqué que les animaux sauvages. Pour conclure, il y aurait encore une question non sans importance; c'est de savoir si ce parasite appartient au règne végétal ou animal. Comme on le voit d'après mes Communications antérieures, il m'a toujours fait l'effet d'être comme les psorospermies, et je l'ai toujours comparé à ces animaux et aux pseudonav icelles. Le botaniste Niigeli, qui observe à Zurich, consulté sur ce point, prend ce |>arasite pour une algue unicellulaire, qu'il place dans le groupe, établi |>ar lui. des Schizomycètes. Munk remarque qu'il s'est posé aussi de son côté celte question, si voir si les corpuscules ovales sont des psorospermies ou pseudonav icelles, ou si ce sont des algues Jusqu'ici il n'est arrivé à ma connaissance aucune Communication sur ce sujet (i). Il me semble maintenant que le jugement de Niigeli et le mien doivent de- venir identiques. Caries psorospermies et pseudonav icelles ont | tassé jusqu'ici pour des organismes animaux ; mais j'ai fait dernièrement une observation qui me permet de motiver le transport de ces corps parmi les plantes inférieures. Et si l'on me demande où je placerai les grégarines qui sont liées d'une manière év idente aux psorospermies et aux pseudonav icelles. je répondrai que je ne les considère plus comme des animaux, mais comme des plantes. Il en sera question dans un autre Mémoire. (i) Kn corrigeant ers épreuves, je remarque un travail île Keferstein sur le champignon parasite de V.lscaris invUtuc. {Journal des Sciences '/.oolagiijites ; iSb», p. i35.) 30. Digitized by Google 30S MALADIK DES VERS A SOIE. ESSAIS PRECOCES DE LA MACNAGNERIE EXPÉRIMENTALE DE (i ANGES (i). Il nous reste à unis parler dis graines de la cinquième catégorie : sur cinq échantillons, quatre proviennent de nos expériences personnelles o( sont le produit du croisement de papillons do races du pa\ s à cocons jaunes cl blancs, avec des pa|iillons du Jaj)on à cocons \erts de première année d'importation ; dans chaque expérience, le croisement a eu lieu séparément, tantôt avec des maies d'une race et des femelles de l'autre, et vice vrrsà. Le résultat final est \enn contredire l'opinion généralement répandue, qu'il faut donner la préférence à la femelle du pays; les deux lots dont la -raine avait été produite par des mâles indigènes croisés avec des femelles japo- naises, ont parfaitement réussi ; tandis que les deux autres, à maies japonais et femelles indigènes ont échoué, absolument comme la graine de pays qui avait fourni pour cette expérience les reproducteurs des deux sexes trés-eor- pnsculeux, tandis que la graine du Japon, qui était infectée dans une très- faible proportion, a donné un joli produit. Dans chacun dis deux essais réussis, la couleur du mâle a prévalu sur celle de la femelle pour la teinte du cocon. EXTRAIT DU JOlliS.tL OFFICIEL DE L'EMPIRE FR1NÇAIS DU 5 FÉVRIER 1869. Au Japon, les perspectives que le traite de Yeddo a ouvertes à notre com- merce s'élargissent chaque année davantage. Malgré la guerre civile qui de- puis plus d'un an trouble cet État, malgré les obstacles qu'elle a mis à l'ou- verture des ports de Yeddo et de Noogata, nos nationaux étendent de plus en plus le cercle de leurs opérations; ils exploitent maintenant les marchés d'O- saka et de Hiogo, et, sur ces deux points, un arrangement conclu avec le gouvernement du Mikado par les représentants des diverses puissances a déjà posé les bases de la future administration municipale des quartiers où les étrangers sont autorisés a résider. (i) Compte rendu par M. de Roder ; Montpellier, 1868. Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. Les ressources exceptionnelles qu'offre cotte fertile contrée pour la régéné- ration de nos races de vers à soie concourent à augmenter l'activité des échanges entre les deux pays. De cupides spéculateurs n'avaient pas craint de recourir a la fraude pour vendre en France, comme japonaises, des graines de vers à soie d une autre origine, obtenues à vil prix; leurs manoeuvres ont été déjouées par les dispositions qu'a prises la légation de l'Empereur à Veddo, avec l'approbation du département des A flaires étrangères. L'apposition d'un timbre officiel sur chaque carlon présenté on chancellerie constate la prove- nance et fournit aux acheteurs un moyen efficace de contrôle. Ainsi a été rendu au commerce loyal, comme à la sériciculture française, un service dont l'importance est attestée |>ar le chiffre de près d'un million de cartons soumis, pendant la dernière saison, au timbre de notre légation. EXTRAIT DU JOURNAL OFFICIEL DE V EMPIRE FRANÇAIS, DU 16 JANVIER 1809. {('■raines du Japon. — Importation de iK(»8-6ç).) D'après les renseignements officiels (pie le Ministère de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics a reçus du Ministre de France au Japon, il a été présenté en 18C8 au timbrage du Consulat général à Yokohama 5(îoo6t cartons dont : i6o2t)î en juillet, nilin.1 du i rr au i5 août, i^io'iq du 1 5 au 3 1 août, i/j- 117 en septembre. jGoofii Digitized by Google 310 MALADIE DES VERS A SOIE. < EXTRAIT DU JOUR NIL OFFICIEL DU \\\ JANVIER 18G9. ((.raines du Japon. — importation «le 1868-69.) Nous avons publié dernièrement [voir la Note précédente du iG) les chiffres du commerce des cartons de "raines de vers à soie entre la France et le Japon pendant les mois de juillet, d'août et de septembre. D'après les renseignements complémentaires qui nous parviennent, 71 38-2 ont été présentés au timbrage du Consulat général à Yokohama dans le courant du mois d'octobre, à destination de France, ce qui jiorte à G3i443 I*' nombre des cartons japonais importés en France en 18G8. Il faudrait ajoutera ce nombre celui îles cartons timbrés par le Consul italien pour le compte de négociants français. EXTRAIT DE LA IWISTA SE TTIM.IXALE DI BA CH1COL TU H ./, DE MILAN , N° DU 1" FÉVRIER I8(i9. (Graine* du Japon. — Importation do 18GS-G9. ) Le .dernier transport anglais pari i de Yokohama, le 18 novembre dernier, a porté à Marseille les dernières caisses de graines de vers à soie; c'est la fin des importations pour 18G8-G9. L importation des cartons du Japon en 18G8-G9 est arrêtée comme il suit : II! Cartons timbres à Yoko- l Franro .'