<Ç P Digitized by the Internet Archive in 2020 with funding from Wellcome Library https://archive.org/details/s696id13664800 ANNALES DE CHIMIE ET DE PHYSIQUE. TROISIÈME SÉRIE. 1862. ■* Paris. — ■ Imprimerie de Malset-Bachelier, rue de Seine-Saint-Germain, 10 près PlnStilut. ANNALES B F. PAR MM. CHEVREUL, DUMAS, PELOUZE, BOUSSINGAULT, REGNAULT, DE SENARMONT. AVEC WM REVUE DES TRAVAUX DE CHIMIE ET DE PHYSIQUE Publiés à l’étranger ; Par MM. WURTZ et VERDET. TROISIEME SERIE. - TOME LX1V. PARIS, VICTOR MASSON ET FILS, place de l’école de médecine. IMPRIMERIE DE M AL LET- B ACIIELIE R , RUE DE SE1NE-SAINT-GERMAIN, 10, PRÈS L’INSTITUT. 1862. ANNALES I>E CHIMIE ET DE PHYSIQUE. MEMOIRE SU K LES CORPUSCULES ORGANISÉS QUI EXISTENT DANS L’ATMOSPHÈRE , EXAMEN DE LA DOCTRINE DES GENERATIONS SPONTANÉES, ParM. L. PASTEUR (1). CHAPITRE PREMIER. HISTORIQUE (2). Dans P antiquité et jusqu’à la fin du moyen âge tout le monde croyait à T existence des générations spontanées. (1) Les principaux résultats de ce Mémoire ont été présentés à l’Académie des Sciences, dans ses séances des 6 février, 7 mai, 3 septembre, 12 novem¬ bre 1860. J’ai fait connaître ceux du chapitre II à la Société Chimique de Paris dans sa séance du 9 décembre 1859. (2) Le lecteur pourra remarquer que l’une de mes préoccupations dans ce chapitre historique a été de rendre à chaque expérimentateur la part de progrès qui lui est due. Mais j’ai mis le même soin à ne pas confondre un progrès véritable, soit avec les nombreuses dissertations auxquelles le sujet a donné lieu, soit avec ces expériences d’une exactitude équivoque qui em¬ barrassent au lieu d’aplanir la marche de ia science. Dans ces sortes de Aristote dit que tout corps sec qui devient humide et tout corps humide qui se sèche, engendrent des animaux. Van Helmonl décrit le moyen de faire naître des souris. Beaucoup d’auteurs indiquaient encore au xvne siècle la manière de faire produire des grenouilles au limon des marais, ou des anguilles à l’eau de nos rivières (i). De pareilles erreurs ne pouvaient supporter longtemps l’esprit d’examen qui s'empara de l’Europe au xvie et au xvne siècle. Redi, membre célèbre de l’Académie del Cimento , fit voir que les vers de la chair en putréfaction étaient des larves d’œufs de mouches. Ses preuves étaient aussi sim¬ ples que décisives, car il montra qu’il suffisait d’entourer d’une gaze fine la chair en putréfaction pour empêcher d’une manière absolue la naissance de ces larves. Le premier également, Redi reconnut dans les animaux qui vivent dans d’autres animaux, des mâles, des femelles, des œufs. On surprit dans leur opération, disait plus tard Réau- mur, ces mouches qui déposent leurs œufs dans les fruits, et l’on sut. lorsqu’on voyait un ver dans une pomme, que ce n’était pas la corruption qui l’avait engendré, mais au contraire que le ver est la cause de la corruption du fruit (2). Mais bientôt, dans la seconde partie du xvnc siècle et la première moitié du xvme, se multiplièrent à l’envi les observations microscopiques. La doctrine des générations spontanées reparut alors. Les uns ne pouvant s’expliquer questions ressassées par tant d’esprits depuis des siècles, toutes les vues à priori, tous les arguments que peuvent fournir l’analogie ou les faits indi¬ rects, toutes les hypothèses, se sont fait jour. Ce qui importe, c’est de prou¬ ver rigoureusement, c’est d’instituer des expériences dégagées de toute con¬ fusion née des expériences memes. (1) Voir Leewenhoeck. Epistola iGçp. (2) f LOt'RENS, Histoire des travaux et des idées de BujfJon , p. ^8 ; i8 j j. l’origine de ces êtres si variés que le microscope faisait apercevoir dans les infusions des matières végétales ou animales, et ne voyant chez eux rien qui ressemblât à une génération sexuelle, furent portés à admettre que la ma¬ tière qui avait eu vie, conservait après la mort une vitalité propre, sous l’influence de laquelle ses parties disjointes se réunissaient de nouveau, dans certaines conditions favo¬ rables, avec des variétés de structure et d’organisation que ces conditions mêmes déterminaient. D’autres, au contraire, ajoutant par l’imagination aux résultats merveilleux que le microscope leur faisait décou¬ vrir, croyaient voir des accouplements dans ces infusoires, des males, des femelles, des œufs, et se posaient en adver¬ saires déclarés de la génération spontanée. 11 faut le reconnaître, les preuves à l’appui de l’une ou de l’autre de ces opinions ne soutenaient guère l’examen. La question en était là lorsque parut à Londres, en iyzjS, un ouvrage de Needbam, observateur habile et prêtre ca¬ tholique d’une foi vive, circonstance qui, dans un tel sujet, s’offrait comme un garant de la sincérité de ses convictions. La doctrine des générations spontanées était appuyée, dans cet ouvrage, sur des faits d’un ordre tout nouveau, je veux parler des expériences sur les vaisseaux hermétique¬ ment clos, préalablement exposés à l’action de la tempéra¬ ture. C’est Needbam, en effet, qui eut le premier l’idée de pareils essais. Deux années 11e s’étaient pas écoulées depuis la publica¬ tion des recherches de Needbam, que la Société Royale de Londres l’admettait au nombre de ses membres. PI us tard, il devint l’un des huit associés de l’Académie des Sciences. Mais ce fut surtout par l’appui qu’il reçut du système de BufTon sur la génération, que l’ouvrage de Needbam eut un grand retentissement. Les trois premiers volumes de Billion de l’édition in-4° publiée de son vivant parurent en 1 y49« C’est dans le second volume cle cette édition, quatre années après le livre de Needham, que Bulfon expose son système des molécules organiques, et qu’il défend l’hypothèse des générations spontanées. Il est présumable que les résultats de Needham eurent une grande influence sur les vues de Bufïon, car c’est à l’époque même où l’illustre naturaliste rédigeait les premiers volumes de son ouvrage, que Needham fît un voyage à Paris, durant lequel il fut le commensal de Bulfon et pour ainsi dire son collaborateur. Les idées de Needham et de Bulfon eurent leurs parti¬ sans et leurs détracteurs. Elles se trouvaient en opposition avec un autre système fameux, celui de Bonnet, sur la pré¬ existence des germes. La lutte était d’autant plus vive qu’elle pouvait paraître plus légitime aux deux partis. Nous savons aujourd'hui que la vérité n’était ni d’un côté ni de l’autre. Et puis, c’était encore le temps où l’on dissertait volontiers à perdre haleine sur des systèmes, sur des vues spéculatives. U y avait en quelque sorte deux hommes d’un esprit opposé dans Bulfon, Fini qui aujourd’hui avouera sans détours qu’il cherche une hypothèse pour ériger un sys¬ tème, et qui, le lendemain, écrira la belle préface de sa traduction de la Statique chimique des végétaux de Haies, où la nécessité de l’expérience est placée à la hauteur qui convient. Ces deux côtés du génie de Buffon se retrouvent à des degrés divers dans tous les savants de son époque. Mais les conclusions de Needham ne tardèrent pas à être soumises à une vérification expérimentale. Il y avait alors en Italie l’un des plus habiles physiologistes dont la science puisse s honorer, le plus ingénieux, le plus difficile à satis¬ faire, l’abbé Spallanzani. Needham, ainsi que je le rappelais tout à l’heure, avait appuyé la doctrine des générations spontanées sur des ex¬ périences directes fort bien imaginées. L’expérience seule pouvait condamner ou absoudre ses opinions. C’est ce que Spallanzani comprit très-bien. « Dans plusieurs villes d’Ital ie, dit-il, on a vu des partis formés contre 1 opinion de M. de Needham -, mais je ne crois pas que personne ait jamais songé tà lexaminer par la voie de l’expérience. » Spallanzani publia à Modène, en 1765, une dissertation dans laquelle il réfutait les systèmes de Needliam et de Buffon. Cet ouvrage fut traduit en français, probablement à la demande de Needham, car l’édition qui en fut donnée en 1769 est accompagnée de notes rédigées par lui, où il répond à toutes les objections de Spallanzani. Ce dernier, frappé sans doute de la justesse des critiques de Needham, se remit cà l’œuvre de nouveau, et fit bientôt paraître ce bel ensemble de travaux dont il nous a transmis les détails dans ses Opuscules physiques (1). Il serait sans utilité de présenter un historique complet de la querelle des deux savants naturalistes. Mais il importe de bien préciser la difficulté expérimentale à laquelle ils ap¬ pliquèrent plus particulièrement leurs efforts, et de recher¬ cher si ce long débat avait éloigné tous les doutes. C’est ce que fou croit généralement. Spallanzani est volontiers re¬ gardé comme l’adversaire victorieux de Needham. Si ce ju¬ gement était fondé, 11’y aurait-il pas lieu de s’étonner qu’il y eut encore de nos jours de si nombreux partisans de la doctrine des générations spontanées? Dans les sciences, l’erreur n’est-elle pas plus prompte à s’effacer, même dans des questions de cet ordre, lorsqu’elle a été bien réellement démasquée par l’expérience? N’est-il pas à craindre, si on la voit renaître de bonne foi, que sa défaite n’ait été qu’ap¬ parente? [] 11 examen impartial des observations contradic¬ toires de Spallanzani et de Needham sur le point 1e plus délicat du sujet, va nous montrer, en effet, contrairement (1) Spallamza.m, Opuscules de Physique animale et végétale, traduits de rilalien, par Jean Senncbier; 1777. à l’opinion généralement admise, que Needham ne pouvait en toute justice abandonner sa doctrine en présence des travaux de Spallanzani. J’ai dit que Needham était l’auteur des expériences rela¬ tives à ce que l’on observe dans les vases clos, exposés préa¬ lablement à l’action du feu. a M. de Needham, dit Spallanzani, nous assure que les ex¬ périences ainsi disposées ont toujours réussi fort heureu¬ sement entre ses mains, c’est-à-dire que les infusions ont montré des Infusoires, et que c’est là ce qui a mis le sceau à son système. )) Si, après avoir purgé, ajoute Spallanzani, par le moyen du feu, et les substances que l’on met dans les vases et l’air contenu dans ces mêmes vases, on porte encore la précaution jusqu’à leur ôter toute communication avec l’air ambiant, et que, malgré cela, à l’ouverture des fioles, on y trouve encore des animaux vivants, cela deviendra une forte preuve contre le système des ovaires; f ignore même ce que ses partisans pourront y répondre . » Je souligne ces derniers mots afin de montrer que Spal- lanzani plaçait dans le résultat des expériences ainsi con¬ duites le critérium de la vérité ou de l’erreur. Or nous allons voir par la citation suivante, extraite des notes de Needham, que tel était également l’avis de ce dernier. Voici en effet un passage des remarques de Needham sur le chapitre X de la première dissertation de Spallanzani : « Il ne me reste plus, dit Needham, qu’à parler de la dernière expérience de Spallanzani, qu’il regarde lui-même comme la seule de toute sa dissertation qui paraît avoir quelque force contre mes principes. » Il a scellé hermétiquement dix-neuf vases remplis de différentes substances végétales, et ilîes a fait bouillir, ainsi fermés, pendant l’espace d’une heure. Mais de la façon qu’il a traité et mis à la torture ses dix-neuf infusions végétales, il est visible que non-seulement il a beaucoup (il) affaibli, ou peut-être totalement anéanti la force végétative des substances infusées, mais aussi qu’il a entièrement cor¬ rompu, par les exhalaisons et par l’ardeur du feu, la petite portion d’air qui restait dans la partie vide de ses fioles. Il n’est pas étonnant par conséquent que ses infusions ainsi traitées n’aient donné aucun signe de vie. Il en devait être ainsi. » Voici donc ma dernière proposition et le résultat de tout mon travail en peu de mots : Qu’il se serve en renou¬ velant ses expériences de substances suffisamment cuites pour détruire tous les prétendus germes qu’on croit attachés ou aux substances mêmes ou aux parois intérieures, ou flottant dans l’air du vase 5 qu’il scelle ses vases herméti¬ quement, en y laissant une certaine portion d’air sans le bouleverser: qu il les plonge ensuite dans l’eau bouillante pendant quelques minutes, le temps seulement qu’il faut pour durcir un œuf de poule et pour faire périr les germes ; en un mot qu’il prenne toutes les précautions qu’il voudra, pourvu qu’il ne cherche qu’à détruire les prétendus germes étrangers qui viennent du dehors, et je réponds qu’il trou¬ vera toujours de ces êtres vitaux microscopiques en nombre suffisant pour prouver mes principes. S’il ne trouve à l’ou¬ verture de ses vases, après les avoir laissés reposer le temps nécessaire à la génération de ces corps, rien de vital ni aucun signe de vie, en se conformant à ces conditions, j’a¬ bandonne mon système et je renonce à mes idées. C’est, je crois, tout ce qu’un adversaire judicieux peut exiger de moi. » Voilà certes la discussion bien nettement limitée entre Needham et Spallanzani. C’est dans le chapitre III du tome Ier de ses Opuscules que Spallanzani aborde la diffi¬ culté décisive. Et quelle est sa conclusion? Pour supprimer toute production d’infusoires, il est nécessaire de mainte¬ nir trois quarts d’heure les infusions à la chaleur de beau bouillante (i). Or cette durée obligée d une température de ioo° pendant trois quarts d’heure ne justifiait-elle pas les craintes de Needham sur une altération possible de l’air des vases? Il aurait fallu tout au moins que Spallanzani joignît à ses expériences une analyse de cet air. Mais la science n’était pas encore assez avancée; l’eudiométrie n’était pas encore créée. La composition de l’air atmos¬ phérique était à peine connue (2). Les résultats des expériences de Spallanzani sur le point le plus délicat de la question conservaient donc aux objec¬ tions de Needham toute leur valeur. Bien plus, celles-ci se trouvèrent légitimées, au moins en apparence, par les pro¬ grès ultérieurs de la science. Appert appliqua à l’économie domestique les résultats des expériences de Spallanzani effectuées selon la méthode de Needham. Par exemple, l’une des expériences du savant Italien consiste à introduire des petits pois avec de l’eau dans un vase de verre que l’on ferme ensuite hermétique¬ ment, après quoi on le maintient dans l’eau bouillante pen¬ dant trois quarts d’heure. C’est bien le procédé d’Appert. Or Gay-Lussac, voulant se rendre compte de ce procédé, le (1) « Je réussis, dit Spallanzani, à me procurer ensuite des vases qui ré¬ sistèrent mieux à Faction du feu, et je parvins à leur faire éprouver une ébullition plus longue, en n’v mettant qu’une petite dose des infusions dont j’ai parié 5 sans cette précaution, j’étais encore sûr de voir sauter tous mes vases. Mais, pour ne pas perdre un temps précieux dans de trop petits détails, je rapporterai seulement le résultat de mes observations. L’ébullition d'une demi-heure ne fut pas un obstacle à la naissance des animalcules du der¬ nier ordre qui peuplèrent toujours plus ou moins tous les vases exposés à son action pendant tout ceiemps-là; mais l’ebullition pendant trois quarts d'heure ou même pendant un temps un peu moindre, eut la force de priver entièrement d’animalcules les six infusions » (5pallaxza.ni, Opuscules, t. I, p. 39.) (2) La première dissertation de Spallanzani est de i^63. Ses Opuscules parurent pour îa première fois en 1776. La découverte de la composition de l’air par Lavoisier est de 1774. ( >3 ) soumit à divers essais dont il consigna les résultats dans l’un de ses Mémoires le plus fréquemment cités. Les extraits suivants du travail de Gay-Lussae ne laissent aucun doute sur l’une des opinions de l’illustre physicien, opinion qui a passé dans la science entière et incontestée. « On peut se convaincre, dit Gay-Lussac, en analysant l’air des bouteilles dans lesquelles les substances (bœ uf, mouton, poisson, champignons, moût de raisin ) ont été bien conservées, qu’il ne contient plus d’oxygène, et que l absence de ce gaz est par conséquent une condition né¬ cessaire pour la conservation des substances animales et végétales (i). Les craintes de Needham sur une altération de l’air des vases dans les expériences de Spallanzani se trouvaient jus¬ tifiées par ce fait de l’absence de l’oxygène dans les con¬ serves d’ Appert. (i) Gay-Lussac ajoute plus loin : « Lorsqu’on laisse l’urine en contact avec une petite quantité d’air, elle en absorbe l’oxygène assez promptement et sa décomposition s’arrête ensuite; mais si on lui en donne une quantité suffisante, il se forme beaucoup de carbonate d’ammoniaque, et il se dépose presque toujours, avec le phosphate de chaux, du phosphate ammoniaco- magnésien. » C’est encore dans ce Mémoire de Gay-Lussac que l’on trouve l’expérience suivante, si souvent rappelée. « J’ai pris du lait de vache et je l’ai exposé tous les jours ensuite à la tem¬ pérature de l’ébullition de l’eau saturée de sel. Deux mois après, il était parfaitement conservé. » Ce travail de Gay-Lussac a exercé sur les esprits, dans la question qui nous occupe, une influence considérable. Gay-Lussac trouve que l’air des conserves d’Appert est privé d’oxygène. Cela peut être après une longue durée de conservation des matières, ou lorsque la quantité des substances organiques est très-grande par rapporl au volume de l’air. Mes propres expériences serviront même à expliquer ce résultat. Mais certainement il n’est pas général, et dans tous les cas l’inter¬ prétation que Gay-Lussac donna à ce fait est erronée. L’absence d'oxygène, dit-il, est une condition nécessaire pour la conservation des substances ani¬ males et végétales. Cette opinion, qui eut une influence particulière sur les théories de la fermentation et des générations spontanées, n’était pas une conséquence obligée, comme le pensait Gay-Lussac, de ses observations sur la composition de l’air des conserves d’Appert. ( ‘4 ) Mais une expérience du !)' Schwann vint apporter dans la question un progrès très-notable. Dans le mois de fé¬ vrier 1837, M. Schwann publia les faits suivants : Une infusion de chair musculaire est mise dans un ballon de verre*, on ferme ensuite le ballon à la lampe, puis on l’ex¬ pose tout entier à la température de beau bouillante, et, après son refroidissement, on l’abandonne à lui-même. Le liquide ne se putréfie pas. Jusque-là rien de bien nouveau. C’est l’une des expériences de Spallanzani, ou mieux une conserve d Appert. Mais il était désirable, ajoute M. Schwann, de modifier Fessai de telle manière qu’un renouvellement de l’air devînt possible, avec cette condi¬ tion toutefois que le nouvel air fût préalablement chauffé comme l’est celui du ballon à Forigine. Alors Al. Schwann répète l’expérience précédente en adaptant au col du ballon un bouchon percé de deux trous traversés par des tubes de verre coudés et recourbés, de manière que leurs courbures soient plongées dans des bains d’alliage fusible entretenus à une température voisine de celle de l’ébullition du mer¬ cure. A l’aide d’un aspirateur on renouvelle l’air, qui ar¬ rive froid dans le ballon, mais après avoir été échauffé en passant dans la portion des tubes entourés d’alliage fusible. O11 commence l’expérience en faisant bouillir le liquide. Le résultat est le même que dans les expériences de Spal¬ lanzani et d’Appert. 1 ! n’y a pas d’altération du liquide or¬ ganique. L’air chauffé, puis refroidi, laisse donc intact du jus de viande qui a été porté à l’ébullition. C’était là un grand progrès, parce cpie cela donnait gain de cause à Spallanzani contre Needham. Cela répondait à toutes les craintes de ce dernier sur l’altération possible de l’air dans les expé¬ riences de Spallanzani 5 cela détruisait enfin l’assertion de Gay-Lussac sur le rôle de l’oxygène dans les procédés de conserves d’Appert et dans la fermentation alcoolique. Cependant sur ce dernier point il y avait des doutes à ( 15 ) garder-, en ellet, dans ce même travail du ï)1 Sehwann, outre l’expérience sur le bouillon de viande, laquelle tou¬ chait «à la cause de la putréfaction, il y en a une autre re¬ lative à la fermentation alcoolique, et qu’il faut rappeler. L’auteur remplit quatre flacons d’une solution de sucre de canne mêlée cà de la levure de bière; puis, après les avoir bien bouchés, il les place dans l’eau bouillante, et les ren¬ verse ensuite sur la cuve à mercure. Après leur refroidisse¬ ment, il y fait arriver de l’air, de l’air ordinaire dans deux d’entre eux, de l’air calciné dans les deux autres. Au bout d’un mois, il y eut fermentation dans les flacons qui avaient reçu Lair ordinaire; elle ne s’était pas encore manifestée dans les deux autres après deux mois d’attente. Mais en répétant ces expériences, je trouvai, dit-il, qu elles ne réus¬ sissent pas toujours aussi bien, et que quelquefois la fer¬ mentation ne se déclare dans aucun des flacons, par exem¬ ple lorsqu’on les a maintenus trop longtemps dans l’eau bouillante, et quelquefois d’autre part le liquide fermente dans les flacons qui ont reçu de l'air calciné. En résumé, l’expérience du Dl Sehwann relative à la pu¬ tréfaction du bouillon est très-nette. Alais en ce qui con¬ cerne la fermentation alcoolique, la seule fermentation qui bit assez bien connue en 1837, ® l’époque du travail de M. Sehwann, les expériences du savant physiologiste étaient contradictoires, et cependant on venait d’apprendre, par les observations de M. Cagniard de Latour et par celles de M. Sehwann lui-même, que la fermentation vineuse était déterminée par un ferment organisé. Combien plus ces obscurités de la question, en ce qui touche la fermentation alcoolique, ne furent-elles pas ac¬ crues, lorsque, postérieurement, les chimistes étudièrent un grand nombre de fermentations où 1 on n’avait pu dé¬ couvrir aucun ferment organisé, et dont la cause était uni¬ versellement attribuée à des actions de contact, h des phé¬ nomènes d’entraînement ou de mouvement communiqué produits par des matières azotées mortes en voie d’altéra¬ tion. Quoi qu’il en soit, voici quelle fut la conclusion que le docteur Sc.hwann déduisit des expériences que je viens de rapporter : « Pour la fermentation alcoolique, dit-il, comme pour la putréfaction, ce n’est pas l’oxygène, du moins l’oxygène seul de Pair atmosphérique, qui les occasionne, mais un principe renfermé dans Pair ordinaire, et que la chaleur peut détruire. » La réserve de cette conclusion mérite d’être remarquée. On voit bien, par certains passages de son travail, que le docteur Schwann penchait à croire que, par la chaleur, il détruisait des germes*, mais sa conclusion définitive ne pouvait aller et ne va pas jusque-là. Souvent, en rappor¬ tant ses expériences, les adversaires de la doctrine des gé¬ nérations spontanées ont affirmé que F emploi de la chaleur n’avait d’autre but que de tuer des germes ; mais ce n’était là qu’une hypothèse. Ainsi que le dit très-bien le docteur Schwann, ces expériences prouvent seulement que ce n’est pas l’oxygène, ou du moins l’oxygène seul, qui est la cause de la putréfaction et de la fermentation vineuse, mais quel¬ que chose d’inconnu que la chaleur détruit. Et encore pour la fermentation vineuse, il était mal établi qu’il fût indis¬ pensable de recourir à une autre cause que celle qu’avait indiquée Gay-Lussac, savoir l’oxygène seul de Pair (i). Les expériences du docteur Schwann ont été répétées et modifiées par plusieurs observateurs. MM. Ure et Plelm- holtz (2) ont confirmé ses résultats par des expériences analogues aux siennes. M. Schultze, au lieu de calciner Pair avant de le mettre au contact des conserves d’Appert, (0 Voir la Noie de mon Mémoire sur la fermentation alcoolique relative aux expériences de Gay-Lussac et de M. Schwann. ( Annales de Chimie et de physique, 3e série, t. LV11I, p. 36g ) (Q) Journal allemand de Chimie pratique , t. XIX, p. 18G, et tome XXXI, p. 42 9. ( >7 ) le fit passer à travers des réactifs chimiques : potasse et acide sulfurique concentrés. MM. Schrœder et Dusch ima¬ ginèrent de filtrer l’air à travers du coton, au lieu de le modifier par une température élevée à la manière du doc¬ teur Scliwann, ou par les réactifs chimiques énergiques, selon le procédé de M. Schultze (i). Le premier Mémoire de MM. Schrœder et Dusch a paru en i854, le second en 1839. Ce sont d’excellents travaux, qui ont, en outre, le mérite historique de montrer l’état de la question qui nous occupe à la date de 1869. On savait depuis longtemps, et dès les premières discus¬ sions sur la génération spontanée, qu’une gaze fine, déjà (1) Voici l’extrait publié dans les Annales des sciences naturelles sur les expériences de M. Schultze : « L’auteur remplit à moitié un flacon de cristal avec de l’eau distillée contenant diverses substances animales et végétales, puis bouche le vase à l’aide d’un bouchon traversé par deux tubes coudés, et soumet l’appareil ainsi disposé à la température de l’eau bouillante. Enfin, pendant que la vapeur s’échappait encore à travers les tubes dont nous venons de parler, il adapta à chacun d'eux un de ces petits appareils de Liebig, employés par les chimistes dans les analyses élémentaires des substances organiques, il remplit l’un d’acide sulfurique concentré, l’autre d’une solution concentrée de potasse. La température élevée avait dû nécessairement dé¬ truire tout ce qui était vivant, et tous les germes qui pouvaient se trouver dans l’intérieur du vase ou de ses ajustages, et la communication du dehors en dedans était interceptée par l’acide sulfurique d’un côté, la potasse de l’autre; neanmoins, en aspirant par l’extrémité de l’appareil où se trouvait la solution de potasse, il était facile de renouveler l’air ainsi enfermé, et les nouvelles quantités de ce fluide qui s’introduisaient ne pouvaient porter avec elles aucun germe vivant, car elles étaient forcées de passer dans un bain d’acide sulfurique concentré. M . Schultze plaça l’appareil ainsi disposé sur une fenêtre bien éclairée, à côté d’un vase ouvert, dans lequel il avait mis en infusion les mêmes substances organiques, puis il eut soin de renouveler l'air de son appareil plusieurs fois par jour pendant plus de deux mois, et d’examiner au microscope ce qui se passait dans l’infusion. Le vase ouvert se trouva bientôt rempli de Vibrions cl de Monades auxquels s’ajoutèrent bientôt des Infusoires polygastriques d’un plus grand volume, et même des rotateurs; mais l’observation la plus attentive ne put faire découvrir la moindre trace d’infusoires, deConferves ou de moisissures dans l’infusion de l’appareil. » ( Edimburgh New Plulosophical Journal, octobre 1887 ; Annales des sciences naturelles, t. VIII, Ie série. Paris, 1837.) Ann. de Chim. et de Phys.,'5G série, t. LXIV. (Janvier 1862.) 2 employée avec tant de succès par Redi dans ses recherches sur l’origine des larves de la viande en putréfaction, suffi¬ sait pour empêcher, ou tout au moins pour modifier singu¬ lièrement l’altération des infusions. Ce fait meme était au nombre de ceux qu’invoquaient alors de préférence les adversaires de la doctrine de la spontéparité (i). Guidés sans doute par ces faits, et surtout, comme ils le disent expressément, par les expériences ingénieuses de M. Lœvel qui reconnut que l’air ordinaire était impropre à provoquer la cristallisation du sulfate de soude lorsqu’il avait été filtré sur du coton, MM. Schrœder et Dusch ont procédé de la manière suivante : Un ballon de verre reçoit la matière organique. Le bou¬ chon du ballon est traversé par deux tubes recourbés à angle droit : l’un de ces tubes communique avec un aspira¬ teur à eau, l’autre à un large tube de i pouce de diamètre et de 20 pouces de longueur rempli de coton. Lorsque les communications étaient bien établies, le robinet de l’aspi¬ rateur fermé, et la matière organique placée dans le ballon, on chauffait celle-ci jusqu’à cuisson, en maintenant l’ébul¬ lition un temps suffisant, pour que tous les tubes de com- (i) Extrait d’an passage de l’ouvrage de Baker, membre de ia Société Pvoyale de Londres, ouvrage intitulé: Le Microscope a la portée de tout le monde , traduit de l’anglais sur l’édition de i^4-3. Paris, 1754. « J’ai trouvé constamment que si Pint'usion (de poivre, de foin) est cou¬ verte d’une mousseline ou d’une autre toile fine, il ne s’y produit que très- peu d’animaux, mais que si Ton ôte cette couverture, elle est dans peu de jours pleine de vie. . . Comme les œufs de ces petites créatures sont moins pesants que Pair, il peut se faire qu’il en Hotte continuellement des millions dans l’air, et que, étant portés indifféremment de tous les côtés, il en pé¬ risse un grand nombre dans les endroits qui ne conviennent pas à leur na¬ ture. . . Il y a des gens qui s’imaginent que les œufs de ces petits animaux sont logés dans le poivre, dans le foin, ou dans toutes les autres matières que l’on met dans l’eau ; mais si cela était, je ne saurais comprendre com¬ ment une sipetite couverture d’une toile fine, qui n’empêche pas Pair de pé¬ nétrer, pourrait empecher ces œufs d’ér.lore : on doit conclure que c’est là une illusion. » ( '9 ) ' munication fussent échauffés fortement par la vapeur d’eau ; alors on ouvrait le robinet de l’aspirateur que l’on entrete¬ nait jour et nuit. Voici les résultats des premiers essais conduits de cette manière : MM. Schroeder et Dusch ont opéré : i° Sur la viande avec addition d’eau, 2° Sur le moût de bière, 3° Sur le lait, 4° Sur la viande sans addition d’eau. Dans les deux premiers cas, l’air filtré à travers le coton a laissé les liqueurs intactes, même après plusieurs se¬ maines. Mais le lait s’est caillé et pourri aussi promptement que dans l’air ordinaire» et la viande sans eau est entrée promptement en putréfaction. « Il semble donc résulter de ces expériences, disent MM. Schroeder et Dusch, qu’il y a des décompositions spon¬ tanées de substances organiques qui n’ont besoin pour com¬ mencer que de la présence du gaz oxygène; par exemple, la putréfaction de la viande sans eau, la putréfaction de la caséine du lait et la transformation du sucre de lait en acide lactique (fermentation lactique). Mais à côté il y au¬ rait d’autres phénomènes de putréfaction et de fermentation placés, à tort, dans la même catégorie que les précédents, tels que la putréfaction du jus de viande et la fermentation alcoolique qui exigeraient pour commencer, outre l’oxy¬ gène, ces choses inconnues mêlées à l’air atmosphérique, qui sont détruites par la chaleur d’après les expériences de Schwann, et d’après les nôtres par la filtration de cet air à travers le coton . Comme il reste ici encore tant de questions à décider par la voie de l’expérience, nous nous abstiendrons de déduire aucune conclusion théorique de nos expériences. » M. Schroeder revint seul sur ce sujet, en i85q, dans un Mémoire qui traite, en outre, de la cause de la cristallisa- 2 . ( 20 ) lion. Ce nouveau travail ne conduisit pas davantage son auteur à des conclusions dégagées de toute incertitude; il y fait connaître de nouveaux liquides organiques qui ne se putréfient pas lorsqu’on les met au contact de l’air filtré, tels que l’urine, la colle d’amidon et les divers matériaux du lait pris isolément; mais il ajoute le jaune d’œuf à la liste des corps qui, comme le lait et la viande sans eau, se putréfient dans l’air filtré sur le coton. « Je ne hasarderai pas, dit M. Schroeder, d’essayer l’ex¬ plication théorique de ces faits. On pourrait admettre que l’air frais renferme une substance active qui provoque les phénomènes de fermentation alcoolique et de putréfaction, substance que la chaleur détruirait, ou que le coton arrête¬ rait. » Puis il ajoute : « Faut-il regarder cette substance active comme formée de germes organisés microscopiques di sséminés dans l’air? Ou bien est-ce une substance chi- * mique encore inconnue? » Je l’ignore. Puis il arrive aux phénomènes de cristallisation par l’air libre, par l’air chaude ou par l’air filtré sur le coton, qui présentent de telles analogies, selon lui, avec les phéno¬ mènes de putréfaction, qu’il ne peut s’empêcher de les at¬ tribuer à uue cause commune jusqu’ici entièrement in¬ connue. « En ce qui concerne les cristallisations, dit-il encore, l’action inductive de l’air semble n’être pas complètement arrêtée par le coton, mais seulement affaiblie. Elle ne peut alors empêcher la cristallisation que de certaines dissolu¬ tions sursaturées; mais il en est d’autres qui ne peuvent lui résister. » Puis il remarque que les résultats qu’il a ob¬ tenus sur la putréfaction et la fermentation sont parallèles à ceux de la cristallisation, puisqu’il y a des corps qui ré¬ sistent à l’air filtré, tandis que d’autres, tels que le lait, en¬ trent en décomposition. L’air filtré sur le coton ne fait donc que perdre partiellement sa force inductive de putréfaction ou de fermentation. ( 21 ) J'ai, à dessein, résumé avec détails ces travaux très-judi¬ cieux, parce qu’ils donnent l’expression exacte des diffi¬ cultés qui, à la date de iB5g, devaient assiéger tout esprit impartial, libre d’idées préconçues, et désireux de se for¬ mer une opinion dûment motivée sur cette grave question des générations spontanées. On peut affirmer qu’à cette date tous ceux qui la croyaient résolue en connaissaient mal l’histoire. Spallanzani n’avait pas triomphé des objections de Need- ham, et MM. Schwann, Schultze et Scliroeder n’avaient fait que démontrer l’existence dans l’air atmosphérique d’un principe inconnu qui était la condition de la vie dans les infusions. Ceux qui affirmaient que ce principe n’était autre chose que des germes, n’avaient pas plus de preuves à l’ap¬ pui de leur opinion, que ceux qui pensaient que cela pou¬ vait être un gaz, un fluide, des miasmes, etc., et qui, par conséquent, inclinaient à croire aux générations sponta¬ nées. Les conclusions de MM. Schwann et Scliroeder ne peuvent à cet égard laisser le moindre doute dans l’esprit du lecteur. Les termes mêmes de ces conclusions provo¬ quaient au doute, et servaient la doctrine des générations spontanées. Et puis, les expériences de MM. Schwann, Schultze et Scliroeder ne réussissaient que pour certains liquides. Bien plus, elles échouaient presque constamment et pour tous les liquides, comme je le dirai bientôt, lors¬ qu’on les pratiquait sur la cuve à mercure, sans que per¬ sonne connut le motif de cet insuccès, ou pût y démêler quelque cause d’erreur. Aussi lorsque (i), postérieurement aux travaux dont je (0 M. Pouchet, Comptes rendus de l’Académie des Sciences , t. XLV1I, p. 979, décembre i858. MM. Milne Edwards, Payen, de Quatrefagcs, Claude Bernard, Dumas, t. XLYII1, p. 23 et suiv Janvier iSâg. M. Bouchet, t. XLVIll, 1859, p. 148, 220, 5/(6; t. L 860, p. 53j, à 7h 748i "21, 1014. è ( 22 ) viens de parler, un habile naturaliste de Rouen, M. Pou- ehet, membre correspondant de 1 Académie des Sciences, vint annoncer à l’Académie des résultats sur lesquels il croyait pouvoir asseoir d’une manière définitive les prin¬ cipes de l’hétérogénie, personne ne sut indiquer la vérita¬ ble cause d’erreur de ses expériences, et bientôt l’Académie, comprenant tout ce qui restait encore à faire, proposa pour sujet de prix la question suivante : Essayer, par des expériences bien faites , de jeter un jour nouveau sur la question des générations sponta¬ nées ( i ). La question paraissait alors si obscure, que M. Biot, dont la bienveillance n’a jamais fait défaut à mes études, me voyait avec peine engagé dans ces recherches, et réclamait, de ma déférence à ses conseils, l’acceptation d’une limite de temps, au delà de laquelle j’abandonnerais ce sujet, si je n’étais pas maître des difficultés qui m’arrêtaient. M. Du¬ mas, dont la bienveillance a souvent conspiré en ce qui me touche avec celle de M. Biot, me disait à la même époque : « Je ne conseillerais à personne de rester trop longtemps dans ce sujet. )> Quel besoin avais-je de m’y attacher? Les chimistes ont découvert depuis vingt ans un ensemble de phénomènes vraiment extraordinaires, désignés sous le nom générique de fermentations . Tous exigent le concours de deux matières : l’une dite fermentescible , telle que le sucre-, l’autre azotée, qui est toujours une substance albu- (1) La Commission était composée de MM. Geoffroy-Saint-Hilaire, Bron- gniart, Milne Edwards, Serres, Flourens rapporteur. « La Commission demande des expériences précises, rigoureuses, égale¬ ment étudiées dans toutes leurs circonstances, et telles, en un mot, qu’il puisse en être déduitqueique résultat dégagé de toute confusion, née des ex¬ périences mêmes. » (Janvier 1860.) Tel était le programme de la Commission. On ne pouvait mieux indiquer les difficultés du sujet. ( 23 ) minoïde. Or voici la théorie qui était universellement ad¬ mise : les matières albuminoïdes éprouvent, lorsqu’elles ont été exposées au contact de l’air, une altération, une oxy¬ dation particulière, de nature inconnue, qui leur donne le caractère ferment, c’est-à-dire la propriété d’agir ensuite, par leur contact, sur les substances fermentescibles. il y avait bien un ferment, le plus ancien, le plus re¬ marquable de tous, que I on savait être organisé : la levure de bière. Mais comme dans toutes les fermentations de dé¬ couverte plus moderne que la connaissance du fait de l’or¬ ganisation de la levure de bière ( 1 83(5 ) , on n’avait pu re- ' connaître l’existence d’êtres organisés, même en les y recherchant avec soin, les physiologistes avaient abandonné peu à peu, plusieurs bien à regret, l’hypothèse de M. Ca- gniard de Latour, d’une relation probable entre l’organisa¬ tion de ce ferment et sa propriété d’être ferment, et l’on ap¬ pliquait à la levure de bière la théorie générale en disant : « Ce n’est pas parce qu’elle est organisée, que la levure de bière est active, c’est parce qu elle a été au contact de l’air. C’est la portion morte de la levùre; celle qui a vécu et qui est en voie d’altération qui agit sur le sucre. » Mes études me conduisaient à des conclusions entière¬ ment différentes. Je trouvais que toutes les fermentations proprement dites, visqueuse, lactique, butyrique, la fer¬ mentation de l’acide tartrique, de l’acide malique, de l’u¬ rée . , étaient toujours corrélatives de la présence et de la multiplication d’êtres organisés. Et, loin que l’organisa¬ tion de la levure de bière fut une chose gênante pour la théorie de la fermentation, c’était par là, au contraire, qu’elle rentrait dans la loi commune, et qu’elle était le type de tous les ferments proprement dits. Selon moi, les ma¬ tières albuminoïdes n’étaient jamais des ferments, mais l’aliment des ferments. Les vrais ferments étaient des êtres organisés. ( 24 ) Cela posé, les ferments prennent naissance, on le savait, par le fait cia contact des matières albuminoïdes et du gaz oxygène. Dès lors, de deux choses l’une, me disais-je : les ferments des fermentations proprement dites étant orga¬ nisés, si l’oxygène seul, en tant qu’oxygène, leur donne naissance, par son contact avec les matières azotées, ces ferments sont des générations spontanées 5 si ces ferments 11e sont pas des êtres spontanés, ce n’est pas en tant qu’oxygène seul que ce gaz intervient dans leur formation, mais comme excitant d’un germe apporté en même temps que lui, ou existant dans les matières azotées ou fermen¬ tescibles. Au point où je me trouvais de mes études sur les fermentations, je devais donc me former une opinion sur la question des générations spontanées. J’y rencontrerais peut-être une arme puissante en faveur de mes idées sur les fermentations proprement dites. Les recherches dont j’ai maintenant à rendre compte n’ont été par conséquent qu’une digression obligée de mes études sur les fermentations. C'est ainsi que je fus conduit à m’occuper d’un sujet qui jusque-là n’avait exercé que la sagacité des naturalistes. CHAPITRE II. examen au microscope des particules solides disséminées DANS l’air ATMOSPHÉRIQUE. Mon premier soin fut de rechercher une méthode qui permît de recueillir en toute saison les particules solides qui flottent dans l’air et de les étudier au microscope. Il fallait s’attacher d’abord à lever, s’il était possible, les ob¬ jections que les partisans de la génération spontanée oppo- ( 25 ) sent à l'ancienne hypothèse de la dissémination aérienne des germes (i). Lorsque les matières organiques des infusions ont été chauffées, elles se peuplent d’infusoires ou de moisissures. Ces productions organisées ne sont en général ni aussi nom¬ breuses, ni aussi variées que .si fou n’avait pas préalable¬ ment porté les liqueurs k l’ébullition, mais il s’en forme toujours. Or, leurs germes, dans ces conditions, ne peuvent venir que de l’air, parce que l’ébullition détruit ceux que les vases ou les matières de l’infusion ont apportés dans la liqueur. Les premières questions expérimentales à résoudre sont donc celles-ci : Y a-t-il des germes dans l’air? Y en a-t-il en assez grand nombre pour expliquer l’apparition des productions organisées des infusions qui ont été chauf¬ fées préalablement? Peut-on se faire une idée approchée du rapport à établir entre un volume déterminé d’air ordi¬ naire et le nombre des germes que ce volume d’air peut renfermer? Et d’abord existe-t-il des germes dans l’air? Personne 11e le nie, parce que l’on comprend qu’il ne peut pas en être autrement. L’un des partisans les plus déclarés de la doc¬ trine des générations spontanées, M. Pouchet, s’exprime de la manière suivante (2) : a On rencontre parfois dans la poussière quelques oeufs de Microzoaires, comme on y rencontre une foule de cor¬ puscules légers, mais c’est une véritable exception. » PI us loin, M. Pouchet s’exprime ainsi : « Pa nui les corpuscules de poussière qui appartiennent au règne végétal, il y a des spores de Cryptogames, mais en fort petit nombre. Enfin j ’ai constamment rencontré une certaine quantité de fécule de blé mêlée à la poussière (0 Cette hypothèse est en effet très-ancienne. Elle forme le sujet ordi- nairedesdiscussions relatives àla génération spontanée depuis le xvn® siècle. (‘-0 Pouchet, Traité cia la génération spontanée. Paris, 1 S5rp p, 4 3 '2. { aG ) soit récente, soit ancienne _ II est évident que c’est cette fécule, parfaitement caractérisée physiquement et chimi¬ quement, ou que ce sont des grains de silice que l’on a pris pour des œufs de Microzoaires ( i ). )) Il y a donc dans la poussière de l’air des œufs d’infu¬ soires et des spores de moisissures; les partisans de la doc¬ trine de l’hétérogénie l’affirment; mais ils ajoutent qu’il n'y en a qu’exceptionnellement, en nombre excessivement restreint, et ceux qui, disent-ils, ont cru en voir davantage se sont trompés. Ils ignoraient un fait récent, à savoir qu’il y a des grains de fécule de diverses tailles dans la pous¬ sière (2). Ces observateurs ont pris pour des œufs ou des spores ces grains de fécule, qui souvent leur ressemblent tant. Telle est l’opinion de M. Pouchet. Je n’ai pas fait assez d’observations sur la poussière ordinaire déposée à la sur¬ face des objets, pour que je puisse infirmer cette manière devoir au sujet de la poussière au repos. Je puis même ajouter qu’à l’époque où je fis mes premières expériences diverses personnes très-autorisées étaient désireuses de constater par elles-mêmes l’exactitude de mes résultats, parce que, me disaient-elles, ayant eu l’occasion assez fré¬ quente d’étudier des poussières, elles n’y avaient pas vu de spores. Mais ici se présente une remarque : la poussière que l’on trouve à la surface de tous les corps est soumise con¬ stamment à des courants d’air qui doivent soulever ses par¬ ticules les plus légères, au nombre desquelles se trouvent, sans doute, de préférence les corpuscules organisés, œufs ou spores, moins lourds généralement que les particules (1) De Quatrefages, Comptes rendus de V Académie des Sciences , 1859, t. XLVIII, p 3 1 . Voyez aussi Dictionnaire de Nysten , par Littré et Ch. Robin, article Pous¬ sière, onzième édition, i858. (2) Ce fait, reconnu pour la première fois, je pense, par M. Pouchet, est très-exact. ( 27 ) minérales. En outre, en ee qui concerne la poussière ordi¬ naire au repos, il n’est pas possible d’avoir une indication sur le rapport approché qui peut exister entre un volume donné de cette poussière et le volume d’air qui l’a fournie. Ce n’est donc pas la poussière au repos qu’il faut observer, mais bien celle qui est en suspension dans l’air. Voyons si cela est réalisable, et s’il est vrai que cette poussière flottante ne renferme qu’exeeptionnellement des germes d’organismes inférieurs, ainsi que cela arrive, d’a¬ près M. Pouchet, pour la poussière au repos. Le procédé que j’ai suivi pour recueillir la poussière en suspension dans l’air et l’examiner au microscope est d’une grande simplicité; il consiste à filtrer un volume d’air dé¬ terminé sur du coton-poudre, soluble dans un mélange d’alcool et d’éther. Les fibres du coton arrêtent les parti¬ cules solides. On traite alors le coton par son dissolvant. Après un repos suffisamment prolongé, toutes les particules solides tombent au fond de la liqueur; on les soumet à quel¬ ques lavages, puis on les dépose sur le porte-objet du mi¬ croscope, où leur étude devient facile. Je vais entrer dans les détails de l’expérience : FF, Jîg. i , PL /, est un châssis de fenêtre, dans lequel j’avais prati¬ qué, à une distance de plusieurs mètres du sol, une ouver¬ ture donnant passage au tube de verre T. Ce tube n’avait dans mes expériences qu’un demi-centimètre de diamètre. En a se trouve une bourre de coton soluble, sur une lon¬ gueur d’un centimètre environ, retenue par une petite spi¬ rale en fil de platine. L’air, qui était ordinairement aspiré du côté de la rue d’Ulm ou du côté du jardin de l’Ecole Normale, se trouvait appelé par l’aspirateur R. C’est un tube de laiton en forme de T, dans lequel s’écoule constam¬ ment de l’eau qui, par succion, entraîne l’air du tube mn, un peu recourbé à son extrémité n, comme l’indique la figure. Le tube mn communique d’ailleurs par un tube de caoutchouc au tube T renfermant la bourre de coton solu- ( 28 } ble. Si l’on veut, déterminer le volume d’air entraîné par l’écoulement de l’eau, il suffit d’engager l’extrémité l du tube kl sous un grand flacon renversé plein d’eau, jaugé à l’avance, et de mesurer le temps que ce flacon, d’un volume de 10 litres par exemple, mettra à se remplir. Ce mode d’aspiration continue est très-commode et m’a rendu beaucoup de services. Lorsque l’air apassé pendantun temps suffisant, la bourre de coton, plus ou moins salie par les poussières qu’elle a arrêtées, est déposée dans un petit tube avec le mélange al¬ coolique éthéré qui dissout le coton. On laisse reposer pen¬ dant un jour. Toutes les poussières se rassemblent au fond du tube, où il est facile de les laver par décantation, sans aucune perte, si Ton a soin de séparer chaque lavage par un repos de douze à vingt heures. Pour décanter le liquide, il est bon de se servir d’un siphon formé par un tube de très-petit diamètre, et pouvant s’amorcer par aspiration. Lorsque le lavage des poussières est suffisant, on les ras¬ semble dans un verre de montre où le restant du liquide qui les baigne s’évapore promptement (i) ; alors on les dé¬ laye dans un peu d’eau, et on les examine au microscope. On peut faire agir sur elles, suivant les méthodes ordi¬ naires, différents réactifs : l’eau d’iode, la potasse, l’acide sulfurique, les matières colorantes. Ces manipulations fort simples permettent de reconnaître qu’il y a constamment dans l’air commun un nombre va¬ riable de corpuscules, dont la forme et la structure annon¬ cent qu’ils sont organisés. Leurs dimensions s’élèvent de¬ puis les plus petits diamètres jusqu’à à et davan¬ tage de millimètre. Les uns sont parfaitement sphériques, les autres ovoïdes. Leurs contours sont plus ou moins net¬ tement accusés. Beaucoup sont tout à fait translucides. servir (0 Le lavage est suffisant après cinq ou six décantations. 11 faut se de coion-poudre dont la solubilité soit aussi parfaite que possible. ( 39 ) mais il y en a aussi d’opaques avec granulations à Tinte- rieur. Ceux qui sont translucides, à contours nets, ressem¬ blent tellement aux spores des moisissures les plus com¬ munes, que le plus habile micrographe ne pourrait y voir de différence. C’est tout ce que Ton peut en dire, comme on peut affirmer seulement que, parmi les autres, il y en a qui ressemblent à des Infusoires en boule, enkystés, etgéné- ralement aux globules que l’on regarde comme étant les œufs de ces petits êtres. Mais quant à affirmer que ceci est une spore, bien plus la spore de telle espèce déterminée, et que cela est un œuf et l’œuf de tel Microzoaire, je crois que cela n’est pas possible. Je me borne, en ce qui me concerne, «à déclarer que ces corpuscules sont évidemment organisés, ressemblant de tout point aux germes des organismes les plus inférieurs, et si divers de volume et déstructuré, qu’ils appartiennent sans conteste à des espèces fort nombreuses. L’emploi de l’eau d iode montre de la manière la moins équivoque que, parmi ces corpuscules, il y a toujours des granules d’amidon. Mais il est bien facile d’éliminer tous les globules de cette sorte en délavant la poussière dans l’acide sulfurique ordinaire, qui dissout en quelques instants tout ce qui est amidon. Sans doute, l’acide sulfurique al¬ tère, et dissout peut-être d’autres globules; mais il en reste encore un grand nombre, et quelquefois même on en distingue davantage après l’action de l’acide sulfurique, parce que cet acide dissout le carbonate de chaux et délaye les autres particules de poussière, de façon que beaucoup de corpuscules organisés se trouvent dégagés des débris amorphes qui empêchent souvent de les bien voir. Il est bon d’observer aussitôt après que les petites bulles d’acide carbonique se sont dissipées, et avant que les aiguilles de sulfate de chaux se soient déposées (i). En opérant sur la poussière d’une bourre de i centimètre (i) J’ai reconnu, par des épreuves direeles, que l'acide sulfurique concert- Je longueur sur -5 centimètre dediamètre exposée au courant d’air pendant vingt-quatre heures, avec un écoulement d’un litre par minute, on découvre et on peut dessiner facile¬ ment vingt à trente corpuscules organisés en un quart d’heure. Il y en a ordinairement plusieurs dans le champ. Notons que la goutte d’acide mêlée de poussière, que Fou placesur le porte-objet du microscope, ne représente qu’une fraction de celle qui est dans le verre de montre. D autre part, il faudrait évidemment plusieurs heures pour rechercher et dessiner au fur et à mesure tous les cor- L puscules organisés de cette goutte. On voit donc que le nom¬ bre des corpuscules organisés que l’on fixe par cette méthode sur les filaments de coton est fort sensible comparativement au volume d’air (1)5 sans doute, il n’est pas suffisant, pour justifier cette assertion généralement admise, que la plus petite bulle d’air commun est capable de faire naître dans une infusion toutes les espèces d’infusoires et toutes les Cryptogames propres à cette infusion. Mais nous verrons dans un chapitre subséquent que cette opinion est fort exa¬ gérée, et que l’on peut toujours mettre en contact avec une infusion qui a été portée à l’ébullition un volume d’air ordinaire considérable, sans qu’il s’y développe la moindre production organisée. Je vais entrer dans quelques détails, afin que l’on ait une tré ordinaire ne dissolvait pas les spores des moisissures communes, même par un contact prolonge. (1) Je n’ai pas besoin de dire que je me suis assuré que le colon que j’em¬ ployais ne renfermait pas du tout de corpuscules organisés, et que sa disso¬ lution dans le mélange alcoolique ne laissait d’autre résidu que quelques fibres non dissoutes. Je dois faire observer en outre que, sous une épaisseur d’un centimètre, une bourre de coton est loin d'arrêter tous les corpuscules de l’air. Si l’on place plusieurs bourres à la suite les unes des autres, la seconde, la tioi- sième... se couvrent de poussière; seulement, il faut pour les charger à l’égal de la première, d'autant plus de temps qu’elles en sont plus éloi- ( 3* ) idée un peu plus nette du nombre des corpuscules orga¬ nisés que l’on découvre dans la poussière recueillie comme je viens de le dire. Les fig . 2, 3 et 4 de la PL JT représentent quelques cor¬ puscules organisés d’un échantillon de poussière recueillie en vingt-quatre heures, du 16 au 17 novembre 1 85p . Voici comment ces dessins rapides, qui 11e donnent que le volume et le contour des corpuscules, ont été faits : Après que le lavage de la poussière eut été effectué comme je l’ai indiqué tout à l’heure, j ai pris dans le verre de montre une partie de la poussière, et je Lai délayée dans une goutte de solution de potasse, renfermant 5 parties de potasse pour 100 d’eau. Au fur et à mesure que je déplaçais la lame de verre sous l’objectif, et que j’apercevais un glo¬ bule évidemment organisé, je le dessinais. C’est ainsi que la fig. 2 a été obtenue. 