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H
( 353 )
D’apr ès Ki rwann, la température de la mer aux environs
de l’équateur s’élèverait à 2 20 R = 270, 5 centigrades et
vers 26° lat. N. à 170 R = 21°, 28 centigrades. Nous ve¬
nons d’inscrire température 270 par \6' lat. N.; tempé¬
rature 26° 8/ par 4°oo' lat. S., et température 2.5° par
25° 58' lat. N. Ces nombres diffèrent de ceux indiqués par
le chimiste anglais.
Sous les tropiques, et suivant six observations circon¬
scrites entre 23° 22' lat. N. et 3°o5'lat. N., la température
moyenne de la mer est de 26°, 2 (maximum 270, minimum
25°, 4): entre o°i6' lat. S. et 23°4,9/ ^at* S., la moyenne
de y observations serait de 24° i5 (maximum 25°, 8,
minimum 2 1° 4).
Ainsi la chaleur est fort inégalement répartie dans les
eaux de la zone torride *, la zone du tropique du Cancer est la
plus chaude et la température suit une marche croissante
des tropiques vers l’équateur; cependant à o°i61at. S. la
température de beau ne dépasse pas 25°, o5.
Il eût été fort intéressant de faire quelques sondages à de
grandes profondeurs et d observer l’abaissement de tempé¬
rature. On sait que des eaux marquant- 270 à la surface,
n’accusaient que 3°2 à 1 i3o brasses. (M. du Petit- bbouais,
Voyage de la Vénus.)
La densité moyenne des eaux de l’hémisphère septen¬
trional, représentée par 1,02880 (A. Marcel), 1,02660
(J. Davy) et 1,02820 (Gay-Lussac), serait pour nous, et
d’après 20 observations, 1,027772. On remarquera que,
sous 3i°3o/lat. N. et 5^° 4o' long. O, la densité de l’eau
s’est subitement abaissée à 1,02295, lorsqu’elle se mainte¬
nait encore à 1,02882, sous 3i024; lat. N. et 67° 3o long.
O. , à 1 ,02800 sous 34°o6/ lat. N. 58° 5 6' long. O, et, dans le
courant du golfe à 1,02772 et 1,02800. Faut-il rapporter
la faible salure de la zone parcourue par II sis le 1 1 février
à la fonte des glaces polaires, entraînées vers ces parages? La
température eût pu nous venir en aide pour l’explication
Ann. de Chim, et de Vhys., 3e scrifl, T. LXIV. (Mors rS(v2.) 23
' ( 354 )
de ce phénomène de la mer (i), on eût ainsi ajouté aux avan¬
tages incontestables des observations thermométriques diri¬
gées selon les préceptes de Jonathan Williams, Franklin,
de Humboldt et J. Davy.
Un fait remarquable s’est doneproduit, mais* comment l’ex¬
pliquer? Ces eaux, entraînées du nord vers l’équateur et par¬
venues près du 4 7e degré lat. N., ont-elles été d’abord refoulées
par le courant du golfe, et se sont-elles répandues ensuite,
par une sorte de précipitation, sous des couches plus char¬
gées, il est vrai, de matières salines, mais devenues moins
denses en raison de leur température élevée? Ce courant
sous-marin, vu son impulsion (2) et vu le peu de conduc¬
tibilité de l’eau pour la chaleur, se serait ainsi avancé sous
le Gulf-Stream sans s’y mêler. Mais, par 3i°3o/ lat. PC,
5y°4o/Jong. O. le courant du golfe ne se faisant plus sentir,
le liquide le moins dense aurait occupé la surface de la mer,
franchissant peut-être sur ce point les accores d’un bas-fond.
Marcet et J. Davy ont évalué à 1,02777 et 1 >02690 U
pesanteur spécifique des mers intertropicales; 1,02816,
moyenne de nos 3i observations, aurait pour extrêmes
i,o3o3o (3) et 1,02688 (4); j’ajouterai que la rié'hesse en
matière saline s’accroît sensiblement de l’équateur vers les
tropiques; ces derniers résultats s’accordent avec ceux déjà
obtenus par Bladli et Ingenhouz. Enfin 46 observations
feraient admettre comme l’expression de la densité moyenne
des mers australes 1,02664, nombre assez distant de
1,02920 (A. Marcet), 1,0238 (J. Davy), et 1,0291 (Gay-
Lussac).
J’ai présenté scrupuleusement le poids de la matière
(1) J’ai consigné cette température d’après une note additionnelle du
10 juillet.
(2) La vitesse du courant polaire, vers son origine, serait, d’après le ca¬
pitaine Parry, de 3 à 4 milles par heure.
(3) 23° rsa’ lat. N.; 39° 11' long. O. Température de l’eau 25° 4.
(4) 2i° 22' lat. S.; 970 0 1' long. O.
( 355 )
saline, après dessiccation. Quelques chiffres seront com¬
mentés, je ne puis en douter 5 il est fort difficile cependant
de discerner la cause de ces anomalies; et que pourrai-je
opposer à cette critique? L action 'mutuelle des solutions
salines concentrées? l’action de la chaleur sur les sels, sur
des matières organiques, des composés ammoniacaux? Mais
je dois déclarer que les eaux soumises à mon examen ne
contenaient point de sels ammoniacaux (1).
La solution d’hématine sert à déceler dans l’eau de la mer
des caractères d’alcalinité. La coloration rouge-violacé de’
cette solution 11e devant être rapportée ni au sulfate de
chaux (2) , ni au chlorure de calcium, le phosphate et le carbo¬
nate de chaux arrêteront seuls mon attention. Selon quelques
chimistes, la solution d’hématine se colore toutes les fois que
cette liqueur est répandue dans une eau contenant du car¬
bonate de chaux dissous à la faveur d’un excès d’acide car¬
bonique. Cette remarque ne peut être posée en principe,
puisque le carbonate de chaux (CaO, CO1 2) (3) se dissout
dans l’eau distillée et en proportion suffisante pour donner
les réactions, soit par l’oxalate d’ammoniaque, soit par la
solution d’hématine; si la solubilité du carbonate de chaux
s’accroît dans une eau chargée d’acide carbonique, il faut
(1) Il y a quelques an nees, lorsque j’eius à m’occuper de Faction de Peau de
mer sur le doublage en cuivre des navires, je signalai dans Peau du port de
Brest la présence de composés ammoniacaux, provenant vraisemblablement
de la décomposition des matières organiques ; j’ai suivi dans ces analyses la
méthode de M. Wackenroder. Ce fait me permit de reconnaître trois cau¬
ses de destruction des doublages et par suite la constitution des combinai¬
sons suivantes : i° carbonate vert et bleu; 20 chlorure ou oxychlorure;
3° chlorure ammoniacal bleuissant dans la partie submergée et prenant la
coloration verte par la dissociation de l’élément ammoniacal au contact de
l’air.
(2) L’eau contenant du sulfate de chaux peut prendre une teinte bleue
très-pâle, dilïicilement appréciable.
(3) Le phosphate de chaux (CaO)2 *, HO, PhO5, 3 HO, comme le carbonate
de la même base, se dissout en plus forte proportion dans une eau chargée
d’acide carbonique.
( 356 )
aussi noter que la coloration par l’hématine ne se manifes¬
tera plus dans des liqueurs acides, et qu’une eau contenant
du carbonate de cliaux avec excès d’acide carbonique^ addi¬
tionnée d’hématine, ne secolorera en rouge violacé qu’après
ébullition, c’est-à-dire après dégagement de l’acide carbo¬
nique en excès.
J, Davy n’admet pas la présence du carbonate de cliaux
dans les eaux de l’Océan à une grande distance des côtes.
M. Forchammer, moins exclusif, reconnaît que la propor¬
tion de chaux diminue lorsqu’on se tient au large. J’exprime
le regret de ne point partager leur opinion*
On en jugera par cet aperçu.
DATES.
LATITUDE.
LONGITUDE.
CHAUX POUR 100.
Près d<
îs côtes.
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i5 septembre. . . .
50.35 S.
73. a3 0.
o,o38o
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55.54 S.
66.55 0.
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W
1 7 . .
55.5a S.
62.00 0.
0,0 456
20 février . . . .
48.29 N.
i3. 08 0.
o,o/|8a
Moy. . . 0 ,o44°2
Loin des côtes . '
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43.12 S.
1 35 i3 O.
0,0.468
4 . .
49.17 S.
.3o.i9 0.
0,0494
5 .
5o .22 S
124.28 0.
o,o5o5
| 3o . .
01.17 S.
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•
0 ,o53a
L
Moy... 0,0/1997
Lorsque la température des eaux s’élève, la proportion
de chaux ou de sel de chaux devrait s’abaisser, puisque le
( 357 )
sulfate (i), le phosphate et le carbonate sont plus solubles à
froid qu’à chaud. L’examen des eaux de V I sis ne confirme
pas ces conjectures, ce raisonnement ne s’appliquant qu’à
un cas particulier, l’eau puisée sous o° i6' lut. S., 3s4°55/
long. O. Température 25°o5 (chaux 0,0281 pour 100)5
je citerai quelques exemples.
DATES .
LATITUDE.
LONGITUDE
TEMPÉRATURE .
CHAUX POUR 100.
12 septembre.
0 /
56.43 S.
0 r
96.29 0.
O
4,5
0,0467 | Température moyenne,’
i3 .
56.44 S.
86.38 0.
5 ,0
0,0444 ) 4°>95-
i5 .
56.35 S.
73.23 0.
5,8
o,o38o )Chaux, proport, moyenne,
<7 .
56.52 S.
62.00 0.
’ 4,5
o,o456 ) 0,04367.
8 octobre. . . .
4.00 S.
32.09 0.
25,8
o,o5o5 ) Température moyenne,
10 . . .
3.o5 N
32. 5q 0.
27,0
0,0481 ) 26°, 27.
M .
12.44 N*
35.19 0.
26,8
o,o5o5 | Chaux, proport, moyenne,
i5 .
16. o5 N
1 éj*
O
25,5
o,ô543 1 o,o5o85.
Nous ajouterons à ces réflexions l’indication sommaire de
la distribution des principaux éléments salins dans quelques
parages qui peuvent appartenir aux courants de l’océan
Atlantique et de l’océan Pacifique. Courant septentrional.
— Courant équinoxial. — Courant méridional. — Courant
du Chili et du Pérou.
(1) Le sel calcaire est plus soluble dans Peau salée que dans l’eau distil¬
lée (M. Anthon.*''
( 358 )
OCÉAN ATLANTIQUE.
DATES .
LATITUDE.
LONGITUDE.
CHLORE
dans
100 parties d’eau
(1).
CHAUX
(!>•
14 février.
15 . .
16 .
*7 .
18 .
Courant septentrional (Gulf-Stream).
Courant équinoxial.
Courant méridional.
24 septembre
2.5 . . .
26 . . ....
27..... .....
28 .
29 .
Près du cap Horn.
16 septembre. . .
1 7 .
55.54 s.
55.52 S.
66.55 O.
62.00 O.
n
n
0,0443
0,0456
(1) Les précipités lavés ont été desséchés dans l’étuve à eau bouillante.
(2) Branche du courant ou courant du Brésil
0 ,
37.11 N .
0 r
54.35 0.
2,02.5
o,o5i6
39.34 N.
5o.38 0.
» ,955 '
o,o456
o,o456
41.20 N .
45.32 0.
1,980
43.i8 M .
4 1 . 3o O .
1 ,97°
0 , 04 3o
44.4t N.
37.02 O.
1 , 960
0,0804
7 octobre (2) .
8.07 S.
3 1 . 4 i 0 .
2,oo5
o,o5i6
8 . .
4.00 S.
32.09 0.
1 , 980
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9 . .
0.16 s.
32.55 0.
1 ,985
0 ,0281
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4.16 N.
53.42 0.
1 >971 2
0,0494
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0,0498
37.52 S.
35.3g 0.
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0,0456
36-47 S.
33.36 0.
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35.42 S.
3o.2i 0.
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i;845
0,044 4
O/I7OO
, \
(1) Un peu à l'O. du courant
Quant aux mouvements déterminés par les modifications
dans la densité et la température des eaux, j’abandonne aux
navigateurs érudits le soin d’en fixer l’étendue et l’intensité.
Les marins habiles qui poursuivent aujourd’hui cette
question féconde d’application, parviendront à résoudre les
difficultés d’une science nouvelle, et diront bientôt avec un
écrivain distingué que l’Océan n’est point un désert, mais
une plaine immense sillonnée par des routes dont Dieu lui-
même a tracé le réseau.
( 36o )
Sur les produits d’oxydation du toluène;
par M. ü. Fittig- (i).
On a introduit du toluène -G7 H8, extrait des huiles de
houille légères, et bouillant de 108 à 1 13°, dans un ballon
mis en communication avec F extrémité inférieure d’un ré¬
frigérant de Liebig, et on Fa chauffé avec de Facide azo¬
tique du commerce, étendu de i parties d’eau. L’ébulli¬
tion a été continuée tant qu’il s’est dégagé des vapeurs
rouges, et ce dégagement a duré pendant plusieurs jours. Au
bout de ce temps, on a distillé l’huile qui surnageait le
liquide acide jusqu’à ce que le quart de celui-ci eût passé,
et on a obtenu par le refroidissement du résidu une masse
cristalline solide, qui a été séparée par le filtre, lavée avec
une petite quantité d’eau froide et séchée.
Cette masse est un mélange de plusieurs acides, inéga¬
lement solubles dans l’eau. On Fa épuisée par de petites
quantités d’eau bouillante. Il est resté un résidu qu’on a
mis de côté. Les solutions ont laissé déposer par le refroi¬
dissement un acide solide volatil, qui a été purifié par dis¬
tillation. Le produit distillé a été traité par l’eau et saturé,
à la température de l’ébullition, par du marbre en poudre.
Parle refroidissement, on a obtenu des aiguilles faiblement
(i) Annalen der Chcmie und Pharmacie , t. CXX, p. 214 (nouvelle série,
i. XLIV ); novembre 186: .
( 36i )
colorées eu jaune. C’est un sel de chaux de la composition
OHs CaO3. Ce sel a été purifié par de nombreuses cristal¬
lisations dans l’eau bouillante. Il a fini par former des
aiguilles incolores. L’acide qui a été séparé des diverses
portions de ce sel a offert un point de fusion constant,
et la composition O7 H6 O3.
Cet acide a été nommé oxytolique. 11 se dissout peu
dans l’eau froide, plus facilement dans l’eau bouillante et
dans l’alcool. Il se dépose en petites aiguilles incolores et
brillantes de la solution aqueuse chaude. 11 fond à i8o° et
se solidifie à 1770. Déjà avant de fondre il se sublime 5 à
une température plus élevée il distille sans altération.
Il forme avec la potasse un sel soluble, cristallisable en
petites aiguilles brillantes. Ce sel est anhydre.
Le sel de chaux cristallise en petites aiguilles, qui ren¬
ferment Ci7 Hs Ca G3 -4- 1 \ H2 CL Le sel de baryte forme
des aiguilles anhydres. Le sel d’argent -G7 H 3 Ag O8 con¬
stitue un précipité blanc volumineux, qu’on obtient par
double décomposition.
L'acide oxytolique est donc monobasique. Chose digne
d’intérêt, il est isomérique avec les acides salicylique et
oxybenzoïque (1). Il offre quelque ressemblance avec
l’acide ampélique que Laurent a obtenu en traitant par
l’acide nitrique l’huile de schiste et la partie de l’huile
de houille distillant entre i3o et i4o°. L’acide oxytolique
se distingue d’ailleurs de ses isomères, entre autres par ce
caractère qu’il 11e donne pas d’acide phéniquepar la distil¬
lation de son sel de chaux avec un excès de chaux.
En concentrant les eaux mères d’où l’oxy tolate de chaux
s’était déposé, on a obtenu un autre sel de chaux, lequel,
après un grand nombre de cristallisations, a offert la com¬
position G7 H5 CaO2 -b i j H2 O. C’est la formule du ben-
zoate de chaux. L’acide qui a été séparé de ce sel possédait
(1) Gerland, Annales de Chimie et de Physique, je série, l. XLÏI , [>.
( 362 )
cil effet le point de fusion de l’acide benzoïque (1200) et,
après avoir été purifié convenablement, la forme cris¬
talline et la composition de cet acide.
Sur la réaction de l’iodure de phosphore sur la glycérine;
par M. F. Heilstein (i).
Préparation de V acide gîycérique . — Le produit de la
réaction de l acide nitrique sur la glycérine est évaporé
au bain-marie dans une capsule plate*, le résidu est repris
par une grande quantité d’eau et saturé par le carbonate
de plomb ou par l’oxyde de plomb. La liqueur portée à
l’ébullition et filtrée laisse déposer, par la concentration et
le refroidissement, du glycérate de plomb qu’on purifie par
plusieurs cristallisations. Ce sel, décomposé par l’hydrogène
sulfuré., fournit de l’acide gîycérique presque incolore.
diction de Vio dure de phosphore sur V acide gîycérique .
Lorsqu’on ajoute de l’iodure de phosphore à de l’acide
gîycérique étendu d'une petite quantité d’eau, il se mani¬
feste une réaction très-vive, qu’il convient de modérer par
l’immersion du vase dans l’eau froide. Il se dégage de
l’acide iodhydrique et des vapeurs possédant une odeur
d?aiî. Dans le ballon, la matière primitivement liquide se
solidifie par le refroidissement en une masse cristalline,
laquelle est presque incolore si l’acide gîycérique l’était
lui -même. Pas une trace d’iode libre ne se sépare. En dis¬
solvant ce produit dans l’eau bouillante, on obtient, par le
refroidissement, de l’acide iodopropionique, qu’on purifie
par plusieurs cristallisations.
Cet acide forme une masse cristalline d’un blanc écla¬
tant et d’un aspect nacré. Il renferme Cl3 H3 KL1 2. Il se dis—
(1) Anna le n der Chenue und Pharmacie, (. CXX, p. 226 (nouvelle série,
t. XL1V); novembre 1861.
( 363 )
sout facilement dans l eau chaude, difficilement dans l’eau
froide. Les solutions saturées le laissent déposer en écailles
nacrées-, plus étendues, elles fournissent de grandes lames
douées d’un éclat vitreux. Les eaux mères, évaporées len¬
tement au-dessus d’un vase renfermant de l’acide sulfu¬
rique, donnent des grands cristaux réguliers appartenant
au type rhomboïdal.
L’acide iodopropionique se dissout très-facilement dans
l alcool et dans l’éther. Il fond à 82°. Il possède une réaction
fortement acide et décompose les carbonates avec efferves¬
cence. On peut faire bouillir là solution aqueuse sans lui faire
éprouver de décomposition. Il n’en est pas ainsi des sels,
qui se décomposent facilement dans ces circonstances. Une
solution aqueuse d’acide iodopropionique est précipitée
presque immédiatement par le nitrate d’argent avec for¬
mation d'iodure d’argent. En faisant réagir le gaz chlorhy¬
drique sur une solution alcoolique d’acide iodopropionique,
on obtient l’éther iodopropionique.
On pourrait interpréter par l’équation suivante la
réaction de l’iodure de phosphore sur l’acide glycérique :
•■G» H8 G* + PP= G8H8IO*-k HI + PO2.
Le composé PO5 n’est pas mis en liberté, mais se
dédouble en présence de l’eau en acide phosphorique et en
acide phosphoreux.
Lorsqu’on neutralise l’acide iodopropionique par des
alcalis et qu’011 chauffe, il se forme de l’iodure de potassium
et la liqueur redevient acide.
O11 pouvait s’attendre à voir se former dans cette circon¬
stance de l’acide lactique, comme il s’en forme, d’après
MM. Friedel et Machuca, lorsqu’on traite l’acide bromo-
propionique par l’oxyde d’argent. Il n’én est rien : l’acide
qui prend naissance forme un sel de zinc cristallisé en fines
aiguilles et plus soluble que le lactate. Les autres sels de
( 364 )
cet acide paraissent également plus solubles que les lactates
correspondants. L’ acide lui» même est donc totalement diffé¬
rent de l’acide lactique et constitue probablement un iso¬
mère de celui-ci.
Sur le sulfate de quinine neutre; par MM J. Jobst
et O, Hesse (i).
On admet généralement que le sulfate neutre de quinine
renferme i4 équivalents d’eau et que sa composition est re¬
présentée par la formule
!2C40H* 2'Az2OS S2H208+ 4H0.
D’après les analyses de MM. Jobst et Hesse, ce sulfate
renfermerait i5 équivalents d’eau, au lieu de 4- Il s’effleu-
rit dans une atmosphère séchée par l’acide sulfurique et
perd une partie de son eau. Le sel ainsi effleuri renferme
2 C40 H2* Az2 0\ 82 H2 O8 4- 4 HO. Ce dernier sel se dépose
aussi en belles aiguilles blanches lorsqu’on laisse refroidir
une solution de i partie de sulfate de quinine neutre dans
4o parties d’alcool d’une densité de 0,862. D’après les au¬
teurs, 1 partie de sulfate de quinine neutre exige pour se
dissoudre 793 parties d’eau à 6° et 788 parties d’eau à 9°, 5.
100 à ii5 parties d’alcool d’une densité de 0,852 dissol¬
vent 1 partie de ce sulfate.
Faits pour servir à l’histoire des acides sulfanilique et
amidophénylsulfurique ; par iVÏ. H». Schmitt (2).
On sait que Gerhardt a obtenu l’acide sulfanilique en
(0 Annalen der Chemie und Pharmacie , t. CXIX, p. 36i (nouvelle série,
t, XLUI); septembre 1861.
(2) Annalen der Chemie und Pharmacie , t. CXX, p. «29 ( nouvelle série,
t. ,XLLV); novembre 1861.
( 365 )
traitant par un excès d’acide sulfurique le mélange d’oxa-
nilide et de formanilide qui résulte de l’action de la chaleur
sur l’oxalate d aniline.
MM. Hofmann et Buckton ont obtenu le même acide
en traitant l’aniline par 1 acide sulfurique fumant. Ce pro¬
cédé a été employé par l’auteur, qui a d’abord combiné les
deux corps en ajoutant à i partie d’aniline goutte à goutte
2 parties d’acide sulfurique fumant. Lorsqu’on chauffe en¬
suite le mélange avec précaution jusqu’au moment où il
brunit plus fortement et où il se dégage de lacide sulfu¬
reux, le sulfate d’aniline, d’abord formé, se convertit en
acide sulfanilique. Celui-ci se concrète en une masse cris¬
talline lorsqu’on traite, après le refroidissement, ce pro¬
duit visqueux par l’eau froide. On le purifie par plusieurs
cristallisations dans l’eau chaude avec addition de charbon
animal.
L’acide sulfanilique (phénylsulfamique C12H7AzS20(i
-h2Âq) se dissout difficilement dans l’eau froide, facilement
dans l’eau bouillante. Il est insoluble dans l’alcool et dans
l’éther. Il cristallise en belles tables rhomboïdales, qui ren¬
ferment 2 équivalents d’eau de cristallisation. Il supporte
une température de 220° sans se décomposer. A une tem¬
pérature élevée il dégage de l’acide sulfureux en même
temps qu’il se forme du sulfite d’aniline, lequel se con¬
dense dans le récipient sous forme d une masse cristalline.
La potasse fondante le dédouble en acide sulfurique et en
aniline.
Le chlore et 1 iode n’agissent pas sur sa solution aqueuse ;
mais le brome la décompose à chaud et il se forme un
précipité blanc formé par de fines aiguilles enchevêtrées.
Ce corps, qui est insoluble dans l’eau, se dissout facilement
dans l’alcool et dans l’éther. Il fond peu au-dessus de ioo°
et se sublime à une plus haute température en aiguilles
brillantes. C’est de l’aniline tribromée, qui prend naissance
( 366 )
en vertu de la réaction suivante :
G12 il7 Az S2 O6 -f- 6 Br == C1 2H Br3 Az + S2 CL-f- 3 H Br.
Acide sulfanilique. Aniline tribromée.
Lorsqu’on fait agir 4 équivalents de brome sur i équi¬
valent d’acide sulfanilique dissous dans beau chaude, il se
forme, indépendamment de la tribromaniline, de l’acide
dibromo sulfanilique , selon l’équation
G1'2 H7 Az S206-f- 4 Br = Cl2H5Br2 Az S206-b 2 H Br.
Acide Acide
sulfanilique. bibromosulfanilique.
On obtient cet acide en le transformant en sel barytique
que l’on purifie par cristallisation dans l’eau chaude et
que l’on décompose ensuite exactement par l’acide sulfu¬
rique. L’acide dibromosulfanilique cristallise de sa solution
aqueuse en grands prismes incolores qui renferment 3 équi¬
valents d’eau de cristallisation. A i i o° ils perdent cette eau.
L’acide se dissout facilement dans l’eau, plus difficilement
dans l’alcool, surfont froid. La solution aqueuse donne des
précipités cristallins dans les solutions de chlorure de
barium, d’acétate de plomb et de nitrate d’argent. Ce sont
les dibromosulfaniîates correspondants.
L’acide dibromosulfanilique supporte sans décomposition
une température de i8o°. Au-dessus de ce point il se dé¬
compose en donnant de la tribromaniline. Il dorme pareil¬
lement de la tribromaniline lorsqu’on le chauffe avec la
potasse ou la chaux.
Acide diazophénylsidj urique. — Lorsqu’on dirige un
courant rapide de gaz nitreux à travers de l’alcool tenant en
suspension de l’acide sulfanilique finement pulvérisé, il se
dégage de l’azote et la liqueur finit par se remplir d’une
bouillie formée par de fines aiguilles. Ce corps est Y acide
( 367 )
diazophè ny l suif urique, formé par suite de la réaction que
M. G riess a observée le premier, en faisant passer un cou¬
rant de gaz nitreux à travers une solution alcoolique d’acide
amidonitropliénique. Le diazodinitropliénol qui prend nais¬
sance dans cette dernière réaction est analogue par son mode
de formation à l’acide diazophénylsulfurique. Celui-ci est
insoluble dans l’alcool froid. L’alcool bouillant le décompose
avec dégagement d’azote. L’eau froide ne le dissout pas. 11
se dissout dans l’eau à 60 ou yO° et la solution prompte¬
ment refroidie k la glace le laisse déposer en fines aiguilles.
La solution aqueuse est très-instable et se décompose lente¬
ment et continuellement en dégageant de l’azoté *, la chaleur
favorise singulièrement celte décomposition, qui donne
naissance à de l’acide oxjphénjlsuJf urique. L’acide diazo¬
phénylsulfurique sec détone par l’action de la chaleur, même
par celle du bain-marie. Il fait explosion par le frottement
avec un corps dur ou par le choc. Les alcalis, l’ammonia¬
que, les acides chlorhydrique et bromhydrique et l’hydro¬
gène sulfuré le décomposent pareillement avec dégage¬
ment d’azote. L’acide diazophénylsulfurique renferme
C12 H4Àz2 S2 O6. Comme dans le corps de M. Griess, i équi¬
valent d’azote y parait substitué à 3 équivalents d hydro¬
gène (i). Il prend naissance* par suite de la réaction sui¬
vante :
C'm'AzS 06H- AzO — C12 H1 Az: S2 3HO.
Acide qxj p hcnjl sulfurique. — L’eau chaude décom¬
pose l’acide diazophénylsulfurique et en chasse tout l’azote.
La liqueur, évaporée ou desséchée sous la machine pneu-
(i) En effet, si Ton compare !a formule des acides sulfanilique et diazo-
sulfanilique, on remarque que dans le second î atome d’azo le est substitué s
3 atomes d’hydrogène du premier.
Acide sulfanilique. . .
Acide diazophénylsulfurique
Clî H7 Az S - O6,
ClS ( H'4 Az) Az S* O6.
( 368 )
matique, laisse un acide sirupeux qui forme des sels solubles
avec toutes les bases. C’est l’acide oxyphénylsuîfurique.
Il prend naissance en vertu de la réaction suivante :
C12 H4 Az2S206 + 2 HO — C,2HcS208-f- aAz.
Acide Acide
diazophénylsulfurique. oxyphénylsuîfurique.
Le dioxyphénylsulfate d’argent, obtenu en saturant l’a¬
cide par le carbonate d’argent, est soluble et reste, après
l’évaporation dans le vide sous forme d’une masse cristal¬
line, un peu colorée en brun. Il renferme C]2ITAgS2Os.
jl eide phènylsulf urique. — Lorsqu’on fait bouillir l’a¬
cide diazophénylsulfurique avec de l’alcool à 90° centé¬
simaux, il se décompose en dégageant de l’azote. Il se forme
en même temps des quantités notables d’aldéhyde. Evaporée
au bain-marie, la liqueur laisse un sirop brun qui ren¬
ferme de l’acide phénylsulfurique. On a formé avec cet
acide les sels de plomb et de baryte. Ils renferment
PbO, (C12 H5)S2 O5 -f- x Aq et Ba0,(CIJH5)S205 -H a? Aq.
L’acide lui-même possède donc la même composition que
l’acide sulfobenzidique que M. Mitscherlieh a obtenu en
faisant réagir l’acide sulfurique fumant sur la benzine.
Toutefois les deux acides paraissent être isomériques et
non identiques, et il se pourrait qu’il existât entre eux la
même relation qu’entre l’acide benzoïque et l’acide saly-
Dans son Mémoire M. Schmitt décrit, indépendamment
des acides mentionnés précédemment, V acide diazodibro-
mo phènylsulf une/ ne G12 H2 Br2 Az2 S206 qui esta l’acide
dibromosulfanilique G12 H3 Br2 Az S2 O6, ce que l’acide dia-
zophénylsulfurique est à l’acide sulfanilique.
Chauffé avec de l’alcool absolu à haute pression, cet
acide laisse dégager tout son azote et forme de l’acide di-
( 3t>y )
bromopliénylsulfurique C1 2 H4 Br2 S2 0%
belles aiguilles :
crista lli sable eu
C15 H2 Br2Az2S*0G 4- O HG02 = C12H4Br2S20G 4- C4H402 4- Az2.
Acide diazodibro-
mophényl-
sulfurique.
Alcool. Acide dibromo- Aldéhyde,
phényl-
sulfuriqué.
L eau bouillante décompose complètement l acide diazo-
di br omophén y 1 sulfurique en lui faisant perdre tout son
azote et en le transformant en acide ôxydibromophényl -
sulfurique.
Action de V hydrogène sulfuré sur l acide diazopliènyl-
sulj urique . — L’hydrogène sulfuré paraît transformer cet
acide en acide sulfanilique, selon l’équation suivante :
C12 H4 Az2S20G 4- 3 HS = Cl2HAzS20G 4- 3 S 4- Az.
Ac diazopbénÿl*
sulfurique.
Acide
sulfanilique.
En terminant, M. Sclimitt décrit quelques expériences
sur l’acide amidopbénylsulfurique isomérique avec l’acide
sulfanilique et obtenu par Laurent en faisant réagir l’hy¬
drogène sulfuré sur le nitrophénylsulfate d’ammoniaque.
L’acide nitrophénylsulfurique employé a été préparé par
l’action de l’acide sulfurique fumant sur la nitrobenzine»
L’acide amidophénylsulfurique cristallise en grands
prismes incolores renfermant 3 équivalents d’eau de cris¬
tallisation. L’acide sulfanilique cristallise en tables rliom-
boïdales qui ne contiennent que 2 équivalents d’eau. Les
deux acides sont presque insolubles dans l éllier et dans
l’alcool} mais, tandis que i partie d’acide sulfanilique
exige pour se dissoudre 1 12 parties d’eau cà i5°, 1 partie
d’acide amidophénylsulfurique n’en exige que 68 parties «à
la même température.
de Chim. et de Phys., 3e série, t. LXIV. ( Mars itfG‘2.)
24
( 3yo )
MEMOIRES SUR LA PHYSIQUE PUBLIÉS A L’ÉTRANGER,
Extraits par M. VER.DET.
Mémoire sur ia dispersion de la lumière; par M. Christoffel
Dans son Mémoire célèbre sur la dispersion ( Nouveaux
Exercices de Mathématiques) , Cauchy a fait voir que
dans un milieu isotrope, considéré comme un système de
points matériels séparés par des intervalles finis, bien que
très-petits, la longueur et la durée des vibrations sont
liées Tune à l’autre par l’équation suivante :
s2 — a{ Â'2 a2 hk -f- aA kG -f- . . . ,
, 2 t:
ou —
s
représente la durée des vibrations,
2 TT
T
la longueur
d’onde, au «2, æ3,. . . , une série de constantes qui dépen¬
dent des actions qu’un point quelconque O du système
éprouve de la part des autres points contenus dans la
sphère d’activité sensible des forces moléculaires. Soitm la
masse d’un de ces points, r sa distance au point 0,f(r) la
fonction qui représente le décroissement de la force molé¬
culaire avec la distance, on a pour déterminer l’une de ces
constantes
0)
a
{-'Y
<4-1
». 2 . 3 ... 2 i -f- 3
A j- ~H
ii
B,
Ai — 1 mrat+ lf( r) , B, = 2 /nr2i+l \rf ( r ) — f(r)]
(*) Monatsberichte dcr Akademie der fj issenschaften zn Berlin ; octobre 1861 .
( 37" )
(Mémoire cité, p. 187). La vitesse de propagation ~ est
donc dépendante de la longueur d’ondulation, à moins que
toutes les constantes qui entrent dans la formule (1) ne
soient nulles à partir de la seconde.
Soit un milieu isotrope y dans lequel la vitesse soit
indépendante de la longueur d’onde. Désignons par — ,
q JT m
— 1 la durée des vibrations et la longueur d’onde dans ce
X
milieu : on aura simplement désignant la
seule constante qui dans ce milieu ne soit pas égale «à zéro.
Concevons maintenant qu’une onde plane qui se propage
dans le milieu p rencontre la surface plane qui sépare ce
milieu y du milieu m auquel se rapportent les formules ( t )
et (2) : une onde plane réfractée prendra naissance pour
laquelle 011 aura a — et l’indice de réfraction sera donné
par la formule
k
n — — •
y.
En ayant égard à ces conditions, F équation (1) déterminera
l’indice de réfraction en fonction de la longueur d’onde dans
le milieu p., car elle deviendra si on appelle cette longueur
n 1 *> 27r
d onde A — — ?