>(» ',8t ama, par la Légation ita- I Al Italie 5q6 («9 1 France :>6.',8t hama, par la Location ita- ] Amérique.. 698', t -5 0 g' , tienne pour les sociétés et 1 Hollande ... 11 o5."> i ' maisons iïe I Suisse ï8 2iu 1 Allemagne.. -10791 Cartons timbres par la I Franre 63 1 !\'($ j Légation franeaise pour les | Italie 7 ',28 • 90J 000 maisons de \ l\i)s divers.. 266139 ' Cartons importes j>ar diverses s< cielés et maisons de l.ombardie, Piémont et pays de Trente, sans tim- brage £70 000 Cartons expédie» d'Akokadi et autres ports, sans toucher à Yokohama , 70000 Total général 3 193 6ji Digitiz NOTES ET DOCUMENTS. 311 De ces cartons, il n'y en a pas moins de 800000 pour la France, l'Es- pagne, la Turquie, la Perse el autres jvays; il en resterait alors environ 1 400000 |>our l'Italie. SUR LA RESPIRATION ET L'ASPHYXIE DES GRAINES DE VERS A SOIE, PAR M. E. DUCLAUX (1). J'ai l'honneur de présenter à l'Académie une étude sur la respiration et l'asphyxie des graines de vers à soie, dont je résume ici les principaux résul- tats. La respiration de ces œufs, qui est très-lente, a été étudiée en les laissant séjourner dans des flacons de iG centimètres cubes environ, dont j'analysais l'air après un temps variable. Je produisais ainsi, il est vrai, un commence- ment d'asphyxie, à laquelle les graines sont très-sensibles. Dès les premiers moments elles ralentissent leur respiration, mais ce ralentissement n'est ja- mais très-grand et, de plus, ne [Mirait pas les éprouver beaucoup, car au sor- tir d'asphyxies, même prolongées, elles respirent tout aussi activement que des graines normales. Ijc procédé employé pour mesurer les variations de l'activité respiratoire à diverses époques est, du reste, indépendant en quelque sorte des effets de l'asphyxie, car il consiste à mesurer les temps nécessaires à produire un môme degré de vicialion dans un môme volume d'air. Ces temps seront évi- demment en raison inverse des activités respiratoires, et l'on trouve pour celles-ci les nombres suivants, en prenant celle du mois de janvier pour unité. Je la graine. Tempe- raiure. 1 jour 31° 3 3 - h " 6 i3 . 31 30,5 VO 31 21 Arllrllé reipiratoire. ■ 3,8 26,0 »9,o 8,9 7.o 4,7 Ace de la traîne. Tempe- Activité rature, respiratoire 1 mois 21° 2 » >o 5| m 7 » 7 9 • Veille uV IVrlosion. s Lendemain de I eclosion 3oo ? 3,2 1 4» (1) Elirait de» Comptes rendus de t Académie des Sciences; sëanee du 36 oetobte 1868. Digitized by Google 312 MALADIE DES VERS A SOIE. Os résultats se traduisent graphiquement par la courbe ci-dessous, re- marquable par la façon brusque dont ell«' se relève a ses deux extrémités. Activité respiratoire de la graine île vers a soie à diverses époques. Ces nombres ne sont pas du reste absolus, ear, à une éjwique quelconque, la respiration est plus ou moins active suivant que la tem|>érature est plus ou moins élevée. Ils se rapportent à la graine conservée dans les conditions ordinaires. J'ai préféré l'étudier ainsi que de chercher à séparer l'influence do l'âge et celle de la lemj>éralure. On voit d'ailleurs que l'effet de celle-ci n'est pas prédominant, et que ce n'est pas elle seule qui commande le som- meil de la graine [Mandant l'hiver. La respiration très-active des premiers jours coïncide avec le phénomène bien connu du changement de couleur de la graine, qui passe peu à peu du jaune serin à la couleur lie de vin, couleur qu'elle conserve jusqu'aux jours qui précèdent l'éclosion. A ce moment la respiration s'accélère de nouveau, et très-brusquement. La vie est alors très-acti\c, et la graine perd, en quatre ou cinq jours, sous forme de vapeur d'eau, 6,5 pour 100 de son poids, ou à peu près autant qu'elle en a perdu en dix mois depuis sa ponte. Os résultats faisaient présumer que les effets de I asphyxie sur les graines ne devaient pas être les mômes aux diverses époques. Pour en suivre autant que possible la progression, j'enfermais i gramme de graine dans des fla- cons de 16 centimètres cubes, que je reprenais ensuite un à un à divers in- NOTES ET DOCUMENTS. .113 tcrvalles pour en analyser l'air. Tous les lots de graine ainsi étudiés ont été mis à l'éclosion. Quelques-uns ont été sacrifiés aussitôt après qu'on a eu compté le nombre de vers fournis par 1000 graines. Sur les autres, on a pris un certain nombre de vers que I on a élevés. J'ai d'abord vu, en opérant ainsi, qu'à foutes les époques la respira! ion de la graine avait assez de puissance pour aller chercher dans l'air les dernières traces d'oxygène, puis, qu'une fois tout l'oxygène disjiaru, la vie pouvait en- core se conlinuer pendant quelque temps. Seulement, ce temps était variable. Il était de douze heures au plus au moment de l'éclosion, de deux ou trois jours au moment de la ponle, de plus de six jours chez la graine âgée d'un mois, de vingt jours au mois de janvier. Je donnerai seulement les nombres qui se rapportent à ce dernier mois. Yera érlM Cotont Tempa du aejonr Acld» Oxygéné Somme anr »or en flacon carbonique. mon rralnea tooofrainea. 