11 en a été de même pour les suivantes. J’ai alors remplacé la potasse par de la teinture aqueuse d iode. 11 suffit pour cela de placer au contact avec le bord de la lame de verre un petit carré de papier buvard, que I on recouvre d'un second, d’un troisième papier semblable, et ainsi de suite jusqu’à ce que toute la solution de potasse soit absorbée. On la remplace alors par une goutte d’eau iodée, que l’on enlève par le même moyen pour y substituer une nouvelle goutte de cette teinture. On continue ainsi jusqu’à ce que la potasse restant sous la lame de verre soit entièrement neutralisée. La fig. 3 représente une partie des globules en con¬ tact delà teinture aqueuse diode. Enfin la fig. 4 donne le dessin des globules examinés, après que beau d’iode fut remplacée par l’acide sulfurique ordinaire. La distance des deux parallèles de la fig. 5 représente (-^- de millimètre au grossissement employé dans 1 expérience. J’ajouterai que j’ai mis une heure et demie à faire les dessins des globules et les expériences de substitutions de réactifs les uns aux autres. Cela donnera au lecteur une pre- t 3, ) mière indication sur le nombre des corpuscules organises que Ton peut arrêter en vingt-quatre heures en faisant passer sur une petite bourre de coton environ i5oo litres d’air pris dans une rue de Paris peu fréquentée, et à une distance de 3 à 4 mètres au-dessus de la surface du sol (i). On peut avoir une idée bien plus exacte du nombre des corpuscules^ que leur forme et leur volume permettent de dire organisés, par la détermination du nombre moyen de ces corpuscules contenus dans le champ du microscope, et par la connaissance du rapport des surfaces de la goutte étalée sous la petite lame de verre qui la recouvre, et du champ du microscope, pour le grossissement que l’on em¬ ploie. Le nombre total des corpuscules de la goutte sera égal au rapport dont nous parlons, multiplié par le nombre moyen des corpuscules compris dans un champ quelconque. On arrive ainsi à reconnaître qu’une petite bourre de coton exposée pendant vingt-quatre heures au courant d'air de la rue cTUlm, pris à quelques mètres du sol, pendant l’été, après une succession de beaux jours, rassemble plusieurs milliers de corpuscules organisés pour une aspiration d’uji litre d’air environ par minute. Du reste, ce résultat varie infiniment avec l’état de l’atmosphère, si l’on opère avant ou après la pluie, par un temps calme ou agité, de jour ou pendant la nuit, à une petite ou à une grande distance du (t) Posterieurement à l’emploi delà méthode que je viens de décrire et dans le but de réfuter les résultats que j’en avais obtenus, M. Poucheta exa¬ miné la poussière que la neige abandonne après sa fusion, moyen déjà mis en pratique par M. de Quatrefages et par M. Boussingault ( Comptes rendus de l’Académie, t. XLV111, p. 3i, 1809.) « La neige, dit M. Pouchet, fut re¬ cueillie dans une grande cour carrée. On en prit seulement ta couche su- perflciePe dans une épaisseur de 5 centimètres environ, et sur une étendue de 4 mètres carrés. » ( Comptes rendus , t. L, p. 532.) Je n’ai pas étudié la poussière de Pair en faisant fondre de la neige, et j’ignore si cette méthode vaut celle que j’ai suivie. Dans tous les cas, il est évident qu’il faudrait étudier la première neige tombée, la couche du fond et non la couche delà surface. Car si la neige peut entraîner les poussières de Pair, c’est la première tombée qui se chargera de cet office. ( 33 ) sol. Enfin que I on imagine toutes les mille et une causes qui peuvent augmenter ou diminuer le nombre de ces par¬ ticules solides que tout le monde a aperçues dans un rayon de soleil qui pénètre dans une chambre obscure, et l’on comprendra tout ce qu’il doit y avoir de changements dans les résultats qui précèdent. La méthode dont je viens de parler pour recueillir les poussières qui sont en suspension dans l air ordinaire, et les examiner ensuite au microscope, est évidemment sus¬ ceptible d’être modifiée utilement (1). Je crois qu’il y aurait un grand intérêt à multiplier les études sur ce sujet, et à comparer dans un même lieu avec les saisons, dans des lieux différents à une même époque, les corpuscules organisés disséminés dans F atmosphère. Il semble que les phénomènes de contagion morbide, surtout aux époques où sévissent des maladies épidémiques, gagne¬ raient à des travaux poursuivis dans cette direction. Les fi g. 6, 7, 8, 9 de la PL III représentent des corpus¬ cules organisés associés à des particules amorphes, tels qu’ils s offrent au microscope pour un grossissement de 35o diamè¬ tres ; le liquide délayant était l'acide sulfurique ordinaire. La jig. 6 s’applique à des poussières recueillies du a5 au 26 juin 18605 la jig. 7 à des poussières du brouillard très- intense du mois de février 1861 5 la fig. 8 à des poussières (1) Ne serait— il pas possible de remplacer le coton par une bourre de fils formés par un borate soluble, étiré à chaud, voire même par du sucre d’orge réduit en lils soyeux. J’essaye en ce moment remploi d’un tube thermométrique de gros calibre où l’on a soufflé à des distances rapprochées une suite de renflements. En introduisantdans ce tube quelques gouttes d’un liquide visqueux ou d’huile, le liquide s’arrête dans les étranglements, et si l’on fait passer de l’air, les ménisques des étranglements se reforment après le passage de chaque bulle de gaz, qui se trouve ainsi lavé un grand nombre de fois par une quantité de liquide adhésif très-minime. M. Jamin a utilisé des tubes de cette na¬ ture dans quelques-unes de ses curieuses expériences sur la capillarité. C’est ce qui m’a suggéré l’idée de l’emploi depareils tubes, dont je ne peux cependant pas juger encore l’efficacité. Ann. de Chim. et de Phys., 3e série, t. LXIV. (Janvier 1862.) 3 ( 34 ) recueillies du 17 au 19 décembre i85y par un froid de • — 9 à — i4°; enfin la fig. 9 à des poussières d’une bourre qui était précédée d’une autre, afin de montrer qu’une pre¬ mière bourre n’arrête pas toutes les poussières qui sont en suspension dans l’air. Cependant il faut remarquer que les poussières étaient ici en très-petit nombre, et qu’il fallait plusieurs fois changer de champ pour apercevoir un corpus¬ cule organisé, tandis que dans les cas ordinaires il y a le plus souvent un ou plusieurs corpuscules organisés dans un champ quelconque. CHAPITRE III. ■ ^ * DES EXPÉRIENCES AVEC l’AIR CALCINÉ. Nous venons de voir qu’il y a toujours en suspension dans Pair des corpuscules organisés, qui, par leur forme, leur volume et leur structure appareille, ne sauraient êlre distingués des germes des organismes inférieurs, et le nom¬ bre en est grand sans avoir rien d’exagéré. Y a-t-il réelle¬ ment parmi eux des germes féconds (1)? Voilà la question vraiment intéressante; je crois être arrivé à le démontrer (1) Ce qu’il y aurait de mieux à faire et de plus direct consisterait à suivre au microscope le développement de ces germes. Tel étaitmon projet; mais l'appareil que j’avais fait construire pour eet objet ne m’ayant pas été livre eu temps opportun, j’ai été éloigné de cette étude par d'autres travaux. Du reste, i! ne faut pas se dissimuler la d ifïjcul té de celte méthode d’observation. Rien de plus simple que de déposer les spores d’une Mueédinée dans un liquide propte à les nourrir, d’en prélever quelques-unes le lendemain ou le surlendemain, et de voir que plusieurs ont germé et ont déjà poussé de longs appendices. Mais autre chose est d’opérer sur une seule spore, qu’il faudra retrouver sous le microscope à une place déterminée, tout en lui fournissant de l’eau pour remplacer celle qui s’évapore sur les bords de la lame de verre, etc.. . Et puis les très-petits Infusoires, Bacteriums et Mo¬ nades, se montrent promptement, prennent l’air, et la spore privée d’un de ses aliments essentiels ne se développe pas. J’espère revenir prochainemem sur celte partie de mon travail. ( 35 ) d une manière certaine. Mais avant d’exposer les expé¬ riences qui se rapportent plus particulièrement à cette partie du sujet, il est indispensable de rechercher pre¬ mièrement si les faits annoncés par le Dr Schwann sur l’inactivité de l’air qui a été rougi sont exacts. MM. Pou- chel, Mantegazza, Joly et Musset, le contestent. Essayons de voir de quel côté est la vérité j aussi bien ce sera la base de nos recherches ultérieures. Dans un ballon de 2Ôo à 3oo centimètres cubes, j in¬ troduis .100 à i5o centimètres cubes d’une eau sucrée albumineuse, formée dans les proportions suivantes : Eau . 100 Sucre . . 10 Matières albuminoïdes et minérales provenant « de la levure de bière . , . 0,2 à 0,7. Le col effilé du ballon communique avec un tube de pla¬ tine chauffé au rouge, comme l’indique la fi g. 10, P/. /. On fait bouillir le liquide pendant deux à trois minutes, puis on le laisse refroidir complètement. Il se remplit d’air ordi¬ naire à la pression de l’atmosphère, mais dont toutes les par¬ ties ont été portées au rouge 5 puis on ferme à la lampe le col du ballon, qui a alors la forme indiquée par la fig. 1 1. Le ballon ainsi préparé est placé dans une étuve à une température constante voisine de 3o°* il peut s’y conserver indéfiniment, sans que le liquide qu’il renferme éprouve la moindre altération. Sa limpidité, son odeur, son caractère d’acidité très-faible, à peine appréciable au papier de tour¬ nesol bleu, persistent sans changement appréciable. Sa couleur se fonce légèrement avec le temps, sans doute sous l’influence d’une oxydation directe de la matière albumi¬ noïde ou du sucre (1). J’affirme avec la plus parfaite sincérité que jamais il ne (1) Cette oxydation directe est indiquée par l’analyse suivante, effectuée 3. m’est arrivé d’avoir une seule expérience, disposée comme je viens de le dire, qui m’ait donné un résultat douteux. L’eau de levure sucrée portée à l’ébullition pendant deux ou trois minutes, puis mise en présence de l’air qui a été rougi, ne s’altère donc pas du tout (i), même après dix- huit mois de séjour à une température de u5° à 3o°, tandis que si on l’abandonne à l’air ordinaire, après un jour ou deux, elle est en voie d’altération manifeste, et se trouve remplie de Bacteriums, deVibrions, ou couverte de Mucors. L’expérience du Dr Schwann appliquée à l’eau de levure sucrée est par conséquent d’une exactitude irréprochable. Comment se fait-il néanmoins que plusieurs observa¬ teurs, MM. Pouchet, Mantegazza et Schwann lui-même, soient arrivés à des résultats contradictoires? J’ajoute que le Dr Schwann lui-même n’a pas toujours réussi dans ses expériences sur l’inactivité de l’air calciné-, en effet, nous avons vu dans la première partie du présent Mémoire, où j’ai résumé le travail de ce savant, que ses expériences sur la fermentation alcoolique avaient souvent donné des résultats opposés à ceux qu’il espérait, sans qu’il eût pu d’ailleurs reconnaître les causes d’erreur présumées de ces résultats. sur l’air d’un ballon rempli aux f d’eau de levure sucrée, et qui était resté à l’étuve du 12 février au x8 avril 1860. Acidecarbonique . 0,9 Oxygène . 19,5 Azote par différence . 79,6 100,0 Le volume de l’acide carbonique est moindre que le volume d’oxygène qui a disparu. Cela peut tenir aux différences des coefficients de solubilité de ces gaz. Quant à la limpidité du liquide, elle était parfaite. Toutes les analyses de gaz contenues dans ce Mémoire ont été faites avec l’eudiomètre deM. Régnault. (1) J’ai certainement eu l’occasion de répéter plus de cinquante fois l’ex¬ périence, et, dans aucun cas, cette liqueur, si altérable, n’a donné vestige de productions organisées, en présence de l’air calciné. Moi-mème, dans des expériences inédites, j étais arrivé à cette conséquence, que les expériences faites avec l’air calciné ne réussissaient qu’exceptionnellement. Je vais en rapporter quelques-unes. Le 9 août 1837, je prépare comme il suit plusieurs bal¬ lons d’un quart de litre de capacité. Dans chacun d’eux, je place 80 centimètres cubes d’eau de levure de bière sucrée très-limpide, renfermant par litre 100 grammes de sucre et 3 grammes de matières azotée et minérale empruntées aux principes solubles de la levure. J’étire à la lampe le col des ballons, puis je porte le liquide à l’ébullition, et je ferme ensuite la pointe effilée par un trait de chalumeau pendant F ébullition, maintenue préalablement de deux à quatre minutes. Je renverse ensuite successivement chaque bail on dans la cuve à mercure, au fond de laquelle je brise leurs pointes-, alors j’introduis dans le premier ballon en¬ viron 70 centimètres cubes d oxygène préparé avec le chlo¬ rate de potasse-, et conduit dans un tube de porcelaine chauffé au rouge avant d’entrer dans le ballon. Dans le deuxième ballon, je fais arriver 5o centimètres cubes d’oxygène provenant de la décomposition de l’eau par la pile, et de production toute récente. Dans le troisième et le quatrième ballon, je fais passer de 5o h 60 centimètres cubes d’air ordinaire sortant d’un tube de porcelaine chauffé au rouge. Enfin, dans un cinquième ballon, j’introduis 5o centimètres cubes d’air ordinaire non chauffé. Je porte ensuite les cinq ballons dans une étuve à la température constante de 25 à 3o°, renversés sur le mercure daus des verres à pied. Le i3 août, il y a des productions organisées dansions les ballons. Le liquide du premier était tout trouble, lai¬ teux, par la présence d’une Torulaeée en granulations très- ténues réunies en chapelets. Le deuxième ballon est tombé dans la nuit du i5 au t6 août, parce qu’il s’est rempli de gaz par fermentation. Une étude microscopique des por- lions de liquide restées dans le verre y a fait reconnaître des globul es de levure de bière. Les ballons 3, 4 et 5 offraient des touffes de moisissure flottant dans un liquide limpide. En résumé, j’obtenais des résultats directement con¬ traires à ceux du DrSchwann. Des Mucédinées, des Toru- lacées pouvaient naître en présence de l’air calciné, dans des liquides qui avaient été soumis à l’ébullition. Je ne publiai pas ces expériences 5 les conséquences qu’il fallait en déduire étaient trop graves pour que je n’eusse pas la crainte de quelque cause d’erreur cachée, malgré le soin que j’avais mis à les rendre irréprochables. J’ai réussi, en effet, plus tard à reconnaître cette cause d’erreur. Quoi qu’il en soit, les choses étaient telles, à cette époque, qu’un observateur répétant de bonne foi sur la cuve à mer¬ cure les expériences de Needham, de Spallanzani et d’ Ap¬ pert, avec la modification indiquée par le Dr Schwann, arrivait à des conséquences tout à fait favorables à la doc¬ trine des générations spontanées, sans qu’il fût possible de signaler la véritable cause d’erreur de ses expériences. On pouvait croire seulement qu’il était très-diffieile de ne pas laisser s’introduire dans les vases une petite quantité d’air ordinaire. Mais, outre que cette crainte était exagérée, 011 verra par la suite que ce n’est pas du tout en cela que con¬ sistait l’inexactitude de la méthode. Dans toutes ces expériences, comme dans celles du Dr Schwann qui avaient été contraires au résultat de sa première expérience sur le bouillon de viande, c’est lé mer¬ cure qui avait introduit les germes dans les liqueurs. J’en donnerai ultérieurement des preuves convaincantes. Mais nous pouvons remarquer dès à présent que le mercure d’une cuve de laboratoire est constamment exposé à rece¬ voir les poussières de l’air, et que ce liquide doit recéler par conséquent une multitude de ces corpuscules organisés, que nous avons appris à étudier dans le chapitre précédent. ( ) Leur légèreté spécifique ne serait suffisante pour les amener à la surface que s’ils avaient un volume sensible. D’ailleurs, n’y aurait-il de ces corpuscules qu’à la surface du mercure, il ne serait pas possible de les éviter dans les manipula¬ tions. Que l’on dépose, en effet, des poussières sur le mer¬ cure et qu’on y enfonce ensuite un tube de verre, une éprouvette, un vase quelconque, on verra les poussières de la surface s’engager peu à peu dans la gaine que le corps solide laisse entre lui et le mercure. Si Je corps est enfoncé d un décimètre ou davantage, les poussières le suivront jusqu’à cette profondeur, et les dernières arrivées seront appelées d’une grande distance du point où le corps aura été plongé. Nous pouvons résumer comme il suit les expériences de ce chapitre. L’eau de levure sucrée, liqueur excessivement altérable au contact de l’air ordinaire, peut être conservée intacte pendant des années entières lorsqu’elle est exposée à l’action de l’air calciné, après avoir été soumise à l’ébul¬ lition pendant deux ou trois minutes. Mais l'expérience a besoin d’être faite convenablement. Effectuée sur la cuve à mercure avec tous les soins imaginables, elle ne réussit qu’exceptionnellement, si tant est qu’elle réussisse quel¬ quefois. La liqueur s’altère presque aussi facilement qu’à l’air ordinaire, parce qu’il est impossible que la manipula¬ tion, de quelque manière qu’elle soit dirigée, n’introduise pas des germes provenant de l’intérieur ou de la surface du mercure ou des parois de la cuve. L’insuccès des expériences avec l’air calciné, toutes les fois qu'on venait à les pratiquer sur la cuve à mercure, n’était pas la seule cause d’incertitude et d’embarras dans cette grave question de la génération des êtres les plus in¬ férieurs. Remplace-t-on, en effet, dans les essais précédents l’eau de levure sucrée par le lait, ou tel autre liquide que nous apprendrons à connaître, et de quelque manière que l’ex— ( 4° ) périence soit conduite, (pie l’on opère sur la cuve à mer¬ cure, ou cpie Fou opère avec l’appareil déjà décrit, repré¬ senté fîg. 10, et qui donne des résultats si constants pour Feau de levure sucrée, le lait se putréfie et montre des or¬ ganismes. Ces résultats si divers, contradictoires en apparence, trouveront leur explication naturelle dans un des chapitres suivants. Mais jusque-là ils étaient bien faits pour jeter le trouble dans les esprits, ainsi que j’ai déjà essayé de le montrer dans le chapitre historique placé en tête de ce travail. CHAPITRE IV. ENSEMENCEMENT DES POUSSIÈRES QUI EXISTENT EN SUSPENSION DANS L AIR, DANS DES LIQUEURS PROPRES AU DÉVELOPPEMENT DES ORGANISMES INFÉRIEURS. Les résultats des expériences des deux chapitres qui pré¬ cèdent nous ont appris : i° Qu’il y a toujours en suspension dans l’air ordinaire, des corpuscules organisés tout à fait semblables à des germes d’organismes inférieurs 5 20 Que Feau de levure de bière sucrée, liqueur éminem¬ ment altérable à l’air ordinaire, demeure intacte, limpide, sans donner jamais naissance à des Infusoires ou à des moi- sissures, lorsqu’elle est abandonnée au contact de l’air qui a été préalablement chauffé. Cela posé, essayons de rechercher ce qui arriverait au contact de ce même air, en ensemençant dans cette eau su¬ crée albumineuse les poussières que nous avons appris à recueillir au chapitre II, sans introduire autre chose que ces poussières. Quelle que soit la méthode d’expérimentation, il faut qu elle éloigne complètement la cuve à mercure, parce que tous les résultats en seraient troublés Je Fai constaté direc- ( 4i ) lemenl pour ce point de la question par des expériences particulières que je crois sans grande utilité de rapporter ici. J’aurai d’ailleurs l'occasion de revenir encore sur les inconvénients d’utiliser le mercure dans ces sortes d’expé¬ riences. Yoici les dispositions que j’ai adoptées pour déposer les poussières de l’air dans les liqueurs putrescibles ou fermen¬ tescibles, en présence de l’air chauffé. Reprenons notre ballon renfermantde l’eau de levure su¬ crée et de l’air calciné, Jîg. i i , FI. /. Je supposerai que le ballon soit à l’étuve cà 25° ou 3o°, depuis un ou deux mois, sans y avoir éprouvé d’altération sensible, preuve manifeste de l’inactivité de l’air chauffé dont il a été rempli sous la pression atmosphérique ordinaire. La pointe du ballon étant toujours fermée, je l’adapte, an moyen d’un tube de caoutchouc, à un appareil disposé comme il suit, Jig. 12 : T, est un tube de verre fort, de 10 à 12 millimètres de diamètre intérieur, dans lequel j’ai placé un bout de tube de petit diamètre a, ouvert cà ses ex¬ trémités, libre de glisser dans le gros tube et renfermant une portion d’une des petites bourres de coton chargées de poussières; R est un tube de laiton en forme de T, muni de robinets, l’un de ces robinets communique avec la ma¬ chine pneumatique, un autre avec un tube de platine chauffé au rouge, le troisième avec le tube T; cc représente le caoutchouc qui réunit le ballon R au tube T. Lorsque toutes les parties de l’appareil sont disposées et que le tube de platine est porté au rouge par le calorifère à gaz figuré en G, on fait le vide, après avoir fermé le robi¬ net qui conduit au tube de platine. Ce robinet est ensuite ouvert de façon à laisser rentrer peu à peu dans l’appareil de l’air calciné. Le vide et la rentrée de l’air calciné sont répétés alternativement dix à douze fois. Le petit tube à co¬ ton se trouve ainsi rempli d’air brûlé jusque dans les Cela fait, je brise la pointe du ballon B, à travers le eaout- cliouc cc, sans dénouer les cordonnets, puis je fais couler le petit tube aux poussières dans le ballon. Enfin, je re¬ ferme à la lampe le col du ballon qui est de nouveau re¬ porté à l’étuve. Or, il arrive constamment que des produc¬ tions commencent à apparaitre dans le ballon après vingt- quatre, trente-six ou quarante-huit heures au plus. C’est précisément le temps nécessaire pour que ces mêmes productions apparaissent dans l’eau de levure sucrée lors¬ qu’elle est exposée au contact de l’air commun. \oici le détail de quelques expériences : Dans les premiers jours de novembre 1859, j’ai préparé suivant la méthode de la Jlg. io, plusieurs ballons de ra5o centimètres cubes de capacité, renfermant 100 centi¬ mètres cubes d’eau de levure sucrée et i5o centimètres cubes d’air chauffé. Ils sont restés à l’étuve à une tempéra¬ ture voisine de 3o° jusqu’au 8 janvier 1860. Ce jour-là, vers neuf heures du matin, j’ai introduit dans l’un de ces ballons, à l’aide de l’appareil de 12, une portion de bourre de coton chargée de poussières, recueillies comme cela a été expliqué au chapitre II. Le 9 janvier à neuf heures du matin, le liquide du ballon n’offre rien de particulier. Le même jour, à six heures du soir, on voit très-distinctement de petites touffes de moi¬ sissures sortir du tube aux poussières. Limpidité parfaite du liquide. Le 10 janvier, à cinq heures du soir, outre les touffes soyeuses de moisissures, le liquide ayant toujours conservé une limpidité parfaite, j’aperçois sur les parois du ballon un grand nombre de traînées blanches, irisées de diverses cou¬ leurs lorsqu’on place le ballon entre l’œil et la lumière. Le 1 1 janvier, le liquide a perdu sa limpidité. Il est tout trouble, à tel point qu’on ne distingue plus les touffes de mycélium. Alors j’ouvre le ballon par un trait de lime et j’étudie au microscope les diverses productions qui y ont pris nais¬ sance. ( 43 ) Le trouble du liquide est dù. à une foule de petits Batle- riums, de la plus petite dimension, très-rapides dans leurs mouvements, pirouettant vivement ou se balançant, etc..., fig. i3, PL II. Les touffes soyeuses sont formées par un mycélium en tubes ram eux, fig. i/\. Enfin, cette espèce de précipité pulvérulent sous forme de traînées blanches qui s’est montré le io janvier, est consti¬ tué par une Torulacée très-élégante, représentée fig. i5. C’est une Torulacée très-fréquente dans les liqueurs albu¬ mineuses sucrées, qui se développe, par exemple, dans les jus de betteraves rendus un peu acides, dans les urines des diabétiques, et que I on pourrait confondre avec la levure de bière, à laquelle elle ressemble beaucoup par son mode de développement, si le diamètre de ses globules n’était sensiblement plus petit que celui des cellules de la levure, plus petit d’un tiers ou meme de la moitié. Les globules de cette Torulacée sont peu granuleux, plus translucides que les globules de la levure de bière. Le noyau, quand il est visible, est unique et très-net. Ces globules se multiplient par bourgeonnement et affectent la forme rameuse de la le¬ vure de bière en voie de multiplication. Ainsi, voilà trois productions nées sous 1 influence des poussières que l’on a semées, productions de meme ordre que celles qu’on voit naître dans ces mêmes liqueurs sucrées albumineuses quand on les abandonne au contact de l’air ordinaire. Le 17 janvier, j’ai introduit des poussières dans deux autres de ces ballons d’eau de levure sucrée demeurées sans altération depuis le mois de novembre. Le 19 au. matin, un des liquides est tout trouble. Il n’offre d’ailleurs aucune apparence de mycélium. Le liquide de l’autre ballon est encore très-limpide. Aucune apparence de production organisée. Le même jour à cinq heures du soir, le premier ballon ( 44 ) est dans le même état j le trouble est seulement accru * quant à l’autre, la limpidité de son liquide est toujours parfaite, mais une touffe de mycélium sort du petit tube aux pous¬ sières et en garnit toute une extrémité. Le 20, l’état du premier ballon n’a pas changé sensible¬ ment. La moisissure du second s’est beaucoup développée, et il s’en est formé une nouvelle dans l’intérieur du li¬ quide. En outre, la limpidité du liquide paraît légèrement altérée. Le 21 , le liquide du second ballon est presque aussi trou¬ ble que celui du premier, et les touffes de mycélium n’ont pris aucun accroissement depuis la veille, c’est-à-dire de¬ puis que le trouble s’est manifesté dans toute la masse du liquide. Le 22 et le 23 janvier, les touffes de mycélium restent toujours stationnaires, et il n’est pas douteux, comme on va le voir, qu’il faille attribuer l’arrêt de leur développement à la présence des Infusoires qui troublent le liquide, et qui, en s’emparant de l’oxygène dissous, privent la plante d’un de ses aliments les plus essentiels. Ce résultat est constant, et c’est là ce qui explique pourquoi dans le premier ballon, la production développée en premier lieu ayant été formée par des Infusoires, on n’a vu naître aucune autre produc¬ tion organisée. Voici la confirmation remarquable de cette opinion : Le 23 janvier, voyant que les touffes du mycélium du deuxième ballon sont stationnaires depuis le 20, je fais tomber le petit tube aux poussières dans le goulot du bal¬ lon ^ comme le représente la Jig. 16, PL /, afin de placer la touffe de moisissures qui garnit l’une des extrémités de ce petit tube, eu contact avec l’atmosphère du ballon, et éloi¬ gner ainsi l’influence des Infusoires. Or , dix-buit heures après, dès le 24 janvier au matin, la moisissure a poussé des filaments dans toutes les, directions, qui tapissent le petit lobe et le goulot du ballon. Le 20 (die a ( 45 ) fructifié. Le 27, elle s’étend en partie à ia surface du liquide du ballon. À partir de ce jour elle 11e s’est plus agrandie et est restée tout à fait stationnaire, parce que tout l’oxygène de l’air du ballon avait disparu et avait été remplacé par de l’acide carbonique. Ces faits, que j’ai eu l’occasion de constater bien souvent dans des circonstances analogues, montrent toute l’influence que peuvent avoir les unes sur les autres des productions se développant simultanément, comment elles peuvent se nuire et comment il arrive qu’une liqueur peut offrir des organismes variés, mais bien moins nombreux, dans chaque cas particulier, qu’il n’y a de germes semés, et qu’il ne pourrait s’en développer à la rigueur. Les premiers qui sont en voie de multiplication étouffent les autres (1). Toutes les personnes qui ont étudié les productions or¬ ganisées des infusions ont pu faire la remarque qu’une in¬ fusion est privée plus ou moins complètement d’infusoires, s’il arrive qu’elle se couvre de Mueédinées, dans les pre¬ miers jours de son exposition à l’air. Et, inversement, lor s¬ qu’elle débute par des Infusoires, elle .a peine cà montrer des moisissures. La cause de ce fait est du même ordre que celle dont je viens de parler. Dans le premier cas, l’oxygène est absorbé par les Mueédinées, dans le second par les In- (1) C’est donc à tort, selon moi, que M. Pouchet donne comme une im¬ mense objection que les poussières qu’il a semées ne lui ont pas fourni plus de Mueédinées qu’il n’en apparaît sans semence. Qu’il veuille bien les se¬ mer, par exemple, sur une même liqueur, placée dans un vase divisé en compartiments, et il verra que les corpuscules de l’air semés dans ces compartiments lui fourniront des productions très-diverses. C’est en délini- tive ce que je fais quand j’opère sur plusieurs ballons séparément. Toutes les conditions seront pareilles, mais dans chaque petit comparti¬ ment les premières productions qui auront poussé ne nuiront en rien h celles des cases voisines. Seulement la variété des productions ne sera pas indélinie parce qu’elle est limitée, comme on le sait, par la nature de l’in fusion. fusoires. Ce que je dis de l’oxygène peui s’appliquer sans doute aux autres aliments de ces petits êtres. J’ai représenté, Jîg. 17, PL II, la Mucédinée développée dans le goulot du ballon, lequel a été ouvert le 3i janvier, afin de pouvoir étudier les productions auxquelles il avait donné lieu. Au fond du liquide qui s’était éclairci depuis plusieurs jours, parce que la moisissure avait à son tour nui au déve¬ loppement des Infusoires, il y avait un dépôt sensible, blanc- jaunâtre, formé uniquement de cadavres de petits Bacte- riums et de petits Vibrions. Tous, sans exception, étaient sans mouvement autre que le mouvement brownien. Quant à la Mucédinée, son mycélium avait poussé des tubes verticaux, translucides, incolores, non ramifiés, por¬ tant à leur extrémité de petites boules colorées en brun foncé dans les individus les plus âgés. Ces sporanges s’écra¬ sent facilement sous la lame de verre, en laissant voir des spores dans leur intérieur. On reconnaît alors très-nette¬ ment que ces sporanges ont une enveloppe membraneuse, car celle-ci se déchire par la pression. Si alors on fait arri¬ ver une goutte d’eau sous la lame de verre, instantanément la petite sphère se vide, et il en sort par courants rapides des amas de spores ovoïdes, d’une translucidité parfaite et d’une grande netteté de contours. Leur diamètre varie de 0,006 à 0,008 de millimètre. Ce sont tous les caractères de l’espèce la plus commune du genre Ascophovci. Mais en outre, à côté de cette Mucédinée, j’en ai rencontré une très- différente appartenant au genre Pénicillium , représentée jig. 18; et dans l’intérieur même du petit tube à pous¬ sières, mêlée aux fibres du coton, se trouvait une Torula en grosses cellules de 0,02 â o,oJ de millimètre de dia¬ mètre, jointe â des articles beaucoup plus longs provenant d’un développement de ces cellules généralement très-gra¬ nuleuses. Elle est représentée Jig. 19. ( 'm ) Je pourrais multiplier beaucoup les exemples de produc¬ tions nées dans l’eau de levure sucrée par le fait de l’ense- mencement des poussières de l’air, au sein d’une atmo¬ sphère d’air chauffé préalablement et par elle-même tout à fait inactive. J’ai choisi de préférence pour les décrire les essais qui m’avaient montré des productions orga¬ nisées très-communes, et qui apparaissent fréquemment sur les liquides de la nature de ceux que j’employais. Mais les Mucorées, les Torulacées, les Mucédinées les plus di¬ verses, prennent naissance. Quant aux Infusoires, ce sont toujours, pour ce genre de liquides, de petits Bacteriums , les plus petites Monades ou les plus petits des \ ibrions. Or toutes ces productions sont précisément de la nature de celles que l’on voit apparaître dans la liqueur dont il s’agit, lorsqu’elle est librement exposée au contact de l’air ordinaire. En ce qui concerne les Infusoires, je puis affir¬ mer que jamais dans aucune circonstance je n’ai vu l’eau de levure sucrée donner naissance à des Infusoires autres que les Bacteriums et les plus petits des Vibrions. L’Infusoire le plus gros que j’aie rencontré est le Monas lens de omm,oo4 de diamètre, et encore je ne l’ai vu que fort rarement, soit a l’air libre, soit dans les ballons fermés. Quant aux végé¬ taux, ce sont des Mucors, des Mucédinées ordinaires ou des Torulacées (i). (i) Je dois dire ici, une fois pour toutes, que j’appelle Mucors les produc¬ tions organisées végétales qui se développent de préférence à la surface des liquides, et qui offrent un aspect plus ou moins gras ou gélatineux, eu pel¬ licules, minces ou épaisses, humides ou sèches, et quelquefois chagrinées ; Mucédinées , les moisissures proprement dites dont le mycélium est formé de tubes diversement ramifiés, et qui offrent à la surface du liquide des or¬ ganes de fructification ordinairement colorés sous la forme de poussières, et quelquefois de tubes visibles à l’œil nu, terminés par des sporanges comme dans les moisissures les plus vulgaires; et enfin Torulacées les petites plantes cellulaires non tabulées, qui se montrent au fond du liquide où elles se multiplient par bourgeonnement, en affectant la forme de précipités, à la manière de la levure de bière. ( 48 ) On pourrait peut-être se demander si, dans les expé¬ riences qui précèdent, le coton, en tant que matière orga¬ nique, n’a pas eu quelque influence sur les résultats. Il est surtout utile de savoir ce qui arriverait si l’on répétait les manipulations sur des ballons préparés comme on Fa dit, et en éloignant les poussières de l’air. En d’autres termes, la manipulation à laquelle il faut recourir pour l’introduction des poussières n’a-t-elle par elle-même aucune influence? îl est indispensable de s’en assurer. Afin de répondre à ces questions, j’ai remplacé le coton par de l’amiante. Les bourres d’arniante, après une exposi¬ tion de quelques heures au courant d’air de l’aspirateur, fig. î, ont été introduites dans les ballons en suivant les indications qui précèdent, et elles ont donné des résultats tout à fait de même ordre que ceux que nous venons de rap¬ porter. Mais avec des bourres d’amiante préalablement calcinées et non chargées de poussière, ou chargées de pous¬ sière, mais chauffées ultérieurement, il ne s’est produit ni trouble, ni Infusoires, ni plantes d’aucune sorte. Les li¬ quides ont conservé une parfaite limpidité. J’ai répété un grand nombre de fois ces expériences comparatives, et j’ai toujours été surpris de leur netteté, de leur constance par¬ faite. Il semblerait, en effet, que des expériences de cette délicatesse devraient offrir quelquefois des résultats contra¬ dictoires amenés par des causes d’erreur accidentelles. Or il ne m’est pas arrivé une seule fois de voir réussir les expé¬ riences à blanc , comme je ri’ai jamais vu l’ensemencement des poussières ne pas fournir des productions organisées. En présence de tels résultats, confirmés et agrandis par ceux des chapitres suivants, je regarde, comme mathéma¬ tiquement démontré, que toutes les productions organisées, qui se forment à l’air ordinaire dans de l’eau sucrée albu¬ mineuse, préalablement portée à l’ébullition, ont pour origine les particules solides qui sont en suspension dans l’air. ( 49 ) Mais, d’autre part, nous avons vu au chapitre 11 que ces particules solides renferment, au milieu d’une foule de dé¬ bris amorphes : carbonate de chaux, silice, suie, brins de laine, etc., des corpuscules organisés qui ressemblent, «à s’y méprendre, aux petites graines des productions dont nous avons reconnu la formation dans cette liqueur. Ces cor¬ puscules sont donc les germes féconds de ces productions. Concluons, en outre, que si l’air chauffé mis en pré¬ sence d’une conserve d’Appert formée par de l’eau sucrée albumineuse, telle que du moût de raisin, ne s’altère pas, ainsi que l’a trouvé le premier le Dl Schwann, c’est que la chaleur a détruit les germes que cet air charriait. C’est ce que prévoyaient tous les adversaires de l’hétérogénie. Je n’ai fait qu’en donner des preuves solides et décisives, et obliger les esprits non prévenus de rejeter bien loin toute idée de l’existence dans l’air d’un principe plus ou moins mystérieux, gaz, fluide, ozone, etc., ayant la propriété de provoquer une organisation quelconque dans les infusions. Il y aurait ici à traiter une question bien intéressante, sur laquelle je reviendrai dans une publication spéciale, et qui ne manquera pas de surprendre le lecteur. Rien n’est plus propre que la liqueur étudiée dans les pages précé¬ dentes à donner naissance à la fermentation alcoolique. L’eau de levure sucrée est constituée à la manière du moût de raisin, du moût de bière, du jus de betterave, etc. , liquides qui , exposés au contact de l’air ordinaire, entrent facile¬ ment en fermentation. Or, dans un nombre considérable d’expériences disposées comme je l’ai dit précédemment, et oû j’ai semé des poussières de l’air dans de l’eau de levûre sucrée, il ne m’est jamais arrivé d’obtenir la fermentation du liquide sucré ( i) . C’est ici le lieu de faire remarquer qu’il n’y a lien de plus contraire à la vérité que cette assertion souvent repro- (i) Je montrerai ultérieurement que cette particularité tient au rapport qui existait dans mes expériences entre les volumes de Pair et du liquide. Ann. de Chim. et de Phjs., 3<: série, t. L X 1 V . (Janvier 1S62.) 4 ( 50 ) dui te par les partisans de la doctrine des générations spon¬ tanées, « que l'apparition des premiers organismes est tou¬ jours précédée par des phénomènes de fermentation ou de putréfaction, et que la formation des animalcules dans les macérations vient à la suite d’un dégagement de gaz divers dus à la décomposition des substances que l’on a employées, et que c’est après la manifestation de ces phénomènes qu’il se forme à la surface des liquides une pellicule particu¬ lière (i). » Aussi, lorsque l’on me parle de mouvement fer¬ mentescible, que je détermine dans mes liqueurs en y se¬ mant les poussières, mouvement fermentescible nécessaire pour T évolution des forces génésiques > je ne vois là que des mots vagues, auxquels l’expérience m’apprend à ne prêter aucun sens raisonnable. CHAPITRE V. EXTENSION DES RÉSULTATS QUI PRÉCÈDENT A DE NOUVEAUX LIQUIDES TRÈS-ALTÉRABLES. - URINE. - LAIT. - EAU SUCRÉE ALBUMINEUSE MELÉE DE CARBONATE DE CHAUX. § I. — Urine , O il sait avec quelle facilité Furine fraîche s’altère au contact de l’air atmosphérique. Le plus ordinairement elle perd son acidité, se trouble, répand une forte odeur ammo¬ niacale, et dépose des cristaux de diverses natures. Une étude microscopique attentive permet de reconnaître que le trouble de la liqueur, le dépôt qui se forme au fond du vase, la pellicule qui souvent recouvre peu à peu toute la surface du liquide, sont constitués par des productions or¬ ganisées (2). Voici les plus fréquentes : la pellicule de la surface du liquide est souvent une membrane mucorée, formée de granulations ou mieux d’articles d une extrême (1) Pouchet, Traité de la généra lion spontanée , i85y, p. 352 et 353. (2) Je laisse de côté, bien entendu, les dépôts muqueux, amorphes, qui prennent naissance dans l’urine par son refroidissement. ( 5« ) ténuité; on dirait des amas de Bacterium termo sans mou¬ vement. Cela paraît d’autant plus probable que, dans cette meme pellicule, fourmille cet Infusoire, outre de très-petites Monades se mouvant circulairement avec rapidité. Celte pellicule membraneuse tombe en tout ou en partie au fond du vase, dès qu elle devient assez lourde en quelques points, puis une nouvelle se reforme, laquelle tombe à son tour -, de là l’origine de certains dépôts de l’urine en voie d’alté¬ ration. D’autres fois il se développe à la surface de l’urine des îlots de Mucédinées, surtout le Pénicillium glaucum , qui ne s’y propage cependant que péniblement, sans y prendre sa couleur vert-bleuâtre bien franche. Enfin, lorsque la température ambiante ne s’élève pas à plus de i5°, l’urine se couvre assez fréquemment d’une pellicule continue, difficile à déchirer, et qui se reforme aussitôt sans solution de continuité, dès que l’on relire la baguette de verre avec laquelle on essaye de disjoindre ses parties. Lorsque cette pellicule prend naissance, il ar¬ rive assez souvent que l’urine reste acide et ne se trouble pas sensiblement. Cette pellicule est formée par une Mucorée remarquable, fort analogue à la Torulacée, Jîg. i5, PI. II , mais que je crois néanmoins différente spécifiquement. Elle est repré¬ sentée Jîg. 20. Ce sont des cellules translucides où le noyau est rarement apparent, se multipliant par bourgeonnement. Le diamètre des cellules varie de omm,oo45 à omm,oo65, sensiblement plus petit que celui des globules de levure de bière. Quant au dépôt qui prend naissance au fond et sur les parois d’un vase d’urine exposée à l’air, il renferme, outre les productions tombées de la surface, des cristaux de na¬ ture variable. Mais ce que je veux surtout faire remarquer, c’est l’existence d’une Torulacée en chapelets de très-petits grains, Jîg. 21, toutes les fois que la liqueur est devenue 4- ( 5. ) ammoniacale par la transformation de l’urée. Je suis très- porté à croire que cette production constitue un ferment organisé, et qu’il n’y a jamais transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaque, sans la présence et le développe¬ ment de ce petit végétal. Cependant mes expériences sur ce point n’étant pas encore achevées, je dois mettre quelque réserve dans mon opinion. Ce que puis affirmer dans tous les cas, c’est l’inexactitude d’un fait qui a été souvent cité dans les discussions auxquelles ont donné lieu les théories relatives à l’origine des fermentations. Ce fait bien connu consisterait dans la décomposi tion cle l’urée, sous l’influence de la fermentation alcoolique du sucre. Toutes les fois que j’ai vu l’expérience réussir, la levure de bière s’est trouvée mêlée à la Torulacée en chapelets dont je viens de parler, et lorsque la levure de bière restait homogène, sans mélange d’aucune autre production particulière , l’urée n’avait éprouvé aucune altération. Le fait qui précède, mieux étu¬ dié, concorde donc avec les idées nouvelles que j’ai émises dans ces dernières années au sujet de l’origine des fermen¬ tations proprement dites. Nous venons de reconnaître les productions les plus or¬ dinaires de Furine exposée au contact de l’air, et qui s’v montrent simultanément ou séparément. Étudions main- -JL tenant ce qui se passe lorsque l’urine est soumise à l’action de l’air qui a été chauffé. Pour cela, reprenons l’appareil de la fi 'g. 10, PL î. De burine fraîche filtrée est mise à bouillir pendant deux à trois minutes dans le ballon, communiquant avec le tube de platine chauffé au rouge. On cesse alors l’ébullition, de manière que le ballon, refroidi, soit rempli d’air calciné sous la pression et à la température ordinaire; puis on le ferme à la lampe, h la naissance de la partie effilée de son col. On porte alors le ballon , tel qu’il est représenté fig. ii, à l’étuve, à la température de 25 à 3o°, tempéra¬ ture si favorable «à la putréfaction de l’urine. Il peut y sé- ( 53 ) j ourner indéfi ti imeni, sans éprouver cl autre altération qu’une oxydation lente de la matière albumineuse de l urine; du moins burine se fonce un peu en couleur- avec le temps, et b analyse de l’air du ballon accuse une perte d’oxygène et un gain d’acide carbonique. Le 14 avril 1860, j’ai analysé l’air d’un ballon préparé comme je viens de le dire, et qui était à l’étuve depuis le 18 février de la meme année. L’air renfermait alors : Azote par différence . 76, 8 Oxygène . 1 çq , 3 Acide carbonique . 3,q 100,0 Mais la limpidité de burine reste parfaite, même après dix-huit mois, et il n’y apparaît pas la plus petite produc¬ tion animale ou végétale; elle conserve également son aci¬ dité et son odeur premières. L’urine, qui a été portée à la température de l’ébullition, n’éprouve donc aucune putréfaction ou fermentation en présence de l’air chauffé (1). Voyons maintenant ce qui arrive à ce liquide, lorsque toutes les conditions précédentes sont remplies, et que bon (1) Mais il ne sera pas inutile de faire remarquer encore ici que celle ex¬ périence, effectuée avec l’aide de la cuve à mercure, donne des résultats po¬ sitifs, sans que Ton introduise en apparence rien qui puisse contenir des germes. Que Von prenne, par exemple, le ballon de la jig. 1 1 , et que l’on brise sa pointe au fond de la cuve à mercure, puis que Ton fasse sortir du gaz afin que le mercure puisse rentrer ensuite dans le ballon ; il arrivera au moins neuf fois sur dix, sinon toujours, que des moisissures ou de petits Infusoires apparaîtront dans la liqueur. C’est le mercure qui en apporte les germes. Je ne rapporterai qu’une expérience de ce genre. Le ballon dont il est question dans le texte a été reporté à l’étuve le 1 \ avril, après qu’on eut prélevé sur la cuve à mercure le volume d’air néces- saijeà l’analyse. Ce ballon était renversé dans un verre à pied sur le mer¬ cure. Or, voici ce qui se passa : le 16 avril, il y avait au fond de l’urine, à la surface de séparation de l’urine et du mercure, douze petites touffes de mycélium. Le liquide avait conservé une limpidité parfaite, preuve de l’ab¬ sence absolue des Infusoires. Le ji avril, plusieurs des petites touffes réu- ( 54 ) y dépose les poussières qui existent en suspension dans l’air. Le 16 mars 1860, j’introduis dans un ballon contenant de l’urine et de l’air chauffé, une petite bourre d’amiante qui avait été exposée pendan t quelques heures à un courant d’air ordinaire. L’in troduction des poussières fut pratiquée en suivant la méthode de la Jîg. 12, avec toutes les précautions déjà indiquées au précédent chapitre. Le 17 mars il n’y a ni trouble, ni moisissures, ni Toru- lacée. Pas de cristaux déposés. Le 18, pas de moisissure apparente, ni dans le tube, ni ailleurs, mais le liquide est trouble, comme cela arrive toutes les fois qu’il y a développement d’infusoires. Ainsi que je l’ai fait observer, c’est le mouvement meme de ces petits êtres qui est la cause du trouble de la liqueur. Dès qu’ils périssent par privation d’air, ils se rassemblent au fond du vase, comme ferait un précipité, et le liquide s’é¬ claircit. Le 19 mars, le trouble existe encore et a déjà formé un dépôt très-sensible au fond du ballon, dépôt blanc., un peu visqueux. nies par juxtaposition se sont tellement accrues, qu’elles ont atteint la sur¬ face de l’urine et que leurs tubes se ti'ouvent ainsi en contact avec l’air. Le liquide est toujours d’une parfaite limpidité. Dès le ai avril au soir, un îlot est constitué à la surface du liquide, avec sporanges visibles, de couleur verte et rappelant toutà fait le Pénicillium glaucum. Quelques jours après, la Mucédinée occupait plus de la moitié de la sur¬ face du liq uide. J’analyse alors de nouveau le gaz du ballon, 11 renfer¬ mait : Acide carbonique . . 19, 5 Azote par différence . 80 , 5 Oxygène . . . o.o 100, o Remarquons en passant que, d’après cette analyse, une Mucédinée épuise par sa végétation jusqu’aux plus petites quantités d’oxygène libre de l’air d’un ballon fermé. ( 55 ) Le 20 et le 21 mars, toujours même état. Le 21 au soir, beaucoup cle petits cristaux sont déposés à la surface du liquide et tapissent toutes les parois du bal¬ lon. Ce dépôt de cristaux annonce que le liquide doit être ammoniacal et qu’il s’est altéré suivant un des modes or¬ dinaires de putréfaction de l’urine, au contact de l’air ordinaire. Le 23 mars, j’ouvre le ballon sur le mercure. Il n’y a pas de pression qui annonce qu’il y ait eu dégagement de gaz. Le liquide est très-sensiblement alcalin au papier de tournesol rouge, cependant la réaction alcaline, aussi bien que l’action de l’acide chlorhydrique, indique qu’il ne s’est pas encore formé beaucoup de carbonate d’ammoniaque. L’examen au microscope accuse la formation de trois sortes de cristaux, d’une foule de petits Bacteriums dont plu¬ sieurs encore très-agiles, et des Monades très-petites qui se déplacent suivant des courbes. Il y avait en outre la Toru- lacée [fig. 21, PL 11) en petits grains réunis sous forme de courts chapelets. Le résultat de cet examen au microscope est représenté fi g. 22 5 on a seulement figuré à part les cris¬ taux et les productions organisées. Le diamètre des grains de la Torulacée en petits chape¬ lets était de omm,ooi5 environ. G est le ferment organisé que je regarde comme le ferment de l’urine, c’est-à-dire celui qui provoque la transformation de l’urée en carbonate d'ammoniaque, et qui, ultérieurement par le fait de l’alca¬ linité qui en résulte, amène le dépôt des urates alcalins et du phosphate ammoniaco-magnésien. L’urine, abandonnée à elle-même et qui reste acide, laisse bien déposer des cristaux, mais ce sont des cristaux d’acide urique. J’ai dessiné, fig. 23, des cristaux de cet acide, dé¬ posés dans de l’urine qui était restée acide pendant quinze jours, à la température de 110, et à la surface de laquelle n’avait pris naissance que la Mucoiée déjà représentée fig. 20. Je pourrais multiplier beaucoup les exemples cTalléra- tioii de F urine en présence de lair chauffé, sous l’influence des poussières qui existent dans l’air ordinaire, mais cela aurait peu d’utilité (i) : Bacteriums , Monades , Mucédi - nées, Torulacêes diverses, voilà toujours ce que l’on ob¬ serve. Cependant les Mueédinées sont en général moins fré¬ quentes que dans les expériences avec Peau sucrée albumi- mineuse. Ce qu’il faut surtout remarquer, c’est qu’il n y a pas plus de variété dans les productions qu’offre Purine exposée à Pair ordinaire, qu’il n’y en a dans celles de l’u¬ rine exposée à Pair chauffé, sous l’influence des poussières qui flottent dans Pair. La différence, si elle existe, est plu¬ tôt en faveur du second mode d’expérimentation. Notre conclusion sera donc que toutes les fois que Pu¬ rine s’altère au contact de Pair ordinaire, c’est par le fait des poussières solides que Pair charrie et qui tombent dans le liquide. Nous pouvons déjà remarquer par les détails des expé- riences que j'ai rapportées jusqu’ici, combien est fréquente la formation des plus petits des Infusoires et surtout du Bactenum termo , qui se montre dans toutes sortes d’infu¬ sions et qui apparaît presque toujours avant les autres In- (i) Je citerai cependant encore une expérience choisie parmi celles qui ont donne en premier lieu des Mueédinées, avant toute formation d’infu¬ soires. Le 2 mai s86o, je dépose dans un ballon, conservé à l’aide de ta méthode indiquée fig . 12, une très-petite portion de bourre de coton chargée de poussières de l’air. Le 4 mai, à huit heures du matin, une touffe de mycélium en tubes très- lâches flotte dans le liquide, qui a conservé toute sa limpidité. Le même jour, à sept heures du soir, apparaissent en outre trois traînées d’un blanc opaque, sur les parois du fond du ballon. Le 5 mai, le développement des productions de la veille continue. Le liquide est toujours d’une parfaite limpidité. Même état le (3 et le 7 mai. 13u 7 au 8, le liquide se trouble uniformément par l’apparition de petits Bacteriums, et les moisissures restent stationnaires à partir de ce moment par privation d’oxygène. Le 9 et les jours suivants, des cristaux commen¬ cent à se déposer sur les parois du ballon. fusoircs. Cet Infusoire est si petit, qu’on ne saurait distin¬ guer son germe et encore moins assigner la présence de ce germe, s’il était connu, parmi les corpuscules organisés des poussières en suspension dans l’air. Mais comment n’exis¬ terait-il pas dans l’air, lui qui est partout à profusion? Je n’en \eux d’autres preuves que celles que I on peut déduire de l'examen microscopique d’une foule de substances en pu¬ tréfaction. Que l’on se rappelle également les observations de Leewenhoeck sur les Infusoires de la matière blanche qui s’amasse entre les dents, et qui ne fait défaut dans la bouche de personne, quel que soit le soin que l’on prenne à tenir scs dents dans un état de propreté aussi parfait que possible. Les Bacteriurns fourmillent dans la plus petite parcelle de cette matière. On les retrouve en grande quan¬ tité dans le canal intestinal et les matières des excré¬ ments (1). (i) M. Pouchet a souvent rappelé, sous forme d’objection aux idées que je défends dans ce Mémoire, que dans les vaisseaux clos, ce sont toujours les plus petits Infusoires qui prennent naissance. Cela est vrai, et celte remar¬ que mériterait un examen sérieux, s’il était prouvé qu’une môme liqueur donne au contact de Pair ordinaire de gros Infusoires, tandis qu’elle en fournit seulement de très-petits dans un ballon, en présence de Pair chauffé. Mais cela n’est pas. Et si M. Pouchet connaît une liqueur qui, après avoir subi la température de, l’ébullition à i oo degrés, donne naissance , après deux ou trois jours seulement, h de gros Infusoires, lorsqu’elle est ex¬ posée à l’air libre, j’affirme que je pourrai y faire naître ces mômes gros Infusoires, en opérant dans des ballons, au contact de l’air chauffé, et par l’influence seule des poussières qui sont en suspension dans Pair. Si, au con¬ traire, cette liqueur ne donne de gros Infusoires qu’après un temps assez long, et après qu’il y aura eu succession dans la liqueur de plusieurs géné¬ rations des petits Infusoires, la difficulté de taire naître les gros dans un volume limité d’air, tiendra simplement à ce que Pair altéré par le dévelop¬ pement des premiers et üès-petits Infusoires, et ayant perdu tout son oxy¬ gène, l’éclosion des germes des gros infusoires ne pourra plus avoir lieu. Mais la dilficulté pourra être levee facilement, dans ce cas, si l’on s’arrange de manière à renouveler Pair chauffé dans le ballon. En opérant comme je l’ai dit, je n’ai pas vu naître de gros Infusoires dans 1 eau sucrée albumineuse, ou dans l’urine, préalablement portées à l’ébulli- tion. Je n'ai vu ni Kolpodes, ni Voi licelles, ni Paramécies,... Mais je n’ai § II. - — Lai/ . — - Eau sucrée albumineuse avec carbonate de chaux. I/étude du lait et de quelques autres liquides va nous offrir des résultats qui paraîtront au premier abord singu¬ lièrement embarrassants. Lorsqu’il s’est agi dans les cha¬ pitres précédents de l’eau de levûre sucrée et de l’urine, nous avons reconnu que ces liquides, portés à la tempéra¬ ture de l’ébullition à ioo° pendant deux ou trois minutes, puis exposés au contact de l’air qui a subi la température rouge, n’éprouvent aucune altération. L’expérience, con¬ duite comme je l’ai décrite en se servant de l’appareil Jig 10, PL /, n’est jamais en défaut. Cela posé, si l’on répète cette même expérience sur le lait ordinaire, on peut être assuré que le lait se caillera et se putréfiera constamment. Le 10 avril 1860, je prépare un ballon de lait avec l’ap¬ pareil de la jig. 10. L’ébullition a duré deux minutes, de¬ puis le moment où la vapeur d’eau avait déjà assez échauffé la partie effilée du col pour que l’on ne puisse y tenir la main. Après le refroidissement du liquide, on ferme à la lampe le col du ballon comme à l’ordinaire, et on le porte dans une étuve à la température de ^5° à 3o°. Le ij avril, le lait de ce ballon est caillé. Aucune appa¬ rence de dégagement de gaz. Je détache le col par un trait de lime. Faible odeur de lait caillé. Le petit-lait est alcalin autant que le lait frais. Examiné au microscope, je le trouve rempli de Vibrions d’une même espèce, mais de longueurs très-variables. Ils ont un mouvement lent, flexueux 5 il 11’y pas davantage aperçu ces Infusoires dans ces mêmes liqueurs, lorsqu’elles étaient exposées au libre contact de Pair, et il est justeque Pon ne m’invite pas à faire apparaître dans mes expériences des Infusoires de nature plus diverse que celle que Pon observe dans les essais à Pair libre, toutes choses égales d'ailleurs. ( 59 ) a pas du tout de Bacterium terrrio, ni aucune autre produc¬ tion animale ou végétale. Il n’est donc pas douteux que le lait s’est caillé sous l’influence de la vie de ces Vibrions, peut-être par le fait de la production d’un liquide analogue à la présure. Une foule de ces Vibrions avaient jusqu’à o“ln, o5 ; les plus petits avaient omm, oo4 de longueur. Beau¬ coup étaient sans mouvements. L’analyse de l’air du ballon a donné : Oxygène . o,8 Acide carbonique . 17,2 Hydrogène . 0,2 Azote par différence . 81,8 100,0 Il résulte de cette analyse que l’oxygène avait en grande partie disparu, et avait été remplacé par de l’acide carbo¬ nique, sans nul doute sous l’influence de la respiration des Vibrions. Le fait de l’existence des Vibrions encore vivants à l’ouverture du ballon, bien qu’il n’y eût pas ^ d’oxygène, montre que la vie de ces petits êtres se poursuit tant qu’il y a de l’oxygène, et lors même que la proportion d’acide carbonique est considérable. Nous avons déjà constaté un fait de même ordre pour les Mucédinées à la page 54* Bien que le lait de ce ballon ait mis sept jours à se cail¬ ler, du 10 au 17 avril, il ne faut pas en conclure que le phénomène ne s’est manifesté qu’après sept jours. Si l’on avait ouvert le ballon le 12, le i3 avril on aurait reconnu déjà la présence des Infusoires et un commencement très- faible de coagulation. La coagulation se manifeste en général de trois à dix jours, mais je l’ai vue dans un cas ne se déclarer qu’après un mois de séjour à l’étuve, du 11 mars au 16 avril. Cela indique seulement que les Infusoires se sont multipliés péni¬ blement et lentement. Les expériences dont nous venons de parler m ont ton- jours offert des résultats analogues. Le lait soumis à l’ébul¬ lition à ioo°, et abandonné au contact de l’air chauffé, se remplit après quelques jours de petits Infusoires, le plus souvent d’une variété de Vihrio lineola [fi g- 24, PI» IJ) et de Bacteriums, et, tout en conservant son alcalinité, il se caille. Je n’ai jamais vu se former dans le lait ainsi traité autre chose que des Vibrions et des Bacteriums , aucune Mucédi- née, aucune Torulacée, aucun ferment végétal. 