(3) a,
N
Pour la résoudre par rapport cà n., Cauchy admet que les
grandeurs al5 «3, . . . , forment une série rapidement dé¬
croissante où le rapport de chaque terme au précédent
est de l’ordre du carré du rayon de la sphère d’activité sen¬
sible. Appliquant alors la méthode du retour des suites à
l’ équation (1), il en déduit aisément la série
P “ b{ 4,2-t- b)SA -h b .s(] -h . . .
,4.
( 372 )
où Z>l5 Z>2, h 3,. . sont respectivement du meme ordre de
grandeur que a 2, . . . L’équation (3) traitée de la
même manière donne pour l’expression de l’indice de ré¬
fraction
n2 = b{ a,
‘In)1 b^ct.] ( 2 7r à3aj'
V 4
qui doit être une série convergente.
L’observation ne paraît pas favorable à cette hypothèse.
Si l’on essaye en effet de représenter les indices de réfraction
d’un milieu même très-peu dispersif par une série ordon¬
née suivant les puissances croissantes de — bornée à ses
premiers termes., on ne remarque pas entre les coeffi¬
cients successifs le rapport de grandeur qui est impliqué
dans l’hypothèse. La forme d’ailleurs des coefficients A,
et B4, qui entrent dans l’expression générale de ai+x , bien
qu elle suggère assez naturellement les conditions admises
par Cauchy, ne les rend pas du tout nécessaires, et on peut
se demander si un examen plus attentif de la nature de ces
coefficients ne conduirait pas à une loi de dispersion plus
conforme à la réalité. C’est ce que M. Christoffel s’est pro¬
posé de faire.
Il remarque d’abord que chacune des sommes Ah B, est
étendue à un même nombre p de valeurs de r, qui est en¬
tièrement déterminé par la valeur p du rayon de la sphère
d’activité sensible des forces moléculaires. D’ailleurs le
système doit satisfaire aux conditions de stabilité, aux
conditions d’isotropie, et aucune des sommes dont il s’agit
ne doit devenir infinie. De là résulte évidemment que ces
sommes ne peuvent pas être considérées à priori comme
susceptibles de prendre tel système de valeurs qu’on vou¬
dra. Il y a donc lieu d’examiner l’influence de ces diverses
conditions.
On peut se dispenser de tenir compte des conditions de
stabilité, car elles déterminent simplement le signe et non
( 3?3 )
ia valeur d'une expression qui dépend de f(t') et de Jf (/•).
On doit d’ailleurs regarder comme possible que la fonction
/ (/) change de signe dans l’intérieur de la sphère de
rayon p. Convenons de désigner par s les valeurs de r qui
rendent J' (r) négatif et de garder le signe / pour celles qui
la rendent positive et posons
— R, , - ïms*+'f{s) = R
on aura
A, = R,- — R; •
i
D’ailleurs on peut toujours trouver dans 1 intérieur de la
sphère du rayon p deux valeurs i\ et st telles , que
Rf=/\ R0, R'. = s2i R'-
4 l 7 l l 0
Donc
A0 = R0 - RS A, = r\ R0 — v> A, = r"R(
R ' v • •
t 0
Par conséquent, si la fonction J"ne change pas de signe dans
les limites des sommations, il est évident que les coeffi¬
cients A, Ai, , At, . . . , ont les uns avec les autres les
relations de grandeur admises par Cauchy. Au contraire,
si / change de signe, rien n’empêche d’attribuer aux varia¬
tions de cette fonction une loi telle, que r\ — s] soit une
quantité finie de l’ordre p~. D’ailleurs les deux premières
formules donnant
p A 1 s î n '
ttu - - ô - ô 5 R n
A, — ri A„
„ 2
on voit qu il est possible d’attribuer à A0 et A, des valeurs
finies 'du même ordre sans absurdité. R0 et R'n deviendront
r
( 374 )
ainsi des quantités finies de l’ordre ~ • Mais l’expression
générale de A,- devient par l’introduction de ces valeurs
r
i
?4
S .
4a
24 .
74 «y
24 «
a. r\
et il est évident que le premier terme éLant de l’ordre
le second de l’ordre f~l , la série des valeurs de A, suit
l’ordre de grandeurs admis par Cauchy à partir de A2.
Les mêmes considérations étant applicables aux sommes
B/, il en résulte qu’il est également permis d’admettre l’hy¬
pothèse de Cauchy ou d’admettre que les coefficients cix,
sont du même ordre de grandeur, mais que a*, . . . , for¬
ment une série rapidement décroissante, dont le premier
terme lui-même est très-petit.
Examinons maintenant s il n’y a rien dans cette hypo¬
thèse d’incompatible avec les conditions d’isotropie. Si par
le point 0 on mène une droite fixe quelconque et qu’on ap¬
pelle w l’angle de la direction du rayon r avec celle de
cette droite, les conditions de l’isotropie sont, d’après
Cauchy, que l’on ait
(4)
I j
[ - _ A,' — 2 rn . fl r) cos2'+2w ,
} 2 1 -+- 3 K 1
<
j ~ 2 mr2l+l Vf ( rï — /( r) ] cos2i
w
(. Mémoire cité , p. 32-35 et i85-i86). De là une infinité
d’équations de condition desquelles on peut se demander
s’il est possible d’y satisfaire par une distribution conve¬
nable du nombre fini p de molécules actives. Mais on peut
se dispenser de cette recherche difficile par une restriction
qui résulte des considérations précédentes. Si l’on suppose
que la longueur d ondulation I — ^ dans le milieu m soit
( 375 )
excessivement petite, il peut être nécessaire de prendre
dans la série (3) un grand nombre de termes, malgré le
décroissement rapide des coefficients à partir de a3, et au¬
cune relation simple entre l indice de réfraction et la lon¬
gueur d’onde ne peut en être déduite. Mais dès que l sera
suffisamment grand pour que la série soit réductible sans
erreur sensible à ses deux premiers termes, on aura la re¬
lation simple
ti1'
(5) a, = ajï1 -|- (27r}2«2 •>
À
C est à ce cas expressément que M. Christoflel restreint ses
recherches, laissant à l’expérience le soin de déterminer
quelle est cette limite inférieure des valeurs admissibles
de /. Il fait voir qu il suffit alors que les conditions (4)
soient satisfaites pour i = o et i = i, c’est-à-dire qu’on ait
^A0= 'Zmrf(r) cos2w, i A, = cos4w,
i B0 = 2 m [rf (r) — /(r)] cos4 tu, - B, = 2 mr' [ rf ( r) — /( r ) ] cos4 w ,
o 7
quelle que soit la direction de la droite à partir de laquelle
on compte les angles co. On conclut de là soixante condi¬
tions qui doivent être satisfaites indépendamment les unes
des autres; et il est évidemment permis de considérer le
nombre p des molécules actives comme assez grand pour
que ces soixante conditions soient satisfaites en même
temps que les relations qui lient f(r) et ff(r) avec les va¬
leurs finies et du même ordre qu’on attribue à ax et a 2.
La seule limitation à laquelle on soit assujetti dans le
choix des valeurs de cix et de <72, c’est que l’équation
• s 7 — ci | h -\- a 2 k 4 ,
( 376 )
donne pour s~ une valeur positive et différente de zéro.
Cette condition est satisfaite d’elle-même dans la présente
recherche, où l’on suppose très- grand g — s, ainsi que la
vitesse de propagation y^i dans le milieu y et où l’on déter¬
mine at et a2 en conséquence.
L’expérience montre que les plus grands indices de ré¬
fraction correspondent aux plus petites longueurs d’onde.
Or on peut écrire l’équation (5) sous les deux formes
a
n
— h 4
TC*
a ,
a.
a2
a, >;2
dont la première fait voir que — est négatif et la seconde
GC|
Cl %
que — est positif. On peut donc choisir deux quantités
al
(I QL ( l y '
positives 720 et telles que = — ? 4 t:2 — = - -4 3 et à
a i n0 ay n0
l’aide de ces grandeurs auxiliaires l’équation (5) se met sous
la forme
d’où l’on conclut pour la seule valeur admissible
(?)
tu
n
v/-
X
\
les radicaux étant pris positivement. On ne peut en effet
attribuer le signe — à y/ x -f- ~ sans rendre n négatif, ce
qui est inadmissible, et d’un autre côté si, en prenant ce
premier radical avec le signe -f-, on donnait le signe — au
second, on obtiendrait pour n une valeur croissante avec A,
ce qui est contraire à l'expérience.
Il est bien entendu que cette formule est inapplicable
au-dessous d une certaine valeur de A que l’expérience doit
déterminer. Si l’on fait pour un moment abstraction de
cette restriction essentielle, on peut donner des grandeurs
/? o et A0 des définitions physiques, indépendantes de leur
relation avec les constantes de la théorie moléculaire. n0
est en effet la valeur de n qui répond à A = A0; mais A0 est
la limite inférieure au-dessus de laquelle A doit demeurer
compris si l’on veut que ri soit réel, c’est-à-dire qu’il y ait
réfraction. Pour une valeur de A inférieure à A0, il y a ré¬
flexion totale sous toutes les incidences. 7?0 et A0 sont donc
les éléments caractéristiques du rayon limite au delà du¬
quel il n’y a plus de réfraction possible de ^ à m.
Pour la plupart des substances dont on a étudié la dis¬
persion, A0 est une quantité très-petite par rapport à la lon¬
gueur d’ondulation des rayons visibles. La dissolution de
Ph ospliore dans le sulfure de carbone que MM. Dale et
Gladstone ont étudiée (*) fait seule exception. La valeur de
A0 qui s’y rapporte est supérieure à la valeur de A que
M. Esselbach a déterminée pour la raie R du spectre ultra¬
violet (**).
On voit enlin que ~ est une limite au-dessous de laquelle
V2
ne peuvent descendre les valeurs de n 0 quelque grand que
soit A. Le spectre visible ou invisible d une substance quel¬
conque est donc limité des deux parts par les rayons dont
les déviations répondent aux indices ;/0 c>t /z 0 y/ 2. . La con¬
stante 7?0 détermine les valeurs de ces deux déviations \ la
constante A0 détermine la limite au-dessous de laquelle il n’y
(*) Annales de Clnnuc el de Physique, 3e série, t. JLV11I, p. iud.
(**) Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t, XLIX, p. 121.
( 378 )
a plus de réfraction et la distribution des divers rayons ré¬
fractés. La première est caractéristique du pouvoir réfrin¬
gent, la seconde du pouvoir dispersif.
Les tableaux suivants contiennent les résultats de la com¬
paraison que M. Christoffel a faite de sa formule avec les
expériences du petit nombre d’observateurs qui se sont
occupés de mesurer la dispersion des substances transpa¬
rentes. Les valeurs adoptées pour les longueurs d’ondulation
sont les moyennes des deux séries de déterminations de
Fraunhofer, savoir en prenant le millième de millimètre
pour unité.
B C D E F G H
0,6878 o,6562 o,5888 0,5262 0,4848 0,4298 o,3g44
Le quatrième chiffre de ces divers nombres étant incertain
on a dû réduire à quatre chiffres la partie décimale des
indices de réfraction. On s’est servi des indices correspon¬
dants aux raies B et G pour calculer les constantes 11 Q et ?.0.
Éther sa fariq u e (Dale et Gladstone).
7= = 1 ? 3482 u0 — 1 ,0068
V 2
rz: O , I 3o6
B C D E F G H
Indice observé. .,3545 i , 3554 i,3566 i,35go i ,36o6 1,3646 1 , 3683
Indice calculé.. 1 ,355i 1 ,3568 1 ,359o 1 ,36io ,,3678
Différence. . +3—20—4 +5
Essence de lavande ( B ad en Powell).
7= = 1 4607
V2
n0 — 2 ,o658 X0=r 0,1772.
Indice observé.
Indice calculé.
Différence. .
1 >4732 i ? 4 7 4 ^ 1 >4784 1 ,4829 1 ,4868 1 >4944 1 >5°°9
1,4745 » ,4779 r >4^25 1,4866 i,5o(3
1 i + 4 -h 2 — 4
( a79 )
Flint jaune de Guinand (Dutirou).
^=1,7489 «0= 2,4733 >0—0,2077
V2
Indice observé. 1,7697 1,7718 1,7777 1,7852 1,7924 1,8062 1,8186
Indice calculé . 1,7718 1,7778 1,7855 1,7927
Différence. . o — 1 — 3 — 3 -4-2
Hydrate de phényle ( Dale et Gladstone).
— = I ,5220 //0 — 2,1 525 >0=o,2i56
V 2
Indice observé. 1,5416 1 ,5433 1 ,5488 1 ,5564 1,6639 1,5763 i,5886
Indice calculé.. 1 ,5436 1,5492 i,5566 1 ,5634 i,588o
Différence. . — 3 — 4 — 2-1-5 -f-6
Sulfure de carbone (Dale et Gladstone).
-A = 1 ,5854 «0—2,2422 >0=0,2741
V2
Indice observe. 1,6177 1,6209 1 ,63o3 1,6434 1 ,6554 1 58799 1 ,7035
Indice calculé. . 1,6212 1,6307 1,6437 1 ,6559
Différence. . — 3 — 4 — 3 — 5 +7
Dissolution de phosphore dans le sulfure de carbone ( Dale et Gladstone).
-^,= 1,8812 «0 = 2,6604 >0=o,3o35
V2
Indice observé. 1,9314
Indice calculé..
Différence. .
l>9527 1 >9744
,9369 t ,9523 i ,6737
+ 4 + 7
,9941 2,o36i 2,0746
,9942 2,0783
— 37
1
( 38o )
En supposant que les indices de réfraction puissent être
affectés dune erreur égale à une unité du dernier ordre et
les longueurs d’onde d’une erreur égale à deux unités,
M. Cli ri stoffel a calculé, pour le sulfure de carbone, quelles
étaient les limites des différences admissibles entre les
observations et la formule ( 7 ) , si on supposai t cette formule
absolument exacte. Il a ainsi obtenu la série
G D E F H
3 4 ^ b i o
qui est tout à fait compatible avec les nombres rapportés au
tableau. Il n’a pas fait de calculs semblables pour les autres
milieux, les différences de la formule (7) et des observa¬
tions étant négligeables pour tous ces milieux, sauf le der¬
nier. Dans le cas de la dissolution de phosphore dans le
sulfure de carbone, une énorme différence s’observe pour
l’indice relatif à la raie H, mais il est possible qu elle tienne
à une erreur d’observation, le spectre d’un milieu très-
dispersif étant peut-être trop peu intense vers l’extrémité
violette pour permettre de bonnes observations.
Les considérations qui précèdent ne sont pas immédiate¬
ment applicables à la dispersion des milieux biréfringents-
Cependant il est assez naturel d’examiner si la formule (7)
ne conviendrait pas à représenter la dispersion dans le
cas où la réfraction s’opère suivant la loi de Descartes. Les
tableaux suivants montreront que l’accord est assez satis¬
faisant :
( 38. )
MILIEUX A DOURLE REFRACTION CIRCULAIRE.
Essence de lavande ( Baden Powell ).
—^=1,4525 /?0=2,o54i ^0 — 0,1796
y/2
Raies. B C D E F
Indiceobservé. 1 , 4^4 1 [,4658 1 ,4660 (*)i ,4728 1 ,4760
Indice calculé. 1 ,4653 1 ,4685 1 ,4727 1 , 4^66
Différence. . -F o — 2,5 — 1 — 6
Essence de térébenthine (Fraunhofer).
-4:— I,45q9 /?«= 2,0647 ^0— 0 j 1634
V2
Indice observé. if^o5 1 ,47 1 5 1 ,4744 1 ,47^4 1 , 4^ 1 7 1.4662 1,4969
Indice calculé.. 1 , 47 1 6 1 ,474$ 1 ,4763 1,4818 r ,4938
Différence. . — i — 1+1—1 + 1
MILIEUX BIRÉFRINGENTS A UN AXE.
Quartz : réfraction ordinaire (Esselbach) (**).
—4—i,5348 2,1706 >n— 0,1 336
V2
Raies. B G D E F G H
Long, d’onde.. 0,6474 o,6564 o,5886 0,5260 o,4645 0,4287 0,3929
Indice observé. 1 , 54 1 4 1 ? 5424 1 ,5446 1,5476 1 ,55oo 1 ,5546 i,5586
Indice calculé.. 1,5422 i,543o 1 ,545o 1 ,55oo 1 ,5543 1 ,5583
Différence. . — 8 — 6 — 4 0+3+3
(*) Observation fausse très-probablement.
(**) Les indices rapportés dans ce tableau sont ceux des sept raies de
Fraunhofer et des sept raies principales du spectre ultra-violet. IV1 . Esselbach
ayant déterminé les longueurs d’onde correspondantes, ce sont ces longueurs
elles-mêmes que M. Christoffel a introduites dans ses calculs. Elles ne sont
pas tout à fait égales aux longueurs données par Fraunhofer pour la partie
visible du spectre. Les constantes n0 et /0 ont été déterminées au moyen des
indices relatifs aux raies E et M.
G II
1 ,4637 i,493o?
1,4900
+ 3o
( 382 )
Raies. L M N O P Q R
Long. d’onde. . 0,3791 o,3657 °?^49^ o,336o 0,8290 0,3232 0,3091
Indice observé. 1 ,56o5 ï,562i 1 ,5646 1,5674 f ,5690 1,5702 1,5787
Indice calculé.. i,56oi 1 ,5648 1,5675 1,5690 1,5704 1,5740
Différence. .4- 4 — 2 — 1 0—2 — 3
Spath : rayon ordinaire (Rüdberg).
“=1,6394 «0—2 ,3i85 >0=0,1748
\l 2
Raies. B C D E F G H
Indice observé. i,653i i,6545 1 ,6585 i,6636 1,6680 1,6762 1 ,6833
Indice calculé. . 1 ,6545 i,6583 1 ,6632 1,6677 1 ,6836
Différence. . o -f- 2 -f- 4 -f- 3 — 3
Spath : rayon extraordinaire (Rüdberg).
«0 = 2 , 0893 >0 =0,1281
Indice observé. 1,4889 r , 4845 1,4864 1,4887 i,49°7 1,494^ 1,4978
Indice calculé.. 1 ,4845 1 ,4863 1,4886 1,4906 1,4978
Différence. . o 4- 1 1 4- 1 o
MILIEUX BIRÉFRINGENTS A DEUX AXES (Rüdberg).
Arragonite : plus grand indice.
n
==1,6672
V2
«.,
2,3578 >0=0,1717
Ra
les.
B
C D E F G H
Indice observé. 1,6806 1,6820 1,6859 1 ,6908 1,6952 1,7082 1,7101
Indice calculé.. 1,6820 1,6857 ^6906 1,6950 1,7105
Différence. . 04-2-4- o = — 4
2 4- 2 4“
2
( 383 )
Arragonite : indice moyen .
—jL= i ,6632 n0 — 2,352i 4 = 0,1701
V2
Indice observé. 1,6763 1,6778 1,6816 1 ,6863 1,6905 1,6984 1 , 705 1
Indice calculé.. 1,6776 1 , 68 1 4 1,6860 1,6903 i,7o55
Différence. . -f- 2+ 24- 3-f- 2 — 4
Arragonite : plus petit indice.
—4—i,5207 «O =r ? , 1 5o6 4 = o , 1 3o3
V 2
Indice observé. 1,5275 1,5282 1 ,53oi 1 ,5326 1 , 5348 1 ,5388 1,5423
Indice calculé.. 1 ,5282 1 ,53oi 1 ,5325 1 ,5347 1 ,5424
Différence. . o o -f- 1 -f- 1 — x
Topaze : plus grand indice.
-^4=1,6098 n0 — 2,2766 X0— 0,1369
V 2
Indice observé. 1,6179 1,6188 1,6211 1,6241 1,6265 i,63i2 i,635i
Indice calculé.. 1,6187 1,6209 1,6238 1,6264 1 ,6354
Différence. . -f- 1 -f- 2 4- 3 -f- 1 — 3
Topaze : indice moyen.
— _ ~ 1 ,6o2.5 n0— 2 , 2662 4 = o , 1 364
v/2
Indice observé. i,6io5 1 , 6 1 1 4 1,6137 1,6167 1,6191 1,6237 1,6275
Indice calculé.. i,6n3 i,6i35 1 ,6i63 1,6189 1,6278
-H 1 + 2. 4- 4 H- 2 — 3
Différence . .
( 384 )
Indice observé.
Indice calculé..
Différence. .
Topaze : plus petit indice .
- = 1,6004 n0— 2,2633 >0=o,i364
2
1,6084 1,6094 1,61 16 i,6i45 1,6170 1,6216 1,6254
1,6092 1 ,61 1 4 i,6i43 1,6168 1,6257
— |— 2 2 — f- 2 — f- 2 — 3
( 385 )
MÉMOIRE SUR LES DEMI-LENTILLES D’INTERFÉRENCES 5
Par M. BILLET,
Professeur de Physique à la Faculté des Sciences de Dijon.
But de ce travail. — L expérience d’Young a une telle
importance, qu'un accueil favorable semble assuré d’avance
aux améliorations qu’on peut y introduire. Un de ces per¬
fectionnements présenté par nous à l’Institut en i855, a
été décrit sommairement au § 35 de notre Traité d' Opti¬
que physique et approprié à diverses expériences aux 385
et 476. Mais quoiqu’une pratique dé j à longue nous en ait
confirmé tous les avantages, nous craignons qu’il 11’ait passé
inaperçu des physiciens et des constructeurs, sans doute
pour cause d’insuffisance dans les développements aux¬
quels nous avons cru pouvoir nous borner alors. Nous
estimons donc qu’il n’est pas inutile d’y revenir aujourd’hui,
et nous le ferons en accompagnant la description des
appareils et des principales expériences d’assez de détails
pour que chacun puisse ou construire les uns ou répéter
les autres. Nous terminerons ce travail par le calcul des
principales particularités propres à ce nouveau mode de
production des franges.
Pro grès successifs dans la production des J ranges. —
Dans le principe, c’était en recourant à deux points lumi¬
neux secondaires et en utilisant la puissance de dérivation
que leur accorde le principe d’Huyghens qu’on obtenai t les
rayons interférents : rayons faibles qui n’aboutissent à des
f ranges visibles que si l’on emploie une lumière très-vive.
Les fentes. — Premier avantage. Le phénomène prit de
l’énergie et s’améliora à ce point de vue, quand aux deux
points furent substituées deux fentes étroites parallèles, que
>1/???, de Chim, et de Phfs., 3e série, T. LXIV. (Avril I8G-2.) 5.5
( 386 )
nous supposerons verticales. Groupons en effet leurs points
en systèmes binaires horizontaux : chacun d eux fournit,
ainsi que deux points isoles, des franges qui s’étendent au-
dessus et au-dessous de leur plan horizontal 5 or il arrive
que, quoique toutes ces franges ne se superposent pas ma¬
thématiquement, et que par leur concours les minima re¬
çoivent un peu de lumière, cependant, dans les circons¬
tances usuelles, elles se résument en une série résultante
unique beaucoup plus apparente.
Deuxième avantage. Un autre avantage est acquis à
bemploi des fentes, à savoir de pouvoir provoquer, par l’in¬
terposition de lames très-minces, le déplacement d’une
partie seulement de ces franges, tout en gardant comme
témoins, pour apprécier ce résultat, les parties des franges
sur lesquelles la lame mince n’a rien produit.
Quand on prend deux fentes pour produire les rayons
secondaires, il convient que le luminaire soit une ligne lumi¬
neuse parallèle aux fentes. Cette ligne peut être l’image du
trait solaire fournie par une petite lentille cylindrique con¬
venablement orientée. Mais les résultats sont aussi avan¬
tageux quand on se borne à mettre sur le trajet des rayons
une simple fente suffisamment étroite.
Qu’on ait recourt à une fente ou à une lentille cylin¬
drique, l’expérience se complique un peu, puisqu’il faut
lui donner une certaine orientation. On y pourvoit en
dotant la pièce qui la porte d’un mouvement lent.
Lentille près des fentes. — En mettant près des fentes,
en deçà ou au delà, une lentille convergente d’un grand
loyer, et recourant à une ligne lumineuse suffisamment
éloignée, on rabat au foyer conjugué les rayons directs
transmis par les fentes, et là, mais là seulement, on obtient
des franges énergiques dues, la centrale à ces rayons directs
eux-memes, et les latérales a des rayons dérivés extrêmement
voisins des rayons directs.
Ailleurs qu au foyer conjugue on ne cesse pas d avoir
( 387 )
des franges, mais elles 11e sont plus dues aux rayons que la
dérivation naturelle amènerait en ces lieux. L’emploi de la*
lentille change l’angle de dérivation et par conséquent l’in¬
tensité des rayons interférents, de telle sorte qu’en un lieu
donné les franges obtenues soient dues aux rayons que la
dérivation naturelle porterait, sans la lentille, à la position
focale conjuguée. Il en résulte qu’on peut réaliser avec de
courtes distances les franges qu’on n’obtiendrait que très-
loin sans cet artifice. On peut meme obtenir ainsi des franges
directement irréalisables, engendrées qu elles sont par des
rayons dérivés divergents et ne se rencontrant que virtuel¬
lement.
L’angle de dérivation 9 comprend deux parties a, .(3, l une
antérieure aux fentes et 1 autre postérieure [Pl. V , fi g. i).
Si f on veut annihiler la première seule, il faut mettre la
lentille en avant, à une distance de là ligne lumineuse égale
à sa distance focale principale.
Qu'on détruise par l’emploi d’une seule lentille anté¬
rieure ou postérieure, ou par l’emploi de deux dont l’une
est alors antérieure et l’autre postérieure, la dérivation
affaiblissante, on obtient ainsi des franges très-vives dont
1 observation comporte d assez forts grossissements pour
que nous ayons pu les voir encore avec des fentes distantes
de plus de 6o millimètres.
Les miroirs. — Le biprisme. — Même quand par l’em¬
ploi d’une lentille on parvient à former la frange centrale
avec des rayons directs, les autres le sont toujours par des
rayons dérivés et la production de ce phénomène fondamen¬
tal se complique de diffraction. C’est pour se soustraire à
cet inconvénient que Fresnel a imaginé ses miroirs avec
lesquels toutes les franges proviennent de rayons réguliè¬
rement réfléchis, tout comme le biprisme décrit par
M. Pouillet 1 es donne par des rayons régulièrement réfrac¬
tés. Mais les miroirs, qu’ils soient assemblés sous un angle
habituellement très-obtus ou qu'ils soient parallèles, et le
( 388 )
biprisme 11e donnent ou ne peuvent guère donner* pour
centres d’émanation des rayons interférents, que des foyers
virtuels, ce qui rend difficiles et même impossibles bien
des expériences.
Les demi-lentilles. — Les demi-lentilles, tout en met¬
tant également en jeu des rayons directs énergiques, ce qui
assure aux franges une grande vivacité et rend possible
leur projection, ont l’avantage de les faire passer par deux
foyers réels parfaitement accessibles, circonstance émi¬
nemment favorable aux expériences si nombreuses où
l’on veut soumettre à quelque action spéciale, à quelque
interposition de corps diaphane, l’un seulement des deux
faisceaux interférents.
Applications antérieures , à F héliomètre > au stéréoscope,
à la stadia. — Avant d’être appliquées à la production des
franges d’interférence, les demi-lentilles avaient déjà reçu
plusieurs applications. Ainsi Dollond imagina de couper
en deux un objectif et d’en appliquer les deux moitiés à
la construction de î’béliomètre de Bouguer. Plus récem¬
ment Whcatstone et Brewster, chacun de leur côté, recou¬
rurent aux deux moitiés d’une lentille convergente pour
opérer la réunion stéréoscopique de deux images. Enfin
tout dernièrement l’amiral Lugeol en a fait le point de
départ d'un appareil qui, à l’instar d’une lunette de Rochon
ou d’une stadia de Porro, mesure les distances dans les opé¬
rations de l’arpentage et de la géodésie, dispensant de l’em¬
ploi pénible de la chaîne.
Da ns le stéréoscope à demi-lentilles, les deux verres sont
immobiles; dans les deux autres appareils, ils glissent l'un
contre l’autre le long de leur surface de séparation de telle
sorte que la ligne C/ C" ( fîg . 2) des centres optiques disjoints
reste parallèle à cette surface. Nous leur donnons aussi un
mouvement relatif, mais il a lieu (fig. 3) transversalement
à la direction précédente. Quand les deux centres optiques
passent graduellement de là coïncidence à des écarts crois-
( 389 )
sauts, la ligne C; C7/ qui les joint devient normale aux deux
surfaces de séparation.
Les deux faisceaux actifs fournis par les deux verres se¬
ront accompagnés d’un troisième faisceau direct transmis
par l’intervalle rectangulaire compris entre eux. Quoique
en général cet éclairement étranger ne nuise pas, on peut
l’éliminer en collant sur les faces internes les deux lèvres
d’un petit papier noir plié.
Fabrication et installation des demi-lentilles . — ?Sos
demi-lentilles sont sphériques (/ig. 4) ou cylindriques
( fig> 5 ) : nous improvisons les premières au diamant, qui
a 1 avantage de n’amener aucune perte de matière; les der¬
nières, coupées par M. Beyerlé, puis polies intérieurement,
ont subi une faible perte qui n’excède pas onun,5.
Qu’elles soient sphériques ou cylindriques, il faut les
doter de deux mouvements : l’un de translation, pour ac¬
croître ou diminuer et l’écart C' Cf/ des centres optiques et
par suite celui des deux images réelles par lesquelles pas-
senties rayons interférents ; l’autre de rotation, qui permet,
avec les sphériques, de rendre horizontale la ligne formée
par les deux points images, et avec les cylindriques d’ame¬
ner au parallélisme les lignes lumineuses qui forment alors
les images.
Leurs deux mouvements . — On atteint ce but en les en¬
châssant dans des pièces métalliques armées d’appendices
par lesquels elles s’adaptent h une plaque plus grande :
pour 1 une, l’appendice est une plaque cà deux biseaux qui,
reçue par une coulisse et dominée par une vis dont elle
porte F écrou, peut avancer ou reculer*, pour l’autre, c’est
un axe de rotation reçu par la grande plaque et autour
duquel les actions antagonistes d’une vis et d’un ressort
produisent les deux basculements inverses.
V èrification de l utilité et des ejjets de ces deux mouve¬
ments. — Rien de plus laeile que d’apprécier expérimenta-
( 390 )
lement Futilité elles effets de ces deux mouvements. On orga¬
nise, ainsi que nous le décrirons plus loin, une expérience
où les franges se projettent sur un tableau porteur de traits
verticaux équidistants. La rotation de la première vis res¬
serre ou élargit les frangés 5 sous Faction de la deuxième
on voit, surtout pour les demi-cylindriques auxquelles ce
basculement est bien plus nécessaire, les franges s’incliner
et s'altérer au point de disparaître entièrement. Quand,
avec les demi-cylindriques, on les tient, on les porte au
maximum de beautéen changeant, par le mouvement micro¬
métrique qui lui est adapté, l’orientation de la fente.
Conseils pour réussir vite avec les demi- cylindrique s . —
Dès qu’une expérience est un peu compliquée, il convient
de la réaliser d’abord avec les demi-lentilles sphériques et
un point lumineux primaire. Quand on a réglé ainsi le dis¬
positif des principales pièces, on remplace le point lumi¬
neux par une ligne lumineuse, et même si on veut accroître
encore la vivacité du phénomène, les demi-sphériques par
un système de demi-cylindriques ayant même foyer prin¬
cipal.
Indication des principaux cas ou les demi -lentille s sont
préférables . — Ainsi montées, les demi-lentilles se prêtent
commodément à une foule d’expériences soit qualificatives,
soit quantitatives. Veut-on, par exemple, étudier la perte
de - due aux réflexions d’un rayon venant heurter un mi-
2
lieu plus réfringeut que celui où il se meut, on fera tomber les
deux points lumineux ou mieux les deux lignes lumineuses
sur la surface interne d’un prisme, de manière que l’un des
faisceaux tombe là où l’on aura déposé une goutte d’un li¬
quide plus réfringent que la matière du prisme. Pour éga¬
liser les intensités, on pourra déposer deux gouttes de li¬
quides différents dont les indices aient avec celui du verre,
1 un en plus, l’autre en moins, la même différence. En ao-
( )
croissant F incidence, on atteindra pour 1 un des faisceaux
la réflexion totale, et l’on pourra étudier les changements
de phase propres à ces sortes de réflexions.
L’étude de F interférence des rayons polarisés se fera avec
deux petits fragments d’une tourmaline parallèle qu’on
placera là précisément où chaque faisceau se résume soit
en un point, soit en une ligne. S agit-il de l’interférence des
rayons polarisés circulairement, elliptiquement, on com¬
muniquera au trait solaire l’état de polarisation rectiligne,
et on placera, en ces points d’étranglement, des micas quart
d’onde convenablement orientés, comme on le voit dans la
fig. 23 i de notre Traité. Si ces fragments de tourmaline,
ces micas quart d’onde, ont trois côtés contigus de l’octo¬
gone régulier et l’un de ces côtés orienté dans la section
principale, les expériences marchent avec une extrême
facilité.
Un cas où les miroirs semblent garder un grand avan¬
tage. — L’emploi des miroirs a cela de particulier que, si
on les dispose sous l’incidence brewslérienne, ils polarisent
les deux faisceaux, dispensant ainsi d’un polariscope spé¬
cial et se prêtant même à certaines expériences curieuses
si les miroirs étaient de nature différente, l’un métallique
et l’autre vitreux par exemple. Si pour ces motifs on était
tenté de les considérer comme le moyen par excellence de
production des franges et de leur maintenir la préférence
dont ils ont joui jusqu’à présent, nous objecterions que
sous l’angle de polarisation leur réflexion est faible et que
leurs franges perdent cet éclat que leur communique le
choix habituel des incidences rasantes, éclat tellement
avantageux qu’avec les demi-lentilles même sphériques on
peut presque toujours se dispenser de parfaire F obscurité,
les expériences ne recevant aucune atteinte d’un jour (pii
suffise aux lectures du micromètre. INous objecterions sur¬
tout que donner la polarisation rectiligne sans pouvoir
aller jusqu’à la circulaire et l’elliptique, est un bien mince
( 3»2 )
avantage. Or les micas, capables (F opérer une telle trans¬
formation sur les rayons polarisés par les miroirs, devraient
être si larges et seraient si difficiles à placer qu’on n’a ja¬
mais songé à réaliser avec les miroirs de telles expériences.