5 jours 0,0 i8,3 i8,3 888 800 10 » i,/,6 i5,îa 16,68 888 . i5 • 3,o i4,a3 17, ?3 861 750 3o » 7,91 6,47 14 ,38 888 790 p • 0,68 o,7'i i3,'p 750 670 5o » i3,79 0,0 13,79 71a • 55 • >3>07 0,0 15,07 io ° 4°9 65 i5,o3 0,0 if»,3 m «j2 Graine normale » » 875 8io On voit d'abord que l'acide carbonique produit n'est jamais égal à l'oxy- gène absorbé, et la disproportion devient d'autant plus grande que l'asphyxie dure plus longtemps. Puis, l'oxygène disparu, la vie ne cesse pas pour cela, et la graine continue à exhaler de l'acide carbonique. En n'envisageant que cette dernière partie du phénomène, on se trouve dans les conditions des ex- périences qui ont été faites sur divers animaux par Spallanzani et W. Ed- wards, et qui ont conduit ce dernier à admettre que l'acide carbonique est un produit d'exhalation. En tenant compte du phénomème tout entier, on rattache directement l'acide carbonique produit à la fin, à l'oxygène qui sem- blait avoir disparu avant, mais qui était en réalité combiné assez faiblement avec les tissus de la graine pour que celle-ci pût s'en servir pour sa respi- ration, lorsqu'il n'y en avait déjà plus de libre autour d'elle. Maintenant change-t-elle brusquement, à ce moment-là, de mode de respiration? N'est- il pas plus naturel d'admetlre qu'elle respire de la même manière à toutes les époques, non pas au moyen de l'oxygène libre, mais au moyen de celui qu'elle doit d'abord fixer sur tout ou partie de ses tissus, dont elle a toujours un fonds disponible, qu'elle renouvelle si elle en trouve le moyen, et dont l'entière disparition cause seule sa mort? C'est ainsi que, chez les ôtres su- Digitized by Google 31 4 MALADIE DKS VERS A SOIE. périeurs. l'oxygène nt' s*Tt qu'à la condition d être fixé sur les globules du sang. Seulement, chez la graine, l'absorption de l'oxygène se fait avec une telle puissance qu'on peut se servir de ces œufs, au lieu d'acide pv rogallique ou de phosphore, pour faire une analyse d'air, et qu'on trouve par ce pro- cédé, excellent en principe, mais un jieu grossier comme manipulation, des nombres qui dépassent toujours ao pour 100 d'oxygène. On voit, en passant, que s'il se dégage de l'azote |>endant la respiration, il s'en dégage peu. La respiration de la graine serait alors identique à celle des animaux su- périeurs avec une puissance d'absorption plus grande pour l'oxygène, et. par suite, une puissance plus grande à décomposer la combinaison instable d'oxy- gène formée. Ce qui confirme cette manière d'interpréter le phénomène, c'est l'absence complète d'un saut brusque dans les effets de l'asphyxie, correspondant au moment où tout l'oxygène a disparu. Ces effets, lents mais réguliers, sont de tuer un certain nombre de graines, ou du moins de les empêcher d'éclore. Jusqu'au moment de I éclosion, en effet, les graines sont restées très-belles d'aspect, et auraient été achetées avec confiance. Elles avaient pourtant en elles un défaut caché, et, si celles qui ont le moins souffert de l'asphyxie ont donné d'aussi beaux résultats que la graine normale, les dernières n'ont éclos qu'au Ce|>endant les vers qu'elles ont donnésélaient sains, et paraissaient, de môme que ceux des autres lots, n'avoir gardé aucun souvenir du traite- ment auquel ils avaient été soumis à l'état d'œufs. Ils ont donné 90 cocons pour 100 vers comptés à la première mue, la graine normale en ayant donné ériode d'activité normale. Encore, à ce moment, elle |>eut résister sans grand péril à de brusques variations de température, souv ent utilisées pour suspendre son éclosion, soit pendant un ou deux mois, soit seulement |>endant quelques jours. Seulement l'effet est d'autant plus marqué que la suspension a été plus longue, et que la graine était plus avancée. De la graine qui avait commencé à éclore en avril, et dont j'ai suspendu au moyen du froid l'éclosion pendant un mois Digitized by Google i NOTES ET DOCUMENTS. 315 et demi, a donné seulement 263 cocons par 1000 œufs. Une autre, dont j'ai suspendu pendant deux jours seulement l'éclosion, à donné. 810 cocons par 1000 œufs, la graine normale en ayant donné 820. L'identité est donc aussi parfaite que possible, et I on peut considérer cette dernière pratique commo tout à fait sans danger. DE L'INFLUENCE DU FROID DE L'HIVER SUR LE DEVELOPPEMENT DE L'EMBRYON DU VER A SOIE, ET SUR L'ÉCLOSION DE LA GRAINE ; PAR M. E. DUCLAUX. ( Kxtrait d'une lettre adressée à M. Pasteur) (i). Sachant, d'après mes cxj>éricnces de 18G8, que le froid de l'hiver est nécessaire pour la formation de l'embryon et la bonne éclosion de la graine, j'ai voulu reconnaître si cette condition est suffisante, et, par exemple, si en refroid issant artificiellement de la graine en août, on pourrait avoir des vers en novembre. Pour cela, j'ai partagé un lot de graine en deux portions, dont l'une a été conservée à la manière ordinaire, et l'autre placée pendant quarante jours dans une glacière ; puis, au 20 septembre, j'ai partagé cha- cune de ces deux portions en deux lots différents. Deux de ces lots, l'un ayant subi l'action du froid et l'autre non, ont été portés jhhi à peu à la température de ào degrés. J'ai le plaisir de vous annoncer que je viens de trouver en pleine éclosion le lot refroidi, tandis que dans l'autre il ne s'est formé aucun embryon; et, d'après mes expériences de l'année dernière, si je. continue à le chauffer, il ne s'en formera jamais. Les deux autres lots sont conservés comme à l'ordinaire et seront mis à éclore en mai, si le lot refroidi n'a pas, d'ici là, accompli son éclosion. Il résulte de ces observations que la jiériodc de formation de l'embryon, période qui précède l'éclosion, ne commence et ne poursuit son cours régu- lier qu'à la condition nécessaire et suflisante de succéder à une époque do froid et d'hibernation véritable. Une graine maintenue toute l'année à la tem- pérature de son éclosion, n eclôt pas, et périt sins que l'embryon s'y forme. Est-elle soumise au froid, mais d'une manière insuffisante, ou pendant un temps trop court, l'embryon s'y organise et réussit à vivre jusqu'au moment de l'éclosion. Mais alors il meurt d'autant