11 n’y a pas de doute que cela tient à ce que les germes de ces dernières productions ne peuvent résister à ioo° au sein de l’eau, ce que j’ai d’ailleurs constaté par des expériences directes. Et de meme nous allons reconnaître que, si le lait se putréfie dans les circonstances précédentes, c’est que les germes des Infusoires dont nous venons de parler peuvent résister à la température humide de ioo°, lorsque le liquide où on les chauffe jouit de certaines propriétés. Pour ce qui est de la coagulation du lait, nous voyons par ces expériences que le lait abandonné au contact de l’air se caille sous deux influences très-différentes. Il peut se cailler par le fait du développement d Infusoires, phénomène qui rentre probablement dans les cas de coagulation du lait par la présure. Il y a lieu de rechercher si, par suite de la vie des Infusoires, il prend naissance un liquide analogue à celui des présures naturelles ou artificielles, qui peuvent, elles aussi, produire la coagulation sans acidité. Il y a d’autre part la coagulation du lait sous l’influence de l’acide lactique. Lorsque le lait frais, non bouilli, est abandonné au contact de l’air, la coagulation est due le plus souvent à cette seconde cause. Quant à l’acidité elle-même, elle est occasionnée par le développement de ferments végétaux, particulièrement le ferment lactique, qui transforment le sucre de lait eu acide lactique ou en d’autres acides, fer¬ ments qui ne peuvent prendre naissance lorsque le Sait a été ( fil ) bouilli, et qu’il est exposé à l’air chauffé, parce que les germes de ces ferments ne résistent pas à ioo°. J’ai dit que la putréfaction du lait qui a été chauffé à ioo°, et qui se trouve exposé à l’air calciné , était due à ce que, dans certains cas, les germes des Vibrions résistaicntà la tem¬ pérature de ioo°. Il est facile des’en convaincre. Reprenons, en effet, l’appareil de la fig . io, PI. /, et faisons bouillir le lait à une température un peu supérieure à ioo°, iio° au maximum, en adaptant à l’extrémité gauche du tube de platine le tube de verre de la fig. 10 bis , plongeant de 4° à 5o centimètres cubes dans le mercure de la longue cuvette que représente celte même figure. Détachons ce tube de verre lorsque l’ébullition du lait aura duré seulement une minute ou deux; puis fermons à la lampe le col du ballon comme nous l’avons toujours fait. Ces ballons ainsi prépa¬ rés pourront alors rester indéfiniment cà l’étuve, sans jamais donner lieu à la moindre production, moisissure ou Infu¬ soire quelconques. Le lait conserve sa saveur, son odeur et toutes ses qualités. 11 est surprenant que sa matière grasse ne s’oxyde pas plus rapidement en présence d’un volume d’air aussi considé¬ rable. Cette oxydation existe cependant, mais elle est très- faible. Voici l’analyse de l’air d’un ballon qui était resté quarante jours à l’étuve : Oxygène . 18,37 Acide carbonique . . 0,16 Azote par différence . 81 ,47 t 00 ,00 Sous l’influence de cette oxydation directe, la crème se grumelle un peu, et communique au lait une légère saveur de suif. Ainsi donc la putréfaction du lait, bouilli à ioo° et ex¬ posé à l’air chauffé, n’était qu’un accident provoqué par ce fait, que la température de l’ébullition n avait pas été assez élevée. Il suffit de la pratiquer à roo et quelques de¬ grés, et même de la prolonger à ioo°, pour que les résultats aient toute la netteté et toute la précision de ceux que nous avons déjà obtenus en opérant sur l’eau de levure sucrée et sur burine. Mais, dira-t-on, comment se fait-il que l’eau de levure sucrée et l’urine n’aient besoin de subir qu’une ébullition à ioo°, pour que jamais on n’y voie apparaître des Vibrions au contact de l’air cliauffé. Nous allons reconnaître que cela est du vraisemblablement à ce que ces liquides sont très-fai¬ blement acides, tandis que le lait est alcalin. En effet, j’ai reconnu que bon peut faire produire des Vibrions, à baide de beau de levure sucrée, au contact de l’air calciné. Il suffit de faire bouillir la liqueur à ioo° en présence d’un peu de carbonate de chaux, qui rend la liqueur neutre ou légère¬ ment alcaline. Le 21 mars 1860, je prépare six ballons à l’aide de l’ap¬ pareil fig. 10, chacun d’eux renferme : 10 grammes de sucre. 100 cent, cubes d’eau de ievûre de bière (o,5 de matière solide). 1 gramme de carbonate de chaux. Après les avoir remplis d’air calciné, je les ferme à la lampe d’émailleur, et je les dépose à l’étuve. Le 25 mars, le liquide de ces ballons est trouble, et tout annonce qu’ils renferment des Infusoires. Le trouble a com¬ mencé pour trois d’entre eux dès le 23 mars. J’ouvre un de ces ballons le 25 mars, et je trouve, en effet, le liquide rempli de très-petits Vibrions dont plusieurs se meuvent visiblement, quoique avec beaucoup de lenteur-, ils sont comme malades. Le 5 avril, les quatre ballons qui n’ont pas été ouverts montrent à leur surface un Mucor gé¬ latineux, épais, chagriné et de couleur rougeâtre. Au mi¬ croscope, ce Mucor est constitué par un amas de granula- ( 63 ) lions d une extrême ténuité. Au fond du liquide se trouve un dépôt de cadavres de petits Vibrions. Je pense que ce Mucor est une espèce cryplogamique végétale indépendante de la production des Vibrions, et que, conséquemment, le germe de ce Mucor particulier, aussi bien que le germe des Vibrions, a résisté, dans ces conditions particulières, à la température de ioo° pendant deux à trois minutes. Si maintenant nous répétons ces mêmes essais en faisant bouillir le liquide à io5° seulement, comme nous l’avons fait tout à l’heure pour le lait, dans aucun cas on ne verra se former le moindre trouble, ni Mucorée quelconque. Dès lors, il n’est pas douteux que si le lait s’altère en présence de l’air calciné, lorsqu’il n’a subi qu’une ébullition à ioo°, c’est qu’il est légèrement alcalin, puisqu’il suffit d’ajouter un peu de craie à l’eau de levure sucrée pour lui commu¬ niquer les mêmes propriétés, propriétés qu elle n’a jamais si elle est mise à bouillir sans addition de craie. Mais poursuivons ces études, et voyons ce qui arrive en présence de l’air calciné, lorsque l’on sème les poussières de l’air dans du lait conservé intact par une ébullition à ioo et quelques degrés. Le y avril i 860 je fais passer dans un ballon, dont le lait, bouilli à 1080, est resté sans altération depuis deux mois, une portion d’une petite bourre d’amiante chargée des poussières en suspension dans l’air. Le 9 et le 10 avril, le lait paraît intact. Mais déjà le ïo avril au soir, la couche crémeuse de la surface empri¬ sonne des bulles de gaz. J’agite pour les faire disparaître; deux heures après, de nouvelles bulles sont déjà reformées. Le 11, la fermentation continue à se manifester par des bull es de gaz; mais le lait n’est pas caillé. Le 1 2, même état que la veille. Le 1 5 avril, le lait, sans être caillé, paraît éclairci. J’ouvre le ballon sur la cuve à mercure, afin d’en étudier le contenu. Une quantité notable de gaz sort avec force du ballon ; il est ( 64 ) donc certain qu’il y a eu fermentation. Cependant le liquide n’est pas acide 5 il a même encore au papier de tournesol rouge un soupçon d’alcalinité. Son odeur est faible, quoique sensible et toute particulière; c’est l’odeur du lait aigre, ou plus exactement l’odeur des petits enfants à la mamelle lorsqu’ils sont mal soignés, La saveur du lait est douce en premier lieu, puis elle fait bientôt place à une autre saveur très-désagréable qui a quelque chose d amer et de poivré. Exposé pendant quelques instants au bain-marie, le lait se caille aussitôt en donnant un petit-lait tout opaque. Au mi¬ croscope, on voit mêlés aux globules de beurre une foule de petits articles souvent étranglés au milieu : c’est la va¬ riété allongée du Bacterium termo , qui était mêlée, en outre, au Vibrio lineola de petite dimension. Tous sont sans mouvement. On voit d’autre part une foule d’articles d’un diamètre presque double, caractérisés par une espèce de tête sphérique à une extrémité. Leur nombre est au moins égal à celui des Bacteriums et des Vibrions. Comme eux, ils sont sans mouvements apparents. Voici l’analyse du gaz : Oxygène . 2,3 Acide carbonique . 28,6 Hydrogène . 11,0 . Azote par différence . 58, 1 100,0 J’ai répété cette expérience à diverses reprises sur le lait ou sur l’eau de levure sucrée mêlée de carbonate de chaux ; elle a toujours donné des résultats analogues, c’est-à-dire qu’il ne m’est jamais arrivé de semer les poussières de l’air dans des liqueurs conservées intactes par le moyen que j’ai indiqué, sans voir apparaître au bout de très-peu de jours, soit des Mucors ou Mucédinées diverses, soit des In¬ fusoires. Il résulte de là que si le lait bouilli à 100 et quel¬ ques degrés ne s’altère ni ne se caille au contact de l’air chauffé, ce n’est pas qu’il en ait perdu la propriété, puis¬ qu’il suffit d’y déposer des poussières recueillies dans l’air ordinaire, pour le voir donner lieu à des productions or¬ ganisées de meme ordre que celles que le lait frais montre, au bout de quelques jours, quand on l’expose à l’air ordi¬ naire. Conséquemment, s’il se putréfie, et présente des Infusoires au contact de l’air chauffé, lorsqu’il n’a été bouilli qu’à ioo°, c’est évidemment que les germes de ces Infusoires résistent à la température de ioo° pendant quel¬ ques minutes. L’expérience suivante achèvera d’en donner une preuve directe. Un ballon de lait est conservé intact depuis deux mois en présence de l’air calciné. J y dépose des poussières de l’air en suivant la méthode indiquée fi g. 12, PL /, et décrite au chapitre IV. Je réferme immédiatement le ballon à la lampe, et je le porte tout entier dans une marmite pleine d’eau en ébullition vive. Je l’y ai laissé cinq minutes, et je l’ai retiré alors pour le porter à l’étuve : c’était le 24 juil¬ let 1860. Le 3o juillet, il commence visiblement à se cailler; le 3 1, il l’est complètement. Je l’ouvre alors pour étudier le liquide au microscope; j’y découvre une foule de Bacte- riums et de Vibrions très-agiles. Au papier de tournesol rouge, le petit-lait a conservé toute son alcalinité première. J’aurais bien désiré rechercher quelle est la véritable origine des germes des Vibrions qui apparaissent dans le lait bouilli à ioo°, puis exposé à l’air calciné. Ces germes existent-ils dans le lait naturel? Cela n’est pas impossible. Cependant je suis plus porté à croire qu’ils appartiennent simplement aux poussières qui tombent dans le lait pendant et après la traite, ou qui se trouvent toujours dans les vases employés pour recueillir le lait. J’ai rencontré des difficul¬ tés que je n’ai pas encore levées, pour introduire dans mes ballons, en présence de l’air chauffé, du lait naturel, n’ayant eu aucun contact avec l’air ordinaire. J’ai pu réaliser con¬ venablement l’expérience avec l’urine, et j'ai vu que cette Ann. de CJiim. et de Phys ., ?,e série, t. LXIV. (Janvier sS62.) 5 liqueur restait tout à fait sans altération au contact de l’air calciné, bien qu’elle n’eût subi aucune élévation de tempé¬ rature. Néanmoins, ce sont des expériences que je me pro¬ pose de reprendre et de suivre avec des soins particuliers. Tout le monde en comprendra l’importance. CHAPITRE VI. ■» ALTRE MÉTHODE TRÈS-SIMPLE POUR DÉMONTRER QUE TOUTES LES PRODUCTIONS ORGANISÉES DES INFUSIONS (prÉALA- LABLEMENT CHAUFFÉES) ONT POUR ORIGINE LES COR¬ PUSCULES QUI EXISTENT EN SUSPENSION DANS l’AIR ATMO¬ SPHÉRIQUE. Je crois avoir établi rigoureusement dans les chapitres précédents que toutes les productions organisées des infu¬ sions, préalablement chauffées, n’ont d’autre origine que les particules solides que Pair charrie toujours et qu’il laisse constamment déposer sur tous les objets. S’il pouvait rester encore le moindre doute à cet égard dans l’esprit du lec¬ teur, il serait levé par les expériences dont je vais parler. Je place dans un ballon de verre une des liqueurs sui¬ vantes, toutes fort altérables au contact de l’air ordinaire, eau de levûre de bière, eau de levure de bière sucrée, urine, jus de betteraves, eau de poivre; puis j’étire à la lampe le col du ballon de manière à lui donner diverses courbures, comme l'indiquent les fi g. z5, PL î. Je porte ensuite le liquide à l’ébullition pendant quelques minutes jusqu’à ce que la vapeur d’eau sorte abondamment par l’extrémité du col effilé restée ouverte, sans autre précaution. Je laisse alors refroidir le ballon. Chose singulière, bien faite pour étonner toute personne habituée à la délicatesse des expériences relatives aux générations dites spontanées, le liquide de ce ballon restera indéfiniment sans altération. On peut le ma¬ nier sans aucune crainte, le transporter d’un lieu à un autre, lui laisser subir toutes les variations de température ( 1 * * * * 67 ) des saisons, et son liquide n’éprouve pas la plus légère altération et conserve son odeur et sa saveur; c’est une con¬ serve d’Appert excellente. 11 n’y aura d’autre changement dans sa nature que celle que peut apporter,* dans certains cas, une oxydation directe, purement chimique, de la ma¬ tière. Mais nous avons vu par les analyses que j’ai fait con¬ naître dans ce Mémoire, combien celte action de l’oxygène était bornée, toutes les fois quil 11 y avait pas de produc¬ tions organisées développées dans les liqueurs (i). Il semble que l’air ordinaire, rentrant avec force dans les premiers moments, doit arriver tout brut dans le ballon. Cela est vrai, mais il rencontre un liquide encore voisin de la température de l’ébullition. La rentrée de l’air se fait ensuite avec plus de lenteur, et lorsque le liquide est assez refroidi pour ne plus pouvoir enlever aux germes leur vi¬ talité, la rentrée de l’air est assez ralentie pour qu’il aban¬ donne dans les courbures humides du col toutes les pous¬ sières capables d’agir sur les infusions et d’y déterminer des productions organisées. Du moins, je ne vois pas d’autre explication possible à ces curieuses expériences. Que si, après un ou plusieurs mois de séjour à l’étuve, on détache le col du ballon par un trait de lime, sans- toucher autrement au ballon (fg- 26, PI. J), et après vingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures, les moisissures et les In¬ fusoires commenceront à se montrer absolument comme à (1) Je montrerai, dans des travaux ultérieurs, l’importance de cette der¬ nière remarque. Je ferai voir que beaucoup d’êtres inférieurs ont la propriété de transporter l’oxygène de l’air, en quantité considérable, sur les matières organiques complexes, et que e’est un des moyens dont se sert la nature pour transformer en eau, acide carbonique, oxyde de carbone, azote, acide nitrique, ammoniaque, les éléments des substances organiques, élaborées sous l’influence de la vie. On peut, par exemple, à l’aide des Mycodermes réduire en eau et en acide carbonique des masses énormes d’alcool ou d’acide acétique; et par le déve¬ loppement, relativement faible, d’une Mucédinée quelconque, brûler un poids très-élevé de sucre, d’acide tartrique, d’acide citrique, de matière albuminoïde. . . . 5, ( 68 ) l'ordinaire, ou comme si l’on avait semé dans ie ballon les poussières de l’air, suivant la méthode de la fis- I2- Les memes expériences peuvent se répéter sur le lait, pourvu qu'on ait la précaution de produire 1 ébullition sous pression à la température de ioo et quelques degrés, à l’aide de l’appareil [fig- io et fig. 10 bis , PL /), et de laisser le ballon se refroidir pendant qu’il y rentre de l’air calciné. On peut alors abandonner à lui-même 1e ballon ouvert. Le lait se conserve sans altération* J’ai pu laisser plusieurs mois-à l’étuve de 25 à 3o°, du lait préparé de cette manière, sans qu’il s’altère. On constate seulement un léger épaissis¬ sement de la crème dû à une oxydation chimique directe. Je ne connais rien de plus probant que ces expériences si faciles à répéter et que l’on peut varier de mille façons. Je croyais à l’origine qu’il était indispensable, soit de faire rentrer de l’air calciné, une première fois, pendant le refroidissement du liquide du ballon, soit de maintenir le ballon constamment à la même température afin que l’air extérieur ordinaire ne pût en quelque sorte rentrer dans le ballon que par diffusion lente ; mais j’ai reconnu ensuite que toutes ces précautions étaient exagérées. Dans les chan¬ gements de température, le mouvement de l’air ne se fait sentir que dans le col avec quelque intensité, et c’est là seulement qu’il peut y avoir dépôt des germes que l’air transporte. On n’arrive à provoquer des productions orga¬ nisées dans le liquide que par une très-brusque agitation du liquide. Un autre moyen qui réussit le plus souvent pour déterminer l’apparition des productions, consiste à fermer l’extrémité effilée du ballon aussitôt après ou mieux pen¬ dant 1 ébullition. Le vide se faitensuite par la condensation de la vapeur d eau. Alors on débouche l’extrémité fermée du col recourbé, l’air extérieur rentre avec force, empor¬ tant avec lui toutes ses poussières jusqu’au contact du liquide. Dans ce cas une altération du liquide se manifeste le plus souvent au bout de quelques jours. ( 69 ) Je dois ajouter que j’ai en ce moment dans mon labora¬ toire plusieurs liqueurs très-altérables conservées depuis dix-huit mois dans des vases ouverts à cols recourbés et in- cli nés, notamment plusieurs de ceux qui ont été déposés sur le bureau de l’Académie des Sciences, dans sa séance du 6 février 1860, lorsque j’ai eu l’honneur de lui faire con¬ naître ces nouveaux résultats. Le grand intérêt de cette méthode, c’est qu’elle achève de prouver sans réplique que l’origine de la vie dans les in¬ fusions qui ont été portées à l’ébullition, est uniquement due aux particules solides en suspension dans l’air. Gaz, fluides divers, électricité, magnétisme, ozone, choses con¬ nues ou choses occultes, il n’y a absolument rien dans l’air atmosphérique ordinaire qui, en dehors de ses particules solides, soit la condition de la putréfaction ou de la fermen¬ tation des liquides que nous avons étudiés. Le Dr Schwann, et ceux qui ont répété ou modifié ses expériences, ainsi que je l’ai déjà dit, avaient établi que ce n’est pas l’oxygène, ou du moins l’oxygène seul, qui est la condition de la vie dans les infusions, mais quelque chose, un principe inconnu, que la chaleur détruit (Schwann), que le coton détruit (Sclirœder et Duscli), que détruisent les réactifs chimiques énergiques (Schultze). Là s’arrêtait l’expérience. Ces incertitudes et ces hésitations, dont nous trouvons la trace dans le Mémoire de M. Schwann, et sur¬ tout dans les travaux de M. Sclirœder, autorisaient, soit 1 hypothèse des germes disséminés, soit l’hypothèse de l’exis¬ tence dans l’air d’un principe chimique ou physique, con¬ clusion à laquelle M. Sclirœder s’était arrêté. Dans des recherches de cette nature, où l’esprit est do¬ miné à son insu par le mystère impénétrable de l’origine de la vie à la surface du globe, je ne crois pas qu’il puisse y avoir d’hypothèses, si étranges soient-elles, qui ne trou¬ vent crédit. On ne peut parvenir à les éloigner que par des faits bien étudiés et rigoureusement démontrés. 11 faut in- ( 7° ) stituer, comme le dit avec autant de justesse que d’autorité, la Commission du prix proposé par l'Académie, « instituer des expériences précises, rigoureuses, également étudiées dans Loutes leurs circonstances, et telles en un mot qu’il puisse en être déduit quelque résultat dégagé de toute con¬ fusion née des expériences mêmes. » Je me suis efforcé de donner ce caractère à mes expé¬ riences. Si je ne me trompe, celles que j’ai fait connaître dans les chapitres précédents prouvent réellement ce qu’elles ont la prétention de prouver et qui se résume dans cette double proposition : i° Il y a constamment dans l’air des corpuscules organi¬ sés qu’on ne peut distinguer des véritables germes des or¬ ganismes des infusions -, 2° Lorsqu’on sème les corpuscules et les débris amorphes qui leur sont associés, dans des liqueurs qui ont été soumises à l’ébullition et qui resteraient intactes dans l’air préala- blement chauffé si Ton n’y pratiquait pas cet ensemence¬ ment, on voit apparaître dans ces liqueurs exactement les mêmes êtres qu’elles développent à l’air libre (i). Gela posé, un partisan des générations spontanées veut-il continuer à soutenir ses principes, même en présence de cette double proposition ? Il le peut encore 5 mais alors son raisonnement sera forcément celui-ci, et j’en laisse juge le lecteur : (1) Le lecteur remarquera îe soin que je mets à indiquer toujours qu’il s’agit dans mes expériences d’infusions qui ont été portées à l’ébullition. J’espère pouvoir rechercher bientôt les effets de l’air calciné sur les liquides bruts de l’économie animale, tels que le sang, le lait, l’urine, ou sur les jus bruts des végétaux. On sait que la plupart des substances solubles ou inso¬ lubles qu’élaborent les animaux et les végétaux, possèdent certaines pro¬ priétés spéciales, qu’elles perdent sous l’influence d’une température plus ou moins élevée. Ces matières, au nombre desquelles se trouvent les produits du genre delà pepsine, de la diastase. . ., n’interviennent-ellcs pas dans le développement ou dans les modifications morphologiques des êtres infé¬ rieurs? C’est une question qu’il me paraît utile d’examiner et que j’abor¬ derai prochainement. ( 71 ) a 11 y a dans l’air, dira-t-il, des particules solides, telles que carbonate de chaux, silice, suie, brins de laine, de co¬ ton, fécule, et à côté des corpuscules organisés d’une parfaite ressemblance avec les spores des Mucédinées ou avec les œufs de Infusoires. Eli bien, je préfère placer l’ori¬ gine des Mucédinées et des Infusoires dans les premiers corpuscules amorphes plutôt que dans les seconds. » A mon avis, l’inconséquence d’un pareil raisonnement ressort d’elle-même. Tout le progrès de mes recherches consiste à y avoir acculé les partisans de la doctrine de l’hétérogénie. CHAPITRE VII. IL n’est pas exact que la plus petite quantité d’air ORDINAIRE SUFFISE POUR FAIRE NAITRE DANS UNE INFUSION LES PRODUCTIONS ORGANISÉES PROPRES A CETTE INFUSION. - EXPÉRIENCES SUR l’AIR DE LOCALITÉS DIVERSES. - INCONVÉNIENTS DE l’eMPLOI DE LA CUVE A MERCURE DANS LES EXPÉlftENCES RELATIVES AUX GÉNÉRATIONS DITES SPONTANÉES. J’ai déjà indiqué dans la partie historique de ce Mémoire l’influence qu’avait eue, dans le sujet qui nous occupe, un travail célèbre de Gay-Lussac relatif à l’air des conserves d’ Appert, et à l’interprétation que l’illustre physicien avait déduite de ses expériences. Voici ses propres exprès-, sions : « On peut se convaincre, en analysant l’air des bou¬ teilles daq,s lesquelles les substances ont été bien conser¬ vées, qu’il ne contient plus d'oxygène, et que l'absence de ce gaz est par conséquent une condition nécessaire pour la conservation des substances animales et végétales. » Que l’air des conserves étudiées par Gay-Lussac fût privé d’oxygène^ il n’y a pas à en douter. Personne n’ose¬ rait suspecter l’exactitude d’une analyse d’air faite par Gay- ( 72 ) Lussac. Cependant il n’est pas douteux aujourd’hui, bien que personne, à ma connaissance, n’ait repris avec suite ces expériences de Gay-Lussac,. que les conserves d’ Appert peuvent renfermer de l’oxygène, surtout lorsqu’elles sont de nouvelle préparation. Il résulte des analyses d’air que j’ai rapportées pages 36, 53, 61, que l’oxygène de l’air rendu inactif par la chaleur, selon la méthode de Schwann, se combine directement avec les matières organiques, et en dégage de l’acide carbonique, mais c’est une action très- lente. Néanmoins le fait d’oxydation directe existe, il n’y a pas à le nier. Cette oxydation peut être plus sensible dans les conserves d’Appert au moment où on les prépare, à cause de l’élévation de la température. Dans tous les cas, si la préparation y laisse de l’oxygène, ce gaz disparaîtra peu à peu par l’effet de cette oxydation directe dont je viens de parler. Il y a une circonstance qui doit contribuer beaucoup à rendre très-faible ou nulle la quantité d’oxygène restant dans les conserves d’Appert : c’est le rapport des volumes d’air et de matière organique. Elles contiennent toujours peu d’air et beaucoup de matière, circonstance très- favorable pour que le phénomène d’oxydation s’achève. Mais, je le répète, rien ne serait plus facile que de préparer des con¬ serves en y laissant de l’oxygène, et il y a lieu de croire que souvent elles en renferment. L’expérience de Schwann ne laisse aucun doute à cet égard. C’est pourquoi l’interprétation donnée par Gay-Lussac aux résultats de ses analyses, à savoir que V absence de V oxy¬ gène est une condition de la conservation , est tout à fait erronée. Toul le monde n’a pas su faire ce déport entre la vérité des faits observés par Gay-Lussac et l’erreur de son interprétation. Le Dr Schwann doit être regardé à juste titre comme l’auteur de la véritable théorie des procédés d’Ap¬ pert. Les conserves d’Appert continuent de se conserver en présence de l’air ehaifflé : voilà sa découverte. Le secret de leur conservation est dpnc dans la destruction par la ( 73 ) chaleur d’un principe que l’air ordinaire renferme, et non clans l’absence deloxygène (i). Mais il y a une extension des expériences de Gay-Lussac, à laquelle la découverte de Schwann n’avait porté aucune atteinte, qu’elle aurait servi plutôt à confirmer, extensiou que les adversaires de la doctrine des générations sponta¬ nées n’ont pas contestée, et sur laquelle les partisans de cette doctrine appuient à juste titre une de leurs principales objections. C’est à savoir que la plus petite quantité d'air commun, mise en contact d une infusion, y détermine en peu de temps la naissance des Mucédinées et des Infusoires habituellement propres à cette infusion. Cette manière de voir a toujours eu pour appui, au moins indirect, l'habitude prise et jugée indispensable par les observateurs d’éloigner avec des précautions infinies, dans leurs expériences, b accès de l’air ordinaire. Nous l’avons vu, tantôt ils recommandent de calciner l’air com¬ mun, tantôt ils le soumettent aux agents chimiques éner¬ giques; souvent ils placent préalablement toutes ses parties au contact de la vapeur d’eau à ioo° (expérience de Spal- lanzani); enfin ils opèrent d’autres fois avec de l air arti¬ ficiel, et, s’il arrive, dans une de ces conditions diverses, que l’expérience donne lieu à des productions organisées, (0 Rien que le fait de l’absence du gaz oxygène n’ait pas à intervenir dans l’explication du procédé, il ne faudrait pas en conclure que I on pourrait dans la pratique laisser sans danger beaucoup d’air dans les conserves. Car si la chaleur n’a pas détruit tous les germes d’infusoires et de Mucédinées apportés par l’air ou les matières, ces germes encore féconds pourront se développer s’il y a de l'oxygène, tandis que si ce gaz est absent, ils ne se dé¬ velopperont pas plus que s’ils avaient été réellement privés de vie. Mais je pense que ce qui est toujours à craindre et surtout dans les cas où il y a peu d’oxygène, ce sont les germes des ferments végétaux ou animaux, ferments qui n’ont pas besoin d’air pour vivre, et dont les germes doivent être nécessairement tués par la chaleur. Je suis persuadé que c'est là le dan¬ ger que le labricant doit leplus redouter, et jesuis porté à croire, par exem¬ ple, que les animalcules infusoires butyriques que j’ai fait connaître récem¬ ment, se développent dans certaines conserves mal préparées. ils n hésitent pas à affirmer que l’opérateur n’a pas su évi¬ ter complètement l’influence cachée d une petite portion d’air ordinaire, si petite soit-elle. Dès lors les partisans des générations spontanées s’em¬ pressent de faire remarquer avec raison que, si la plus mi¬ nime portion d’air ordinaire développe des organismes dans une infusion quelconque, il faut de toute nécessité, au cas où ces organismes ne sont pas spontanés, que, dans cette portion si petite d’air commun, il y ait les germes d’une multitude de productions diverses; et qu’enfîn, si les choses sont telles, l’air ordinaire, selon les expressions de M. Pouchet, doit être encombré de matière organique; elle y formerait un épais brouillard. Ce raisonnement est assurément fort sensé. Il le serait davantage encore s’il était bien établi que les espèces infé¬ rieures qui se montrent fort distinctes, le sont réellement, et proviennent par conséquent de germes différents. Cela est vraisemblable, mais cela n’est pas prouvé. Il y a donc là une difficulté sérieuse, en apparence très- fondée. Mais n’est-elle pas le fruit d’exagérations et de faits plus ou moins erronés? Est-il vrai, comme on l’ad¬ met, qu’il y a continuité de la cause des générations dites spontanées dans l’atmosphère terrestre ? Est-il bien sûr que la plus petite quantité d’air ordinaire suffise à dévelop¬ per dans une infusion quelconque des productions orga¬ nisées ? Les expériences suivantes répondent à toutes ces ques¬ tions. Dans une série de ballons de 25o centimètres cubes, j’introduis la même liqueur putrescible (eau albumineuse provenant de la levure de bière; la même, sucrée; urine, etc.), de manière qu’elle occupe le tiers environ du volume total. J’effile les cols à la lampe, puis je fais bouillir la liqueur, et je ferme l’extrémité effilée pendant l'ébulli¬ tion. Le vide se trouve fait dans les ballons; alors je brise leurs pointes dans un lieu déterminé. L’air ordinaire s'y précipite avec violence, entraînant avec lui toutes les pous¬ sières qu’il tient en suspension, et tous les principes connus ou inconnus qui lui sont associés. Je referme alors immé¬ diatement les ballons par un trait de flamme, et je les trans¬ porte dans une étuve à a5 ou 3o°, c’est-à-dire dans les meilleures conditions de température pour le développe¬ ment des animalcules et des Mucors. Voici les résultats de ces expériences, qui sont en désac¬ cord avec les principes généralement admis et parfaitement conformes, au contraire, avec l’idée d’une dissémination des germes. Le plus souvent, en très-peu de jours, la liqueur s’al¬ tère, et l’on voit naître dans les ballons, bien qu’ils soient placés dans des conditions identiques, les êtres les plus va¬ riés, beaucoup plus variés même, surtout en ce qui regarde les Mucédinées et les Torulacées, que si les liqueurs avaient été librement exposées à l’air ordinaire. Mais, d’autre part, il arrive fréquemment, plusieurs fois dans chaque série d’essais, que la liqueur reste absolument intacte, quelle que soit la durée de son exposition à l’étuve, comme si elle avait reçu de l’air calciné. Ce mode d’expérimentation me paraît aussi simple qu’ir¬ réprochable pour démontrer que l’air ambiant n’offre pas à beaucoup près, avec continuité, la cause des générations dites spontanées, et qu’il est toujours possible de prélever dans un lieu et à un instant donnés un volume considérable d’air ordinaire, n’ayant subi aucune espèce d’altération physique ou chimique, et néanmoins tout à fait impropre à donner naissance à des Infusoires ou à des Mucédinées, dans une liqueur qui s’altère très-vile et constamment au libr e contact de l’air. Le succès partiel de ces expériences nous dit assez d’ailleurs que, par l’effet des mouvements de F amosphère, il passera toujours à la surface d’une li¬ queur qui aura été placée bouillante dans un vase décou- vert, une quantité d’air suffisante pour qu elle en reçoive des germes propres à s’y développer dans l’espace de deux ou trois jours. J’ai dit que les productions sont plus variées dans les bal¬ lons que si le contact avec Pair était libre. Rien de plus na¬ turel, car, en limitant la prise d’air et en la répétant nom¬ bre de fois, on saisit en quelque sorte les germes de l’air avec toute la variété sous laquelle ils s’y trouvent. Les germes en petit nombre, d’un volume limité d’air, ne sont pas gênés dans leur développement par des germes plus nombreux ou d’une fécondité plus précoce, capables d’envahir le terrain, en ne laissant place que pour eux. C’est ainsi que le Péni¬ cillium glauciim , dont les spores sont vivaces et fort répan¬ dues, se montre seul au bout de très-peu de jours dans des liqueurs non renfermées, qui offrent au contraire des pro¬ ductions très-diverses lorsqu’on les soumet à des quantités d’air limitées. Enfin il est très-intéressant de signaler les différences que l’on observe dans le nombre des résultats négatifs de ces expériences, suivant les conditions atmosphériques. Ici encore nous trouvons une confirmation frappante de l’opi¬ nion que je défends. Rien de plus facile, en effet, que d’élever ou de réduire soit le nombre des ballons qui s’altèrent, soit le nombre des ballons qui restent intacts. C’est ce qui ressortira des dé¬ tails dans lesquels je vais entrer. A. — Expériences préliminaires propres a mettre en évidence le fait de la non- continuité de la cause des générations dites spontanées . Le 26 mai 1860, j’ouvre et je referme aussitôt après, sur une terrasse en plein air, à quelques mètres au-dessus du sol, deux ballons renfermant l’un de l’eau de levure, l’autre ( 77 ) la même liqueur sucrée au ~. C’était quelques instants après une pluie légère et de très-courte durée. Le ier juin, il n’y a aucune apparence de productions organisées. Le 2, très-petite touffe de moisissure dans un des ballons, celui d’eau de levure sucrée. Le 8, le deuxième ballon offre égalemeijt une petite touffe de moisissure. Les deux liquides sont parfaitement limpides, et restent tels pendant l’accroissement des mycéliums (i). Le 28 mai 1860, j’ouvre et je referme quatre ballons sur la même terrasse, après une violente ondée à très-grosses gouttes de pluie. Le 4 juin, aucune apparence de production. Le 5, petite touffe de moisissure dans Lun des ballons. Liquide très-limpide. Le 6, autre touffe de moisissure dans un deuxième bal¬ lon. Liquide très-limpide. Les deux autres ballons sont restés intacts, très-limpides. Même état en 1861. Le 20 juillet 1860, j’ouvre et je referme six ballons ren¬ fermant de l’eau de levure, dans une des pièces de mon (1) Je signalerai ici un fait instructif qui me paraît bienen harmonie avec les résultats généraux de ce travail. En se reportant aux details des expé¬ riences des chapitre IV et suivants, on verra qu'il n'est jamais arrivé qu’en semant des bourres de coton ou d'amiante, chargées des poussièies d’un grand volume d’air, dans des infusions diverses, les productions organisées ne s’y soient montrées dès le lendemain ou le surlendemain. Dans les expériences du présent chapitre, au contraire, on reconnaît que la \ie met quelquefois un temps considérable à se manifester, huit, douze, quinze jours. Cela se conçoit très-bien. Dans le premier cas, il y a tant de germes semés, qu’il en existe toujours dont la fécondité est presque aussi précoce que celle des germes les plus sains de ce genre de productions. Dans lé second cas, où l’on sème en définitive les germesd’un volumetrès-limiié d’air, il doit arriver souvent que^ceux qui pénètrent dans le ballon sont en mauvais état, et d’un développement rendu pénible par toutes les causes d’altération auxquelles ils ont dû être exposés dans l’atmosphère. ( 7» ) laboratoire. Aujourd’hui encore (avril 1861), le liquide de quatre de ces ballons est parfaitement limpide, sans la moindre apparence de productions organisées. Les deux autres ont offert promptement des productions, le 22 juil¬ let et le ier août. Dans l’un, Infusoires et Torulacées; dans l’autre, mycélium en boule soyeuse. Le 3o juin, j’ai ouvert et refermé un grand nombre de ballons contenant de l’eau de levure non sucrée, dans le but d’étudier au microscope les productions qui prendraient naissance, afin d’avoir une idée de la variété sous laquelle elles se présentent. J’ai reproduit Jîg. 2 7, Fl. 11. A, B, C, D, E, F, G, H, K, L, M, un certain nombre de mes dessins. A, Bactériums de omm,ooo6 de diamètre, et omm,oo5 pour la plus grande longueur (1). (1) Ces Bactériums, mêlés peut-être à de très-petits Vibrions, ont apparu dans le ballon le 2 juillet, sans aucune autre production quelconque. Le 4 juillet, j’ai analysé l’air du ballon, au moment où l’étude du liquide trouble venait de me montrer qu’il était rempli de ces petits Infusoires très-fragiles. Or l’air renfermait : Oxygène . 4,3 Acide carbonique . . 1 j , 3 Hydrogène . . 0,0 Azote par différence . 81,4 100,0 Cette analyse nous indique combien est grande la proportion d’oxygène absorbée par ces très-petits Infusoires, et transformée en acide carbonique. Ils ont commencé à se montrer le 2 juillet, s’annonçant commeà l’ordinaire par un léger trouble du liquide. Le 3 et le 4 juillet, ils ont continué à se multiplier, et après quarante-huit heures environ, ils avaient déjà utilisé un volume considérable d’oxygène. Le ballon renfermait 80 centimètres cubes de liquide et 160 centimètres cubes d’air. Il eût été impossible de recueillir les Bactériums sur un filtre et d’en prendre le poids, parce qu’ils passent à travers les pores du filtre; mais ce poids à l’état sec devait être fort minime, tout au plus de quelques milli¬ grammes. Par conséquent, le poids d’oxygène, transformé en acide carboni¬ que parla vie de ces petits êtres, était ici supérieur au poids total de leur substance. 11 serait possible que cela ne fût pas un effet de respiration pure. Consulter à cet égard la note de la page 67. B. Torulacée en très-petits globules, d une sphéricité par¬ faite, de omm,ooi 5 de diamètre, et réunis en petits chapelets. C. Mucor et Vibrions. D. Torulacée, dont les cellules ont un diamètre de oram,oo4 à omm,oo7. Elle est assez fréquente, comme j’ai déjà eu 1 occasion de le dire. E. Mycoderma pareille à celle de la bière, du vin, etc., en articles de toutes les dimensions, et plus ou moins rameux. F. Infusoires d’une petitesse infinie. La plus petite des Monades se mouvant avec une agilité extraordinaire. Ce sont des points à peine perceptibles. G. Torulacée en beaux globules bourgeonnes, un peu granuleux dans leur intérieur, dont le diamètre varie de omra,oo6 à oram,oo9. Elle ressemble parfaitement à la le- vûre de bière \ elle ressemble beaucoup également à la To¬ rulacée D, mais elle est un peu plus grosse et un peu plus granuleuse (i). H. Torulacée en granulations visqueuses, qui s’attachent (i) De toutes 1rs productions organisées inférieures, la levûre de bière est celle qui a été, le plus souvent, l’objet des contestations des partisans et des adversaires de la doctrine des générations spontanées. Son apparition, si rapide et si facile dans certains liquides fermentescibles, a toujours été in¬ voquée par les hétérogénistes comme un de leurs arguments favoris. Il est certain que l’origine de cette plante offre un sujet d’étude fort intéressant et enveloppé d’obscurités. Quelques botanistes allemands, M. Bail entre autres, ont cherché à tour¬ ner la difficulté en essayant de prouver, comme l’avait déjà tenté en France INI. Turpin, que la levûre de bière n’était qu’une forme de spores des Mucé- dinées vulgaires, telles que le Pénicillium glaucum, Y Ascophora elegans. . . . Cette thèse a été reproduite récemment par M. Hoffmann, et par MM. Bou¬ chet et Joly qui l’ont mise en harmonie avec leurs idées favorites. (Bail, Flora , 1 85ÿ ; Hoffmann, Dotanische Zeitung , fev. 1860 ( Pouciiet, Joly et Mus¬ set, Comptes rendus de Y Académie, 1861.) J’espère publier très-prochainement l’ensemble de mes observations sur ce suiet. Si la levûre était d’origine spontanée, il y aurait forcément dans la liqueur où elle prend naissance toutes les dimensions de globules depuis le point ctper- fortement aux parois du ballon, qu’on a peine à en déta¬ cher, et où ils forment une couche continue. Le diamètre des granulations est exactement celui de la Torulacée B; mais celle-ci est sous forme de chapelets, et n’adhère pas aux vases. Je crois que ce sont des espèces dis¬ tinctes, malgré leur ressemblance. K. Algue formée de cellules quaternaires, déposée sous forme de précipité sur les parois du ballon; on dirait au microscope des assises de pierre. Sous l’influence de l’acide chlorhydrique étendu d’eau, les amas de cellules se disjoi¬ gnent par petits groupes de quatre cellules. L. Mucorée en pellicule rougeâtre s’étendant à la surface du liquide, se déchirant très-facilement, et tombant en lambeaux au fond du liquide où elle a l’aspect d’un chiffon. Écrasée sous la petite lame de verre, au microscope elle offre des amas des plus fines granulations, qui fourmillent dans les canaux qui séparent ces amas. M. Mucor en granulations très-ténues, mêlées à des Vibrions de longueur variable, à mouvements flexueux. Que l’on ajoute à ces figures, où j’aide préférence repré¬ senté les Mucors, les Torulacées et les Infusoires les plus fréquents, des dessins d’une foule de mycéliums en tubes cloisonnés qui viennent s’étaler ensuite à la surface du li¬ quide en membranes gélatineuses humides, épaisses, ou en membranes composées de lacis de tubes et couvertes de spo¬ ranges de couleur verte, ronge orangé, jaune- verdâtre, brun-noirâtre, etc. ..., offrant les espèces les plus variées, cevahle, ce qui n arrive jamais, En outre rien n’est plus facile, en maintenant l’œil assez longtemps au microscope, que d’assister au bourgeonnement des cellules et à la séparation des globules adultes. Lorsqu’on représente la levûre de bière, c’est une grave erreur de figurer des globules de toutes les tailles depuis les plus fines granulations, comme l’a l’ait M. Pouchet dans la fig. PL i/, de son Traité de VHétérogénie. M. Turpin avait déjà commis cette faute, qui était nécessaire à sa Théorie des Globulins. ( 8. ) et Fou aura une idée de ce que peut donner d'espèces dis¬ tinctes l’eau de levure placée sous l’influence de quantités limitées d’air ordinaire, dans une série de ballons préparés comme je l'ai indiqué. Ce sont ces mêmes espèces que la même liqueur fourni¬ rait au libre contact de l’air 5 mais, pour les retrouver toutes, il faudrait multiplier davantage les essais, parce que des prises d’air limitées ont bien plus de chances, comme je l’ai déjà dit, de saisir les germes de l’air avec toute la variété qui leur est habituelle. Aussi je suis toujours fort surpris quand M. Pouchet, dans ses habiles plaidoyers en faveur de la doctrine de 1 ’ h é - térogênie, revient sur cette vague objection des facultés génésiques des infusions étouffées par les conditions ma¬ térielles des expériences in vitro. Ces facultés génésiques, pour me servir des expressions de M. Pouchet, je les vois plutôt exaltées que détruites. Si cette objection avait quel¬ que chose de fondé, c’est aux expériences de Sehwann, dont les résultats ont essentiellement un caractère négatif, et nullement aux miennes, qu il faudrait l’adresser; car l’un des progrès de mes recherches est d’avoir institué des expé - riences qui ont, à la volonté de l’opérateur (comme on Fa vu au chapitre IV) des résultats positifs ou négatifs (1). (1) Quant à opérer en plein air pour interpréter ensuite les résultats, comme M. Pouchet m’a si souvent recommandé dele faire, je m’en garderai soigneu¬ sement. 11 est si rare de deviner juste quand on étudie la nature ! Et puis, est-ce que les idées préconçues ne sont pas toujours là pour placer un ban¬ deau sur nos yeux ? Voici, par exemple, l’une des expériences en plein air de M. Pouchet. « On fit macérer, dit-il, des tiges d’asperges dans de l’eau. Celle-ci ayant été filtrée, on en fit deux parts : l’une fut conservée sans autre préparation ; l’autre fut portée à l’ébullition pendant deux minutes. Le lendemain, la macération simple était remplie d’une immense quantité de Bactériums et de Vibrions. Au contraire, la macération bouillie n’en offrait .pas un seul. » ( Moniteur scientifique , 1861, p. 1 63- ) Puis M. Pouchet ajoute : «Les Vibrions n’apparaissent que plus tard dans une décoction, parce que la chaleur en retarde la fermentation. . . Qui ne Ann. de Chim. cl de Phys., 3e série, t. LXIV. (Janvier 1862.) 6 0 ( 82.) Mais sous ce rapport de la variété des productions je re¬ connais qu’il y a une différence très-grande entre celles de nature végétale et les autres. Les premières sont très-mul¬ tiples, tandis que pour les Infusoires cela se borne aux Mo¬ nades, aux Bactériums et aux Vibrions. Sans vouloir pré¬ juger ici la question de l'origine des gros Infusoires, sur laquelle j’espère publier un travail spécial, on n’ignore pas que jamais une infusion ne donne de gros Infusoires de prime saut , que jamais les Paramécies, les Kolpodes, les Vorticelles,..., ne précèdent les Bactériums et les Vibrions. Dèslor^, que l’on se reporte aux analyses d’air que je donne dans ce Mémoire, alors que les plus petits des Infusoires ont apparu dans les ballons, et on verra avec quelle* rapi¬ dité ils altèrent Pair et le chargent d’acide carbonique. Tant qu’il y a de l’humidité, la vie est sans fin, dans une infusion exposée au contact de l’air libre, parce que l’oxy¬ gène, l’un des aliments essentiels des Mucédinées et des Infusoires, ne leur fait jamais défaut. Mais dans une atmo¬ sphère limitée, la vie s’arrête forcément au bout de quel¬ ques jours. Les gros Infusoires ne se montreront donc pas, puisqu’il est reconnu que ce n’est point par eux que la sail cela? Est-il possible de présenter rien de plus simple et de plus saisis¬ sant que celle expérience? » ( Moniteur scientifique, même expérience, 1860, p. 1082.) Mais, en vérité, qu’y a-t-il de plus facile à concevoir qu’une différence dans les époques d’apparition des Vibrions de deux macérations pareilles, dont l’une a été bouillie, tandis que l’autre ne l’a pas été? Est-ce que la nature des liquides est la même? Est-ce que celle qui a été chauffée n’est pas profondément modifiée ? Est-ce que dans celle-ci les germes des Vibrions ne sont pas tués? S’ils ne le sont pas, comme j’ai montré que cela arrivait pour le ]p.i t et pour d’autres liqueurs, est-ce qu’il ne peut pas y avoir des modifications dans leur faculté de développement, comme cela est si mani¬ feste, par exemple au cliap. VI II, pour les spores du Pénicillium gtaucum chauffés à 120°, dont la germination est retardée de plusieurs jours ? Qui sait. si le fait ,dc la modification du liquide ne suffit pas seul à rendre compte d’un retard dans l’apparition des mêmes organismes, et je dirai plus, d’une différence dans la nature des organismes, puisque l’on sait que ceux-ci changent avec la nature des infusions? % vie commence dans les infusions (i). Leur apparition serait une difficulté nouvelle à résoudre. Mais cela n’infirme en rien les conclusions auxquelles je suis conduit sur l’origine des Mucorées, des Mucédinées, des Toruîacées et des plus petits des Infusoires, dans les infusions qui ont été portées préalablement à l’ébullition. Sur ce point, le seul dont je traite aujourd hui, je juge que les résultats de mon travail sont inattaquables. B. — Expériences sur un air non agité. Grâce à l’obligeance de M. Le Verrier, j’ai pu faire quel¬ ques expériences sur l’air des caves de l’Observatoire. Dans cette partie des caves, situées dans la zone de température invariable, l’air parfaitement calme doit évidemment lais¬ ser tomber ses poussières à la surface du sol, dans l’inter¬ valle des agitations qu’un observateur peut y provoquer par ses mouvements ou par les objets qu il y transporte. Et en multipliant par conséquent les précautions, lorsque l’on v descend pour v faire des prises d’air, les ballons qui ulté¬ rieurement se montreront sans productions organisées, de¬ vront être considérablement plus nombreux que dans le cas où ils auront été, par exemple, remplis d’air dans la cour de rétablissement. C est en effet ce qui arrive, et le sens des résultats, par faccord qu’il présente avec la nature ou la multiplicité plus ou moins grande des précautions dont on s’entoure, afin d’éviter l’introduction accidentelle des poussières étrangères, oblige d’admettre que si les ballons étaient ouverts et fermés dans les caves sans que l’opérateur (i) A. tel point que M. Pouchet fait naîlrespontanément les gros Infusoires et les Mucédinées dans une pellicule dite proligère , formée par des amas de Bactériums ou de Vibrions. (Voir, page 35a de son Traité de la génération spontanée , le chapitre intitulé: Formation de la pellicule proligère.) J’ai cependant rencontré, à deux ou trois reprises, des Infusoires qui m’ont paru être le il louas lens, dans des liqueurs sucrées où il ne s'était formé ni Bactériums, ni Vibrions. f). ( 84 ) fût tenu do s’y transporter, l’air de ces caves se montrerai constamment aussi inactif que de l’air porté au rouge. Ce n’est pas cependant cju’il ait par lui-même, et vu les condi¬ tions où il est placé, une inactivité propre. Tout au con¬ traire, se trouvant saturé d’humidité et la plupart des orga¬ nismes inférieurs n’ayant nul besoin de lumière pour vivre, cet air m’a toujours paru plus propre que celui de la sur¬ face du sol au développement de ces organismes. Je ne rapporterai qu’une des séries d’expériences. Le 1 4 août i86‘o, j’ai ouvert et refermé dans les caves de l’Ob¬ servatoire dix ballons contenant de l’eau de levure de bière, et onze autres ballons de la même préparation dans la cour de l’établissement, à 5o centimètres du sol, par un vent léger. Tous ont été rapportés le même jour dans l’étuve de mon laboratoire, dont la température est de à 3o°. J’ai conservé jusqu’à ce jour tous ces ballons. Un seul de ceux ouverts dans les caves renferme une production végétale. Les onze ballons ouverts dans la cour ont tous fourni des Infusoires ou des végétaux du genre de ceux que j’ai déjà décrits. C. — Expériences sur l’air à diverses hauteurs . Les expériences relatées dans les paragraphes précédents établissent suffisamment qu’il n’y a pas dans l’atmosphère continuité de la cause des générations dites spontanées, c’est-à-dire qu’il est toujours possible de prélever en un lieu déterminé un volume notable, mais limité, d’air ordinaire, ri ayant subi aucune espèce de modification physique ou chimique > et tout à fait impropre néanmoins à provoquer une altération quelconque dans une liqueur éminemment putrescible. De là ce principe que la condition première de l’apparition des êtres vivants dans les infusions ou dans les liquides fermentescibles n’existe pas dans l’air considéré comme fluide, mais qu’elle s’y trouve çà et là, par places, offrant des solutions de continuité nombreuses et variées, comme on doit le prévoir dans l’hypothèse d’une dissémina¬ tion des germes. 