Les demi-lentilles n ont pas à regretter le mouvement
de translation donné à l un des miroirs. — On sait que
MM. Fizeau et Foucault ont été amenés, dans leurs mémo¬
rables expériences sur l’interférence des rayons affectés
d’un long retard, à dominer l’un des miroirs par une vis
normale qui le pousse ou le tire de manière à introduire
entre eux une saillie plus ou moins prononcée, dont l’effet
est de chasser hors du champ commun la frange centrale et
de n’y laisser que des franges d’un rang élevé. L’introduction
de tel retard qu’il plaît est si facile avec les demi-lentilles
(surtout quand, au lieu de mettre en coïncidence avec l’un
des foyers réels une lame empruntée à un jeu de lames pa¬
rallèles d’épaisseurs diverses, on y place un compensateur
capable de donner avec continuité et à partir de zéro toutes
les épaisseurs imaginables) qu on ne saurait voir là un
motif de préférence pour les miroirs, surtout si l’on songe
que le calcul exact des effets dus à l’interposition d’une lame
donnée, sur le trajet d’un des faisceaux fournis par les demi-
lentilles, est autrement simple que celui du recul d’un des
miroirs. D’ailleurs nous n’avons jamais éprouvé de difficul¬
tés pour réussir avec les demi-lentilles, même avec pro¬
jection, les spectres cannelés des physiciens précités.
Il y a plus : il nous semble que les demi-lentilles pour¬
raient offrir à ces expériences une certaine perfection. On
sait en effet qu’il importe grandement d’avoir deux images
très-voisines et une très-faible divergence entre les rayons
interférents. Or, si (//g. 6) l’on renonce à mettre la lame
retardatrice en P' et que, la prenant plus large, onLapplique
contre rime des demi-lentilles, soit en avant comme S, soit en
arrière comme S;, on comprendra que si l’on rapproche
alors jusqu’à la coïncidence les centres optiques G', C", les
( 3.93 )
images P', P;/ se mettront l une en avant de l’autre, ce qui
dissiperait toute divergence dans la direction de la ligne
P' P" sur laquelle devrait alors se placer la fente étroite qui
précède le prisme élaborateur dans l’expérience de MM. Fi-
zeau et Foucault. Il est juste cependant de remarquer que
si, en coupant la îentilie, il y a eu perte de matière, les
rayons manqueront dans la ligne d’occultation P' P" ; mais
même alors on peut rapprocher assez les images P7, P" pour
n’avoir qu’une très-faible divergence.
Nous devons signaler une dernière étude qui s’accom¬
mode très-bien des demi-lentilles. 11 s’agit de celle de ces
verres parallèles mis obliquement par M. Fizeau sur le tra¬
jet des rayons interférents pour en rapprocher les centres
d’émanation. En les mettant dans les cônes convergents
dus à faction des demi-lentilles un peu en avant des points
de concours P7, P" [fig. 7), on peut venir mesurer avec le
micromètre la nouvelle distance des foyers rapprochés et
voir si elle cadre avec la nouvelle largeur des franges;
nous prévenons seulement que, pour les retrouver après
1 interposition des verres, il faut, pour peu qu ils soient
épais, les laire tourner par un moyen micrométrique.
Après cette appréciation générale des avantages que
semblent offrir les demi-lentilles, il est temps de les voir «à
l’oeuvre et d aborder pour cela la description détaillée
d’un certain nombre d’expériences.
MESURE DES LONGUEURS D ONDULATION A PAR
LES DEMI-LENTILLES (fig. 8).
Je mets au porte-lumière une lentille d’un foyer très-
court qui fournit le point lumineux P, et au delà, à ioio
millimètres, un système de uemi-lenlilles sphériques pour
lesquelles F = /170 millimètres. Elles donnent, 742 milli¬
mètres .plus loin, deux foyers réels dont les rayons diver¬
gents ne tardent pas à se supcrjioser. A 1 1 3 5 millimètres
( 394 )
des demi -lentilles, et par conséquent à 3p3 millimètres des
images, dans le champ commun aux deux faisceaux, j’ins¬
talle le micromètre de Fresnel armé et de son fil et d’abord
de son verre rouge.
Mesure du'k d'un verre rouge. — J’obtiens des franges
soumises à la formule 1—1^, dans laquelle / est la largeur
d une frange, b l’écart P P; des points lumineux et d leur
distance au fil du micromètre. U s’agit de mesurer ces trois
quantités.
La course du micromètre a été de imm,oi 5 pour io franges,
d’où / = o, ioi 5.
Pour mesurer b et e/, j’amène le micromètre à pointer
sur les deux points lumineux, et comme il est installé sur
la règle divisée du banc de diffraction, son déplacement
*
donnera d. Or il était d’abord à la division 1121 milli¬
mètres, il arrive à 728 -, on a donc
d — 3q3.
Les deux images P'', P" apparaissent comme deux petits
disques brillants dont le diamètre peut s’abaisser au-des¬
sous de omm, 1 si on réduit par un diaphragme, à 10 milli¬
mètres, l’étendue des demi-lentilles. Rien de plus aisé que
d’amener le fil à bissecter tour à tour les deux disques. De
l’une à l’autre de ces bissections la course a été 2ram, 4^ ;
on a donc
h = 2mm,45-
On en déduit
o, ioi5. 2 ,
Par la méthode du réseau, le même verre rouge donne
0,000 634-
Avec les miroirs, ni h ni d ne se trouvent aussi simple¬
ment. Pour ù, c’est une nouvelle expérience à disposer, ex-
45
= omm, 000 633.
( 395 )
périence longue, meme quand on substitue à la petite ouver¬
ture circulaire deFresnel le petit disque circulaire opaque
qui a l'avantage de fournir à toute distance ses deux centres
brillants.
Mesure du A moyen qui convient à la lumière blanche.
— En thèse générale, il convient dans chaque expérience de
déterminer le A du blanc. Il est clair que si l’échelle des cou¬
leurs établie par Newton dans ses travaux sur les anneaux
colorés, dominait aussi impérieusement qu’on l a prétendu
les nombreux phénomènes où T interférence sépare les cou¬
leurs et les réassocie en couleurs composées, ce A moyen
du blanc serait invariable et pourrait être demandé une
fois pour toutes «à l’un de ces phénomènes; mais tel n’est
pas le cas, et il est des phénomènes où l association des
couleurs simples cesse d’ètrc conforme au phénomène type
des anneaux des lames minces.
J’ôte le verre rouge et je trouve pour l’épaisseur de
8 franges omm,y4 } j en conclus l — omm,092D.
Pour atteindre les points lumineux blancs, le micromètre
doit aller un peu plus loin que pour les points rouges. La
différence s’élève à 4mm, 5. Je trouve ainsi pour son dépla¬
cement d — 397,5. Je trouve enfin b — 2mTTI, 435. Donc
on a
o ,0920 . 2 ,435
397,5
omm, 000 Ô67 .
La coloration des franges qui n’a pas permis d’en pren¬
dre plus de 8, rend un peu indécis le point où il faut placer
le fil pour effectuer la mesure de /.
Longueurs d'ondes de diverses couleurs élémentaires
(fi g- 9)- — La lentille de court foyer (F — 5mm), qui donne
le point lumineux P, au lieu d’être mise au porte-lumière
sur le trajet du faisceau direct de lumière blanche, est placée
dans une région déterminée d’un spectre fourni par un
prisme de 6o°. La lentille est assez étroite (b millimètres)
( 396 )
et le spectre assez large (110 millimètres) pour que les
rayons engagés dans l’expérience soient sensiblement ho¬
mogènes. En se donnant, par la juxtaposition au prisme
d une lentille d’un foyer un peu long, un spectre où les
raies soient visibles, on pourra s’arranger pour qu’une raie
bi ssecte le faisceau coloré reçu par la lentille et opérer
ainsi sur des rayons parfaitement définis.
Le prisme sur lequel une fente étroite verticale laisse
arriver le trait solaire est disposé de manière à donner une
déviation légèrement supérieure à la déviation minimum. Il
suffit alors de le tourner un peu pour faire défiler sur la
lentille à court foyer toutes les couleurs. On peut même se
donner par réflexion le trait solaire incolore et opérer,
sans changer le dispositif, sur le blanc.
A d'un rouge voisin de F extrémité la moins rèfrangible
du spectre. — Je trouve pour 10 franges iram,o45y d’où
/ — o,io45.
Pour passer de l’observation des franges à celle des points
lumineux, le micromètre court de d— 386,5. Enfin, du
centre d’un des petits diques à l’autre on a le déplacement
2mra,4a5. On en conclut
X
o,nm, 1 045.2 ,425
~ 386,5 '
— omm, 000 656.
A du bleu. — Le violet donnant des franges trop sombres,
nous nous sommes arrêté au bleu. La course d , plus longue
qu’avec le rouge, vaut 4 1 1 ,5 $ l’écart ù, un peu moindre au
contraire, vaut 2,07; d’ailleurs 10/ a valu omm,77, ce c[ui
donne
/ — 0,077;
il en résulte
___ 0,077.2,37
b 4 1 L 5
oirmi,ooo 454 -
( 397 )
Détermination des A dans divers liquides [Jig. io). —
Ayez une caisse étroite et longue fermée à ses deux bouts
par des verres parallèles. En faisant tomber sur le verre an¬
térieur les images réelles de nos demi-lentilles, et mesu¬
rant les franges sur le verre postérieur, il suffira, pour passer
des X de l’air aux // des divers liquides, d’en remplir la caisse
et de procéder à la mesure des franges resserrées par l’action
du milieu. Comme b et d n’éprouvent aucun changement,
on a
* = /-, y = v
a
\ l'
et le rapport - se trouve égal à •
À t
b
d
Il importe que le (il du micromètre vienne prendre les
franges strictement .à leur sortie de la caisse. S’il s’en éloi¬
gnait, le chemin, dans le cas du liquide, serait un chemin
mixte parcouru, partie dans le liquide et partie dans l’air.
Dans ce cas qu il faut éviter, il faudrait d’autres mesures que
celles de / et l' , et la valeur de V dépendrait d’un calcul
d’interprétation bien moins simple.
Avec le verre rouge j’ai, avant que l’eau soit versée, pour
6 franges, 2 millimètres, d’où
Je verse l’eau et je trouve pour 8 franges le même nombre
de 2 millimètres ; V vaut donc 71 d’où il vient
4
A
A
I
3
i
4
4
3
i ,333.
Une autre fois je n’ai obtenu que 1 , 3 1 .
Ces mesures ont été faites avec un micromètre divisé sur
( )
verre et immobile. Ces mesures sont en général moins exac¬
tes, le mouvement du fil assurant au pointé une précision
très-grande, mais on y avait trouvé l’avantage de pouvoir
coller ce verre divisé sur le verre postérieur de la caisse de
manière à bien éviter le chemin mixte.
PROJECTION DES FRANGES DES DEMI- LENTILLES .
En traversant les demi-lentilles, les rayons n’éprouvent
qu’une faible diminution et restent comparables en énergie
à ceux que donnent les miroirs sous les incidences rasantes.
On doit donc s’attendre à voir réussir avec ell es les projec¬
tions.
Dans l’expérience ci-jointe (jftg. 11), une fente étroite,
de omra,5 de large, et qu’on doit tourner lentement jusqu à
ce que le phénomène cesse de s’améliorer, livre le trait
solaire à des demi-lentilles sphériques dont le foyer prin¬
cipal est 435 millimètres. Les franges, petites, sont reçues
sur une lentille projetante spéciale, délimitée par deux sur¬
faces cylindriques dont les axes croisés sont, vertical pour
l une et horizontal pour l’autre. On les réobtient, sur un
écran convenablement placé, très-amplifiées (elles avaient
près de 8 millimètres de largeur) et très-vives, tellement
vives qu’on peut mettre un verre rouge devant la fer. te
sans qu elles cessent d’être visibles de loin.
Supériorité de. la fente. — En remplaçant la fente par
une lentille cylindrique ou même par une sphérique à court
foyer, les franges ne deviennent pas invisibles, mais elles
sont moins belles. La fente est donc ce cju il y a de
mieux pour les projections. On doit la préférer encore
dans les expériences à l'œil nu où 1 on n’a à craindre que
l’excès de lumière. Elle se prête en elfet à l’amoindrisse¬
ment indéfini du trait solaire qu’on amène aisément au
point où la lumière des franges cesse de blesser l’œil. Il est
curieux que les faisceaux fournis par des fentes très-étroites
( $99 )
éprouvent un épanouissement par dilïraetion qui Jour lait
couvrir une très-large partie des demi-lentilles.
Les demi-lentilles cylindriques peuvent mieux faire en¬
core dans les projections, mais nous ne trouvons pas dans
nos papiers d’expérience comparative à citer pour préciser
leur supériorité.
TRANSPORT DES FRANGES PRODUITES PAR LES DEMI-LENTILLES.
Le transport de nos franges peut s’observer et à la loupe
et par projection. Nous recommanderons surtout cetle der¬
nière manière de le produire.
Transport avec une lame mince. — Je prends un mica
de omm,oo8 d’épaisseur et ayant pour équivalent optique
0,008 X 1 >6 — omm ,01 28 , ce qui promet près de 9 franges
pour le transport, d’après la formule
lû. ==. [n - I ) c.
Je l’applique sur une partie d’une des deux lignes lumi¬
neuses qui forment les images de la fente, et, si les points
sont assez écartés et les franges assez fines pour que le ta¬
bleau suffise à cette double projection, j obtiens à la fois et
les franges normales et les transportées.
Transport avec un prisme aigu. — Au lieu d’une lame
mince qui n’agit que sur une des lignes lumineuses, j appli-
/ a — 55'53" \
que sur les deux lignes un prisme très-aigu ( __ )•
Les deux faisceaux interférants le traversent, mais en des
régions dont l’épaisseur n’est pas la même. On doit donc
s’attendre à obtenir et on obtient en effet un transport du à
la différence des épaisseurs.
Contraste inattendu. — En écartant davantage les demi-
lentilles et par suite les images P', P", les deux faisceaux
traversant des régions du prisme aigu plus éloignées subi¬
ront un retard différentiel plus grand;, et Loti doit s’attendre
( 4oo )
exprime le transport en franges. Mais il est curieux que le
contraire ait lieu quand on l’exprime linéairement et d’une
manière absolue. C’est ce qu’établissent les expériences
suivantes faites avec le verre rouge.
DISTANCES
des doux points
lumineux.
LARGEUR
TRANSPORT
d’une frange.
1 en millimètres.
en franges //-•
calculé.
mm
1,325
mm
0,l9l
3,6'2
fx — 18,7
//. = 17
2 , 8o5
0,090
2,84
O r
//. = 01,0
[j. — 35
L’emploi de la lentille bicylindrique ne pouvant que jeter
des doutes et autoriser des objections sur des expériences de
précision, il va sans dire que ce n’est plus par projection,
mais à l’œil armé du micromètre de Fresnel que ces me¬
sures ont été prises.
Le contraste justifié. — On peut montrer que ce con¬
traste est naturel et tient aux conditions mêmes de l’expé¬
rience, en procédant au calcul du nombre de franges qui
doi t exprimer le transport dans les deux cas. En effet , l’angle
du prisme vaut en secondes 3353L On aura donc, pour le
retard différentiel dans la première expérience,
0 * 3353
ï ,325 X - tt - =r 0mm.02l57,
200000 '
ce qui donne F équivalent optique
O ,021 57 x I ,488 == 0,03209
et enfin, par la formule [xA — [n — - 1 ) e,
o , o 3 200 — o 5 o 2 1 5 7 .. . 0
P = - - - - - — i 7 au lieu de 10,7.
o,ooo633 ' '
Dans la seconde expérience on aura de même
206000
Équiv. optique ne de ce retard. o,o45656x 1 ,488— omm, 067935
d ’où
ne — - e
o , 067935 — o , 0^5656
- = 35,2 au lieu de 3 1 ,5.
o ,ooo633
Si ces expériences, dont je ne soupçonnais pas, en les fai¬
sant, tout l'intérêt, étaient reprises avec plus de soin, si
surtout nous appliquions à la détermination des constantes
du prisme a et n, détermination très-délicate quand les
prismes sont aussi aigus, des méthodes moins grossières que
celle qui repose sur l’emploi d'un goniomètre n’atteignant
que la minute, nul doute que nous 11e parvenions à mieux
mettre d’accord le calcul et l’observation.
jNous produisons encore le transport d’une troisième ma¬
nière, à l’aide d’un appareil qui nous sert depuis longtemps
déjà, et qu Arago, ainsi que nous l’a appris la publication
posthume de ses œuvres, aurait lui-même fait construire
et employé bien avant nous. Occupons-nous d’abord de dé¬
crire cet utile auxiliaire.
DESCRIPTION DU COMPENSATEUR D ARÂGO OU D INTER¬
FÉRENCES.
J’ai fait faire un prisme long et étroit, d’un très-petit
angle, qui s’est trouvé de Z/\ 18". A l’extrémité la plus mince
j’en ai fait couper un petit morceau qui, appliqué sur le
grand en sens inverse, forme l’équivalent d’une lame pa¬
rallèle dont l’épaisseur peut varier entre deux certaines li¬
mites ( Jîg . 12). La course totale du prisme qu’on fera
mouvoir est de 120 millimètres et la variation correspon-
Ann, de Chim. et de PhystJ 3e série, t. LXIV. ( Avril 1862.) 26
( 4° 2 )
dante d’épaisseur de
soit omni, oioi par millimètre
de course.
Le prisme court est mastiqué sur une petite ouverture
circulaire dont il couvre juste la moitié (fig* i3). L’autre,
grâce à un pignon et à une crémaillère, peut défiler le long
du premier et réaliser ainsi, avec continuité, la totalité des
épaisseurs.
L’encadrement métallique du long prisme porte une di¬
vision en millimètres qui vient joindre un vernier fixe don¬
nant le 10e, ce qui permet d’évaluer des variations d’épais¬
seur égales à 0,00101.
Pour réaliser l’épaisseur zéro, on oppose à ces deux ver¬
res superposés, sur l’autre moitié de l’ouverture circulaire,
un verre parallèle dont l’épaisseur équivaut celle du système
des prismes, pour un certain état de recouvrement.
A cet état répond le zéro de F échelle. On le détermine
sans peine comme il suit. Ajustons le fil du micromètre sur
la frange centrale d’un système de franges fourni par nos
demi-lentilles. Interposons alors le compensateur sur le tra¬
jet des deux faisceaux en ayant soin que les points lumineux
P', P' tombent, l’un sur les prismes, et l’autre sur le verre
parallèle. En faisant jouer la crémaillère, on fera réap¬
paraître les franges et on pourra remettre en coïncidence
exacte avec le fil le milieu de la frange centrale. La division
ainsi obtenue sur l’échelle en sera le zéro. 11 est à cfnni,8 du
bout mince dans notre appareil.
Ce verre antagoniste parallèle, il est commode de le con¬
stituer par plusieurs verres parallèles indépendants qui,
assemblés par des charnières ou mobiles dans des coulisses,
peuvent aisément s’enlever. Le nôtre est formé par deux
verres d’égale épaisseur, ayant chacun 2 111,11 , gy4-
Tous ces verres ont leurs bords intérieurs libres et peu¬
vent arriver au contact, ce qui permet de faire agir le
compensateur sur des points lumineux très rapprochés.
Outre ce compensateur à course très-lente, nous en
( 4'>3 )
avons un formé de prismes beaucoup plus épais et d un an¬
gle beaucoup plus ouvert (6° io/). Le mouvement d’une cré¬
maillère serait trop brusque avec une telle pente. Aussi
avons-nous fait adapter au prisme mobile une vis micromé¬
trique d’un pas très-fin* et alors, quoique la variation d’é¬
paisseur atteigne omm, io83 pour une course de 1 millimè¬
tre, on n en saisit pas moins, quand l’équivalence des
prismes et du milieu diaphane qui leur est opposé se réalise,
les franges au passage, les voyant entrer du côté extérieur
et s’avancer vers lintérieur, sans doute parce que l’arête
des prismes n est pas rigoureusement transversale.
Avant de passer à la description de quelques-unes des
nombreuses expériences auxquelles ces compensateurs peu¬
vent utilement prêter leur concours, disons quelques mots
sur le moyen que nous employons pour mesurer exactement
les angles des prismes irès-aigiis.
Principe de la mesure. — Ayez un cône convergent se ré¬
sumant pour l’oeil armé d une loupe soit en un point lumi ¬
neux, soit en une ligne lumineuse qui vient tomber en P sur
la circonférence d’un grand limbe {fig. i4)* Le nôtre a près
de zfm ? ^ de diamètre et est muni d une grande alidade sur
laquelle on installe la loupe de Fresuel. Placez le sommet
du prisme au centre du limbe et disposez-le de manière que
ses deux faces reçoivent des rayons. Le faisceau intercepté
se réfléchira, partie à droite, partie à gauche, en deux
cônes dont les sommets occuperont sur le limbe deux posi-
le double de l’angle a du prisme.
Les prismes d’un compensateur sont tronqués, et on
n en pourra pas faire coïncider le sommet avec le centre
du limbe. On verra sans peine que la correction à faire
consiste à retrancher de P P’’ un arc qui ait pour longueur
l’épaisseur de la portion du prisme qui occupe le centre du
1 i mbe .
L’étude des images dénote dans les surfaces d’un prisme
2 b.
( 4°4 )
un peu long bien des imperfections. Si, recouvrant d’un
papier noir tour à tour ses diverses parties, on cherche a,
en variant les lieux où s’opèrent les réflexions, on trouve
dans cet angle des variations, faibles sans doute, mais très-
influentes quand il s’agit de très-petits angles.
Revenons aux demi-lentilles pour les voir opérer avec le
concours d’un compensateur, et comme ce qui a été dit
précédemment suffit pour en faire comprendre l’emploi dans
les transports de franges, bornons-nous cà donner comme
dernier exemple [fig> i5) le dessin d’une projection des
cannelures de Fizeau -Foucault et passons à la double ré¬
fraction [voir à la fin du Mémoire l’explication de la fig. 1 5 ) .
i
LES DEMI-LENTILLES ET LÀ DOUBLE RÉFRACTION.
application des demi-lentilles et du petit compensateur
à la réalisation des deux systèmes de f ranges d'un cristal
biréfringent . — Je clive un petit spath dont l’épaisseur
prise au sphéromètre est amm, 810. Je ne laisse dans le pe¬
tit compensateur qu’un des deux verres parallèles sur le¬
quel j’applique ce spath. Le compensateur est alors disposé
dans la région des deux images Ph P7, de manière que l’un
des faisceaux interférents traverse les deux prismes, l’autre
traversant l’ensemble du verre conservé et du spath [fig* 1 6) .
En faisant jouer la crémaillère, sans qu’on ait à faire
intervenir ni polarisateur, ni polariscope, on arrive d’abord
à un système de franges; en continuant le jeu, on obtient
avec une épaisseur plus grande un second système.
Connaissant la section principale du spath, la position
relative des deux images qui viennent tour à tour interférer
avec le faisceau naturel transmis par les prismes du com¬
pensateur suffît pour montrer que le premier système est
bien dû aux ravoos extraordinaires et l’autre aux ordi-
naires. Mais on le reconnaît mieux encore en armant l’oeil
d’un nicol et provoquant par sa rotation la disparition de
chaque système.
( 4u5
)
Quand la section principale n’est pas parallèle au bord
intérieur du cristal, les deux images ne sont plus à la meme
distance de l’autre point lumineux, et les franges des deux
systèmes sont inégalement larges. On vérifie ces inégalités
par des mesures opérées soit sur la distance des centres des
rayons intérférents, soit sur les franges. On peut encore me¬
surer la distance des deux images fournies par le cristal et
on la trouve conforme à la théorie.
Nos expériences ont porté aussi sur un spath parallèle à
l’axe, pour lequel par conséquent sont en jeu les deux in¬
dices. Ici 1 es images ordinaires et extraordinaires sont l’une
derrière l’autre : lors de l’équilibre leur distance à l’autre
point est rigoureusement la même*, les franges des deux sys¬
tèmes ont donc même largeur.
Comme notre compensateur n’était pas encore gradué
quand nous avons opéré, nous nous abstiendrons de don¬
ner des cliiffi •es.
Le gros compensateur dont il a été question réalise
des épaisseurs extrêmes d’environ 18 et 25 millimètres,
avec une vaiiation totale de 7 millimètres *, il était destiné
à des expériences qui devaient porter sur deux spaths épais*
ayant l’un i8mm, 23i, et l’autre i8mia, 274. Nous avons re¬
connu depuis que le petit compensateur pouvait suffire à
tous les équilibres, pourvu qu’on eût un assortiment de
verres diversement épais à mettre du côté des deux prismes.
Quoi qu’il en soit, nous allons décrire les expériences, dont
une nouvelle, que nous avons faites avec ces gros spaths.
L'expérience des spaths croisés de Frcsnel. — i° C est
d’abord la célèbre expérience des spaths croisés deFresnel,
imaginée par ce grand physicien pour dissiper les objections
soulevées contre sa théorie des couleurs des lames cristal¬
lisées, reprise avec un faisceau convergent. Les demi-
lentilles ne peuvent y intervenir utilement, puisque l’on
n’a besoin que d’un seul point lumineux. jNous couvri¬
rons donc l’une d’elles avec un écran, et il 11e restera
\
( 4°b
plus dans noire manière d’expérimenter que la eircon-
slance d’y employer un faisceau convergent fournis¬
sant des points lumineux réels. On aura ainsi, quand les
sections ne seront pas croisées, un losange de quatre points
réels qu’on pourra étudier à la loupe. Cette expérience, de
quelque manière qu’on la fasse, avec des rayons divergents
ou convergents, réussit très-aisément-, l’inégalité notable
d’épaisseur de nos spaths n’y apportait aucun embarras. Ce¬
pendant elle nous a semblé plus belle et plus facile avec
notre faisceau convergent qu’à la manière de Fresnel. Les
franges des images O, E- E, O ne cessent pas de s’obtenir
quand, ne croisant pas les spaths, on cesse d’avoir superpo¬
sition des deux images équilibrées par les deux spaths. On
les retrouve dans la région commune aux deux cônes qui
émanent des deux sommets opposés du losange reconstitué
qu’occupent ces images. N’oublions pas d’ailleurs qu’ici le
concours d’un poiarisateur et d’un polariscope est indispen¬
sable.
2° Ce sont ensuite deux expériences analogues à celle
qu’on vient de décrire sur des spaths beaucoup moins épais,
réalisant par l’antagonisme de verres convenables, qui ont
eu environ 24 millimètres pour l’image ordinaire et 2omm, 7
pour l’extraordinaire, sans polariscope et sans poiarisateur,
la production successive des deux systèmes de franges.
3° C’est enfin l’expérience des spaths croisés reprise avec
un seul spath, n’exigeant toujours qu’un seul point lumi¬
neux, et réussissant très-bien si le spath est suffisamment
épais. Accordons-lui quelques développements.
Interférence , après compensation, entre les rayons or¬
dinaires et extraordinaires d un seul spath épais. — Que
voulait Fresnel ? Réaliser sur deux faisceaux, Fun ordinaire,
l’autre extraordinaire, nettement séparés, l’interférence qu’il
affirmait se produire dans les lames minces entre des rayons
qu’une séparation rudimentaire laissait confondus. Pour¬
quoi deux spaths égaux? Pour racheter par l’un les énormes
( 4°7 )
différences de route dues à l’autre, et arriver à ces faibles
retards en dehors desquels les franges n’apparaissent plus
sans artifices. Pourquoi les croisait-il? Pour se débarrasser
des faisceaux non équilibrés O, O 5 E, E, et être ainsi dans un
cas simple.
Or le rôle du second spath peut être évidemment dé¬
volu à un compensateur. En faisant appel «à ce moyen, l’ex¬
périence ressemblera mieux peut-être «à celle qu elle voulait
élucider. Mais il faut que les images soient assez écartées et
par conséquent le spath assez épais pour que les deux pris¬
mes <à épaisseur variable puissent recevoir l une, et les ver¬
res parallèles qui compléteront l’équilibre l’autre. Quand
ces prismes et ces verres sont montés de manière à pouvoir
venir au contact, un spath de 18 millimètres d’épaisseur est
plus que suffisant. Nous ne voyons pas comment, sans l’em¬
ploi de rayons lumineux convergents et d’un foyer réel, on
réussirait cette expérience. Pour- les raisons données, nous
nous abstenons de donner ici des chiffres.
Ce qui piécède nous parait suffire pour que le lecteur
apprécie les avantages des demi-lentilles et puisse lui-même
les introduire dans les expériences qu’il lui plaira d’entre¬
prendre. Nous croyons donc inutile d’allonger ce Mémoire
par la reproduction de quelques-unes des expériences que
nous avons faites et sur l’interférence des rayons circulaires
et sur le transport dû aux biréfringents circulaires. Nous
nous bornerons à décrire encore celles sur la réflexion inté¬
rieure totale et non totale, parce qu’on peut en tirer une
preuve expérimentale de la perte de -subie dans certaines
réflexions. Mais, comme nous avons trouvé un moyen plus
net encore d’établir ce point capital, nous donnerons éga¬
lement le détail de cette expérience qui se fait avec les
(ranges de M. Jamîn, quoique les demi -lentilles et le com¬
pensateur lui soient étrangers. Commençons par celte der¬
nière.
( 4» 8 )
Expériences sur la perte de — dans la réflexion de —
sur -h. — Les franges de M. Jamin s’obtiennent, on le sait,
avec les deux moitiés d’un verre parallèle disposées paral¬
lèlement sur la route du trait solaire, de manière que les
rayons lumineux ricochent de l’un à l’autre (fi g* 17). L’in¬
terférence a lieu entre la partie d’un meme rayon qui éprouve
sur le premier une réflexion externe et sur l’autre une ré¬
flexion interne, et la partie pour laquelle l’ordre de ces deux
réflexions est interverti. Si l’on reçoit sur une lentille con¬
vergente le trait solaire après son ballottement, les franges
se projettent très- vives sur un écran placé au foyer.
Si l’on étame un des miroirs, les franges restent belles et
bien visibles, quoique le rayon qui a subi la réflexion interne
sur ce miroir y ait gagné un excès d’intensité inutile, sinon
nuisible.
/
Cela posé, enlevons sur un miroir une bande de l’amal¬
game dont les bords parallèles soient normaux à la direc¬
tion des franges-, si pour cette bande dénudée les deux
rayons interférents subissent deux réflexions internes pa¬
reilles, pour les parties adjacentes étamées l’un d’eux se
sera réfléchi de — - sur H- et les franges, déplacées d’une
demi-largeur, devront correspondre aux brillantes de la
partie nue. C’est ce qui s’observe très-nettement. A l’œil
on peut user et du verre rouge et de la flamme d’alcool salé.
Par projection, le verre rouge affaiblit trop, mais un verre
jaune clair rend plus marqué le contraste des franges du
milieu, relativement pâles, avec celles plus vives du système
qui s’étend à droite et à gauche d’elles.
En installant les deux verres sur de la cire molle, on les
règle sans difficulté, et 011 amène les franges à l’horizonta¬
lité, de manière que la bande déséîamée mise verticale soit
bien placée. Nos verres avaient 4 millimètres d’épaisseur
environ. Ils avaient la forme d’un rectangle (22 de large sur
1 3 de haut). Leur distance était de i5 millimètres. On fera
( 4^9 ). ' •
bien d’arrêter les rayons étrangers par des écrans placés
comme on le voit sur la figure.
Si les demi-lentilles donnent, pour établir cette perte
de — •> une moins belle projection que les lames parallèles
épaisses, elles rachètent cette infériorité par f avantage
qu’ell es ont de manifester également par projection les
pertes variables qui accompagnent les projections totales.
On voit sur la fig. 18 les deux cônes convergents, ou
mieux les séries de cônes convergents résumés en deux li¬
gnes lumineuses, s’engager dans un prisme de verre et s’y
réfléchir intérieurement sous une incidence qu’on peut faire
varier dans des limites très-étendues, soit en deçà, soit en
delà de l’angle limite. Après réflexion, les rayons sortent
du prisme, divergents de certains centres Q;,Q 7 qui seraient
les symétriques de P;, P7 sans les réfractions subies à l’en¬
trée et à la sortie. Dans l’expérience figurée, la nouvelle di- *
rection qui comprend le champ commun aux deux faisceaux
et leurs franges, direction dans laquelle devront s’aligner
et la lentille projetante bi-cylindrique B et le tableau, fait
avec la primitive un angle de 180 — 85 = 90°, duquel se
déduirait l’angle de réflexion intérieure.
Si, après avoir étamé la face EF/, on la dénude sur un
espace central carré (fig. 18 bis), il suffit qu’une des ligues
lumineuses tombe sur cet espace, parallèlement à ses bords
verticaux, pour obtenir i°en dessus et en dessous, des franges
d’interférence dues à des rayons semblables et ayant meme
frange centrale blanche; 2° intermédiairement, un système
de franges dues à des rayons dissemblables, réfléchis, l’un
sur le verre, l’autre sur le métal, et correspondantes aux
milieux des précédentes (fig. 18 ter).
Avec les lames parallèles épaisses c’est le trait solaire en¬
tier, sans fente qui le restreigne, sans lentilles qui le trans¬
forment en cônes soumis à de rapides affaiblissements, qui
est employé : il est donc naturel que les franges y soient
plus vives. Leur dislocation y est plus nette parce que, dans
ce phénomène de lumière parallèle, la formation des
franges est toute locale, les rayons générateurs des divers
points d une meme frange n ayant entre eux aucune soli¬
darité par laquelle l’interférence des uns puisse s’étendre et
se mêler à l’interférence des autres. Ici, au contraire, les
divers points correspondants des deux lignes lumineuses
fournissent des franges très-étendues, qui ménagent par
des courbes de raccordement le passage des franges extrêmes
aux intermédiaires disloquées; comme de plus nos franges
devaient, pour rester visibles, être moins larges, on con¬
çoit qu’il faille quelque attention pour saisir le phéno¬
mène.
Mais précisément parce qu elles sont moins parfaites, ces
franges laissent mieux voir leur centrale et il en résulte la
possibilité, en comparant les positions des deux centrales,
l’une extrême, l’autre intermédiaire, et les rapportant aux
positions des points Q', Q", de dire si le rayon réfléchi sur
la partie étamée subit un retard ou une avance. .Nous avons
reconnu que, conformément à la théorie des tranches, la
différence d’une demi-ondulation accusée par l’expérience
est un retard pour lui.