plus d'embryons, et l'éclosion de 0) Extrait des Comptes rendus tic l'Académie des Sciences; séance du t 'j no- Tcrabrc 1869. Digitized by Google 316 MALADIE DES VERS A SOIE. ceux qui résislent est d'autant plus longue et plus irrégulière que l'hiberna- tion a été moins longue cl le froid moins accusé, La graine, pour bien éclore. a donc un besoin absolu du froid de l'hiver. Beaucoup d'insuccès dans l'éclo- sion sont dus à un hiver trop doux, ou a une mauvaise conservation des œufs. Enfin un résultat immédiat des faits qui précédent serait d'obtenir à vo- lonté des bivoltins, ou d'avoir, on profilant de 1 action du froid et de la cha- leur sur la graine, le moyen de se procurer des vers toute l'année, ce qui serait très-favorable à l'étude (iï. PROCÈDES D'ÉDUCATION AU JAPON (a). « Conserver la graine dans un lieu frais, sans humidité, sans mauvaises odeurs. Maintenir l'ensemble de la graine à une température uniforme. Ne hâter l'éclosion par aucun moyen factice. N'élever ensemble que les vers nés le même jour. » Ainsi, dès la naissance, l'auteur se montre préoccupé d'établir l'harmonie dans son éducation: il est à présumer que la même préoccupation doit pré- sider au grainage. « Que les vers soient chir-semés, dès leur naissance. Pour 20 a i j grammes de graine qui représentent à peu près le carton japo- nais, les vers, au moment où ils naissent, doivent occuper une siqwrficie de a mètres carrés; il faut ensuite les éclaircir nécessai rement, de manière à ce qu'ils se trouvent occuper : au premier sommeil, 5 mètres carrés ; au deuxième (1) F.n transmettant à l'Académie cette Note, M. Pasteur fait ohservcr que le fait principal signalé par M. Duclaux aura certainement, dans la suite, des conséquences pratiques importantes. Dès aujourd'hui, il parait nous donner la clef d'une pra- tique des Japonais, qui consiste à placer la graine, au conir de l'hiver, pendant quelque* jours dans de l'eau glacée . Il lait naître aussi l'espérance de pouvoir faire éclore en toute saison les graines de races dites annuelles, ce qui supprimerait une des plus grandes difficultés de l'élude des vers a soie. Peut-être M. Duclaux trou- vcra-t-il aussi dans la continuation île ses curieuses recherches, un moyen de for- tifier les jeunes vers, de façon à les mettre davantage à l'ahri des maladies acci- dentelles. (a) («es renseignements sont extraits du Bulletin de la Société impériale a" Accli- matation (n« de janvier 1868) (traduction d'un ouvrage japonais, par le D r iMou- ricr}. NOTES ET DOCUMENTS. Ml sommeil, 10 métros carrés: au troisième sommeil, w métros carrés ; an qua- trième sommeil. 4(> mètres carrés à la moulée. (m> moires et plus. Préférer la fouille au bourgeon, mémo pour le plus jeune âge. Jusqu'au deuxième sommeil, donner six repas dans les vingt-quatre heures : Du deuxième au troisième sommeil, cinq repus; Du troisième ;iu quatrième sommeil, quatre repas. Après le quatrième sommeil, donner en abondance la [tins belle feuille jus- qu'à la montée. Pendant les sommeils, faire huit ou neuf données de feuilles lue liées menu, tombant comme pluie. Aussitôt qu'on \ oit quelques vers é\ cillés, cesser eos données d'extra et séparer les vers on relard pour les favoriser, en leur prodi- guant la feuille, et rétablir la régularité qui tend toujours à disparaître. Donner invariablement un des repas entre la quatrième et la cinquième heure, l'heure la plus froide. Si l'air devient humide ou froid, allumer un fou clair de bois de sapin sans odeur, préserver les vers par îles écrans de l'action directe du feu, donner do l'air et do la fouille; si l'air devient chaud, aérer et donner de la feuille. L'aération doit être continue, convenablement ménagée, sans cou- rant d'air violent. Tout ce qui touche au ver doit être parfaitement net et sec: les personnes qui leur donnent des soins doivent se laver fréquemment les mains, bi u qu'elles ne touchent aux vers qu'avec, de légères baguettes. La feuille doit être cueillie sans pluie et sans rosée. Pour soigner les vers d'un carton de graines (-20 à ^5 grammes) avec per- fection, il faut quatre personnes; pour nourrir parfaitement ces vers, il faut vingt-cinq charges de cheval (feuilles et branches). » Au Japon, les feuilles sont détachées du bois à l'atelier avec des ciseaux. Cette quantité est évaluée d'une façon trop vague ; mais les expressions : « mûrier en abondance, ne jamais laisser les vers la bouche vide, donner de façon à ce que les vers restent en quelque sorte au milieu de la feuille fraîche, » s'entendent assez. RAPPORT SUR LES ÉTUDES SÉRIfJCOLES FAITES PAR UNE MISSION ITALIENNE DANS L INTÉRIEUR DU JAPON (1). Yokohama, I er juillet i8f>y. L'atrophie qui existe depuis quelques années déjà sur le ver à soie euro- péen a fait naître la crainte do voir se détruire cette source de richesse pour notre pays. Quoique l'introduction en Italie des cartons de vers à soie im- (1) Extrait de la Revue universelle de Sériciculture; septembre 1869. Digitized by Google 318 MALADIE DKS VERS A SOIE. portés du J;i|)on ait donné de bons résultais, le bruit avait rouru, depuis un certain temps, en Ilalie et en France, que le ver à soie japonais était aussi infect.'