11 m’a paru très-intéressant de suivre les idées que sug¬ gèrent les résultats qui précédent, en soumettant l'air pris a des hauteurs diverses au mode d’expérimentation que j’ai fait connaître. J’aurais pu m’élever en aérostat; mais pour des études d’essai, préliminaires en quelque sorte, j’ai pensé qu’il serait plus commode et peut-être plus utile d’opérer comparativement dans la plaine et sur les montagnes. J'ai euThonneur de déposer sur le bureau de l’Acadé¬ mie, dans sa séance du 5 novembre i8bo, soixante-treize ballons, chacun de | de litre de capacité, préparés comme je l’ai dit au commencement de ce chapitre, c’est-à-dire qu’ils étaient primitivement vides d’air et remplis au tiers d’eau de levure de bière, filtrée à limpidité parfaite. A incjt de ces ballons ont reçu de l’air dans la campagne, assez loin de toute habitation, au pied des hauteurs qui for¬ ment le premier plateau du Jura; vingt autres l’ont été sur l’une des montagnes du Jura, à 85o mètres au-dessus du ni¬ veau de la mer; enfin une autre série de vingt de ces mêmes ballons a été transportée au Montanvert, près de la mer de glace, à 2000 mètres d’élévation. A oici les résultats qu’ils ont offerts : Des vingt ballons ouverts dans la campagne, huit renfer¬ ment des productions organisées; des vingt ballons ouverts sur le Jura, cinq seulement en contiennent; et enfin des vingt ballons remplis au Montanvert, par un vent assez fort, soufflant des gorges les plus profondes du glacier des Bois, un seul est altéré. Il faudrait sans doute multiplier beaucoup ces expériences. Mais telles qu’elles sont, elles tendent à prouver déjà qu’à mesure que l’on s’élève, le nom¬ bre des germes en suspension dans l’air diminue notable¬ ment. Elles montrent surtout la pureté, au point de vue qui nous occupe, de l’air des hautes cimes couvertes de glace, ( 86 ) puisqu’un seul des vases remplis au Monlanvert a donné naissance à une Mucédinéè. La prise d’air exige quelques précautions que j’avais re¬ connues indispensables depuis longtemps pour éloigner, autant qu’il est possible, l intervention des poussières que l’opérateur porte avec lui, et de celles qui sont répandues à la surface des ballons ou des outils dont il faut se servir. Je chauffe d’abord assez fortement le col du ballon et sa pointe effilée dans la flamme d une lampe à alcool, puis je fais un trait sur le verre à l’aide d’une lame d’acier; alors, élevant le ballon au-dessus de ma tête, dans une direction opposée au vent, je bri se la pointe avec une pince de fer, dont les longues branches viennent de passer dans la flamme, afin de brûler les poussières qui pourraient être à leur surface, et qui ne manqueraient pas d’être chassées en partie dans le ballon par la rentrée brusque de l’air. J’avais été fort préoccupé, durant mon voyage, de la crainte que l’agitation du liquide clans les vases pendant le transport, n’ait quelque influence fâcheuse sur les premiers développements des Infusoires ou des Mucors. Les résultats suivants éloignent ces scrupules. Ils vont nous permettre, en outre, de reconnaître toute la différence qui existe entre l’air de la plaine ou des hauteurs et celui des lieux habités. Mes premières expériences sur le glacier des Bois furent interrompues par une circonstance que je n’avais nulle¬ ment prévue. J’avais emporté, pour refermer la pointe des ballons après la prise de l’air, une lampe éolipyle alimentée par de l’alcool; or» la blancheur de la glace frappée par le soleil était si grande, qu’il me fut impossible de distinguer le jet de vapeur d’alcool enflammé, et comme ce jet de flamme était d’ailleurs un peu agité par le vent, il ne res¬ tait jamais sur le verre brisé assez de temps pour fondre la pointe et refermer hermétiquement le ballon. Tous les moyens que j’aurais pu avoir alors h ma disposition pour rendre la flamme visible, et par suite dirigeable, auraient ( 87 ) inévitablement donné lieu à des causes d’erreur, en répan¬ dant dans l’air des poussières étrangères. Je fus donc obligé de rapporter à la petite auberge du Montanvert, non refermés, les ballons que j’avais ouverts sur le glacier, et d’y passer la nuit, afin d’opérer dans de meilleures conditions le lendemain matin avec d’autres bal¬ lons. Ce sont les résultats de cette deuxième série d’expé¬ riences que j’ai indiqués tout à l’heure. Quant aux treize ballons ouverts la veille sur le glacier, je ne les refermai que le lendemain matin, après qu’ils eurent été exposés toute la nuit aux poussières de la cham¬ bre dans laquelle j’avais couché. Or, de ces treize ballons, il y en a dix qui renferment des Infusoires ou des moisis¬ sures. Puisque le nombre des ballons altérés dans ces premiers essais est plus grand que dans ceux qui ont suivi, l’agitation du liquide pendant le voyage n’a pas rinfluence que je re¬ doutais sur le développement des germes. En outre, la pro¬ portion des ballons qui, dans ces premières expériences, offrent des productions organisées, nous donne la preuve indubitable que les lieux habités renferment un nombre re¬ lativement considérable de germes féconds, à cause des poussières qui sont à la surface de tous les objets. Daus cette petite auberge du Montanvert, par exemple, il y a certaine¬ ment des poussières et par suite des germes venant de tous les pays du monde, apportés par les effets des voyageurs. D. — Expérience s sur le mercure. J’ai déjà rappelé au chapitre VII et dans la partie histo¬ rique de ce Mémoire, comment l’expérience du Dr Schwann avait écarté l’hypothèse de Gay-Lussac sur le rôle de l’air dans l’explication des procédés de conserves d’Appert. Mais d’où vient que dans l’expérience sur le moût de raisin du célèbre chimiste, expérience si souvent citée, la levure de N ( 88 ) bière prenne naissance à la suite de 1 introduction d’une très-petite portion d’air, et .que, si l’on répète cette même expérience sur des infusions diverses, on voie celles-ci s’al¬ térer sous l’influence de quantités d’air minimes, bien plus par l’introduction d’air calciné ou d’air artificiel ; car les expériences de M. Poucliet, effectuées sur la cuve à mer¬ cure, sont exactes, tandis que celles de Scbwann y sont presque constamment erronées? C’est tout simplement que le mercure de nos cuves, qui ne subit que de loin en loin des lavages aux acides énergiques, est habituellement rem¬ pli de germes apportés par les poussières qui sont en sus¬ pension dans l’air, lesquelles y tombent toutes les fois que la cuve est exposée à l’air, et qui pénètrent dans l’intérieur du mercure par les manipulations qu’on y pratique, sans que leur légèreté spécifique puisse les ramener toutes à la surface à cause de leur volume microscopique (i). Voici une expérience bien simple et bien démonstrative qui réussit presque constamment. Que l’on prenne un de ces ballons préparés comme je l’ai dit au commencement du chapitre VII, vides d’air et rem¬ plis en partie d’un liquide putrescible, soumis à l’ébullition préalablement, qu’on plonge sa pointe fermée au fond d’une cuve à mercure quelconque, et que par un cboc on brise sa pointe au fond de la cuve, il naîtra dans le liquide de ce ballon des productions organisées, peut-être neuf fois sur dix, après qu’on y aura fait arriver soit de l’air calciné, soit de l’air artificiel. Il n’y a évidemment que le mercure qui ait pu fournir les germes, à moins qu’il n’y ail génération spontanée, mais cette hypothèse est écartée par ce fait que, si l’expérience (i) Il est clair que dans l'expérience particulière de Gay-Lussac, où les éprouvettes dont il se servait n’étaient pas préalablement chauffées, les germes ont pu être apportés par les poussières de la surface du verre des éprouvettes, ou par les grains de raisin qui, comme fous les corps, sont couverts de poussière et par suite de pennes. ( §9 ) est répétée sans emploi de la cuve à mercure, comme au chapitre III, en suivant la méthode de la fi g. io, PL /, il n’y a pas de productions. Les expériences suivantes sont encore plus directes et plus probantes. Je prends du mercure, puisé sans précautions particu¬ lières, dans la cuve d’nn laboratoire quelconque, et, à l’aide de la méthode que j’ai décrite antérieurement, chapitre IV^ au sein d’une atmosphère d’air calciné, je dépose un seul globule de ce mercure, de la grosseur d’un pois, dans une liq ueur altérable. Deux jours après, dans toutes les expé¬ riences que j’ai faites (i) il y a eu des productions variées; et en répétant au meme moment, par la meme méthode, sans rien changer à la manipulation, les mêmes essais sur du mercure de meme provenance, mais qui avait été chaude, il n’y a pas eu la moindre production. Il ne faut pas exagérer les conséquences que l’on peut dé¬ duire de ces expériences. Voyons bien, en effet, ce qui se passe. On puisedans un verre à pied du mercure d’une cuve; on prélève toujours ainsi., à moins de précautions que je ne suppose pas avoir été prises, une partie du mercure qui est à la surface de la cuve où il y a des poussières; ensuite on verse une goutte de ce mercure dans un petit tube. L’expé¬ rience montre que cette goutte en tombant emporte à sa surface une portion notable des poussières de la surface même du mercure du verre. La goutte prélevée renferme donc toujours une partie des poussières de la surface de la cuve. Je serai mieux compris encore en remarquant que si l’on faisait écouler d’un verre à pied une goutte du mercure que l’on aurait couvert à sa surface d’une couche d’une poussière quelconque, toute la goutte en tombant serait en¬ veloppée par une couche de cette poussière, par un effet de (i) Au nombre de quatre, deux avec le mercure de mon laboratoire, une avec le mercure du laboratoire de chimie de l’Ecole Normale, une autre avec le mercure du laboratoire de physique du même établissement. ( 9° ) capillarité. Mais rien ne serait plus simple que de refaire l’expérience sur un globule de mercure puisé avec des pré¬ cautions spéciales au sein de la masse du liquide. Je ne doute pas que l’expérience ne réussisse encore le plus ordi¬ nairement, même dans ces conditions particulières. CHAPITRE VIII. DE l’action COMPARÉE DE LA TEMPÉRATURE SUR LA FÉCON¬ DITÉ DES SPORES DES MUCÉDINÉES ET DES GERMES QUI EXISTENT EN SUSPENSION DANS l’àTMOSPHÈRE. Les expériences que je vais faire connaître ajoutent aux conclusions définitives de ce Mémoire une confirmation nouvelle. Ce que l’on sait de la résistance à la mort des Anguilles du blé niellé, des Rotifères et aussi des graines des plantes supérieures après des dessiccations préalables, nous dit assez que les spores des Mucédinées doivent pouvoir con¬ server leur fécondité à des températures assez élevées lors¬ qu’elles sont sèches (i). Supposons pour un instant que Fou détermine les limites de température que les spores des Mucédinées vulgaires peuvent supporter sans se détruire, et les limites au delà desquelles toute vitalité cesse dans ces petites graines. Si les corpuscules organisés qui existent constamment en sus¬ pension dans l’air et parmi lesquels il en est toujours en grand nombre cpii ont une parfaite ressemblance avec des spores de Mucédinées, si, dis-je, ces corpuscules sont bien réellement des spores, l’expérience devra nous conduire à ce résultat curieux, que les poussières de l’air semées dans des (i) M. Payen a reconnu depuis longtemps que les sporules de Y Oïdium auraniiacum conservent leur faculté de développement après avoir été por¬ tées à 120°. Je pense qu’il s’agit d’une épreuve daus l’air ou dans le vide sec. Dans le cas contraire, je serais porté à croire que la température n’a pu être déterminée exactement, et qu’elle est trop élevée. ( 9' ) conserves d’ Appert, suivant la méthode représentée Jlg. 12, PL /, seront encore fécondes après qu’elles auront subi la plus haute température que peuvent supporter les spores des Mucédinées vulgaires, et qu’elles seront sans effet sur ces mêmes conserves, si elles ont été préalablement soumises à la température qui tue ces spores. Voyons d’abord ce que Ton sait sur ce sujet. Duhamel rapporte dans un de ses ouvrages qu’il a pu faire germer du froment qui avait supporté une tempéra¬ ture de 1 io° centigrades. Cette observation du savant agro¬ nome devint l’origine de quelques recherches de Spallanzani sur le degré de chaleur auquel 011 peut soumettre les graines, sans leur faire perdre la faculté de germer. Parmi les plantes supérieures, cinq espèces de graines furent étudiées par lui : c’est le pois chiche, la lentille, l’épeautre, la graine de lin et celle du trèfle. Spallanzani s’occupa, en outre, de l’influence de la température sur les spores des Mucédinées. Pour ce qui est des graines des plantes supé¬ rieures, les résultats de Spallanzani, encore bien que très- curieux, n’ont rien qui doive nous surprendre dans l’état présent de nos connaissances. La graine de trèfle, moins impressionnable que toutes les autres, a pu supporter une température voisine de ioo° centigrades. Mais pour les graines des moisissures, Spallanzani fut conduit à des con¬ séquences singulières. Il admet, en effet, que non-seule¬ ment les spores des Mucédinées peuvent supporter la tem¬ pérature de ioo° quand elles sont plongées dans Peau, mais qu elles peuvent même résister à la chaleur d’un brasier ardent lorsqu’elles sont sèches D’ailleurs, dans ce dernier cas, il 11’assigne pas la température d’une manière pré¬ cise (1). (1) Le passade suivant des œuvres de Spallanzani est extrait d’un chapitre du tome II de ses Opuscules , dans lequel il a principalement pour but de prouver que Michelli avait eu raison de regarder la poussière qui tombe des. ( 92 ) On aurait peine à comprendre que ces résultats de Spal- lanzani sur les graines des Mucédinées n’aient pas été sou¬ mis à de nouvelles épreuves si les expériences n’ofifraienl ici des difficultés particulières, consistant surtout à trouver une méthode d’expérimentation rigoureuse. Pvien de plus simple pour les plantes supérieures d’essayer si leurs graines sont encore capables de germer lorsqu’elles ont été chauf¬ fées à une température déterminée : il ne pousse du blé que là où l’on en a semé; mais pour les Mucédinées, elles se développent partout où elles rencontrent des conditions fa¬ vorables. Il est donc indispensable de recourir, en ce qui concerne les Mucédinées vulgaires, à une disposition qui permette d’affirmer sûrement que la petite plante a été re¬ produite par les spores que l’on a semées, et non addition- nellement par les spores qui sont en suspension dans l’air, ou déposées à la surface des objets mis en expérience. Voici la méthode que j’ai suivie et qui me semble irré - prochable : Je passe un peu d’amiante dans les petites têtes de la moisissure que je veux étudier (i) ; puis je place cette moisissures lorsqu’elles sont mûres, comme étant bien la semence de ces plantes. « Les petits grains qui sortent des têtes des moisissures mûres, et qui sont les vraies semences de ces végétaux, ont la singularité de résister à un degré de chaleur qu’aucune autre graine ne peut supporter sans perdre la faculté de germer. Après avoir fait bouillir ces petits grains dans l’eau, j’ai versé l’eau qui en avait pris une couleur noire, sur les corps capables de moisir, et suivant les résultats habituels de ces sortes d’expériences, la moisissure a poussé plus épaisse que sur ces mêmes corps qui n’en avaient pas été mouillés. J’ai fait la même chose avec des poussières exposées à un feu beaucoup plus fort, tel que celui d’un brasier ardent, et j’ai trouvé que cette chaleur n’ôte pas h ces graines la faculté de se reproduire » Plus loin, Spallanzani s’exprime ainsi : « L’hypothèse qui établit que cette poussière est invisiblement répandue partout, et qu’elle donne naissance à la multitude des moisissures natu¬ relles, est une des hypothèses les plus raisonnables de la physique, w (i) Lorsque, dans un ballon préparé comme je l’ai dit au chapitre VII, p. 74, il ne se développe qu’une seule moisissure, ce qui est fréquent, il est évident que les spores en sont parfaitement pures. C’est dans les sporanges ( 93 ) amiante couverte de spores clans lin très-petit tube de verre que j’introduis dans un tube en U de plus gros diamètre, où le petit tube peut se mouvoir librement, fig. 28, PL I . L’une des extrémités du tube en U se relie par un caoutcbouc à un tube de métal à robinets, en forme de T. Un des robi¬ nets communique à la machine pneumatique, un autre à un tube de platine chauffé au rouge. L’autre extrémité porte un caoutcbouc qui reçoit également le ballon où l’on doit semer les spores, ballon fermé à la lampe, rempli cl’air calciné et d’un liquide préalablement porté à 1 ébullition, devant servir d’aliment à la jeune plante. Enfin, le tube en U plonge dans un bain d’huile, d’eau ordinaire ou d’eau saturée de divers sels, selon que l’on veut porter les spores à telle ou telle température. Entre le tube en U et le tube de platine, il y a un tube desséchant à ponce sulfurique. Lorsque tout l’appareil qui précède le tube de platine a été rempli d’air calciné et que les spores ont été maintenues à la température voulue un temps suffisant que l’on peut faire varier, on brise la pointe du ballon par un coup de marteau, sans dénouer les cordonnets du caoutchouc qui réunit le ballon au tube en U*, puis, inclinant convenable¬ ment ce dernier tube éloigné de son bain, on fait glisser dans le ballon l’amiante et ses spores. Enfin, on referme Je ballon à la lampe par un trait de flamme sur l’un des étran¬ glements ménagés sur son col. O11 le porte alors à l’étuve à une température de 20° à 3o°, qui est très-favorable au dé¬ veloppement rapide des Mucédinées. L’expérience sur les poussières de l’air se fait de la meme de pareilles moisissures que je passais le petit pinceau d’amiante, après avoir détaché la partie supérieure du ballon. Il n’y avait chance (l’intro¬ duire des germes étrangers que pendant le temps très-court où je prélevais les spores de la moisissure pour les transporter dans le tube en U. On chaulfait d’ailleurs fortement l’amiante avant de la couvrir de spores, et aussi le tube en U. Dès qu’il était refroidi, on y introduisait le petit tube et ses spores. ( 94 ) manière avec de l’amiante qui a été exposée à un courant d’air ordinaire, suivant les indications de la méthode du chapitre IL Je vais entrer maintenant dans le détail des résultats de quelques expériences particulières. Le ier juin ï86o, je fais passer dans un ballon renfer¬ mant, depuis le 19 mars, de l’eau de levure et de l’air cal¬ ciné, sans avoir épi’ouvé la moindre altération, une portion de bourre de coton chargée des poussières de l’air ordinaire après qu’elle eut été maintenue une heure tà ioo° (bain d’eau bouillante). Dans la nuit du 4 au 5 juin, une espèce de dépôt pulvé¬ rulent commence à se montrer sur les parois du ballon, et envahit rapidement les jours suivants la surface du liquide. C’est une Mucorée incolore, en pellicule un peu chagri¬ née, en petits amas confusément circulaires comme s'ils étaient soulevés par des bulles de gaz, ce qui n’est qu’une illusion. Dès le 9 ou le 10 juin, tout développement cesse et la pellicule tombe en lambeaux au fond du vase. A la fin de juin, j’ai ouvert le ballon, pour étudier cette Mucorée au microscope. Elle est formée de granulations comme le sont en général toutes les Mucorées, mais ici les granulations sont relativement volumineuses. Leur diamètre est de omm ,002. Ces granulations étaient isolées ou en paquets, brillantes à leur centre, à contours nettement limités. La fig. 29, PL II, les représente associées à quelques Vibrions très-ténus, à peine visibles, et qui n’avaient plus de mou¬ vements lorsque le ballon a été ouvert. Ils étaient en fort petit nombre. Cette expérience montre que les germes desséchés de ces deux productions résistent à la température de ioo° pen¬ dant une heure. Le 2 juin 1860, je fais passer dans du lait conservé de¬ puis le 10 avril, en présence de l’air calciné, sans altéra¬ tion aucune, une petite bourre d’amiante chargée des pous- ( 95 ) sières de Pair après l’avoir exposée un quart d’heure à ioo° (bain d’eau bouillante). Le 4 juin, le lait n’est pas caillé, mais on voit à sa sur¬ face une couche de sérum presque translucide, qui indique une altération. Le 5 et le 6 juin, il est visible que le lait s’altère. 11 y a au fond du ballon un dépôt jaunâtre, caséeux -, aucune ap¬ parence de dégagement de gaz. Je n’avais pas encore ren¬ contré des caractères d’altération du lait de l’ordre de ceux-ci exactement. Le y juin, j’ouvre le ballon et j’étudie le liquide au mi¬ croscope, il se trouve rempli d’une multitude d’infusoires de deux natures bien distinctes. Les uns sont des ^ ibrions filiformes très-agiles, qui courent rapidement en faisant trembler vivement la seconde moitié de leur corps. Ils ont de omra,oo6 à omm,oo9 de longueur et omm,ooo7 de lar¬ geur. Les autres sont courts, beaucoup plus larges, un peu étranglés, souvent réunis par chaînes de deux et trois arti¬ cles. La longueur des articles est de omm,oo3 à om,n,oo4 et le diamètre deonim,oo2 à omm,oo3. La fig. 3o, Pl. II, représente ces deux sortes d Infusoires outre les globules de beurre. Il ne s’est pas dégagé de gaz lorsque j’ai ouvert le ballon sur la cuve à mercure. Le 6 juillet, je fais passer dans un ballon d’eau de le¬ vure sucrée, mêlée de craie, conservée sans altération de¬ puis le ii aviil en présence de Pair calciné, une bourre d’amiante avec poussières, chauffée pendant une demi- heure à ioo° (bain d’eau bouillante). Le 8 juillet, trouble sensible, avec pellicule mince sur toutes les parois. Le 10 juillet, trouble laiteux, avec lam¬ beaux chiffonnés dans la masse du liquide et au fond. Ap¬ parence de dégagement de gaz. Le io juillet, j’ouvre ce ballon, sortie brusque et vio¬ lente de gaz. 11 est évident qu’il y a eu fermentation. Au ( 91 * * * * 6 ) microscope , il y a deux espèces de Vibrions, différant sur¬ tout par le diamètre de leurs articles. Les uns ont omm,ooo6 à oram,ooo8 de diamètre 5 les autres ontomm,ooi 5 à omm,oo2 de diamètre et jusqu’à omm,oi et plus de longueur (1). Le 9 novembre 1860, je fais passer une bourre d’amiante, chargée des poussières de l’air, dans un ballon renfermant de l’eau de levure, et une autre bourre pareille dans un deuxième ballon renfermant de l’urine. Ces ballons étaient conservés depuis le 25 juin. Avant d’introduire les bourres, on les avait maintenues pendant une demi-heure à 121° (bain d’huile). Le 1 1 novembre, le ballon d’eau de levûre a commencé à montrer une touffe de mycélium en tubes très-lâches, qui a poussé avec une rapidité extraordinaire. Il a atteint en quatre jours le niveau du liquide, et a poussé partout de longs tubes cotonneux d’une grande blancheur qui se sont rapidement étendus sur les parois du ballon. Les spores et les tubes qui les portaient sont représentés fi g. 3i ,P/. II. Le ballon d’urine n’a commencé cpie le 16 novembre à montrer une petite touffe de moisissure en tubes très-serrés, sous forme de petite boule soyeuse. Cette Mucédinée s’est développée avec une si grande lenteur, que le 22 novembre elle n’avait pas encore la grosseur d’un pois. Ce même jour, 22 novembre, a apparu un autre mycé¬ lium en tubes lâches qui a étouffé le premier en peu de j ours. Pas du tout d’infusoires, ni dans un cas, ni dans l’autre. Le 12 août 1860, même expérience, avec eau de levûre et poussières de l’air qui avaient été préalablement chauf- (1) Je 11e doute pas que la fermentation du liquide de ce ballon n’ait été provoquée par ces derniers Infusoires, préservés du conlact de Pair par ceux de la première espèce qui notaient que des Vibrions ordinaires, ayant besoin d’air pour vivre. Voir ma communication du 25 février 1861 à l’Aca¬ démie des Sciences sur la découverte de l’animalcule infusoire qui produit la fermentation butyrique. ( 97 ) . fées pendant une demi-heure au bain d huile à 129°. Au¬ jourd’hui (avril 1861), pas encore la moindre apparence de productions organisées. Passons maintenant en revue quelques expériences sur les spores des Mucédinées vulgaires. Le 21 juillet. 1860, je fais passer dans un ballon, renfer- fermant de l’eau de levure et de l’air calciné, sans altéra¬ tion, depuis le 26 juin, une petite bourre d’amiante char¬ gée de spores de Pénicillium , préalablement chauffées pendant une demi-heure au bain d’huile de 1 19° à 1210. Le 22, le 23, le 24 juillet, aucune apparence de déve¬ loppement. Le 25 juillet, une multitude de très-petites touffes de mycélium couvrent les parois du ballon. Mais, chose assez singulière, il n’y a que les spores du fond qui se soient développées. Celles qui, au moment de l introdue- tion de la bourre d’amiante, étaient venues à la surface former des amas, des espèces de taches, n’ont pas germé du tout; elles n’ont pas poussé de tubes germinatifs. Le 26 juillet, développement r sensible, bien qu’un peu faible et comme pénible, des touffes du fond. Les spores de la surface du liquide 11’ont pas encore germé. Le 28 juillet, plusieurs îlots sont développés à la surface, mais ils proviennent de touffes du fond et non des spores de la surface. Ces îlots commencent à fructifier et à verdir à leur centre. On voit toujours cà et là, à la surface, des taches de spores qui n’ont pas germé. Le 3 août, toute la surface est couverte par un beau Pénicillium vert-bleuâtre, vigoureux. Rien 11’indique qu’il soit malade ; cependant il faut remarquer : i° que les spores, semées le 21 juillet, 11’ont commencé à germer que dans la nuit du 24 au 25 juillet, tandis que, si on ne les avait pas chauffées ou même si on les avait chauffées à ioo°, elles auraient commencé à montrer des touffes de tubes germi¬ natifs visibles à l’oeil nu dès le lendemain ; je l’ai constaté souvent par des épreuves directes. 20 Beaucoup de spores Ann, île Chim. et de Phys. , 3e série, T. L.XIV. ' Janvier iSfia.) 7 ( 9» ) avaient été évidemment privées de vie, et plus légères, di¬ rait-on, que les autres, elles étaient venues à la surface où elles n’ont pas germé. Voici une expérience qui prouvera qu’en élevant la tem¬ pérature des spores à io8°,4-> au lieu de 1200, la germina¬ tion se montre déjà après quarante-huit heures. Le 23 juillet, j’ai semé, dans un des ballons d’eau de le¬ vure conservé depuis le 26 juin sans altération, une bourre d’amiante chargée de spores de Pénicillium, chauffées préa¬ lablement, à sec, comme dans toutes ces expériences, pen¬ dant une demi-heure à io8°,4 (bain d’eau saturée de sel et bouillante). L’ensemencement a eu lieu à midi, le 23 juillet. Dès le 2D, à cinq heures du soir, on voyait une infinité de touffes de mycélium au fond du liquide. Il n’est donc pas douteux que, par l’action d’une tempé¬ rature élevée, en dehors de toute humidité, la fécondité des spores du Pénicillium glaucum se conserve jusqu’à 1200 et meme un peu plus 5 et qu elles reproduisent une plante toute pareille à la plante mère, et dont les spores sont fécondes (je l’ai constaté par des épreuves directes). Mais il n’est pas moins vrai que la vitalité du germe est un peu atteinte., et que les spores en éprouvent un retard sen¬ sible dans leur faculté germinative. Le 12 août 1860, je répète les expériences précédentes sur deux ballons d’eau de levure conservés depuis long¬ temps, et avec des spores de Pénicillium glaucum et des spores d’ Ascophora elegans , chauffées pendant une demi- heure de 1270 à i32° (bain d’huile). Il n’y a eu aucun développement quelconque des spores ni dans l’un, ni dans l’autre ballon. En résumé, je crois pouvoir conclure de mes expériences que les spores des Mucédinées vulgaires, chauffées dans le vide ou dans l’air sec, restent fécondes après avoir été por¬ tées à une température de 1200. On trouverait probable- ( 99 ) ment qu’on peut meme aller un peu au delà, peut-être à 125°. Au contraire, il suffit d’une exposition d’assez courte durée à i3o° pour enlever leur fécondité aux spores de ces mêmes Mucédinées, qui paraissent être les plus viva¬ ces et les moins impressionnables (i). D’autre part, nous trouvons que les limites sont les mêmes pour la fécondité des poussières de l’air, c’est-à-dire qu elles donnent des Mu¬ cédinées même après avoir été portées à 120°, et qu elles n’en donnent plus si on leur fait subir la température de i3o°. La correspondance de ces résultats est une preuve nou¬ velle de l’existence des spores des Mucédinées parmi les corpuscules organisés que le microscope permet de recon¬ naître si facilement dans les poussières qui sont en suspen¬ sion dans l’air ordinaire. (t) Je dois cependant remarquer qu’au nombre des Mucédinées qui ont pris naissance dans les expériences, en petit nombre, il est vrai, où j’avais semé les poussières de l’air chauffées à 120°, le Pénicillium glaucum ne s’est pas montré. C’a été, entre autres, celte Mucédinée d’un développement si rapide dont j’ai parlé paye 96, et dont les sporanges formaient des amas cotonneux à longs tubes, d’une grande blancheur, à la surface du liquide. Il eût été intéressant de voir si les spores de cette moisissure ne résistaient pas un peu mieux que le Pénicillium à une température élevée. Dans le cours de mes expériences, j’ai eu l’occasion de constater des dif¬ férences considérables dans la rapidité du développement des moisissures. J’ai vu des mycéliums mettre plusieurs mois à atteindre la grosseur d’une noisette. J’en ai vu d'aiitres remplir le liquide en quelques jours. Il peut y avoir à cela des causes diverses, notamment la nature du liquide. Il se pourrait qu’en la faisant varier, les rôles changeassent . J’ai été frappé bien souvent de la multitude d’études diverses que suggère à l’esprit le mode de vie de ces petits êtres. Celle-ci en est une entre mille autres, autant et plus intéressantes. 7- ( ) CHAPITRE IX. SUR LE MODE DE NUTRITION DES FERMENTS PROPREMENT DITS, DES MUCÉDINÉES ET DES VIBRION1ENS. Il est essentiel de remarquer que jusqu’à ce jour toutes les expériences de générations spontanées ont porté sur des infusions de matières végétales ou animales, en un mot sur des liquides renfermant des substances qui avaient appar¬ tenu antérieurement à l’organisme. Quelles que soient les conditions préalables de température et d’ébullition qu’on leur fasse subir, ces matières ont une constitution et des propriétés acquises sous l’influence de la vie. Ce fait a servi de thème à toutes les théories sur la géné¬ ration spontanée. Or, je vais démontrer dans ce chapitre que l’apparition des organismes inférieurs ne présuppose pas nécessairement la présence de matières organiques plastiques, de ces matières albuminoïdes que le chimiste n’a jamais pu produire, et qui dans leur formation exigent le concours des forces vitales. Les nouvelles expériences que je vais faire connaître montreront le peu de fondement de toutes les théories sur la formation spontanée des organismes inférieurs. Passons d’abord en revue ces théories où l’imagination a tant de part, où les vrais principes de la méthode expérimentale en ont si peu. Needham admettait l’existence dans la matière organique d’une force particulièrequ’il appelait force végétative, et qui survivait à la mort des végétaux et des animaux. Spécifi¬ quement déterminée dans un individu, elle lui conservait sa forme et ses propriétés pendant sa vie. Mais à sa mort elle devenait libre, et ses manifestations dépendaient des conditions particulières où se trouvaient placées les parties disjointes du corps de l’individu. Et c’est ainsi que cette ( 101 ) force persistant dans la matière organique des infusions, organisait de nouveau cette matière suivant des modes qui ne dépendaient plus que des conditions propres à l’infu- sion (i). Le système des molécules organiques de Buffon a beau¬ coup de rapport avec les idées de Needham. Je reproduirai textuellement les vues du grand naturaliste sur la généra¬ tion spontanée (2). (o Mes recherches et mes expériences, dit Buffon, sur les molécules organiques démontrent qui 1 n’y a point de germes préexistants, et en même temps elles prouvent que la géné¬ ration des animaux et des végétaux n’est pas univoque ; qu’il y a peut-être autant d’êtres, soit vivants soit végétaux, qui se reproduisent par l’assemblage fortuit des molécules or¬ ganiques, qu’il y a d’animaux ou végétaux qui peuvent se reproduire par une succession constante de générations. . . » Les molécules organiques, toujours actives, toujours subsistantes, appartiennent également aux végétaux comme aux animaux; elles pénètrent la matière brute, la travail¬ lent, la remuent dans toutes ses dimensions, et la font ser¬ vir de base au tissu de l’organisation, de laquelle ces molé¬ cules vivantes sont les seuls principes et les seuls instruments; elles ne sont soumises qu’à une seule puissance qui, quoi¬ que passive, dirige leur mouvement et fixe leur position. Cette puissance est le moule intérieur du corps organisé; les molécules vivantes que l’animal ou le végétal tire des aliments ou de la sève, s’assimilent à toutes les parties du moule intérieur de leur corps, elles le pénètrent dans toutes ses dimensions, elles y portent la végétation et la vie, elles rendent ce moule vivant et croissantclans toutes ses parties; la forme intérieure du moule détermine seulement leur (1) Voy. Spallanzani, Opuscules. Exposition des nouvelles idées de M. de Needham sur le systèmede la génération, l. 1er, chap. ier. (2) Supplément. (Histoire de l’Homme. 1778, t. VILE édition in-12.) ( 102 ) mouvement et leur position pour la nutrition et le déve¬ loppement dans tous les êtres organisés. » Et lorsque la mort fait cesser le feu de l’organisation, c’est-à-dire la puissance de ce moule, la décomposition du corps suit, et les molécules organiques qui toutes survivent, se retrouvant en liberté dans la dissolution et la putréfac¬ tion des corps, passent dans d’autres corps aussitôt qu’elles sont pompées par la puissance de quelque autre moule, en sorte qu’elles peuvent passer de l’animal au végétal et du végétal à l’animal, sans altération et avec la propriété per¬ manente et constante de leur porter la nutrition et la vie; seulement il arrive une infinité de générations spontanées dans cet intermède, où la .puissance du moule est sans ac¬ tion, c’est-à-dire dans cet intervalle de temps pendant lequel les molécules organiques se trouvent en liberté dans la ma¬ tière des corps morts et décomposés, dès qu’elles ne sont point absorbées parle moule intérieur des êtres organisés qui composent les espèces ordinaires de la nature vivante ou végétante; ces molécules organiques, toujours actives, travaillent à remuer la matière putréfiée, elles s’en appro¬ prient quelques particules brutes et forment, par leur réu¬ nion, une multitude de petits corps organisés, dont les uns, comme les vers de terre, les champignons, etc., paraissent être des animaux ou des végétaux assez grands, mais dont les autres, en nombre presque infini, ne se voient qu’au microscope. Tous ces corps n’existent que par une généra¬ tion spontanée, et ils remplissent l’intervalle que la nature a mis entre la simple molécule organique vivante et l’ani¬ mal ou ie végétal ; aussi trouve-t-on tous les degrés, toutes les nuances imaginables dans cette suite, dans cette chaîne d’êtres qui descend de l’animal le mieux organisé à la mo¬ lécule simplement organique; prise seule, celte molécule est fort éloignée de la nature de l’animal. Prises plusieurs ensemble, ces molécules vivantes en seraient encore tout aussi loin, si elles ne s’appropriaient pas des particules ( *o3 ) braies, et si elles ne les disposaient pas dans une certaine forme, approchant de celle du moule intérieur des animaux ou des végétaux. Et comme cette disposition de forme doit varier à l’infini, tant pour le nombre que par la différente action des molécules vivantes contre la matière brute, il doit en résulter, et il en résulte en efïet, des êtres de tous degrés d’animalité. Et cette génération spontanée à laquelle tous ces êtres doivent également leur existence, s’exerce et se manifeste toutes les fois que les êtres organisés se dé¬ composent ; elle s’exerce constamment et universellement après la mort et quelquefois aussi pendant leur vie, lors¬ qu’il y a quelques défauts dans l’organisation du corps qui empêchent le moule intérieur d’absorber et d’assimiler toutes les molécules organiques contenues dans les aliments. Ces molécules organiques surabondantes qui ne peuvent pénétrer le moule intérieur de l’animal pour sa nutrition, cherchent à se réunir avec quelques particules de la matière brute des aliments et forment, comme dans la putréfaction, des corps organisés; c’est là l’origine des Ténias, des Asca¬ rides, des Douves . » Un botaniste, M. Turpin, a reproduit de nos jours un système qui avait beaucoup d’analogie avec celui des mo¬ lécules organiques de Buffon. (Voir son Mémoire au tome XVII des Mémoires de T Académie des Sciences .) J’arrive maintenant au système de M. Pouchet (i). « On peut considérer, dit-il, comme une loi fonda¬ mentale que des phénomènes de fermentation ou de dé¬ doublement catalytique précèdent ou accompagnent toute génération spontanée . » Les organismes ne se produisent qu’à même la nature expirante, et au moment où les éléments des êtres sur les¬ quels ils s’engendrent entrent dans de nouvelles combinai- ( i) Traité de la génération spontanée. 1 85g, p. 335 çl suivantes. ( 1<>4 ) sons chimiques, et éprouvent tous les phénomènes de la fermentation ou de la putréfaction. )) Il résulte de là qu’il ne se manifeste de générations primaires qu’après que les corps dont elles dérivent com¬ mencent à subir les premiers phénomènes de décomposi¬ tion 5 comme si, pour s’organiser, les êtres nouveaux atten¬ daient la désagrégation des autres, afin de s’emparer des molécules de la substance expirante, à mesure qu elles se trouvent mises en liberté. Il est évident que l’organisme ne puise ses éléments matériels qu’à même les cadavres des anciennes générations. . . . » Ainsi donc, sous l’empiré de la fermentation ou de la putréfaction, les corps organisés se décomposent et disso¬ cient leurs molécules organiques; puis, après avoir erré en liberté pendant un temps illimité, lorsque les circon¬ stances plastiques viennent à se manifester, ces molécules se groupent de nouveau pour constituer un nouvel être.... » Bientôt après la manifestation des phénomènes de fermentation et de putréfaction, on reconnaît qu’il se forme, à la surface des liquides en expérience, une pelli¬ cule d’abord inapparente, et que le microscope découvre à peine; puis celle-ci s’épaissit successivement, et finit même parfois par devenir assez tenace. Cette pellicule est évidem¬ ment composée par des débris d’animalcules, d’abord de l’ordre le plus infime, et ensuite par ceux d’espèces de plus en plus élevées dans la série des Microzoaires. C’est cette même pseudo-membrane que j’ai nommée pellicule proli¬ gère, parce qu’il est évident que c’est elle qui, à l’instar d’un ovaire improvisé, produit les animalcules. On peut y suivre leur développement à l’aide de nos instruments, et reconnaître qu’ils s’engendrent à même les débris organi¬ ques dont elles se composent. )) Les Protozoaires, qui forment d’abord la pellicule pro¬ ligère, sont des Monades, des Bactériums et des Vibrions. ( ««S ) Comment ces animalcules sont-ils produits? Nous ne pou¬ vons le dire, leur extrême petitesse les dérobant à toute es¬ pèce d’investigation.... » Lorsque ce sont des végétaux qui apparaissent à la sur¬ face des macérations, la pseudo-membrane proligère est alors formée presque uniquement par l'enchevêtrement des mycéliums, des champignons rudimentaires, qu’on ob¬ serve à sa surface . On pourrait donc ajouter qu’il y a une pellicule proligère cryptogamique. » Par la réunion des parties des pellicules proligères se for¬ ment spontanément les ovules des êtres inférieurs. M. Pou- ehet décrit toutes les phases du phénomène. Voilà le système du savant naturaliste de Rouen, oeuvre d’une imagination féconde guidée par des observations er¬ ronées (i). En rapportant ici les principes des systèmes sur la géné¬ ration spontanée qui ont eu le plus de retentissement, mon but principal est de montrer que, dans tous, on fait jouer un rôle essentiel à la matière organique des infusions. Par elle-même, elle jouirait de propriétés spéciales acquises dans l’acte de sa formation antérieure sous l’influence de la vie. Les matières albuminoïdes conserveraient en quelque sorte un reste de vitalité, qui leur permettrait de s’orga¬ niser au contact de l’oxygène, lorsque les conditions de tem¬ pérature et d’humidité sont favorables. Nous allons reconnaître que ces opinions sont tout à fait erronées, et que les matières albuminoïdes ne sont qu’un aliment pour les germes des Infusoires et des Mueédinées \ qu’elles n’ont pas d’autre rôle dans les infusions, car on (i) On peut lire dans les Ann. des Sc. nat , t. III, i845> des assertions non moins nettement formulées de M. le docteur Pineau sur la génération spontanée des Infusoires, «les Cryptogames. Voy. aussi un ouvrage intitulé : Eludes physiologiques sur les animalcules des infusions , par M. Paul Laurent, ancien élève de l’Ecole Polytechnique. Nancy, i853. ( IO(> ) peut les remplacer par des matières cristàllisables, telles que des sels d’ammoniaque et des phosphates. Ainsi se trouvent privées d une de leurs bases essentielles toutes les théories relatives à la formation spontanée des êtres lesplus inférieurs. L’expérience m’a montré, en effet, que l’on pouvait rem¬ placer dans les essais des chapitres IV, Y, YI, l’eau de le- vûre de bière sucrée, burine, le lait, etc., par une infusion composée de la manière suivante : Eau pure . i oo Sucre candi . . io Tartrate d’ammoniaque ......... 0,2 à o, 5 Cendres fond ues de levure de bière . 0,1 Si l’on sème dans cette liqueur, en présence de l’air cal¬ ciné, les poussières qui existent en suspension dans l’air, on y voit naître les Bactériums, les Yibrions, les Mucédi- nées, etc. Les matières azotées albumineuses, les matières grasses, les huiles essentielles, les substances colorantes propres aces organismes, se forment de toutes pièces à l’aide des éléments de l’ammoniaque, des phosphates et du sucre. Composons la liqueur de la même manière avec addition de craie : • Eau pure . . . 100 Sucre candi . . . . .... 10 Tartrate d’ammoniaque . 0,2a o,5 Cendres fondues de levure de bière. . 0,1 Carbonate de chaux pur. . . 3 à 5 gr. et les mêmes phénomènes se produiront, mais avec une tendance plus marquée vers les fermentations appelées lac- lique, visqueuse, butyrique, et tous les ferments végétaux ou animaux propres à ces fermentations prendront nais¬ sance simultanément ou successivement. Je publierai prochainement un travail détaillé sur les ( 107 ) résultats que j’ai obtenus dans ces études, qui m’ont toujours paru oiFrir un grand intérêt pour la question des généra¬ tions dites spontanées. C’est par elles que j’ai été conduit à entreprendre les expériences suivantes dont le succès a dépassé mon attente. Dans de l’eau distillée pure je dissous un sel d’ammonia¬ que cristallisé, du sucre candi et des phosphates provenant de la calcination de la levure de bière; puis je sème dans le liquide quelques spores de Pénicillium ou d’une Mucédinée quelconque (i ). Ces spores germent facilement, et bientôt, en deux ou trois jours seulement, le liquide est rempli de flocons de mycéliums, dont un grand nombre ne tarde pas à s’étaler à la surface de la liqueur où ils fructifient. La vé¬ gétation n’a rien de languissant. Par la précaution de l’em¬ ploi d’un sel acide d’ammoniaque, on empêche le dévelop¬ pement des Infusoires, qui, par leur présence, arrêteraient bientôt le progrès de la petite plante, en absorbant l’oxy¬ gène de l’air, dont la Mucédinée ne peut se passer. Tout le carbone de la plante est emprunté au sucre qui disparaît peu à peu complètement, son azote à l’ammoniaque, sa ma¬ tière minérale aux phosphates. Il y a donc sur ce point de (i) V oici la composition de quelques-unes des liqueurs qui m'ont servi : . 2o grammes sucre candi, ’ 2 bitartrate d’ammoniaque, I o,5 cendres de levure de bière, i litre d’eau pure. I 20 sucre candi, t i acide tartrique, < i nitrate de potasse, I o 5 cendres de levure, v r litre d’eau pure. C’est à la surface de ces liqueurs ou d’autres analogues que je semais le$ spoies des IMucédinées. On peut remplacer le sel d’ammoniaque par un sel d’éthylamiue. Mais je n’ai pas eu de développement des petites plantes en substituant les arsé- niules aux phosphates. J’ai mis sous les yeux de l’Académie, dans sa séance du i2 novembre ?86o, des exemples varies décos résultats. ( 108 ) rassimilation de l’azote et des phosphates une complète analogie entre les ferments, les Mucédinées et les plantes d’un organisme compliqué. C’est ce que les faits suivants achèveront de prouver d’une manière définitive. Si, dans l’expérience que je viens de rapporter, je sup¬ prime l’un quelconque des principes en dissolution, la végétation est arrêtée. Par exemple, la matière minérale est celle qui paraîtrait la moins indispensable pour des êtres de cette nature. Or, si la liqueur est privée de phosphates, il n’y a plus de végétation possible, quelle que soit la pro¬ portion du sucre et des sels ammoniacaux. C’est à peine si la germination des spores commence par l’influence des phosphates que les spores elles -mêmes que l’on a semées introduisent en quantité infiniment petite. Supprime-t-on de même le sel d’ammoniaque, la plante n’éprouve aucun développement. Il n'y a qu’un commencement de germina¬ tion très-chétive par l’effet de la présence de la matière albu¬ minoïde des spores semées, bien qu’il y ait surabondance d’azote libre dans l’air ambiant ou en dissolution dans le liquide. Enfin, il en est encore de même si l’on supprime le sucre, l’aliment carboné, alors même qu’il y aurait dans l’air ou dans le liquide des proportions quelconques d’acide carbonique. Tout annonce en effet que, sous le rapport de l’origine du carbone, les Mucédinées diffèrent essentielle¬ ment des plantes phanérogames. Elles 11e décomposent pas l’acide carbonique 5 elles ne dégagent pas d’oxygène. L’ab¬ sorption de l’oxygène et le dégagement de l’acide carbo¬ nique sont au contraire des actes nécessaires et permanents de leur vie. Ces faits nous donnent des idées précises sur le mode de nutrition des Mucédinées, à l’égard duquel la science ne possède pas encore d’observations suivies (1). (1) Un excellent observateur, M. Bineati, nous a laissé sur les Algues vul¬ gaires, plantes un peu supérieures aux Mucédinées, et qui en diffèrent sur- ( lo9 ) D’autre part, et c est là peut-être ce qu’il faut remarquer de préférence, ils nous découvrent une méthode à l’aide de laquelle la physiologie végétale pourra aborder sans peine les questions les plus délicates de la vie de ces petites plantes, de manière à préparer sûrement la voie pour l’étude des mêmes problèmes chez les végétaux supérieurs. Lors même que l’on craindrait de ne pouvoir appliquer aux grands végétaux les résultats fournis par ces orga¬ nismes d’apparence si infime, il n’y aurait pas moins un tout par la présence de la matière verte, les résultats suivants, qui montrent que les Algues peuvent décomposer l’ammoniaque. « M. Lortet a, depuis plusieurs mois, la complaisance de faire pour moi la récolte des eaux pluviales recueillies à Oullins, et de me l’expédier tous les huit ou quinze jours. A partir du commencement de mai, un brusque changement eut lieu dans la composition de ces eaux. L’ammoniaque y dis¬ parut totalement. J’en fis la remarque à M. Lortet, qui m’apprit alors que le flacon servant de récipient pour nos eaux, avait commencé à présenter de ces produits organisés verdâtres, dont le développement devient si fréquent sous l’influence de la température des saisons chaudes et de la lumière. » J'ai fait alors des études spéciales au sujet de l’action des Algues sur les sels ammoniacaux et sur les azotates tenus en dissolution dans l’eau envi¬ ronnante. J’ai opéré, d’une part, sur l’Algue que sa singulière texture réti¬ culaire m'a fait aisément reconnaître pour VHydrodictyon pentagonale, et, d’une autre part, sur une Conferve aux longs filaments verts, qui paraît être le Conféra a vulgaris. » Des quantités jugées à l’œil égales entre elles de chacune des deux es¬ pèces d’Algues mentionnées furent enfermées clans des flacons à l’émeri bien bouchés, d’un peu plus d’un demi-litre, avec a5o centimètres cubes d’eau contenant 12 millionièmes d’ammoniaque ajoutée à l’état de chlorhydrate et une quantité un peu moindre d'azotate de chaux. Les flacons furent ensuite exposés, les uns sur une fenêtre où ils recevaient les rayons du soleil, les autres dans le voisinage, mais dans l’obscurité. v Après dix jours, le liquide de chaque flacon fut filtré et soumis à un essai ammonimétrique. 0 » On a trouvé que VHydrodictyon avait fait disparaître au soleil presque les trois quarts de l’ammoniaque, et le Conferaa vulgaris près de la moitié. A l’obscurité, l’absorption de l’ammoniaque fut environ moitié moindre. ï> Dans aucun des liquides des flacons il ne resta la moindre trace appré¬ ciable d’azote. » Un dégagement notable de bulles gazeuses s’était, comme d’habitude, manifesté sous l'influence des rayons solaires autour des plantes mises en expérience, m ( Mémoires de l'Académie des Sciences de Lyon, t. III, 1 853 . ) ( ' 1,1 ) grand intérêt à résoudre les difficultés que soulève 1 élude de la vie des plantes, en commençant par celles où la moindre complication d’organisation rend les conclusions plus faciles et plus sûres : la plante est réduite ici en quelque sorte à l'état cellulaire, elles progrès de la science montrent de plus en plus que l’étude des actes accomplis sous l’influence de la vie végétale ou animale, dans leurs manifestations les plus compliquées, se ramène en dernière analyse à la découverte des phénomènes propres à la cellule. vV\ vV\/VV%/VV\ VW W%/VVA FAITS POUR SERVIR A L’HISTOIRE RES BASES PHOSPHORÉES; Par M. Aug. -Wilh. HOFMANN. TROISIÈME MÉMOIRE. COMPOSÉS PHOSPHAMMONIQUES ET PHOSPHARSONTQUES , DI AR SONIQUES ET AltSAMMONIQUES . Dans la section précédente de ces recherches, j’ai tracé l’histoire des corps engendrés par l’action mu¬ tuelle de la triéthylphospliine et du dibromure d’éthylène. Je me suis efforcé de préciser les différentes phases de cette réaction, et j’ai étudié avec soin ses produits principaux dont l’histoire paraît jeter un grgnd jour sur la nature des ammoniaques polyatomiques, et plus spécialement sur leurs relations avec les bases monatomiques. Les quatre composés salins, qui, conformément aux indications de la théorie, se forment par l’action du dibromure d’éthylène sur la triéthylphospliine, les bromures de monopliospho- uium brométliylique, oxélhylique, et vinylique, et de di- (ni) phosphonium éthylénique, représentent dans la série du phosphore, aussi bien que dans celles de l’azote et de l’ar¬ senic, quatre classes de sels dont les termes individuels peuvent être construits en nombre illimité et d’une variété pour ainsi dire infinie. Les pages suivantes sont consacrées à l’examen de plu¬ sieurs composés appartenant «à ces quatre groupes princi¬ paux. L’étude des bases mixtes diatomiques des séries d’a¬ zote et de phosphore, de phosphore et d’arsenic, et d’arse¬ nic et d’azote, a plus particulièrement fixé mon attention. Cependant, avant de procéder à une description détaillée de ces substances, qui forment spécialement le sujet de ce Mémoire, je dois mentionner encore quelques expériences qui se rattachent même plus étroitement aux observations présentées dans la section précédente de ces recherches. Action du diclilorure d'éthy lène sur la triét hylphosphine . Cette action parfaitement analogue à celle du dibromure d’éthylène, donne naissance aux deux composés : C8 H19 PCI2 = [(C2 H1 Cl) (C2H5)3 P] Cl , et C'4 H34 P2 Cl2 = (C2 H4) (C2 H8)3 P (C2 H5)3 P J Cl2. Si la réaction s achève sous l’influence de la chaleur, les cristaux blancs qui en résultent consistent presque entière¬ ment en composé diphosphonique quelles que soient les proportions dans lesquelles les deux corps aient été mé¬ langés, ou qu’ils aient agi l’un sur l’autre, soit en l’ab¬ sence, soit en présence de l’alcool ou de l’éther. Pour obtenir le composé monatomique, il faut abandonner à lui- même pendant quelques jours un mélange de triéthylphos- phine et d’un très-grand excès de diclilorure d’éthylène. Les aiguilles blanches déposées par le mélange contiennent (lia) même alors une quantité considérable du composé diphos- phonique 5 mais en traitant leur solution par le dichlorure de platine, et en abandonnant pendant quelques heures le précipité jaune pâle qui présente un caractère diphospho- nique très-prononcé, on le voit traversé par un grand nombre d’étoiles cristallines, d’un jaune orangé foncé, qui peuvent être facilement séparées de la poudre jaune par un rinçage mécanique à l’eau. En faisant bouillir la poudre jaune avec *de l’eau, on obtient une nouvelle quantité de sel jaune-orangé, qui, avec la première portion, peut être purifié par une seconde cristallisation. Ce sel ressemble sous tous les rapports au sel platinique de trié'thyl phospho¬ nium brométhylique ; il est cependant un peu plus soluble, et manifeste une tendance plus marquée à prendre le carac¬ tère octaédrique. Comme il résulte clairement des pro¬ priétés de ce corps qu’il n’est autre que le sel platinique de t ri éthyl phosphonium chloréthylique, C8 fi19 PPtCl4 — [(C2tP Cl) (C2H5)3P] Cl, Pt Cl2, je me suis contenté d’en déterminer la quantité de platine. 1 équiv de diphosphonium . 2 équiv. de zinc . 4 équiv. d’iode . 1 équiv. de sel de zinc . Le chlorure préparé par le traitement du sel de platine aciculaire au moyen de l’hydrogène sulfuré a produit, par son contact avec l’oxyde d’argent, un liquide caustique qui, après addition d’acide chlorhydrique et de dichlorure de platine, a déposé les octaèdres bien connus du sel de phos¬ phonium oxéthylique [(C2 H5 0(C2 H5)3 P] CI, Pt Cl2. Théorie. ^ THIIBiiim ■nTTi— 1 — Expérience. 181 ,5 46,94 » 98-7 20,52 25,64 io6,5 27,54 » 386,7 1 00,00 ( "3 ) Il ne pouvait dès lors y avoir de doute sur la nature du sel diphosphonique faiblement soluble. Il a été d’ailleurs recristallisé de l’acide chlorhydrique bouillant et identifié par l’analyse. I. ogr, 5oo5 de sel de platine ont donné 0,4^7 d’acide car¬ bonique et o, 21 3g d’eau. II. osr, 524o de sel de platine, précipités par l’hydrogène sul¬ furé, etc., ont donné o,i525 de platine. La formule C1 4 H34 P ‘Pt’ Cl6 — (C2II5)3P ( C2 H5)3P ] Cl2, 2 Pt Cl2 exige les nombres suivants : Théorie. Expériences. I. II. C'4.. . . 168 25 , 16 )) H34 . . . 34 5 , o5 4,74 )) P2. . . . 62 9>T9 )) » Pt2 . . . >97.4 29>27 » 29 , I O Clc. . . . 2l3 3< ,58 » 674,4 100,00 Lescomposésdetriéthylphosphoniumchloréthylique sont aussi formés dans les mêmes conditions que le selbrométhy- iique reproduit au moyen du sel oxéthyîique. Le chlorure de triéthylphosphonium oxéthyîique, soumis à l’influence du pentachlorure de phosphore, donne lieu à une réaction violente, accompagnée d’un dégagement d’oxychlorure de phosphore. Si l’on ajoute le chlorure de phosphore en pe¬ tites portions jusqu’à ce qu’il ne se produise plus d’action, et si l’on fait alors digérer le mélange jusqu’à l’expulsion de l’acide chlorhydrique, de l’oxychlorure et de l’excès de pentachlorure, il reste dans la cornue le chlorure du com¬ posé chloréthylique : [ (C2H50) (C2H5 )3 P] Ci -f- PCI5 — P0C13-H [( C2H* Cl) ( C2H5)3 P] Cl HCl. Ann. de Chim. et de l'hys., 3e série, T. LX1V. (Janvier 186-2. ) 8 ( 1J4 ) Pour fixer par un nombre la nature de cette réaction, on a précipité la solution du chlorure restant par le dichlo- rure de platine. Lorsqu’on a fait cristalliser de nouveau le précipité platinique dans Peau bouillante, les belles ai¬ guilles caractéristiques du composé chloréthylique ont apparu tout de suite. A l’analyse, o«r,4i22 de sel de platine ont donné o,io65 — s>,5,83 p. too de platine. La formule exige [(G2 H4 Cl) (G2 H5)3 P] Cl, Pt Cl2 a 5 ,5a pour 100 de platine. Le chlorure d’éthyle monochloré agit sur la triélhyl- p h os phi ne comme le dichlorure d’éthylène. A la tempéra¬ ture ordinaire, et avec un large excès du composé chloré, on a produit le chlorure de triéthylphosphonium chloréthy¬ lique, qui a été facilement identifié par la réaction avec un excès de nitrate d’argent et l’ammoniaque, réaction dont il a été souvent question dans le Mémoire précédent. A la température de ioo°, et avec un excès considérable de triéthylphosphine, on voit bientôt se déposer des cristaux de diphosphonium éthylénique. La nature de ce dernier composé a été fixée par la préparation du sel caractéristi¬ que de platine et de l’iodure bien cristallisé. Action du di-iodure d'éthylène sur la triéthylphosphine . Ces deux corps agissent l’un sur l’autre, en l’absence des dissolvants, avec une violence explosive. La chaleur dégagée résout l’iodure d’éthylène en éthylène et en iode, qui s’unit directement à la base phosphorée. Si la violence de l’action est diminuée par l’addition de l’alcool, on obtient une ( ll3 ) masse blanche cri stall ine, consistant presque entièrement en iodhydrate de la base phosphorée. Si les composés [(C2FPI)(C2H5)3 P]I et (CîH4)i (G2H5)3P (CMI‘)»Pj 1 2 1* sont aussi formés, ce ne doit être qu'en très-petites quan¬ tités. Les cristaux, dissous dans l’eau et décomposés par la baryte, après qu’on eut enlevé la triétliylpliosphine par l’éther, l’iode par l’oxyde d’argent, et la baryte par l’acide carbonique, n’ont laissé que des traces d’un composé orga¬ nique. La triétliylpliosphine agit donc évidemment sur l’iodure d’étliylène comme une solution alcoolique de potasse, la principale phase de la réaction consistant dans la transformation (G2 H5)3 P — (C2 W)" i2 = [ (C2 H5)3 H P] ï -t- C2H3I. Je dois toutefois faire remarquer que la production de l'iodure vinylique (C2hLI) n’a pas été prouvée par une expérience spéciale. ïl était assez probable qu’un composé de triéthyî phosphonium iodéthylique pût être forme par l’action de l’iodure de phosphore sur le chlorure ou l’io- dure du métal oxéthyîique; mais ces corps n’agissent pas l’un sur l’autre. Hybrides de V éthylène diphosphonium. Dans un précédent paragraphe, j’ai mentionné comme un fait particulièrement intéressant la formation du dibro- mure du diphosphonium éthylène hexéthyïique par la réaction „(CDP)3P (C2 H5)3 P 8. [(G2 H1 Br) (C2 BP)3 P J Br (C2 H5)3 P = (G2 IV) ( “6 ) En étudiant cetto réaction, j’ai été naturellement conduit à essayer celle de la triméthylphosphine sur le bromure de triétliyîpbosphonium brométliylique, qui devait alors se transformer en dibromure d’éthylène dipliosphonium tri- é th y 1 tr i me tliy 1 iqu e [ (CHPBr) ((PH3)3 P] Br -b (CH3)3 P — t (C H3j3P~ (C2H5)3P^ Action de la triméthylphosphine sur le bromure de trièthyl- pliosphonium brométliylique . Ces deux corps agissent l’un sur F autre avec la plus grande énergie, et, de plus, exactement comme l’indiquait la théorie. Le composé qui en résulte n’a été examiné qu’aussi loin qu’il était nécessaire pour établir le caractère de la réaction. Le bromure du dipliosphonium hybride est plus soluble que le composé diphosplionique analogue déjà décrit, dont il se rapproche beaucoup sous d’autres rap¬ ports. L’oxyde d’argent élimine la base très-caustique qui fournit par l’acide chlorhydrique et le dichlorure de platine un sel plati nique jaune pâle C" H28 P2Pt2Cl6 — (C H3 )3 P ~ (C2 H5)3 P Cl2, 2 Pt CF, . se séparant de l’eau bouillante sous la forme d’écailles. Je me suis contenté de déterminer la quantité de platine con¬ tenue dans ce sel. osr,4794 de sel de platine, précipités par l’hydrogène sul¬ furé, etc., ont donné o, i5o2 de platine. ( 1 *7 ) Théorie. Expérience. î équiv. de diphosphonium. 222,0 35,io » 2 équiv. de platine . '97.4 3l ,22 21,33 6 équiv. de chlore . 213,0 33,68 V î équiv. de sel de platine. . . 632,4 100,00 Les sels du di phosphonium hybride cristallisent comme ceux du composé hexétliylique correspondant, mais ils pa¬ raissent, autant qu’on les a examinés, être un peu plus solubles 5 cette remarque s’applique spécialement au di- iodure. Il était intéressant d’essayer si le bromure de triéthyl- pliosphonium brométhylique serait capable de fixer i mo¬ lécule d’hydrogène phosphore. L’expérience m’a prouvé que ces deux corps n’agissent pas l’un sur l’autre. En effet, soumise à l’action du gaz hydrogène phosphore, la solution alcoolique du bromure, froide ou bouillante, n’a manifesté aucune altération. Action du dibromure d’éthylène sur latriméthylphosphine . Dans cette réaction, on observe une répétition de tous les phénomènes caractéristiques de celle qui se produit entre le dibromure et la triéthylphosphine. L’action est achevée, s’il est possible, même plus tôt que dans la série éthylique. A cause du point d’ébullition plus bas, et de l’odeur péné¬ trante de la triméthylphosphine, il est avantageux de mé¬ langer les matériaux avec des quantités considérables d’al¬ cool ou d’éther*, de plus, l’extrême oxydabilité du composé méthylphosphoré oblige à opérer dans des vases remplis d’acide carbonique et scellés aussitôt à la lampe. Après une courte digestion à ioo°, le mélange des deux liquides se solidifie en une masse cristalline dure, d’un blanc éblouis- ( n8 ) sajit, contenant les deux bromures Cr' H13 P Br2 — [(C2H4Br) (C H.3)3 P] Br et C5 H22 P2 Br2 £ (CPH (G*H3)»P- 1 (C2 H3)3. P Br2, l’un ou i autre prédominant, selon les proportions dans lesquelles on a fait réagir les deux corps. La formation de ces corps n’est pas difficile à établir par des nombres. Bromure de b ro m é l hy 1 1 rim é t h y Ipho s p h o n ium . — Quand on expose pendant quelques heures à une température de 5o à 6o° une solution de triméthylphosphine dans Falcool absolu, additionnée d’un large excès de dibromure d’éthy¬ lène, le liquide dépose, en refroidissant, des cristaux bien formés. Il faut éviter de dépasser cette température, le mélange brunissant déjà vers ioo° par l’effet de réactions secondaires. Une ou deux cristallisations dans l’alcool absolu permettent d’obtenir les cristaux parfaitement purs. A. cet état, ils présentent en général les caractères chi¬ miques et physiques du corps éthylique correspondant, qui possède toutefois une forme cristalline différente. J’ai fixé la composition de cette substance par la détermination du brome accessible aux sels d’argent. osr, 3q8o de bromure, précipités par le nitrate d’argent, ont donné 0,2820 de bromure d’argent. La formule C5 H 13 P Br2 = [(C2 H4 Br) (UH3)3 P] Br, exige les valeurs suivantes : Théorie. 