On se donnera les moyens d’étudier la réflexion totale,
en déposant sur une partie des régions atteintes par l’une
des lignes lumineuses une goutte de liquide, et en poussant
l’incidence au point où elle devient totale pour l’autre fais¬
ceau, sans l’être encore pour la partie mouillée-, un petit
papier carré posé sur la goutte l étale et lui donne"des bords
bien définis. Ainsi conduites, les expériences laissent quel¬
que incertitude, à cause de la trop grande différence d’inten¬
sité des rayons interférents 5 mais si, au lieu de liquide, ou
prend le prisme étamé qui vient de servir, 011 voit que, quand
le faisceau recueilli sur la partie privée de tain se réfléchit
totalement, la dislocation ne porte plus les franges inter¬
médiaires au milieu des extrêmes. Le déplacement s’accroît
dans le sens Q^Q/; et devient supérieur à ce qui doit être
( 4> ’ )
si, comme nous croyons l avoir établi dans notre Traité , la
réflexion totale, verre sur air, avance le rayon au lieu de le
retarder.
LES DEMI -LENTILLES . CALCUL.
Le calcul des demi-lentilles va être établi d’abord pour
le cas où, dans la division de la lentille qui les a données, il
n’y a pas eu perte de substance et où par conséquent leurs
centres optiques CL, G " (situés pour des verres plans con¬
vexes sur la surface sphérique) sont sur les bords internes
des verres et non en dehors de ces bords.
Nous appellerons (fi g. 19) :
L la largeur L ' V , L rr l" de chaque demi-lentille ou mieux
de la partie laissée libre par un écran qui en couvrirait
les parties extérieures et utilisée dans l’expérience.
F leur distance focale principale.
e l’écart C'C" donné aux deux centres optiques; il se
conclut sans peine de la mesure de P P 7.
b la distance P P des deux points lumineux secondaires.
/ la distance PC sensiblement égale à PC' et à PC7.
/' la distance locale conjuguée CPM sensiblement égale à
C'P/etcàC//P//.
â la distance Pj O, à laquelle commence la rencontre des
faisceaux.
A la distance Pt B, à laquelle ils se recouvrent complète¬
ment.
d la distance P, A qui caractérise une position quelconque
(antérieure à IF B 11 ) du plan où s’observent les franges.
r/i la distance PtG pour une position quelconque posté-
. rieure à IF B7.
f s. ’ f d"> f d largeur d’une frange «à la distance particu¬
lière A et aux distances quelconques d , d
n A , nd , n d le nombre total des franges de la région
commune correspondante.
.{ 4 î 2 )
Nous nous proposons de trouver les relations qui unis¬
sent ces diverses quantités, et les expressions qui rattachent
aux données et aux paramètres celles qui n’ont aucun de
ces deux caractères.
Étude directe synthétique . — Avant de nous engager
clans ces calculs faciles, comme il n’est pas inutile de jeter
rapidement sur le sujet un coup d’œil synthétique, nous
remarquerons :
Qu’en O l’interférence commence par les deux rayons
extérieurs homologues. •
Qu’en s’éloignant de O sur l’axe de ligure POG, on ren¬
contre des franges centrales dues à des rayons homologues
qui se rapprochent du bord intérieur des demi-lentilles.
Que les franges qui escortent, à droite et à gauche, la
frange centrale, sont dues à des rayons non homologues qui
ont traversé les verres à des distances inégales de leurs
bords. De sorte que, pour eux, si la lentille n’est pas apla-
né tique, leur retard se complique d’une aberration sphéri¬
que capable d’altérer la position des franges.
Que dans le plan IV B" la totalité des rayons est utilisée,
les franges extrêmes situées vers IV, B/; mettant aux prises
les rayons les plus dissemblables à ce point de vue de l’aber¬
ration sphérique.
Qu’avant comme après ce plan, en A; A" ou en G'G" par
exemple, il y a une portion de chaque faisceau non utilisée,
ce qui rend moins dissemblables les rayons constitutifs des
franges marginales extrêmes.
Mais, tandis que pour une position A' A" antérieure à
B' B" il y a utilisation des rayons extérieurs extrêmes et dé¬
laissement de certains rayons intérieurs, pour la position
G' G" ultérieure ce sont quelques rayons extérieurs extrêmes
qui sortent du champ commun et cessent de concourir cà la
formation des franges d’interférence.
On prévoit et Fou démontrera que le maximum du
nombre de franges possibles a lieu dans le plan IV BA S’il
( 4 >3 )
en est ainsi, chaque distance postérieure <7t sera conjuguée
d une antérieure d qui donnera le meme nombre de franges
qu elle. On pourra se proposer de chercher la relation qui
unit ces distances conjuguées.
Calcul. — On a
d’où
d’où
i ’ i
<1 ou
et
£ — -
i i
/ ./
f F f2
r=^—~ et f+f'-J
f — F
/-F
; /+/'
b = £ - - - ,
f
h —
f — F
0 — {— f 2 L — £
0
rj
f 2 L -f- 6 — b
P F
P F
(/-F)’ (aL-t-e—
(/-F)j>.L+«)(/-F;— */.l
et enfin
J =
sp?
(/ — F j ( 2L/ — 2.L F — e F
On a encore
d’où
B' B" __ A -h/+/' __ A — £
~T~ “ /+/' ~ a
A __ A — 2 o
/+/' ~ T
puis
f'-Hf- F
expression dans laquelle il suffirait de remplacer ù par sa
valeur pour avoir A en fonction des données de la question.
Mais on arrive plus vite à ce résultat en empruntant encore
à la ligure cette autre relation évidente
B' B"
L
A (f — F )
/F
car, combinée avec l’équation précédente, elle donne
^(A — £) _ LA(/ F)
d’où
5 /F
A- 5 L(/-F)
A $
d’où
*/F
/-h/'
L (y — F)2 /— F _ f — F ( L/- LF — -eF
e/2F
/2
P
sF
et enfin
A
'■f1 F
on en déduit
c’est-à-dire
(/- — F ) ( L/ — LF e F)
LA(/-F)
B' B —
B' B"
/ F
L/— LF — sF
, * __ ^(/- F)
mais
on aura donc
( 4*5 )
n
A
B' B"
7T
eL
If'
Occupons-nous maintenant d’une position A antérieure
quelconque.
On a
ÂÔC = b A/ et fd = X y
d’où
A' A" b2 [tl — S) _ b7 / i i \
~fd~ ~ Ud ~ IbS ~ Y \S ~ 7l) ’
et l’on voit, sans y remplacer b et d par leurs valeurs, que
cette expression grandit avec d et atteint son maximum
quand d prend sa valeur extrême A.
De même pour une position postérieure quelconque G
on a
d où
G 'G'
b
d -4-/+/'
/+/'
G'G" b1
d 4- y -K/' b~ i i i >
fA (/“+"/ ) ^ \/4-/' / ;
- , ±\
’ M/— F)2 v y2 //
expression qui grandit quand / décroît et qui acquiert son
maximum quand dx prend sa plus faible valeur A.
C’est donc bien à la distance A qu’on a le plus de franges.
Là relation qui unit les distances conjuguées d \ ds capa¬
bles du menu* nombre de franges est visiblement
!
i i /— F
,1 - B + '
( )
Le rapport de grandeur de ces franges égales en nombre est
1
de — *
d
Le nombre des franges part de zéro dans la région anté¬
rieure à B' B". Or il ne devient pas nul dans la postérieure
puisque dx — oo donne le minimum
II y a donc
M/~ F)
lieu de chercher la position d' conjuguée avec di ~ oo .
Elle dépend visiblement de l’équation
i i
7 _+" 17
qui donne
/2
d'
ef2 F
(/ — F ) LF — s F)
et pour laquelle le nombre des frangés est
b 2 __ s2
Hf+f') ~ >■ (/— F)
Modifications dans le calcul et dans les résultats , quand
il y a eu perte de substance dans la taille des verres. —
Sans insister sur ces détails dépourvus d intérêt pratique,
nous terminerons en disant deux mots du cas où les denii-
lentilles ont perdu chacune, par le trait de scie et le polis¬
sage, une petite épaisseur e. On verra qu’alors pour un
point quelconque A, B ou G il y a toujours, à partir d’un
certain rapprochement des centres optiques C;, C", priva¬
tion, pour ce point, des rayons interférents, et qu’ainsi la
possibilité de mettre les points en stricte occultation, chose
quelquefois très-désirable (p. 392), n’existe plus. On verra
encore que la position du plan B^'7, et les nombres
ontchangé, et, sans entrer dans le détail de calculs analogues
à ceux déjà faits, nous dirons seulement que Bon trouve
dans ce cas pour nA la valeur -- .
( 4*7 )
Si le calcul analogue des particularités oilertes par les
miroirs de Fresnel est beaucoup moins simple, cela tient à
ce que ces miroirs ne sont pas, comme les demi-lentilles,
symétriquement placés par rapport aux deux images P', P".
Si l’expérience se prêtait à ce que le point lumineux fût sur
la bissectrice de l’angle obtus des miroirs, on aurait cette
symétrie et les calculs se rapprocheraient de ceux que nous
venons de développer : mais il est certains résultats tenant
à la réalité des images dans les demi-lentilles qu’on ne re¬
trouverait pas avec les miroirs.
Yerra-t-on dans les demi-lentilles une de ces expériences -
outils qui s’appliquent à de nombreux phénomènes et per¬
mettent d aller dans leur étude vite et bien, c’est ce que
nous espérons.
Explication des figures [PI. V).
Nous croyons utile d’ajouter, pour quelques-unes des figures,
un complément aux développements déjà donnés dans le corps du
Mémoire.
Fig. 4 et 5 — V, vis de translation appliquée à la demi-lentille de
droite L.
e, son écrou mobile porté par l'appendice à biseaux delà plaque sur la¬
quelle cette demi-lentille est mastiquée.
U, vis de rotation appliquée à la demi-lentille de gauche L'. Elle agit
soit sur son bord (fg. 4 ), soit sur un levier spécial {fg. 5).
C, centre de rotation de la plaque qui porte L'.
R, ressort antagoniste. Dans la fg. 5 il est appliqué sur l’autre face, et,
milieu d’agir sur le bord du verre, il agit sur une petite goupille saillante.
L'une de nos demi lentilles sphériques a pour foyer F = 435 millimètres,
chaque verre a pour largeur 20 millimètres.
Pour une de nos demi-cylindriques on a F = 55o millimètres et chaque
verre a t8 millimètres de large.
Fig. 11. — On n'a pas figuré le mouvement micrométrique qui, appliqué
an porte-lumière, permet de changer lentement l’orientation de la fente.
C'est en coïncidence avec l’un des deux points P' ou P" que se mettent les
corps retardateurs tels que le mica, le prisme allongé, ou le compensateur.
Ann. de Chitv . et de Phys., :»r série, T. EX1V. ( Avril 18(12.) 2.H
( 4 1 8 )
Fig. i3. — Sur un grand disque, portant par derrière une douille centrale
qui permet de l’installer sur un des curseurs du banc de diffraction, est pra¬
tiquée une ouverture circulaire centrale dont une moiiié est barrée par le
verre plan B ou mieux le système gradué des verres plans B, l’autre moitié
l’étant par le court prisme A' rendu immobile.
Le long prisme A mobile est mastiqué dans un châssis qui fait corps avec
la plaque P, plaque armée d’une crémaillère marginale et de biseaux par
lesquels elle s’engage dans la rainure RR' , pouvant y monter ou y descendre
sous l’action d’un pignon p. La plaque mobile P porte la division, et une
autre plaque Q, indépendante de P et portée, comme le pignon, par RR', le
vernier,
Fig. i5. — Fente variable dont l'orientation peut se modifier lentement.
Quand on a obtenu des cannelures nettes et vives, sa largeur s’est trouvée
réduite à environ omm,5.
L, L', demi-lentilics cylindriques dont le foyer principal était om, 706.
G, fiche qui porte la lame rétardatrice d’un des faisceaux.
H, fente variable, amenée à environ omm,25, mise dans la région com¬
mune.
Q, prisme suivi d’un objectif achromatique.
E, écran qui reçoit le spectre cannelé; on cherche par tâtonnement l’en¬
droit où la projection est la plus nette.
Fig. î 6. — F, Fente étroite.
L, L', demi-lentilles cylindriques de foyer égal à om,55.
C, C', les deux prismes du compensateur.
S, le spath.
Y, le verre plan équilibrateur conservé.
M, le micromètre de Fresnel.
Fig. 18. — F, fente étroite.
L, L', demi-lentilles cylindriques de 55o millimètres de foyer;
/ ol — n$°
E, prisme isocèle ( ' _ )•
\ 4 — — 1,5 ï6J
EE', sa base où s’opère la réflexion des faisceaux qui divergent à partir des
foyers réels P', P".
B, Lentille bicyîindrique projetante.
T, le tableau mis là où la projection ale plus de netteté.
Fig. 18 ter. — Plan du tableau avec les franges dans le cas de réflexion
non totale.
Fig. 1 8 cjiiater. — Tableau des deux sortes de franges, quand la réflexion
devient totale sur la partie désétamée. — L’angle séparateur des rayons avant
leur entrée dans le prisme et après leur sortie n’était plus 85°, mais i5i°.
(\J\J\ '\A'VVV\/W\ (\J\I\ /WV /Vv\
( 4 « 9 )
RECHERCHES SCR LA SOLIDIFICATION O IN LIQUIDE REFROIDI
AU-DESSOUS DE SON l'OINT DE FUSION;
Pak M. Ed. DESAINS.
Présentées à l’Académie des Sciences, le 17 février 1862.
Je partagerai ce travail en deux parties. Dans la première,
je démontrerai par 1 expérience qu’il faut donner à un
poids d’eau liquide pour l’échauffer de u° à t°t la même
quantité de chaleur, soit que dans ce passage l’eau se gèle
d’abord et se fonde ensuite, soit au contraire qu’elle se
réchauffe sans cesser d’être liquide.
Dans la seconde, j’appliquerai ce principe à la solution
de plusieurs questions relatives à la surfusion, c’est-à-dire
à l’état d’un liquide refroidi au-dessous de son point de
congélation.
O
PREMIÈRE PARTIE.
Ire Section. — Quantité de chaleur nécessaire pour
échauffer un poids d’eau de u° à
Je me suis proposé de mesurer cette quantité, d’abord
lorsque dans le passage de u à 4- t{ l’eau se gèle et se fond
successivement, et ensuite lorsqu’elle s’échauffe sans chan¬
ger d’état. L’appareil que j’ai employé se compose d’un
cylindre de verre, au milieu duquel se trouve le réservoir
d’un thermomètre. Lue des extrémités du cylindre est
amincie et soudée à la partie inférieure de la tige du ther¬
momètre-, le reste de la tige sort en dehors. L’autre extré¬
mité est également effilée. Dans l’intérieur du cylindre ou
a fait pénétrer et bouillir de l’eau distillée-, puis la pointe
a été fermée, en sorte que l’appareil forme une espèce de
27.
( 4^0 )
petit marteau d’eau. La quantité de liquide suffit pour cou-
vrir tout le réservoir du thermomètre.
Pour le refroidir, je me sers d une enceinte cylindrique
en fer-blanc fermée par un couvercle muni d une douille.
Elle est entourée d’un mélange de glace et de sel ; et
lorsque l’air intérieur est suffisamment refroidi, j’y intro¬
duis l’appareil et l’y assujettis, de manière qu’il en occupe
l’axe et que la tige sorte à travers la douille dans laquelle
elle est fixée par un bbuchon. Je suis avec une montre à
secondes le refroidissement du thermomètre en évitant
toute agitation. La température s’abaisse à u°, u étant néga¬
tif, et se relève rapidement à zéro par l’effet de la congéla¬
tion d’une partie de l’eau. Alors j’enlève l’appareil hors de
l’enceinte froide et je le plonge dans un vase de cuivre
contenant de l’eau, et disposé comme celui dont se sert
M. Régnault dans ses expériences sur les chaleurs spéci¬
fiques. L’eau du vase se refroidit à une température t et
cède ainsi à l’appareil de la chaleur qui fait fondre sa glace
et le réchauffe ensuite à une température tx, La quantité de
chaleur qu’il a absorbée pour passer de u à -f- 1 1 avec con¬
gélation et fusion intermédiaires est
( 4*i )
M étant le poids de l’eau du vase de cuivre augmenté des
valeurs en eau de ce vase lui-même et du thermomètre
qu’il contient $ A la quantité de chaleur donnée par l’air
extérieur pendant l’expérience et 9 la température initiale
de l’eau M.
D’un autre côté, afin de connaître la quantité de chaleur
que l’appareil aurait exigée pour s’élever de u à + si
l’eau s’était réchauffée en restant toujours à l’état liquide,
je refroidis de nouveau l’appareil comme précédemment*,
mais lorsque sa température est voisine de zéro, égale à e,
je l’enlève hors du mélange réfrigérant et le plonge dans
l’eau du vase de cuivre qui se refroidit de 9' à //, tandis que
l’appareil s’échauffe de r à t\ . La chaleur qu’il gagne est
alors M' ( 9 ' — t') -f- Ar, les lettres accentuées désignant ici
des choses analogues à celles que les mêmes lettres sans
accents désignent dans l’expression (i). On en conclut que,
pour s’échauffer de « à -f- f, sans que l’eau cessât d’être
liquide, l’appareil prendrait
(2)' [W (V - t') + K'}~ A
en admettant que la chaleur spécifique de l’eau liquide ne
change pas sensiblement de u à H- tx ; ce que j’ai vérifié
comme je le dirai plus loin (VIIIe Section).
Dans les expériences que j’ai faites, les quantités (i)
et (2) se sont trouvées égales; elles ont donné
M(e — t) -+- A _ M' (0' — f') -h A'
— a — v
Elles montrent donc que, pour échauffer un poids d’eau
liquide de u à f1} il faut lui fournir la même quantité de
chaleur, soit que dans ce passage l’eau reste toujours
liquide, soit qu elle se gèle d’abord, et se fonde ensuite.
( 4*2 )
Tableau I. — Expériences accompagnées de congélation.
température
POIDS
de l’eau
du vase
CHALEUR
céd^e
par l’air.
A.
DATES.
1859.
•
à
laquelle
l’eau
s'est
gelée.
U,
Initiale
de l’eau
dans
le vase
encuivre
0.
finale
de
cette eau.
t.
finale
de
l’ap¬
pareil.
de cuivre
corrigée
du vase
et du
ther¬
momètre.
M.
VALEUR
de
l'expression
M ( 0 — t ) -h A
~ - - *
f, — II
o
O
O
O
8 mars. . . .
— 4,5a
18,48
i3,5o *
i3,5o
i36, 104
11,71
38,34
12 mars. . .
— 6,5o
20,25
>4,52
i4,55
1 36, 064
10,32
37,53
22 mars. . .
- 7,25
12,17
7 >96
8,00
1 36 , 1 3o
5,26
37>92
Moy... 87,93
Tableau IL — Expériences sans congélation.
TEMPÉRATURE
POIDS
de l’eau
du vase
de cuivre
corrigée
du vase
et du
ther¬
momètre.
MV
CHALEUR
cédée
par l’air.
A'.
DATES.
1859.
de
l’ap¬
pareil
froid.
V.
initiale
de l’eau
dans
le vase
de enivre.
finale
de
cette eau.
t'
finale
de
l’ap¬
pareil.
t'
VALEUR
de
l’expression
M'(0'— f')+ A'
1 1 ‘
1,-0 '
8 mars . . .
G
O
0
O
18, 5i
14, 3i
• 4,3i
Ov
O
V»
O
00
O
— 8,02
39, 38
i5 mars . . .
O
^,70
11,4*
1 1 ,35
i36,2i6
-24,29
37 ,25
29 mars. . .
0,5
10,80
00 1
8,65
1 36,194
+28, 85
38,56
Moy... 38,39
( 4^3 )
L’égalité presque exacte des moyennes des deux tableaux
prouve la proposition avancée.
Remarque sur les températures t et tY inscrites dans le
tableau I.
L’appareil se réchauffant aux dépens de beau extérieure
qu'il refroidit, il parait d’abord surprenant de lui trouver
une température tx — 8 supérieure à celle de beau t — 7,96,
et bon est tenté d attribuer la différence à une erreur
d’observation ; cependant elle peut exister réellement et
tenir à un effet de conductibilité. On peut imaginer des
circonstances où bon en produirait une bien plus grande
et dans le meme sens. Si, par exemple, on plongeait un
corps froid à la partie supérieure d’une eau un peu pro¬
fonde, celle-ci se refroidirait, tomberait au fond et le corps
finirait par se mettre en équilibre avec les couches supé¬
rieures, tandis que les inférieures resteraient plus froides.
Si alors 011 venait à agiter le liquide, il prendrait une tem¬
pérature uniforme plus basse que celle du corps. J’agitais
trop le liquide extérieur et j’enfonçais trop le corps froid
pour que cette cause put avoir une influence fort sensible,
mais il n’est pas impossible qu elle ait produit des diffé¬
rences de quelques centièmes de degré.
IIe Section. — Discussion des expériences précédentes .
Les différences des nombres inscrits dans la dernière
colonne d’un même tableau tiennent surtout sans doute à
des erreurs de lecture. Le thermomètre qui servait à éva¬
luer t et 0, t! et était divisé en cinquièmes de degré -, celui
sur lequel je mesurais u et tu e et b,, en demi-degrés; si,
comme je le suppose, en appréciant à l’œil les fractions, je
11e me trompais pas de plus d’un quart de division pour
le premier et un cinquième pour le second, ces erreurs ne
( 4^4 )
surpassent pas o,o5 sur t et 0; 0,1 sur u et tx. Or des
inexactitudes de cet ordre de grandeur suffisent pour expli¬
quer les différences dont il s’agit; mais comme elles sont
accidentelles, elles doivent influencer les observations tan¬
tôt dans un sens, tantôt dans l’autre, et avoir peu d’effet sur
les moyennes.
La différence qui subsiste entre les moyennes des deux
tableaux a une autre cause. Les températures u et n sont
observées (pendant un refroidissement d’autant moins ra¬
pide, qu’elles sont plus basses et par suite plus voisines de
celle de l’enceinte. Pendant ce refroidissement, Feau qui
entoure le thermomètre doit être plus froide que lui, en sorte
que u et n devraient être diminuées pour représenter la
température de l’eau, et n plus que u. Celte diminution en
produirait une dans les valeurs des expressions inscrites à
la dernière colonne des tableaux, mais une plus grande
dans le tableau IL La moyenne de ce tableau, qui est la plus
élevée, devant être amoindrie plus que l’autre par la cor¬
rection, on conçoit qu’elles pourraient se rapprocher encore
plus de l égalité. J’ ai développé dans les Sections III et
suivantes une méthode par laquelle je suis parvenu à faire
les corrections relatives à cette cause d’erreur.
sions de l’appareil; mais on ne peut pas les réduire beau¬
coup, parce que l’on amoindrit en même temps (6 — t) et
qu’ alors les erreurs de lecture sont moins négligeables par
rapport à cette quantité. Il est facile de se rendre compte de
la relation entre 0 — t et les dimensions de l’appareil, en
supposant, par approximation, que celui-ci est un cylindre
de rayon r, de hauteur /, ayant d et c pour poids et chaleur
spécifiques, et que l’eau qui l’enveloppe est terminée exté¬
rieurement par une surface cylindrique de même hauteur
et de rayon r-t- p, p étant au moins égal au diamètre du
thermomètre placé dans Feau pour mesurer 9 et t. Alors,
quand l’appareil se réchauffera de n à f, on aura, en faisant
( 4 25 )
abstraction du vase qui contient l’eau et de son thermo¬
mètre, l’égalité
7r v 2 Idc (t — v) — ni [(r -f- p)? — r'2] ( ô — t).
d’où
0 — t
11
cdr ' edi
expression qui montre bien que 6 — t diminue quand r
diminue.
L’appareil ‘ auquel je me suis arrêté après plusieurs
essais contenait 2Sgr,643 d’eau. Sans eau, il pesait 68gr,9oi.
Le réservoir avait environ 170 millimètres de long et 19 à
20 de diamètre; au-dessus de l’eau se trouvait un espace
convenable pour qu’elle pût se dilater en se congelant. Le
thermomètre intérieur avait un réservoir d’environ 80 mil¬
limètres de long et 5 à 6 de diamètre. Avec ces dimensions,
les erreurs présumées de lecture sont restées d’assez petites
fractions de la quantité 9 — et en même temps les tempé¬
ratures u et o ont toujours été assez peu différentes de celles
de l’eau environnante, comme l’a fait voir la méthode de
correction qui leur a été appliquée.
Lorsque j’introduis l’appareil froid dans l’eau M du vase
aux mélanges, celle-ci se refroidit, tandis que celui-là se
réchauffe; il arrive un moment où leurs températures sont
égales ou tout au moins fort peu différentes; c’est ce moment
que je choisis pour celui de la température finale que j’ap¬
pelle t pour l’eau du vase et t , pour l’appareil. Il ne coïn¬
cide pas toujours avec le moment du minimum de la tem¬
pérature de M.
Pour évaluer A, j’ai déterminé par des observations
spéciales de refroidissement ou de réchauffement du vase
de cuivre contenant de l’eau la quantité de chaleur (<7)
que le milieu extérieur lui prend ou lui donne pendant une
minute pour un excès de température de i°; alors dans
( 4^6’ )
chaque expérience, depuis l’introduction de l’appareil dans
l’eau de M jusqu’au moment de la température finale, je
mesure à différentes époques la température variable de
cette eau, et en multipliant l’intervalle des deux époques
par l’excès moyen de la température de l’air et par le coeffi¬
cient (<2), j’ai la quantité de chaleur cédée ou prise parle
milieu dans cet intervalle; la somme de ces quantités
est A. Elle est positive quand le milieu donne plus qu’il
ne prend, négative dans le cas contraire. Dans mes expé¬
riences ( a ) = 1,4, c’est-à-dire que la quantité de chaleur
donnée au vase de cuivre contenant l’eau par le milieu
pendant une minute pour un excès de i° serait capable
d’élever 1 gramme d’eau de i°,4*
IIIe Section. — § Ier. Refroidissement ou réchauffement
dun thermomètre et de T eau qui l environne quand
celle-ci n'est pas agitée.
Un thermomètre U est dans un vase de verre fermé JJf
en partie plein d’eau; le système UU' est plongé dans un
cylindre de fer-blanc Ur , entretenu extérieurement à une
( 4*7 )
température constante w; on se propose d étudier les tem¬
pératures de U, de U' et de l’air contenu en \]'r 5 je parlerai
comme s’il s’agissait d’un réchauffement.
Soient u la température du thermomètre à l’époque h ,
1/ celle de l’eau, u'' celle de l’air, enfin w celle de l’enveloppe
de fer-blanc. Soit <7 la chaleur nécessaire pour élever de i°
la partie du thermomètre contenue dans le vase 17; soient
S la surface de contact du thermomètre avec l’eau et S y la
quantité de chaleur que cette surface recevrait en une minute
de l’eau qui l’entoure, si la différence de température était
de i°-, soit e la quantité de chaleur que la partie du ther¬
momètre située dans le vase U' en dehors de l’eau recevrait
en une minute et pour une différence de i° de la surface
horizontale de l’eau et de la partie du vase 17 supérieure cà
l’eau*, dans l’instant dh le thermomètre recevra
( S 7 + e) ( u' — 11) dh ;
cette quantité élèvera sa température de du et l’on aura
rjdu = (S 7. -f- s ) ( u' — u) dh
du S7 ,
Tk =
L eau forme avec l’enveloppe du vase U7 qui la contient
un système que je supposerai avoir partout à la fois la tem¬
pérature u! 5 ce système donne de la chaleur au thermo¬
mètre U et en reçoit en meme temps de l’air ambiant par
contact et rayonnement, de l’enceinte de fer-blanc par seul
rayonnement. Sous cette influence il s’échaude de du! dans
l’instant dh et gagne une quantité de chaleur q' du! , si l’on
appelle q' ce qui est nécessaire pour l’échauffer de i°. Soient
S' la surface extérieure du vase 17, S' y' et S1 d les quantités de
chaleur que l’air et l’enceinte de fer-blanc lui donneraient
dans une minute pour un excès de température de i°; tm
ou
(3)
aura
( 4^8 )
c]' clu! — S' 7' ( u" — u!)dh — ( S 7 -H e ) ( u! — ■ « ) dh -f- S' S' ( w — u! ) dh
ou
L’air contenu en U" reçoit de la chaleur de l’enceinte de
fer-blanc et endonne au vase U7; soient q” la quantité néces¬
saire pour réchauffer de i° et du!' son élévation de tempé¬
rature dans l’instant dh , on aura
q" du" — S" q" ( w — u" ) dh — S' 7' ( u" — u' ) dh ,
en appelant S" la surface de F enceinte et S "y" la quantité de
chaleur que l’enceinte donnerait à l’air dans une minute
pour un excès de i° 5 de là
(5
du"
dh
SV, - sy
— TT (w — « ) - ~ÏT (u
ur)
O11 peut entre les équations (3), (4) et (5) éliminer il
et il' et ne conserver que u et ses dérivées.
L’équation (3) donne
, q du du' du q d2 u
u u - f- — - et — — - (- — - ;
. S 7 -f- £ dh dh dh S 7 — | — e dh 2
en substituant ces valeurs de 11 et C— dans l’équation (4),
on en déduit
u
qq
d 2 u
■+
(S7~}-s)Sy dh
/ /
/ 7
q q
— l — _i _ L— _i_
1 O ' f 0/ f
q rj 4 du
^7 fs SY SY (S 7 -h s) 7/ 7/i
s
— 1~ ll> ~}~ — 7 U
7
w
( 4^9 )
77
d3 il
et
du" _
d/i (S y -f- s) S' y' d/d
c! . ci ,
7
r/2«
vS y — f— £ S'y' S'y' ( S y — f— s)y'/ <7//2
S \ du
' + ÿ) Th
et en substituant dans l’équation (5)
d*u /Sy -+- s Sy-h s S'y' S'£ , S" y"
dh3 \ y y' q ' y'
S'y' \ <72 w
//
.//
y y y y y y / d/i2
(Sy 4- e) S" y" (Sy-+-«)S"y" S'S"y'y"
77
r r
<1 7
y' y"
S'S"y"£ (Sy -H e) S'y’ (Sy-f-e)S'y'
7' 7"
77
7' 7"
(7 A
S y H- s) S' y ' ( S y -P s ) <î Sr
S'2y'<î (
' H- - — ! - ; — - +
<7' "
77
77
S 7 + s) S' S" 7V' (S7 + ê)S'S"7"iî
- h -
/ O
I
\
77' 7"
77' 7"
"+*
(Sy H- s)S'2y'o
> [u — w ) — o .
77' 7"
En posant z ~ u — w, cette équation peut s’écrire
(6)
rt3 z , <72z , , cfe
— - h k — - \- k' — -H X" z
dh 3 <7A 2 dh
o,
si l’on y représente, pour abréger, par A, A7 et À7 les coeffi-
<72m <7« il -t
cients de et u — £*>, lesquels sont tous positifs.
On satisfait à l’équation (6) en posant z — V>e~bh ^ ce qui
donne
dz
dh
— =r - bBc-bh,
d2z
~dh 2
A 2 B e~hh 5
r/3 ;
7h
— £3B'
-64
et, par suite,
— h 3 -t- X- /; 2
/■’ b --h k"
o.
( 43o )
En appelant b , //, b" les trois racines de cette équation, dont
aucune ne peut être négative, puisqu’il n’y a que des varia¬
tions dans le premier membre, on a
(7) u — M = Be~bh -+- B' e~b/l -h B"e~b"h.
Si b est la plus petite des racines, le terme B e~bh pour une
valeur assez grande de h sera encore appréciable, tandis
que les autres ne le seront plus. Ainsi à partir d’une époque
convenable, u — oj décroîtra en progression géométrique,
tandis que le temps croîtra en progression arithmétique.
L’équation (3) donne
q du
II W U — • w — {— — - » -■
S y H- s dh
d’où, en remplaçant
du
dh
parsa valeurdéduitedel’équation (7?),
on a
u' — w == u — w — - — (]— ( bBc~bh~p b'B'e~b'h-{~ b"B" e~b"h)
Sy H- s
et, après un temps assez long pour que subsiste seul,
Ainsi il suffira alors de multiplier u — o), nombre que
fournit l’observation, par 1 — ^ ^ - pour avoir u! — 00
’ r S y -P s 1
et, par suite, u! . On pourra donc faire la correction cher¬
chée si l’on connaît b et - — - —
0 y — f— £
§ II, — Cas où a) est une fonction du temps de la forme
0) — of 4- ah, o/et a étant des constantes .
Alors les équations (3), (4) et (5) ne sont pas changées;
I
( 43. )
d 2 il,
on en déduit toujours la valeur de a" en fonction de
~5 u et w: mais cette valeur de u' contenant w. celle
an
j du . i $ dm i ? / • p i
de — — contiendra un terme - —5 et 1 équation linale
dfi Y dh
deviendra
d3 u d2 u 7ldu \ ( S7 s) S' S cIm
7k^kdh>+k M + -
Pour la résoudre, il convient de poser z — u — oj -+— (S,
(3 étant une constante convenablement choisie -, alors
u = z 4- a) — (3, et elle devient
d3 z d2z j dz r/w \
- h /■ - h /*' - 1 - 14- kN(z — S
dh3 dh 2 \dh dh ' u
(Sv + sjS'^/w
C/<1
dh
o,
et en faisant
, r (S y 4- î)S4î\ d w
(i(l
dh
M
d'où, à cause de — - = a.
dh
S
qq' h' — (S y 4- fi) S'^
qq' h"
y. •
•lie se réduit à
d3z d2 z dz
if + h if + * dh+ z - °-
L’on en déduit, comme précédemment,
M — w 4- p = Be-6/'4- 4- B"t'~*' A,
ù, ù7, bn étant les racines de la même équation
b 3 4- Z b* : — P ê 4- Z v ™ o,
( 43 a )
Après un temps suffisamment long, si b est la plus petite
des racines, on aura
u — m — j- 8 — B e~b/l :
d
Dans le cas où go variera très-lentement, — — ou a. sera très-
dh
petit ; on pourra négliger j3 et l’on aura
u — m = Be~bh,
go étant ici la température de F enceinte à l’époque h et non
plus la température go' du commencement de l’opération.