- de cette maladie. De là, crainte d'être obligés sous|>eu d'aller cbercher ailleurs, et peut-être avec moins de succès, la semence que depuis plusieurs années le Japon nous fournit en si grande quantité. Ces bruits répandus, soit à dessein, soil |>ar hasard, et auxquels on prétait facilement foi, empruntaient leur origine spécialement de ce fait que, tandis que plusieurs commerçants étaient venus d'Italie, de France et d'autres pays pour y faire achat de «irions originaires, aucun cependant d'entre eux n'avait encore pu pénétrer dans l'intérieur du Japon et ne se trouvait à même de constater de visu quel degré de bonté on pouvait attribuer à cette semence. La nécessité d'éclaircir cette assertion inspira au comte de la Tour, ministre d'Italie au Japon, l'idée d'entreprendre une expédition dans l'une des pro- vinces de l'Empire qui jouit de la meilleure renommée dans l'industrie séri- cicole, afin de suivre de près la méthode employée par les cultivateurs japo- nais pour l'éducation des vers à soie. Le comte de la Tour choisit comme 1 époque la plus opportune pour l'exé- cution de ce projet le commencement du mois de juin, moment où le ver à soie se présentant dans ses deux dernières périodes, celle de la montée à la bruyère et celle de sa transformation en papillon, aurait donné plus de faci- lités aux observations à faire. Interprétant le désir souvent manifesté par les graineurs de i>ouvoir visiter les provinces séricicoles du Ja|K>n, et considérant les motifs qui s'opposent pour eux à la réalisation d'un semblable désir, ils avaient voulu entreprendre à eux seuls un voyage dans l'intérieur du Japon : le comte de la Tour j^nsa faire une chose utile aux intérêts commerciaux de notre pays, et être en même temps agréable à ses compatriotes en associant à son entreprise quel- ques Italiens qui, par leurs connaissances spéciales en matière de culture des vers à soie et de sériciculture, fussent ;i même d'étudier avec soin la question et rendre ainsi plus profitable le but que cette expédition avait à atteindre. Le manque absolu des moyens de communication et l'incertitude de l'ac- cueil que la première expédition étrangère dans l'intérieur du Japon aurait rencontré auprès des populations exigeaient que le gouvernement ja|H>nais fût informé de ce voyage, afin qu'il pût prendre toutes les dispositions qu'il aurait jugé nécessaires pour rendre plus aisés le passage et le séjour de l'expé- dition italienne dans les difiérentes localités qu'elle se proposait de visiter. L'appui et les facilités de toutes sortes que la mission rencontra dans tout son parcours, par suite de la demande du comte de la Tour, prouvent le bon vou- loir et l'empressement montrés par le gouvernement pour prévenir tout ce «pie cette excursion pouvait avoir d«' dangereux et d'incommode. L'ex|>édition, composée du comte de la Tour, du baron (ialvagna, secrétaire de la Légation, de MM. Ernest Prato, Ferdinand Meazza, Ernest Piatti, Pierre Savio, et d'un interprète japonais accompagné d'une forte escorte donnée par Digitized by Google i NOTES ET DOCUMENTS. 319 le gouvernement local, |>artit de Yokohama le 8 juin; passant par Yedo, Warabi et Konossu, elle arriva le n à Menuma. Cette partie du pays, qui constitue le côté septentrional de la province de Musachiou, est une vaste plaine qui s'élève insensiblement à mesure qu'elle s'approche du nord. Ixt sol, d'une fertilité merveilleuse, arrosé de tous côtés par des rivières et des ruisseaux, se prête à toute espèce de culture. On voit le riz croître spécialement dans les environs de Warabi, l'orge et le froment dans les districts de Konossu et de Menuma, outre l'indigo, le colza et les fèves. La province de Musachiou est séparée de celle de Giochiou par le Tonen- gawa, fleuve principal de l'Ile de Nipon. Ce fleuve, qui a sa source dans les montagnes du Sinchiou, descend presque en ligne droite de l'ouest à l'est, et, après s'être considérablement accru dans son long cours des eaux qui coulent des hauteurs du Giochiou, se verse dans l'océan Pacifique. Ix 1 mûrier, très-cultivé déjà dans le Musachiou, n'acquiert une importance réellement de premier ordre que sur la rive gauche du Tonengawa. 1.0 Monts à fruit blanc n'existe pas au Japon, où l'on ne connaît que celui à fruit noir avec la feuille soit ronde, soit dentelée. On le trouve partout, le long fies sentiers, sur le bord des canaux, en masses touffues au milieu des champs cultivés. Il s'élève rarement au-dessus de 3 mètres; les Japonais le cultivent ordinairement en buisson, et ils en coupent les branches au ras de terre, recouvrant ensuite la souche et la fumant, soit avec des excréments humains, soit avec la fiente des vers à soie, le\ée du treillis et séchée au soleil. Le mémo engrais est employé pour les mûriers qu'on laisse pousser en arbres, et on le répand dans ce cas sur la terre qui entoure la base du tronc. La reproduction du mûrier ne s'obtient pas par semence mais par provins. Au printemps, on coupe au ras de terre une plante âgée de huit ans au moins; de la souche recouverte de terre poussent de nouveaux bourgeons. Ceux-ci, à l'automne suivant , sont coupés contre le tronc et servent à former de nou- velles plantes qu'on engraisse avec du fumier humain. Pendant l'automne et l'hiver, les Japonais tiennent leurs cartons dans des petits sacs de j>apier suspendus au plafond dans des chambres sèches et dans lesquelles il n'y a aucune odeur, et surtout on n'emploie pas de l'huile pour l'éclairage. Afin de les préserver encore plus de l'humidité, quelques culti\a- teurs mettent les cartons dans des boîtes faites en bois de Paulonia. C'est j«r l'influence seule de l'atmosphère qu'on obtient réclusion de la semence. Dans les saisons régulières, elle a lieu généralement du -io au 25 avril. Les graines d'un carton éclosent ordinairement dans l'espace de trois jours; mais cette opération se produit même en un seul jour pour les qualités siqyé- rieures. Dans le but d'obtenir une certaine égalité dans les vers à soie, ce n'est qu'au second jour qu'on donne à manger aux premiers éclos. Pendant les trois premiers âges, les vers sont élevés dans de petits paniers de bambou, dans une chambre aérée et réchauffée par un feu de bois. Pour les quatrième et cinquième Ages on les place sur des treillis dans des lieux Digitized by Google 320 MALADIE DES VERS A SOIE. bien aérés. Os