1 equiv. de phosphonium .. . 184 69,70 1 équiv. de brome. . 80 3o,3o i équiv. de bromure. ... , 264 100,00 Expérience 3o , T 6 ( "9 ) Ce résultat a été pleinement confirmé par l’analyse du sel de platine correspondant. Sel de platine. — On l’obtient facilement en traitant le bromure par le chlorure d’argent • il se produit alors un chlorure cristallisable qui donne par le dicblorure de platine de magnifiques aiguilles jaune-orangé, contenant C5 H 13 P Br Pt Cl3 — [(C2 H4 Br) (CH3 )3 P], Pt CP. I. ogr,544° de sel de platine, traités par l’hydrogène sul¬ furé, etc., ont donné o, i3go de platine. II. ogr, 4q5 de sel de platine, analysés de la même maniéré, ont donné o, 126 de platine. III. ogr,3o4 de sel de platine ont donné 0,077 de platine. Théorie . i éq. de monophospho- nium . 184,0 4?î27 1 éq. de platine . g8,7 25,36 1 éq. de chlore . 10, 65 27,37 2 eq. de sel de platine. 38o,2 109,80 J ai déjà fait remarquer que le bromure de triméthyl- phosphonium brométhylique cristallise autrement que le bromure du corps éthylique. Tandis que ce dernier s’ob¬ tient en dodécaèdres rhombiques., le bromure méthylique affecte des formes appartenant au système trimétrique. M. Ouinlino Sella a fait un examen détaillé de ce composé, dont je vais faire connaître les résultats. » Système trimétrique ; 100, 1 1 o — 6o° 24' ; 00 1 j 10 1 — 220 g'. Expériences . » » )> 25,55. 25,45 25,33 » » )) ( I 20 } 'ormes observées : ioo, oio, ooi, iio, 2ii (_/%•. 54)* Fig. 54. CiO Angles . Calculés. Observés 0 f 0 t IOO, 010 — 9°. 0 90. 2 100, OOI = 90. 0 89.58 IOO, IIO = 60.24 60.26 IOO, 2 I I — 56. 3o 56.27 OIO, OOI = 90. 0 90. 6 OIO, IIO ~ 29.86 29.36 OIO, 2 I I ~ 6o.56 60 . 55 OOI , I IO ~ 90. 0 89 . 55 OOI, 21 I = 47 >9 47.17 IIO, IIO ~ 59. 12 59.i?. IIO, 2 I I = 45.59 45.45 IIO, 21 I = Si . 23 81.21 21 I , 21 I == 67 . O 67 . 6 21 I , 21 I = 58. 7 58.io 2 T I , 21 I = 94.39 94.34 Selon Naumann : a : b l c — = 0,407 1 : 1 : 0 ,568i. ormes observées : CO P CO , 00 P 00 , O P, 00 P, 2 P 2. ( ) )> Selon Wei ss a\b \ c— i : o,568i : 0,4071 Formes observées : a : 00 b : x c ; cc a \ b \ oc c ; co a : oo b \ c ; a ; 6 : co c ; - a\b\c . » Selon Lévy : mm = i-2o° 48'; b : /1 = 1 : 0,3539. Formes observées : S', P, M, e’. Combinaisons observées 100 100 1 10 1 io 001 Fig. 55. ! ro (/g. 55). 1 10 , 21 1 ( fîg . 56) (y%. 59). Fig. 56. 010, 001 010, 001 001 ; 100 ( fig . 57). 001; 100, 010, 21 1 [fig. 58) OIO , 21 I Fig. 57. ( ) » Les cristaux sont généralement tabulaires, comme on peut l’observer dans les figures ci-dessus } quelquefois, ce¬ pendant, ils sont allongés dans la direction [ooi]$ les faces sont alors très-inégalement développées. Les cristaux représentés fig. 60 et 61, et fig. 62 et 63, nous offren des exemples très-remarquables de ce genre. )> Les faces de la forme 21 1 sont généralement dévelop¬ pées d’une manière très-inégale, et quelques-unes man¬ quent en effet. Dans les cristaux fig. 60 et 61 , et fig. 62 Fig. 60. Fig. 61. et 63, il n’y a que deux faces 21 1 sur huit qui soient bien développées. Les six autres ou manquent, ou ne sont qu’im” parfaitement indiquées. » L’éclat des faces 001 est vitreux ou même nacré. L’éclat des autres faces est moins marqué et plus gras. » Les clivages 001 s’obtiennent facilement et assez par¬ faitement ; 110 s’obtiennent facilement, mais à l’élat fibreux. » Les axes d’élasticité optique, dans l’ordre de grandeur, sont [001 | , [ 100 ] , [010], )> ( i23 ) Composés tiïmèihylpliosphonium oxèthy lique. Le liquide séparé par la filtration du sulfure de platine dans les trois analyses du sel platinique de brométhyl-tri- méthylphosphoniam données plus haut, a produit par évaporation un chlorure excessivement soluble et même déliquescent. Ce sel n’a pas été soumis à l’analyse, mais je l’ai changé, au moyen de 1 oxyde d’argent, en composé oxélhylique correspondant : Cs II'5 P0? = [(G2 H5 O) (CIL)3 P] H O. Le liquide caustique est transformé par l’acide chlorhy¬ drique en chlorure facilement soluble correspondant à l’hy¬ drate \ ce chlorure, traité par le dichlorure de platine, a donné le sel platinique de triméthvlphosphoniuin oxéthy- lique, qui cristallise en octaèdres comme le composé éthy¬ lique correspondant, mais qui s’en distingue par sa solu¬ bilité extraordinaire dans l’eau. La composition de ce sel a été fixée par la détermination du platine. ogr,3383 de sel de platine, précipité par l’acide sulfhydri- que, etc., ont donné ogr,ioio de platine. La formule C5 H14 PO Pt Cl3 = [( C2 PP O) (C H3 )3 P 1 Cl , Pt CP exige les valeurs suivantes : Théorie. <— — - Expérience. i éq . de phosphonium . . 37,09 » 1 éq . de platine . Cv CO C~î 3o , 26 29 , 86 3 éq. de chlore . . . . io(>,5 3^,65 » éq . de sel de platine . . . . 1 00 , 00 )) ( 124 ) Sels d’ éthylène-h examéthyl-dip hosphonium. Dibromure. — Ce sel prend naissance lorsqu’on traite le dibromure d’éthylène par un excès de triméLhylphos- phine. La réaction s’accomplit rapidement à la tempéra¬ ture de l’eau bouillante. Le sel ressemble par ses propriétés au dibromure de la série éthylique. ïl est excessivement soluble et n’a été obtenu qu’une seule fois en cristaux bien définis, dont on a fait l’analyse, ainsi que la détermination cristallographique. On a essayé en vain de produire une seconde fois ces cristaux bien formés. ogr,2g4o de dibromure ont donné o , 3246 de bromure d’ar¬ gent, correspondant à la formule C8 H2Î P2 Br2 = (CH3)3 (CH3)3 comme on le voit par la comparaison suivante des valeurs théoriques et expérimentales du brome : ï éq. de diphosplionium . . . 2 éq. de brome . i éq, de dibromure . Théorie. 180 160 34o 52,94 47) 06 100.00 Expérience. » 47,00 » Voici les détails de la détermination cristallographique exécutée par M. Sella : « Système monoclinique : 100, 101 lT ; ïoî ,001 — 2o°4'; oio, 111— 57° 47'* ( A 2.5 ) Formes observées : ooi , 1 10 j ioi {Jïg- 64). Fig. 64. Angles. Calculés. Observés. 0 t I 10, 001 — 58.22 5o .22 001 , IOI — 80.52 80 . 5o I IO, 1 10 = 83.13 83.12 1 10, IOI — io8.35 io8.33 » Selon Naumann : a : b : c = 1 1 12.55 : i : o ,5445 ; 7 = 37° 4ç/* Formes observées : OP, 00 P, P 00 . )> Selon Weiss : a : d : c = i : 0,5445 *. » » 1 255 ; a oc — 142° 1 P. Formes observées : co a : co 6 : c , a : b : ao c j — a : co b : c. » Selon Lévy • MM = 83° i3'; MP — 1210 38'; b : h — 1 : 0,9884. f 1 26 ) Formes observées : P, M, a' . Combinaisons observées : ooi , 1 10 [fig. 65). Fig. 65. » La face i o i n’a pas été directement observée, mais elle a été reconnue par ïe clivage. Il existe encore un autre cli¬ vage ooi, aussi distinct et aussi facilement obtenu que ioi . » Le dibromure de diphosphonium-éfhylène-hexaméthy- lique, traité par l’oxyde d’argent, fournit l’hydrate corres- pondan t Cfi H2" P2 O2 [( C2 FI4 )" (GH3 )6 P2]"! H2 j 5 qui forme avec les acides une série de sels ressemblant aux composés qui leur correspondent dans la série éthylique. Parmi ceux-ci, j’ai brièvement examiné le di-iodure et le sel de platine. Di-iodure . — La base neutralisée par l’acide iodhydrique donne un sel cristallisé en aiguilles difficilement solubles, qui surpasse en beauté le composé correspondant de la série éthylique. ogr,35i5de se! ont donné osl',3rjrj5 de di-iodure d’argent, ( 1 2 7 ) ce qui conduit à la formule C8 H22 P1 2 12 = (G2 H'*) // (CH3)3 PT' (CH3)3 P J ’ qui exige : 1 éq. de diphosphonium . . 2 éq. d’iode . . i éq. de di-iodure . Théorie. CO j 0 41 ,43 Expérience. » 254 58, 57 57,92 434 100,00 y» Sel de platine. — (Test un précipité d’apparence amor¬ phe qui, presque insoluble dans l’eau, se dissout avec une extrême lenteur dans l’acide chlorhydrique bouillant, et s'en sépare, par le refroidissement, en lamelles jaune d’or, très-semblables aux cristaux du diphosphonium hybride éthylène-triméthyl-triéthylique. Il renferme : C8 H22 P2 Pt2Clc=.- (C2 H1)" (CH3)3 P” (CH3)3 P Ci2. 2 Pt Cl2. I. o^,494o de sel de platine, précipités par l’hydrogène sul¬ furé, etc., ont donné o, i65o de platine. H. ogr,573o de sel de platine ont donné o, 1900 de platine. 1 éq. de diphosphonium. 2 éq. de platine . 6 éq. de chlore . ï éq. de sel de platine. . . . Expériences. Théorie. - — — - — — — - — - 1. li. OD C O 3o,4g » » '97.4 33,43 33, 4o 33,i6 2l3 ,0 36, 08 » 59o,4 100,00 » » Série des bases diatomiques mixtes. L’examen de la relation intime qui unit le monophos¬ phonium brométhylique aux composés étliylène-diphospho- niques, en même temps que l’établissement de la transition ( 128 ) facile de la série monatomique à la série diatomique, sug¬ gérait naturellement l’idée de soumettre le bromure bro- méthylique, formant le point de départ de ces recherches, à Faction des monamines , des monarsines , et des mono¬ stibines, dans F attente qu’il se formerait des bases diato¬ miques contenant de l’azote, de l’arsenic et de l’antimoine, conjointement avec le phosphore, et équivalant à ce der¬ nier pour la valeur et le caractère chimiques. On va voir par les expériences suivantes jusqu’à quel point cette attente a été réalisée. COMPOSÉS PHOSPHAMMONIQUÈS. Action de V ammoniaque sur le bromure de brornéthyl-t rié t Jiy Iphosp h onii i m . Ces deux corps, dissous dans l’alcool, agissent l’un sur l’autre à la température ordinaire, la réaction étant accusée par un dégagement de chaleur considérable. Pour assurer une transformation complète, on a fait digérer le mélange pendant une demi-heure à ioo°, dans des tubes scellés. En évaporant l’alcool et l’excès d’ammoniaque, il reste une masse saline excessivement déliquescente, qui cristallise avec difficulté. Pour séparer les petites quantités d’ammo¬ niaque qui peuvent rester sous forme de bromure d’ammo¬ nium, on a traité la solution du résidu salin par un excès d’oxyde d’argent. De cette façon, on a mis en liberté un liquide fortement alcalin, qu’on peut faire digérer au bain-marie sans décomposition, de sorte que toute trace d’ammoniaque disparaît facilement. Un examen approfondi du liquide alcalin y a démontré l’existence d’une base con¬ tenant à la fois du phosphore et de l’azote, savoir : l’hydrate de triéthylphosphammonium éthylénique, C8H2iPN02 = [(C2H4)" (CJH5)3H3PN]" H2 ( I29 ) La réaction entre le bromure de monophosplionium bro- inéthylique et l’ammoniaque s’est donc exactement passée comme on pouvait le prévoir, d’après la manière dont s’était comporté le premier composé sous l’influence des mono- phosphines : [(C5H4Br) (C2H5)3P]Br + H3 N ((PH5)3?-!" H3 N J Br2. J’ai fixé la composition de la base azopliosphorée par lanalyse du sel de platine et du sel d’or. Sel de platine. — En saturant l’hydrate alcalin par l’acide chlorhydrique et ajoutant du dichïorure de pla¬ tine, on obtient un précipité très-volumineux, jaune pâle, et légèrement cristallin, qui se dissout difficilement dans l’eau bouillante, ainsi que dans l’acide chlorhydrique con¬ centré et bouillant. La solution acide dépose- des cristaux prismatiques bien définis. La cristallisation dans l’acide chlorhydrique est nécessaire pour assurer la pureté du produit : il parait que le précipité direct contient une sub¬ stance additionnelle qui reste dissoute dans l’acide. Des échantillons de préparation différente ont donné à l’ana¬ lyse les résultats suivants : I. o?r,68i 7 île sel de platine ont donné 0,4220 d’acide car¬ bonique et ogr, 22.56 d’eau. II. ogr,8285 de sel de platine ont donné o,5ig5 d’acide carbonique et 0,2890 d’eau. IIT. ogr, 3658 de sel de platine, traités par l’acide sulfhydri- que, etc., ont donné 0,1257 de platine. IV. ogr,5oo5 de sel de platine, traités par l’acide sulfhydri- que, etc., ont donné o , 1 7 16 de platine. V. ogr, 8835 de sel de platine, traités de la même manière, ont donné o,3o6g de platine. Ann. (le Chim. et de Phys., 3e série, t. LXIV. ^Février 9 La formule ( i3o ) C8H22PNPt2Gl6 = (C2H4)" (C!H5)3P~1 H3 N n Cl2, 2 Pt Cl2 exige : Expériences. Théorie. - - — i - — ^ - — 1. II. III. IV. V. C8. • 96 !6,74 16,88 17, ï° U » » H22. 22 3,84 3,67 3,87 » » » P. . . 3i 5,4, » » )) » » N.. . 4 2,44 » » » )) » Pt2. . 197,4 34,43 M » 34,28 34,36 34,73 Cl6. . 2l3 573,4 37,14 100,00 » » » » » Quelques-uns des cristaux obtenus par le refroidissement lent d’une solution bouillante dans l’acide chlorhydrique concentré ont présenté des formes assez nettes pour per¬ mettre a M. Quintino Sella de les mesurer. Il m’a commu¬ niqué la description suivante : a Système tri métrique : ioo, no = 5ÿ°5o' , ooi, ioi — 7o°38'. Formes observées : ioo, iio, ioi, oio (fig. 66). Fig. C6. ( i3* ) Angles. Calculés . Observes « f 0 , 100, 010 = 9°. 0 89.40 100, 110= 59 5o 59.55 100, 101 — 19.22 I9*27 010, 110 = OJ 0 • * 0 » 010, I 0 I — 0 0 c » I IO, 1)0 — 60. 20 60.10 I 10 , IOI — 6l 42 61 . 37 101 , IOI — 38 . 44 38.54 » Selon Naumann : a \ b : c = 2 , 8449 : 1 : o,58 12. Formes observées : fi co Pgo , ce P co , x P, Px . » Selon W eiss : a : b ’.c =z i : o ,58 12. : 2,8449* F ormes observées : a : x b : x c, X a\ b : x c, a : b :cc c, a\ X b \ c. » Selon Lévy : MM = 1 i9°4o'; b : h z= i : 2,4596. Formes observées : b / > h', M', e'. 9- ( '3a ) » Combinaisons observées : joo, 1 10, ioi (fig. 67). 100, 1 10, 101; 010 (Jig. 68), Fig. 67. Fig. 68. » Clivage 010 imparfait. » Les faces 10 1 manquent cFéclat, les autres sont bril¬ lantes. Les cristaux sont optiquement négatifs. La ligne moyenne est perpendiculaire à 100, et le plan des axes optiques est parallèle à 001. L’angle externe des axes opti¬ ques paraît être d’environ 6o°. Dureté plus grande que celle du gypse. » Sel d'or. — La solution du diclilorure obtenu en traitant par l’acide sulfhydrîque le sel platinique cristallisé fournit, avec le trichlorure d’or, un précipité jaune d’or consistant en belles aiguilles difficilement solubles dans l’eau. og% 3845 de sel d’or, précipité par l’acide sulfhydrique, etc,. ont donné o, 1800 d’or. La formule (Cl2 FF y (C5H5)3P H3N ]V 2 Au Cl3 C8H22PN A1PCI8 ( «33 ) exige : Théorie. i équiv. de phosphammonium. 1 63 • 19,38 Expci ience. D 2 équivalents d’or . 394 46,85 46,8i 8 équivalents de chlore . 284 33,77 i) i équivalent de sel d’or. . CO 100,00 L’analyse des sels platinique et auriquefixe la composition de la série des composés diatomiques de pliosph ammonium. J’ai préparé quelques sels simples de ce métal azopliosphoré, spécialement le diehlorure, le dibromure et le di-iodure. Ils cristallisent en général bien, quoique la plupart soient plus solubles et moins stables que les sels diphosphoniques. Le diperchlorate est assez difficilement soluble, et cristallise avec facilité. Ces sels n’ont pas été soumis à l’analyse. La base libre ressemble également cà l’hydrate de diphospho- nium. Sa solution est puissamment alcaline et précipite les hydrates de la plupart des métaux de leurs dissolutions salines; la solution de la base peut être évaporée au bain- marie sans perdre d’ammoniaque; en ajoutant de la potasse au liquide restant, l’hydrate se sépare en gouttes huileuses qui se dissolvent de nouveau lorsqu’on les mêle avec de l’eau. La construction particulière de ce corps m’a conduit à examiner la manière dont il se comporte sous l’influence de la clialeur. La substitution étant limitée à 5 équivalents d’hy¬ drogène, il s’agissait de savoir si l’hydrate pouvait être dis-* tillé sous la forme d’un phosphamine delà formule (C2!!4)" j (C2li5)2 PN. (C2 IP) H] L expérience a montré toutefois que la base ne peut se volatiliser sans se décomposer entièrement ; le produit de la distillation ne contient plus une trace du corps primitif, ( >34 ) De l’ammoniaque se dégage abondamment pendant la distil¬ lation, et, à une certaine époque de l’opération, le résidu contient l’hydrate de triéthylphosplionium vinylique, [ ( G2 H4 )" ( C2 H 5 )3 PN ]" ) H2 ) U = H3N + H!0 + [(C2H3) (C2 H5)3P] H 0. Je tire cette conséquence de l’analyse d’un iodure obtenu en neutralisant par l’acide iodbydrique la base mixte qui avait été chauffée pendant quelque temps. Ce sel était exces¬ sivement soluble dans l’eau et même dans l’alcool absolu; il a été précipité de ce dernier dissolvant par une addition d’éther. ogr, 4865 d’iodure ont donné o,4i6 d’iodure d’argent. La formule C8 HI8PI = [(C2H3) (C2H5)3P]I exige les valeurs suivantes : Théorie. 1 équivalent de phosphonium. . 45 53, 3i Expérience- » 1 équivalent d’iode . . 127 46,69 46,4 1 équivalent d’iodure . 272 100,00 L’eau mère de ce sel a été séparée de l’excès d’argent et précipitée par le trichlorure d’or. Les aiguilles jaunes ont été analysées. ogr,658o de sel d’or ont donné 0,261 5 — 89,68 pour 100 d’or. La formule C8 H 1 8 P A u Cl* — [ ( C2 H3 ) ( C2 ÏL } 3 P] Cl, Au Cl9 39,24 pour 100 d’or. La conduite du bromure brométhylique sous l’influence de l’ammoniaque fait entrevoir une série presque illimitée de métaux diatomiques azophosphorés. 11 est seulement nécessaire de remplacer dans la réaction précédente l’ammo¬ niaque par une monamine pour obtenir un nouveau métal possédant telle composition qu’on pourrait désirer. J’ai pro¬ duit quelques corps de ce genre dans le but d établir expéri¬ mentalement 1 existence d’un groupe de corps que faisait suffisamment prévoir la théorie fondée sur les observations que m'avait oflertes l’étude de l’ammoniaque dans son con¬ tact avec le bromure brométhylique. ACTION DE LA MÉTIIYLAMINE SUR LE BROMURE DE BROMÉTHYL-TRIÉTH YLPHOSPHONIUM. Composés dé èthjlène-mèlhyl-trièthylphosphammonium. On observe ici la répétition de tous les phénomènes que j’ai signalés dans l’expérience avec l’ammoniaque. Les deux substances s’unissent par digestion, [(C2H’Br)(C2H5)3 P] Br -h (CH3) H2 N (C2H5)3 P] (G H3) H2NJ et le composé donne, par le traitement avec l’oxyde d’ar gent, la base caustique rs H„PN0. = [(C! )" CH3) ( C! H5)3 H! PN ]» H! Y Je me suis contenté de fixer la composition de ce corps par l’analyse d’un composé platinique assez difficilement soluble et se séparant de l’eau bouillante sous la forme de magnifiques aiguilles, souvent longues d’un pouce. Je n’ai pas réussi cependant à obtenir, soit au moyen de l’eau ( «36 ) bouillante, soit à l’aide de l’acide chlorhydrique concen¬ tré, des cristaux capables d’être déterminés. Pour l’ana¬ lyse, on a fait recristalliser le sel dans l’eau bouillante. o6r, 3734 de sel de platine, traités par l’acide sulfhydriqne, etc., ont donné o , 1 25o de platine. La formule C9 Fl21 P N Pt2 Cl8 (C2 H5)3 PI (G H3) H2 N J Cl2,2PtCl2 exige : 1 éq. de phosphammonium , 2 éq. de platine. . . 6 éq. de chlore . 1 éq. de sel de platine. Théorie. Expérience. 177 3o, i3 » «97.4 33,60 33,48 21 3 36,27 » 587,4 100,00 » ACTION DE l’ÈTHYLÀMINE SUR LE BROMURE DE BROMÉTHYL- TR1ÉTHYLPHOSPIIONIUM. Composés d’èthylène-tétrétliylphosphammonium . Les deux corps s’unissent avec dégagement de chaleur. Les sels du nouveau phosphammonium cristallisant d’une manière remarquable, je n’ai pu résister à la tentation d’en examiner plusieurs un peu plus minutieusement. Sel de platine. — Le produit brut de la réaction, puri¬ fié par Poxyde d’argent et saturé par l’acide chlorhydrique, fournit, par l’addition du diclilorure de platine, un com¬ posé platinique jaune-orangé, cristallisant en aiguilles très- semblables à celles du composé méthylique décrit plus haut. Le sel, recristallisé dans l’eau bouillante, a donné à l’analyse les chiffres suivants : I. oêr,7544 de sel de platine ont donné o,5565 d’acide car¬ bonique et o , 3o23 d’eau. ( l37 ) II. o8' , 6o56 de sel de platine, traités par l'hydrogène sul¬ furé, etc., ont donné o, 1964 de platine. La formule C'°H2GPNPt2 Cl6 exige : [fr* hM3 Pd" (c,h,)(c»hmh.hJ cl’2PtC|: Théorie. Expériences. T Tt. CIO V_i « • • • • 1 20 >9-9g 20,12 H26 . 26 4,32 4,45 » P . 3i 5 , 1 5 » » N. 4 2,33 ï> U Pt2 . '97.4 32,82 1) 32,43 Ci6 . 21 3 35,42 0 1) 601 ,4 100 ,00 M. Q. Sella a déterminé 'la forme ci i s talli 11e de ce beau sel. a Système monoclinique : 100, 1 o 1 43° 35' ; 101, 00 1 43° 1 7' ; 111, 010— 55°36'. Formes observées : 100, 001, 110, 011 (fig. 69). Fig p9. oot t Angles. ( *38 ) Calculés. Observés. £ 0 , 86°. 5a 100, 001 ~ 86.52 100, 1 I 0 = 44 . 55 45. 8 100, 01 I — 87.47 87 38 OOI, I 10 -- 87 47 87.53 001 , 01 1 = 44.46 44 • 4? 110, 110= 90.10 90.10 110, 01 J =: 58.21 58. 5 110, 0 1 1 = 6l.59 62.11 OI 1 , 01 I = 90 . 29 90.29 » Selon Naumann : a[bic = 0 , 9945 1 1 : i ,001 3; 7 = 86° 5 2 ormes observées : 8 w 8 oP, co P, P 00 . » Selon Weiss : a\b\c — i ; i j ooi 3 :o ,9945; aoc — gS'NS'. Formes observées : æ : co b\c , :o i : o b : c , a\b\oo c , co a\b\c. )) Selon Lévy : MM = 90° 10'; MP = 920 1 3' ; b:h = 1:0,7027. Formes observées : //, P, M , 16 » H26 - • 26 2 >99 3, T 4 » P . 3 1 3,67 D » N . .,61 » » Au2 .... 394 45,34 • » 45 , 38 CP. ..... 284 32,68 1) » 869 100,00 Di-iodure. — On a transformé le sel platinique recristal¬ lisé en iodure en le traitant successivement par l'acide sulf- hydrique, l’oxyde d’argent, et finalement parla neutrali¬ sation au moyen de l’acide iodhydrique. Cristaux blancs, aciculaires, extrêmement solubles dans l’eau, mais non déliquescents, très-solubles aussi dans l’esprit-de-vin, diffi¬ cilement solubles dans l’alcool absolu, insolubles dans l’ether. Le sel est précipité du liquide alcoolique par l’éther à l’état cristallin. L’iodure se sépare de la solution aqueuse, par addition de potasse, sous la forme de globules huileux qui se solidifient graduellement avec une structure cristalline. L’examen des composés phosphammoniques ne pouvant être légitimement complété sans une détermination d’azote, je me suis servi de cet iodure pour le dosage de cet élé¬ ment. I. oër,6663 de di-iodure, séchés dans le vide sur l’acide sul¬ furique, ont donné o,3335 d’ammonio-chlorure de platine. IL osr, 468o de di-iodure ont donné 0,4891 d’iodure d’argent. % ( i4» ) Par conséquent, la formule est C'° H26 N P P = (C2 H4)" (C2 H5)3 P (C2 H5) H21N n I2. Expériences. Théorie. I. 11. C10.. . . . 120 26,97 » » H26. . . . 26 5,84 )> » N... >4 3,14 3,14 » P.. . 3i 6,97 » » I2.. . 254 57 ,08 » 56 , 48 445 100,00 La base caustique correspondant à l’iodure s’obtient fa¬ cilement par l’oxyde d’argent. Elle présente une stabilité considérable, et sa dissolution aqueuse peut s’évaporer au bain-marie jusqu’à ce qu’elle se sépare en globules hui¬ leux. L’action de la chaleur sur ce corps pouvait encore avoir donné naissance à la formation d’un phosphamine volatil, (C2 H4)" (C2 H5)- J PN, (C2H5)2 capable de reproduire les sels dont il était dérivé. Mais, comme dans le cas du composé formé par l’union de la triéthylphosphine et de l’ammoniaque, la distillation dé¬ truit la base. La manière dont cette substance se comporte sous l’influence de la chaleur est caractéristique*, l’étude de cette action ne pourra manquer de jeter une vive lu¬ mière sur la constitution de cette classe de corps. Dans des recherches ultérieures, j’espère trouver une occasion de revenir sur cette question. ( *43 ) La méthylamine et l'cthylamme étant des monamines primaires, j’ai, pour compléter ces observations, soumis le bromure brométhylique à l’action d’une base secondaire, savoir la diélhylamine, et finalement de quelques bases tertiaires, savoir la trimélhylamine et la triéthylamine. ACTION DE LA DIÉTHYL AMINE SDR LE RROMURE DE BROMÉTHYL-PENTÉTHYLPHOSPHAMMONIUM. Composés cP ètliylene-pent èthy 1 phosphamm onium» La réaction ressemble à celle de l’éthylamine ; le produit qui en résulte étant traité d’une manière convenable donne un beau sel de platine, cristallisant en lames rectan¬ gulaires. Deux déterminations de platine ont fourni les résultats suivants :• / 4» I. ogr,4900 de sel de platine, traités par l’acide sulfhydri- que, etc., ont donné o,i557 de platine. II. ogr, 6280 de sel de platine, analysés de la même manière, ont donné 0,1990 de platine. Ces chiffres correspondent à la formule [( C2 FI5 9 P~1 (C2H<7/ , [ ' (C2H5)2HN J Théorie. Cl2, 2 Pt Cl2. Expériences. i éq. de phosphammonium . 219,0 — .. 1. II. 34 , 79 » » 2 éq. de platine . '97.4 31,37 3 1 , 77 3 1 ,68 6 éq. de chlore . . 213,0 33,84 * » 1 éq. de sel de platine. . . . 629,4 100,00 ( >44 ) ACTION »DE LA TRIMÉTHYLÀMINE SUR LE BROMURE DE RROMÉTHYL-TRIÉTHYLPHOSPHONIUM. Composés (Y êthylèn e-trimêthj l- trièthjlp hosphammon iu m . En ce qui concerne la préparation et les propriétés de ces corps, je puis m’en rapporter aux précédents paragra¬ phes. 11 faut seulement mentionner l’analyse du sel de pla¬ tine, qui cristallise en belles aiguilles. I. osr,4758 de sel de platine ont donné 0,3715 d’acide carbo¬ nique et 0,1907 d’eau. II. ogr, 7485 de sel de platine, fondus avec du carbonate de sodium, etc., ont donné o,2ji5 de platine et 1 ,o58o de chlo¬ rure d’argent. La formule C,!H28PNPl2Cl6 „(C2 H5)3 P (C H3)3N ] CP, 2 Pt CP exige : Théorie. C" . l32 21,45 H28 . . . . 28 4,55 P . 3i 5,04 JS _ 4 2,27 Pt2 . ■97.4 32,08 Cl6 . 2l3 34,61 6i5,4 100,00 Expériences. 21,29 4 1 4^ » « » » ù « 32,26 » 34,96 L’examen de ce composé m’a conduit à une expérience que je mentionnerai brièvement. L’action de la triméthyl- amine sur le dibromure d’éthylène donne naissance à la formation d’un sel magnifiquement cristallisé : le bromure de brométliyl-trimétbylammonîum, dont j’ai esquissé l’his- ( >45 ) toîre dans les Proceedings oj the Royal Society (i). J’é- tais curieux de m'assurer si le dibromure engendré par F union de la trimèthy lamine avec le bromure de bromé- thyl -triéthyl-phosphonium pouvait être également produit en soumettant le bromure de brométhyl - tri méthylam¬ monium à l'action de la triêt hy Iphosp hin e : [(C(i) 2H47 ) que ces substances attaquent le bromure avec la plus grande énergie, en donnant naissance à un nombre presque illi¬ mité de bases polyatomiques d’un ordre plus élevé, dont la constitution, quoique compliquée, peut être tracée d’a¬ vance par l’expérience acquise en étudiant les formes plus simples de la réaction. Composés phospharso niques . Il n’y avait aucune nécessité d’entrer dans un examen détaillé de cette classe de composés. Je me suis en ellet con¬ tenté d’établir par quelques chiffres caractéristiques l’exis¬ tence du groupe phospharsonique. ACTION DE LA TR.1ÉTHYLA11SINE SLR LE BROMURE DE BROMÉTHYL-TRIÉTHY LPHOSTHON IUM . En faisant digérer les deux substances dans des tubes scellés, on observe les phénomènes ordinaires. La masse saline qui se forme donne, au moyen du traitement à froid par l’oxyde d’argent, une solution fortement alcaline, ren¬ fermant le dihydrate d’éthylène-liexéthylphospharsonium, Cu H3f!PAs02 [C2H4)" (C2H5)GPAs]" | IV \ 0\ 11 est donc évident que la base arséniée imite la triéthvl- phosphine dans sa conduite avec le bromure bromélhy- lique. Les deux substances se combinent simplement pour former le dibromure de phospharsoniuin. La solution alcaline de l’hydrate de phospharsonium présente les caractères de cette classe de bases -, je puis donc m’en rappor ter à la description détaillée que j’ai donnée de l’hydrate de diphosphonium. Les composés salins ressem¬ blent aussi à ceux du diphosphonium. Le dichîorure et le di-iodure ont été obtenus en belles aiguilles cristallines, manifestant une tendance marquée h former des sels dou- i a . ( i48 ) blés bien cristallisés. J’ai préparé les combinaisons dn di- chlorure avec le chlorure d étain, le bromure de zinc, le trichlorure d’or, et enfin avec le dichlorure de platine. Ce dernier composé a été analysé pour fixer la composition de la série. Sel de platine. — Le produit de la réaction de la tri- éthylarsine sur le bromure brométhylique est traité à froid par Y oxyde d’argent, saturé par l’acide chlorhydrique et précipité par le dichlorure de platine. Il se forme un précipité jaune pâle, amorphe, et d’une apparence diphos- phonique des plus marquées. Il est presque insoluble dans l’eau, mais se dissout dans l’acide chlorhydrique concentré bouillant. La solution chlorhydrique dépose, par le refroi¬ dissement, de beaux prismes rouge-orangé, ressemblant aux cristaux du sel de platine diphosphonique corres¬ pondant.1 I. ogr, 4668 de sel de platine ont donné o,3qi4 d’acide car¬ bonique et 0,2003 d’eau. II. ogr, 4585 de sel de platine fondus avec le carbonate de sodium ont donné o,546o de chlorure d’argent. Le platine séparé dans cette expérience a été souillé par l’arsenic. La formule „ (C2H')3P Cl4H34PAsPt2 CL exige ; ( G2 H4)' Théorie. (C2HE E)3p “J" s)3 As J C1’ i PtCl2 Expériences . I II. G14. . . . à 00 23,38 22,87 » H34 . 34 4>73 4 ? 7 7 P. . 3i 4,32 » » As ....... 75 io,44 n » Pt2 . '97 >4 27,48 » » CE . 21 3 7i8>4 29,65 100,00 » 29,46 ( *49 ) M. Quintino Sella a examiné les cristaux du sel pla Li ni¬ que de phospharsonium. Voici les résultats de ses obser¬ vations : « Système triclinique : ioo, oio = 8i°52/; ioo, ooi — 88°i4/; o io, ooi = 89°g; 100, 111 = i2o°i8' ; o io , iii — 64° 4- Formes observées : ioo, ooi, o i o , ou, i m , 021 (fig. 74)* Fig 7b 001 Angl es Calculés . Observés o / 0 r IOO, OIO — CS io CO 81 52 I oo, OOI CO CO vi- co CO IOO , OI I — 83.48 83 52 IOO , 021 — HH ^t- co » IOO , I I 1 — 120. 1 8 120. 18 01 o , OO I — 89- 9 89* 9 OIO, OI I — 53. 3 )> OIO , 02 1 — 34 * 25 34.28 OIO, I I I — 64. 4 63.53 oo r , 0 I I — — 36. 6 » OO I , 02 I - — I 2.3 . 34 1 23 . 38 Angles-, f is5©* )• Calculés . Observés O J 1 , 1 1 1 = 46 . 54 0 r 4^-37 Ol I , 02 1 = 87 • 29 » 01 I , I 1 I — 36. 3o » 021 , I ï 1 = 9'-‘5 » » Selon Naumann : aib'.c— o ,8533: i , 1689: 1 ; a = 8i°53' ; p — 88° 20 7 = 90° 36' Formes observées : O0P00, GcP X. P, Poe, 2 Pj GO, P'. » Selon Weiss : a I b : c — 1 ; 1 , 1689: o ,8533 ; aob=gSGrj'-, boc = yo° 36 coa — 91° 4o'. Formes observées : a : 00 b : ce e? ; co « : b : ce c ; qo « I co £ : e* ; co a l b \ c y — a : b : c ; GO a * b : — 2 c. » Selon Lévy : MT ~ 98° 8' ; TP= 9i°46' ; PM = 9o°5iL il : F : D = o,8533: 1 , 1689: 1. Formes observées : î M,. T* P, d’ r e’ , c" » Combinaisons ( *5i ) 100, 010, 001 100, 010, 00 1 100, 010 , 001 100 , 010, 00 1 Fig. 75. {fis- 7 5)- ; m 1 {fig. 76). ; iil. 021, ; T11, 021, ou (fig. 77). Fig. 76. » Clivages 100 et 001 : distincts et faciles à obtenir. On observe quelquefois dans les cristaux, pendant la mesure, des clivages qui sapèrent probablement sous l’influence de la chaleur émanée de la face, qui doit être approchée beau¬ coup en raison de la petitesse des cristaux. Cristaux hémitropiques avec l’axe d’hémitropie [001 ] (fig. 78). Il était possible de vérifier par la mesure que l’axe d’hémitropie est réellement [001], et non pas une ligne perpendiculaire à une des faces du cristal. » Les composés phospharsoniques, et plus spécialement ( 1 5 2 ) ] hydrate de ]a série, sont beaucoup moins stables que les termes correspondants de la série diphosphonique. Si r on soumet à Y ébullition le produit de l’action de la triétbylarsine sur le bromure du monopbosphonium brométhylique avec l’oxyde d’argent, au lieu de le traiter à froid, on n’obtient aucune trace du composé phospharso*' nique. La solution caustique qui prend naissance étant sa¬ turée par l’acide chlorhydrique et précipitée par le dichlo- rure de platine, a fourni des cristaux octaédriques du sel de triéthylphosphonium oxéthyîique. La nature de celte trans¬ formation se manifeste surtout clairement lorsqu’on sou¬ met à l’ébullition la dissolution de l’hydrate de phosphar- sonium préparée a froid et séparée de l’oxyde d’argent par la filtration. Le liquide clair se trouble immédiatement par la séparation delà triétbylarsine, qu’on reconnaît, en outre, à son odeur caractéristique; la solution contient alors de l’hydrate de triéthylphosphonium: [(C*H‘)'(C'H*)'Pl-rj0Iï=(clHl)iAs + L(C>H‘0)((7H')*P]J0^ Lorsque le dibromure est soumis à l’ébullition avec Loxyde d’argent, on observe la formation d’un beau miroir qui tapisse les parois du vase, lequel provient évidemment d une oxydation partielle de la triétbylarsine mise en liberté. Quelques expériences ont été laites pour produire un composé diatomique contenant du phosphore et de l’anti¬ moine. Je m’attendais à former ce corps, le dibromure d’un phosphostiboninm par l’action de la triéthylslibine sur le bromure brométhylique, si souvent mentionné dans ce Mémoire. Les deux corps réagissent l’un sur l’autre, mais seulement après une digestion prolongée à une tempéra- ( >53 ) tare assez haute. Le produit de la réaction est complexe; on observe la formation d’un sel platinique difficilement soluble et d’apparence diatomique, qui ne se produit qu’en proportion comparativement très-minime. J’ai modifié à plusieurs reprises la réaction, et analysé les produits sous la forme de sels pJatiniques : je ne mentionnerai pas le dé¬ tail de ces expériences, puisqu’elles n’ont pas permis de trancher les difficultés de la réaction. Quelques expériences sur la manière d être du dibromure d’éthylène avec la triéthylarsine ont mieux réussi. La réac¬ tion entre ces deux corps avait été choisie comme sujet de recherches par M. W. Valentin, qui m’a prêté assistance dans le commencement de ce travail. Des circonstances particulières ont empêché M. Valentin de mettre son projet à exécution *, je dois donc prendre sur moi la responsabilité de rénonciation des faits que je vais rapporter. Les résul¬ tats obtenus dans l’examen des composés arséniés ne se rat¬ tachent pas d’une manière nécessaire à l’étude des bases phosphorées ; qu’il me soit permis toutefois de joindre ici leur exposition à la description de la réaction correspon¬ dante dans la série du phosphore. COMPOSÉS MON ARSOTVIQXJ ES . Action du dibromure d éthylène sur la triéthylarsine . L’expérience acquise par l’étude des corps phosphorés m’a permis d’établir la nature de cette réaction par un- nombre comparativement petit de déterminations de pla¬ tine. Bromure de brométhyl-triéthylars onium. — Pour éviter, autant que possible, la formation du second produit, on a mis en digestion, dans des tubes scellés à la lampe, un mé¬ lange de triéthylarsine et d’un grand excès de dibromure, la température ne dépassant pas 5o° centigrades. Malgré cette basse température, les tubes renfermaient invariablement i » t l54 ) du gaz comprimé. Le produit de la réaction a été traité par l’eau, qui a séparé un bromure soluble de la partie du com¬ posé éthylénique qui n’avait pas réagi. L’évaporation a produit un beau bromure qui, étant considérablement so¬ luble dans l’eau bouillante, et faiblement soluble dans l’al¬ cool froid, pouvait être facilement recri slallisé de l’alcool absolu et même de l’alcool ordinaire. La grande solubilité de cette substance dans l’eau ne permet pas de l’obtenir sous forme de cristaux bien définis d’une solution aqueuse. Comme on pouvait s’y attendre, l’analyse a fait recon¬ naître ce sel comme l’analogue du sel de tri éthyl phospho¬ nium bromélhylique. Il renferme C8Hl9AsBr2= [(G2 H4Br)( C2 H5 )3 As] Br. Le bromure brométhyl-triétbylarsonium, dont la composi¬ tion est suffisamment établie par l’analyse du sel de platine correspondant (voir plus bas), peut s’obtenir en beaux cris¬ taux. Leur forme, le dodécaèdre rhombique, est identique à celle du composé correspondant de brométbyl-triétliyl- phosphonium, auquel ils ressemblent dans leur apparence générale. J’extrais les résultats suivants de l’examen de M. Q. Sella : « Système monométrique. » Formes observées : 1 [fig* 79)- ( «55 ) A ngles. Calculés. Observés. 0 r 0 / 110, 110=: *sO O • O 9° • 3 110, 10Ï = O O 60 . O 1 10, 01 1 — 60 . O 00 0 CO » Aucune influence sur la lumière polarisée. » Sel de platine . — La solution du sel précédent, transfor¬ mée par le chlorure d’argent en chlorure correspondant, donne avec le dichlorure de platine de belles aiguilles d’un sel double, difficilement soluble dans l’eau froide et même bouillante. I. o*t,C)6c)5 de sel, traités par l’hydrogène sulfuré, etc., ont donné 0,2040 de platine. II. igr,2i^/5 de sel d’une nouvelle préparation, analysés de la même manière, ont donné 0,2545 de platine. La formule C8H,9Br As Pt Cl3 = [(C2H5Br) (C2H5)3 As] Cl, Pt Cl2 exige les valeurs suivantes : Théorie. Expériences. 1. II. III. i éq. d’arsonium . 270,0 56,82 » » » 1 éq. de platine . 98, 7 20,77 21,04 20 » 9° 21,18 3 éq. de chlore . 106, 5 22,41 » » » 1 éq. de sel de platine . 475,2 100,00 Composés de vinyl-trièthylarsonium . Le bromure de brométhyl-triéthylarsonium, comme le composé phosphoré correspondant, perd son brome latent sous l’influence de loxyde d’argent. Si la solution du bro¬ mure est précipitée par un excès de nitrate d’argent, la moi- ( *56) lié du brome se sépare sous la forme de bromure d’argent^ le liquide filtré donne, par l’addition de l’ammoniaque, l’autre moitié du brome, sous forme d’un épais précipité. Cependant la réaction diffère de celle qui a été observée dans la série phosphorique. Ainsi qu’on l’a déjà fait remar¬ quer dans une partie antérieure de ces recherches, le bro¬ mure de phosphonium brométhylique est presque invaria¬ blement changé en corps oxéthylique, sa transformation en composé vinylique étant tout à fait exceptionnelle. Le bro¬ mure d’arsonium brométhylique, d’autre part, donne, en principe, le corps vinylique de la série, la formation d’un composé oxéthylique n’ayant lieu que dans des circonstan¬ ces particulières, et tellement rares, en effet, qu’il reste quelque doute sur l’existence de ce terme de la série. Le bromure d’arsonium brométhylique, traité par un excès d’oxyde d’argent, fournit une solution fortement alcaline dont la nature a été déterminée par l’analyse du sel plati- nique correspondant. Transformée en chlorure et précipitée par le dichlorure de platine, cette solution a produit de beaux octaèdres assez solubles. I. ogr, 63 12 de sel de platine, traités par l’hydrogène sul¬ furé, etc., ont donné 0,1670 de platine. II. ogr, 6338 de sel de platine, analysés de la même manière, ont donné o , 157 1 de platine, III. ogr, 4345 de sel de platine ont donné o, 1093 de platine. IV. o§T, 4^5 de sel de platine ont donné o, 1 025 et 0,4^25 de chlorure d’argent. Y. ogr, 3370 de sel de platine ont donné o,o843 de platine. Ces nombres conduisent au sel platinique, d’un composé de vinyl-triéthylarsonium, La formule G8 fi18 AsPl Cl3 = [(C2 H3) (G2 H5)3 As] Cl Pt Cl2 ( l57 ) exige les valeurs suivantes Théorie. éq. d’arsonium. .. . 189,0 47 >94 éq. de platine. . . 98,7 25, o5 éq. de chlore.... 106, 5 27,01 Expériences. IL lll7 IV. V. » U » )) » 24,87 24,79 ^5,i5 24,78 25,02 ». » )) 27,07 » éq. de sel de platine. 394,2 100,00 Les analyses I et II ont été faites avec le même échan¬ tillon ; l’analyse III, avec un sel obtenu par une nouvelle préparation; l’analyse IV, avec un sel provenant de la précipitation du chlorure resté après la séparation du pla¬ tine, sous forme de sulfure, dans l’analyse précédente. Pour les trois premières expériences , on a doucement chauffé avec l’oxyde d’argent la solution du composé d’ar¬ sonium brométhylique ; pour l’expérience V, la digestion s’est opérée à froid. Sel cVov. — Le chlorure obtenu dans l’analyse des sels platiniques donne avec le trichlorure d’or un précipité jaune difficilement soluble, légèrement cristallin. ogr, 5574 de sel d’or, précipités par l’hydrogène sulfuré, etc., ont donné 0,2095= 37,58 pour 100 d’or. La formule exige C8 H18 As Au Cl1 = [(C2 IV) (C2Hr’)3 As] Cl, Au Cl3 37,3i pour 100. Les nombres ci-dessus prouvent que la transformation du composé brométhylique s’opère d’après l’équation sui¬ vante : [(C2 H* Br) (C2H5)3 As] Br -h tgÏO As . n (C2H3) (C2 H5)3 As) b H 0. ( 1 58 ) j’ai pensé que le composé vinylique, obtenu dans cette réaction, pouvait être un produit secondaire, résultant de la décomposition d’une combinaison oxélhylique de stabi¬ lité limitée, formée dans la première phase de la réaction : 3 As H Ce fut pour éviter cette décomposition que la digestion fut accomplie à la température ordinaire pour l’expé¬ rience V5 toutefois il est résulté que, même dans ce cas, le composé vinylique a été obtenu. Cependant le corps oxéthylique parait exister. Dans des circonstances qui n’ont pas été suffisamment observées, Faction de F oxyde d’argent sur le bromure de triétli vî— arsonium brométhylique a donné un sel platinique en octaèdres avec le nombre platinique du composé oxéthy- îique. [(G2 H5 O) (G2 H5)3 As) H -si® [(C2H3) (G2 H5) I. ogr, 6io3 de sel de platine, traités par l’hydrogène sul- fuié, etc., ont donné 0,1 448 — 23 , 72 pour 100 de platine. II. ogr, 3439 de sel de platine, traités de la même manière, ont donné 0,0825 = 23,98 pour 100 de platine. La formule exige [ ( G2 H5 O ) (G2 H5)3 As] Cl, Pt Cl2 28,94 pour i 00 de platine. Je n’ai pu reproduire cette substance. Conip osés diars o n iques . Dibromure d' éthyle ne-hexèthyl- diars onium. — La triéthylarsine n’agit que lentement à ioo° sur le bromure ou le chlorure d’arsonium brométhylique. Deux jours de digestion, à cette température, n’ont produit qu’une réac- lion peu sensible; a iSo'1, eelle-< ( 1 r’9 ) ci s’accomplit en deux heures. Les phénomènes qu’il s’agit de mentionner se sont présentés dans l’ordre observé dans la série phosphorique. Le di bromure C,4H2i As’ Br’ - rC^rr(C2Hi)3AS As Br — j jC2H5j,As Br*, débarrassé de son brome, a donné le puissant alcali C14 H36 As2 O2 — [(C2 U.4)" (G2 Fl5)6 As2 Y ) Ii2 j Traité par les acides, cet alcali produit une série de beaux sels, parmi lesquels le di-iodure mérite d’être men¬ tionné; il égale en beauté le composé diphosphonique correspondant. J ai fixé la composition de la série par l’analyse du sel de platine et du sel d’or. Sel cle platine. — Précipité jaune pâle, semblable au composé diphosphonique, difficilement soluble dans l’eau, soluble dans l’acide chlorhydrique concentré bouil¬ lant, duquel, par le refroidissement, il se sépare en cris¬ taux. I. ogr,86io de sel de platine (non cristallisé), traités par l’hy¬ drogène sulfuré, etc., ont donné 0,2220 de platine. 11. ogr, 4$85 de sel de platine (cristallisé de l’acide chlorhydri¬ que), analysés de la même manière, ont donné 0, 1265 de platine. La formule C14 H34 As2Pt2 Cln — | ,(CH) (;c«H‘)*A»J Cl2, 2 Pt CP exige les valeurs suivantes : O Théo rie . Expériences. I. II. » » 1 équiv. de diarsonium. . . . 352,o 46,17 2 équiv. de platine . ‘97.4 25 , 89 25,78 26,89 6 équiv. de chlore . 27,94 » )) t équiv. de sel de platine .. 762,4 100,00 ( i6u ) Sel cV or. — Le di chlorure obtenu en séparant le platine dans les deux analyses précédentes, au moyen de l’hydro¬ gène sulfuré, a été précipité par le trichlorure d’or. Pré¬ cipité jaune faiblement cristallin, soluble dans l’acide chlorhydrique, dont il se sépare en lames d’un jaune d’or. ogr,5859 du sel, traités par l’hydrogène sulfuré, etc., ont donné o , 2220 d’or. La formule C14 H34 As2 Au2 Cl8 ( G2 H5)3As 1 (C2 H5)3 As J Cl2, 2 Au Cl3 exige : 1 équivalent de diarsonium. . . . 2 équivalents d’or. . 8 équivalents de chlore . 1 équivalent de sel d’or . Théorie. . Expérience. 352 34,18 » 3g4 38,25 37,89 ?8q 27,57 » io3o 100,00 Co m posés arsa m m o niq ues. Comme 011 pouvait s’y attendre, le bromure de triéthyl- arsonium brométhylique est capable de fixer l’ammoniaque et les monamines, donnant lieu à la formation d’une série de composés non moins nombreux que les corps mention¬ nés dans la série phosphammonique. Je me suis contenté d’étudier Faction de l’ammoniaque sur le bromure. Dibromure d' éthylène-triéthylarsammonium. — Réac¬ tion complète en deux heures à ioo°. Le produit contient le bromure C8 H22 As N Br2 = ^ ‘ H3 N Br2, qui a été transformé, au moyen de l’oxyde d’argent, en ( i6‘ ) base caustique stable C8 H24 AsN Ol= (C*Hs)3H3AsN] / j W ) 9 dont la composition a été déterminée par l’analyse des sels platinique et aurique. Sel de platine. — Aiguilles difficilement solubles dans l’eau bouillante, solubles dans l’acide chlorhydrique con¬ centré, d’où se déposent des cristaux bien formés. ogr,465o de sel de platine, traités par l’hydrogène sulfuré, ont donné o, i4 de platine. La formule C8 H22 As N Pt2 CF = (C2 H5)3 Asd" H3 N J CP, 2 Pt CP exige : 1 équival. d’arsammonium . . 2 équival de platine . 6 équival. de chlore . i équival. de sel de platine.. Théorie. Fxpcrience. 207 ,0 33,53 1 ■97.4 3i >97 31,72 213,0 34, 5o B 617,4 100,00 Sel d'or. — Composé jaune précipité du dichlorure obtenu dans la détermination platinique précédente, en ajoutant une solution de trichlorure d’or. Soluble dans l’acide chlorhydrique, et se déposant de cette solution en lames jaune d’or. o8r, 35o5 de sel d’or, traités par l’hydrogène sulfuré, etc., ont donné o , i55o d’or. Les valeurs correspondant à la formule tfC2HM3AsT' (C2H4)" ' Cl2, 2 Au CP Ann. de Chim. cl de Phys. , 3e série, t. LXIV. (Février 1863.) I 1 ( i6‘2 ) sont : Théorie. i équiv. d’ammonium. ...... 207 23,39 9. équiv. d’or . . . 3ql \ 2,52 8 équiv. de chlore . . . 284 32,09 1 équiv. de sel d’or . 885 100,00 Expérience. O 44,22 » J’ai pareillement fait agir le dibromure d’éthylène sur la triéthylstibine. La réaction est lente et exige une digestion prolongée à des températures supérieures à celle de l’eau bouillante. Les tubes contiennent invariablement beaucoup de gaz, et le produit de la réaction a été reconnu comme un mélange complexe formé de plusieurs composés, la plu¬ part secondaires, qui ne m’a nullement invité à m’engager dans un examen plus détaillé. Je ne mentionnerai pas les déterminations de platine et de chlore qui ont été faites, puisqu’elles n’admettent aucune interprétation simple. Dans les expériences sur les bases arséniées, j’ai été aidé d’une manière habile par mon neveu, M. P.-W. Hofmann, à qui j’exprime mes remercîments pour son active coopé¬ ration dans cette partie de mes recherches. t Les expériences exécutées dans la série éthylénique éta¬ blissent assez clairement la nature des bases diatomiques et leur relation avec les composés monatomiques. J’ai tra¬ vaillé avec une sorte de prédilection dans celte série, en raison de l’accessibilité de ce corps et de la facilité qui le distingue de produire des réactions nettes, se prêtant ainsi d’une manière heureuse au débrouillement des réactions les ( *63 ) plus compliquées. On ne pouvait douter que les phéno¬ mènes observés dans la série éthylénique ne fussent aussi reproduits dans d’autres séries homologues. Mais comme on avait acquis une connaissance générale de la nature de ce groupe de corps, parles observations rappelées dans le pré¬ cédent paragraphe, il me parut à peine nécessaire de cor¬ roborer les résultats déjà obtenus par beaucoup d’autres ex¬ périences, qui n’eussent été plus ou moins que des répéti¬ tions de la première. Cependant j'ai, dans certains cas, également attiré d’autres groupes dans le cercle de mes observations. Je vais communiquer brièvement quelques- uns des résultats fragmentaires auxquels je suis arrivé. Groupe méthylé n i q ne. J’ai mentionné ailleurs (i) une expérience que j’avais faite dans l’espérance de transformer l’iodoforme en iodure de carbone, lequel toutefois n’avait donné que le di-iodure de méthylène, découvert peu de temps auparavant par M. Boutlerow. Comme j’avais encore à ma disposition une quantité considérable de cet intéressant composé, j’ai saisi l’occasion d’examiner plus particulièrement sa manière d’être avec la triéthylphosphine et les ammoniaques en gé¬ néral. Les dérivés méthyléniques des bases phosphoiées seront plus convenablement examinés en traitant de l’action du chloroforme et du tétrachlorure de carbone sur la triéthyl- phosphine, que je dois étudier dans un chapitre spécial. Je mécontenterai de faire remarquer ici que j’ai réussi à pro¬ duire plusieurs des bases appartenant au groupe méthyléni- que. Les membres de cette série présentent quelques parti¬ cularités qui les distinguent d’une manière tranchée des composés éthyléniques correspondants. (i) Journal oj lhe Chemical Society, vol. XIII, p. G*>. ] ( . ( '«4 ) Groupes propylèniques et amyléniques . Les expériences clans les groupes propylèniques et amy¬ léniques ont été faites presque au commencement de ces re¬ cherches, à une époque où la réaction entre la triéthylphos- phine et le dibromure d’éthylène n’avait pas encore été suffisamment éclaircie. L’aplanissement des difficultés dans la série étliylénique a naturellement refroidi mon intérêt, relativement aux réactions correspondantes des séries pro- pyléniques et amyléniques ; c’est pourquoi cette partie de mes recherches est demeurée inachevée. La triéthylphosphine est attaquée brusquement par les dibromures propylèniques et amyléniques *, cependant les réactions ne présentent pas à beaucoup près la simplicité et la netteté qui caractérisent celles qu’on observe dans la série étliylénique. Même dans le composé propylénique, préparé soit par l’alcool amyîique, soit par l’iodure d’allyle, nous regrettons l’absence des caractères si bien définis du corps étliylénique correspondant 5 celle-ci se fait beaucoup plus sentir dans la série butylénique et surtout dans la série amylénique. Soumise à l’action des dibromures de propylène et d’amy- lène, la triéthylphosphine paraît subir simultanément deux différentes transformations ; les substances formées étant en partie, et peut-être principalement, des produits indirects. Les composés diphosplioniques de la série du propylène et de l’amylène sont moins stables que les diphosphoniums étliyléniques ; ils sont, par conséquent, même lorsqu’on opère à la température ordinaire, toujours mélangés avec les produits de décomposition qui se forment dans le groupe éthylénique seulement sous l’influence prolongée de hautes températures. En tout cas, ces dibromures abandonnent les éléments de l’acide bromliydrique, de façon qu’en gé¬ néral on a à éliminer une quantité très-petite des produits ( l65 ) cherchés d’une masse inutile de bromure de triéthylphos- phonium. Par conséquent, les méthodes ordinaires de sé¬ paration ne suffisent plus, et nous sommes forcés d’avoir recours au traitement parla baryte, l’examen réel des pro¬ duits ne commençant qu’après que la base phosphorée, mise en liberté, a été enlevée par l’éther, et le bromure de ba¬ rium séparé au moyen de l’oxyde d’argent et de l acide carbonique. On obtient par ce traitement de beaux iod lires ainsi que des sels platiniques qui n’ont été cependant qu’im- parfailement examinés jusqu’ici. Groupe plicnjlénique . Malheureusement toutes mes expériences sont demeu¬ rées sans résultat. J’avais espéré trouver dans la triéthyl- phosphine une transition entre les séries phénylique et phénylénique, mais mon attente nes’estpas réalisée. L’ana¬ logie entre les sels de triéthylphosphoniuin brométhylique et de l’ammonium bromopliénylique [(G2 W Br) (G* H5)3 P] Br, [(G6 H4 Br) H3 N] Br, est évidente, et il restaità voir si la triéthylphosphine alla-" querait les sels de bromophénylammonium selon l’équa¬ tion [ (C6 H4 Br) H3 N J Br 4- (G2HS)3P = (G6 H1) // ( C2 H5)3 P ] H3 N] Mais le mélange des deux corps n’a pas éprouvé d’altéra¬ tion, même après avoir été chauffé pendant quelque temps à i6o°. Je n’ai pas obtenu de résultats plus satisfaisants en substituant à la bromophény lamine la base iodée corres¬ pondante. Un mélange de triéthylphosphine etd’iodophény- latnine qui avait été maintenu pendant un jour à i6o°, a donné, lorsqu ona ouvert le tube, une quantité appréciable ( '66 ) d’iode, reconnaissable au moyen des sels d’argent 5 mais la décomposition n’a pas été complète. De l’acide iodhydrique a séparé du mélange un iodure en longues aiguilles, qui fut reconnu à l’analyse (1) pour de l’iodure d’iodophénylam- monium. Dans les produits de transformation de la base pliospliorée, je n’ai pas réussi à reconnaître les simples rela¬ tions signalées par la théorie. Groupe benzylènique . Pour conclure, je mentionnerai quelques expériences sur la réaction mutuelle entre la triéthylphosphine et le dichlorure debenzylène. Qu’il me soit permis de désigner sous ce nom le composé produit par l’action du pentachlo- rure de phosphore sur l’huile d’amandes amères dont on doit la découverte à M. Cahours. A la température ordinaire, et même à ioo°, les deux composés n’agissent que lentement l’un sur l’autre 5 entre 1200 et i3o° cependant, particulièrement en présence de l’alcool, le changement s’opère facilement. La masse cris¬ talline qui en résulte, comme celle obtenue dans les expé¬ riences correspondantes des séries propyléniques et amy lé- niques, consiste surtout en chlorure de triéthylphospho- nium. Après que la base pliosphorée a été séparée aussi complètement que possible de la solution des cristaux, au moyen du traitement successif par la baryte, l’oxyde d’ar¬ gent etl’acide carbonique, il est resté un liquide fortement » (t) oor,263/{ d’iodure, précipités par ie nitrate d’argent, ont donné o, 1778 d’iodure d’argent = 36,48 pour 100. L’iodure d’iodophénylammonium, f(C6 H4 I ) H8 JN ] I, contient 36, 60 pour joo d’io Je, précipitable par Je nitrate d’argent ( *67 ) alcalin dont j’ai essayé de déterminer la nature par la pré¬ paration de ldodure et du sel platinique. Le liquide, saturé par l’acide chlorhydrique, a donné un chlorure bien cristal¬ lisé qui toutefois est si soluble et si déliquescent, qu’aucun résultat constant n’a pu être obtenu de son analyse. D’un autre côté, le sel de platine, légèrement soluble, qui est pré¬ cipité en lamelles en traitant la solution du chlorure par le dichlorure platinique, et qui peut être recristallisé dans l’eau bouillante, sans altération, adonné des résultats s’ac¬ cordant entre eux, quoique les produits de différentes pré¬ parations aient été soumis à l’analyse. I. 0^,5979 de sel de platine ont donné 0,8166 d’acide carbo¬ nique et o , 2863 d’eau. II. ogr,458o de sel de platine ont donné 0,6290 d’acide car¬ bonique et o , 22 1 2 d’eau. III. ogr,24i3 de sel de platine ont donné o,33io d’acide car¬ bonique et o , 1 160 d’eau. IV. ogr,6955 de sel de platine, décomposés par l’acide sulfhv- drique, etc., ont donné o, 1670 de platine. V o?r,7594 de sel de platine, fondus avec du carbonate de so¬ dium, etc., ont donné 0,1810 de platine et 0,7875 de chlorure d’argent. Ces nombres conduisent à la formule G13 H22 P Pt Cl3 = [(C2 H5)3 (C7 H7) P] Cl, Pt CP, qui représente le sel platinique d’un phosphonium dans le¬ quel le quatrième équivalent d’hydrogène est remplacé par le radical C' H7 ( probablement le benzyle, radical de l’al¬ cool benzylique ). ( *68 ) Théorie. Expériences. C13.. , 1 56 87 ,66 37 , 25 37,46 37,41 V H22.. 23 5,3i 5,32 5,36 5,34 » » P. . . . . 3i 7-49 » » » » » Pt . . . 