Dans ce qui suit, je supposerai a assez petit pour négli¬
ger (b. Mais go — go ' = ah ne peut être négligé, quoique a
soit petit, parce que h croît indéfiniment,
f?
IVe Section. — - Vérification expérimentale de la théorie
précédente et recherche de b.
J’employais, comme je Fai dit, une petite enceinte de fer-
blanc entourée d’un mélange réfrigérant; j’en mesurais la
température* au moyen d’un thermomètre que je laissais
séjourner quelque temps dans son intérieur; le retirant
alors, je mettais à sa place l’appareil que j’ai décrit, dont
j’observais le refroidissement avec une montre à secondes:
finalement j’enlevais cet appareil et remettais à sa place le
thermomètre, afin de voir si la température avait changé
pendant l’expérience. Je citerai deux refroidissements ainsi
observés.
Expérience du ï 5 mars i 85q.
Avant l’introduction de Fappareil, la température de
Fenceinte était iy,66 à 2h4am. Après qu’il fut retiré,
elle était — 19 à 3h55m. Elle avait diminué de o ,66 en
minutes. Cette diminution me paraît assez faible et assez
lente pour appliquer au refroidissement qui eut lieu de
( 433 )
2h54m à 3h3im 10% les calculs précédents. Pour avoir
u — r*>, j’ai admis que le changement de w s’était fait pro¬
portionnellement au temps, et j’ai retranché des valeurs
observées de u les valeurs de w ainsi calculées. Dans le ta¬
bleau suivant, les heures sont comptées à partir du mo¬
ment où P appareil a été introduit dans l’enceinte, u — w
est calculé par la formule
u — w — 29,64 c~6/',
dans laquelle Le-/' — — 1,9918, le signe L désignant un
logarithme ordinaire..
Tableau III.
HEURES.
(*)•
TEMPÉRATURES
u —
- CO
DIFFÉRENCES.
II.
co.
observé.
calculé.
f //
O
2 . 00
9>5
— .*9,53
29, °3
3.00
9>°
— 19,53
28,53
4 o5
8,5
— 19,52
28,02
6.o5
7>5
— 19, 5o
27,00
8.20
6,5
- »9,48
25,98
n .35
5,o
- >9,45
24,45
1 3 . 3o
4,o
'9,45
23,43
16. "20
2,5
- >9>4‘
21,91
21 ,78
4-0 , 1 3
17.30
2 ,0
— n),3g
21,39
21 ,3o
-4-0,09
20.00
1,0
- !9,37
20,37
20,32
4-0 ,o5
22 . 20
0,0
— 19,35
19,35
'9>44
-°,°9
23.55
— 0,5
- '9,34
18,84
.8,87
— o,o3
25.25
1 ,0
— 19,32
1 8 ,32
18,34
— 0,02
27 .00
— i,5
— '9,31
17,81
17,80
— 1“0 5 0 I
28.35
— 2,0
- J9,29
*7>29
17,28
-4-0 ,OI
3o.o5
— 2,5
— 19,28
16,78
16,80
—0,02
3i-45
— 3,0
— '9>27
16,27
16,28
— 0,01
33.35
- 3,5
- 19,25
15,75
15,72
-4-0, o3
35.20
- 4,0
— »9,23
15,23
1 5 , 2 1
4-0,02
37.10
L.. _ J
- 4,5
- 19,22
14,72
*4>G9
? o3
Ann. de Chim. et de Phys., 3e série, t. LX1V. (Avril 1862.) 28
( 434 )
Expérience (la 12 mars i85g.
Avant l’introduction do l’appareil, la température de
l’enceinte était — 19,73 à 3h 25m. Après qu’il fut retiré,
elle était — 17,64 à 4h45m. La température o> fut déduite
de ces nombres comme précédemment. L’appareil fut intro¬
duit à 3h27m; les heures sont comptées à partir de ce
moment, u — w est calculé d’après la formule
u — w = 32 , 86 e~bh ,
dans laquelle Le~/' est comme ci-dessus — 1,9918.
Tableau IV.
TEMPÉRATURES
u —
-01 '
HEURES .
DIFFÉRENCES.
(A).
U.
&>.
observé.
calculé.
ï 1 1!
i oc»
0
i3,5
— 19, 66
33,°i6
5. o5
1 1 ,0
— 19,56
3o ,56
17.50
5,5
- ‘9,27
24.77
22 i5
2,5
- !9>l7
2 1 ,67
21,59
-+-0 ^ 08
27 20
o,5
— 19,06
i9,56
19.6i
— o,o5
28.45
0 ,0
— 19 >02
19,02
ù)>°9
—0,07
3o 4«
o,5
— 18,98
.8,48
18,42
-ho,o6
3a 00
— 1,0
— 18,95
J7>95
17.96
— cT, 0 1
33.35
— i,5
— 18,91
1 7 >4*
17,43
— 0,02
35 . 1 0
— 2,0
~ 18,88
16,88
16,92
-0,04
36.45
- 2,5
- 18,84
16,34
16,42
— 0,08
38.35
— 3,o
— 18,80
.5, 80
i5,86
— 0,06
4o . 3o
- 3,5
— 18,75
1 5,25
1 5 ,3o
—0 ,o5
42.35
— 4,0
- 18,70
14,70
•4.71
— 0,0(
44-35
_ /. r.
tj , j
— 18,66
«4>‘6
1.4, 16
0,00
46.45
— 5,0
— 18, 6t
i 3 ,6l
i3,5.c)
-ho, 02
49- »5
— 5,5
— .8,55
1 3 ,o5
î2.97
+0,08
! 5 i . 3o
— 6,0
— 18, 5o
12 ,5o
12,43
-4-0 ,07
54 ■ 00
- 6,5
— 18,4 \
11 .94
1 1 ,85
"hO,ü9
( 435 )
Les tableaux précédents montrent qu’à partir d une va¬
leur suffisante de / 1 , u — ca se laisse représenter par un
seul terme XSe~bh\ alors en effet les différences entre l’ob¬
servation et le calcul tombent dans les limites des erreurs
des lectures qui peuvent s’élever à environ o°, i, comme je
l ai déjà dit. L égalité Le-/' = — 1,9918 donne
b — o ,0 1 888.
J’écrirai dans ce qui suit b — 0,019.
V e Section. — Recherche de S y et de e.
Lorsque du verre est en contact avec de l’eau plus chaude
que lui, il passe de l’eau au verre, en chaque minute, à
travers chaque unité de surface, une quantité de chaleur
qui est représentée par y lorsque la différence des tempé¬
ratures des deux corps est de i°. Pour déterminer y, il
suffit de plonger dans un poids d eau connu, à une tempé¬
rature connue, un vase de verre fermé contenant un liquide
et un thermomètre, d’observer le refroidissement de l’eau
pendant une minute lorsque le réchauffement du vase de
verre est devenu lent; en multipliant le refroidissement de
l’eau par son poids, on a la quantité de chaleur cédée au
verre en une minute, et en divisant par la surface de contact
du verre et de beau et par lexcès moyen de température de
l’eau sur le verre pendant cette minute, on a y. Si pendant
l expérience l’air extérieur donne de la chaleur à l’eau, il
faut l’ajouter à la chaleur perdue par Peau pour avoir la
chaleur cédée au verre. \ oici les détails d une détermina¬
tion ainsi faite.
L’appareil dont il a été question jusqu ici fut refroidi
dans un vase entouré de glace et, lorsque sa température
sembla à peu près fixe, plongé dans l’eau contenue dans le
vase de cuivre déjà décrit et agité dans cette eau. Au bout
de quelque temps, la température de l’eau descendit en
28.
i 436 )
deux minutes de ii°,oi à 10,80; sa valeur moyenne pen¬
dant cet intervalle était donc io°,9o5. Aux mêmes in¬
stants les températures de l’appareil furent 8°, 53 et 9°,6i,
dont la moyenne est 9°,oy. D’ailleurs le poids M de l’eau,
en tenant compte du vase qui la contient et du thermomètre»
était i36gr,553. La quantité de chaleur cédée a l’appareil
pendant deux minutes pour un excès de i°,835 était donc
i36, 553 X o, 21 . Mais de plus la température de l’air
extérieur étant alors i3°,5 et Fair donnant au vase qui
contenait l’eau une quantité de chaleur x ,4 par minute et
pour un excès de i°, il faut ajouter à ï36,553 xo,2i le
produit i,4 X 2 X 2,5p5 pour avoir la quantité totale trans¬
mise à l’appareil intérieur. On trouve ainsi 35, 942 et, en
divisant par 2X1 ,835, on obtient pour la quantité trans¬
mise par minute et pour un excès de i° le nombre 9,79.
J’ai obtenu par une autre détermination 9,44* Fa moyenne
est 9,62; et comme la surface de contact de l’appareil avec
beau était environ io5cc,3,
9,62
Quant à la surface S, elle était environ i5 ,89. Par suite
7S — 1 ,45.
£ est une quantité fort petite; j’ai obtenu une limite
supérieure de sa valeur par les recherches suivantes. J’ai
fait refroidir l’appareil dans une petite enceinte pleine
d’air, noircie intérieurement et entourée de glace fondante,
et j’ai trouvé pour son refroidissement par minute et pour
un excès de i°, o°,o2i9.
D’une autre part, ce même appareil plongé dans Feau se
refroidit par minute et pour un excès de i° de o°,276.
nombre fourni par la moyenne de deux déterminations;
mais la quantité y qu'il cède alors à Feau par unité de sur-
( 43; )
face est 0,0914 ; donc celle qu’il perd dans l’enceinte pleine
d’air par unité de surface dans les memes conditions est
0,0914 X o ,02 19
— — - - — - - — «
o ,276
Si le verre était noirci ou mouillé deau, ce qui revient
à peu près au même, puisque le pouvoir émissil de l’eau
diffère peu de celui du noir, cette quantité grandirait en
restant cependant inférieure à
o ,oqi4 X o ,0519 10 0
’ ■ -- X — — o,ood,
0,276 9
puisque ce n’est que dans le vide que la vitesse de refroidis¬
sement est proportionnelle au pouvoir émissif. Ainsi la
quantité de chaleur que l’unité de surface du verre mouillé
gagne on perd par minute pour une différence de tempéra¬
ture de i°, dans une enceinte noire contenant de l’air, est
plus petite que 0,008.
s est la quantité de chaleur qu’une portion de tige dont
3e diamètre est environ 5mm,5 et la hauteur 3cm,5 reçoit
par minute et pour une différence de i° de la portion de
l’appareil IJ7 située au-dessus de l’eau-, les parois de cette
portion sont de l’eau ou du verre mouillé 5 l’intérieur est
presque vide, puisque l’on a fait bouillir l’eau dans l’appareil
avant de le fermer et que la tension de la vapeur d’eau est
très-faible aux tempéi'atures basses auxquelles on a opéré ;
ainsi en multipliant 0,008 par la surface de cette tige
qui est environ 6cc,o44> cm aura un produit 0,048 qui
sera plus grand que s. Donc Sy -f- £ <^ 1 , 5o. D’ailleurs
S y -f- £ 1 , 45 ; par suite en faisant S y -f- e = 1 , 4 7^ , l’er¬
reur sur la quantité
bq
S7
sera négligeable.
En partant de mesures prises sur un thermomètre fort
peu différent de celui de l’appareil et fait par le même
constructeur, j’ai trouvé par des proportions une va¬
leur q = ï , 5c)f> qui doit être assez approchée et dès lors
( 438 )
j’ai pu écrire
u! - M
uf — 475
Ce résultat permet de corriger les températures inscrites
dans les tableaux ï et II sous les désignations de u et de e.
Ainsi, la deuxième du premier tableau est — 6,5 : c est la
température u lue sur le thermomètre à l’instant auquel
l’eau s est congelée; alors la température de l’enceinte
était — i8°,44;u — a> = 1 i°,94, et partant*/ — w = 1 i°,69:
u—-r-6°,'j 5. Telle était la température de l’eau avant
la congélation. La quantité de chaleur représentée par
M (9 — î) + Âa réchauffé l’appareil jusqu’à tx. Si le ther¬
momètre, au lieu d’être à — 6,5, avait été aussi à — 6, 75,
il aurait fallu pour produire ce réchauffement un excès de
chaleur égal à 1,590X0,25=0,3987. Ainsi la quan¬
tité qui réchauffe tout l’appareil de - — 6,75 à -b est
M (0 — t ) -b A + 0,3987 et l’expression inscrite dans la
dernière colonne devient
M ( G — t) -b A -b o , 3987
21 , 3o
37,11.
En faisant subir des corrections analogues aux autres
nombres des tableaux I et IL ils deviennent :
( 439 )
Tableau I bis.
TEMPÉRÂT DRE
DATES
1859
à laquelle
l’eau
s'est gelée.
u' .
du
thermomètre
dans
cette eau.
II.
VALEURS DE l'ëXPRESSION
M(6 — t ) -f- A-j-i ,5t)5(« — u')
t{ — il'
8 mars . . .
-4, Si
O
ÉO
l
37,72
12 mars. ..
—6,75
— 6,5o
37 , 1 1
22 mars . . .
-1 >45
—7,25
37. $6
Moyenne. . . J7 , 43
Tableau II bis.
TEMPÉRATURE
î
de l’eau
du
thermomètre
VALEURS DE L’EXPRBSSION
froide.
dans
cette eau.
r
U { .
e.
M,(Ô, — ^ 1 ) — 1 — A — 1 — I ? f> C) 5 (0 — U ( )
i\ — u\
8 mars. .
—0 ,38
0
38,4”
i5 mars. .
—0,39
0
36, 16
29 mars.
4-0, 3i
4-0 ,6
37,72
0
Moyenne... 37,43
\ !
( 44° )
On voit que l’effet des corrections a été de rendre inap¬
préciable la différence des moyennes des deux tableaux et,
par suite, de confirmer la démonstration du principe que
l’on a déduit de leur égalité dans la Section I.
VIIe Section. — Justification de la mesure des
températures u! et u' x .
Dans les tableaux précédents, la dernière colonne repré¬
sente la quantité de chaleur nécessaire pour échauffer l’ap¬
pareil de i°. Les températures u' et u\ qui ont servi à sa
détermination ont été mesurées dans des circonstances dé¬
favorables pendant un refroidissement et corrigées en¬
suite. Pour justifier la méthode suivie, j’ai déduit cette
même quantité d’expériences dans lesquelles l’appareil était
refroidi dans la glace fondante et les mesures prises à un
moment où, l état final étant presque atteint, les tempéra¬
tures ne variaient plus qu’avec une extrême lenteur; j’ai
cependant obtenu les mêmes résultats, comme on le voit ici.
Tableau V.
r™-
TEMPÉRATURE
:
POIDS
de i’eau
corrigé
CHALEUR
cédée
par l'air.
DATES.
1861.
de
l’ap¬
pareil
froid.
initiale
de l’eau
du vase
decuivre.
finale
de
cette eau.
finale
de
l’ap¬
pareil.
VALEUR
de
l’expression
f>.
0'.
t' .
M\
V.
M'(ô' — t') + A'
< - - ‘
3o juillet. .
O
2 >47
O
22 ,3l
O
1 8 , 22
O
1 8 , 20
1 36, 920
34,06
37,78
ier août. .
0,33
22,22
V.3
GO
GO
17,67
1 37,51 1
45,45
3?,44
a août. . . .
0,25
10
go
CO
VJ
1 9 > 1 7
•9> <7
186,718
59,. 6
37,08
•
Moy... 37,43
(440
Pour évaluer la quantité A', j’ai dû mesurer de nouveau
le coefficient a représentant la quantité de chaleur que le
milieu environnant donne au vase aux mélanges en une
minute pour un excès de température de i°, attendu que
dans l’espace de deux années l'état de la surface de ce vase
avait pu changer; j’ai trouvé en effet <2 = 2,24 au lieu
de 1,40 que j’avais obtenu en 1859, al°rs 4ue le vase était
plus neuf.
V IIIe Section. — La chaleur spécifique de Veau liquide
est la même au-dessus et au-dessous de zéro.
Ce théorème se déduit des expériences de refroidisse¬
ment rapportées aux tableaux III, IV et VI, qui montrent
que, entre -+- 20 et — 6°, u — où = h étant dans cet
intervalle une quantité constante donnée pour les deux
premiers tableaux par l’équation
— bz kb2 — k' b + k" = o .
Cette équation peut s’écrire, en remplaçant les coefficients
par leurs valeurs,
y(S7+-«) = sy(sy - bq") y*.
ie~hlh dans laquelle bx est à la vérité différent
de b , mais reste encore le même au-dessus et au-dessous de
zéro. Ici bx est racine d’une équation
b)
-CC-f-C = o,
qui peut s’écrire
cl\ ($i 7 2i )
s;
S,7 -h s , b{ q{) b{{S"xl'\-biq\ + $\l\ ) h
Cette équation et la précédente permettent de déterminer c
et y en fonction de b et de bx et de quantités indépendantes
des propriétés de l’eau ; et comme b et bx ne changent pas
en passant par zéro, il faut en conclure que c et y ne chan¬
gent pas non plus dans ce passage.
Déjà M. Person (*) avait aussi déduit de ses expériences
que c ne change pas brusquement à la température zéro.
Expériences du r décembre 1861.
Les heures sont comptées à partir du moment où l’appa¬
reil a été introduit dans l’enceinte dont la température
w — — 20,9 31 a pas varié d’une manière sensible pendant
l’expérience. La tige du thermomètre n’est ici divisée
qu’en degrés. Je suppose que j’ai pu à l’œil estimer les cin¬
quièmes et que, par suite, les erreurs des lectures ne doivent
pas dépasser 0,2.
u — m est calculé par la formule
u — w — 3o . e~ C h
(*) Annales de Chimie cl de Physique , 3e sérié, t. XXI, p. 3 1 4-
dans laquelle
( 443 )
ce qui donne
Le h'h — — 1 >99‘493>
b{ — 0,0196.
Tableau VI.
HEU UES.
(*)•
TEMPÉRATURES
IL —
- 01
1
DIFFÉRENCES.
li.
CO.
observé.
calculé.
1 //
0
0
O
5. i5
7,52
—20,90
28,4‘2
7 . 20
6,53
n
27,43
io.35
4,55
rt
25,4-5
1 ! . 45
3,56
n
24, 4G
12.55
2,57
tt
23,47
23,29
H-0, 18
1 4 . 5o
i,58
n
22,48
22,44
-j-o , 0 \
16. 5o
0,60
n
21 ,5o
21,07
— 0,07
19.05
-0,40
n
20,00
20 ,64
-0, 14
21.35
— *,39
n
19, 5i
19,66
— 0, i5
•24 . a5
-2,38
n
kS,52
l8,59
—0,07
27.30
-3,37
rt
17,53
i7,5ï
-+-0,02
3o . 00
-4,36
rt
16,54
16,67
— 0, 1 3
32.40
— 5,o5
rt
1 5,85
15,82
H-0, 0.8
SECONDE PARTIE.
Questions relatives à la solidification d'un liquide refroidi
au-dessous de son point de fusion.
Il y a plusieurs cas à examiner :
i° Si le liquide est refroidi à une température conve¬
nable, il se gèle tout entier et se réchauffe jusqu’au point
de fusion.
20 Si rabaissement de température est plus grand que
dans le premier cas, tout le liquide se gèle encore, mais la
( 444 )
chaleur dégagée ne suffit pas pour le réchauffer jusqu’au
point de fusion.
3° Si 1’abaissement a été moindre que dans le premier
cas, une partie seulement du liquide se gèle et le solide
formé, aussi bien que le liquide non gelé, s’échauffe exac¬
tement jusqu’au point de fusion.
A chacun de ces cas correspond un problème.
i° Déterminer la température r à laquelle il faut refroi¬
dir un liquide pour qu’il se gèle tout entier et se réchauffe
jusqu’au point de fusion.
•2° Un liquide ayant été refroidi au-dessous de t, déter¬
miner la température à laquelle il se réchauffera en se
gelant tout entier.
3° Un liquide ayant été refroidi à une température supé¬
rieure à ?, il ne se gèlera pas tout entier par l’agitation :
déterminer le poids de la partie qui se gèle.
Ier Problème. — Soient p le poids du liquide; q et g le
poids et la chaleur spécifique du vase qui le contient; c la
chaleur spécifique du liquide et T sa température de
fusion.
Si le liquide se réchauffait jusqu’à T sans cesser d’ètre
liquide, il exigerait une quantité de chaleur pc (T — t), et
le vase de son côté qg (T • — t), en tout (pc qg) (T — t).
Si au contraire tout le liquide se gèle, et si t est tel, que
sa température s’élève jusqu’à T, il faudra, pour fondre le
solide formé sans qu’il cesse d’ètre à la température T, lui
donner une quantité de chaleur pl , l étant sa chaleur
latente de fusion.
D’après le principe démontré dans la première partie de
ce travail, on doit avoir
d’où
pi — (pc + qg) (t — t),
T
Pl
pc H- qg
( 445 )
Si Ton négligeait la chaleur prise par le vase, on aurait
c
Dans le cas de Teau T = o et c — i , alors z = — 79,25.
Dans le cas du phosphore, T — 44 > 2 i c — o , 2 ; l — 5,4;
alors t = 17,2.
IIe Problème. — Soient a' la température à laquelle le
liquide a été refroidi et T' celle à laquelle il se réchauffe
en se gelant tout entier; soit de plus c 1 la chaleur spéci¬
fique du solide obtenu par la congélation du liquide : pour
échauffer le liquide jusqu’à sa température de fusion T,
sans qu’il cessât d’être liquide, il faudrait lui donner une
quantité de chaleur (pc -h qg) (T — u'). D’un autre côté,
quand il s’est solidifié tout entier en se réchauffant jus¬
qu’à T', il faut pour l’amener à T et le fondre en le lais¬
sant à T, (pc1 -f- qg) (T — T') -t- p/, et d’après le principe
on aura l’équation
(8) (pc + qg) (T — il') — ( pc H- qg) (T — T') H- pi
qui déterminera T'.
Si prêtait négligeable, on aurait
c (T — «') = c' (T — T') + /,
d’où
Dans le cas de l’eau d — o,5 environ, et l’on a
T' — 1 58,5 -f- 2 ur .
Comme 1/ — 79,25, iv sera négatif.
Dans le cas du phosphore c — c = 0,2, alors Iv= 27 -f- u'.
Comme uf 17 , 2, T; sera inférieur à 44 >
La formule (8) peut servir à déterminer / quand on me-
( 446 )
sure les autres quantités qu’elle renferme. J’ai employé
cette méthode conjointement avec celle des mélanges pour
trouver la chaleur latente du phosphore dans mon travail
sur la fusion de ce corps (*) . L’accord des résultats obtenus
fournit une vérification expérimentale de cette formule.
IIIe Problème. — Soit u! la température initiale; pour
échauffer le liquide jusqu’à T sans congélation, il faudrait
une quantité de chaleur [pc -h qg) (T — uf). D’un autre
côté, si p' est le poids gelé, il faudra p'I pour le fondre à T° ;
par suite, en appliquant toujours le même principe, on a
(pc -h q g) (T — a’) ~ p l,
et quand on néglige qg ,
c = i et T = o, alors p' =
Pour Peau
Les expériences citées dans les tableaux I et I bis peu¬
vent être employées à vérifier cette formule, car elles per¬
mettent de calculer et de mesurer le poids de glace for¬
mée, et de comparer les résultats du calcul et de l’obser¬
vation. Soit comme exemple l’expérience du 22 mars 1859.
Pour calculer p\ je remplace dans la formule
(pc -h qg) (T u')~p'l
pc -h qg par 37,43, d’après les résultats consignés dans le
tableau V ; T par zéro, / par 79,25 et il par — 7 ,45, je
trouve
p' = 3gr,5i9.
D’autre part, pour mesurer pr je remarque que F appareil
réchauffé à zéro et contenant un poids pf de glace a été
plongé dans un poids d’eau i36gr,i3 qu’il a refroidi
de 12°, 17 à 70, 96, tandis que lui-même s’est échauffé
'(*) Armâtes de Chimie et de Physique , >e série, t. XXII, p. \l\tr.
( 447 )
de o à 8°. On a donc pour déterminer// { équation
37,43 X 8 -h// X 79,25 — i36, 1 3 (12,17 — 7^98) -h 5,2.6,
le dernier terme représentant l'influence de l’air. De là on
déduit
// — 3gr,52o.
En calculant de meme les deux autres expériences du
tableau I, j’ai formé le tableau suivant :
Tableau VII.
DATES .
pc + qg
v.
IL .
!>'
DIF-
1859.
/
calculé .
observé.
FÉRENCES.
8
mars. . . .
37,43
28,643
-4,8.
2, 2; 2
2,324
— 0,002
12
mars. . . .
37,43
28,643
-6,75
. 3,l88
3,^97
-4- 0,OCJI
2-3
mars . . .
37,43
28,643
—7 >45
3,519
3,020
— 0,001
Somme. . .
8,979
8,94'
o ,o38
Les problèmes I et III ont été jusqu’ici traités diffé¬
remment par les dilférents auteurs; les expériences que j’ai
citées me paraissent propres à fixer l’opinion des physiciens
sur les solutions qu’il convient d adopter.
IVe Problème. — Connaissant la quantité de chaleur /
que 1 kilogramme d’un solide, à la température T, exige
pour se fondre sans se réchauffer, trouver la quantité l qui
fondra également sans le réchauffer ce meme kilogramme
refroidi à la température vl inférieure à T.
Pour fondre le kilogramme à u\ il faudra /', et pour
réchauffer le liquide à T , il faudra c(T — //); en tout
l* c (T —■//). Si au contraire on réchaufïait d’abord le
( 448 )
solide jusqu’à T sans le fondre, il faudrait lui donner
c! (T — //), et pour le fondre à T, ajouter en tout
/ + c (T — a'). D’après le principe que j’applique ici, ces
♦
deux quantités doivent être égales*, d’où
l — l' = (c — c') (T — u').
On voit que la chaleur absorbée par la fusion ou dégagée
par la congélation varie avec la température à laquelle a
u'
lieu le changement d’état. Dans le cas de beau / ' = / H— — *
Comme n'est négatif, V est plus petit que /.
La formule ne doit s’appliquer que dans les limites dans
lesquelles c et c' peuvent être considérés comme constants.
Elle fournirait dans le cas de beau pour u! — 1 58 , 5 des
valeurs négatives de V *, ce qui indique bien qu’elle n’est
plus appréciable alors .
M. Person (*) a donné cette formule en admettant im¬
plicitement comme évident le principe démontré expéri¬
mentalement dans ce travail.
Résumé.
Je me suis efforcé d’éclaircir les questions relatives aux
phénomènes de surfusion :
i° En faisant voir (Mémoire sur la fusion du phosphore,
Annales de Chimie et de Phisique , 3e série, t. XXII) qu’un
liquide refroidi suffisamment au-dessous de son point de
congélation ne se réchauffe pas toujours jusqu’à ce point
en se congelant subi tement *,
2° En montrant comment on peut calculer la tempéra¬
ture à laquelle il se réchauffe, quand on connaît celle à
laquelle il a été primitivement abaissé (IIe Problème) ;
3° En établissant par l’expérience qu’un liquide pour
C*) Annales de Chimie et de Physique, 3e série, t. XXI, p. 3i‘2.
( 449 )
s’échauffer d’une température inférieure à son point de
fusion jusqu'à une température supérieure exige qu’on lui
donne la même quantité de chaleur, soit que dans ce pas¬
sage il se gèle et se fonde ensuite, soit au contraire qu’il
reste toujours liquide;
4° En appliquant ce principe à la solution de divers
problèmes relatifs à ces phénomènes;
5° Incidemment j’ai étudié le refroidissement simultané
d’un liquide non agité et d’un thermomètre intérieur, et
calculé la différence de leurs températures à une époque
donnée.
'W\IW\ W> V\A \/\ A w\/\V\ vVV'VYA v\\
RECHERCHES CHIMIQUES
sur l’une des sources de la chaux que s’assimilent les produits agricoles
des terrains primitifs du Limousin ;
Par M. Albert LE PLAY.
I.
J’ai entrepris l’étude qui fait l’objet de ce Mémoire après
avoir remarqué certains faits agricoles que je décrirai plus
loin et qui semblaient indiquer çà et là l’existence du car¬
bonate de chaux assimilable dans les terrains primitifs mi¬
cacés et feldspathiques du Limousin.
Je viens soumettre au public les recherches chimiques
qui m’ont permis de vérifier ce singulier phénomène et
d’en constater les causes. Après avoir donné un aperçu du
district où mes observations se poursuivent depuis plusieurs
années, je décrirai la localité que j’ai spécialement étu¬
diée. J’exposerai ensuite les faits que m’a révélés l’analyse
des terres et des eaux, et je terminerai en signalant les
moyens d’amélioration que cette étude semble conseiller.
Ann. de Chim» et de Phys., 3e série, T. LXIV. ( Avril tttfo.) 2Cj
( 45o )
La région comprise entre Limoges et Pierre-Buffière
présente plus particulièrement que les autres parties du
Limousin les faits que j'ai à signaler. Elle a cet aspect gra¬
cieux qu’offrent généralement les pays de montagnes dont
les points culminants s’élèvent à 200 mètres environ au-
dessus du fond des vallées et dont les formes arrondies se
prêtent partout à la culture.
Le sol appartient à la grande classe des terrains cristal¬
lisés; les roches dominantes sont le granité et le gneiss;
elles apparaissent souvent à la surface, où elles sont alors
exploitées comme matériaux de construction; plus habi¬
tuellement elles ont été décomposées sur une épaisseur de
plusieurs mètres par les agents atmosphériques. Elles ont
ainsi fourni les éléments d’un tuf jaunâtre riche en mica
qui constitue le sous-sol sur lequel repose la couche mince
remuée par la charrue. Les types de terre végétale et de
sous-sol qui dominent dans cette partie centrale du Limou¬
sin me paraissent suffisamment caractérisés par les six ana¬
lyses suivantes, que j’ai faites sur deux terres à seigle de
bonne qualité, recueillies dans deux localités différentes.
4
( 45 1 )
Te très arables et sous-sols (i).
PREMIÈRE LOCALITÉ.
SECONDE LOCALITÉ.
Terre
arable
Sous sol.
Tuf
a 0m,80
de !
pro¬
fondeur.
Terre
arable.
Sous-sol.
Tuf
à 0m,80
de
pro¬
fondeur ,
Silice . . . .
O,54o
0 ,660
o ,767
o,56o
o,5i5
0
Vît*
0
Oxyde ferrique et alumine .
Chaux à l’état de silicate ( re-
0,192
0
lO
OJ
0
0,095
0,210
0,320
0,240
cherchée sur 1 gramme) .
Chaux à l’état de carbonate ( re-
o,oo5
0
0
0
rt
0 ,oo3
rt
rr
chée sur 10 grammes) .
n
n
n
ft
rr
tt
Magnésie .
0 ,020
0,018
0 , o32
0 ,01 1
o,oi5
0 , 02 1
Alcalis. .
0 ,0 • 4
,021
0,025
0,009
0,012
0,010
Eau et matières organiques .
0,210
O
O
CJT
0,02.5
0,2ü3
0, i3o
o,o3o
Perte et matières non dosées. . . .
0,019
o,m3
0 , o5(i
0,004
0 .008
2,009
Total .
1 ,000
t ,000
i , 000
1 ,000
1 ,000
1 ,000
La chaux assimilable manque donc complètement dans
la terre végétale comme dans les diverses parties du sous-
sol. Les traces de cette substance que l’analyse signale dans
l une des terres, proviennent manifestement des éléments
organiques qui y ont été mêlés. La chaux inégalement ré¬
pandue dans la terre et dans le sous-sol provient des par¬
celles de feldspath oligoclase inégalement disséminées dans
le tuf comme dans la roche solide et qui n’ont point encore
été complètement décomposées.
Le granité et le gneiss sont généralement imperméables
aux eaux pluviales, si ce n’est suivant des tissures dont
l’existence est révélée par des travaux qui mettent à nu la
(i) Ces analyses et celles dont les résultats sont rapportés plus loin, ont
été faites au laboratoire de l’Ecole impériale des Fonts et Chaussées, avec
les conseils bienveillants de M. Hervé-Mangon.
29.
{ 4$2 )
roche solide. Ces fissures , lorsqu’elles affleurent sur le
flanc des vallées, y donnent issue à des sources abondantes.
Les fortes déclivités du sol ne permettent guère la formation
spontanée des étangs. Les véritables réservoirs d’eaux plu¬
viales sont les tufs gneissiques et granitiques qui forment
une sorte de manteau spongieux à la surface des plateaux.
C’est du pourtour de ces derniers et à la partie supérieure
du flanc des vallées que suintent ces innombrables filets
d’eau qui, sous ce climat assez sec, ont donné naissance aux
prairies naturelles, trait essentiel de l’agriculture du Li¬
mousin,
La culture a complètement envahi les anciens massifs boi¬
sés de ce district; elle tend même journellement à détruire
les arbres épars qui en font encore le charme principal. Les
métairies non améliorées et qui sont restées dans la main
des anciens propriétaires offrent de loin l’aspect d’une fo¬
rêt; les haies vives qui entourent les prés et les champs
sont remplies de grands chênes ; çù et là des surfaces con¬
sidérables sont complètement couvertes de futaies de chênes
et surtout de ces vieilles châtaigneraies dont le Limousin
est la patrie. Ces sortes de futaies disputent les terrains les
plus maigres aux genêts et aux fougères qui, dans cette
région comme dans la majeure partie des montagnes cen¬
trales de la France, forment le fond des jachères.
Les domaines d’une étendue moyenne de 5o hectares sont
cultivés à moitié fruit par une vieille race de paysans; les
batiments entourés de vergers nommés couders sont habi¬
tuellement situés au centre du domaine, près d’un de ces
blets d’eau qui suintent sur le bord des plateaux, à la nais¬
sance d’une coulée de prés descendant sur le flanc de la
vallée jusqu’au ruisseau le plus voisin. Leur aspect offre
un agréable contraste avec les tristes villages «à banlieues
morcelées où s’agglomèrent généralement les petits proprié¬
taires du pays. Un contraste non moins grand existe entre
les mœurs de ces deux sortes d habitants.