treillis, également en bambou, ont i m ,8o de longueur sur i mètre de largeur. Ils sont recouverts d'une natte faite en jvaille de riz et superposés 1rs uns aux autres (ordinairement au nombre de dix) à la hauteur de uo centimètres. On donne d'abord la nourriture six fois dans les \ ingt-qualre heures, et on diminue d'aire en âge jusqu'à quatre et même trois fois. Jusqu'au quatrième âge. la nourriture donnée aux vers à soie se borne aux feuilles coupées assez minces; au dernier âge, ce sont les petites branches, en repas très-abondants. Pour couper la feuille, on se s^rl d'un large couteau de fer. Les Japonais ne craignent pas de nourrir les vers à soie avec des feuilles encore humides de la rosée, néanmoins ils préfèrent qu'elles soient sèches. On a vu, dans quel- ques localités, des cultivateurs qui arrosaient légèrement la feuille avec de l'eau lorsque la température était. lrès-éle\ée, ou bien avec de l'eau mélangée à du saké (cau-de-\ ie de riz), si le ver donnait des signes de faiblesse. Les vers à soie sont tenus assez espacés. Après la quatrième mue on n'en place en moyenne qu'un millier par treilli-. La litière est ôtée chaque jour. On fait passer les vers à soie sur la feuille fraîche à travers des filets étendus sur le panier ou le treillis. Ces filets ont des mailles plus ou moins larges, selon l'âge pour lequel ils doivent être em- ployés. Entre la natte en paille et le ver, les Japonais étendent ordinairement une légère couche de gousses de riz, afin de préserver les animaux de l'humi- dité. La bruyère pour la confection des cocons est faite le plus souvent avec de la paille de riz mélangée avec, des branches de colza après semence, de diffé- rentes formes, et d une hauteur qui ne dépasse pas 3o centimètres. Les cocons, recueillis de six à huit jours après la montée des vers à soie à la bruyère, s'ils sont destinés à la filature, sont exposés au soleil, alin d'en étouffer les chrysalides; s'il n'y a pas de soleil, après les avoir enfermés dans de petites boîtes en papier, on les sufloque avec la chaleur produite par la braise de charbon de bois. Les cocons destinés à la reproduction sont dépouillés de leur bourre et rangés avec ordre sur les treillis l'un à côté de l'autre ; on les recouvre de feuilles de papier troué alin de séparer h' papillon du cocon. La sortie des papillons a lieu, d'habitude, de quinze à vingt jours après la montée à la bruyère. Les papillons placés sur d'autres feuilles de papier sont accouplés pendant six heures. Alors on jette les mâles et on secoue les feuilles sur lesquelles sont restées les femelles, afin de provoquer chez elles la sécré- tion des humeurs. Les papillons sont enfin transportés dans une chambre obscure, sur des cartons disposés horizontalement l'un à côté de l'autre, dans un carré entouré d'un cadre de bois laqué. On les y laisse de douze à seize heures. Sur chaque carton on dépose cent à cent cinquante papillons ; le nombre dépend de leur vigueur. 11 a été dit plus haut que les cocons destinés à la filature sont exposés au Digitized by Google NOTES ET DOCUMENTS. 32! soleil ou au feu de charbon, afin de suffoquer les chrysalides. Il n'y a pas de grandes filatures au Japon. Chaque cultivateur fait filer par les femmes de sa maison le produit de son éducation. S'il n'a pas d'ouvrières chez lui, il vend les cocons Ainsi que pour la filature, la culture des vers à soie au Japon n'est j>as faite sur de larges proportions. La plus importante qui ait été vue était de seize cartons. Les Japonais portent une attention toute spéciale aux conditions locales des magnaneries. Toutes celles qui ont été visitées dans les principaux centres de culture de la province de Giochiou, à Sig-naï, à Nakassé, Iralska, Chima- moura et Maibachi, tant auprès des cultivateurs aisés qu'auprès des simples colons, se distinguaient par la salubrité et la ventilation des locaux, jointes à la propreté la plus scrupuleuse. Partout on a trouvé les vers à soie vigoureux, sains et sans le moindre indice de pébrinc. La récolte des cocons se présentait très-abondante. A Chimamoura, dans la magnanerie de M. Yahé, qui est un des plus grands et des plus renommés cul- tivateurs du Giochiou, on a observé que sur seize cartons qu'il avait fait éclore, la mortalité n'atteignait pas la proportion de i sur 1000. L'expédition italienne, après avoir séjourné quoique temps dans les centres séricicoles du Giochiou, poursuivit sa marche vers Ikawo, Takasaki et Oniiclu. De là, elle traversa la partie montueuse du Musachiou. et rentra le 28 juin à Yokohama, en passant |>ar Omija et Achiougi. I^s études auxquelles la Mission s'est livrée sur la culture des vers à soie dans les différentes localités qu'elle a visitées, et les observations minutieuses qu'elle a été à même de faire sur l'état sanitaire de ces petits animaux, ont donné les plus heureux résultats. Elle a pu constater que, non-seulement il n'existe aucun cas de jwbrinc dans les vers à soie, mais que cette maladie est même entièrement inconnue aux Japonais. Cette constatation est de nature à donner un démenti formel à l'opinion répandue en Europe sur l'infection de la graine du Japon, et servira à calmer les appréhensions de nos cultivateurs et à leur inspirer. |>our l'avenir, pleine confiance dans la qualité des cartons originaires de ce pays. ■ Avant de clore ce Rapport, la Mission tient à ajouter qu'elle a voulu aussi se rendre compte des motifs qui occasionnent des prix de revient très-élevés dans les cartons, ces prix n'étant pas en rapport avec les récoltes abondantes qui se font au Japon, ni avec le nombre considérable de cocons qui sont des- tinés au grainage. La Mission croit devoir attribuer la cause de ce fait aux pertes qu'apporte, à la reproduction de la semence, la présence