98-7 23,83 )) » » 23,87 23,83 CP . . . i 06 , 5 25,71 » » » » 25,65 4l2, 2 100,00 La transformation de la triéthylphosphine sous l’in¬ fluence du diclilorure de benzylène a lieu évidemment selon l’équation suivante: 3 [(C2H5)3 P] 4- C7 H« Cl2 + H2 O = [(C2 H5)3 H P] Cl -h [(C2H5)3 (C7 H7) P] Cl + (C2 H5)3 P O. Il peut arriver que la formation du composé de triéthyl- benzylphosphonium soit précédée de la production d’une base diatomique éphémère, contenant le radical C7 H6 : 2 [(C2 H5)3 P] -h C7 H6 Cl2 = (C2H3)3PT' ( C2 H5 )3 P J qui est ensuite décomposé sous les influences réunies de l’eau etd’un excès detriétbylpbosphine. Je n’ai pas toutefoisréussi expérimentalement à prouver l’existence de cette base. De plus, une différence dans la manière d’être de la triéthyl- pbosphine avec les composés d’éthylène et de benzylène est facilement intelligible, si on se rappelle que ces corps sont loin d’être analogues, le diclilorure benzylénique représen¬ tant dans le groupe benzylique les dérivés diatomiques qui, dans la série éthylique, ont été obtenus de l’aldéhyde. L’analyse du sel platinique de benzyl- triélhylphospho- nium termine la partie expérimentale de cette section de ( ) mes recherches. Dans le tableau suivant, j ’ai réuni les diffé¬ rents groupes de corps examinés dans les parties II et III de ce travail. COMPOSÉS MON ATOMIQUES. GROUPE PHOSPHORIQUE Sels de monophosphonium. Série éthy l iq u c . Sel de télréthylphosphonium . [(C2 U5)4P]Br. Sel de brométhyl -triéthylphosphonium . [(C2H4 Br) (C2 II5)3 P] Br . Sel de chloréthyl-triéthylphosphonium. [(C2H4Cl)(C2H5)3P]Br. Sel d’oxéthyl-triéthylphosphonium .... [(C2H4 HO)(C2H&)3P] Br. Sel de vinyl- triéthylphosphonium . [( C2 H3) (C2H3)3P]Brf Série éthyl-méthyliq ne. Sel d’éthyl-triméthylphosphonium .... [( C2H5) (CH3)3 P] Br. Sel de brométhyl-triméthylphosphonium [(C2H4Br) (CH3)3 P] Br. Sel d’oxéthyl-triméthylphosphonium . . . [(C2H4 HO)(C H3)3 P] Br. Série éthyl-bctizyliquc. Sel de tricthyl-benzylphosphonium . . . [(C2H5)3(C7 H7 ) P] Br. GROUPE ARSÉNIQUE. Sels de tnonarsonium. * Série éthylique. Sel de tétréthylarsonium . [(C2 H3)4 As] Br. Sel de brométhyl-triéthylarsonium . . . . [(C2H4Br)(C2H5)3 As |Br. Sel de vinyl -triéthylarsonium . [(C2H3) (C2 H5)3 As ]Br. ( ‘7° ) COMPOSÉS DIATOMIQUES. GROUPE PHOSPHORIQUE. Sels de diphosphonium . Sel d’éthylène- hexéthyldiphosphos- nium . (C2 H5)3 P (C2 H5)3 P // Sel d’éthylène- triméthyl - triéthyldi- phosphonium . (G H3)3 P" (G2 H5 )3 P_ Br2 Sel d’éthylène- hexaméthyldipbospho- nium . . (G H3)3 P (G H3)3 P Br2 GROUPE ARSÉWIQUE. Sels de diarsonium. Sel d’éthylène-hexélhyldiarsonium . (C2H5)3As I" ( C'1 H1)3 As J GROUPE AZOPHOSPHORIQUE. Sels de phosphammonium. Sel d’éthylène-triéihylphospham- monium . . . (G2 H5)3 PI H3 NJ Br2. Sel d’éthylène-méthyl-triéthylphos- phannnonium . . . . Sel d’éthylène-tétréthylphospham- monium . . . (G2 HJ // (G2 H5)3P 1 (G H3) H2 N J (C2H5)3P ~| ( G2 H5 ) H2 N J Br2 Br3 ( 1 7* ) Sel d'éthylène-pentéthylphospham- monium . (C2H5)3P (C2H5)2H N Sel d’éthylène-triméthyl-triéthyl- phosphammonium . (c n3 y PI (C2H5)3 N J Br2. GROUPE ARSÉ]N OPHOSPHORIQUE. Sels de pliospharsonium . Sel d’éthylène-hexéthylphospharso- nium . . . . (C2H5)3 P ' (C1 Hs)’AsJ // Br2. GROUPE AZOTOARSÉTfIQUE. Sels cV ars ammonium. Seld’éthylène-triéthylarsammonium |^C2fb)' (C’H5)3As U3 N ] CP. Les expériences décrites dans les pages précédentes se rapportent presque exclusivement à l’étude des composés appartenant soit à la série du phosphore, soit à la série mixte d’azote et de phosphore. De nombreux composés analogues dans la série azotique, soit monatomiques, soit diatomiques, que j’ai étudiés dans le cours de mes re¬ cherches, sont restés sans mention dans ce Mémoire. Je me propose d’examiner les corps azotés dans un travail spé¬ cial 5 qu’il me soit seulement permis de faire observer ici que ces substances, quoique différentes sous plusieurs points, imitent toutefois de si près, dans leur conduite générale, les termes correspondants de la série phosphorique, que la manière d’être des corps azotés se trouve en grande partie ( »72 ) illustrée parle tableau que j’ai essayé de tracer dans les pages précédentes des composés du phosphore. Voici donc un cas particulier où l’étude du groupe phosphorique a devancé celle du groupe azotique, tandis qu’en général l’examen des composés phosphores n’a été entrepris qu’après les recherches dans la série de l’azote qui leur ont fourni des modèles à copier. Pour conclure, j’ajouterai quelques mots sur le dévelop¬ pement ultérieur dont les expériences décrites précédem¬ ment paraissent être susceptibles, et sur la direction dans laquelle je me propose de poursuivre la voie que j’ai ouverte. Conçue sous la forme la plus simple, la transition de la série des bases monatomiques à celle des bases diatomiques peut être rapportée à l’introduction d’un radical alcoolique monochloré ou monobromé dans l’ammonium, le chlore ou le brome, introduits de cette façon, fournissant le point d’attaque pour une seconde molécule d’ammoniaque. Si dans le bromure d’éthylammonium nous imaginons i équi¬ valent d'hydrogène de l’éthyle remplacé par le brome, nous arrivons au bromure de broinéthyl-ammonium, capable de fixer une deuxième molécule d’ammoniaque, et d’être ainsi transformé en dibromure d’élhylène-diammonium, le bro¬ mure latent devenant accessible aux sels d’argent, [((? H4 Br) H3 N J Br -i- H3 N — (C2 H4)" H6 N5]" Br2. L’élaboration ultérieure de cette réaction suggère deux méthodes différentes pour la construction des bases polya¬ tomiques d’un ordre supérieur. En premier lieu, le nombre des molécules ammoniques à incorporer dans le nouveau système peut être augmenté en avançant la bromuration du radical. Parla bromuration progressive de l’éthyle dans le bromure de brométhyl -ammonium, et par l’action de l’ammoniaque sur les corps ainsi produits, les composés ( "7:i ) suivants poliraient être engendrés [(C2H3Br2) H3 N] Br -h 2 H3 N = [ (C2 H3)"' H°N3]'"Br\ [(C2H3Br3)H3Pï]Br -h 3 Fl3 N — [(C2H2)IV H,2N4],vBr% [(C2H Br')H3]N]Br-}-4H3Nrr:[(C2H ) H,6Ns]vBrfc, [(C2 Br5)H3N]Br + 5H3N — [(C2 )VIH,8]N6]VIBr6. O11 pouvait encore essayer de fixer les molécules ammo- niques, non par la bromuration progressive de l'éthyle, mais par l'accumulation des radicaux éthyliques monobro- més dans fammonium. Le bromure du dibrométhylam- monium, soumis à faction de l’ammoniaque, donnerait ainsi le tribromure d'un triammonium, le bromure de tribrométhvlammonium, le tétrabromure d’un tétram- monium, et en dernier lieu le bromure de tétrabrométhy- lammonium, le pentabromure d’un pentammonium . [(C2 H4 Br)2 H2N] Br -h 2H3N = [(C2 H^)//2H8JN3]///Br3, [( C2H4 Br)3 H N] Br + 3 H3 N = [(C2 H4)"3 H1ÜN4],V Br1, [( G2 H4 Br)4 N ] Br -h 4 H3 N = [( C2 H4 )"4 H14 N5 ]v Br5. Jusqu’ici la bromuration des bases alcooliques présente quelques difficultés ; cependant des réactions convenable¬ ment choisies fourniront sans doute ces composés. Ils s’ob¬ tiendront probablement par des moyens indirects analo¬ gues à ceux par lesquels j’ai réussi, il Y a quelques années, à préparer les dérivés chlorés et bromés de la phénylamine ; ou bien ces substances pourront être engendrées par fac¬ tion du pentachlorure ou du pentabromure de phosphore sur les bases oxélhyliques, procédé qui, si l’on ne considère que le peu d’expériences que j’ai rapportées, promet une riche moisson de résultats. Voici donc un nouveau champ de recherches qui s’ouvre devant nous. Je n’ai qu’une faible espérance à l’heure où j’écris ces lignes de le parcourir dans toute son étendue et d’atteindre le but que mes travaux m’ont fait entrevoir, ( '74 ) l’expérience inexorable ne suivant que de loin et à pas lents le vol de la théorie. Néanmoins la limite est franchie, et dès à présent les composés triammoniques et tétrammo- niques se dévoilent à nos yeux dans une variété véritable¬ ment inattendue. Je ne veux pas terminer ce Mémoire sans exprimer ma gratitude envers M. Peter Griess, dont le zèle infatigable et les soins intelligents m’ont été d’un si puissant secours dans le courant de mes recherches sur les bases phosphorées. W W W\ •‘WNAAA /w* w* v \a MÉMOIRE sur les relations qui rattachent la théorie de la distribution statique de l’électricité à la théorie de la propagation (i); Par M. J.-M. GAUGAIN. 156. Les recherches dont je vais exposer les résultats ont eu pour point de départ l’étude des phénomènes qui se produisent dans les cables télégraphiques sous-marins. Lorsqu’on plonge dans l’eau un câble composé d’un fil métallique et d’une enveloppe isolante, il est clair que ce câble forme une véritable bouteille de Leyde dont les ar¬ mures sont d’une part le fil conducteur et de l’autre l’eau qui entoure le câble •, l influence de l’eau sur le fil donne lieu à une condensation qui nécessairement modifie le coefficient, de charge ( n° 61 ) du fil conducteur } mais si la (rj Les numéros placés en lête des paragraphes de ce Mémoire font suite à ceux des Mémoires précédents, publiés en mai et novembre î 86o et octo¬ bre ! 86 1 . ( Annales de Chimie et de Physique, t. LJX, p. 5; t. LX, p. 3 26, et t. LXII t, p. 201 .) ( *73 ) couche isolante était réellement dépourvue de toute con¬ ductibilité, ce phénomène de condensation ne modifierait pas la loi de la transmission ; elle serait tou jours exprimée par la formule très-simple que j’ai indiquée dans un pré¬ cédent Mémoire (n° 102), et par conséquent la durée de la propagation resterait proportionnelle au carré de la lon¬ gueur du conducteur. Conduit par ces idées, j’ai entrepris de déterminer expérimentalement les coefficients déchargé d’une série d'échantillons de câbles que l’Administration des Lignes Télégraphiques a eu l'obligeance de mettre à ma disposition ; mais j’ai été arrêté dès le début par une diffi¬ culté à laquelle je n’avais pas songé : j ’ai reconnu que la gutta-percha, qui formait l’enveloppe des câbles sur lesquels j’opérais, possédait une conductibilité appréciable; cette conductibilité rend impossible la détermination précise des coefficients de charge et en même temps ôte tout intérêt â cette détermination; l’on comprend en eifet que, par suite de la conductibilité de la gutta-percha, le fil métallique qu’elle enveloppe se trouve soumis à un système continu de dérivations, qu’il doit en conséquence éprouver une déper¬ dition analogue à celle qui résulte de l’action de l’air sur les fils aériens, et qu’en conséquence la loi de la propaga¬ tion ne peut plus être exprimée par la formule simple que j’ai rappelée tout à l’heure. D’après ce que je viens de dire, on voit que la transmis¬ sion de l’électricité peut se trouver retardée dans les câbles immergés par deux causes distinctes, par la condensation qui résulte de l’influence des conducteurs voisins et par les dérivations qui s’établissent à travers l’enveloppe de gutta- percha. Bien que dans la pratique ces deux causes réagis¬ sent nécessairement l’une sur l’autre, il m’a paru indispen¬ sable de les séparer, et pour étudier isolément les lois de la condensation, j’ai pensé qu’il ne fallait employer que des diélectriques qui pussent être considérés comme parfai¬ tement isolants. En conséquence, j’ai exclusivement opéré ( *76 ) sur la gomme laque et sur l’air atmosphérique, me réser¬ vant d’étudier plus tard les propriétés spéciales delà gutta- percha et des substances qui, comme elle, n’isolent qu’im¬ parfaite ment. 157. J’ai employé successivement des appareils de formes et de dimensions très-diverses; mais le résultat général de mes recherches, que je crois utile d’indiquer tout d’abord, peut se résumer d’une manière très-simple en disant que les memes lois mathématiques régissent les phénomènes de propagation et les phénomènes de condensation. J’ai con¬ staté l’exactitude de cette proposition, i° pour le cas des condensateurs cylindriques; 2° pour le cas des condensa¬ teurs plans; 3° pour le cas des condensateurs sphériques. § I. — - Condensateurs cylindriques. 158. Les condensateurs cylindriques sur lesquels j’ai opéré ont toujours été composés de deux cylindres de même longueur, séparés l’un de l’autre par de la gomme laque ou de l’air, mais ces cylindres ont été placés de deux ma¬ nières différentes : d’abord je les ai disposés de manière que leurs axes coïncidassent, puis dans une autre série d’ex¬ périences les axes, toujours parallèles, ont été placés à une certaine distance l’un de l’autre. En conséquence, je divise¬ rai ce chapitre en deux sections qui se rapporteront l’une aux condensateurs cylindriques concentriques , l’autre aux condensateurs cylindriques excentriques . Condensateurs cylindriques concentriques . 159. Je me suis servi pour les expériences dont je vais parler de condensateurs à gomme laque et de condensateurs à air. (J’appelle ainsi les condensateurs dans lesquels le diélectrique est la gomme laque ou l’air.) 160. Les condensateurs à gomme laque étaient formés d’un fil en cuivre recouvert d’une couche plus ou moins ( ‘77 ) épaisse de gomme laque et d’une feuille mince d'étain ap¬ pliquée sur la gomme laque. Le fil formant l’armure inté¬ rieure avait om, 5ode longueur, la couche isolante de gomme laque avait om, 4 6 et l'armure d'étain om, 42. 161. Les condensateurs à air étaient composés d’un tuyau de fer-blanc dans l’intérieur duquel se trouvait placé con¬ centriquement un autre tuyau également de fer-blanc, ou une tige de fer. La longueur commune des tuyaux ou des tiges composant les armures était environ 1 mètre. Le cy¬ lindre intérieur était maintenu en place au moyen de petits bâtons de gomme laque s’appuyant sur le cylindreextérieur. 162. Pour charger ces condensateurs, je mets l une des armures en communication avec le sol et l autre armure en communication avec une source constante. Cette source constante n’est autre chose que l’électroscope h cadran dé¬ crit n° 4. 163. Lorsque le diélectrique possède une certaine con¬ ductibilité, la quantité d’électricité que prend un conden¬ sateur donné peut varier considérablement suivant le temps plus ou moins long pendant lequel ce condensateur reste en communication avec la source j mais quand on* opère sur des condensateurs à air, la durée plus ou moins prolongée de la charge est tout à fait sans influence sur la quantité d’électricité totale qui s’accumule dans l’appareil. Il n’en est pas tout à fait de même pour les condensateurs à gomme laque 5 j’ai trouvé que la charge d’un condensateur de cette espèce était représentée par 55, lorsqu’il ne restait que pendant deux ou trois secondes en communication avec la source, et que cette même charge s’élevait h la valeur 5q, lorsque la communication avec la source était maintenue pendant un quart d’heure. La gomme laque, comme on le voit par cette observation, n’est pas complètement dépour¬ vue de la faculté d’absorber l'électricité, et pour cette raison les condensateurs à air sont préférables, pour l’étude des lois de 1 influence, aux condensateurs à gomme laque. Je Ann. de Chirn. et de Phys 3e série, t. LX1V. ( Février 1862.; 1 2 ( >78 ) me suis peu servi de ces derniers, et quand je l’ai fait, j’ai eu soin de charger de la même manière dans la même série d’expériences, c’est-à-dire de ne jamais laisser les condensa¬ teurs que pendant quelques secondes en communication avec 3a source ou de les y laisser toujours assez longtemps pour qu’ils pussent acquérir sensiblement leur maximum de charge. 164. Pour mesurer la charge que prend l une des ar¬ mures dans des circonstances données, je mets cette armure en rapport avec un petit électroscope à décharges (n° 7) par l’intermédiaire d’un fil de coton et je fais communi¬ quer métalliquement avec le sol l’armure opposée j alors l’électricité de la première armure s’écoule lentement à travers F électroscope et le nombre de décharges quelle produit donne une mesure de sa quantité. J’ai déjà employé dans d’autres circonstances cette espèce de jaugeage, mais je dois ajouter ici une observation relativement aux dimen¬ sions du fil de coton que l’on est obligé de prendre pour in¬ termédiaire, quand l’électricité que l’on veut jauger se trouve, comme dans le cas actuel, distribuée sur la surface d’un bon conducteur. 165. Ces dimensions n’ont rien de déterminé, mais il faut que la résistance du fil de coton reste comprise entre certaines limites ; quand cette résistance est très-grande, l’écoulement de l’électricité est très-lent et par suite la perte résultant de faction de l’air peut acquérir de l’im¬ portance. Si d’un autre côté fou emploie un fil très-bon conducteur, il arrive que pendant la durée du contact de la feuille d’or et de la boule de décharge, ce fil a le temps de se décharger lui-même ainsi que le réservoir auquel il aboutit. Alors une ou deux décharges suffisent toujours pour absorber toute l’électricité que l’on a en vue de me¬ surer et la quantité qui disparaît dans une décharge n’a plus rien de déterminé. Quand au contraire le fil de coton est convenablement choisi, l’ électricité qui constitue % ( 1 79 ) la charge propre de ce lil ne s’écoule qu’en très-petite par¬ tie pendant la durée du contact de la feuille d’or et de la boule de décharge, et la quantité qui disparaît pendant ce contact conserve une valeur invariable : c’est la quantité nécessaire pour charger d'une façon déterminée l’éleclro- scopeseul. Les lils de coton dont me je sers habituellement ont une longueur de 3o à 4<> centimètres; je fais varier suivant l’état de l’atmosphère leur grosseur et par suite leur résistance, en m’arrangeant de telle manière que l’in¬ tervalle entre deux décharges consécutives soit toujours de trois ou quatre secondes au moins. 166. Lorsque les décharges s’arrêtent, que la feuille d’or ne peut plus atteindre la tension qui lui permet de se dé¬ charger, il reste encore une certaine quantité d’électricité, sur l’électroscope, sur le fil de coton et sur le réservoir qu’il s’agit de jauger, et ces quantités qui échappent à la mesure peuvent avoir dans certains cas une importance relative¬ ment considérable. En général cependant il n’est pas tié- cessaire de s’occuper delà quantité d’électricité qui reste sur le réservoir lui-même. Si nous appelons T la tension initiale de ce réservoir et t la tension qu’il conserve quand les décharges de l’électroscope cessent, il est clair que la quantité d’électricité qui traverse l’électroscope ne repré¬ sente pas la charge complète du réservoir à la tension T ; l’on ne mesure en réalité que la quantité nécessaire pour faire passer le réservoir de la tension t à la tension T. Mais, comme on le verra, il suffît en général de pouvoir déter¬ miner cette quantité pour résoudre les questions dont je m’occuperai. 167. Quant aux quantités d’électricité qui restent sur 1 electroscope et ses accessoires, je les évalue de la manière suivante : je prends un réservoir d’une assez grande capa¬ cité, je lui communique une tension déterminée T, et je le jauge une première fois ; puis je le ramène à la même ten¬ sion et je procède à un second jaugeage en employant J’élec- I 2 . ( 1 8o j Iroscope et ses accessoires dans l étal où ils se trouvent à la fin de la première opération. La différence des nombres fournis par les deux jaugeages successifs représente la quantité d’électricité que l’appareil de mesure absorbe. 168. Lorsqu’il est nécessaire de tenir compte de la quan¬ tité d’électricité qui reste sur le réservoir lui-même, l’on peut procéder encore de la manière qui vient d’être indi¬ quée; l’on peut en effet considérer ce réservoir comme une annexe de Félectroscope et se servir de l’électroscope pourvu de cette annexe pour jauger deux fois de suite, comme je l’ai indiqué dans le numéro précédent, un autre réservoir quel¬ conque. La différence des deux nombres obtenus repré¬ sente la quantité d’électricité qui reste, soit sur Félectro- scope, soit sur le premier réservoir, quand les décharges de Félectroscope s’arrêtent. 169. Voici maintenant les résultats auxquels je suis ar¬ rivé : i° Lorsque le cylindre intérieur est collecteur, c’est-à- dire lorsque ce cylindre communique avec la source et que le cylindre extérieur communique avec le sol, la charge influencée du cylindre extérieur est égale à la charge in¬ fluençante du cylindre intérieur. •2° Quand le cylindre extérieur est collecteur, la charge influencée du cylindre intérieur est précisément égale à celle que prendrait ce dernier cylindre s’il devenait influen¬ çant, la source restant la même dans les deux cas. 3° Quand le cylindre extérieur est collecteur, sa charge peut être considérée comme formée de deux parties, l’une qui est égale à la charge influencée du cylindre intérieur, l’autre qui représente la quantité d’électricité que prend le cylindre extérieur lorsqu’il n’est soumis à aucune influence, ou, plus exactement, lorsqu’il est soumis à la seule influence de l’enceinte au milieu de laquelle on opère. (Je crois devoir substituer les mots influence , influen¬ çant, influencé , aux mots induction , inducteur , induit, que ( '8i ) I on emploie plus ordinairement aujourd’hui, parce qu’il ne me parait nullement prouvé que les phénomènes d’in¬ duction électrodynamique, découverts par M. Faraday, aient rien de commun avec les phénomènes d’influence statique et qu’il est convenable de se servir de mots diffé¬ rents pour désigner des choses différentes.) 170. Je vais citer quelques-unes des expériences qui m ont servi à établir les trois propositions précédentes; elles ont été exécutées sur un condensateur à air (n° 161) formé de deux tuyaux de fer-blanc, l’un de 4° millimètres, l’autre de 8o millimètres de diamètre. 171. On peut d abord démontrer d’une manière très- simple que, dans le cas où le cylindre intérieur est collec¬ teur, la charge influencée est égale à la charge influençante • il suffit en effet de charger le condensateur, puis de rompre les communications établies, soit avec la source, soit avec le sol, et de faire communiquer pendant un instant les deux armures entre elles au moyen d’une tige métallique pour¬ vue d’un manche isolant. Après cette opération, si l’on explore les deux armures avec un électroscope, on ne trouve d’électricité nulle part. 172. Mais je me suis aussi servi de la méthode des jau¬ geages pour mettre directement en évidence l égalité des charges influencée et influençante : pour obtenir la valeur de la charge influençante , je charge le condensateur en prenant le cylindre intérieur pour collecteur, puis laissant subsister la communication établie entre le sol et l'armure extérieure, je supprime celle qui existe entre la source et l’armure intérieure et je mets celle armure intérieure en rapport avec l’électroscope cà décharges ; pour mesurer la charge influencée, je charge le condensateur de la même manière que tout à l’heure, puis je fais communiquer l’armure intérieure avec le sol et l’armure extérieure avec l’électroscope cà décharges. En opérant ainsi, j’ai trouvé dans une expérience que la charge influençante produisait \ ( 182 ) 56 décharges et que la charge influencée en produisait 4 6. Ces deux nombres 11e sont pas égaux, mais il faut re¬ marquer que clans le cas dont il s’agit il est necessaire de tenir compte de la quantité d’électricité qui resie à la fin de chaque opération sur l’armure que l’on jauge, ce reste ayant une valeur difïérente suivant que l’on opère sur l’armure Intérieure ou sur l’armure exté¬ rieure. Pour mesurer cette valeur, j’ai procédé de la ma¬ nière indiquée (n° 168) et j'ai trouvé que la quantité qui restait sur l’armure extérieur e était représentée par i3 dé¬ charges, tandis que celle qui restait sur l’armure intérieure était représentée par i3 décharges seulement. D’après cela la valeur complète de la charge influençante est 56 -H i3 et Sa valeur complète de la charge influencée 46 H- 23-, ces deux sommes sont identiques. 173. Voici maintenant l’une des expériences qui m’ont servi à établir la seconde des propositions du 11 0 169. i° J’ai chargé le condensateur cylindrique en prenant pour collec¬ teur le cylindre intérieur et j’ai jaugé la charge de cette ar¬ mure extérieure. J’ai obtenu 79 décharges de l’électroscope. 20 J’ai chargé de nouveau le condensateur cylindrique, mais en prenant cette fois pour collecteur le cylindre exté¬ rieur, et j’ai jaugé la charge développée par l’influence sur l’armure intérieure. J’ai encore obtenu 79 décharges. Il n’y a pas ici à s’occuper des quantités d’électricité qui échappent à la mesure ; comme on jauge dans les deux expériences la même armure (l’intérieure), la perte est la même dans les deux cas, et le jaugeage donnant des nombres égaux, les valeurs complètes des charges sont elles-mêmes nécessaire¬ ment égales. 174. Enfin la troisième des propositions du n° 169 se trouve démontrée par la série d’expériences suivante. i° J’ai chargé le cylindre extérieur eu le faisant communi¬ quer avec la source et en laissait} isolée l’armure intérieure ; j’ai jaugé la charge ainsi communiquée, en laissant toujours ( 1 83 ) l’armure intérieure isolée, et j’ai obtenu 25 décharges. Ce nombre représente ce qu’on a coutume d’appeler 1 électri¬ cité libre du cylindre extérieur. 2° J’ai chargé le condensa¬ teur cylindrique, en prenant pour collecteur le cylindre ex¬ térieur et en faisant communiquer l’armure intérieure avec le sol; j’ai jaugé la charge ( influençante ) de l’armure exté¬ rieure et j’ai obtenu 106 décharges. 3° Enfin le condensa¬ teur étant chargé comme dans l’expérience 2°, j’ai jaugé la charge ( influencée ) du cylindre intérieur, et j’ai obtenu yg décharges. Comme nous voulons comparer ici la charge influençante à la somme des charges libre et influencée, nous ne pouvons négliger la quantité d’électricité absorbée par l’électroscope, attendu que la perte résultant de celte absorption affecte inégalement les deux termes de la com¬ paraison. J’ai déterminé la valeur de celte quantité de la manière indiquée n° 167 et j’ai trouvé qu’elle était repré¬ sentée par 2 décharges de l’électroscope; d’après cela, les valeurs corrigées des charges sont : Charge influençante de l’armure extérieure. Charge libre de la même armure . Charge influencée de l’armure intérieure. . . 1 06 + 2 = 1 08 2.5 + 2 = 2 7 79+ 2 — 8 1 La première de ces trois charges est rigoureusement égale à la somme des deux autres. Il n’est pas nécessaire de tenir compte des quantités d’électricité qui restent à la fin de chaque opération sur l’armure que l’on jauge. En effet, désignons par T la ten¬ sion de la source, par ?la tension de l’électroscope au mo¬ ment où les décharges s’arrêtent, par P et p les charges influençantes de l’armure extérieure correspondant aux tensions T et £, par E etc les charges libres de cette même armure pour les mêmes tensions, enfin par JN et n les charges influençantes de l’armure intérieure qui corres¬ pondent encore aux mêmes tensions. Si l’on admet que l oti ait la relation ( i 84 ) P — N -+- E, il est bien clair que l’on aura également p — ri + e et par conséquent P — p — INT — n - f- E — e ; or cette dernière relation se trouve vérifiée par l’expé- rience que je viens de citer. 175. Laquantitéd’électricitéque tout à l’heure j’ai appelée libre , conformément au langage habituel, n’est pas, à pro¬ prement parler, plus libre que celle à laquelle on donné le nom de dissimulée, elle exerce son influence sur l’enceinte environnante et elle est maintenue en équilibre par une quantité précisément égale d’électricité de signe contraire qui se trouve distribuée sur cette enceinte. La dernière des expériences que j’ai citées prouve donc en définitive que l’influence exercée par le cylindre extérieur sur les corps environnants s’ajoute sans la modifier à l’influence que le même cylindre exerce sur le cylindre intérieur. La charge totale du cylindre extérieur reste toujours égale a la somme des quantités développées par influence soit au de¬ dans, soit au dehors. Or, cette loi étant vraie pour un con¬ densateur placé au milieu d’une enceinte irrégulière, telle que les parois d’une chambre, ne peut manquer de l’être encore lorsqu’on substitue à cette enceinte irrégulière un troisième cylindre enveloppant les deux premiers. J’ai vé¬ rifié l’exactitude de cette conclusion sur un condensateur à air formé de trois cylindres concentriques dont la lon¬ gueur commune était i mètre, et dont les diamètres respec¬ tifs étaient 5mm,6, 4o et 80 milli mètres. J’ai jaugé : i° La charge libre p du cylindre moyen, c’est-à-dire la charge que prend ce cylindre lorsqu’il est mis en commu- ( *S5 ) nication avec la source et que les deux autres cylindres restent isolés; 20 La charge P que prend le cylindre moyen lorsque les deux autres communiquent avec le sol ; 3° La charge IN que prend le cylindre moyen lorsque le cylindre extérieur est isolé et que l’intérieur communique avec le sol ; 4° Enfin la charge IV que reçoit le cylindre moyen lorsque le cylindre extérieur communique avec le sol et que l’intérieur reste isolé. D’après la première des proposi¬ tions du n° 169, la charge influencée du cylindre extérieur est égale à JV, et d’après la troisième des propositions du même numéro, la charge influencée du cylindre intérieur a pour valeur N — jj . La charge totale influençante est re¬ présentée par P-, par conséquent, si le principe énoncé plus haut est exact, on doit avoir P — N— + Or les valeurs fournies par Pexpérience ont été : P — 1 3o, N= 60, P = 24, q5; par conséquent l’on a N — p -h N'= 1 3 1 , nombre qui ne diffère que de — — de la valeur obtenue pour P. Il n’y a pas à s’occuper des quantités d’électricité qui restent à la fin de chaque opération, soit sur l’électroscope, soit sur le cylindre que l’on jauge. Comme on opère tou¬ jours sur le même cylindre, la quantité que I on néglige a la même valeur dans les quatre opérations, et par consé- ( '86 ) quent si l’on voulait en tenir compte, il faudrait augmenter de la même quantité les valeurs de P, N, p et Nr, ce qui ne troublerait pas la relation P = N — p + N'. 176. Les résultats mentionnés jusqu’ici peuvent être re¬ gardés comme des conséquences de ce principe général que la charge influençante est toujours rigoureusement égale à la charge influencée. Il restait à rechercher comment la valeur commune de ces deux charges varie avec les dimen¬ sions de l’appareil. C’est par le tâtonnement que je suis ar¬ rivé à découvrir la loi de cette variation ; au moment où j’ai exécuté mes recherches, je ne supposais nullement que les lois de la propagation pussent s’appliquer à l’in¬ fluence. Mais, comme j’ai reconnu depuis que la même théorie embrasse les deux classes de phénomènes, je vais indiquer d’abord la formule très-simple qui représenterait l’intensité du courant s’il y avait propagation, et j’expose¬ rai ensuite les expériences qui démontrent que cette même formule donne la valeur de la charge dans le cas de la condensation. 177. Concevons un cylindre métallique A ( fi g . 1 ) en- Fig. 1. veloppé d’un anneau cylindrique AB dont la substance ne conduise que médiocrement, et imaginons que cet anneau soit lui-même enfermé dans un troisième cylindre B qui possède, comme le cylindre A, une conductibilité très- ( ‘87 ) grande. Si l’on met le cylindre intérieur A en communica¬ tion avec une source constante d’électricité et si l’on fait en même temps communiquer le cylindre extérieur B avec la terre, il est clair que l’électricité se propagera du cylindre intérieur au cylindre extérieur et qu’elle marchera dans la direction des rayons. Comme nous supposons que la conductibilité du cylin¬ dre intérieur est de beaucoup supérieure à celle de l’an¬ neau moyen, nous pouvons admettre que la tension est par¬ tout la même dans toute l’étendue du cylindre A, bien que ce cylindre 11e communique avec la source constante d’é¬ lectricité que par l’une de ses bases. Par la même raison la tension peut être considérée comme nulle dans toute l’éten- due du cylindre B. Si nous supposons que les trois cylindres soient coupés par une série de plans équidistants perpendiculaires cà l’axe, il est clair que les disques provenant de celte division trans¬ mettront dans le même temps des quantités égales d’él ec- trieité, du moins si l’on excepte les disques placés dans le voisinage des bases. Par conséquent, lorsque la longueur des cylindres est très-grande par rapport à leur diamètre, de telle sorte qu’on puisse considérer comme négligeables les perturbations qui se produisent dans le voisinage des bases, la résistance totale de l’anneau cylindrique est égale à la fraction — de la résistance de l’un des disques qui le for¬ ment, si le nombre des disques est m : en d’autres termes, la résistance de l’anneau cylindrique est en raison inverse de sa longueur. Maintenant considérons l’espace annulaire compris entre les deux cercles très-voisins qui ont pour rayon OC et 01) (fig. 1 ), la résistance de cet espace sera directement pro¬ portionnelle à la différence CD des rayons et inversement proportionnelle au développement de la circonférence OC], puisque réleclricilé se propage exclusivement dans la direc- ( i88 ) lion des rayons. Si donc nous désignons par x le rayon OC auquel cas CD sera dx et si nous représentons par l la lon¬ gueur de l’anneau cylindrique, par k la conductibilité de la substance qui le forme, par a un coefficient constant, la résistance de l’anneau compris entre les cercles dont les rayons sont OC et OD aura pour expression adx • —.ni—. • 2 G7 l kx Mais si nous appelons p la résistance de l’anneau com¬ pris entre les cercles dont les rayons sont OA et x , la diffé¬ rentielle de cette résistance sera la résistance de l’anneau compris entre les cercles dont les rayons sont x et x -f- dx. Nous aurons donc et par conséquent a iTzlk dx — i x a ‘Ixzslk log x -4- const . •> et, en posant OA = r et OB = Pt, ", log?— 2 cr Ik r Il résulte de là que si nous appelons t la tension de la source, l’intensité E du courant transmis aura pour valeur E 2 tz Ikt a log R Cette formule, comme je l’ai annoncé plus haut, est éga¬ lement propre à représenter la quantité d’électricité qui s’accumule sur l’un ou l’autre des cylindres A et B, lorsque le diélectrique compris entre ces armures est dépourvu de ( >8y ) conductibilité*, il faut changer seulement la signification des coefficients À et a : dans le cas de la propagation, k re¬ présente le coefficient de conductibilité-, il représente, dans le cas de l’influence, le coefficient de capacité inductive. Dans le cas de la propagation, - exprime l’intensité du cou- a rant qui se propage à travers un anneau cylindrique de dimensions déterminées quand la tension de la source est égale à l’unité*, dans le cas de l’influence, - représente la charge qui s’accumule sur l’une des armures du même an¬ neau quand on suppose également que la tension de la source est égale à l’unité. 178. Pour démontrer qu’en effet la formule qui vient d’être établie peut s’appliquer aux phénomènes de conden¬ sation, il suffit de prendre une série de condensateurs cy¬ lindriques, de même longueur et de diamètres différents, de les charger successivement, en faisant communiquer le cylindre intérieur de chacun d eux avec une même source constante, le cylindre extérieur communiquant au sol, et de jauger la charge influençante reçue par chacun des cy¬ lindres intérieurs. Je citerai quelques-uns des résultats que j’ai obtenus en procédant de cette manière. 179. Première série d’expériences exécutée sur deux condensateurs à air A et B de i mètre de longueur. Le condensateur A formé de deux cylindres de 20 et de 4o millimètres. Le condensateur B formé de deux cylindres de 40 et de 80 millimètres. Condensateur A. inobservation . 81 décharges 2e » 79 Moyenne ... 80 ( '9° ) Condensateur B. ïre observation . 79 décharges 2e » 80 '■) Moyenne... 79 ,5 D’après la formule les deux charges doivent être égales puisque le rapport — a la même valeur 2 pour l’un et l’au¬ tre appareil ; on voit qu’en fait elles sont égales à près. On n’apas besoin de s’occuper de la quantité d’électricité qui reste à la fin de chaque opération sur l’armure que l’on jauge. Les nombres obtenus conformément à l’observation du n° 166 ne représentent que la quantité d’électricité né¬ cessaire pour passer de la tension t à la tension T, mais cette quantité est évidemment proportionnelle, aussi bien R. que la charge totale, à îog — Quant à la quantité d’électricité absorbée par l'électro- scope lui-même, on peut aussi la négliger, parce que la perte résultant de cette absorption affecte également les résultats que l’on compare et ne peut pas troubler le rapport d’éga¬ lité qui existe entre eux. 180. Deuxième série d’expériences exécutée sur trois condensateurs à air , B, G et D, de 1 mètre de longueur. Le condensateur B de la série précédente. Le condensateur C formé de deux cylindres de 10 et de 4o millimètres. Le condensateur D formé de deux cylindres de 10 et de 80 millimètres. Condensateur B. inobservation . 7 4 décharges 2e » 76 » Moyenne ... 7 5 ( '.9' ) Condensateur' C. inobservation . 37 2 e » 87 décharges Moyenne . 37 Condensateur D. ire observation. 2e » 3e 24 décharges 2 5 » 24 » Moyenne... 24,3 Comme les charges des condensateurs B, C et D ont entre elles des rapports qui diffèrent de l’égalité, il n’était plus possible dans cette série d’expériences de faire abstraction de laquantité d’électricité absorbée par l’électroscope. Cette quantité a donc été mesurée de la manière indiquée 110 167 et je l’ai trouvée équivalente à 2 décharges. Les charges complètes sont donc : Pour le condensateur B . 75,0 -b 2 = 77 » G . 07 >o — (— 2= 3q » D . 24 , 3 -H 2 = 26 , 3 Or les valeurs du rapport — étant 2 pour B, 4 pour C et 8 pour D, les logarithmes de ces nombres sont entre eux :: 1 : 2 : 3. Par conséquent la chargede B étanty 7, l’on devraitavoi r : Pour C . 38,5 Pour D . 25,7 Ces nombres ne diffèrent que très-peu de ceux qu’a four¬ nis l’expérience. 181 . Troisième série d’expériences exécutée sur les con¬ densateurs à gomme laque décrits dans le n° 160. ( ’92 ) J’ai comparé quatre condensateurs : in m m m E dont les armures cylind. avaient pour diamètre o,75 et 3 F » )> » o , 75 et 6 G » » » o,75 et io H M» » » o,75 et i7 J’ai obtenu Pour E . . . 57 décharges » F . .. 37 » G . » » H .... . ■ • 2 7 » (en comprenant dans chacune de ces valeurs les deux dé¬ charges qui représentent la quantité d’électricité absorbée par lélectroseope). Or, la charge du condensateur E étant exprimée par 57, la formule logarithmique donnerait : Pour F la valeur. . . . 38, o « G la valeur . 3o,5 » H la valeur . .... 25,3 Ces nombres sont encore assez voisins de ceux qui ont été obteuus par l’observation directe*, mais, comme je l’ai fait remarquer n° 16f>, les condensateurs à gomme laque ne peuvent pas donner des résultats aussi précis que les con¬ densateurs à air , en raison de l’espèce d’absorption qu’exerce le premier de ces diélectriques. J’ajouterai que les conden¬ sateurs à gomme laque dont je me suis servi étaient assez grossièrement construits. N’ayant pas de moules à ma dis¬ position pour couler la gomme laque, je l’ai appliquée à l’état pâteux sur les fils de métal qui devaient former l’ar¬ mure intérieure des condensateurs, puis je lui ai donné une forme à peu près cylindrique en la roulant sur un plan de ( «93 ) marbre. Or on ne peut obtenir de cette manière une couche d’épaisseur parfaitement uniforme et par suite les diamètres indiqués pour les armures extérieures ne sont que des dia¬ mètres moyens. 182. Je crois inutile de citer un plus grand nombre de résultats numériques. Mais j’ai fait beaucoup d’autres obser¬ vations, soit sur les huit condensateurs dont il vient d’être question, soit sur d’autres condensateurs à air dont les ar¬ mures avaient pour diamètre : 5,6 et 4o millimètres 5,6 et 8o » i ,4 et 20 » i ,4 et 4 ° » i ,4 et 8o » et tous les résultats obtenus se sont accordés d une manière très-satisfaisante avec la formule théorique. Je crois donc qu’il est impossible de douter de l’exactitude de cette for¬ mule, et l’on peut dire par conséquent que dans le cas au moins des condensateurs cylindriques concentriques la charge est exprimée par la loi mathématique qui repré¬ senterait le flux transmis d'une armure à Vautre si le dié¬ lectrique devenait conducteur. Condensateurs cylindriques excentriques . 183. Dans la première partie de ce chapitre je me suis exclusivement occupé des condensateurs cylindriques con¬ centriques et j’ai déterminé la relation qui existe entre la charge de cette espèce de condensateur et les rayons des cylindres qui forment ses armures. Les nouvelles recher¬ ches dont je vais exposer les résultats ont eu pour but de résoudre cet autre problème : Les diamètres des cylindres armures étant supposés invariables et les axes de ces cy¬ lindres étant assujettis à la condition de rester parallèles , Ann. de Chim. et de Phys., 3e série, t. LXIV. (Février 1862.) l3 ( '94 ) déterminer la relation qui existe entre la distance de ces axes et la charge du condensateur. Cette question n’a pas le même intérêt pratique que celle dont, je me suis occupé d’abord, parce qu’il est bien clair que l’on ne doit employer pour les usages télégraphiques que des câbles dont le fil conducteur et l’enveloppe isolante soient aussi parfaitement concentriques que possible. Mais au point de vue philosophique le noiiveau problème que je viens de poser ofire peut-être plus d’intérêt que celui qui fait l’objet delà première section de ce chapitre. 184. On sait que deux théories de l’influence, très-diffé¬ rentes en apparence au moins, sont en présence depuis longtemps, sans qu’aucun argument décisif soit venu dé¬ montrer rigoureusement l’inexactitude de l une ou de l’au¬ tre. D’après l’ancienne théorie admise par Coulomb et Poisson, l’influence s’exerce à distance et toujours en ligne droite à travers les corps isolants. Suivant la nouvelle théo¬ rie mise en avant par M. Faraday, l’influence se propage de molécule à molécule, par l’intermédiaire des diélectri¬ ques ou milieux interposés, et la propagation s’effectue le plus généralement suivant des lignes courbes. M. Faraday n’admet pas qu’il y ait de différence essentielle entre les deux modes de propagation de l’électricité (par voie d’in¬ fluence et par voie de conductibilité), et dit expressément dans l’un de ses Mémoires publié en 1837 ( Experimental Researches , série XII, n° 1320): « La faculté d isoler et la faculté de conduire 11e sont que deux degrés extrêmes d’une même propriété et devront être considérées comme étant de même nature dans toute théorie mathématique suffisante. » (. . . insulation and conduction are only extreme de grecs of one common condition or ejfjectg and in any sufficient ma- thematical theory of electricity must he taken as cases of the same kind). D’après cela l’on voit combien il est impor¬ tant de rechercher si réellement les mêmes lois mathéma¬ tiques s’appliquent aux phénomènes d’influence et à ceux t ( *y5 ) de conductibilité, et comme on ne peut pas douter que les derniers ne soient régis parla théorie d’Ohrn, la question se réduit à rechercher si les phénomènes d’influence peu¬ vent se rattacher également à cette même théorie. 185. La question, comme nous l’avons vu n° 182, se trouve résolue affirmativement dans le cas particulier des condensateurs cylindriques concentriques, mais ce résultat ne suffit pas pour établir l’inexactitude de l’ancienne théorie, parce qu’on ne sait malheureusement pas à quelle loi mathématique conduirait cette théorie dans le cas dont il s’agit. La recherche de cette loi offrirait peut-être de grandes difficultés d’analyse ; personne, je crois, ne s'en est occupé et l’on ne peut pas affirmer que les deux théories, malgré la différence de leurs principes, ne conduisent pas à la même formule dans un cas particulier. Il y a même une raison de croire qu’il en pourrait être ainsi dans le cas con¬ sidéré. En effet, l’un des caractères qui distinguent le plus nettement la théorie de M. Faraday de l’ancienne théorie, c’est que dans la première l’influence se propage générale¬ ment en ligne courbe et que dans la seconde elle s’exerce toujours en ligne droite. Or dans le cas particulier des con¬ densateurs cylindriques concentriques, ce caractère dis¬ tinctif disparait. Il résulte de la symétrie de la figure que dans l’une comme dans l’autre théorie l’influence doit se propager exclusivement en ligne droite. Il semble donc qu’il y ait quelque chance pour que les deux théories con¬ duisent aux mêmes résultats. Cette coïncidence au contraire paraît très-improbable dans le cas des condensateurs cylin¬ driques excentriques, puisqu’alorsla très- majeure partie de l’influence doit s’exercer en ligne courbe suivant la théorie de Faraday, tandis qu elle s’exerce exclusivement en ligne droite suivant la théorie ordinaire. L’étude expérimentale des condensateurs cylindriques excentriques semble propre, pour cette raison, à servir de contrôle aux théories. 186. Je me suis servi pour cette étude d’un condensa- ! 3 . ( ‘9« ) leur à air formé de deux tuyaux de fer-blanc de i mètre de longueur- les diamètres de ces tuyaux étaient io et 80 milli¬ mètres, et ils étaient placés l’un dans l’autre de manière que leurs axes fussent toujours parallèles. J’ai fait varier la distance de ces axes et pour chaque position j’ai déterminé la charge, que prenait le cylindre intérieur lorsqu’ilétait mis en rapport avec une source constante, le cylindre extérieur communiquant au sol. J’ai exécuté cette détermination au moyen de l’électroscope à décharge et de la manière indi¬ quée plus haut (n° 1 64 et suivants ) . 187. Voici les résultats obtenus dans une série d'expé¬ riences : DISTANCE DES AXES en millimètres. VALEUR OBSERVÉE de la charge. VALEUR CALCULÉE. DIFFÉRENCE. 0 29 1000 1000 17,5 33 1137 H27 + n3 20 33,5 1 1 55 H69 1 ~ 83 23 36 !2'jl I25ü 1 125 25 38 i3io i33o 1 ~ 66 ?7 43 1482 *4:9 3o 5o 1724 1729 1 ~ 345 Sous le titre valeur observée cle la charge , j’ai inscrit deux séries de chiffres ; ceux de la première colonne à gau¬ che représentent les nombres de décharges fournies par l’électroscope 5 ceux de la deuxième colonne, proportionnels a$ux premiers, ont été calculés en prenant pour 1000 la charge du condensateur concentrique. J indiquerai pius loin, 110 199, la formule au moyen de laquelle ont été obtenues les valeurs calculées. ( *97 ) Pour la raison indiquée nos 166 et 167, on n’a pas besoin de s’occuper de la quantité d’électricité qui reste à la fin de chaque opération sur le cylindre que l’on jauge, mais il est indispensable de tenir compte de ce qui reste sur l’électro- scope à décharges. Cette dernière quantité, équivalente à deux décharges, se trouve comprise dans les nombres du tableau. 188. Maintenant si l’on prend pour abscisses les excen¬ tricités et pour ordonnées les charges correspondantes, on peut construire la courbe des charges et ii ne reste plus qu à rechercher si la relation que cette courbe représente s’accorde ou non avec la théorie d’Ohm. Cette question peut être traitée par l’analyse, comme je l’indiquerai plus loin, mais on peut la résoudre aussi par une méthode expé^ riment ale qui dispense de tout calcul. Si l’on imagine que les armures cylindriques du conden¬ sateur employé dans les expériences dont j’ai donné les ré¬ sultats, soient séparées non plus par de l’air, mais par un milieu conducteur, et si 1 on suppose que ces armures, deve¬ nues des électrodes, soient maintenues à des tensions diffé¬ rentes, il est clair qu il y aura un flux transmis d’un cylin¬ dre à 1 autre et la grandeur de ce flux sera liée à la distance des axes par unereîation qui sera d’accord, on n’en peut pas douter, avec la théorie d’Ohm. Si donc on construit empiri¬ quement la courbe qui représente les flux en fonction de l’excentricité, on pourra considérer celte courbe comme étant l’expression rigoureuse de la loi théorique, et s’il arrive qu elle coïncide avec la courbe des charges fournie par la précédente série d’expériences, il en résultera nécessaire? ment que la loi des charges est elle-même conforme à la théorie d’Ohm. Tout se réduit donc à déterminer expéri¬ mentalement la courbe des flux. 189. Pour arriver à cette détermination j’ai successive¬ ment employé deux procédés complètement différents : j’ai opéré d’une part sur un liquide quel’on a coutume de ranger ( '98 ) parmi les corps isolants, sur l’huile d’olive, et de l’autre sur un électrolyte, sur une dissolution de sulfate de cuivre. 190. Dans 1 es recherches relatives à la condensation, il est nécessaire d’employer des cylindres d’une assez grande longueur, d’abord pour obtenir des charges qui ne soient pas trop petites pour être mesurées, puis pour que l’in¬ fluence exercée sur les corps environnants parles parties du cylindre intérieur qui avoisinent les bases soit négligeable en comparaison de l’influence de ce même cylindre intérieur sur le cylindre extérieur. Dans les expériences qui se rap¬ portent à la propagation, il n’y a pas de raison pour donner une grande longueur aux cylindres électrodes, parce qu’il n’y a pas de flux qui parte des bases du cylindre intérieur, pour se diriger vers les corps de l’enceinte, et lorsqu’on emploie l’huile d’olive comme conducteur, il y aurait même de l’inconvénient à donner une grande hauteur au cylindre liquide, parce qu’alors le flux serait trop considérable et ne pourrait être mesuré par les méthodes dont, je me sers. J’ai opéré sur des couches annulaires d’huile de 8 à io millimè¬ tres seulement d’épaisseur. Les cylindres qui limitaient l’anneau liquide et servaient d’électrodes étaient en zinc, leurs diamètres étaient io et 8o millimètres, les mêmes que ceux des cylindres qui formaient les armures des conden¬ sateurs précédemment employés (nos186 et 187). Le fond du vasequi contenait l’huile était ungâteau degommelaque. Le cylindre de 8o millimètres était fixé dans ce gâteau de manière à former avec lui un vase cylindrique; mais le cy¬ lindre de io millimètres, maintenu au moyen d’une tige iso¬ lée et de supports extérieurs, ne faisait que s’appuyer sur le fond dégommé laque, de telle sorte que l’on pouvait faire varier à volonté sa position par rapport au cylindre exté¬ rieur. 191. Pour déterminer les flux correspondant aux di¬ verses positions du cylindre intérieur, je me suis servi de la méthode des durées dé écoulement, décrite nos 4 et 5. Le ( '99 ) cylindre extérieur étant en communication avec la terre, j’ai mis le cylindre intérieur en rapport avec un électro- scope à cadran chargé à 3o°et j’ai compté le temps nécessaire pour que la tension tombât de 3o cà 25°. 192, Comme le fond du vase qui renfermait l’huile d’olive n’était ni parfaitement plan, ni parfaitement hori¬ zontal, les légères imperfections qu’il présentait sous ce double rapport auraient pu avoir de l’importance eu égard à la faible épaisseur de la couche d’huile. Pour obvier à celte cause d’erreur, voici la marche que j’ai suivie. Pour obtenir le flux correspondant à une excentricité donnée, 20 millimètres par exemple, j’ai placé successivement le cylindre intérieur dans quatre positions différentes séparées par des arcs de 90°, en maintenant toujours entre les axes la même distance de 20 millimètres-, j’ai déterminé pour chaque position la durée d écoulement et j’ai comparé la moyenne des quatre durées ainsi obtenues à la durée d'é¬ coulement qui a été trouvée dans le cas des cylindres con¬ centriques. 193. Le tableau suivant contient les résultats d’une série d’expériences exécutées de la manière que je viens d’indi¬ quer. Les nombres qui expriment les jlux observés , sont des nombres inversement proportionnels aux durées d'écoule¬ ment directement fournies par l’expérience. ( 200 ) Flux transmis par ï huile cV olive. DISTANCE DES AXES en millimètres. VALEUR OBSERVÉE du flux. VALEUR CALCULÉE. DIFFÉRENCE. 0 IOOO 1000 17,5 I l45 I I27 + To 20 1 I72 H69 1 + 390 ‘23 1283 125o 1 + 38 2 5 *3 79 i33o ^ à 27 i5o4 *479 OJ O 1755 1729 + k - 5— — i - — — 194. Après avoir déterminé, comme je viens de le dire, la loi du mouvement lent transmis par l’huile d’olive, j’ai fait une autre série d’expériences pour établir la loi du mouvement incomparablement plus rapide qui se propage à travers un électrolyte. Je me suis servi pour ces nouvelles expériences d’un vase à fond de gomme laque absolument semblable à celui que j’ai décrit plus haut \ seulement j’ai remplacé les électrodes cylindriques de zinc par des élec¬ trodes en cuivre de mêmes dimensions et j’ai substitué à l’huile d’olive une dissolution de sulfate de cuivre. J’ai fait varier, comme dans le cas de l’huile, la distance des élec¬ trodes cylindriques, et pour chacune des positions diverses du cylindre intérieur j’ai mesuré la résistance de l’anneau 195. Je me suis servi pour cette mesure de la méthode du galvanomètre différentiel employée par M. Edmond Becquerel dans ses recherches sur la conductibilité des liquides. Cette méthode étant bien connue, il me suffira d’indiquer en quelques mots de quelle manière je l’appli- ( 2°1 ) que au cas particulier dont nous nous occupons. Je prends un élément de Daniell et j’établis entre ses pôles une com¬ munication au moyen de deux branches de circuit, qui sont composées de la manière suivante : l’une de ces branches comprend l’anneau liquide dont je veux mesurer la résis¬ tance et l’un des fils du galvanomètre différentiel 5 la seconde branche se compose du deuxième fil du galvanomètre et d’une série de bobines ou de fils de résistances connues. Les communications étant établies de telle manière que les cou¬ lants dérivés, qui traversent les fils du galvanomètre, sol¬ licitent l’aiguille dans des directions opposées, il est clair que ces courants ont la même intensité lorsque l’aiguille se maintient à zéro, et qu’alors la résistance de l’anneau liquide doit être égale à la résistance connue des bobines introduites dans l’autre partie du circuit. Lors donc qu’on veut déterminer la résistance d'un anneau liquide donné, il suffit de trouver par tâtonnement une série de bobines ou de fils qui ramène à zéro l’aiguille du galvanomètre. Un rhéostat serait d’un emploi beaucoup plus commode que la série de bobines numérotées dont je parle, mais les instru¬ ments de ce genre, que j’ai eus à ma disposition, m’ont paru tellement imparfaits, que j’ai renoncé à m’en servir. 196. La plupart des physiciens qui ont étudié la con¬ ductibilité de la dissolution de sulfate de cuivre ont trouvé que ce liquide ne se polarisait point et n’offrait pas de ré¬ sistance au passage appréciable, lorsque les électrodes étaient en cuivre. J’ai obtenu, je ne sais pourquoi, un ré¬ sultat différent. Toutes les dissolutions de sulfate de cuivre sur lesquelles j’ai opéré se sont très-nettement polarisées et j’ai constaté que la résistance au passage pouvait, dans cer¬ tains cas, acquérir une valeur considérable relativement à la résistance totale du liquide. Cela 11’arrive pas générale¬ ment lorsqu’on opère sur des colonnes cylindriques d’une petite section et d’une assez grande longueur, et que le mou¬ vement se propage .d’une base à l’autre parallèlement à ( 202 ) 1 axe, parce qu’alors la résistance propre du liquide est considérable; mais lorsque la transmission de l’électricité s’effectue, comme dans mes expériences, dans des directions perpendiculaires à l’axe du cylindre liquide, la résistance propre de ce cylindre peut être très-petite et la résistance au passage peut devenir relativement importante; pour éviter qu’il en fût ainsi, j’ai employé des dissolutions très- étendues et je n’ai donné que 1 5 à 1 6 millimètres d’épaisseur à la couche liquide. Par ces moyens, j’augmente la résis¬ tance propre du liquide sans augmenter, du moins dans le même rapport, la résistance au passage, et cette dernière résistance devient négligëable par rapport à l’autre. 197. Pour tenir compte des inégalités d’épaisseur et même des inégalités de composition que peut présenter la couche liquide, je donne successivement quatre positions différentes à l’électrode intérieur, comme je l’ai indiqué précédemment, n° 192, je prends la moyenne des quatre résistances correspondant à ces positions et je compare cette moyenne à la résistance obtenue dans le cas où les élec¬ trodes sont concentriques. 