( 453 )
La culture alterne pratiquée depuis des siècles sur ce sol
peu fertile consiste à faite revenir le seigle tous les deux ans
sur le même terrain, et à consacrer l’année intermédiaire
soit à une jachère, soit à une culture de sarrasin. De petits
champs de trèfle, contigus aux habitations rurales, offrent
presque partout les premiers symptômes d’une agriculture
perfectionnée 5 on y produit aussi, par extension de la cul¬
ture jardinière, quelques betteraves destinées à engraisser
pendant l’automne des porcs dont la nourriture est problé¬
matique le reste de f année. Çà et là cependant les cul¬
tures perfectionnées se sont développées sur une plus
grande échelle, grâce à l’exemple donné par quelques grands
propriétaires, qui ont transformé leurs domaines, d’abord
en y établissant leur résidence, puis en y important des fu¬
miers de ville, de la chaux et des races d’animaux perfec¬
tionnées. Parmi ceux dont les terres confinent à celles de
mes parents, je suis heureux de citer M. Michel, du Yîgen,
MM. de Vanteaux et de Coux, de Saint-Jean-Ligoure, con¬
nus par leurs beaux haras.
L’excellente race bovine du pays a été appréciée dans les
derniers concours nationaux-, elle absorbe, avec quelques
juments muîassières, la totalité des ressources fourragères
de la contrée. Les vaches, qui forment la base des cheptels
du pays, sont au nombre de cinq à six paires par domaine
de moyenne force; associées souvent à une paire de bœufs
de trois à cinq ans, elles exécutent les charrois et tous les
travaux de culture et donnent des veaux qu’on élève jus¬
qu’à l’àge d’un ou deux ans.
La race ovine dominante a une mauvaise conformation et
produit une laine inférieure ; la race porcineest peu précoce
et s’engraisse difficilement. L’insuffisance de la nourriture
est pour ces deux races un obstacle à toute amélioratior
dans les domaines d’ancien régime; toutefois, comme dans
la plupart des contrées à cultures primitives, ces défauts
sont en partie rachetés par la qualité exquise de la chair.
( 454 )
III.
Da,ns la majeure partie de la contrée que je viens de dé¬
crire, le perfectionnement qui consiste à remplacer le seigle
et le sarrasin par le froment, le trèlle et la betterave, est
subordonné à l'emploi des amendements calcaires. Mais on
y remarque quelques districts plus fertiles, où I on obtient,
à l’aide de simples fumures, d’excellentes récoltes de ces
cultures améliorées. Ainsi, dans le bassin inférieur de la
Brianee, et notamment dans la terre de Ligoure, où aucun
changement n’a été apporté jusqu’ici aux anciens procédés
de culture, la production du froment est générale, et cer¬
tains champs, quoique soumis à l’assolement biennal, don¬
nent des récoltes de 25 hectolitres par hectare. Le trèfle
donne au moins deux bonnes coupes par an, et le produit
d’un hectare de betteraves dépasse 25 ooo kilogrammes.
Espérant que l’amendement calcaire introduit dans la
terre végétale accroîtrait cette fertilité déjà satisfaisante,
nous fîmes pendant l’hiver i85^-i858 de fortes importa¬
tions de chaux sur des champs qui furent ensuite ensemen¬
cés en betteraves. Pendant toute la durée de la croissance,
comme au moment de la récolte, les betteraves chaulées
n’offrirent aucune supériorité sur celles qui avaient été se¬
mées dans les conditions ordinaires-, la différence ne fut
pas plus sensible pour le froment qui succéda l’année sui¬
vante à la betterave.
Il fallut conclure de ces expériences que le sol renfermait
de la chaux assimilable, c’est-à-dire à l’état de carbonate et
en quantité suffisante pour les besoins de la végétation.
Nous avons du reste déjà remarqué, non sans étonnement,
que l’eau des puits et celle des sources qui suintent sur le
pourtour des plateaux produisaient dans l’eau de savon un
précipité abondant-, ces indices, qui semblaient signaler la
N
( 455 )
présence du carbonate de chaux, se trouvaient encore con¬
firmés par l’étude de la constitution du sol.
Le centre de la terre de Ligoure est un promontoire qui
forme une saillie de 1000 mètres, à l’est d’un des grands
plateaux à pentes douces qui forment la partie centrale du
Limousin*, à l’ouest le promontoire se soude au plateau, au
sud et au nord il se raccorde par des pentes rapides à deux
vallées où se trouvent les principales prairies de la terre et
au fond desquelles se précipitent, avec des pentes de 5 cen- •
timètres par mètre, deux petits ruisseaux; à l’est enfin, à
partir de l’habitation et du groupe de métairies qui forme
le hameau de Ligoure, il se raccorde, par des pentes encore
plus abruptes, à la rivière du même nom, qui coule avec
une pente moyenne de 5 millimètres par mètre à 120 mè¬
tres au-dessous de l’habitation. Après avoir reçu sur sa
rive gauche les deux ruisseaux, la Ligoure débouche elle-
même 1000 mètres plus bas dans la rive gauche de la
Briance.
Le plateau et le promontoire sont principalement occu¬
pés par les champs à céréales; ceux-ci alternent comme des
côtes de melon avec les prairies sur les pentes du promon¬
toire et des deux vallées latérales. Les pentes les plus
abruptes et les terrains les moins fertiles sont couverts de
futaies de chênes ou de châtaigniers et de quelques taillis
des mêmes essences. Toutes ces cultures sont encloses de
haies vives garnies de grands chênes. Cinq métairies sont
établies sur le pourtour du promontoire pour exploiter le
plateau et les pentes contiguës. Deux autres métairies éta¬
blies sur des mamelons inférieurs exploitent le fond des
trois vallées et les terres qui au delà des deux ruisseaux e?
la rivière font face au promontoire de Ligoure.
Les fondements de la terre de Ligoure sont formés d’un
gneiss à strates inclinées que traversent de nombreux liions.
Cette roche se compose de deux éléments principaux :
un feldspath blanc compacte, contenant une forte pro-
( 456 )
portion de silicate de chaux, se rapprochant par l’en¬
semble de ses caractères de Foligocîase et de Fandésine;
un mica habituellement noir avec des passages au mica
tombac et au mica blanc. Parfois ce dernier remplace en¬
tièrement les autres variétés, et le gneiss présente alors le
blanc pur avec un bel éclat nacré. Le gneiss est souvent
criblé de quartz et de grenat ; celui-ci, ordinairement brun-
rouge et opaque, offre quelquefois la transparence et la
couleur de l’améthyste. On y rencontre plus rarement la
pyrite de fer et l’amphibole; celle-ci cependant devient
quelquefois dominante, comme aux environs de la métairie
du Bas-Ligoure, et elle constitue alors des diorites noires
et cristallines, comparables aux plus beaux types d’Ecosse
et de Norwége.
Quelques rares filons épais cle i à 2 mètres et compo¬
sés d’un vrai granité à gros grains à deux feldspaths où do¬
mine le feldspath orthose lamellaire, affleurent à l’est du
promontoire. Les innombrables filons qui pénètrent en
tous sens le gneiss, ont pour la plupart une épaisseur infé¬
rieure à 10 centimètres. Iis ne contiennent guère de mica et
sont formés d’un pegmatite à petits grains. Quelquefois
l’ortliose disparait lui-même, et il ne reste plus qu’une
masse de quartz à éclat gras et translucide. Plus habituelle¬
ment, et cocas est fréquent au nord-ouest du promontoire,
le quartz devient rare et les filons ne se composent plus
guère que d’un feldspath blanc compacte ou lamellaire.
Dans plusieurs localités, ce feldspath, au lieu de former des
filons proprement dits, est en filets irréguliers, et même en
petites masses disséminées dans la pâte du gneiss, à laquelle
il donne l’aspect d’un marbre noir veiné de blanc. Cette
variété est exploitée avec profit sous le nom. de cailloux à
porcelaine ; elle entre dans la composi tion des pâtes et
forme la couverte des célèbres poteries dont la fabrication
assure un si bel avenir industriel à celte partie du Limousin.
Le gneiss se montre souvent indécomposable sous Fin-
! 45? )
fluence des agents atmosphériques. Sur les pentes orientales
du promontoire, par exemple, il forme, comme le granité,
quelques beaux rochers qui complètent le caractère pitto¬
resque de cet ensemble de prairies, de futaies, d’arbres
épars, de sources et de ruisseaux. Il fournit alors d’excel¬
lents matériaux de construction et en particulier des dalles
solides qui, sous une épaisseur de quelques centimètres,
offrent une surface de 4 mètres carrés. Presque partout, au
contraire, il se décompose avec une rapidité extrême sous
l’influence des agents atmosphériques, et produit un tuf où
le caractère schisteux reste apparent, mais qui a perdu
toute sa dureté au point que les déblais s'y font au pic jus¬
qu à une profondeur de plusieurs mètres à raison de otr,4°
par mètre cube.
Ce tuf, éminemment perméable aux eaux pluviales, a une
épaisseur de 8 à io mètres à la surface du promontoire et
des plateaux contigus, et il laisse suinter, même pendant la
sécheresse, un grand nombre de sources au sommet de
toutes les pentes. Mêlé à un grand nombre de fragments de
pegmatite, de quartz, de granité et de gneiss dur, il forme
le fond de la terre végétale.
Nous n’avons guère modifié jusqu’à ce jour l’ancien sys¬
tème de culture de la contrée ayant pour base l’assolement
biennal. Nous n avons fait, à vrai dire, qu’une innovation
fort simple, mais que le morcellement du sol et l’enchevê¬
trement des parcelles ne comportaient guère dans le reste
de la contrée. En dérivant sur les flancs du promontoire
les deux ruisseaux, nous avons pu arroser d’anciens prés et
en créer de nouveaux à des hauteurs de 3o et 4o mètres au-
dessus du niveau de la Ligoure, et nous avons ainsi à peu
de frais augmenté les ressources fourragères de la propriété.
IV.
Pour résoudre les questions posées dans les paragraphes
précédents, j’ai recherché par l’analyse chimique la coin-
( 458 )
position du gneiss qui forme le fondement de cette contrée,
des tufs gneissiques qui recouvrent le plateau et le pro¬
montoire, des sous-sols et de la terre végétale recueillis
dans les diverses régions de culture de la propriété. D’un
autre côté, j’ai évaporé sous des cloches de verre tubulées
20 à 2Ô litres des principales variétés d’eaux de la terre de
Ligoure, et je me suis ainsi mis en mesure de constater la
nature et la proportion des divers principes qui y sont dis¬
sous. J’ai successivement opéré cette recherche sur les
sources qui suintent à la partie supérieure et sur les pentes
inférieures du promontoire, sur les eaux de la Ligoure et
de ses deux affluents, enfin sur les eaux des deux puits
creusés dans le tuf au centre du hameau de Ligoure. Je me
suis également appliqué à chercher l’influence qu’exerce
sur la proportion de chaux assimilable contenue dans les
tufs Faction prolongée de l’air atmosphérique, des pluies,
des gelées, du soleil, etc. A cet effet, j’ai fait extraire d’une
profondeur de 3 à 6 mètres plusieurs mètres cubes de terre
que j’ai laissés exposés pendant deux ans en tas épais de
i mètre à la surface du sol, puis j’ai recherché comparati¬
vement la proportion de carbonate de chaux contenue dans
Je tuf primitif et dans des fragments pris après ce délai à
la partie inférieure et supérieure des tas.
J’ai appliqué aux tufs, aux gneiss et aux sols les procédés
ordinaires d’analyse. Par une première attaque au carbo¬
nate de soude et de potasse, opérée sur i gramme dans
un creuset de platine, j’ai dosé successivement la silice,
l’oxyde ferrique, l’alumine, la chaux et la magnésie. Par
une seconde attaque au carbonate de baryte, j’ai dosé les
alcalis et quelquefois les autres éléments dont je voulais vé¬
rifier la proportion. Enfin, par une troisième attaque opé¬
rée sur io grammes de matière au moyen de l’acide nitrique
étendu de six fois son volume d’eau, j’ai recherché la pro¬
portion de carbonate de chaux et d’oxyde ferrique mécani¬
quement mélangés à ces éléments.
( 4 5, y )
Nous n avons pas encore pénétré, au moyen de travaux sou¬
terrains, dans le gneiss formant le massif central du plateau
et du promontoire, et qui, en se décomposant sur place, a
produit ce chapeau épais de tuf qui le recouvre. Mais on
peut se procurer aisément des échantillons de cette roche
qui affleurent au jour sur beaucoup de points de la terre de
Ligoure dan s deux circonstances différentes : tantôt le gneiss,
résistant aux influences atmosphériques, reste en saillie au-
dessus des tufs et de la terre végétale produits par la dés¬
agrégation de couches décomposées par ces mêmes influen¬
ces } tantôt les eaux pluviales et les ruisseaux, entraînant les
matières désagrégées, mettent sans cesse à nu sur les pentes
des vallées le gneiss, qui tend sans cesse cà se décomposer.
L’analyse de la première variété, affleurant en dalles
épaisses à mica noir au nord-est de la propriété sur la rive
gauche du Gabit, m’a donné les résultats suivants :
Silice . . 0,667
Alumine . 0,1 3a
Oxyde ferrique . o,oq5
Chaux (à l’état de silicate dosée sur 1 gramme). . . o,o32
Chaux (à l’état de carbonate dosée sur 10 grammes). 0,0000
Magnésie . 0,019
Alcalis . . . . o ,0 K)
Eau et matières organiques . 0,007
Alcalis gazéifiés, matières non dosées, perte . 0,029
1 ,000
J’ai étudié ensuite deux sortes de la seconde variétés de
celle qui, se décomposant incessamment sous l’influence des
agents atmosphériques, est sans cesse débarrassée par l’ac¬
tion des eaux des parties désagrégées. La première sorte
est un gneiss à mica noir peu résistant, ou le feldspath est
en partie pulvérulent } la seconde, un gneiss blanc nacré,
un peu plus consistant. Ces deux sortes, comme la pre-
( 46o )
(le la terre. Les résultats donnés par l'analyse sont rappor-
tés ci-après.
Gneiss noir.
Gneiss blanc
Silice .
O ,660
0,741
Alumine .
0,137
o,i57
Oxyde ferrique .
0,09s
0,000
Chaux ( cà l’état de silicate dosée
sur i gramme) .
0 ,o3o
0,021
Chaux (à l’état de carbonate dosée
sur 10 grammes) .
o*
O
O
C\
0
0,0000
Magnésie .
0,022
o,o33
Alcalis . . .
0 ,o34
0 ,o38
Eau . . .... .
0,006
0,010
Matières non dosées, perte .
0,012.3
0 ,000
1 ,000
1 , 000
L’examen minéralogique de ces trois sortes de gneiss
montre qu’ils se composent essentiellement de feldspath
et de mica avec indices de grains de quartz. Il serait donc
intéressant de constater dans quelle proportion les éléments
chimiques évalués ci-dessus se répartissent entre ces trois
minéraux. Je crois devoir, pour le moment, laisser de côté
cette recherche qui m’éloignerait de l’objet principal de ce
premier Mémoire. Je me borne à consigner ici l’analyse
du feldspath à porcelaine disséminé en veines nombreuses
dans un gneiss de la région occidentale de la terre et qui
semble s’être séparé de la masse du gneiss par une sorte de
liquation.
Silice. . . . . . . . . . . . o ,628
Alumine . . . . 0,243
Oxyde ferrique . . 0,000
Chaux (à fétat de silicate dosée sur 1 gramme) . . . o,o54
Chaux (à fêtât de carbonate dosée sur 1 o grammes) . o ,0000
Magnésie . . . . o , o35
Alcalis . : . . . . . o ,o32
Eau . . . . o , 000
Matières non dosées, perte. . . . .... 0,008
1 , ooo
( 46i )
L’étude comparative de la terre végétale et du sous-sol
laite par des moyens purement minéralogiques donne un
premier aperçu des changements que produit incessamment
l’action des agents atmosphériques. Les pegmatites et les
granités qui n’affleurent que de loin en loin dans le tuf se
trouvent dans la terre végétale en quantité beaucoup plus
considérable. Ils s’accumulent en effet depuis des siècles
sur le lieu même où ils ont été détachés du tuf et du gneiss,
tandis que les éléments terreux qui résultent de la décom¬
position chimique et de la désagrégation de ces roches sont
continuellement entraînés par l’action des eaux pluviales
sur les pentes inférieures et trop souvent dans les ruis¬
seaux.
La partie terreuse, qui a été seule prise comme spécimen
de la terre végétale et soumise à l’analyse, se compose prin¬
cipalement de sable quartzeux, d’un peu de feldspath or-
those, d’une argile très-ténue qui rend la terre presque
imperméable à l’eau, et ensuite d’une quantité considérable
de mica dont les moindres parcelles conservent un vif éclat ;
elle contient en un mot les éléments essentiels du gneiss,
le quartz et le mica, à l’exception du feldspath à silicate
calcaire qui y est remplacé par de l’argile.
L’analyse chimique comparée des terres végétales et des
sous-sols confirme en tous points les conclusions fournies
par le simple examen minéralogique; j’en ai consigné les
résultats dans les deux tableaux suivants :
( 42I
0,002
0 ,020
0 ,oo3
0 ,0 |0
Eau combinée, matières organi-
ques, perle . .
0,041
0,329
0,020
0, 168
0,016
0 ,20 5
0,118
I ,000
0,124
1 ,000
0 ,073
5 /
1 ,000 B
3o
Ann. de Chine et de Vhjrsn 3<: série, T. LX1V \ (Avril 1862.)
( 466 )
Eaux des ruisseaux de U goure.
RUISSEA 0
ItUlSSEAU
RIVIÈRE
DE CHEVILLAT.
DU GAB1T.
1)E LA LIGOURE.
Pour
Pour 1,000
Pour
Pour 1,000
Pour
Pour 1,000
1 litre
de
1 litre
de
1 litre
de
d’eau.
résidu.
d’eau.
résidu
d’eau
résidu.
gr
0,328
gr
gr
Silice . .
0,02f)
0,019
0,260
0,Ol6
0,29't
Alumine et oxyde ferrique. ....
0,008
05
O
».
O
o,oo3
0
0
-C-.
0,001
0 , 020
Chaux . . . . .
0,006
0,070
0,008
0,104
0,00-7
0, 1 4e
Magnésie .
0,006
0,068
0 ,004
o,o5o
0,004
0,070
Alcalis . . .
0 , 0 1 3
0 , 1 5o
0,010
0,140
0,009
10
00
0
Acide chlorhydrique . .
o,oo3
0 ,o3i
V3-
O
O
O
0,067
0
0
O
0,086
Acide sulfurique. .
0,001
0,0x0
0,000
0,008
0,000
0,006
Acide carbonique.. . . .
o,oo3
0
s*
c
0
0,006
0,084
0,009
0,174
Eau, matières organiques, ma-
tières non dosées, perte .
0,018
0,219
0,021
0 , 263
o,oo3
0,225
<
L _ _
0,087
1 ,000
m
0
0
1 ,000
0 , o53
I ,000
Les eaux des deux puits creusés au milieu des batiments
ruraux agglomérés et de l7 habitation de Ligoure se sont
montrées chargées d une proportion de matière soluble
beaucoup plus considérable que les précédentes.
J 7 en ai obtenu, en effet :
Résidu total
Résidu
pour 1 litre
obtenu.
d’ea u.
i° Puits dit du Château, sur 221,56o.
gi’.
gr.
16,420
0,729
2° Puits dit de la Porte, sur 2.51,45o.
2.o,5oo
0 ,8o5
Disposant d’une plus grande quantité de matière, j’ai pu
opérer plus régulièrement que je ne bai fait pour les rési¬
dus des sources et des ruisseaux; j’ai multiplié les analyses
et recherché sur des doses différentes l’acide carbonique et
les autres matières contenues. Sous ce rapport, les résultats
( 4<>7 )
présentés ci-après offrent quelques garanties de plus que
les précédents.
•
PREMIER
PUITS.
1
SECOND rUITS.
Pour
Pour 1,000
Pour
Pour 1 ,000
1 litre
de
1 litre
de
d’eau.
résidu.
d’eau.
résidu.
gr
gr
0,o45
Silice . . . . .
o ,o36
o,o5o
0,037
Alumine et oxyde ferrique .
o,o63
0,086
0,074
0,092
Chaux . .
o , 122
0,167
0,17!
0,2i4
Magnésie .
o,o35
0,048
o,o65
0 ,081
Alcalis .
o ,o63
0,086
o,o38
0,048
Acide chlorhydrique .
Vf
CO
o
O, 252
0,195
0,244
Acide sulfurique . .
0,017
0,023
o,o5o
0,062
Acide carbonique . ,
0,006
0,008
0,043
0,o54
Fau combinée, matières organiques,
matières non dosées, perte .
o,2o3
0 ,280
0,102
O,l6o
°>729
1 ,000
cc
1 0
1 CT)
l ,000
Il me reste maintenant à signaler les conséquences qui
me semblent se déduire des faits exposés dans les paragra¬
phes II et III et des analyses chimiques dont je viens de rap¬
peler les résultats.
V.
;
Il est difficile de concevoir un ensemble de circonstances
physiques qui prêtent mieux à l'étude des modifications
que les météores, et spécialement les eaux atmosphériques,
exercent sur les roches qui forment l’écorce superficielle
de la croûte terrestre, et spécialement sur le gneiss à feld¬
spath efflorescent.
Le promontoire de Ligoure peut être assimilé à un vaste
atelier de chimie, où le gneiss, qui forme la base du sol, est
soumis à l ’influence de l’atmosphère. Le tuf superficiel pré¬
sente le gneiss soumis à des altérations physiques et chirni-
3o *
( 468 )
ques semblables à celles que produisent dans les laboratoires
de chimie la pulvérisation mécanique et l’action des acides
et des alcalis.
Il peut être encore assimilé à un filtre horizontal chargé
de matières à analyser, à parois de gneiss non décomposé et
imperméable, et sur lequel le tuf, incessamment lavé par
les eaux pluviales aiguisées d’acide carbonique, cède à cel¬
les-ci lesélémentsquecettedécomposition préalable a rendus
solubles dans ce réactif. Ces eaux ainsi chargées glissent
sur le gneiss et viennent au jour dans les sources qui suin¬
tent constamment sur le pourtour du promontoire.
Le gneiss est la matière première de cette élaboration chi¬
mique 5 la partie soluble est contenue dans les sources et les
ruisseaux, et le tuf forme le résidu insoluble. La réunion dans
le même lieu de ces trois éléments offre donc pour l’étude
de ce phénomène naturel des moyens d’investigation aussi
complets que ceux dont on pourrait disposer en opérant
dans un laboratoire.
Les conclusions intéressant l’histoire naturelle, la chimie
et la physique du globe peuvent se résumer dans les pro¬
positions suivantes :
1 . Le gneiss, fondement de la contrée, se compose essen¬
tiellement de feldspath anoriliose à silicates alumineux, al¬
calins, magnésiens et calcaires et de micas sur lesquels l’eau
atmosphérique et même les acides minéraux ordinaires
n’exercent aucune action. L’eau et les acides faibles sont
également sans action sur les minéraux qui sont le plus
fréquemment subordonnées à ces deux éléments princi¬
paux, le quartz et le feldspath orthose.
2. Sous l’influence prolongée de la chaleur et des gelées,
de la sécheresse et de I humidité, et en général des agents
météorologiques, le mica, le quartz et le feldspath orthose
conservent leur inaltérabilité 5 mais le feldspath anorthose,
formé parla combinaison du silicate d’alumine avec les si¬
licates de potasse et de soude, de chaux et de magnésie, se
( 469 )
décompose et perd la compacité qui maintenait les trois
autres éléments réunis. La matière feldspathique vitreuse
et translucide se transforme en une matière friable et opa¬
que qui se désagrégé Sous le moindre effort en laissant iso¬
lés à l’état grenu le mica, le quartz et l’orthose, et en don¬
nant une matière argilo-sableuse qui forme le fond de la
terre végétale. Cette désagrégation de la roche est d’autant
plus facile que le feldspath anorthose forme habituellement
la majeure partie de la masse totale du gneiss.
3. Dans cette décomposition, hâtée et complétée par
l’action des eaux pluviales aiguisées d’acide carbonique,
les silicates qui composent l’anorthose se partagent en deux
groupes : le silicate d’alumine reste insoluble dans le tuf,
tandis que les éléments des silicates alcalins, magnésiens et
calcaires se dissolvent dans les eaux pluviales.
4. Le carbonate de chaux, qui joue un rôle si important
dans l’agriculture du district de Li goure, manque absolu¬
ment dans le gneiss non décomposé; il se trouve toujours
dans le tuf en quantité appréciable , et il provient évi¬
demment de l’action lente, mais continue de l’acide carbo¬
nique de l’air sur le silicate de chaux isolé au milieu de
l’anorthose décomposé. La proportion de carbonate de
chaux libre augmente avec la profondeur dans la masse du
tuf formant le sous-sol, parce que ies eaux saturées de car¬
bonate de chaux dans la terre végétale et dans les couches
du tuf perméable deviennent sans action sur les couches
inférieures. Celles-ci sont donc un réservoir indéfini de
carbonate de chaux.
5. Le carbonate ne se trouve, au contraire, qu’en pro¬
portion insensible dans la terre végétale cpii compose les
champs de Ligoure, ce qui paraît tenir à cette double cause,
que le carbonate y est plus facilement dissous par les eaux
pluviales et absorbé par les plantes cultivées.
6. L’oxyde ferrique, qui se dissout avec le carbonate de
chaux quand on attaque le tuf par les acides faibles, provient
( 47° )
de la décomposition des traces de silicate de fer contenues
dans l’anorthose, peut être de la décomposition de certains
grenats, et surtout de la décomposition de la pyrite de fer,
qui est visible dans le moindre fragment de gneiss non dé¬
composé.
7. L’acide sulfurique, dont il existe des traces dans toutes
les eaux du pays, provient évidemment de l’oxydation lente
de la pyrite de fer contenue dans le gneiss.
8. La présence du chlore dans les eaux en quantité con¬
sidérable est le seul fait qui ne s’explique pas par l’ensemble
des faits que je viens de rapporter. J’ai déjà commencé à ce
sujet une recherche dont j’espère pouvoir donner les résul¬
tats dans un autre Mémoire. Toutefois la présence des
chlorures solubles dans des eaux provenant de terrains pri¬
mitifs ne se présente pas comme un fait entièrement nou¬
veau : ainsi M. Henry Clifton Sorby, de Sheffield, en étu¬
diant avec un microscope à grossissement considérable les
quartz associés à certaines formations granitiques de l’É-
cosse et du Cornouailles, a remarqué que ce minéral offrait
de petites cellules, dans lesquelles il a pu distinguer des
cristaux de chlorures alcalins.
9. La proportion de chlorures alcalins contenue dans les
eaux des puits des métairies et de l’habitation de Ligoure
me paraît être un fait local et exceptionnel. Ces puits,
creusés à une profondeur de 6 mètres, sont alimentés par
les infiltrations de F eau qui imprègne le tuf environnant.
Or il est évident que, dans une cour de ferme, c’est-à-dire
dans un lieu où une niasse de matières organiques et de dé¬
bris de toutes sortes sont amoncelés depuis des siècles, les
eaux trouveront plus de matière soluble que dans tout autre
endroit, et offriront par conséquent, après l’évaporation,
un résidu plus considérable.
Les propositions suivantes me paraissent résumer sous la
lorme la plus sommaire les conclusions intéressant l’agri¬
culture des terrains primitifs de la France centrale, dans
( 47* )
lesquels le gneiss est dominant comme dans le Limousin.
10. Le gneiss qui constitue la base du sol dans les can¬
tons situés au sud de Limoges, et qui présente vraisembla¬
blement les mêmes caractères dans une grande partie du
plateau central de la France, ne contient à l’état de roche
solide aucune substance minérale que les végétaux puis¬
sent immédiatement s assimiler. 11 doit être par conséquent
considéré comme stérile.
11. Le tuf qui se produit à la surface de cette roche par
l’action des agents atmosphériques et qui, sous une épais¬
seur de plusieurs mètres, est souvent le fondement de la
terre végétale, se délite au moindre effort et peut, par con¬
séquent, s’incorporer facilement à celle-ci. 11 est en outre
tout préparé à fournir aux plantes, et même aux eaux plu¬
viales, la silice, la potasse et la soude, *la magnésie, la
chaux, c’est-à-dire la majeure partie des principes miné¬
raux nécessaires à la végétation. La chaux assimilable, en
particulier, c’est-à-dire la substance qui fait le plus défaut
au sol arable du plateau central, se trouve en proportion de
0,0012 dans la couche de tuf contiguë à la terre végétale et
de o,ooi 6 dans les couches plus profondes.
L2. La terre végétale remuée par la charrue, qui dans
presque tous les champs du Limousin n a guère une épais -
seure supérieure à 12 centimètres, a perdu en général cette
chaux assimilable, qui lui est enlevée peu à peu par les eaux
pluviales et paroles plantes. Cette terre alcaline 11’est d’ail¬
leurs fournie aux plantes qu’en proportion insuffisante par
la décomposition lente du feldspath anorthose.
13. O11 peut donc accroître immédiatement, sous ce rap¬
port, la fertilité du sol en y incorporant par des labours
plus profonds, une partie du tuf inférieur. Celui-ci ne pèse
jamais moins de 2000 kilogrammes par mètre cube, en
sorte que sous ce volume il contient, d’après les analyses
rapportées précédemment, 2kll,4° de chaux assimilable;
un labour profond, qui entaillerait le tuf à 20 centimètres
( 4?2 )
de profondeur, incorporerait donc à la terre végétale48oo ki¬
logrammes de chaux assimilable par hectare. Or la quan¬
tité de chaux absorbée sur le même espace par une récolte
de froment n’excédant pas 20 kilogrammes, on voit que
ramendement calcaire introduit dans ces conditions aurait
une durée séculaire, s’il n’y avait pas pour le sol d’autre
cause d’appauvrissement que celle qui résulte de la succes¬
sion des récoltes.
14. Mais les eaux pluviales qui ne sont absorbées par
ce sol peu perméable qu’en faible quantité, et qui s’échap¬
pent immédiatement des plateaux sur les déclivités con¬
tiguës , dissolvent la plus grande partie de la chaux et
des autres éléments solubles. Beaucoup plus que la culture,
elles tendent à épuiser le sol, et cette cause d’épuisement est
d’autant plus considérable que les eaux pluviales, en raison
de la rapidité de leur écoulement, entraînent une quantité
considérable de matières argileuses ténues qui résultent de
la décomposition de Fanorthose, et qui constituent la source
de la fécondité du sol. Le principe de culture le plus essen¬
tiel dans cette contrée consisterait donc à déverser aussitôt
que possible dans les prés les eaux pluviales qui sortent des
champs. C’est assurément le plus sûr moyen de restituer
aux terres arables les éléments de fertilité qui leur sont jour¬
nellement enlevés. Il est donc à déplorer que l’état de mor¬
cellement du sol, surtout dans les banlieues de village, inter¬
dise généralement ce moyen de fertilisation', et conduise les
propriétaires à laisser écouler infructueusement dans la
plupart des cas les eaux des champs dans les ruisseaux.
15. En résumé, les labours profonds et le déversement
immédiat sur les prés des eaux pluviales qui s’échappent
des champs sont le moyen de répartir de la manière la plus
avantageuse les engrais minéraux sur les sols gneissiques de
la partie centrale du Limousin.
J’ai laissé à dessein de côté, dans ce Mémoire, la ques¬
tion délicate qui sc rapporte à 1 origine et à la distribution
( 4;3 )
du phosphore qui s exporte chaque année en quantité con¬
sidérable au dehors de la terre de Ligoure sous forme de
froment et d'animaux. Je reprendrai ce sujet dans un tra¬
vail dont je recueille maintenant les principaux éléments.
<\W\ VV\ W' *W\ *W> \ V> (VW
RECHERCHES EXPÉRIMENTALES ET THÉORIQUES
sur les ligures d’équilibre d’une masse liquide sans pesanteur;
Par M. J. PLATEAU.
SIXIÈME SÉRIE (l).
Théorie de la génération des lames liquides. — Lois qui
régissent les systèmes laminaires , théorie et expé¬
riences ; constitution de la mousse qui se jorme sur cer¬
tains liquides. — Mode de génération des sy stèmes lami¬
naires. — Conditions pour qu’une charpente polyédrique
donne un système laminaire parfait , un système lami¬
naire imparfait , ou un système laminaire nul.
Dans cette série, je cherche d’abord à montrer que le
développement des lames liquides est un simple résultat de
la viscosité et de la cohésion, du moins tant qu’on ne con¬
sidère que le fait même de ce développement, sans avoir
égard au degré de facilité de sa production. Je prends un
exemple fort simple, celui de la lame en forme de calotte
sphérique, déterminée à la surface d’un liquide par une
bulle d’air qui s’est élevée de l’intérieur de ce liquide. La
(i) Mémoires de V Académie de Bruxelles, t. XXXHI. Pour les résumés des
précédentes recherches, voir ces Annules , 3° série, t. XXX, p. ?.o3 ; t . L, p. 97 ;
t. LIP, p. 2É; et t. LXU, p. 2 t o.
( 474 )
bulle d’air ne peut approcher de la surface qu’en chassant,
dans tous les azimuts autour de son sommet, les molécules
liquides situées au-dessus d’elle, et il est clair que ce dépla¬
cement relatif des molécules doit être d’autant plus rapide
que le sommet de la bulle est plus près de la surface; mais
la viscosité oppose aux déplacements relatifs des molécules
des liquides une résistance qui croît considérablement avec
la vitesse de ces mêmes déplacements, de sorte que, lorsque
la distance entre le sommet de la bulle d’air et la surface est
devenue très-petite, les mouvements moléculaires dont il
s’agit ne peuvent plus s’effectuer avec une rapidité corres¬
pondante à celle de l’ascension de la bulle. Dès lors, pour
que l’air qui constitue la bulle continue à monter et passe
au-dessus du niveau du liquide, il faut évidemment ou
que ce liquide se déchire, ou qu’il soit soulevé. Or on ne
peut plus douter, depuis les belles recherches de MM. Donny
et Henry, que la cohésion des liquides ne soit du même
ordre que celle des solides ; la couche liquide qui, au moment
où nous considérons le phénomène, sépare encore le sommet
de la bulle d’air de la surface, présente donc, bien que
très-mince, une résistance beaucoup trop grande pour que
la rupture ait lieu; cette couche est conséquemment soule¬
vée, c’est-à-dire qu’il se développe une lame.