d'un insecte parasite, appelé ottgi en japonais (mrstrrr). Ce petit animal, qui est déjà connu ici depuis longtemps, existe à l'état d'embryon dans le ver à soie avant sa montée en bruyère; il prend vitalité dans la chrysalide et sort du cocon après avoir causé la mort de la chrysalide même. Les dommages occasionnés par ce parasite varient selon les années et les :\H MALADIE DES VERS A SOIE. conditions atmosphériques, (Jo 20 jusqu'à 80 pour 100. Cette pro|x>rtion est basée uniquement sur les cocons destinas au grainago ; pour ceux qui vont à la filature, l'étouflement de la chrysalide a lieu avant que Yongi sorte du cocon. Signé : de la Tour. F. Gaiaauxa, Ernesto Prato, Ferd. Mf.azza. Ernesto Piatti , Pietro Sa vio. NOTE AU SUJET D'UNE RÉCLAMATION DE PRIORITÉ EN FAVEUR DE M. GAETAN CANTONI. On trouve dans la troisième Partie de ces Documents les diverses Notes que j'ai publiées de 1 865 à 1869. Chacune de mes Communications donna lieu à des controverses plus ou moins vives. En ces matières, comme pour les expériences agricoles en général, il n'est pas possible de vérifier l'exactitude des résultats annoncés par un auteur au moment où ils sont con- nus. Ces lenteurs obligées, jointes aux contradictions des personnes que l'ignorance ou l'intérêt excitaient à nier la vérité ou l'utilité de mes recher- ches, retardèrent l'adoption de mon système. Ijes journaux séricicoles no- tamment firent une grande opposition; mais la vérité triompha peu à peu de tous les obstacles, car le nombre des personnes qui jugent froidement un procédé industriel est bien autrement grand que celui des opposants de parti pris, quoique ces derniers aient plus d'activité et d'audace. A la fin de l'année 1868 et au commencement de l'année 1869, j'eus la satisfaction de constater un mouvement très-marqué en faveur de mes études. Beaucoup de personnes avaient mis en pratique mon procédé de grainage et en proclamaient la va- leur incontestable. C'est alors que je vis s*» manifester, dans les articles de mes adversaires, comme il arrive d'ordinaire dans les questions de cette na- ture, certaines velléités de m'enlever la priorité de mes observations. Après avoir soutenu que mon procédé de grainage était défectueux , on essaya de prétendre qu'il ne m'appartenait pas en propre. Les explications suivantes firent justice des prétentions auxquelles je fais allusion (1). Dans une Notice ayant pour objet de faire connaître un moyen de distin- guer la bonne graine de la mauvaise, Notice publiée en 1869, M. Cornalia s'exprime ainsi : « M. Chavanne (de Lausanne) propose les éducations sur les mûriers en (1) Celte fortification a paru éta son expérience, en 18G4, sur ijs5 couples. Celle fois, son éducation échoua complètement. Il ajoute, toujours dans la Note (pie je v iens de rappeler, qu'il en fut découragé et qu'il ju«ea inutile de poursuivre ses essais. Voilà tout ce qu'a fait M. Cantoni, et les opinions que lui et M. Cornaha ont émises avant moi dans la direction d'études dont il s'apil. En résumé, M. Cornalia, parta«eant une erreur introduite dans la science par le naturaliste Filippi. de Turin, déclare qu'il n'est pas possible de pro- poser l'examen du papillon pour que l'on puisse se prononcer sur la «raine, parce que les corpuscules se voient chez les papillons avancés en âpe et tout à fait sains d'ailleurs, et qu'en conséquence de «raves erreurs pour- raient résulter de cet examen. Quant à M. Cantoni, il a apporté dans ce sujet les résultats d'expériences très -incomplètes et mal conduites, plus propres à jeter la défaveur sur ce qu'il pouvait y avoir de fondé dans l'opinion de M. Cornalia, qu'à encourager ceux qui auraient l'idée d'en vérifier l'exactitude. Loin de rien enlever au mérite de mes recherches, ces observations ne font qu'ajouter à leur nouveauté, et il est fort heureux qu'au début de mes études, en 1 865, je les aie i«norées, car j'aurais pu me confier à leurs résul- tats et abandonner la voie où je m'étais engagé, qui devait me conduire sûre- ment à la découverte d'un procédé pratique de confection de la bonne «raine en supprimant la préparation de la mauvaise. L'auteur d'une application Digitized by Google MALADIE DES VERS A SOIE. nouvelle' est celui qui en démontro l'efficacité et qui en établit les principes sur des bases expérimentales rigoureuses. Ma méthode est bien à moi ; je la revendique comme ma propriété exclusive. Elle repose sur des observations entièrement neuves. Il ne suffisait |»as do démontrer que la graine issue de papillons privés de corpuscules était une graine exempte de la maladie ré- gnante, démonstration que personne n'a donnée avant moi ; il fallait établir l s propositions suivantes, qui sont le principal fondement de la méthode et la preuve de son caractère éminemment pratique : i° II existe jiiirtout des chambrées dont la totalité ou la très-grande ma- jorité des chrysalides et des papillons sont privés de corpuscules; 2° On peut les multiplier à volonté; 3° Une graine issue de telles chambrées ne peut pas j>érir à l'état de vers par la maladie des corpuscules , bien que cette maladie soit contagieuse au plus haut degré. EXTRAIT DU JOURN.1L OFFICIEL DE V EMPIRE FRASÇJ1S DU 23 JANVIER 1870. I>e Gouvernement français vient de recevoir l'avis qu'il a été soumis à la formalité du timbrage, au consulat général de France, à Yokohama, pendant la i" quinzaine de septembre. 67060 — j° quinzaine de septembre. 1 59 «> 1 3 — soit, du i rr août au 1" octobre, un total de 288^01 cartons, dont aia3i5 appartenant à qualre-vingl -trois négociants français, 60978 appartenant à huit négociants prussiens, et les autres à une douzaine de sériciculteurs grecs, suisses, italiens, américains, hollandais et autrichiens. Le nombre des cartons timbrés, du 1" au ?