198. Le tableau suivant contient les résultats d’une série d’expériences exécutée de cette manière. Les nombres qui expriment les flux sont inversement proportionnels aux valeurs des résistances obtenues par l’observation directe. ( 203 ) Flux transmis par une dissolution de sulfate de cuivre. DISTANCE DES AXES en millimètres. ü 17,5 20 •23 25 27 3o VALEUR OBSERVEE du fiux. IOOO 1 1 1 1 1 162 I 232 VALEUR CALCULEE. IOOO 1127 I lC>9 1200 i3]o j4:9 *729 ■aBonnnBB DIFFERENCE. I 70 I 2 J3 I ^9 1 120 1 Tes 1 1 15 199. Lorsque j’ai exécuté les expériences dont je viens d’indiquer les résultats, je 11e connaissais pas la formule mathématique qui exprime la grandeur du courant trans¬ mis, en fonction des rayons des cylindres électrodes et de la distance de leurs axes. Depuis cette époque, l’un des sa¬ vants rédacteurs des Annales télégraphiques, M. Blavier, a eu l’obligeance de rechercher et de me faire connaître cette formule qui se déduit par un calcul assez simple de la théorie de la propagation dans un plan établie par M. Kirchhoff, Voici cette formule, à l’aide de laquelle j’ai obtenu les nombres inscrits dans la colonne des tableaux ( nos 187, 193 et 1 98 j qui a poui tilie f a 1 e ui c a le 11 1 ee . R2 -h r2 — a- -f- \J[ R -t- r -+- a)( R -f- r — a) (R — r-f- a J (R — r — a) & R2 -h r2 — a& 7 — \/( R -b /’ H- cl ) ( R -f- r — a) (R — r~ f- a) (R — r — a) p représente la résistance du liquide, c’est-à-dire une quantité inversement proportionnelle au courant qui le traverse quand on suppose que l’on maintient l’un ( 204 ) des électrodes à la tension i et l'autre à la tension zéro, R et r représentent les rayons des cylindres électrodes, cl est la distance des axes, k est un coefficient proportionnel à la conductibilité du liquide. 200. L’on voit d’abord à l’inspection du tableau (n°198) que l’intensité du courant transmis dans le cas de l’élec- trolysation est telle que l’indique la théorie d’Ohm déve¬ loppée par M. Kirchhoff. Ce dernier physicien a constaté par des observations directes ( Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t. XL, p. 1 1 5 ) que les lignes d’égale ten¬ sion ont réellement la forme que la théorie indique, mais je ne crois pas qu’il ait soumis au contrôle de l’expérience la loi qui exprime l’intensité du courant \ les résultats que j’ai obtenus offrent donc une vérification de l’hypothèse d’Ohm dans des conditions nouvelles. 201. Le tableau du n° 193 fait voir que la propagation lente qui s’effectue à travers l’huile d’olive est soumise à la meme loi que la transmission infiniment plus rapide des courants proprement dits. Cette identité de marche avait été déjà établie pourlecas de la propagation linéaire (nos 1 et 2 ); on voit qu’elle subsiste, lorsque la propagation s’opère dans un plan. 202. Enfin, et c’est là le résultat le plus important, on voit par le tableau du n° 187 que la formule qui exprime la loi de la propagation représente d’une manière très-satisfai¬ sante les charges obtenues dans le cas de la condensation. Ainsi la proposition générale formulée au commencement de ce Mémoire, n° 157, se trouve justifiée pour les conden¬ sateurs cylindriques exceu triques aussi bien que pour les condensateurs cylindriques concentriques. ( 205 ) § II. — Condensateurs plans. 203. Les condensateurs plans sont ceux que l’on a le plus étudiés jusqu’ici et l’on est accoutumé à les considérer comme les plus simples de tous -, cependant leur théorie est beaucoup plus complexe que celle des condensateurs cylin¬ driques. Lorsqu’un cylindre électrisé se trouve placé dans un autre cylindre maintenu en communication avec la terre, on peut, comme nous l’avons vu, admettre sans er¬ reur notable que l’influence du cylindre intérieur s’exerce exclusivement sur le cylindre qui l’enveloppe, du moins quand la longueur commune des deux cylindres est beau¬ coup plus grande que leurs diamètres. En effet, le cylindre intérieur ne peut exercer d’action sur l’enceinte environ¬ nante que dans la direction des bases ouvertes du tuyau cylindrique extérieur et cette action es*t assez petite pour qu’on puisse la négliger. Quand, au contraire, on consi¬ dère l’action d’un disque électrisé A sur un autre disque B maintenu en communication avec le sol, il n’est plus pos¬ sible en général de faire abstraction de l’action que le disque A exerce sur l’enceinte, cette action pouvant être beaucoup plus considérable que celle du disque A sur le disque B. Dans le cas des condensateurs cylindriques la charge influençante et la charge influencée sont toujours égales (du moins quand le cylindre intérieur est le cylindre influençant ) ; il n’y a par conséquent qu’une seule quan¬ tité à rechercher. Dans le cas des condensateurs plans au contraire la charge influençante et la^ charge influencée sont différentes et doivent être déterminées séparément. Ajoutons que, d’après les vues énoncées au commencement de ce Mémoire, la théorie des condensateurs plans se rat¬ tache à celle de la propagation de l’électricité dans l’espace, tandis que la théorie des condensateurs cylindriques dépend uniquement, comme nous l’avons vu, de la théorie de la propagation dans un plan. ( 20 6 ) 204. L’une des questions les plus simples que Fou puisse poser relativement aux condensateurs plans est la sui¬ vante : L’enceinte étant connue de forme et de grandeur, et le disque À, dont les dimensions sont données, occupant par rapport à cette enceinte une position invariable, on suppose que le disque B se déplace de telle manière que la ligne droite passant par le centre des disques reste perpen¬ diculaire à leurs plans ; on admet, en outre, que le disque A reste en communication avec une source constante, et que le disque B, ainsi que l’enceinte, soient maintenus à la tension zéro*, on se propose de déterminer, i° la charge influençante du disque A 5 20 la charge influencée du dis¬ que B en fonction de la distance variable des deux disques. 20o. Pour ramener ce problème à une question de pro¬ pagation, il suffit d’imaginer que le diélectrique isolant qui remplit l’enceinte dans le cas du condensateur se trouve remplacé par un milieu doué de conductibilité, mais beau¬ coup moins conducteur cependant que la substance dont 011 suppose les disrjues et l’enceinte formés. Cette hypo¬ thèse admise, il ne reste plus qu’à appliquer les lois rela¬ tives à la propagation dans l’espace et dans l’état perma¬ nent des tensions* au moyen de ces lois on peut toujours déterminer, i° l’intensité du courant total qui, partant de l’électrode A, se dirige, soit vers l’électrode B, soit vers l’enceinte*, 20 l’intensité du courant dérivé qui arrive à F électrode B 5 cette détermination, du moins, ne comporte que des difficultés d’analyse. Maintenant s’il est vrai que les lois de la propagation puissent s’appliquer dans tous les cas à l’influence, les intensités du courant total et du courant dérivé que je viens de définir seront respective¬ ment exprimées par les mêmes formules que la charge in¬ fluençante du disque A et la charge influencée du disque B dans le cas de la condensation. Les expériences dont je vais rendre compte ont eu pour but de reconnaître si cette cor¬ rélation existe réellement. ( 207 ) 206. Les disques qui ont rempli tour à tour le rôle d é- lectrodes et celui d’armures dans l’appareil dont je me suis servi sont en cuivre et n’ont que 85 millimètres de dia¬ mètre. Ils sont placés dans l’intérieur d’un cylindre de cuivre de 160 millimètres de diamètre et de i8o millimè¬ tres de hauteur. Ce cylindre, ouvert à ses deux extrémités, ne forme qu’une enceinte incomplète ; mais je me suis assuré que les disques placés dans l’intérieur prennent, à fort peu près, les mêmes charges que si la longueur du cylindre en¬ veloppant était plus considérable. On peut donc regarder commenégligeablesles actions que les disques exercent à tra¬ vers les bases ouvertes du cylindre-enveloppe sur les parois de la chambre où l’appareil est placé. Dans toutes les expé¬ riences, les centres des disques ont été maintenus sur l’axe du cylindre, et leurs plans sont restés perpendiculaires à cet axe. J’ai fait varier leur distance de 4 à 5o millimètres. 207. Dans 1 es recherches relatives à la condensation, l’espace compris entre les disques et le cylindre-enveloppe a toujours été rempli d’air, et j’ai mesuré pour chaque po¬ sition des disques la charge influençante et la charge in¬ fluencée par la méthode de jaugeage employée dans toutes les recherches antérieures. La fig. 2 représente une coupe verticale de l’appareil. Le cylindre C est porté sur des pieds de métal F qui le mettent en communication avec le sol, le disque B repose sur des bâtons de gomme laque H, le disque A est soutenu par d’autres petits cylindres de gomme laque I qui s’appuient sur le discpie B. 208. Lorsqu’on veut charger l’appareil, il suffit de mettre le disque B en communication avec la terre au moyen du fil E et le disque A en rapport avec la source constante au moyen du fil Gy comme dans les précédentes expériences, cette source constante n’est autre chose que l’éleclroscope à cadran décrit n° 4. 209. Pour obtenir la charge influençante } on charge l’appareil comme je viens do le dire, puis on enlève le fil G ( 2o8 ) et on lui substitue un autre fil qui met le disque A en ra'p- Fig. port avec le petit électroscope à décharges. Ces fils sont dis¬ posés de manière à pouvoir être aisément déplacés par un mouvement de bascule, et on les manœuvre en se servant d’une tige isolante. 210. Comme l’observation du n° \ 66 est parfaitement ap¬ plicable au cas dont nous nous occupons maintenant, il n’est pas besoin de connaître la quantité d’électricité qui reste à la fin de chaque opération sur le disque que l’on jauge; mais il est nécessaire de tenir compte de la quantité absor¬ bée par l’électroscope à décharges. Je l’ai fait de la ma¬ nière indiquée n° 167. 211. Le tableau qui suit contient les résultats d’une série d’expériences. Les nombres inscrits dans la colonne qui a pour titre Résistance, sont inversement proportion¬ nels aux nombres de décharges fournies par l’électroscope jaugeur et ont été calculés en prenant pour io,oo la ré-' sistance qui correspond à la distance des disques, io mil¬ limètres. La quantité que ces nombres représentent étant tout à fait analogue à celle que l’on a coutume d’appeler ( 2°9 ) résistance dans la théorie de par le même nom. Résistance dans le Distance du disque. IOmm 20 3o 4o Oo la propagation, je la désigne cas de /’ influence. Résistance. 10,00 ) 5 , io 1 7 .77 1 8 , 82 2,0 ,00 212. Dans les expériences qui ont pour but de déter¬ miner le rapport de la charge influençante h la charge in¬ fluencée, il faut en général tenir compte, non-seulement de la quantité d’électricité absorbée par l’électroscope me¬ sureur, mais aussi de celle qui reste, «à la fin de chaque opé¬ ration sur le disque que l’on jauge. En effet, cette dernière quantité ayant la même valeur pour le disque influençant et pour le disque influencé, il est clair qu’on ne peut la né¬ gliger sans altérer le rapport des charges qui appartiennent aux deux disques \ il faut donc ou la mesurer, ou s'arran¬ ger pour qu elle soit très-petite. 213. Pour diminuer l’importance de cette quantité, je suis une marche un peu différente de celle qui a été indi¬ quée plus haut (n° 209). lorsque je me propose d’obtenir le rapport des charges influençante et influencée. Dans ce cas, je fais en sorte que la charge qu’il s’agit de mesurer se trouve toujours sur le disque supérieur A ; quand ce disque est chargé, je l’enlève par le manche isolant D dont il est pourvu, et je le mets en communication avec l’électroscope mesureur en dehors de 1 enceinte cylindrique. De cette ma¬ nière il ne reste sur le disque que l’électricité libre , ou, pour parler plus exactement, que l’électricité retenue par 1 influence des parois éloignées de la pièce où l'on opère. Cette quantité aurait pu être aisément mesurée par la nné- A nn de Chim. et de Phys., scirio. T. LX1V. ^Février iSf^.) î /j ( 2 I O ) thode du n° 107 \ mais comme elle n’avait qu’une petite valeur dans les expériences dont je vais citer les résultats, je Fai négligée. 214. Quand on veut que le disque A soit influençant , on charge de la manière indiquée n° 208. Quand, au con¬ traire, le disque A doit être influencé , on renverse les com¬ munications. On met le disque B en rapport avec la source au moyen d’un fil métallique isolé, et le disque A en rap¬ port avec la terre au moyen d’un autre fil. La charge effec¬ tuée, on met de côté ce dernier fil, et l’on enlève le disque A par son manche isolant pour le jauger, comme je Fai dit tout à l heure, en dehors de l’enceinte cylindrique. C’est en procédant de cette manière que j’ai obtenu les résultats inscrits dans le tableau suivant. Rapports de la charge influençante à la charge influencée . Distance des disques. Rapport des charges. mm 7>5 j , 352 io i ?4ô2 10,5 1 ,754 20 1 ,q33 25,7 2 , 439 3 o 3 , 000 215. Les cliiflres contenus dans les deux tableaux pré¬ cédents (nos 211 et 215) répondent à la double question posée dans le n° 204. Maintenant, pour reconnaître si réel- ment les lois de l’influence et les lois de la propagation sont identiques, il ne resterait plus qu’à établir, d’après les principes posés par Ohm, les formules qui doivent repré¬ senter le courant total et le courant dérivé correspondant à la charge influençante et à la charge influencée (n° 205), et à s’assurer si les nombres inscrits dans les tableaux véri¬ fient les formules. Mais comme l’établissement de ces for¬ mules comporterait des difficultés d’analyse considérables, ( 2" ) j’ai eu recours de nouveau à la méthode, déjà employée dans ce cas, des condensateurs cylindriques excentriques; j’ai transporté mon appareil (disques et cylindre enveloppant) dans un milieu conducteur, et j’ai déterminé expérimenta¬ lement les valeurs du courant total et du courant dérivé correspondant aux diverses positions des disques. 216. Le milieu conducteur que j'ai employé était une dissolution de sulfate de cuivre. Cette dissolution, comme je l’ai fait remarquer n° 196, ne peut transmettre l’électri¬ cité sans que les électrodes se polarisent, même lorsque ces électrodes sont en cuivre, et, dans les conditions de mes expériences, la résistance au passage a toujours conservé une valeur relativement considérable, parce que l’électricité se propageait dans les trois dimensions de l’espace, que les électrodes avaient de grandes surfaces, et que, par suite de ces deux circonstances, la résistance propre du liquide était petite. Malgré les divers moyens que j’ai employés pour at¬ ténuer la résistance au passage, je n’ai pu la rendre négli¬ geable; j’ai donc été forcé d’en tenir compte, et par consé¬ quent de l’évaluer ; mais, comme les recherches auxquelles il a ialiu me livrer pour obtenir cette évaluation ont pris un certain développement, et que les résultats obtenus peuvent offrir par eux-memes quelque intérêt, je me propose de re¬ prendre ce sujet dans un chapitre spécial, et je vais me borner à indiquer ici d’une manière générale la marche que j’ai suivie. 217. Lorsqu’un électrolyte est interposé dans un circuit parcouru par un courant, l’intensité de ce courant subit une diminution qui provient en général de trois causes dis¬ tinctes : de la résistance propre du liquide, de la force élec¬ tromotrice qui résulte de la polarisation des électrodes et d’une résistance particulière qui se produit dans le voisi¬ nage immédiat de ces mêmes électrodes. Il est excessivement difficile, peut-être, impossible, de faire la part exacte de chacune de ces deux dernières causes; mais cela est tout à ( 212 ) fait inutile pour le but que nous avons maintenant en vue, Nous pouvons convenir d’appeler résistance au passage une résistance imaginaire qui, dans les circonstances où l’on opère, produirait l’affaiblissement du courant que l’on obtient effectivement par suite de la polarisation et de la résistance passive dont j’ai parlé. Seulement il faudra se rappeler que cette résistance au passage fictive n’a pas, comme la résistance propre du liquide, une valeur invaria¬ ble, qu elle dépend d’un certain nombre de circonstances, et notamment de l’intensité du courant. . 218. Pour !a mesurer, je me suis appuyé sur deux faits d observation que je vais indiquer. i° Dans les expériences dont je vais exposer tout à l’heure les résultats, le courant n'a pas été complètement invaria¬ ble, puisque la résistance totale du circuit dépend de la distance des électrodes et que cette distance a varié de 4 à 5o millimètres. Mais je me suis assuré que, malgré les changements d’intensité résultant du déplacement des dis¬ ques, la résistance au passage conservait une valeur sen¬ siblement constante. 2° La résistance propre du liquide est liée à la distance des disques par une relation qui n’a rien de simple, lorsque la distance des disques varie entre des limites étendues • mais quand cette distance reste comprise entre o et io millimè¬ tres, on peut admettre sans erreur notable qu’elle est pro¬ portionnelle à la résistance propre du liquide. En partant de ces deux faits, il est aisé d’obtenir la valeur de la résistance au passage : il suffit pour cela de mesurer, parle procédé qui sera indiqué tout à l’heure, les résistances totales correspondant à deux positions différentes des dis¬ ques, ceux-ci restant dans les deux cas à une distance plus petite que io millimètres. Or j’ai trouvé, comme on le verra plus loin, que pour les distances 4 et y millimètres les résistances totales étaient respectivement im,22 et par conséquent si l’on appelle x la résistance au passage ( '->‘3 ) supposée constante et y la résistance propre qui correspou tirait à la distance i millimètre, l’on a les efeux équations l m,22 = X -J- i in,5o — x 7 j, qui donnent om,85 pour la valeur de la résistance au pas¬ sage. 219. Maintenant, pour mesurer la résistance totale de lé- lectrolyte, je me suis servi de la méthode du galvanomètre différentiel déjà employée dans le cas des condensateurs cy¬ lindriques excentriques. La disposition desappareils est indi¬ quée par la fi g . 3. Le vase de verre Dl) qui contient le Fig. 3. liquide, les disques électrodes A et B et le cylindre élec¬ trode CC sont représentés en coupe verticale; le surplus de l’appareil est figuré en projection horizontale. L’un des circuits qui réunissent les deux pôles P et N de la pile se compose de l’un des fils du galvanomètre différen¬ tiel, d’une série de bobines et de fils numérotés SS, et des fils complémentaires NGE, PIS. Le deuxième circuit comprend le second fil du gaîvano^ ( 2i4 ) FKO, i plon¬ gent dans le su! fa le de cuivre sont recouvertes de guita- percha. Les fils qui servent à compléter les deux circuits ont des résistances telles, que l’aiguille du galvanomètre EF se lient à zéro quand il n’y a pas de fils numérotés introduits dans l'embranchement PISF, et que les disques A et B sont en contact immédiat; une disposition qu’il est facile d’ima¬ giner permet de faire varier à volonté la distance de ces disques. 220. Pour obtenir la valeur de la résistance qui corres¬ pond à une distance donnée des disques, il suffit de trouver par tâtonnement une série de bobines ou de bis de résistance connue qui, placée en SS, ramène à zéro l’aiguille du galva¬ nomètre. En procédant de cette manière, j’ai obtenu les ré¬ sultats consignés dans le tableau suivant. La colonne A con¬ tient les nombres directement fournis par l’observation : ce sont les longueurs en mètres des bis introduits en SS. Ces bis avaient environ — de millimètre de diamètre. D’après io L ce qui a été dit, les nombres de la colonne A représentent la somme des deux résistances de l'électrolyte, la résistance propre du liquide et la résistance au passage. Cette dernière résistance ayant pour valeur o,85 d’après le calcul du n° 218, il a suffi de retrancher ce nombre de ceux qui ex¬ priment les résistances totales, pour obtenir les résistances propres du liquide qui sont inscrites dans la colonne B. En- bn ! es nombres de la colonne C proportionnels à ceux de la colonne B ont été calculés en représentant par 10,00 la résistance propre que présente le liquide, lorsque les dis¬ ques À et B sont placés à îo millimètres de distance l’un de l’autre. mètre, l’électrolyte et les ii!s complémentaires JNHE, OC, OLE, MMP; les parties des bis MMM, et LL qu ( 2 I 5 ) Résistances dans le cas de la propagation. te ayant été me¬ surée, comme je viens de le dire, il ne me restait plus qu’à rechercher le rapport du courant total au courant dérivé qui part du disque B et arrive au disque A. Pour cette re¬ cherche il n’était plus possible d’employer le procédé d’ob¬ servation qui vient d’être indiqué, en raison de la condi¬ tion qu’il fallait remplir de maintenir constamment à la même tension le disque A et le cylindre enveloppant CC. D’après l’énoncé du problème n° 204, ce disque et ce cylin¬ dre, qui peuvent être considérés comme deux parties d’une même électrode, devraient être à la tension zéro; mais, comme on lésait, l’intensité du courant transmis entre deux points donnés d’un circuit dépend exclusivement de la dif¬ férence des tensions qui appartiennent à ces points; on peut donc supposer que les tensions du disque A et de l’en¬ ceinte CC soient quelconques, pourvu qu’elles ne diflèrent pas l’une de l’autre. Pour obtenir le rapport du courant total au courant dérivé, en satisfaisant à cette condition, j’ai eu recours à un procédé d’observation que l’on a cou¬ tume de désigner sous le nom de méthode du Vont de 221. La résistance totale de l’électroly V ( 2l6 ) Wheatslone . Comme cette méthode n’est pas généralement mentionnée dans les Traités de Physique français, je rap¬ pellerai en quelques mots le principe très-simple sur lequel elle repose. 222, Imaginons que deux points A et 13 ( fig . 4)? main- Fig. 4. tenus à des tensions électriques différentes, soient mis en communication par deux branches de circuit ACB et ADB, et supposonsque les deux points C et D soient réunisparun troisième conducteur CD 5 si les points C et D sont choisis de telle manière qu’il n’y ait pas de courant dans le conduc¬ teur CD (auquel on adonné le nom de pont), l’on aura la proportion ad : AC : : bd : bc, en représentant par AD, AC, BD et BC les résistances des parties de circuit que désignent les mêmes lettres. En effet, si nous appelons t la tension du point A, tx la tension commune des points C et D et f2 la tension du point B, les courants qui circulent dans les embranchements ACB et ADB pourront être exprimés indifféremment, le premier t . ou — t. pa'' AC BC aura par conséquent le second par t — t{ AD ou C_— t, BD r on t — t — /, — t.x t , — t2 e _ « • « _ TcT ‘ "ad ** Tbc~ * ou AD : AC :: BD ; BC. 223. Maintenant il est aisé de voir comment ce principe peut être appliqué aux recherches dont nous nous occupons \ seulement il faut définir ce que I on doit entendre par les ( 2,7 ) mots résistances partielles de l’électrolyte : pour une posi¬ tion donnée des disques A et B [J ïg . 3), les courants partiels qui arrivent soit au disque A, soit au cylindre CC,ont des valeurs déterminées, et si l’on suppose que l’électrolyte soit supprimé et que l’on mette le disque B en communication avec le disque A et avec l’enceinte CC par le moyen de deux fils métalliques, il est évident qu’il sera toujours possible de choisir ces fils de telle manière que les courants reçus par le disque et par l’enceinte conservent respectivement les valeurs qu’ils présentaient lorsque la communication était établie par l’intermédiaire de l’électrolyte. Or l’on peut dire que les résistances partielles qui correspondent au disque et à 1 enceinte sont les résistances des bis qui pourraient être substitués à l’électrolyte sans que les intensités des deux courants dérivés changeassent de valeur. Cette définition posée, l’application de la méthode dupont deWlieatstonene présente aucune difficulté. La Jig, 5 représente la dispo- Fij;. 5. silion générale des appareils. Comme dans la fig. 3 le vase DD qui contient le liquide, et les électrodes A, B et CC, sont représentés en coupe verticale, le surplus de l’appareil est figuré en projection horizontale. L’un des pôles P de la pile communique avec le disque B par le moyen du fil PMM : ( 2 1 8 ) ie disque A et le cylindre CC sont mis en rapport avec le deuxième pôle N, par le moyen des fils LLHN et CGN 5 un pont est établi entre les points G et H au moyen d’un fil de galvanomètre EF et de deux fils complémentaires EG, FH. Les résistances des fils H LL et GC étant extrêmement pe¬ tites par rapport aux résistances partielles de l’électrolyte, peuvent être négligées en présence de ces dernières et par conséquent les résistances partielles qu’il s’âgit de trouver sont dans le rapport des résistances connues des fils NG et NH. Quand, par exemple, ces fils sont égaux, lesdeux résis¬ tances partielles de l’électrolyte sont égales et par consé¬ quent le courant total est le double du courant dérivé qui passe du disque B au disque A. Au lieu d’attribuer aux dis¬ ques une série de positions arbitraires et de déterminer par tâtonnement le rapport des longueurs qu’il faut donner aux fils NG et NH pour que l’aiguille du galvanomètre reste à zéro, je trouve plus commode de fixer arbitrairement les longueurs des fils NG et NH et de chercher par tâtonnement à quelle distance il faut placer les deux disques pour rame¬ ner à zéro le galvanomètre du pont. C’est de cette manière qu’ont été obtenus les résultats consignés dans le tableau suivant : Rapports du, courant total au courant partiel des disques. Rapport des courants. Distance dos disques 1,333 7,5 1 ,5oo 10,5 1 ,666 1 3 ,5 2 ,000 20,0 2,333 23 , 0 2 ,5oo 2 3 H 3 ,000 32 , 0 4 ,000 43,0 5,ooo 5r ,5 ( 219 ) 224. La résistance au passage, cjui conserve une impor¬ tance considérable comme nous Lavons vu, dans les expé¬ riences qui se rapportent à la détermination de la résistance totale, peut être négligée lorsqu’on se borne à rechercher le rapport des intensités des deux courants dérivés. En gé¬ néral, cette résistance dépend des phénomènes qui se pro¬ duisent dans le voisinage de Lune ou de l’autre électrode; mais dans le cas particulier dont nous nous occupons, il est aisé de voir que les actions exercées près du disque infé- rieur B ( fig. 5 ) sont absolument sans influence sur les résultats obtenus. En effet, si l’on se reporte à la figure théo¬ rique 4 fj^i m a servi à exposer la méthode de heatstone, il est clair que le rapport cherché des résistances AC et AD est indépendant de toutes les actions qui peuvent se pro¬ duire au delà du point de bifurcation A. Or dans Lappareil que j’ai employé ( fig . 5 ), l’on doit considérer comme sur¬ face de bifurcation la couche liquide qui touche l’électrode B ; les actions qui s’exercent entre cette couche et la sur¬ face métallique ne peuvent donc pas exercer d’influence perturbatrice et l’on u’a à prendre en considération que les actions qui se produisent dans le voisinage de l’électrode opposée, c’est-à-dire du disque A et de l’enveloppe cylin¬ drique C. 22o. Maintenant ces actions elles-mêmes sont sans in¬ fluence appréciable sur les résultats observés. Lorsque le galvanomètre du pont se tient à zéro, le disque A et le cy¬ lindre C sont nécessairement en équilibre de tension; mais si l’on admet que les forces électromotrices développées par la polarisation au contact du disque A et au contact du cylindre C soient égales entre elles, les couches liquides qui baignent ces deux surfaces métalliques doivent être elles- mêmes en équilibre de tension, en raison de la propriété fondamentale qui sert de définition à la force électro mo¬ trice ( n° 120), et le principe sur lequel repose la méthode du pont de Y\ beats loue subsiste comme s’il n’y avail aucune ( 220 ) force éleetrotnotrice développée dans la partie bif arquée du circuit. Maintenant les forces éleclromotrices qui résul¬ tent de la polarisation du disque A et de Fenceinte C ne sont jamais rigoureusement égales entre elles 5 mais j’ai constaté que, dans les conditions de mes expériences, elles différaient très-peu l’une de l’autre. Il est donc permis de ne pas tenir compte de la résistance au passage dans les recher¬ ches qui ont pour but de déterminer le rapport des courants dérivés. 226. Indépendamment des forces électromotrices qui naissent de la polarisation, il peut arriver qu’une force électromotrice permanente résulte de quelque différence accidentelle dans l’état des surfaces du disque A et de Fen¬ ceinte C. L’existence de cette force peut être constatée en plongeant le disque et le cylindre dans une dissolution de sulfate de cuivre et en les faisant communiquer extérieure¬ ment l’un avec l’autre par l’intermédiaire d’un fil de galva¬ nomètre. Bien que le disque et le cylindre dont je me suis servi eussent été coupés dans la même feuille de cuivre, ils développaient effectivement dans les conditions que je viens d’indiquer une force électromotrice permanente, dont la valeur n’était pas absolument négligeable. Mais il est aisé d’écarter l’influence perturbatrice d’une telle force. Sa di¬ rection étant indépendante de celle du courant de la pile dont on fait usage dans les expériences, il suffit de faire deux observations pour chaque rapport de longueur attri¬ bué aux fils régulateurs AG et AH (fig. 5), en donnant successivement au courant de la pile deux directions oppo¬ sées. En opérant ainsi, il est aisé de voir que le courant perturbateur tend à augmenter dans un cas et à diminuer dans l’autre la distance des disques, et que la moyenne des deux distances fournies par F observation représente la dis¬ tance que Fou obtiendrait si les forces électromotrices dé¬ veloppées par le disque et par Fenceinte au contact du sul¬ fate de cuivre étaient rigoureusement égales entre elles. Les * ( 22 1 ) distances des disques inscrites dans le tableau du n° 223 sont des moyennes obtenues de la manière que je viens d’indiquer. 227. Il nous resteà comparer les résultatsdes expériences dont je viens de rendre compte. Si l’on prend pour abscisses les distances des disques et pour ordonnées les valeurs des résistances totales inscrites dans la colonne C du tableau n° 220 et qu’on relie par une courbe les points déterminés par ces coordonnées, on obtient la ligne OM tracée (fig* 6 ). Fig. G. Cette courbe exprime la relation qui existe entre la dis¬ tance des disques et la résistance totale du milieu par rap¬ port àla propagation . Maintenant si I on trace de la même manière la courbe des résistances totales par rapport à V influence au moyen des données fournies parle tableau du n° 21 i, l’on reconnaît que les deux courbes se superposent sensiblement. Ainsi la relation qui exprime la résistance to¬ tale du milieu en fonction de la distance des disques con¬ vient tout à la fois au cas de la condensation et au cas de la propagation . 228 En second lieu, si, prenant toujours les distances des disques pour abscisses, on prend pour ordonnées les valeurs des rapports inscrits dans le tableau du n° 223, on obtient une courbe qui permet de déterminer, pour une distance donnée des disques, le rapport qui existe entre le courant total et le courant dérivé des disques ( je continue à appeler courant total le courant qui part du disque inférieur B (fig- 3), et qui aboutit soit au disque supérieur A, soit au 4? ( 2 22 ) cylindre enveloppe C, et courant dérivé des disques le cou¬ rant partiel qui se propage du disque B au disque A). La courbe AP [fig. 7) a été obtenue comme je viens de le F»g* 7- V dire : seulement, pour en faire plus nettement ressortir la forme, j’ai multiplié par 10 les valeurs des rapports four¬ nis par le tableau du n° 223. Maintenant Ton peut, d’un autre côté, au moyen du tableau n°214, construire une autre courbe qui représente pour une distancedonnée des disques le rapport de la charge influença n te à la charge influencée > Or si l’on effectue ce deuxième tracé, on trouve qu’il se confond sensiblement avec celui de la / ig . 7. Ainsi pour une distance déterminée des disques le rapport de la charge influençante à la charge influencée dans le cas de la cou- densationçst précisément égal au rapport qui existe, dans le cas de la propagation, entre le courant total et le courant dérivé des disques . 229. L’on voit en définitive que, conformément aux vues exposées dans les premières pages de ce paragraphe, la théorie des condensateurs plans peut se rattacher d’une manière très-simple à la théorie de la propagation dans l’espace. § III. — Condensateurs sphériques concentriques. 230. La théorie des condensateurs sphériques eoncen- ( 2 2.3 ) triques est extrêmement simple. Le seul problème que Ton ait à résoudre relativement à cette classe de condensateurs peut être formulé de la manière suivante : Deux sphères concentriques’étant données, on stipposeque la sphère inté¬ rieure de rayon r est mise en communication avec une source constante d’électricité, que la sphère extérieure de rayon R est mise en rapport avec le sol; on se propose d’exprimer la charge de la sphère intérieure en fonction des rayons retR. 231 . Pour obtenir la question de propagation qui cor¬ respond à ce problème, il suffit d’imaginer que la substance isolante qui sépare les deux sphères dans le cas de la con¬ densation se trouve remplacée par un milieu doué de con¬ ductibilité, mais beaucoup moins conducteur cependant que la substance des sphères. Alors le problème consiste à trou¬ ver l’expression de l’intensité du courant transmis de la sphère intérieure à la sphère extérieure et cette dernière question est très-facile à résoudre. 232. Imaginons deux sphères concentriques très-voisines avant pour rayons x et x -f- dx [x étant R et r) ; la résistance du milieu compris entre ces deux sphères aura k clx pour expression — — ? en désignant par k un coefficient OC constant, et cette résistance sera la différentielle de la résis¬ tance totale de Panneau sphérique compris entre les sphères dont les rayons sont r et x. Cette résistance totale aura donc pour valeur À ^ — — - j *, celle de l’anneau compris entre les sphères de rayon r et de rayon R sera exprimée par k et par conséquent l’intensité du courant trans¬ mis d’une sphère à l’autre sera proportionnelle à Il r R Maintenant, d’après le principe que j’ai posé en commen¬ çant, la charge obtenue dans le cas de Sa condensation doit ( 2524 ) être proportionnelle à cette meme expression R r gissait donc de reconnaître par l’expérience si réellement il en est ainsi . 233. Pour cela, j’ai comparé deux à deux six condensa¬ teurs sphériques concentriques dont les armures présentent la dimension ci-après : SPHÈRE INTÉRIEURE. Diamètre en millimètres. SPHÈRE EXTÉRIEURE. 1 Diamètre en millimètres j N° 1 . ('i,5 % W> 2 . Gi ,5 Il8,5 N° 3 . 6r ,5 161 N° 4 . 9o,â il8,5 5 . 9°, 5 1G1 N° 6 . 120,0 161 La sphère intérieure de chaque appareil est soutenue par de petits bâtons de gomme laque qui s’appuient sur la sphère extérieure ; celle-ci est formée de deux parties que Ton peut séparer à volonté pour introduire la sphère inté¬ rieure. La partie supérieure présente une ouverture circu¬ laire de 3 o millimètres de diamètre, par laquelle on fait passer les fils qui servent soit à charger, soit à décharger la sphère intérieure. 234. J’ai chargé successivement les six appareils en les mettant en communication avec une même source d’électri¬ cité et j’ai jaugé la charge accumulée sur la sphère inté¬ rieure en procédant absolument de la même manière que pour les autres classes de condensateurs précédemment étu¬ diés. Il n’est pas besoin, pour la raison indiquée n° 166, de connaître la quantité d’électricité qui reste à la fin de cha¬ que opération sur la sphère que l’on jauge, il faut seule- ( 225 ) ment tenir compte de celle qui est absorbée par lelectro- scope à décharges n° 167. 235, Voici les résultats obtenus : DÉSIGNATION CHARGES JAUGÉES. RAPPORT DES CHARGES des condensateurs. jaugées. calculées. 5 . 1 N0 6 . 16 ) 35 j 0,457 o,438 { 3. . . . . . ( N° 6 . 7.5 ! 35 t 0 , 2 > 4 0,211 o o & ^ 27 t 82, 6 i 0,828 0,8l2 ( N° 1 . \ IST° 6 . i3 | 3o i 0,433 0,424 i N° 2 . \ N° 5 . . 10 ) >6,4 i 0 , 609 0,6l8 Les différences qui existent entre les rapports des charges jaugées et ceux des charges calculées sont petites eu égard à l’imperfection des procédés de mesure, et l’on voit par con¬ séquent que les formules déduites de la théorie de la pro¬ pagation peuvent s’appliquer à la condensation dans le cas des condensateurs sphériques. Résumé et Conclusions. 236. Les résultats d’expérience exposés dans ce Mémoire font voir que la théorie de la propagation déduite de l’hy¬ pothèse d’Ohm peut servir à résoudre toutes les questions relatives à la distribution de l’électricité dans les conden¬ sateurs sphériques, cylindriques et plans; je crois que l’on peut admettre sans témérité que la même théorie est égale¬ ment applicable aux condensateurs de toutes formes. Ann. de Chirn. et de Phys., 3e série, t. LX1V. (Février i8 analytiquement en exprimant que chacune ries électrodes est une surface d’égale tension. 3° Si, dans 1 hypothèse d’un milieu conducteur placé entre les armures devenues des électrodes, nous cherchons le rapport qui existe entre le courant partiel qui aboutit à une portion déterminée A de l’une des électrodes A et le courant total que reçoit cette même électrode, ce rapport est précisément le même qui existe dans le cas de la conden¬ sation entre la quantité d’électricité distribuée sur la par¬ tie À de l’armure A et la quantité totale d’électricité accu¬ mulée sur cette armure entière. 239. J’ai supposé jusqu’à présent que la charge du condensateur s’effectuait en faisant communiquer l’armure intérieure avec la source électrique et l’armure extérieure avec le sol. Lorsque l’on établit les communications dans l’ordre inverse, l’on opère en réalité sur deux* conden¬ sateurs, I un formé par les deux armures de l’appareil employé, l’autre formé par l’armure extérieure de ce même appareil et par l’ensemble des conducteurs environnants; par rapport à ce dernier condensateur l’armure extérieure de l’appareil devient une armure intérieure. Le cas dont il s’agit est en définitive celui d un condensateur formé de trois armures, d’une armure intérieure, d’une armure moyenne qui enveloppe la première, et d’une armure exté¬ rieure qui enveloppe la seconde. Or la charge d’un tel con¬ densateur peut être obtenue de la même manière que celle des condensateurs à deux armures, en tenant compte des propriétés suivantes qui résultent des expériences des nos 174 et 173. 240, Lorsque I on charge un condensateur à trois ar¬ mures en mettant 1 armure moyenne en communication •y avec la source électrique et les deux autres armures en communication avec le sol, i° la charge influencée de l’ar¬ mure intérieure est rigoureusement égale à la charge influençante que recevrait cette armure si on la mettait en 1 5. ( 2 28 ) rapport avec la source et qu’on fît communiquer avec le sol l'armure moyenne-, 2° la charge accumulée sur l’armure moyenne est égale à la somme des quantités d électricité développées par l’influence sur les armures intérieure et extérieure. Chacune de ces quantités a d’ailleurs la même valeur que si rinlluence de l’armure moyenne s’exercait exclusivement sur l’une des deux autres armures. Cette valeur peut être calculée par conséquent d’après les prin¬ cipes qui se rapportent aux condensateurs a double armure. 241. Ce qui vient d’être dit des condensateurs à armure triple pourrait être aisément étendu au cas général où le nombre des armures serait quelconque. L’on voit donc que tous les problèmes relatifs à la distribution de 1 électricité peuvent être ramenés, au moyen des propositions qui pré¬ cèdent, dans le domaine de la théorie de la propagation et que leur solution ne comporte plus que des difficultés d’analyse. 242. Le résultat général des recherches dont j’ai rendu compte dans ce Mémoire s’accorde parfaitement avec les vues de M. Faraday. Cependant je crois devoir faire remar¬ quer que l’exactitude de ces vues ne me paraît pas encore complètement démontrée. L’illustre auteur des Recherches expérimentales a parfaitement mis en évidence Légalité des charges influençante et influencée , et sur ce point je n’ai fait que vérifier dans des conditions différentes, et par une méthode nouvelle, un résultat déjà établi. Mais je ne crois pas que M. Faraday ait fait aucune expérience dans le but de démontrer que les lois mathématiques qui expriment la charge d’un condensateur de forme et de dimensions cou- O nues se confondent avec les lois qui représentent le flux transmis, lorsque le diélectrique est remplacé par un milieu conducteur. A l’époque où il a publié son beau travail sur l’induction statique, toute vérification expérimentale du fait dont il s’agit eût été à peu près impossible, attendu que les lois de la propagation elles-mêmes étaient alors généra- • ( 2 29 ) lement inconnues. La théorie d Olnn avait déjà été impri¬ mée en Allemagne, mais elle avait échappé à l’attention des savants, même en Angleterre. Si donc M. Faraday affirme que toute théorie mathématique suffisante doit embrasser les phénomènes de conduction et insulation (n° 184), c’est qu’il regarde comme établi que ces deux classes de phéno¬ mènes n’en forment réellement qu’une. Or c’est ce point qui 11e me parait pas même aujourd’hui complètement mis hors de doute. Si la propagation par voie d’influence et la propagation par voie de conductibilité sont deux phéno¬ mènes identiques, il est bien évident qu’ils doivent être régis par les mêmes lois. Mais la réciproque n’est pas néces¬ sairement vraie : 011 peut concevoir que la même théorie s’applique à deux phénomènes distincts. Je ne veux donc tirer de mes expériences d’autre conséquence que celle qui me paraît en résulter rigoureusement, savoir que les mêmes formules peuvent exprimer les lois de la condensation et celles de la propagation. Je n’oserais pas affirmer que la nature intime de ces deux phénomènes soit la même. Je dirai même que quelques résultats d’expériences, qui n’ont pas encore été suffisamment analysés, me porteraient à douter de leur complète identité. <\W VV\ 'V\A V\A 0 Ou a donc ( 2:î7 ) Y .y -+- v — ; - - H = V ( Il — h) -f- v I — [ — SC t I H- sc -(H -4), d’où y — ( H — // ) — — - h. V 1 -h Cette équation donnera la pression barométrique incon- nuejq mais il faut connaître—* On le détermine immédia¬ tement sur l’appareil, tel qu’il est monté. On fait écouler le mercure du manomètre jusqu’à ce qu’il affleure en 6, la différence des deux colonnes mercurielles est alors li' \ la force élastique de l’air est II — h' et l’on doit avoir V H — h ;6o i H — h _ Il I ybo 760 -f- V i H — h' 1 -}- at 760 ou simplement V(/i — A') = - — [WH - A)— e'( H - h’)]. v ' 1+ar 1 ' v /J ç On déduit de là V, et l’on connaît par suite — • O11 procède exactement de la même manière sur le tube n° i du système thermométrique ; on aura pour celui-ci ou 1 H' — h" _ y, (1 4- kx) y 1 et t' 760 1 ctx 760 1 H' ,, - . . I -y y. t 700 I -f- h\x ( -t- a,r 1 I —f— cc t y est connu par l’expérience sur le tube n° 1 du système ç barométrique, et — se détermine sur 1 appareil de la meme (» manière que nous avons déterminé — • Ainsi on déduira x de l’équation qui précède. ( 238 ) Je suis convaincu qu’on obtiendra ainsi les températures et les pressions avec une précision plus grande que par l’ob¬ servation directe des instruments ordinaires. L’aéronaute ne doit veiller qu’à la fermeture simultanée des robinets des tubes de même numéro dans les deux systèmes ; et il n’influe pas sur les résultats. On s’assurera, avant le départ, que les tubes gardent ab¬ solument le .vide; cela est facile avec le manomètre de la fis- 6- Les tubes de métal peuvent être remplacés par des tubes en verre; mais on doit craindre leur fragilité. Les tubes thermométriques à enveloppe métallique sont d’une construction facile, et j’en ai fait un fréquent usage pour les basses et pour les hautes températures. On n’a pas à craindre un changement de capacité par la variation de la pression : ainsi un thermomètre à air exactement semblable à ceux que je propose pour les ascensions aérostatiques a été enveloppé de glace fondante; on a relevé au cathéto- mètre les niveaux du mercure dans les tubes du manomètre {fig* b). Ces niveaux n’ont pas changé quand on a fait un vide complet dans le cylindre qui renfermait la glace, et cependant la paroi du tube ab n’avait pas ~ de millimètre d’épaisseur. On peut craindre que ces thermomètres ne soient pas as¬ sez sensibles aux variations lentes et continues de la tem¬ pérature; mais ils sont évidemment plus sensibles que des thermomètres à mercure, quelque petits cjue l’on veuille supposer les réservoirs de ces derniers. Je dis de plus qu’ils sont aussi sensibles cpie les thermomètres métalliques, à moins que ceux-ci ne soient formés par des lames com¬ pensatrices très- minces et tournées en spirale; mais dans ce cas les instruments sont tellement mobiles, qu’ils ne peuvent servir que dans un état de repos parfait. Enfin, les thermomètres métalliques ne donnent jamais d’indications certaines. Leurs échelles se déplacent continuellement par les mêmes causes qui déterminent le déplacement du zéro ( 23y ) pour le thermomètre à mercure; mais le déplacement du zéro, qui ne dépasse pas quelques dixièmes de degré sur le thermomètre h mercure, peut atteindre plusieurs degrés sur les thermomètres métalliques. Je ferai remarquer, en terminant, que nous avons surtout intérêt à connaître la loi que suit la température dans les diverses couches de l’atmosphère pendant la nuit ; ainsi l’ascension aérostatique qui aurait spécialement cette étude pour objet devrait être faite pendant une nuit calme, par un clair de lune, et le procédé que je propose s y applique¬ rait parfaitement. r f p Extraits par M. VERDET. Note sur la mesure des résistances; par 1YÏ. Werner Siemens (i). La moitié environ de cette Note est consacrée à une discussion polémique avec M. Matthiessen, que nous ne reproduirons pas, aucune mention n’ayant été faite dans ces sînnales des objections que M. Matthiessen avait éle¬ vées contre l’unité de mesure des résistances proposée par M. Siemens. Mais on y trouve en outre deux séries de mesures intéressantes, se rapportant l’une à la conduc¬ tibilité des amalgames, l’autre à l’influence de la tempé¬ rature sur la conductibilité. Les premières expériences démontrent qu’au moins pour les amalgames de zinc, d’étain ou d’argent, la conductibilité est exactement la moyenne des conductibilités du mercure ( i ) Poggcndorff s Annalen, t. CXIII, p. 91 ; juin 18G1. ( 240 ) et du mêlai dissous 5 en d’autres termes, qu elle peut se cal¬ culer par la formule '■'= (■-«'!) «+»• j 7, où c et cl désignent la conductibilité et la densité du mercure, y et d celles du métal, et m la proportion de métal contenue dans l’amalgame. On remarque en effet que si l’on mesure c' pour des amalgames de diverse compo¬ sition et qu’on se serve de cette formule pour calculer la valeur de y, on trouve un nombre sensiblement constant. Le tableau suivant contient les résultats des expériences relatives aux amalgames de zinc et chargent. Les lettres m et <3 y désignent les grandeurs qui viennent d’être définies ; R y représente le rapport de la résistance d’un tube plein d’amalgame à la résistance d’un tube étalon de même tem¬ pérature constamment plein de mercure pur. C’est ce rap¬ port qui était la donnée immédiate des expériences. Les premières valeurs de R inscrites dans chaque tableau se rapportent au mercure pur. La conductibilité c du mer¬ cure est supposée prise pour unité. Amalgame de zinc . R. m y . 1 ,o32.3 0,0000 0,7934 0 , 0 I 52 11,2 0,8464 0,0076 12,7 0 ir> 00 00 0 0 ,oo83 11,2 Amalgame d'argent* R. m. y. 0 , 65q4 0 ,0000 o,6565 0,0004 8,8 00 0 0,0021 9,3 0 ,63oi 0 ,oo53 7 ,8 ( 24* ) M. Siemens a fait sur les amalgames d’étain des expé¬ riences analogues, dont il ne rapporte pas les résultats. Les valeurs ainsi obtenues pour y sont suffisamment con¬ stantes pour chaque métal, mais elles diffèrent extrêmement des conductibilités directement mesurées par le même métal à l’état solide. On déduit en effet des expériences de M. Matthiessen (i), qui paraissent les plus dignes de confiance, que les rapports des conductibilités du zinc et de l’argent à celle du mercure sont exprimés par les nom¬ bres 16,8 et 61 ,3, et non par les nombres 11,7 et 8, 9 qui sont les moyennes des valeurs précédentes de y. Celte énorme différence semble indiquer que la liquéfaction du métal qui accompagne la formation d’un amalgame est la cause d’un changement de conductibilité au moins aussi grand que le changement qui résulte d’une liquéfaction par élévation de température. Cette remarque a conduit M. Siemens à examiner de nouveau rinfluence de la tem¬ pérature et particulièrement de la fusion sur la conducti¬ bilité des métaux. Le seul observateur qui ait déterminé la conductibilité de quelques métaux à l'état liquide comme à l’état solide est M. Matthiessen. Ses expériences ont été relatives seule¬ ment au potassium et au sodium, et elles ont établi que pour l’un et l'autre de ces métaux la fusion détermine une dimi¬ nution brusque et notable de conductibilité. M. Siemens s’est occupé de l’étain, et ses expériences établissent pour ce métal l'existence d’un changement énorme de conductibilité à la température de fusion. L’étain fondu a été introduit dans un tube de verre placé dans un bain de stéarine chaude, qu’on a porté à une température supérieure à la fusion et qu’on a ensuite laissé refroidir en l’agitant sans cesse par un courant d’air. On a mesuré la résistance du tube à (1) Voyez Annales de Chimie ei de Physique, 3e série, t. LIV, p. 255. Ann. de Chim. et de Phys., 3e série, T. LX1V. (Février 1862.) 16 ( 242 ) diverses époques, particulièrement aux environs de la tem¬ pérature de fusion (correspondante à 224° du thermomètre à mercure employé par M. Siemens), et on a terminé par une expérience à la température zéro. On a ainsi obtenu les nombres du tableau suivant. Rf y désigne la résistance du tube à la température t , l’accroissement moyen de résistance pour les intervalles successifs de température. a le coefficient moyen d’accroissement de résistance dé¬ duit de la formule R; — Ro (1 ce Af ), en y mettant successi vement pour A t les accroissements de température des diverses expériences. t . R,. AR, « - • a. 0 280 389,22 A t 2-49 382, 5 1 0,216 0,0026 226 373,21 0,404 O , 0099 219,6 176,28 30,770 0,3772 1 83,0 157,48 0 , 5 1 4 0 ,Oo63 99>5 120.43 0,444 0 ,oo54 66,5 106,80 o,4i3 0 ,oo5i 0 81 ,57 0,379 vj- O 0 0 L’observation faite à zéro donne d’ailleurs 9,1 pour la résis¬ tance spécifique de l’étain à cette température. O11 voit par là que la fusion de l’étain fait plus que dou¬ bler la résistance de ce métal et que l’accroissement de résis¬ tance qui résulte d’un accroissement donné de température, très-rapide au voisinage du point de fusion, diminue assez vite lorsqu’on s’éloigne de cette température et tend de part et d’autre vers une limite. Cette limite des valeurs de a paraît être pour l’étain solide peu différente de celles que ( ^43 ) M. Arndlsen a trouvées pour les autres métaux. La limite relative à l’état liquide ne peut être comparée avec aucune autre. En effet, le seul métal pour lequel a ait été déterminé à Eétat liquide est le mercure; mais comme la température de fusion du métal est inférieure à zéro, il en résulte que le point de départ des observations relatives à ce métal n’est en aucune façon comparable au point de départ des obser¬ vations relatives à un métal solide aux températures ordi¬ naires. Enfin la Note de M. Siemens contient deux séries d’expé¬ riences sur la conductibilité du mercure et du cuivre à diverses températures, dont nous rapportons les résultats. Les lettres ont dans ces tableaux la même signification que dans les précédents. Mercure . t . Rr AR, M 1 8°, 5 1 890 ,^3 0,78 0,00 876, 18 28,59 899,73 0,82 27 >79 898,69 0,81 42 , 24 9ii,55 0,89 4>, 14 910,49 0,88 40,49 909,2.3 0,82 59,59. 926,24 0,89 57,4 924,10 0,89 55,29 922,40 0,89 97,44 960 , 45 0,9° 97, '4 0 0 CD Cl 0,90 Moyenne . 0,86 iG, ( *44 ) Cuivre. 0 I V ”e à t 0,4 1 520,8 19,8 i6i5, 14 4,90 38 , 1 1 706,01 4,9?. 53,4 1 783,96 5,09 t>7-4 1 855 , 1 0 5,08 87,3 1 954 > 24 4,98 19,8 *615,94 49-9 1 768,20 5 ,o5 7*‘>I 1878,4g 4.97 9' -4 1973,06 4>9° 38,2 1 708,43 54,6 1 790,88 5,02 70,3 1868,67 4,95 9* >4 1973,06 4 >94 Moyenne. < . 4-98 Il résulte de ces nombres que pour l’un et l’autre métal F accroissement de résistance est proportionel à l’accrois¬ sement de température. On en déduit pour a les deux valeurs suivantes : Mercure . o , ooog85 Cuivre. . 