Je fais voir qu’après la terminaison du phénomène cette
lame constitue nécessairement une portion de sphère, mais
quelle ne peut jamais atteindre un hémisphère complet;
seulement elle en approche d’autant plus qu elle est plus
grande. Je vérifie ce dernier résultat par l’expérience : je
constate que lorsque la bulle d’air est très-petite, lorsqu’elle
n’a, par exemple, que i millimètre de diamètre, la lame
quelle détermine à la surface du liquide n’est qu’une por¬
tion très-minimede la sphère à laquelle elle appartient, qu’à
mesure que le volume d’air est plus grand, la calotte sphé¬
rique s’éloigne de moins en moins d’un hémisphère, et que
lorsque le diamètre de sa base excède J centimètres envi-
( 475 )
ron, l’œil juge celte lame hémisphérique. Dans ce qui suit,,
je supposerai toujours les lames de ce genre assez grandes
pour qu on puisse les regarder comme hémisphériques.
Quand deux hémisphères laminaires formés à la surface
d’un liquide viennent à se toucher par leurs bases, tout le
monde sait qu’ils se pénètrent plus ou moins, mais de ma¬
nière que les portions d’air qu'ils emprisonnent respective¬
ment demeurent séparées par une lame ou cloison liquide. Je
montre que cette cloison constitue également une portion de
sphère, dont la courbure est en général différente de celles
des deux premières lames. Partant du principe que la pres¬
sion exercée par une lame de courbure sphérique sur l’air
qu’elle emprisonne est en raison inverse du rayon de cette
lame, et désignant par y, p' et r les rayons respectifs de la
plus grande lame, de la plus petite et de la cloison, j’arrive
à la formule
qui donne le rayon de la cloison, quand on ‘connaît ceux
des deux lames.
Pour compléter l’étude d'un pareil assemblage, il 11e
reste plus qu’à trouver sous quels angles les deux lames et
la cloison se joignent. Pour cela, je fais d’abord remarquer
que les lames liquides ne peuvent se rencontrer sous des
angles à arêtes linéaires : la continuité exige qu’il se forme,
tout le long de la ligne de rencontre de nos trois lames, une
petite masse à surfaces fortement concaves dans le sens per¬
pendiculaire à cette même ligne. Avec l’eau de savon ou le
liquide glycérique, la petite masse est beaucoup trop ténue
pour que 1 œil puisse en distinguer les courbures transver¬
sales 5 mais on les voit fort bien dans les systèmes laminaires
obtenus avec de l’huile au sein du liquide alcoolique,
comme je l’ai indiqué dans ma deuxième série. Cela posé,
cette petite masse doit avoir par elle-même son équilibre de
( 476 )
ligure 5 or ses courbures transversales étant énormes rela¬
tivement à la courbure longitudinale, on peut négliger l’in¬
fluence de cette dernière, et raisonner comme si la petite
masse était droite; mais dans ce cas l’équilibre capillaire
exige visiblement que les courbures transversales des trois
petites surfaces soient identiques, ce qui entraîne l’égalité
des angles entre les trois lames; ainsi ces trois lames abou¬
tissent les unes aux autres sous des angles de 120°.
On peut aussi partir de cette égalité pour déterminer le
rayon de la cloison en fonction de ceux des deux autres
«. J
lames, et Ton retombe alors sur la formule donnée plus
haut.
si r on suppose qu’un troisième hémisphère laminaire
vienne s’accoler aux deux autres, l’ensemble contiendra
nécessairement trois cloisons et celles-ci devront, aussi
d’après le même principe, se joindre sous des angles de 1 20° .
De cette valeur commune des angles sous lesquels se joi¬
gnent toutes les lames dont il s’agit, je déduis une construc¬
tion graphique simple de la base du système formé au moyen
de deux ou de trois hémisphères et de leur cloison, quand
on se donne d’avance les rayons que prennent ces hémi¬
sphères après leur pénétration partielle.
Je vérifie cette construction par l’expérience suivante :
La base en question étant tracée en traits épais sur un
papier, et celui-ci étant placé sur une table, on le recouvre
d’une plaque de verre mince, dont on mouille la face supé¬
rieure avec du liquide glycérique, puis ou dépose sur cette
plaque soit deux, soit trois bulles du même liquide, au-
dessus des portions de circonférences qui représentent les
bases respectives des hémisphères accolés, et ces bulles s’ar¬
rangent aussitôt en système cloisonné ; enfin, par une petite
manœuvre que je décris dans ce Mémoire, 011 modifie suc¬
cessivement les diamètres respectifs des hémisphères acco¬
lés, et lorsque ces diamètres sont devenus égaux à ceux du
dessin, la base tout entière du système réalisé se superpose
( 477 )
exactement à ce dessin 5 or la construction de ce dernier
étant fondée sur l égalité des angles sous lesquels les lames
se joignent entre elles, il résulte de la superposition ci-des¬
sus que cette égalité est bien réelle.
Dans les systèmes que nous venons d’examiner, une
même arête ne joint que trois lames, et, dans celui qui est
formé de trois hémisphères accolés, il y a quatre arêtes
aboutissant à un même point, savoir celle qui unit les trois
cloisons et celles qui unissent les trois hémisphères deux à
deux. Or, ainsi que je l’ai avancé (cinquième série), dans
les systèmes laminaires formés à l’intérieur des charpentes
en fil de fer, il n’y a jamais non plus que trois lames abou¬
tissant à une meme arête liquide, et quatre arêtes liquides
aboutissant à un même point; ce sont donc là deux lois
générales des assemblages laminaires.
Je cherche par l’expérience d’où peuvent dépendre ces
lois, et j’arrive à la conclusion que tout système laminaire
d’équilibre dans lequel plus de trois lames aboutissent aune
même arête liquide ou plus de quatre arêtes liquides à un
même point liquide, est un système instable. Voici deux de
mes expériences sur ce sujet.
i° Si l’on construit une charpente en fil de fer formée de
l’ensemble de deux carrés qui se coupent à angle droit par
les milieux de deux côtés opposés, et si 1 on imagine chaque
carré occupé par une lame plane, ces lames se couperont
suivant une arête liquide droite joignant les deux points
d’intersection des arêtes solides; le système ainsi composé
sera évidemment, à cause de sa parfaite symétrie, un système
d’équilibre; mais l’arête liquide unira quatre lames. Or,
quand on retire une semblable charpente du liquide glycé-
rique, 011 ne la trouve jamais occupée par le système ci-des¬
sus ; dans celui qui sc produit, il y a deux arêtes liquides
courbes partant des deux points d’intersection des fils so¬
lides et limitant une lame plane, tandis qu’à chacune de
ces mêmes arêtes viennent s’attacher deux lames courbes
( )
partant des fils solides, de sorte que la loi de trois lames à
une meme arête liquide est satisfaite. Maintenant, puisque
le premier système était, comme je l ai fait remarquer, un
système d’équilibre, qu’il était plus simple que le système
réel, et que cependant il ne se produit jamais, il faut en
conclure qu’il serait instable.
20 Si , dans une charpente cubique, on conçoit douze
lames planes triangulaires partant respectivementdes douze
arêtes solides et aboutissant au centre du cube, un pareil
système sera encore, à cause de la symétrie, un système
d’équilibre ; on verra sans peine qu’à chacune de ses arêtes
liquides ne se joignent que trois lames faisant entre elles
des angles égaux \ mais il contiendra huit arêtes liquides,
aboutissant toutes au point centrai. Or la charpente cubi¬
que ne le donne jamais : le point liquide central est rem¬
placé par une treizième lame, de forme quadrangulaire,
aux quatre sommets de laquelle viennent aboutir deux à
deux les arêtes liquides obliques, de sorte qu à chacun
de ces sommets n’aboutissent que quatre arêtes liquides. Ici
donc, comme dans le cas précédent, le premier système sup¬
posé, bien que système d’équilibre, et plus simple, serait
stable.
Restait à vérifier légalité des angles sous lesquels se joi¬
gnent trois lames et celle des angles sous lesquelsse joignent
quatre arêtes. .Te démontre d’abord que ces égalités sont
des conséquences mutuelles l une de l’autre, de sorte qu’il
suffit de vérifier la seconde, par exemple. Pour cela, je
cherche la valeur commune des angles entre les arêtes
liquides, et je la trouve égale à ioq° et une fraction ; je
choisis ensuite, parmi mes systèmes laminaires, ceux où
toutes les lames sont planes et où conséquemment toutes
les arêtes liquides sont droites, savoir : celui du tétraèdre
régulier, celui du prisme triangulaire droit à bases équila¬
térales et celui de l’octaèdre régulier. Dans le premier, qui
11e présente que quatre arêtes liquides allant des sommets au
( 47.9 )
centre et joignant les lames qui portent des fi ls solides, les
égalités dont il s’agit se montrent d’elles-mêmes l'une et
l’autre, à cause de la parfaite symétrie de 1 ensemble.
Au nombre des arêtes liquides du second sysième, c’est-
à-dire de celui du prisme triangulaire, il y en a une qui va
d un point liquide à un autre point liquide, et dont la lon¬
gueur peut ainsi être aisément mesurée au câthétomètre ;
or, d’après les dimensions préalablement mesurées des fils
solides de ma charpente et la valeur théorique ci-dessus
des angles entre les arêtes liquides, j’avais trouvé, par un
calcul simple, que la longueur de l’arête en question devrait
être de et la mesure au câthétomètre a donné
42ram, 3y. dont la différence avec la première est négli¬
geable.
Le troisième système, celui de l’octaèdre régulier, eon -
tientsix quadrilatères égaux dans l’un quelconque desquels
l’une des diagonales se prête facilement à la mesure du ea-
thétomètre; or, en partant encore des dimensions de ma
charpente et de la valeur théorique des angles entre les
arêtes liquides, j’avais déduit du calcul, pour la longueur
de cette diagonale, 23mra,i6, et la mesure directe a donné
23mra,i4-, la différence est, on le voit, plus minime encore
(pie dans le cas précédent.
Les systèmes laminaires des autres charpentes, c’est-à-
dire ceux qui contiennent des lames courbes et conséquem¬
ment des arêtes liquides courbes, vérifient aussi, quoique
d’une manière moins nette, l’égalité des angles sous lesquels
ces arêtes aboutissent à un même point liquide. Citons
quelques exemples. En premier lieu, dans le système de la
charpente cubique, il y a, comme je l ai dit plus haut, une
lamelle quadrangulaireq or les angles de celle-ci devant
être, d’après ce qui précède, de 109° et une fraction, il faut
évidemment que les côtés soient légèrement convexes vers
l’extérieur, et c’est, en effet, ce que montre le système réa¬
lisé. En second lieu, le système laminaire de la charpente
( 4$° )
prismatique hexagonale contient, en son milieu, une lame
hexagonale -, or les angles d’un hexagone régulier à côtés
rectilignes étant de 120°, c’est-à-dire notablement supé¬
rieurs à 109°, il faut que les côtés de la lame soient con¬
caves, et c’est encore ce que montre le système réalisé.
Enfin le système de la charpente prismatique pentagonale
présente, en son milieu, une lame pentagonale, et comme
les angles d’un pentagone régulier à côtés droits sont de
1080, c’est-à-dire très-voisins de 109°, les côtés de la lame
en question ne pourront manifester de courbure sensible
à l’œil, et c’est aussi ce qu’on observe.
Les lois précédentes étant ainsi bien établies, j’en fais
l’application à un autre genre d’assemblage laminaire,
savoir à la mousse qui se forme sur certains liquides, tels
que le vin de Champagne, la bière, etc. Cette mousse est,
chacun le sait, composée d’une foule de lamelles ou cloisons
qui emprisonnent entre elles de petites portions de gaz;
conséquemment, bien que tout y semble régi par le hasard,
elle doit être soumise aux lois en question ; ainsi ses innom¬
brables cloisons se joignent nécessairement partout trois à
trois, et sous des angles égaux, et toutes ses arêtes se distri¬
buent de manière qu’il y en ait toujours quatre aboutissant
à un même point, en y faisant des angles égaux. Je vérifie
ces conclusions par l’expérience, du moins quant aux nom¬
bres respectifs des lames à une même arête et des arêtes à
un même point, en insufflant de l’air sous la surface du
liquide glycérique, et en produisant ainsi, au-dessus de ce
liquide, un édifice cloisonné à grands compartiments,
comme le font les enfants avec de l’eau de savon. La consti¬
tution d’un semblable édifice est évidemment la même que
celle de la mousse, mais la grandeur des cloisons qui le
composent permet à l’œil d’en explorer l’intérieur.
Je reviens ensuite aux systèmes laminaires des charpentes
en fil de fer. Une autre loi que j’ai énoncée dans la cin¬
quième série consiste en ce que, dans ces systèmes, chaque
( 48. )
lame constitue une surface à courbure moyenne nulle.
Toutes ces lames, en effet, sont en contact par leurs deux
faces avec l'atmosphère libre, et dès lors évidemment ne
peuvent exercer aucune pression sur l’air ni dans un sens,
ni dans l’autre: or, d’après ce qui a été démontré dans la
cinquième série, cette condition exige encore qu’en chaque
point des lames dont il s’agit, la courbure moyenne soit
nulle. Il serait difficile de vérifier cette loi d’une manière
précise par l’observation- mais on constate du moins que
toutes les fois qu’une lame présente une courbure dans une
direction, elle en présente une opposée dans la direction
rectangulaire.
J’ai énoncé encore, dans la cinquième série, deux der¬
nières lois, dont j’examine aussi les causes dans le Mémoire
actuel; mais comme elles sont de moindre importance, je
n’en parlerai pas ici.
Enfin j étudie, également par la théorie et l’expérience,
la manière dont s’engendrent les systèmes laminaires des
charpentes. Je me bornerai ici à un seul exemple, savoir à
celui de la génération du système du prisme hexagonal,
quand on retire la charpente du liquide en tenant l’axe du
prisme vertical. Au moment où la base inférieure va sortir
du liquide, le système se compose simplement de six lames
planes occupant respectivement les six faces latérales du
prisme, et I on conçoit, en effet, que ces lames ne doivent
avoir aucune tendance à rentrer vers l’intérieur de la char¬
pente, puisqu elles font précisément entre elles deux à deux
1 angle de 120° que forment toujours deux lames apparte¬
nant à un même système. Quand la base inférieure émerge,
elle demeure d’abord unie à la surface du liquide par une
lame, qui bientôt se resserre du bas, se ferme en se séparant
du liquide, et va, sous la forme plane, occuper la base en
question; mais alors cette lame plane faisant des angles
droits avec celles qui remplissent les faces latérales, ne peut
rester en cet état : aussi la voit-on monter entre les autres,
Ann. de Chini. et de Phys., 3e série, t. LXl\r. ( Avril 1862 ) 3 (
( 482 )
qu elle plie en deux eu les tirant à elle, et en diminuant
ainsi d étendue ; en meme temps se développent six autres
lames partant des fils solides verticaux et aboutissant aux
arêtes liquides qui unissent les premières deux à deux 5
enfin l'équilibre s’établit quand la lame hexagonale mon¬
tante a atteint le milieu de la hauteur du prisme.
Cette étude de la génération des systèmes laminaires des
charpentes me conduit à les ranger en trois classes, savoir
les systèmes laminaires parfaits, les systèmes laminaires
imparfaits, et les systèmes laminaires nuis.
Les premiers sont ceux dans lesquels chaque fil solide ne
sert d’origine, dans toute sa longueur, qu’à une seule lame.
Je les nomme parfaits, parce que toutes les lames y sont
dépendantes les unes des autres dans toute leur étendue, et
que celles des arêtes liquides qui ont une de leurs extrémi¬
tés sur la charpente, partent des sommets mêmes de cette
dernière. Sauf quelques rares exceptions, ces systèmes se
produisent dans les charpentes de tous les polyèdres dont
tous les angles dièdres sont moindres que 1200 : par exem¬
ple, dans les charpentes du tétraèdre, de l’octaèdre, du
cube, etc.
Dans certains systèmes, il y a des parties des fils solides
de la charpente qui servent à la fois d’origine à deux por¬
tions de lames. Ce sont les systèmes de la seconde classe;
ils sont imparfaits, parce que les portions de lames dont il
s’agit sont rendues indépendantes l’une de l’autre par le fil
solide qui les sépare. Tels sont, par exemple, les systèmes
des prismes dont le nombre des faces latérales excède six.
Enfin, avec d’autres charpentes, on n’obtient jamais que
des lames planes occupant respectivement toutes les faces
du polyèdre moins une : ce sont les systèmes de la troisième
classe; je les appelle nuis, parce que toutes les lames qui
les composent sont rendues indépendantes les unes des
autres dans toute l’étendue de leurs contours par les fils
solides de la charpente. J’ai dit que l’une des faces demeure
( 483 )
vide*, c’est qu il faut nécessairement une ouverture pour
donner entrée à 1 air. Ces systèmes nuis se forment dans les
charpentes de tous les polyèdres dont tous les angles dièdres
sont notablement supérieurs à 1200} je citerai comme
exemple la charpente de l’icosaèdre régulier.
Je termine le Mémoire en annonçant que, dans une série
ultérieure, j’examinerai les systèmes laminaires des char¬
pentes sous un point de vue différent} je ferai voir alors
que chacun de ces systèmes se dispose de manière que la
somme des surfaces de ses lames soit un minimum.
f
PUBLIÉS A L’ÉTRANGER.
Extraits par M. Adolphe WURTZ.
Sur une combinaison d hydrogène et de fer; par MM. J. -A. Wanklyn
et IL. Carius (i).
Lorsqu’on fait réagir l’iodure ferreux sur le zinc-éthyle,
il se forme de l’iodure de zinc, du gaz éthylène et de V hy¬
drate de fer :
Fe* 2I2 H- Zn(€2H5)2=: Z ni2 -h Fe2H2-j- 2(G2H4).
Pour se procurer l’iodure ferreux, on chauffe de la
limaille de fer rapidement au rouge dans un creuset de
porcelaine et on y projette de l iode, d’abord en petite
quantité et seulement pour empêcher l’oxydation du métal,
(1) Annalen der Chemie und Pharmacie, t. CXX, p. 69 (nouvelle série,
t. XLIV); octobre 1861.
3 1 .
( 484 )
♦
et en plus grande quantité dès que la température a atteint
le rouge. Ce n’est qu’à cette température que la combinaison
s’effectue. La masse fondue au rouge vif paraît renfermer
un periodure. Du moins elle présente ce phénomène singu¬
lier de laisser dégager des vapeurs d’iode dès qu’elle se
refroidit au-dessous du rouge. Après le refroidissement, il
reste une masse grise lamellaire, qui est l’iodure ferreux
pur.
Lorsqu’on ajoute du zinc-éthyle étendu de son volume
d’éther à de l’iodure ferreux placé dans un tube, sous une
couche d’éther, il se manifeste aussitôt un vif dégagement
de gaz, et la température du mélange s’élève de quelques
degrés. On peut modérer la réaction en plongeant le mé¬
lange dans la glace; cependant le dégagement de gaz est
toujours abondant. Ce gaz renferme une portion notable
d’éthylène (dans trois expériences, on a trouvé 64*93,
7 1,23 et 89,6 pour 100 de gaz éthylène). Ce qui reste
après l’absorption de l’éthylène par l’acide sulfurique
fumant est un mélange d’éthyle, d’hydrure d’éthyle et
d’hydrogène.
Le résidu qui reste dans le tube, la réaction étant ter¬
minée, présente les réactions suivantes, après avoir été
bien lavé avec de l’éther. C’est une poudre noire qui res¬
semble au fer métallique et qui dégage de l’hydrogène pur
lorsqu’on la chauffe doucement. Cette décomposition, facile
par la chaleur, explique la présence de l’hydrogène dans le
mélange gazeux dont il a été question plus haut.
A l’abri de l’humidité, elle peut se conserver sans alté¬
ration. Mais lorsqu’on y ajoute de l’eau, il se dégage immé¬
diatement de l’hydrogène pur. Ii se forme eu même temps
de l’oxyde ferreux.
L’acide chlorhydrique décompose l’hydrure de fer avec
dégagement d’hydrogène et formation de chlorure ferreux.
On s’est assuré que l’hydrogène qui se dégage dans cette
( 485 )
réaction provient de l’acide chlorhydrique et de l’hydrure
de fer (i).
La composition exacte de l’hydrure de fer n’a pas pu
être déterminée.
Sur une nouvelle base organique, l’aribine ; par M. ]&ieth (2).
Ce corps a été extrait par M. Riéth de P écorce de X Ara-
riba rubra , arbre qui croît dans les forets vierges du
Brésil oriental. Cet arbre se rapproche, d’après M. Martius,
des Cinchonées. L’écorce est caractérisée par une couleur
rouge des parties internes et est employée par les Indiens
pour teindre la laine en rouge. On en a retiré un nouvel
alcaloïde, qui a reçu le nom d 'aribine.
A oici le procédé qui a été employé.
L’écorce, divisée en petits fragments, a été mise en diges¬
tion à plusieurs reprises avec de l’eau acidulée d’acide sulfu¬
rique. Les liqueurs réunies ont été filtrées, évaporées au
dixième de leur volume, neutralisées presque complètement
par le carbonate de soude et précipitées par un excès
d’acétate de plomb. Après filtration, la solution a été pré¬
cipitée par l’hydrogène sulfuré; le sulfure de plomb
entraîne ce qui reste de la matière colorante. Dans la
liqueur filtrée l’aribine a été séparée, à l’état impur et
sous forme d’un coagulum brun clair, par le carbonate de
soude.
Toute la masse ayant été agitée avec de l’éther, celui-ci
a dissous la base et s’est rassemblé à la surface; le liquide
aqueux inférieur a été épuisé cà plusieurs reprises par l é—
(1) Cette dernière propriété rappelle une propriété analogue de l’hy-
drure de cuivre. ( Annales de Chimie et de Physique, 3e sér., t. XI, p. a5t.)
(A. W-)
(2) Nachrichten von G. A. Université t und der Kànigl. Gesellschaft der Wis-
senschaflen zu Goettingen (1S61 , 1 1| août) et Annalen der Chemie und Phar¬
macie, t. CXX, p. 2/17 ( nouvelle série); t. XUV, p.247; novembre id5r.
( 486 )
ther, et les liqueurs éthérées réunies ont été agitées avec
de l’acide chlorhydrique qui en a extrait l’aribine; la plus
grande partie de la matière colorante est restée en dissolu¬
tion dans l’éther. Le chlorhydrate d’aribine étant insoluble
dans un excès d’acide chlorhydrique concentré, on a pu
séparer ainsi ce sel à l’état cristallin. En le dissolvant dans
l’eau et en traitant la solution par le carbonate de soude,
on précipite la base qui est purifiée par des cristallisations
répétées dans l’éther.
L’aribine forme des cristaux incolores appartenant à
deux types, suivant qu’ils renferment ou qu’ils ne ren¬
ferment pas d’eau de cristallisation. Anhydre, elle cristallise
en octaèdres rhomboïdaux assez volumineux 5 hydratée, elle
forme des prismes longs, minces, souvent creux et s’ef-
fleurissant à Fair.
Du sein de la solution éthérée bouillante elle se dépose
à l’état anhydre; elle est hydratée et renferme 29, o3
p. 100 d’eau (16 équivalents), lorsqu’elle se dépose par l’é¬
vaporation spontanée de l’éther. Sa saveur est très-amère,
quoiqu’elle soit très-peu soluble dans l’eau. Elle possède
une réaction alcaline. Elle fond «à 2290 sans décompo¬
sition. Sèche, elle absorbe l’acide chlorhydrique avec déga¬
gement de chaleur. Le chlorhydrate cristallise en prismes
brillants, solubles dans l’eau, insolubles dans l’acide chlor¬
hydrique. Les alcalis précipitent la base sous forme d’une
substance blanche qui devient bientôt cristalline, surtout
lorsqu’on chauffe. Le chlorure de platine forme avec le
chlorhydrate un sel double cristallin. L’acide tannique
ne précipite pas la base.
Chose remarquable, lambine ne renferme pas d’oxy¬
gène; sa composition est exprimée par la formule
C1fi H20 Az*.
Elle offre par conséquent le premier exemple d’une base
organique naturelle non oxygénée et solide.
( 487 )
Synthèse des acides succinique et pyrotartrique ;
par M. Maxwell Simpson (i).
On sait déjà par une communication antérieure de
M. Simpson (2) que ce chimiste a réussi à transformer le
cyanure d’éthylène en acide succinique, sans être parvenu
cependant à obtenir le premier corps à l’état de pureté.
Aujourd’hui il fait connaître les propriétés du cyanure
d’éthylène d’une manière plus précise et plus détaillée qu’il
ne l’avait fait auparavant.
Le cyanure d’éthylène est une substance solide et cris¬
talline, colorée légèrement en brun. Il fond à 3 70 et pos¬
sède une deusité de 1 ,023 à 45°. Il est neutre aux papiers
réactifs et possède un goût âcre et désagréable. Le potas¬
sium le décompose avec formation de cyanure de potassium.
Sa solution aqueuse n’est pas précipitée par le nitrate d’ar¬
gent. Chauffé avec l’acide nitrique ou chlorhydrique, il
donne de l’acide succinique et du nitrate ou chlorhydrate
d’ammoniaque. Le cyanure d’éthylène forme avec le nitrate
d’argent une combinaison cristalline soluble dans l’eau et
dans l’alcool, mais insoluble dans l’éther et qui renferme
C4H4Cy9, 4 ( AgAzO6). Ce corps fond lorsqu’on le chauffe
et fait explosion comme la poudre à canon.
Cyanure de propylène et synthèse de V acide pyrotar¬
trique . — On obtient le cyanure de propylène en chauffant
au bain-marie un mélange de 2 molécules de cyanure de
potassium avec 1 molécule de bromure de propylène et une
quantité considérable d’alcool. A la température ordinaire,
c’est un liquide neutre, doué d’un goût âcre, soluble dans
l’eau, l’alcool et l’étlier. Il distille entre 2770 et 290° en se
décomposant partiellement. Le potassium l’attaque avec
formation de cyanure de potassium. Le nitrate d’argent
en solution aqueuse 11e l’attaque pas. Chauffé avec de la
potasse, il fournit de l’ ammoniaque et un acide. Sa compo-
(1) Procecdutgs of lhe Royal Society , t. XI, p. 190; avril 1861.
(2) Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t. LXI, p. 224.
( 488 )
sition est exprimée par la formule
C6 H8 Gy2.
Pour le convertir en acide pyrotartrique , on mé¬
lange le cyanure de propylène avec une fois et demie son
volume d’acide chlorhydrique concentré, et oh le chauffe
au bain-marie dans un tube scellé. Par le refroidissement
le contenu du tube se prend en une masse cristalline que
l’on sèche et que l’on dissout dans l’alcool absolu. Après
avoir chassé l’alcool par l’évaporation,, on fait cristalliser le
résidu dans l’eau. On obtient ainsi une substance cristalline
incolore, très-soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, douée
d’un goût acide et agréable, fusible à quelques degrés au-
dessus de ioo° et possédant la composition et les propriétés
de l’acide pyrotartrique. L’équation suivante explique la
formation de cet acide dans ces circonstances :
C6H6Cy2-f- 2 H Cl 4- 8 HO = C10 H808 -+-2AzH4C1.
Cyanure Acide
de propylène. pyrotartrique.
Il est à remarquer que l’acide pyrotartrique se trouve
vis-à-vis du propylglycol dans la même relation que l’acide
butyrique à l’égard de l’alcool propylique :
G8 H8 O4, G°H802,
Propylgiycoi.
Alcool propylique.
G>°H80%
Acide
pyrotartrique.
G8 H8 O4.
Acide
butyrique.
Les expériences précédentes mettent aussi hors de doute
l’homologie de l’acide pyrotartrique avec l’acide succinique.
M. Simpson se propose de rechercher si l’on peut obtenir
une série d’acides isomères avec les acides delà série succi¬
nique, en partant des cyanures des radicaux diatomiques
des aldéhydes, tels que le cyanure d’éthylidène C4H4Cy2.
Il cherchera ainsi à obtenir les cyanures des radicaux tria-
t (uniques.
( 489 )
MÉMOIRES SUR LA PHYSIQUE PUBLIÉS A L’ÉTRANGER.
Extraits par M. VERDET.
Note sur la transmission de la chaleur rayonnante à travers l’air
humide et sur les propriétés hygrométriques du sel gemme; par
M, Magnus (i).
M. Tyndall a signalé une énorme différence entre les
pouvoirs absorbants de l’air humide et de l’air sec pour la
chaleur rayonnante, et s’est cru autorisé par ses expériences
à affirmer que le pouvoir absorbant de l’atmosphère ter¬
restre est presque entièrement dû aux éléments accidentels
et spécialement à la vapeur d’eau quelle contient (2).
Dans une lettre à sir John Herschel insérée récemment au
Philosophical Magazine (numéro de novembre 1861), il
a maintenu l’exactitude de ses assertions, malgré les résul¬
tats contraires obtenus par M. Magnus, et a cité quelques
nouvelles observations l’appui.
De son côté, M. Magnus a de nouveau comparé à diverses
reprises., par les méthodes qui lui sont propres (3), le pou¬
voir absorbant de l’air sec et de l’air humide, sans décou¬
vrir jamais la plus légère différence. En présence de cette
contradiction, il a étudié la méthode de M. Tyndall, et 11’a
pas tardé à se convaincre qu elle est sujette à de graves
difficultés. Le sel gemme en effet absorbe très-facilement
l’humidité de l’air saturé de vapeur d’eau et se couvre d’une
couche d’eau salée qui peut devenir assez sensible pour se
(1) Poggendorjf’s Annalen , t. CXIV, p. G 35 ; janvier 1862.
(•2) Voy. Annales de Chimie et de Physique, 3e série, t. LX11I, p. [\ÿl.
(3) Voy. Annales de Chimie cl de Physique, 3e série, t. LXll, p. jptp
( 49° )
détacher du sel sous forme de gouttes. Si l’on place dans
une position inclinée une plaque de sel gemme et une
plaque de verre l’une à côté de l’autre sous une cloche de
verre qui recouvre un vase plein d’eau, on voit bientôt des
gouttelettes liquides tomber du bord inférieur de la plaque
de sel gemme, sans que la plaque de verre manifeste rien
de pareil. L’expérience réussit parfaitement à la tempéra¬
ture de io° à a5° centigrades, l’eau ayant la même tempé¬
rature que l’air de la cloche. Elle réussit également bien
avec des plaques de toute provenance et avec des plaques
de sel marin cristallisé. Dans l’air sec l’eau s’évapore et le
sel se dessèche assez promptement.
Or Melloni a trouvé qu’une couche d’eau pure de i mil¬
limètre d’épaisseur arrête complètement tous les rayons qui
proviennent d'une source de chaleur obscure et les A —
1 i oo
des rayons émis par une spirale de platine incandescente.
Suivant le même expérimentateur, une dissolution saturée
de sel marin laisse passer une proportion des rayons émis
par la lampe d’Argand supérieure seulement de — à celle
que transmet l’eau pure. Suivant M. Franz la différence est
de -• On n’a pas fait d’expériences directes sur le pouvoir
absorbant d une dissolution de sel marin pour les rayons
émis par une source de chaleur à la température de ioo°,
mais on ne saurait douter qu’il ne soit très-considérable.
On peutdonc penser que lorsqu’on enferme de l’air humide
dans un tube terminé par des plaques de sel gemme, la
couche mince de dissolution qui se forme à la surface de ces
plaques est la cause principale des effets d’absorption ob¬
servés.
Pour examiner l’influence de cette cause d’erreur,
M. M agnus a pris un tube de verre de i mètre de long,
fermé à scs deux extrémités par deux plaques de sel gemme
( 49 1 )
anglais de 12 millimètres d’épaisseur. Oni a rempli d’abord
d’air sec, en prenant les précautions usitées pour dessécher
complètement les parois du tube et les plaques, et on a
observé l’action exercée au travers de ce tube sur une pile
thermo-électrique par le rayonnement d’un vase noirci
rempli d’eau bouillante. On a fait ensuite traverser le tube
par un courant d’air qui s’était chargé de vapeur d’eau en
passant sur de la pierre ponce humide. A peine une petite
quantité d’air humide a-t-elle touché les plaques, que l’ab¬
sorption est devenue plus sensible, et bientôt il n’est plus
passé que le quart de la chaleur primitivement transmise.
Les plaques de sel retirées de l’appareil ont été chargées
d’humidité sur leur surface intérieure. Aucun effet sem¬
blable n’a eu lieu avec des plaques de verre.
M. Magnus n’a jamais pu par ce procédé obtenir des
effets d’absorption aussi considérables que ceux que rap¬
porte M. Tyndall. Il ne prétend pas d’ailleurs que la cause
d’erreur qu’il a signalée soit la véritable explication des
résultats obtenus par ce savant physicien. Il a voulu simple¬
ment montrer les difficultés inhérentes à la question et au
procédé.
Exposé historique des travaux relatifs aux variations non périodiques
du magnétisme terrestre; par Bï. le général Sabine (i).
Communiqué à la Société Royale de Londres, le i5 novembre i8do.
La connaissance du magnétisme terrestre et particulièrement de ses
variations non périodiques a accompli depuis une vingtaine d’années
(1) Vhilosophical Magazine.
( 49'2 )
de remarquables progrès. Nous n’avons pas jugé qu’il fût possible de
rendre compte aux lecteurs de ces Annales des longues et minutieuses
discussions d’observations par lesquelles les faits nouveaux ont été
successivement établis, mais nous saisissons l'occasion qui s’offre à
nous de leur en présenter une esquisse générale, en reproduisant
l’aperçu historique par lequel le savant qui a le plus contribué à ces
progrès, M. le général Sabine, a terminé une de ses communications
à la Société Royale de Londres. C’est dans les Transactions de cette
Société depuis vingt ans qu’on peut trouver la preuve détaillée des
faits résumés par M. Sabine dans l’exposé qui va suivre.
Avant la fondation de l’Association magnétique alle¬
mande et la publication de son premier rapport annuel
en 1 85y, notre connaissance des perturbations magnétiques
accidentelles ou orages magnétiques se bornait à savoir
qu’à des époques dont le retour ne semblait pas régulier il
survenait des agitations ou perturbations extraordinaires de
l’aiguille aimantée, qui dans certains cas avaient été recon¬
nues contemporaines en divers points éloignés du continent
européen et s’étaient montrées accompagnées d’aurores
boréales, aperçues soit aux lieux memes où l’on avait con¬
staté les perturbations, soit à la même époque en d’autres
lieux. L’opinion qui semble avoir généralement prévalu à
cette époque voyait dans l’aurore boréale et dans les pertur¬
bations magnétiques des phénomènes de même genre, ayant
probablement leur origine dans les dérangements de l’at-
mosplière ou liés au moins de quelque façon avec les per¬
turbations de l’équilibre atmosphérique. On les classait en
conséquence parmi les phénomènes météorologiques et on
supposait qu elles n’avaient qu’une étendue et une influence
locales, quoique parfois très- considérables.