/> octobre dernier, est évalué à plus de v.ooooo; ce qui porte au jl5 octobre, pour toute la durée de la cam- pagne séricicole, le total de carions timbrés à {88 3oi. On peut prévoir que le chiffre, pour l'année entière, dé|>assera 5ooooo. Il a été de 900000 en 18G8. On attribue celte diminution aux plus grandes exigences des vendeurs ja]>onais, aux |>ertes éprouvées par quelques négociants durant la dernière campagne, au malaise général causé au Japon jwir l'altération des monnaies, enfin à la diminution notable de la production des graines due à la présence du ver parasite, Vout/ji, qui fait des ravages considérables dans les récoltes séricicoles. 9397 cartons de graines de vers à soie, 5ao3i — FIN. Digitized by Google TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND. Pire» AVANT-PROrOS V PREMIÈRE PARTIE. RAPPORTS OFFICIELS ET DISCl SSIOXS Al' SÉNAT ET AU CORPS LEGISLATIF RELATIV EMEN I A LA MALADIE DES VERS A, SOIE. Ra|>|>ort au Sénat, par M. Dumas i Rapport il l'Empereur, par M. Héhic 17 Corps Législatif. Séance du 17 mai 18(17 M Rapport au Sénat, par M. le comte de Casablanca . 37 Sénat. Avril 1869 ' \\ Enquête agricole de 1867 ">o DEUXIÈME PARTIE. RAPPORTS ET PUBLICATIONS DIVERSES CONFIRMANT I.'kH ICACITE DE MON PROCEDE DE CONFECTION DE LA GRAINE DE VERS A SOIE. Préambule 07 Extrait du Veisagrr agricole r/u Miili. Rapport de M. Rendu 5S Sur l'emploi du microscope pour la fabrication de la graine de vers à soie . <>$ Extraits du journal le I ar «Jq Production de graines de vers a soie exemptes de germes corpusculeux, par M. Henri Mares 7a Rapport de la Commission de sériciculture du département des Pyrenees- Orientales, à Al. Pasteur 77 Rapport adressé à M. Pasteur, par M. de bachadenèdc, président du Comice agricole d'Alais Kt Rapport de M. Ducrot S(i Extrait d'une lettre de M. le Maréchal Vaillant 90 Rapport au Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, par M. Rendu ' la sélection rcllulairc dans la préparation de l;i graine île vers : i soie Ij£ Lettre de M. le Maréchal Vaillant à M. Pasteur çjo. Rapport sur les recherches de M. Pasteur, par M. Robinet ma l-ettre adressée à M. Dumas, par M. Pasteur ISÙ Lettre de M. Cornalia à M. Pasteur Lûfi Réponse de M. Pasteur à la lettre précédente i i > Extrait d'un Rapport présenté par M. Jeanjean à la Commission départe- mentale de sériciculture du Gard 1 1 H Lettre adressée au .Ministre de l'Agi irulture, du Commerce et des Travail* publics, par M. Guis<|iict L22 Kxlrait d u Moniteur t/rs Soin. Lettre de M. de Larhadenéde I » î Kitrait delà Revue de Sèricii ulture. Lettre de M. Ducrot I 26 Sur la sériciculture en Corse, par M. Maillot 1 >8 l,e procédé Pasteur, par M. de Chnvaiincs 1 3o Les éducations de vci-s a soie dans les Cevenncs, par M. Jeanjean 1 31 Conseil général du dard. Rapport sur la sériciculture LIS Projet de confection de graine indigène dans le pays de Trente . . I^O Résultats de diverses éducations provenant de grainages laits suivant le pro- cédé Pasteur, par M. Sirand 1 |i Rapport sur les expériences faites à la magnanerie expérimentale de Ganses, par M. le comte de Rode/. Lettre de M. Cernez sur les éducations pour graine dans les Rasses et Hautes- Alpes 1 1 TROISIÈME PARTIE. MHS < OMMFMI! M IONn A I. Al. \Ht.MIF. HF.S SUF.M F.S F.T A DIVERS RF.CI F U S. rapports ,\r mimstri: df. l'acrililtire. Préambule LÏi Observations sur la maladie des vers à soie; 3."> septembre iflti.j . . 1 .V"» Nouvelles études sur la maladie des vers a soie; a3 juillet i8>>6 1 (il Nouvelles études expérimentales sur la maladie des vers à soie; it\ novembre iKfiG 1 7.» Nouvelle Note sur la maladie des vers à soie; 11 janvier 1867 . i_Hj Instruction pratique pour produire île bonnes rçraines de vers à soie 1 1> 1 Lettre de M. L. Pasteur à M. H. Marès; i rr mars 186- t<)8 Lettre de M. !.. Pasteur à M. Dumas; 3o avril 186- in Rapport à S. Esc. le Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics ; 2J juillet 1H07 m4 lettre de M. L. Pasteur à M. Dumas; 10 mars 1868 a s S Lettre de M. L. Pasteur à M. Dumas; 10 avril 18G8 lli Lettre de M. L. Pasteur à .M. Dumas; i5 avril 18G8 i\o xJ by Google TABLE DES MATIERES. 327 P«KC ». Note sur la maladie des vers a soie designés vulgairement sous le nom de morts-blancs ou morts-flats. Lettre à M. Du mus; ji) juin 1868 j|3 Rapport à S. Esc, le Ministre de rA(;rirnlture; 5 août 1868 3^7 Moyen de reconnaître le plus ou moins do vigueur de divers lots de graines; 16 octobre 1868 i*l lettre de M. Pasteur à M. Dumas. Résultats des observations faites sur la ma - ladic des rnorts-llats, soit héréditaire, soit accidentelle. a83 Note sur la confection de la graine de vers à soie et sur le grainagc indigène, à l'occasion d'un Rapport de la Commission des soies de Lyon ; \ octobre 1869 388 QUATRIÈME PARTIE. SOTfcl DIVERSES. Entrait» du Bulletin des procès-verbaux du Comice agricole du l'igau 3()3 Sur l'atrophie du ver à soie, par Tigri 200 Histoire naturelle des Daphnies, par Leydig .'toi Le parasite, du ver à soie dans sa nouvelle maladie, par l.oydig 3 3io Extrait de la Rivista settimanale di Dac/iico/tura, de Milan, du 1 er février 1 86g 3 1 o Sur la respiration et l'asphyxie des graines de vers a soie, par M. E. Duclaux. 3i 1 De l'influence du froid de l'hiver sur le développement do l'embryon du ver à soie, et sur l'éclosion de la graine, par M. E. Duclaux 3l5 Procédés d'éducation au Japon 3ifi Rapport sur les études séricicoles faites par une mission italienne dans l'in- térieur du Japon 3 1 7 Note au sujet d'uni» réclamation de priorité en faveur de M. Gaétan Cantoni. 3ai Extrait du Journal officiel de l'Empire français du «3 janvier 1H-0 Jjjj FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. s f-\rf Qll ^ Digitized by Google m M- 4 mi laXÏK! D H «3a LI le