Le but spécial de l’Association magnétique allemande fut
de soumettre les perturbations magnétiques irrégulières
(c’est ainsi qu’on les appelait alors, par opposition aux va¬
riations régulières, séculaires ou périodiques) «à une étude
plus attentive, au moyen d’un système d’observations
( 493 )
simultanées, exécutées en divers lieux de l’Allemagne. Dans
cette vue on convint de prendre chaque année six jours
pour observer avec la plus grande précision la direction de
l’aiguille de déclinaison, par des méthodes nouvelles, de
cinq minutes en cinq minutes pendant vingt-quatre heures
de suite; les instruments météorologiques ordinaires de¬
vaient être observés en même temps. Les horloges de chaque
station furent réglées sur le temps moyen de Goettingue
(c’est à Goettingue que l’Association avait pris naissance),
et les observations furent ainsi rendues strictement simul¬
tanées. La profonde considération qu’on avait pour les
hommes éminents (MM. Gauss et Wilhelm Weber) qui
avaient formé le plan de L Association, lui assura une
coopération étendue, non-seulement en Allemagne, mais
dans une assez grande partie de l’Europe. Les observations
au x jours- époques (c’est ainsi qu’on désignait les six jours
d’observations simultanées) furent continuées jusqu’en 1841
et furent toutes transmises cà Goettingue pour y être com¬
parées et coordonnées.
Les principaux résultats de cette grande entreprise ont
été publiés dans des ouvrages bien connus de tous ceux
qui s’occupent de l’étude du magnétisme. On peut les
résumer comme il suit : On reconnut que les phénomènes
étudiés revenaient accidentellement et sans régularité ; qu’ils
avaient lieu en même temps et partout dans toute l’étendue
du territoire des observations; que la correspondance se
soutenait de la manière la plus complète et la plus surpre¬
nante non-seulement dans les grandes oscillations, mais dans
presque toutes .les plus petites; en sorte que, comme le
disent MM. Gauss et Weber, « il ne restait en réalité rien
qu'on prit légitimement attribuer à des causes locales . »
On arriva à des conclusions également positives au
sujet de la connexion qu’011 avait précédemment imaginée
entre les perturbations magnétiques et les dérangements de
l’atmosphère ou quelque état météorologique particulier.
( 4y4 )
Aucune influence appréciable quelconque ne parut être
exercée sur l’aiguille par les ouragans ou même par les
orages, même les plus rapprochés.
La correspondance des mouvements simultanés de l’ai¬
guille de déclinaison, manifestée d’une manière si frappante
dans une étendue aussi considérable, était plus remar¬
quable toutefois sous le rapport du sens des variations que
sous le rapport de leur grandeur. Les perturbations en diffé¬
rentes stations et même, on le dit expressément, à toutes les
stations, coïncidèrent exactement, même les plus faibles,
quant à l’époque et à la direction, mais se présentèrent
avec des grandeurs très -différentes. Ainsi on remarqua en
général que la plupart des anomalies étaient plus faibles
aux stations méridionales qu’aux stationsseptèntrionales; la
différence excédait celle qu’on aurait pu attribuer aux va¬
riations de la force directrice constante antagoniste aux per¬
turbations (la force horizontale terrestre qui est plus grande
dans le midi que dans le nord de l’Europe). La généralité
du- phénomène conduisait tà cette conséquence inévitable,
qu’en Europe l’énergie de la force perturbatrice devait être
regardée comme d’autant moindre qu’on avançait davan¬
tage vers le sud.
Une comparaison attentive et minutieuse des mouve¬
ments simultanés observés en des stations très-voisines l’une
de l’autre conduisit à cette conclusion ultérieure également
donnée comme inévitable, « qu’on devait admettre l’action
contemporaine de diverses forces, probablement tout à fait
indépendantes les unes des autres et ayant des origines très-
différentes, les effets de ces diverses forces étant combinés
dans des proportions diverses aux divers lieux d’observation
suivant la situation de ces lieux par rapport aux sources
d’où procédaient les perturbations (i) ». La difficulté de
(i) Résultats ait s de n Beobachtungen des magnetischen Vereins ■ année i836,
page 99-
( 495 )
débrouiller les complications qui se présentent ainsi à
chaque station particulière fut entièrement reconnue, et le
rapport sur les observations signé de l'initiale de Gauss
conclut par cette remarque, « que ce sera un triomphe pour
la science, si à quelque époque future on réussit à mettre
en ordre les nombreuses complications de ces combinaisons
d’effets, à séparer F une de l’autre les diverses forces dont
elles sont les résultats complexes et à assigner l’origine et
la mesure de chacune d’elles (i). »
Tel était l’état de la question lorsque la Société Royale
commença à s’en occuper. Le rapport du Comité de Phy¬
sique, rédigé (entres autres objets) pour servir de guide aux
observatoires magnétiques établis par le gouvernement pour
une durée limitée dans quatre des colonies britanniques,
porte la date de 1840. Le dessein proposé dans ce rapport
est une généralisation importante du dessein de l’Associa¬
tion magnétique allemande et une extension de ses recher¬
ches aux points les plus éloignés du globe. Les observations
allemandes avaient été pour la plupart restreintes à un
seul des trois éléments nécessaires à une étude complète du
magnétisme terrestre. Lorsque l’Association magnétique
commença ses travaux, la déclinaison était le seul élément
pour lequel on fût en possession d’un appareil capable de
mesurer les variations avec une précision suffisante. Alîn
de pouvoir mesurer en outre les variations d’intensité de
la force horizontale, M. Gauss construisit en i83ç son
9 *
magnétomètre bifilaire, qui fut employé à Goettingue et
dans un petit nombre d’autres stations allemandes, concur¬
remment avec le déclinomètre aux époques d’observation
dans les années suivantes. Mais un appareil correspondant
pour la force verticale faisait encore complètement défaut*,
en l'absence d'un appareil de ce genre joint au magnéto-
mètre bifilaire, aucune détermination n’était possible des
(i) Logo citotOj p. ioo.
( 49« )
perturba lion s ou variations temporaires de l’inclinaison et
de l’intensité, et sans la connaissance de ces variations on ne
pouvait espérer de conclusion satisfaisante, relativement à
la vraie nature, à la grandeur et à la direction des forces
perturbatrices* M. le Dl Lloyd a suppléé ce desideratum
de la science par l’invention de son magnétomètre pour la,
force verticale, qui s’est trouvé, lorsqu’on l’a employé avec
les soins convenables, à peine inférieur (si tant est qu'il le
soit réellement) au magnétomètre bifilaire. L’organisation
des observatoires britanniques put ainsi comprendre toutes
les données nécessaires à une étude des perturbations acci¬
dentelles, soit qu on dût poursuivre comme auparavant
cette étude par des observations simultanées faites aux
diverses stations à des époques convenues, soit que, comme
cela était suggéré dans le rapport, on dût le faire par la
détermination des lois , relations et dépendances mutuelles
des perturbations observées à chaque station dune ma¬
nière indépendante et sans aucun concert avec les obser¬
vateurs des autres stations. Ainsi, relativement à une
classede phénomènes, leplan britannique étaitsousundouble
point de vue une extension du plan de l’Association alle¬
mande, mais il comprenait en outre la détermination, par
des moyens d’une précision supérieure à tous les moyens
précédemment usités, des 'valeurs absolues des trois élé¬
ments du magnétisme terrestre et des changements pério¬
diques ou progressifs auxquels ils sont sujets; toutefois on
demandait d’abord, et avec une insistance que l’expérience
ultérieure a pleinement justifiée, qu’on commençât par
l’élimination des effets des variations accidentelles et tran¬
sitoires, comme par un préliminaire nécessaire à toute
connaissance exacte et à toute analyse des variations pério¬
diques ou progressives. On faisait encore ressortir l’intérêt
prépondérant de la classe des phénomènes qui forme le
sujet de la présente communication par la remarque sui¬
vante : « La théorie des variations transitoires, disait-on, est
( 497 )
en elle-même un des points les plus intéressants et les
plus importants sur lesquels puisse se porter l’attention des
personnes qui s’occupent de l’étude du magnétisme, car
ces variations sont sans doute intimement liées avec les
causes générales de l’action terrestre et nous conduiront
probablement à une connaissance de ces causes bien plus
parfaite que celle que nous possédons. »
Les instructions contenues dans le rapport fait à la
Société Royale sur la disposition et le maniement des appa¬
reils destinés à ces diverses études étaient claires, simples et
précises. Si on les examine de nouveau, aujourd’hui qu’elles
ont rendu les services qu’on en attendait, il est impossible
d’en parler autrement que pour en faire l’éloge le plus com¬
plet. Mais ces instructions ne se rapportaient qu’à l’exécu¬
tion des observations elles-mêmes. Tenter de prescrire des
méthodes par lesquelles on aurait à tirer d’observations
non encore faites des conclusions dont on ne pouvait soup¬
çonner la nature, eût été évidemment prématuré. Cepen¬
dant, si quelque discussion des résultats ne l accompagne,
la simple publication d’observations non réduites est à peu
près sans valeur. Une autorité éminente, dont les opinions
exprimées par les instructions de la Société Royale ont été
fréquemment rappelées dans la présente communication, a
fait justement remarquer que « si un homme n’a pas l’es¬
prit de groupement et de combinaison qui déduit les résul¬
tats des observations, il ferait aussi bien de tenir un registre
de ses rêves que du temps qu’il fait ou de tout autre plié -
nomene journalier. » Il était donc indispensable qu’on
essayât de recueillir au moins les premiers fruits d’une en¬
treprise pour laquelle il avait été dépensé une somme si con¬
sidérable de l’argent de l’Etat et tant d’efforts individuels;
le devoir de faire cet essai pouvait être considéré comme
incombant naturellement à la personne qui s’était trouvée
chargée de la direction supérieure des observatoires du gou¬
vernement. Les méthodes de discussion et les procédés de
Ann. de Chim. et de PhYs.} 3e série, T. LXIV. (Avril 1862.) 32
( 49» )
calcul adoptés pour réduire, combiner, éliminer et en géné¬
ral pour obtenir des résultats, étaient nécessairement d’un
genre nouveau; c’étaient en réalité des tentatives pour
trouver parmi des chemins non fréquentés la route qui
pouvait conduire aux lois simples et générales des phéno¬
mènes, alors qu’on manquait encore de toute notion préa¬
lable de l'origine ou du mode de production de ces phéno¬
mènes. Il n’est heureusement pas nécessaire d’empiéter sur
le temps et l’attention de la Société pour exposer les mé¬
thodes qui ont servi h élucider quelques-unes des questions
principales relatives aux orages magnétiques, puisque ces
méthodes sont complètement exposées dans les discussions
mises en tête des dix gros volumes où l’on a publié les
observations des observatoires coloniaux. Je pourrai me
borner simplement à mentionner le plus brièvement pos¬
sible quelques-unes des conclusions qu’on peut supposer les
plus propres à éclairer la théorie des phénomènes.
Les résult ats de rexîeiision du système des jours 'époques
au continent américain, à l7 hémisphère austral et aux
régions tropicales peuvent se résumer en très-peu de mots.
Le caractère simultané des perturbations, que les observa¬
tions allemandes avaient reconnu dans les phénomènes de
la plus grande partie de l’Europe, a été encore manifeste
lorsqu’on a comparé en ï 843 les observations des jours-
époques de i84o, ï 84 1 et 1842 faites à Prague et à Breslau
eu Europe, à Toronto et à Philadelphie dans l’Amérique du
Nord; la meme conclusion est résultée d’une comparaison
semblable étendue ultérieurement aux observatoires colo¬
niaux les plus éloignés de l’Europe. L’occurrence des per¬
turbations a toujours semblé fortuite, mais elles se sont
caractérisées par des affections communes au globe entier
et simultanément manifestes dans les stations les plus dis¬
tantes. Lorsqu’on a comparé des stations très-éloignées, par
exemple les stations d’Europe avec les stations américaines,
ou les stations de l’un ou de l’autre de ces continents avec
( 499 )
ia station australienne d’Hobarton (terre de Van-Dîemcn) *
il s'est présenté des divergences dans la grandeur des per¬
turbations individuelles, semblables à celles qu’on avait
déjà reconnues en comparant les unes aux autres les
diverses stations européennes, mais plus fréquentes et plus
considérables, allant même quelquefois jusqu’au change¬
ment. de sens de la perturbation. Dans des cas fort nom¬
breux le même élément ou des éléments dillérents ont été
troublés au même instant en Europe et en Amérique;
d'autres fois au contraire il y a eu des perturbations, même
très-grandes, sur l un de ces continents, dont aucune trace
n’a été visible sur l’autre. On a conclu de là, avec la nou¬
velle confiance qu inspire une seconde expérience plus
étendue que la première, que diverses forces provenant de
diverses sources étaient contemporaines dans leurs actions,
et on a été conduit à présumer que le moyen le plus efficace
de poursuivre et de mener à bien ces recherches était de
tâcher d’analyser les effets produits individuellement dans
chaque station et de les résoudre, s’il était possible, dans
leurs éléments respectifs."
Les observations horaires, commencées en 1841 et 1842
dans les stations coloniales et continuées pendant plusieurs
années, ont fourni les matériaux nécessaires à cette re¬
cherche ; le premier fruit de leur examen a été de découvrir
que les perturbations dont il s’agit, tout accidentelles
qu elles soient quant à 1 époque de leur occurrence, quelque
irrégulières qu elles paraissent quand on les considère indi¬
viduellement, sont néanmoins dans leurs effets moyens des
phénomènes strictement périodiques , qui suivent pour cha¬
que élément avec chaque lieu, si on prend la moyenne d’un
grand nombre de jours, une loi dépendante de l’heure solaire
vraie, et qui constituent ainsi une variation moyenne
diurne totalement distincte de la variation diurne résru-
O
lière, dont on peut la séparer par un mode convenable de
3?. .
( 5oo )
réduction. Cette relation des perturbations avec une loi
dépendante de l’heure solaire fut la première circonstance
connue qui fit penser au soleil comme à leur cause primi¬
tive, tandis qu’en même temps une différence dans le mode
de production de la variation diurne régulière et de la varia¬
tion diurne perturbatrice semblait indiquée par un fait
essentiel : dans la variation perturbatrice, l'heure locale
du maximum ou du minimum change (à ce qu’il semble sans
limites) d’un méridien à l’autre; la variation régulière est
au contraire remarquable par F uniformité constatée depuis
longtemps des heures critiques.
Le premier rapprochement entre les orages magnétiques
et Faction solaire considérée comme leur cause principale a
été bientôt suivi d’une confirmation beaucoup plus frap¬
pante, dans la découverte d’une variation périodique de la
grandeur et de la fréquence des orages magnétiques, cor¬
respondant exactement pour la durée de la période et coïn¬
cidant pour les époques des maxima et des minima avec
la variation décennale de la fréquence et du nombre des
taches du soleil, que M. Schwab a déduite de ses observa¬
tions systématiques commencées en 1826 et continuées
pendant les années suivantes. La démonstration de la varia¬
tion décennale des orages magnétiques est fondée sur les
observations de quatre observatoires magnétiques séparés
par les plus grandes distances, qui s’accordent tous à la
donner. Cette correspondance remarquable entre les orages
magnétiques et des changements physiques de la photo¬
sphère solaire si considérables, qu’on peut de la surface de la
terre les voir à l’œil, nu, suffit pour mettre fin à toute hypo¬
thèse qui assignerait à la cause des perturbations magné¬
tiques une origine locale soit à la surface, soit dans l’atmo¬
sphère de notre globe, soit dans le magnétisme terrestre
lui -même: elle oblige à les rapporter, à titre de phéno¬
mènes cosmiques à 1 influence solaire directe, laissant à
( Soi )
l’avenir la solution de la question du mode suivant lequel
s’exerce cette influence (i).
Nous pouvons regarder comme un premier pas vers
cette solution l’attribution des perturbations de la décli¬
naison à deux forces distinctes qui agissent dans des direc¬
tions différentes et qui paraissent émaner de foyers diffé¬
rents*, les phénomènes de ces variations distinctes (quoique
à beaucoup d’égards intimement liés ensemble) présentent
les memes traits caractéristiques à toutes les stations dont
les observations ont été analysées 5 on en a récemment
donné un exemple nouveau dans la discussion des observa¬
tions de Kew. Une séparation semblable en deux affections
indépendantes, présentant chacune ses lois phénoménales
propres, est résultée d’une analyse du même genre appli¬
quée aux perturbations de l’inclinaison et de 1 intensité
magnétique observées dans les stations coloniales 5 on a ainsi
mis en évidence les lois approximatives des effets de six
forces distinctes (deux pour chacun des éléments du magné¬
tisme terrestre) qui agissent simultanément dans toutes les
parties du globe, et qui indiquent d une manière certaine
(1) La découverte de la période décennale des orages magnétiques n’a pas
été, comme on l’a supposé quelquefois, une découverte fortuite, mais la
conséquence d’un procédé d’examen adopté de bonne heure et expressément
imaginé pour faire connaître toute période de longue ou courte durée quj
pourrait se trouver comprise entre les limites des observations. La période
étant décennale et l’époque du minimum tombant à la fin de 1 843 ou au
commencement de 1844? a fallu attendre l’époque du maximum pour dé¬
terminer la durée précise du cycle. Le maximum a eu lieu en 1848-1849 et
les observations de iS5o et 1 85 1 ont montré que la somme totale des pertur¬
bations annuelles était de nouveau décroissante comme en 1842 et 1848. La
détermination de la proportion relative des perturbations dans des années
différentes est un travail assez pénible et qui prend beaucoup de temps;
néanmoins dès le mois de mars 1882 j’ai été en état d’annoncer à la Société
Royale l’existence d’une variation décennale, établie par le double témoi¬
gnage des observations de Toronto et de Hobarton ; il m’a semblé qu’un
fait aussi remarquable ne devait pas être annoncé au public jusqu’à ce qu’il
eût été vérifié par des observations complètement indépendantes en deux
points très-éloignés du globe.
( 5ori )
dans chaque hémisphère terrestre l’existence de deux foyers
perturbateurs d’où Ton peut concevoir que procède Faction
des forces développées dans notre globe par l’influence
solaire. Cette attribution suggérera sans doute aux per¬
sonnes familières avec les phénomènes du magnétisme ter¬
restre la pensée que les deux centres magnétiques de Hallev
pourraient être les foyers dont il s’agit ou du moins qu’une
connexion intime devrait probablement exister entre ces
deux systèmes de points. Les importantes observations que
nous devons au zèle du capitaine Maguire et des officiers
du vaisseau le Plover nous ont fait connaître le cap Barrow
comme une localité où les perturbations magnétiques
s’offrent à l’observateur avec une intensité qui dépasse de
beaucoup les cas ordinaires, ce qui indique la proximité de
cette station et de la source ou des sources d’où Faction des
forces perturbatrices peut provenir. Or le cap Barrow est
situé dans la même région que les deux points qui pa¬
raissent être les positions actuelles des deux centres magné¬
tiques septentrionaux de Halley et assez près de tous les
deux ç il est donc placé de manière qu’on peut le croire
exposé à une très-grande influence des forces perturbatrices
émanées de ces deux foyers. La fréquence des apparitions
de l’aurore boréale au cap Barrow excède également tout ce
qui a été observé en d’autres points du globe.
La poursuite ultérieure de ces recherches parait devoir
exiger un travail plus systématique que celui qu’on peut
attendre des efforts indépendants du zèle individuel. Des
observations semblables à celles de Kcw, faites en un petit
nombre de stations situées sous les latitudes moyennes de
notre hémisphère et distribuées sur des méridiens à peu
près équidistants, fourniraient probablement les données
nécessaires à la détermination des localités à partir des¬
quelles les perturbations se propagent ^ elles aideraient à
démêler la complication et bâteraient ainsi F avènement de
ce « triomphe de la science » prévu et annoncé par le grand
( 5o3 )
géomètre de noue époque. Telle était la nature du plan
qu' avait préparé la Commission mixte de la Société Royale et
de l’Association britannique et qu’on avait soumis au gou¬
vernement avec l espoir d’obtenir son aide dans l’étendue
des possessions de Sa Majesté, et de « maintenir ou perpétuer
ainsi notre prétention nationale à développer et perfec¬
tionner cette magnifique branche des recherches physi¬
ques (John Herschel, Quart erly licview, numéro de sep¬
tembre 1840, page 277). « Ce plan n’avait rien d'excessif.
Il était probable que huit ou neuf stations convenablement
distribuées sur le contour de notre hémisphère seraient
suffisantes. Or nous possédons déjà les observations de To¬
ronto 5 celles de Kew sont en progrès } des instruments
enregistreurs semblables à ceux de Kew sont actuellement
vérifiés dans cet observatoire avant d’être mis en usage dans
une station établie sur la côte occidentale des Etats-Unis
et qui tiendra lieu de la station qu’on avait demandé au
gouvernement d’établir dans l’ile de Vancouver. Cette sta¬
tion, aussi bien que celle de Key-West sur la côte méri¬
dionale des Etats-Unis où des instruments enregistreurs
sont déjà à l’oeuvre, seront entretenues sous l’autorité et
aux frais du gouvernement américain-, elles ont été placées
l’une et l’autre sous la surveillance de l’habile et infati¬
gable directeur du Coast Sarvey , M. le D1’ Alexandre
Dallas Bâche. L observatoire russe de Pékin, dont les tra¬
vaux dignes de confiance sont déjà connus de la Société
Royale, a repris, dit-on, ses observations horaires et n’a plus
besoin pour donner tous les résultats qu il peut fournir
que d’un appareil pour la force verticale (qu’on pourrait
aisément lui envoyer d’Angleterre). Ainsi plus de la moi¬
tié des stations nécessaires existe déjà, et il suffirait de
compléter les instruments de quelques observatoires russes
qui sont situés par les latitudes et longitudes convenables.
( 5o4 )
Sur une méthode propre à établir expérimentalement la relation qui
existe entre le travail mécanique dépensé et la chaleur dégagée
dans la compression d’un gaz; par M. William Thomson (i).
Lu à la Société royale d’Edimbourg, le avril i85i.
En vertu des principes de la théorie mécanique de la
chaleur, si l’on appelle M la chaleur latente de dilatation
et N la chaleur spécifique sous volume constant d un corps
quelconque, dont l’unité de poids occupe le volume v à la
température t sous la pression p, on a les deux équations
suivantes :
d M d N dp
- — = A-x >
dt dv dt
où A désigne lin verse de l’équivalent mécanique de la
chaleur et p. une fonction de la température qui est la
même pour tous les corps, qu’on peut, avec M. William
Thomson, appeler la fonction de Carnot (2). D’autre
part, si le corps passe du volume V au volume V sans
changer de température, le travail extérieur effectué est
évidemment représenté par
y/
T ~ fv pdv>
et la quantité de chaleur qu’il faut lui fournir pendant
cette opération pour maintenir sa température constante.
(1) Transactions de la Société royale d’Edimbourg, t. XX, p. 289.
(2) Voyez Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t. XXXVI, p, îi8.
( 5o5 )
est, en vertu de la définition de M,
En ayant égard à l’équation (II) on déduit facilement de là
i d T
pt. dt
Cette formule, appliquée aux gaz, conduit à des consé¬
quences remarquables. On a en effet pour un gaz parfait ,
soumis aux lois de Mariotte et de Gay-Lussac, en appelant
a le coefficient de dilatation de l’air, p0 et e0 les valeurs
de p et de v relatives à la température zéro,
(l)
jw=z p0p0 (i at)7
d’où
(2)
V'
T = p0t>0(i a£)l.—
(3)
dT . V' T
7 - Ctp0V0l. - 5
dt 1 \ i
— -f- t
a.
et, par suite,
(4)
Mais les expériences de Joule ont démontré qu'au moins
à la température ordinaire le travail mécanique intérieur
qui accompagne la compression ou la raréfaction d’un gaz
est insensible, et qu’en conséquence on peut poser
Q = AT,
et la comparaison de cette relation avec l’équation (4)
( 5o 6 )
donne pour déterminer ;u la formule suivante, d’une reniai -
i J u a b 1 e simplicité,
La fonction p, dont la connaissance permettrait de cal¬
culer, pour toute machine thermique fonctionnant entre
des limites de température déterminées, le rapport de la
dépense calorifique utile à la dépense totale (i}, serait donc
égale à l’équivalent mécanique de la chaleur divisé par la
i°
température comptée à partir de - - ? c’est-à-dire de — 2 y 3°.
Toutefois les expériences de Joule, où les variations de
température d’un gaz se communiquent à une masse liquide
bien plus considérable, ne sont pas très-propres à faire
apprécier l’influence d’un travail mécanique intérieur qui
serait très-faible sans être absolument négligeable. Il serait
d’ailleurs difficile de les répéter à des températures notable¬
ment différentes des températures atmosphériques ordi¬
naires. Pour cette double raison on ne peut regarder la
formule (5) comme rigoureusement démontrée, bien
qu’elle soit certainement très-voisine de la vérité.
Pour résoudre définitivement la question, M. Thomson
propose la méthode suivante.
Soient deux longs tubes en hélice, communiquant en¬
semble par un orifice très-étroit, et mis en rapport l’un
avec une pompe de compression, l’autre avec l’atmosphère.
Si l’on fait marcher la pompe de compression, un courant
de gaz s’établira dans tout le système, et par suite de la peti¬
tesse de l’orifice de communication, la pression variera très-
rapidement de part et d’autre, de façon qu’on pourra dans
chacun des deux tubes la regarder comme sensiblement con¬
stante à partir d’une section peu éloignéede cet orifice. Soit d
(0 Voyez Annales de Chimie et de Physique , 3e série, l. XXXVI, p. i >o .
( :">07 )
la valeur de la pression relative au premier tube, u>' la va¬
leur relative au deuxième. Soit de plus t la température con¬
stante du milieu liquide où les deux tubes sont plongés.
Représentons par MM7 Taxe commun des deux tubes (sup¬
posés rectifiés), par O la position de l’orifice, par A et A'
les deux sections à partir desquelles tout devient constant.
Soit m la masse de gaz contenue à chaque instant entre les
sections A et A' 5 soit AB le volume occupé par une masse
1- - - 1- - !" — i - 1 - i- - 1
M PAO A' B' M'
égale dans le premier tube à partir de la section A, A' B' le
volume correspondant à partir de la section A'. Considé¬
rons à un instant donné la masse 2 m contenue entre les
sections B et A' *, au bout d’un temps qu’il est inutile de
spécifier, cette masse se trouvera tout entière comprise
entre les sections A et B'. Le travail des pressions exté¬
rieures à cette masse aura été entre ces deux époques égal à
vy X AB — ûj; X A'B',
c’est-à-dire à zéro, car la température étant la meme de part
et d’autre des sections A et A; les volumes d’une même masse
de gaz dans les deux tubes sont en raison inverse des pressions.
Quant au travail intérieur, s’il y en a un, ce sera simple¬
ment le travail qui accompagne la dilatation de la masse m
lorsqu’elle passe du volume AB au volume A'B' sans change-
- ment de température. Si ce travail intérieur est nul, ii y aura
eu compensation exacte entre les phénomènes calorifiques
dont le gaz est le siège lorsqu’il traverse l’espace A Aq il
aura été restitué par le frottement du gaz tant sur lui-même
que sur l’orifice précisément autant de chaleur qu’il en
aura été absorbé par l’expansion et par conséquent le
liquide ambiant n’aura point cédé de chaleur à l’appareil.
Mais il r ésulte de là qu’on peut supprimer entièrement ce
( 5o8 )
liquide et qu’en passant à travers l orifice O le gaz revien¬
dra à sa température initiale dès qu'il aura atteint la région
très-rapprochée de cet orifice où la pression est constante.
Ainsi, si le travail intérieur qui accompagne l’expansion
d’un gaz est nul, en s’écoulant au travers d’un orifice étroit
réunissant deux tubes de grande longueur où la pression
n’est pas la même, un gaz ne doit éprouver aucune variation
de température. Cette conséquence de la théorie est suscep¬
tible de la vérification la plus délicate au moyen du thermo¬
mètre à mercure ou des appareils thermo-électriques. Si elle
ne se vérifie pas, on en conclura que le travail intérieur qui
accompagne la dilatation du gaz n’est pas négligeable et on
pourra, par des déterminations calorimétriques conve¬
nables, mesurer la quantité de chaleur qu’il faut communi¬
quer à l’unité de poids du gaz, pour qu’en passant de la
pression cj à la pression u>' à travers l’orifice O, elle con¬
serve sa température initiale. Soit H cette quantité de cha¬
leur. Si le gaz passait du volume u au volume 11! en conser¬
vant la température t et soulevant un piston chargé à
chaque instant d’une pression égale à — > il faudrait, poul¬
ie maintenir à la température £, lui communiquer la quan¬
tité de chaleur
u'
M dv,
mais il accomplirait en même temps le travail extérieur
ÜJ i
u\ .
u
IL
Dans l’expérience au contraire il n’accomplit aucun tra¬
vail extérieur. Il suffit donc de lui communiquer une quan¬
tité de chaleur moindre que la précédente, et telle, que la
différence soit précisément égale à l’équi valent calorifique
( 5og )
de cette quantité de travail extérieur. On aura donc
(6)
» - f"
M ch — A ct u 1 .
u
u
\ n )
Mais en avant égard à l’équation (II) on a
*u' dp
a
II = — / —~dv — A cr u 1 . — ?
IX Ju cit u
•i ) • ii ' dp
et comme il s agit cl un gaz ou ,
c D cit V
(8)
H
a P o*\> . \ , «
A ct a 1 . — :
a
enfin, attendu que zsu = p0-y0 ( i -f- a‘f),
(9)
H = CT u 1 . —
u
Cl
p ( I +- Cit)
On tire de là la valeur de p
o
u
a + 1
A +
H \
CT U
«1.
U
u
On peut donc par cette méthode non-seulement recon¬
naître si la fonction p a ou n’a pas la forme indiquée par
l’équation (5), mais déterminer sa valeur à toute tempéra¬
ture où il est possible d’effectuer des expériences calorimé¬
triques.
f
( 5 ïo )
TABLE DES MATIÈRES.
T ©me LXIV. (3e Série.)
Pages.
Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans
l’atmosphère , examen de la doctrine des générations
spontanées; par M L. Pasteur . 5
Faits pour servir à Phistoire des bases phosphorées; par
M. Aug.-Wilh. Hofmann (3e Mémoire et fin). . iio
Mémoire sur les relations qui rattachent la théorie de la dis¬
tribution statique de l’électricité à la théorie de la propa¬
gation; par M. J.-M. Gaugain . . in/[
Sur la détermination des températures et des pressions dans
les ascensions aérostatiques; par M. V. Régnault . 229
Analyse chimique fondée sur les observations du spectre; par
MM. G. Kirchhoff et R. Bunsen ( 2e Mémoire) . 0.5^]
Mémoire sur la xyloïdine et sur de nouveaux dérivés nitri¬
ques de la fécule ; par M. A. Béckamp. . . 3i 1
Recherches sur Peau de mer (océan Atlantique et océan
Pacifique) ; par M. Vincent . . . 345
Mémoire sur les demi-lentilles d’interférence; par M. Billet. 385
Recherches sur la solidification d’un liquide refroidi au-des¬
sous de son point de fusion; par M. Ee. Desains . 4- { 9
Recherches chimiques sur Pune des sources de la chaux que
a’assimilent les, produits agricoles des terrains primitifs du
Limousin ; par M. Alb. Le Play. . . . 44 9
Recherches expérimentales et théoriques sur les figures
d’équilibre d’une masse liquide sans pesanteur; par
M. J. Plateau . . . 49^
( Su )
Mémoires smi# la Ciaiaasae publiés à réi E’siiaçeG”.
Extraits par ES. Adolphe WUETZ,
Pages .
Sur les produits d’oxydation du toluène; par M. R. Fittig. 36o
Sur la réaction de l’iodure de phosphore sur la glycérine;
par M. F. Beilstein . 362
Sur le sulfate de quinine neutre; par MM. J. Jobst et
O. Hesse . 364
Fails pour servir à l’histoire des acides sulfanilique et
amidophénylsulfurique; par M. R. Schmitt . 364
Sur une combinaison d’hydrogène et de fer; par MM. J. -A.
Wanklyn et L. Carius . 4^3
Sur une nouvelle base organique, l’aribine; par M. Rieth . . 4^5
Synthèse des acides succinique et pyrotar trique; par M. Max¬
well Simpson . 4^7
Mémoires sur 1» fi.® la y si q as e publiés à rétrs&Mger.
Extraits par M. VESLQET.
Note sur la mesure des résistances; par M. Werner Siemens. 23c)
Recherches sur les phénomènes calorifiques qui accompa¬
gnent les changements de volume des corps solides et sur
le travail mécanique correspondant; par M. Edlund. . . . 24 6
Mémoire sur la dispersion de la lumière; par M. Chrlstoffel. 670
Note sur la transmission de la chaleur rayonnante à travers
l’air humide et sur les propriétés hygrométriques du sel
gemme; par M. Magnus. . 4^9
Exposé historique des travaux relatifs aux variations non
périodiques du magnétisme terrestre; par M. le général
Sabine . . . 49 1
Sur une méthode propre à établir expérimentalement la rela¬
tion qui existe entre le travail mécanique dépensé et la
chaleur dégagée dans la compression d’un gaz; par
M. William Thomson . 5o4
Table des Matières nu tome LXÏV . 5îo
( 512 )
PLANCHES.
PL I et II. — Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans
Patmosphère, examen de la doctrine des générations spontanées.
pi. ni et IV. — Analyse chimique fondée sur les observations du spectre.,
PL V . — Mémoire sur les demi-lentilles d’interférence.
ERRATUM.
Fage 271, ligne 5 en remontant, au lieu de 435 parties, lisez 43,5 parties.
FIN DE LA TABLE DU TOME SOIXANTE- QUATRIEME. 0
PARIS. — IMPRIMERIE DE MALLET-BACHELIER
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