0,00829 Le nombre relatif au cuivre est un peu plus petit que le nombre o,336 donné par M. Arndtsen. Mais le cuivre employé par M. Siemens était du cuivre du commerce, dont la conductibilité était à zéro 46,7, tandis que la con¬ ductibilité du cuivre pur, préparé par voie galvanique et fondu ensuite dans l’hydrogène, est égale à 56,4- ( 245 ) Recherches sur les phénomènes calorifiques qui accompagent les changements de volume des corps solides et sur le travail mécanique correspondant ; par TO. Edlund (i). Mémoire lu à TAondémie des Sciences de Stockholm, le \[\ novembre 1860. Il résulte immédiatement des premiers principes de la théorie mécanique de la chaleur que l’absorption ou le déga' gement de chaleur qui accompagne une modification quel¬ conque d’un corps ne dépend pas seulement de celte modi¬ fication elle-même, mais du travail mécanique extérieur qui peut être créé ou consommé en même temps que cette modification a lieu. Les vérifications expérimentales de ce théorème général sont placées à bon droit au nombre des démonstrations les plus concluantes qu’on puisse donner du grand principe de l’équivalence du travail mécanique et de la chaleur. Aussi, dans ces dernières années, les phy¬ siciens ont-ils attaché beaucoup de prix aux expériences de M. Hirn sur la chaleur dégagée par la condensation de la vapeur dans une machine à l’état de mouvement, et aux expériences de M. Favre sur la chaleur totale dégagée par dissolution d’un équivalent de zinc dans un circuit vol¬ taïque comprenant un moteur électromagnétique. M. Ed¬ lund s’est proposé d’examiner au même point de vue un phénomène calorifique encore bien peu étudié, le dégage¬ ment ou l’absorption de chaleur qui accompagne la con¬ traction ou rallongement d^un fil métallique. Le principe des expériences consistait à mesurer succes¬ sivement : i° la quantité de chaleur absorbée par un fil qui s’allonge en même temps qu’un poids suspendu à son extrémité descend d’une quantité donnée; i° la quantité (1) Pognp.ndorff s Annalcn, I. CXIV, p. 1. ( 246 ) de chaleur dégagée par le même fil lorsqu’il se raccourcit d’une quantité égale à l’allongement précédent en soulevant le même poids*, 3° la quantité de chaleur dégagée lorsque le fil se raccourcit sans soulever aucun poids. D’après la théorie mécanique de la chaleur, les deux premières quan¬ tités doivent être égales entre elles, mais inférieures à la troisième. Pour apprécier ces quantités de chaleur, M. Edlund s’est servi d’une pince thermo-électrique, de construction parti' culière, qui mesurait exactement l’abaissement ou l’éléva¬ tion de température du fil métallique sur lequel on l’appli¬ quait. Elle était formée d’un cristal d’antimoine et d’un cristal de bismuth (non représentés sur la figure) fixés dans deux pièces d’ivoire h et h' (fig> i) qui étaient engagées Fig. i. elles-mêmes dans deux gros ressorts de laiton mm, n i ni . Les cristaux communiquaient intérieurement avec les vis métalliques /, V et par l’intermédiaire de ces vis avec le galvanomètre. Les trois vis nn1 servaient à rapprocher Lun de l’autre les deux ressorts mm, ni' m' et à presser ainsi le fil métallique entre les deux cristaux, sans qu’il fût d’ailleurs en contact avec aucune autre partie de l’appareil. M. Edlund considère comme un perfectionnement essentiel la substitution de cristaux définis aux tiges fondues et par suite confusément cristallisées, qui sont ordinairement en usage. La force électromotrice d’un couple bismuth- an ti- ( 247 ) moine étant susceptible de varier beaucoup avec la nature des faces cristallines en contact, si dans deux expériences successives les deux tiges ne sont pas en contact avec le fil métallique exactement par les mêmes points, les résultats ne présentent aucune comparabilité et il doit en être ainsi évidemment presque toujours. Le galvanomètre était d’ail¬ leurs un galvanomètre à réflexion et à aiguille asiatique. Le fil métallique expérimenté était fixé par sa partie supérieure à l’extrémité d’une courte barre de fer a [fig. 2), Fig. 2. qui était elle-même supportée par une forte poutre verti¬ cale A encastrée dans l’embrasure d’une porte. L’extrémité inférieure portait une pince d’acier f percée d’un trou horizontal, qui s’engageait entre les deux branches d’une fourchette métallique supportée par un levier en bois a' a" , mobile autour d’un axe horizontal b. En faisant passer une tige d’acier par deux trous pratiqués dans les branches de la fourchette et par le trou de la pince /, on rendait l’extrémité ( ^48 ) inférieure du fil solidaire du levier. Un poids tj était sus¬ pendu au levier de l’autre côté de l’axe b et on lui donnait une position telle, que l’opération précédente pût se faire sans déranger le levier et par conséquent sans donner au fil le moindre allongement. Une pièce de laiton c) qui sou¬ tenait un poids r/, servait à produire les allongements par l’intermédiaire du levier a' a" . A cet effet il suffisait de la poser d’abord.au-dessus de l’axe b et de la faire ensuite glis¬ ser vers l’extrémité p. Ce mouvement s’effectuait aisément à l’aide d’un fil, la pièce c reposant sur le levier par un galet e et la surface supérieure du levier étant polie avec soin. Le déplacement angulaire du levier s’appréciait au moyen d’un miroir g dans lequel on observait par réflexion l’image d’une échelle divisée verticale. Il était facile d’en déduire la valeur absolue de l’allongement du fil. Les divi¬ sions de Péchelle verticale étaient de i millimètre 5 à chaque division correspondait un déplacement angulaire du levier de 47 d et un allongement du fil de omm,oii4* La lon¬ gueur totale des fils étant d’environ om,5c)o, on voit que la précision des expériences était assez grande. Enfin pour soustraire autant que possible le fil aux variations acciden¬ telles de température et lui donner une température à peu près uniforme dans toute sa longueur, M. Edlund avait disposé une boîte de verre BC ( représentée ouverte sur la figure) tapissée intérieurement de feuilles d’étain. Pour faire une expérience on faisait rapidement des¬ cendre le poids d depuis l’axe b jusqu’à l'extrémité du levier; on notait le déplacement angulaire du levier et l’amplitude de la première excursion de l’aiguille galvanométrique. On prenait cette amplitude pour mesure de l’abaissement de température du fil (1 ). Lorsque le retour de l’aiguille cà (1) Voici comment M. Edlund justifie celte proportionnalité. Soient x la division de l'échelle qui, à l'époque /, est amenée par réflexion eur le miroir du galvanomètre à coïncider avec le fil vertical de la lunette, ( 349 ) sa position primitive indiquait le retour du fil à la tempé¬ rature ambiante on faisait remonter le poids 1/ jusqu'en et .r0 la valeur de x qui correspond à l’époque o, où aucun courant ne passe dans le fil du galvanomètre, m le quotient du moment magnétique de l’ai¬ guille par son moment d’inertie, une constante qui dépend des courants induits développés par le mouvement de l’aiguille dans les parties conduc¬ trices de l’appareil et qui est aussi en raison inverse du moment d’inertie de l’aiguille, k une autre constante directement proportionnelle à la force éleclromolrice du couple employé et inversement proportionnelle à la résis¬ tance du circuit ainsi qu’au moment d’inertie de l’aiguille, v l’excès de tem¬ pérature de la pince thermo-électrique à l’époque t. On établira aisément l’équation différentielle oc doc — — *0)~bQ n — —ki> = o(*). D’ailleurs l’excès e vaiiant avec le temps indépendamment de x, par suite du refroidissement du fil, on peut poser, conformément à la loi de Newton, dv -f- av dt — o, a ou e = e . — ai et l’équation différentielle devient d*x dx _ „/ ~+m(j-x,) + 2n- — kv0e —O, dont l’intégrale générale est x — — Â-e# e ~ at a — 2 an -f- in -h e (C cos l \Jm — n" -f- C, sin t\fni — n* )• doc Comme, à l’époque t =. o, x — xu et — étaient simultanément nuis, les deux constantes C et C, sont faciles à déterminer et l’on obtient x — x 0 ; o a — *ian-+-m a — n C sin — cos t V /in — n J ■ Si l’on met dans celte expression pour t la plus petite des valeurs qui ré- (*) J oyez l'établissement d'une équation analogue dans le tome XLI de tes dnnales, non de la page 392. ( 25o ) on notait pareillement l’élévation de température due au raccourcissement du fil. On produisait un second allonge¬ ment égal au premier par une seconde chute du poids d , mais lorsque l’équilibre de température était rétabli, au lieu de faire remonter de nouveau ce poids vers l’axe, on retirait rapidement la petite tige d’acier qui rendait la pince ^ solidaire du levier a' a" \ l’extrémité p du levier tombait sur l’obstacle qui lui était opposé, comme on le voit sur la figure, et le fil revenant à sa longueur primitive, on notait l’élévation de température correspondante. On obser¬ vait ainsi les deux variations de température successive¬ ment produites par un allongement et un raccourcissement accompagnés d’un travail extérieur (positif dans le cas d’un duisent à zéro la vitesse — ? la valeur correspondante de x — x0 sera l’am¬ plitude de la première excursion de l’aiguille et elle sera évidemment pro¬ portionnelle à e0, c’est-à-dire à la variation initiale de la température du fil. Le raisonnement qui conduit à cette conclusion suppose que le phénomène calorifique, dont le fil est le siège, est d’une durée très-courte, et qu’il est terminé avant que le déplacement de l’aiguille soit devenu sensible. Mais l’expérience fait voir qu’il n’est pas nécessaire que celte condition soit sa¬ tisfaite en toute rigueur, et qu’on peut élever jusqu’à 6 secondes la durée de la chute du poids, sans que l’excursion initiale de l’aiguille galvanométrique soit sensiblement diminuée. L’expérience montre également que pour un même fil l’amplitude de la première excursion de l’aiguille galvanométrique est réellement proportion¬ nelle à la quantité de chaleur absorbée ou dégagée dans le fil. Si en effet on détermine par les moyennes de quatre séries d’expériences successives : l’excursion X qui correspond à la chute totale du poids d, depuis l’axe b jusqu’à l’extrémité du levier ; l’excursion X1 qui correspond à une chute partielle de b en a' • 3° l’excursion Xs qui correspond à une chute partielle de a' en a"; /j.° l’excursion X3 qui correspond à une chute partielle de a " jus¬ qu’à l’extrémité du levier, on trouve X = X14-X2H-X3; et cette relation est le caractère assuré de la proportionnalité des effets aux causes, c’est-à dire de la proportionnalité des excursions aux quantités de chaleur. ( 25 l ) allongement, négatif dans le cas d'un raccourcissement) égal au produit du poids par rallongement ou le raccour¬ cissement lui-même, et une troisième variation produite par un raccourcissement égal au précédent, mais qu’aucun travail mécanique extérieur sensible n’avait accompagné, le travail de la pesanteur correspondant au trcs-petit dépla¬ cement du système formé par le fil et la pince pouvant être négligé devant le travail des deux premières expériences. Ces variations de température sont, pour un même fil, et dans une même série d’expériences, évidemment propor¬ tionnelles aux quantités de clialeur dégagées ou absorbées; mais si l’on voulait évaluer ces quantités de chaleur elles- mêmes ou simplement comparer les quantités dégagées ou absorbées par des fils différents, ou par un même fil dans des expériences différentes, il serait nécessaire de tenir compte d’un certain nombre d’influences qu’il est à peu près impossible d’évaluer. Ainsi il est clair que la manière dont la chaleur se communique du fil à la pince dépend de la nature du fil et de la pression exercée par la pince sur le fil. Cette pression exerce même une autre influence : elle contrarie tes changements de longueur de la partie du fil qui est saisie entre les deux branches de la pince, et par suite diminue les variations de température qui ont lieu dans cette partie et qui sont précisément celles que l’expé¬ rience manifeste. On pourrait craindre que le frottement du fil contre la pince n’exerçât sur les résultats une influence perturba¬ trice considérable, par suite de la chaleur qu’il développe. Mais les expériences démontrent clairement qu’il n’en est rien, car elles établissent que les effets calorifiques observés lorsque le fil s’allonge et lorsqu’il se raccourcit en consom¬ mant ou en développant un même travail extérieur sont exactement égaux et de signe contraire, ce qui ne saurait avoir lieu si la chaleur dégagée par le frottement venait ( 252 ) dans une expérience diminuer l’abaissement de tempéra¬ ture dû à rallongement et dans l’expérience suivante aug¬ menter l’élévation de température due au raccourcissement. La première série d’expériences a porté sur un fil d’acier (une corde de piano) de inim, i4 de diamètre. Nous en reproduisons les résultats dans le tableau suivant où «, u'. u,f désignent les trois excursions de l’aiguille galvanométrique correspondantes aux trois périodes de l’expérience décrites plus haut. Charge cia levier. . . 11,848 (i) Moy. Mov. . . %} U . U u". O CO 46,° 97 O rs CO 43,o 99»° 45,0 91 >° 45,0 49,° 99>° 46,5 46,0 96,5 Charge cia levier. .. 6,665 U . u’. u". 29,0 25,0 43,5 26,5 25,0 41 >0 )> 3o ,0 4°,o 3 1 ,0 33,5 42,0 34,0 26,0 » 26,0 23 ,0 » 2Q,3 27, 1 4» fi («) L’imité de poids de IV1 . Edlund est la livre suédoise. Charge du u . 34,0 35,o 36.5 33.5 34.5 3o ,0 Moy. . . 33,9 Charge du U . 37,0 47.5 4° .5 47.° 40,0 41 >° 1 _________ Moy. . 42>2 Charge du u . 58,o 60,0 56,o 57,0 49,0 )) Moy. . . 56,o 2 53 ) levier. . . 8,393 u'. u" . 0 e* CO CS 57,0 28,0 53,5 OJ 00 V» 0 53,o 3o , 0 5o,o 35,0 57,0 0 n. 0 56,5 33,2 54,5 levier . . . 10,242 u'. u". 44,0 74.° 40,0 74 J» 45,0 72,5 36,o 75,0 44,5 74.5. 43,5 42,2 74.° levier. . . i 2 , ^58 u'. u". 56,o 122,0 5o ,0 112,0 59. 0 1 i3,o 55,0 U7,0 54,5 1 15,5 53,5 117,0 54.7 1 16,0 L’égalité des valeurs moyennes de u et de 7/ dans chaque ( 2D4 ) série d expériences est le premier fait que l’on remarque à l’inspection de ce tableau. Ainsi la chaleur dégagée par la contraction et la chaleur absorbée par l’allongement sont égales entre elles lorsque la contraction et V allonge¬ ment sont accompagnés de travaux mécaniques exté¬ rieurs égaux et de signe contraire. La proportionnalité de la chaleur dégagée à la charge du levier n’est guère moins facile à constater dans les nombres qui précèdent. Enfin la proportionnalité des allongements aux charges résulte d’une autre série de nombres que nous ne rappor¬ tons pas. Toutes ces conclusions ne contiennent rien de bien nou¬ veau, mais il en est autrement de celle qui se tire de la com¬ paraison des valeurs de u" avec les valeurs de u et de uf. Les premières sont toujours très-supérieures aux secondes. En d’autres termes, lorsque le fil s’est contracté sans effectuer de travail mécanique extérieur , il a dégagé plus de chaleur que lorsqu’il s’est contracté de la même quantité en soule¬ vant un poids. Il est facile de voir que l’expression u ” - peut être prise pour mesure de l’excès de la chaleur dégagée dans le premier cas sur la chaleur dégagée dans le second, et les nombres des expériences font voir que cet excès est proportionnel au carré de la charge du bras de levier, ou, ce qui revient au même, puisque l’allonge¬ ment est proportionnel à la charge, proportionnel au pro¬ duit de la charge par l’allongement, c’est-à-dire au travail mécanique extérieur effectué dans l’expérience où le fil s’est contracté en soulevant un poids. Ce dernier résultat est entièrement conforme à la théorie. M. Edlund a encore expérimenté sur un second fil d’acier tout pareil au précédent, sur un fil d’argent de imm, i4 de diamètre, sur un fil d’ argentan de imm,32 de diamètre, sur un fil de 1 aiton de omm,87 de diamètre, sur un fil de platine de imm,92 de diamètre et sur un fil de bronze d’alumi- ( 255 ) ïiium (1) de i 111,11 , 08 de diamètre. Toutes ees expériences ont donné des résultats analogues aux précédents et qu’il nous parait inutile de rapporter en détail. O11 peut donc, avec M. Edlund, formuler les lois générales suivantes : I. Si un métal est dilaté sans que la limite d' élasticité soit dépassée , il éprouve un refroidissementproportionnelà la force mécanique par laquelle la dilatation est produite. II. Si le métal revient ensuite à son volume primitif en effectuant, un travail mécanique extérieur égal à celui qui a été dépensé pour le dilater , il éprouve un réchauffement, égal au refroidissement qui Va précédé et proportionnel en conséquence à la force mécanique par laquelle le métal était maintenu dans son état de dilatation avant de se contracter. III. Si au contraire le métal revient à son volume pri¬ mitif sans effectuer de travail mécanique extérieur ', il s'é¬ chauffe plus que dans le cas précédent , et la différence des deux échauffements est proportionnelle au travail méca¬ nique extérieur que dans l un des cas le métal effectue en même temps qu il se contracte. IV. Il suit de ces trois principes que si, sans dépasser les limites dé élasticité, un métal passe du volume \0 au volume V i9 Ifffet calorifique concomitant ne dépend pas seulement du volume initial et du volume final, mais encore de la manière dont le changement total s'est, effectué. M. Edlund fait remarquer que lorsqu’un métal se con¬ tracte en effectuant un travail extérieur égal à celui qu’il a fallu dépenser pour le dilater, ses molécules reviennent sans vitesse à leurs positions primitives d’équilibre, parce que la tension du fil décroît dans le même rapport que l’allongement. Au contraire, si la contraction a lieu sans (1) Contenant seulement 2,5 pour 100 d’aluminium, d’après une analyse de M . Ullgreu . ( a56 ) travail mécanique extérieur, le mouvement des molécules s’accélère sans cesse et elles arrivent à leurs positions d e quilibre animées de vitesses qu’on peut regarder comme identiques à l’excès de chaleur dégagée. On pourrait dire que le travail mécanique extérieur empêche la production d’une certaine quantité de chaleur qui se serait naturel¬ lement développée. Des considérations analogues peuvent s’appliquer aux anciennes expériences de Joule sur les effets thermiques de la dilatation des gaz. ( 257 ) ANALYSE CHIMIQUE FONDEE SUH LES OBSERVATIONS DU SPECTRE ; Par MM. G. KIRCHHOFF et R. BUNSEN (1). DEUXIÈME MÉMOIRE. Nous avons fait voir dans notre premier Mémoire (2) que les raies brillantes des spectres produits par les vapeurs incandescentes des différents composés métalliques peuvent être utilisées comme les réactifs chimiques les plus sûrs et les plus délicats. La méthode d’analyse fondée sur l’obser¬ vation de ces raies s’applique surtout à la recherche de certains corps qui ne se rencontrent qu’en très - petites quantités, ou que leurs réactions permettent de confondre aisément les uns avec les autres. Cette méthode est d’un secours précieux pour la recherche et la séparation de ces corps, et surpasse de beaucoup en précision et en sensibilité les procédés les plus délicats que la chimie ait eus, jusqu’à ce jour, à sa disposition. Nous avions la conviction que cette méthode, qui recule d’une façon si extraordinaire les limites de l’analyse chi¬ mique, pourrait amener à découvrir de nouveaux éléments qui avaient échappé jusqu'ici aux chimistes, soit à cause de leur extrême dissémination, ou bien de leur analogie avec les substances connues, soit enfin en raison de F imperfec¬ tion de nos moyens d’investigation qui ne permettait pas de trouver entre eux des réactions caractéristiques. Dès le pre¬ mier pas fait dans cette voie, nous avons vu se réaliser cette prévision; en effet nous avons reconnu bientôt, outre le (1) Annales de Poggendor/ff t. CXIII, p. 33y. (2; Voytz ces Annales, 3e série, t. LXtl, p. 4Ô2 et suivantes. Ann. de Chim, et de Phys., 3e série, t. LXLV. ( Mars 1862.) I 3 ( 258 ) potassium, le sodium et le lithium, F existence de deux autres métaux alcalins, bien que les sels de ces nouveaux éléments donnent lieu aux mêmes précipités que les sels de potassium et qu’on ne les rencontre qu’en très-petite quan¬ tité. En effet, pour obtenir un poids de matière s’élevant à quelques grammes seulement et nécessaire à nos expé¬ riences, il nous a fallu opérer sur 44 200 kilogrammes d’eau mère de l’eau minérale de Dürkheim et sur i5o kilo¬ grammes de lépidoli tlie (i). Si Ton porte dans la flamme de l’appareil spectral une goutte de l’eau mère provenant de l’eau minérale de Dürkheim, on reconnaît seulement les raies caractéristiques du sodium,- du potassium, du lithium, du calcium et du strontium. Si alors, après avoir précipité par les procédés connus la chaux, la strontiane et la magnésie, l’on reprend par l’alcool le résidu préalablement traité par l’acide nitrique pour fixer les bases, on obtient, après s’être débarrassé le plus possible de la lithine au moyen du car¬ bonate d’ammoniaque, une eau mère qui dans l’appareil spectral dorme les raies du sodium, du potassium, du lithium, et de plus deux raies bleues remarquables, très-rap- prochées Fune de l’autre, et dont l’une coïncide presque avec la raie Srd. Or il n’est pas de corps simple connu qui dans cette partie du spectre dorme deux semblables raies 5 on pouvait donc conclure à l’existence certaine d’un corps simple inconnu jusqu’à ce jour, et appartenant au groupe des métaux alcalins. Nous proposons de donner au nouveau métal le nom de cæsium (symbole Cs) de cœsius (2) qui, chez les anciens, (l) Depuis la publication de ce Mémoire dans les Annales de Poggendor/f, j’ai rencontré le cæsium et îe rubidium en quantité relativement considé¬ rable dans l’eau minérale de Bourbonne-les- Bains (Haute-Marne). Je pu¬ blierai bientôt dans ces Annales les résultats de mes recherches à cc sujet. (L. Grandeau.) (a) Voir Aul. Gel!., TSoctes Atticœ , II, 26, d’après Nigidius Figulus : ( a59 ) servait à désigner le bleu de la partie supérieure du firma¬ ment. Ce nom nous paraît justifié par la facilité avec laquelle on peut constater, par la belle couleur bleue des vapeurs incandescentes de ce nouveau corps simple, la pré¬ sence de quelques millièmes de milligramme de cet élément mélangé à delà soude, à de la lifhine et à de la strontiane. Si Fou traite le lépidolitbe de Saxe par une des méthodes connues, qui permette d’obtenir en dissolution les alcalis séparés des autres éléments, et que Fou verse dans ce liquide du bicblorure de platine, on obtient un abondant pré¬ cipité qui, essayé dans Fappareil spectral, laisse voir seule¬ ment les raies du potassium. Si on lave, à plusieurs reprises, ce précipité avec de l’eau bouillante, et qu’on Fessave de temps en temps dans Fappareil, on remarque deux nouvelles raies d un magnifique violet, situées entre la raie Sr $ du strontium et la raie Kj3 du potassium. Au fur et à mesure des lavages, ces raies s’accusent de plus en plus sur le fond du spectre continu du potassium qui va en s’éteignant Bientôt meme on voit apparaître un certain nombre de raies nouvelles dans le rouge, le jaune et le vert. Aucune de ces raies n appartient aux spectres des corps simples dé¬ couverts jusqu ici. Parmi elles, il faut particulièrement citer deux raies rouges remarquables situées au delà même de la raie brillante A de F raünliofer, ou, si l’on veut, de la raie brillante Kaqui lui correspond, raie qui est placée à l’extrémité de la partie rouge du spectre solaire. La magni¬ fique couleur rouge foncé de ces raies du nouveau métal alcalin nous a engagés à donner à ce corps simple le nom de rubidium et le symbole Rb, de rubidus , qui, chez les anciens, servait à désigner le rouge le plus foncé (i). Avant d étudier avec plus de détails les spectres du rubi- Nostris amerri veteribus cæsia dicta est, quæ h Grœcis, yXocvxæTtiç, ut Nigidius ait, de colore cœli quasi cælia. (i) Aul. Grell., Noct. Atticæ, Iï, 2(1 : Rubidus autem est rufusatt iov et nigrore multo mus tus. n- ( 2ÔO ) dium et du cæsium, nous allons décrire les recherches que l’un de nous a faites afin de bien établir la nature des deux nouveaux métaux et de leurs combinaisons les plus impor¬ tantes. r I. — Etat naturel, diffusion, préparation et équivalent du rubidium. Pour préparer le chlorure de rubidium pur, nous avons utilisé le résidu salin provenant du traitement de i5o kilo¬ grammes de lépidolithe de Saxe ; ce sel avait été débarrassé le plus complètement possible des terres et de la lithine. Nous avons opéré de la manière suivante pour isoler le nouvel élément et pour déterminer provisoirement son équivalent. Le résidu salin a été dissous dans l’eau et traité par 100 grammes environ de chlorure de platine 5 cette quantité n’était pas à beaucoup près suffisante pour préci¬ piter tout le potassium. On a lavé une vingtaine de fois le précipité de platine en portant chaque fois la petite quan¬ tité d’eau employée à la température de l’ébullition. On réunissaitle liquide provenant de chacun deces lavages à la première dissolution, ce qui occasionnait chaque fois un nou¬ veau précipité qui était traité comme le premier. Dans le cours des lavages à la température de l’ébullition, on voit les liqueurs d’abord jaune-biun foncé prendre une teinte de plus en plus claire, de telle sorte qu’il est facile de recon¬ naître à la coloration faible et invariable des eaux de lavage le moment où l’on peut cesser ce traitement. Après avoir répété plusieurs fois cette opération, on peut considérer l’extraction comme terminée, lorsqu’ en traitant par des lavages réitérés les précipités obtenus à l’aide du sel soluble, la totalité passe en dissolution. Après avoir purifié tous les précipités de platine et les avoir encore lavés ensemble à plusieurs reprises à l’eau bouillante, on les dessèche et on les réduit dans un courant 1 ( 2t>‘ ) d’hydrogène ? ce qui donne un mélange de platine et de chlorure de rubidium impur, qu’on sépare par l’eau. On étend d’eau la dissolution aqueuse, on la précipite de nou¬ veau à la température de l’ébullition par du chlorure de platine, et l’on retire le chlorure de rubidium en réduisant de nouveau le précipité préalablement traité comme il est dit plus haut. 2^,2496 de ce chlorure, que nous désignerons par A, ont donné 2,7688 de chlorure d’argent. La masse saline A a été dissoute dans 3o fois environ son volume d’eau, et l’on a précipité encore une fois la li¬ queur par une dissolution bouillante de chlorure de platine à peu près aussi étendue 5 la précipitation n’a commencé que quelques instants après le mélange. À mesure que la température s’abaissait, la précipitation augmentait rapide¬ ment, et lorsque le liquide fut à 4o° centigrades environ, 011 le filtra yle précipité réduit par l’hydrogène fut repris par l’eau et l’on obtint ainsi le chlorure B. osr,qo22 de cette masse saline ont donné 1,0712 de chlo¬ rure d’argent. En répétant sur le produit B le traitement cpii vient d’être indiqué, on obtient la masse saline C. igl',354o de ce chlorure fournissent 1,6076 de chlorure d’ar¬ gent. L’emploi du même procédé de séparation donna avec le produit C un nouveau résidu, que nous désignerons par D. igr, g486 de ce corps ont donné 2,3091 de chlorure d’ar¬ gent. La quanti té de chlorure d’argent fournie par une partie ( 2Ô2 ) en poids de chacun des chlorures de rubidium obtenus après ces séparations correspond aux chiffres suivants : 8r A . i,23o8 B . i , 1873 C . 1 , 1873 D. . . . . 1 , i85o Ces nombres indiquent que les produits des trois derniers traitements possèdent déjà une composition constante. Comme les raies brillantes du cæsium et du lithium manquaient presque complètement dans le spectre du der¬ nier produit (D) et que la raie R a (PL IV) était si faible, qu’elle ne pouvait plus être perçue dans notre appa¬ reil spectral, on peut considérer le produit des trois der¬ niers traitements comme du chlorure de rubidium pur. Pour s’assurer de la pureté du chlorure métallique ainsi obtenu, on a essayé une autre méthode de séparation dont on a fait usage, comme on le verra plus loin, pour séparer le cæsium du potassium et du rubidium. Cette méthode con¬ siste à carbonater au cinquième environ de leur poids les trois alcalis préalablement rendus caustiques et à reprendre par l’alcool la masse saline anhydre. Si le rubidium avait été accompagné d’un autre alcali plus ou moins basique que lui et n’ayant pas le même équivalent, la dissolution alcoo¬ lique eut dû présenter une autre composition que le résidu» Le sel rendu caustique, comme nous venons de le dire, dissous dans l’alcool et transformé en chlorure, présenta une composition concordant avec celle du produit non dis¬ sous dans l’alcool. En effet : ogr,5i 16 de ce chlorure donnèrent 0,6078 de chlorure d’ar¬ gent, c’est-à-dire, pour 1 gramme de chlorure de rubidium , 1,1 83o de chlorure d’argent, ce qui concorde à très-peu près avec les résultats précédents. ( ^63 ) En considérant seulement les produits de composition constante, et en prenant, d’après Stass, 107,94 pourl équi¬ valent de l’argent, et 35 , 46pour celui du chlore, on obtient pour l’équivalent du rubidium, H étant égal à 1, B . 85, 3i C . . . . 85,32 D . 85,55 E . 85,24 et en moyenne Rb = 85,36. L’atome du nouveau métal pèse, on le voit, un peu plus du double de celui du potassium (1). Au reste, le nombre trouvé manque encore de ce degré d’exactitude qu’il est possible d’atteindre dans la détermination des équivalents. Nous 11e croyons pas cependant qu’il soit beaucoup plus éloigné de 1 équivalent réel que le plus grand nombre des équivalents considérés comme exacts et admis sans difficulté par les chimistes. Il est presque inutile de dire que les ré¬ sidus provenant des traitements décrits ont été traités de la même manière que la matière première, et qu’ils ont donné encore une quantité assez notable de chlorure de rubidium. Il nous a paru intéressant de déterminer, sinon avec une exactitude parfaite, au moins approximativement, la quan¬ tité de rubidium qui se trouve dans le lépidoli the. Nous avons pris à cet effet le lépidoli the de Rozèna, près de Hradisko, en Moravie, qui, à côté du rubidium, contient, (1) Le rapprochement suivant entre les équivalents des nouveaux métaux, pris en nombres ronds, et les équivalents du sodium, du potassium et du lithium, m’a paru devoir être signalé : 2 K 4- Li = Rb, 2 Na -4 K = Rb, Rb K = Cs, (2x39)4-7 = 85, (2 X 23) 4- 39 = 85, 854-39=124. (L Grandeau.) .■s ( 264 ) comme nous Ta montré l’analyse spectrale, des traces de cæsium (1). Pour cette analyse, la dissolution résultant du traitement de i3gr, Sogde lépidolithe par la chaux, a été précipitée à la manière ordinaire par le chlorure de platine. Le préci¬ pité consistant en chlorure de platine et de potassium, et chlorure de platine et de rubidium réduit par l’hydro¬ gène, a fourni un mélange de chlorures de potassium et de rubidium pesant 2gr,0963. On a précipité de nouveau le mélange par le chlorure de platine et I on a traité le préci¬ pité par de petites quantités d’eau bouillante, jusqu’à ce que les eaux de lavage eussent pris une couleur jaune clair. Les eaux de lavage réunies déposèrent par l’évaporation et le refroidissementun nouveau précipité, qui fut traité comme le premier. Le sel double de platine qui s’est déposé lors¬ qu’on a concentré pour la troisième fois la liqueur, fut sou¬ mis au même traitement répété jusqu’à ce qu’une petite quantité d’eau bouillante pût le dissoudre sans aucun ré¬ sidu. Les précipités de platine difficilement solubles furent réunis et donnèrent après la réduction par l’hydrogène ogr,o42i de chlorure de rubidium. Ce poids correspond à 0,24 d’oxyde de rubidium pour 100 parties du lépidolithe employé. Si l’on combine ce résultat avec ceux obtenus dans une analyse exécutée dans notre laboratoire par M. Cooper, on voit que le lépidolithe de Saxe de Rozèna possède la composition suivante : (1) Le lépidolithe rose envoyé de Prague par M. Batka à l’Exposition uni¬ verselle de i855 et qui a servi à M. Troost pour son beau travail sur le lithium et ses sels, diffère essentiellement du minéral analysé par MM. Bun¬ sen et Kirehhoff en ce qu’il renferme en quantités presque égales les deux nouveaux métaux, comme me l’ont appris les analyses que j’en ai faites récemment. (L. Grandeau.) ( 205 ) Silice. . . . . . 5o , 32 Al amine . . . 28 ,54 Peroxyde de fer . 0,78 Chaux . 1,01 Magnésie . o,5i Oxyde de rubidium ..... 0,24 Oxyde de cæsium . traces Lithine . 0,70 Fluorure de lithium . 0,99 Fluorure de sodium . 1 ,77 Fluorure de potassium. . . 12,06 Eau . 3,12 99 >99 Une série d’analyses spectrales d’eaux mères, que nous passons sous silence parce qu elles seront exposées à propos de la recherche du cæsium, nous a montré que dans les sources salées il est très-rare de voir manquer des traces de rubidium à côté des oxydes de potassium, de sodium, de lithium et de cæsium, et que le rubidium, toujours dissé¬ miné en très-petites quantités, ne peut cependant, en au¬ cune façon, être considéré comme un corps très-rare, au moins eu égard h sa diffusion dans la nature. IL — Du RUBIDIUM MÉTALLIQUE ET DE QUELQUES-UNS DE SES COMPOSÉS. A. Métal. N’ayant en tout à notre disposition que 3o grammes à peine de matière, nous avons craint d’en perdre en tentant la réduction du carbonate à une haute température, et nous nous sommes bornés pour le moment à préparer le rubidium par voie électrolytique. Si l’on fait passer à travers du chlo¬ rure de rubidium fondu un courant électrique allant d’une tige de graphite prise comme électrode positive à un (il de ( 266 ) fer servant de pôle négatif, on voit près de ce dernier monter à la surface du chlorure et brûler avec une flamme rougeâtre le rubidium isolé par la pile. Si l’on couvre le pôle fer avec une petite cloche de verre dans laquelle, pendant l’expérience, on fait passer un courant d’hydrogène parfaitement dépouillé d’oxygène et sec, la combustion cesse, mais le métal, au lieu de se réunir sous la cloche, disparaît à mesure qu’il se pro¬ duit; il se forme donc, par réduction, un sous-chlorurequi se dissout dans le chlorure. Ce dernier prend dans le voi¬ sinage du pôle fer une couleur bleu de smalt intense. Bien que, soit à l’œil nu, soit au microscope, il soit impos¬ sible de découvrir dans la masse bleue complètement trans¬ parente la plus petite trace d’une substance métallique, cette masse décompose cependant Beau en donnant naissance à un dégagement d’hydrogène et produisant un liquide in¬ colore doué dune réaction fortement alcaline. Le chlorure de potassium, dans les mêmes conditions, produit aussi un sous-chlorure bleu. Si l’on répète cette expérience en prenant un mélange à équivalents égaux de chlorure de rubidium et de chlorure de calcium, et en portant le tout à une température un peu inférieure au rouge, température à laquelle le sel double entre alors en fusion, on obtient encore une masse qui, jetée dans l’eau, donne lieu à un très-vif dégagement d’hy¬ drogène ; ce gaz entraîne avec lui de très-petits globules de métal qui viennent brûler à la surface de l’eau. Néanmoins par ce moyen on n’obtient pas le métal en quantité suffi¬ sante pour pouvoir en étudier exactement les propriétés. On peut au contraire très-facilement produire l’amalgame de rubidium, en se servant, pour décomposer une dissolution aqueuse, neutre et concentrée de chlorure de rubidium, du mercure comme pôle négatif et d’un fil de platine comme électrode positive. Le mercure se transforme alors en s’é¬ chauffant en amalgame de rubidium, qui, par le refroidisse¬ ment, donne une masse solide, cristalline, blanc d argent et N ( 267 ) cassante. Cet amalgame décompose beau à la température ordinaire, s’empare de l’oxygène de l’air et se recouvre alors, avec production de chaleur, d’une couche d’hydrate d'oxyde de rubidium caustique. L’amalgame de rubidium, par rapport à l’amalgame de potassium, est fortement élec¬ tropositif, quand on forme une pile avec le chlorure de rubidium ou le chlorure de potassium. Le potassium, on le voit, ne peut donc plus être considéré comme l’élément le plus éleclropositif 5 il est au contraire, d’après ces expé¬ riences, électronégatif par rapport au rubidium. B. Hydrate d'oxyde de rubidium. Rb O, HO. C’est avec le sulfate que sa préparation réussit le mieux. O11 dissout ce sel dans 100 fois son poids d’eau, et 011 fait bouillir la dissolution pendant quelque temps, afin de la bien priver d’air 5 alors on y verse peu à peu de l’eau de baryte, tout en conservant la dissolution à une température voisine de celle de son point d’ébullition 5 le précipité se dépose en quelques instants par l’agitation, de telle sorte qu’on peut observer très-nettement l’instant précis où l’acide sulfurique est précipité complètement. On évapore alors rapidement le liquide dans une cornue en argent, et l’on obtient l’hydrate d’oxyde de rubidium sous forme d’une masse blanche, poreuse, à reflets légèrement grisâtres, qui fond tranquillement déjà au-dessous du rouge, sans perdre son eau d’hydratation, et donne par le refroidissement une masse cassante, difficilement friable, possédant une cassure lamelleuse et dépourvue de texture cristalline. Dans la flamme, cette substance se volatilise facilement et complè¬ tement; elle se dissout dans l’eau avec un fort dégagement de chaleur; elle est aussi caustique que la pierre à cautère. Exposée à l’air, elle est très-déliquescente et donne un liquide sirupeux, gras au toucher, corrodant la peau, et ( 2 68 ) qui se transforme peu à peu sous l’influence de l’acide car¬ bonique en carbonate, puis en bicarbonate d’oxyde de rubi¬ dium. Cette matière se dissout dans l’alcool comme la potasse caustique et donne une liqueur sirupeuse. Comme réaction et saveur alcalines, elle se rapproche encore de la potasse. L’hydrate d’oxyde de rubidium ne peut pas être fondu dans des vases de platine, qu’il attaque comme la potasse. 0^,7200 de ce corps ont donné 0,92,86 de sulfate. Sa composition est donc : Calculé. Trouvé. RbO . 93 ,36 91 L21 90,29 HO . 9,00 00 Vf «0 102,36 100,00 100,00 L'excédant assez fort d’eau que l’on remarque dans les résultats de l’analyse provient de la difficulté qu’on éprouve à se procurer le composé parfaitement exempt d’acide carbo¬ nique. Nous n’avons pas encore cherché si le rubidium donne un oxyde supérieur et un sous-oxyde. C. Carbonate cb oxyde de rubidium. Rb O, CO2. Le procédé le meilleur consiste à prendre le sulfate d’oxyde de rubidium, à le précipiter par l’eau de baryte, à traiter, après filtration, la dissolution caustique par le carbonate d’ammoniaque et h évaporer à sicciïé. Pour enle¬ ver l’excès de baryte, on dissout la masse dans l’eau. La dis¬ solution soumise à l’évaporation donne des cristaux confus et des croûtes cristallines de carbonate d’oxyde cle rubidium hydraté, qui, à une plus haute température, fondent dans leur eau de cristallisation, et laissent ensuite une masse poreuse, pulvérulente et anhydre. Cette matière fond au rouge, et par le refroidissement donne une masse cristalline ( ^y ) blanche et opaque. Le sel anhydre est déliquescent au plus haut point et se dissout dans Jean en donnant lieu à un no¬ table dégagement de chaleur. Il agit sur la peau comme un corrodant et un caustique. Sa réaction alcaline est si forte , 2 qu un dans de l’eau bouillie donnent encore une li- ioooo queur sensiblement alcaline qui bleuit le papier de tournesol rougi. Il est presque insoluble dans l’alcool absolu bouillant; ioo parties d’alcool dissolvent seulement 0,74 parties de sel. Fondu dans un creuset de platine, il ne perd pas son acide carbonique, même à une température élevée. iër,4632 de sel fondu, desséchés pendant longtemps et traités par l’acide sulfuri que, ont perdu 0^,2748 d’acide carbonique. positio n, d’apr ès cela, est la suivante : Calculé. Trouvé. RbO . . ... 93,36 80,93 8l ,22 CO2.. . ]9,°7 18,78 1 i5 ,36 100,00 T OO, OO D. Bicarbonate d'oxyde de rubidium. Rb O. 2 CO2, IIO. Quand on place une dissolution aqueuse du sel neutre dans une atmosphère d’acide carbonique, le bicarbonate se produit facilement. Si on fait évaporer cette dissolution à la température ordinaire sur de l’acide sulfurique, il se dépose un sel sous forme de cristaux d’un aspect vitreux, inaltérables à l’air, paraissant appartenir au système prismatique, mais dont nous n’avons pu obtenir d’échantillon assez volumi¬ neux pour pouvoir le mesurer. Ces cristaux possèdent une très-faible réaction alcaline; ils ont une saveur analogue à celle du salpêtre, fraîche et non caustique. Lorsqu’on les chauffe, ils perdent facilement leur deuxième équivalent d’acide carbonique. Ils sont très-solubles dans beau. Leur dissolution perd de l’acide carbonique par l’ébullition, en ( 2 7° ) donnant naissance probablement à du sesquicarbonate d’oxyde de rubidium. o8r,54ib de carbonate d’oxyde de rubidium placés dans un creuset de platine taré et dissous dans l’eau ont été abandonnés à eux-mêmes, pendant quinze jours, dans une atmosphère d’acide carbonique qui se renouvelait lente¬ ment. Après avoir évaporé la dissolution sur l’acide sul¬ furique, à la température ordinaire, on a de nouveau hu¬ mecté la masse avec de l’eau chargée d’acide carbonique; puis on l’a desséchée de la même manière jusqu’à ce qu’elle ne changeât plus de poids. Le sel obtenu pesait alors osr,6878; ce sel présente donc une composition analogue à celle du bicarbonate de potasse : Calcule. Trouvé, RbO, .... 93,36 63,79 63>72 2 CO2 . 44,00 3o,o6 HO . 9,oo 6, 1 5 146, 36 100,00 E. Azotate cl oxyde de rubidium. RbO, AzO5. En refroidissant rapidement la dissolution aqueuse de ce sel, on obtient de longues aiguilles confuses. Par une cristal¬ lisation plus lente, il se dépose des prismes di-hexagonaux mesurables et des pyramides di-hexagonales moins bien formées. Les cristaux ont donc une tendance bien mani¬ feste à présenter une apparence prismatique prédominante. Dans le système hexagonal auquel ils appartiennent, le rapport des axes est le suivant : i \ a — i ‘.0,7097, auquel correspond un dodécaèdre hexagonal obtus, ayant des angles culminants de 78° /\o' et des angles à la base de ( 27‘ ) i43°o'. Les faces des pyramides sont très-incomplètement développées, de sorte que la mesure des angles ne peut pas être très-rigoureuse. On n’a pu observer que les faces P. OO P. P 2 . 00P2 . (PL III, flg. 6.) Trouvé. Calculé. P — /?, . i49° 4^ *50° o' py — p . 149° 53' i5o° o' r — /?, . 1 “29° 20' Le nitrate de potasse cristallise, comme on sait, dans le système rhombique, mais, d’après Frankenbeim, il possède encore une deuxième forme hexagonale fondamentale, dont la modification hémiédrique est un rhomboèdre avec des angles culminants de io6°4o/. A cette forme correspond un dodécaèdre hexagonal d’un autre ordre pour le nitrate d’oxyde de rubidium, et sur lequel nous reviendrons à propos du nitrate d’oxyde de cæsium. L’azotate d’oxyde de rubidium est anhydre; il retient, comme le nitre, de l’eau interposée dans les cavités des cristaux: aussi, lorsqu’on le chauffe, décrépite-t-il violem¬ ment. Au rouge naissant, il fond sans décomposition en don¬ nant un liquide limpide comme de l’eau, qui se prend par le refroidissement en une nr:sse cristalline rayonnée; à une température plus élevée, il perd de l’oxygène et passe à l’état de nitrite, mélangé à de l’oxyde de rubidium caus¬ tique, ce qui fait qu’il attaque fortement le platine. Mis sur un fil de platine dans la flamme, il disparaît sans ré¬ sidu. Il est beaucoup plus soluble dans l’eau que le sal¬ pêtre; 100 parties d’eau à o° centigrade en dissolvent 20, 1 parties, et à io° centigrades 435 parties. L’eau, <à ces mêmes températures, dissout seulement i3,3 et 20,4 par¬ ties de salpêtre. 2sr, 3543 de sel ont donné, après le traitement par l’acide sul¬ furique, 2,i3o6 de sulfate d’oxyde de rubidium. / * ( 2 7 2 ) L’azotate a donc la composition suivante : Calculé. Trouvé. Rb 0 . 93,36 63,35 63,36 AzO5 . 54,oo 36,65 36 ,64 147, 36 100,00 100 ,00 F. Sulfate (P oxyde de rubidium. Rb O, SG3. Le bisulfate Rb O, 2 8 O3, fond au rouge naissant comme le sel correspondant de potasse ; à une température plus élevée, il perd avec effervescence la moitié de son acide sulfurique et laisse un résidu solide fusible au rouge blanc. Par l’évaporation lente de sa dissolution aqueuse, le sel neutre se dépose facilement en beaux cristaux, volumineux, durs et doués de l’éclat vitreux, appartenant au système rhombique, dans lequel le rapport des axes est a : b : c — 0,5723 : 1 : 0,7522 et auquel correspond un octaèdre rhombique ayant des angles à la base de n3°6/ et des angles culminants de i3i° 6' et 87° 8'. Les cristaux dessinés PL III , fîg. 5, possèdent les faces suivantes : P. 00 P 2. Calcule. Trouvé. o . o 1 3 1 . 6 » o . o, 1 1 3 . 6 » .v . o i3o.36 i3o°42' . . . . St 112.43 112.46 Ce sel est donc isomorphe avec le sulfate de potasse, dont les axes, d’après Mitscherlich, présentent les rapports sui- ( 273 ) vanls : a : b : £=0,5727 : 1 : 0,7464. Le sulfate de rubidium est anhydre et complètement inaltérable à l’air ; il a une saveur particulière rappelant celle du sulfate de potasse. Il décrépite par la chaleur et perd sa transparence. Dans la flamme, sur un fil de platine, il se volatilise complètement. 100 parties d’eau en dissolvent à -j- 7o°centigrades 42> 4 parties. Dans les mêmes conditions, l’eau ne dissout que 9,58 parties de sulfate de potasse. igr,oog8 de sulfate de rubidium ont donné osr,8872 de sulfate de baryte. D’où l’on conclut : Calculé. Trouvé. Rb 0 . . . . 93,36 7°,°I 69,86 SO3 . 40 ,00 29>99 3o , 14 i33,36 100,00 100,00 Ce sel se combine avec le sulfate d’alumine, et donne un sel double, l’alun de rubidium, RbO . SO3 4- A1203 . 3 S O3 + 24 HO, qui se sépare facilement en gros cristaux brillants, trans¬ parents, appartenant au système régulier. Outre les faces dominantes o, on remarque encore les faces 00 o et 00 00c . Ces cristaux sont inaltérables à l’air et se comportent poul¬ ie reste comme le sel de potasse correspondant. Avec les sulfates de protoxyde de nickel, de protoxyde de cobalt, de magnésie, etc., le sulfate d’oxyde de rubidium forme également des sels doubles, appartenant au groupe remarquable du type KO, S O3 -+- Ni O, S O3 H- 6HO et qui sont isomorphes avec les sels doubles correspondants du potassium. Ces sels doubles de rubidium sont moins solu¬ bles que le sulfate d’oxyde de rubidium, et peuvent être Ann. de Chim. et de Phys., 3e série, t. LX1V. ( Mars 1862.) 18 ( 1 2 * *74 ) obtenus aisément en gros cristaux bien déterminés. Ils offrent de préférence les faces oo P.oP.-j- P. Poo 4- 2 Poo . G. Perchlorate d? oxyde de rubidium (1). Rb O, CIO7. Pour le préparer, on transforme en sulfate le chlorure de rubidium, on précipite par la baryte caustique et l’on fait passer Foxyde à l’état de carbonate à Faide du carbo¬ nate d’ammoniaque. On décompose jusqu’à saturation ce dernier par l’acide perchlorique pur, et l’on obtient une poudre cristalline peu soluble dans l’eau et que l’on purifie par des cristallisations répétées dans l’eau bouillante. Le perchlorate d’oxyde de rubidium forme une poudre sablonneuse qui, sous le microscope, paraît composée de petits cristaux, durs, brillants et confus. Les cristaux obte¬ nus par l’évaporation de la solution sur l’acide sulfurique concentré appartiennent au système rhombique et pré¬ sentent les mêmes faces que le perchlorate de potasse avec lequel ils paraissent être isomorphes. La rugosité des faces n’a pas permis de mesurer ces cristaux. Les cristaux de perchlorate sont anhydres et inaltérables à l’air. A 2i°,3 centigrades, 1 partie de sel exige 92, 1 par¬ ties d’eau pour se dissoudre, tandis qu’à la même tempé¬ rature l partie de perchlorate de potasse se dissout dans ,9 parties d’eau. Ce sel possède une saveur désagréable, un peu salée; chauffé, il fond facilement et se décompose complètement déjà au rouge sombre en oxygène et chlorure de rubidium. igr, 1994 du sel desséché à i5o°, chauffés dans un tube de verre (1) Annalen der Chemie und Pharmacie (janvier 1862). Ce sel a été préparé et étudié par M. Louguinine dans le laboratoire de Heidelberg; il m’a paru intéressant d’en intercaler la description dans le Mémoire de MM. Bunsen et Kirchhoff, cefque je fais avec leur assentiment. ( L. Grandeau.) ( 275 ) peu fusible, jusqu’à ce que tout l’oxygène ait disparu, ont perdu °, 4» 47 grammes. La dissolution du résidu a donné ogr,g25 de chlorure d’argent. Le poids d’acide perchlorique contenu dans i ,1994 du sel, calculé d’après la perte en oxygène, s’élève à 0,5917, calculé d’après le chlorure d’argent obtenu, à 0,5899, soit, en moyenne, à 0,5908. Le perchlorate d’oxyde de rubidium a donc la compo si lion suivante : Trouvé. Calculé. Rb 0 . .. 93 ,36 5o,74 5o ,55 Cl O1 . 49,26 49,45 l84,82 1 00 ,00 100,00 H. Chlorure de rubidium. Rb Cl . Ce composé donne des cristaux très-confus par le refroi¬ dissement ou l’évaporation rapide desa dissolution aqueuse: ce n’est que par une évaporation très-lente qu’il donne des cubes doués de l’éclat vitreux et très-facilement clivables. En dehors des faces du cubeoo o co, ou n’a observé aucune autre combinaison. Ces cristaux sont inaltérables à l’air ; ils décrépitent lorsqu’on les cbaulle ; à une température plus élevée, au rouge naissant, ils entrent en fusion ; dans la flamme, sur un fil de platine, ils se volatilisent parfaitement et complètement. 100 parties d’eau en dissolvent à i° cen¬ tigrade 76, 38 parties, et à — j— 70 centigrades 82,89 parties. Dans ces conditions, l’eau ne dissout que 29,47 et 3i , 12 parties de chlorure de potassium. ogr,974° de ce sel ont donné Rb =x 85 , 36 Cl — 35,46 120,82 1 , 1 54 1 de chlorure d’argent. Calculé. Trouvé. 70 ,65 70,30 29,35 29,70 1 00 ,00 100,00 ( 2 7® ) I. Chloroplatinate de rubidium. Pt CP. Rb Cl. Les dissolutions de rubidium sont précipitées par le « chlorure de platine. Le précipité est jaune clair ; il se dé¬ pose facilement par l’ébullition, sous forme de poudre pe¬ sante qui, vue au microscope, consiste en petits octaèdres réguliers, transparents, brillants, de couleur jaune de miel. Ce chlorure double est complètement insoluble dans l’al¬ cool, et beaucoup moins soluble dans l’eau que le chloro¬ platinate de potassium, ioo parties d’eau en dissolvent: O à 0,0 o? *93 parties. i3,5 o , i35 4-8,o 0,196 60,0 0,263 100,0 0,641 Ces nombres représentent les moyennes de plusieurs ex¬ périences dont les résultats sont tellement concordants, que l’on peut considérer comme certaine l’existence d’un mini¬ mum de solubilité correspondant à i4° environ. On peut en conclure que le sel, à basse température, cristallise en retenant une certaine quantité d’eau. A froid, le chlorure de platine que renferme le sel, perd déjà une partie de son chlore quand on le traite par l’hydrogène; chauffé dans un courant du même gaz, il abandonne facilement la totalité de son chlore, ce qui donne un mélange de platine et de chlorure de rubidium. Pour l’analyser, on a préparé igr,g398 de ce sel avec du chlorure de platine pur, puis, après l’a voir parfaitement des¬ séché à i5o°, on l’a réduit dans un courant d’hydrogène, opération qui lui a fait subir une perte de poids de ogr,485o. Le chlorure de rubidium extrait par l’eau pesait 0^,789 1 ; il a donné ogr,9252 de chlorure d’argent,. Le platine isolé ( 1 2 * * 77 ) pesait ogr, 6620 5 la composition du sel double est donc la suivante : Chlorure de platine Chlorure de rubidium Calculé. Trouvé. Pt. ... 99>10 34 >08 34, i3 Cl2. . . . 7°>92 24 , 38 25,00 Rb. . . . 85,36 29,35 28,88 Cl ... . 35,46 12 > T9 1>>79 290,84 100,00 99,8° idérable qu’on remarque entre les nombres fournis par le calcul et ceux que l’expérience a donnés tient à ce que la réduction par l’hydrogène ayant été faite dans un creuset muni d’un couvercle percé d’un trou, il s’est volatilisé une petite quantité de chlorure de rubi¬ dium. III. — Diffusion dans la nature etéquivAlentdu coesium ; PRÉPARATION DU MÉTAL ET DE SES COMBINAISONS. Nous n’avons jusqu’ici rencontré ce métal dans la nature qu’en compagnie du sodium, du potassium, du lithium et du rubidium. C’est dans les eaux mères des sources salées de Dürkheim qu on le trouve en plus grande quan¬ tité (1) : aussi avons-nous extrait de ces eaux toute la ma¬ tière qui a servi à nos expériences. Pour chercher une méthode de séparation des composés du cæsium à l’état de pureté, nous avons pris comme point de départ les observations suivantes : Si l’on enlève par les moyens connus les terres alcalines qui se trouvent dans les eaux mères de Dürkheim, de telle sorte que la masse saline, débarrassée par la chaleur des sels ammoniacaux, ne renferme plus que les bases appartenant (1) Le précipite obtenu directement dans l’eau mère de Bourbonne-les- Bains donne, avant lavage?, les raies caractéristiques du coesium et du rubi¬ dium : ce qui montre que l’eau de Bourbonne contient des quantités très- notables de ces métaux. (L. Gkanof.au.) ( 278 ) au groupe des alcalis, et si Ton précipite la dissolution de celte masse saline par le chlorure de platine, on obtient un précipité jaune cristallin, donnant dans l’appareil spectral la réaction la plus intense du potassium, mais ne présen¬ tant pas même de trace des raies bleues du cæsium. On lave une vingtaine de fois avec une petite quantité d’eau bouil¬ lante le précipité de platine, qui, de mêmeque dans l’extrac¬ tion du rubidium, devient par ces lavagesde moins en moins jaune. Si l’on essaye alors le produit dans l’appareil spec¬ tral, on voit devenir de plus en plus faibles les lignes K a et K (S, tandis qu’au contraire les raies bleues du cæsium apparaissent peu à peu sur le spectre continu du potassium qui va en diminuant d’intensité. Le chlorure double de platine et de cæsium est, on le voit, comme le sel correspondant de rubidium, moins soluble dans l’eau que le cliloro -platinate de potassium. Bien que nous n’ayons obtenu dans nos premiers essais, faits sur 5o grammes d’eau mère, que imilllgr,2 à peine de chlorure de cæsium impur, nous appuyant sur la netteté et la sensibilité de la réaction spectrale, nous n’avons pas hésité à entreprendre le traitement en grand ; aussi avons-nous opéré immé¬ diatement sur 240 kilogrammes d’eau mère provenant de 4 4200 kilogrammes d’eau ( soolwasser ). C’est grâce au concours amical de M. le Dr Gundelaeh que nous avons pu opérer sur une aussi grande quantité de matière première dans le but de préparer les composés du cæsium. Le premier traitement des eaux mères a été effec¬ tué dans une fabrique de soude de la manière suivante : On a traité les eaux mères par l’acide sulfurique dans un four à sulfates, et l’on a fait bouillir pendant longtemps le sel obtenu, avec de l’eau préalablement additionnée de chaux caustique. O11 a éliminé la chaux de cette dissolution au moyen de l’oxalate de potasse, et la plus grande partie de l’acide sulfurique par le nitrate de baryte. On a séparé le reste'de l'acide sulfurique et la magnésie qui se trou- ( 279 ) vait encore dans la liqueur par l’hydrate de baryte; après l avoir filtrée, on a neutralisé la liqueur par l’acide nitrique, puis on l’a évaporée, ce qui a donné une masse saline, qui a été traitée depuis dans notre laboratoire. L’extraction par l’alcool concentré a laissé un résidu salin assez riche en cæsium, dont le poids s’élevait à 6kgr,5: c’est la matière dont le traitement est indiqué plus loin sous le titre de Résidu /. En traitant la dissolution alcoolique par une solution aqueuse et concentrée de carbonate d’ammoniaque, on l a débarrassée de la plus grande partie de la lithine qu elle contenait; après avoir séparé le précipité de lilliine, on a évaporé le liquide dans un vase de fer, et on a chauflé le résidu jusqu’à volatilisation complète des sels ammonia¬ caux. La matière brune obtenue, exempte d’ammoniaque et mélangée à beaucoup d’oxyde de fe , a été traitée par l’eau, et la dissolution évaporée jusqu’à siecité. Le dernier sel constitue après ces opérations le Résidu 11 , sur le traite¬ ment ultérieur duquel nous reviendrons. En versant du bichlorure de platine dans l’extrait alcoo¬ lique, on a déterminé un précipité jaune, qui, après lelavage à l’eau, pesait 8gr,5 1 34 * Ce précipité, sur lequel l’ébullition avec de l’eau n’avait déjà plus d’ac tion, donna dans l’appa¬ reil spectral les raies du rubidium et du cæsium avec une intensité extrême. Il n’était donc presque composé que de chloroplatinate de rubidium et de chloroplatinate de cæ¬ sium. Par la réduction dans un courant de gaz hydrogène, les 8gv,5 1 34 ont perdu igr,87i9. Prenons 8gr,5i34 = A, igr,87 19 — B. Le résidu contenait du platine pur et des chlorures neutres de cæsium et de rubidium. En désignant par x la quantité de chloroplatinate de rubidium, par 1 le poids du chlom- ( 200 ) platinate de cæsium (i), l’on a t. H- y — A, 2 Cl 2 Cl Pt -f- Rb -4- 3 Cl X "+“ Pt -f- Cs + 3 Cl J ~ B* D’où l’on tire x— 35?497ÙB — 7,65588A, y — 8,655g A — 35,4g75B. Si dans la formule on remplace A et B par leurs valeurs, on obtient les nombres suivants, qui représentent la com¬ position du précipité : gr Chlorure de platine et de cæsium . i ,2701 Chlorure de platine et deùubidium . . . 7,2433 8,5i34 En laissant de côté le chlorure de platine, on trouve que 100 parties du mélange des deux chlorures alcalins con¬ tiennent : Chlorure de cæsium . . ... 16,98 Chlorure de rubidium . . . 83,07 100,00 Le résidu II de la deuxième extraction alcoolique, dis¬ sous dans beau, a donné avec le bicblorure de platine un précipité jaune que l’on a lavé dix à douze fois à l’eau bouillante. Son poids s’élevait alors à 23 grammes. i3gr, 83 ( = A) de ce précipité ont perdu par la calcination dans un courant d’hydrogène 38r, 182 = B. Les 23 grammes (1) On a admis que l’équivalent du cæsium est égal à 1 23,35, d’après des recherches indiquées plus loin. ( 2§i ) renfermaient donc : gr 11,76 11,24 23,00 Les chlorures alcalins contenus dans le précipité se trou¬ vaient entre eux dans les proportions suivantes : Chlorure de cæsium . 54, 89 Chlorure de rubidium . 1 1 100,00 Le résidu I pesait 6kgr, 5 et se composait en majeure par¬ tie de chlorure de potassium et de chlorure de sodium. Pour en extraire le cæsium qu’il pouvait encore contenir, on a dissous le sel dans Peau, et la dissolution bouillante a été traitée par une quantité de chlorure de platine, s’éle¬ vant à peu près aux 8 ou 10 millièmes du poids total du ré¬ sidu employé. Après avoir, par décantation, séparé la partie liquide du précipité de platine, on a lavé quinze à vingt fois celui-ci avec de l’eau bouillante ; d’abord très-jaune, la couleur de la dissolution primitive a perdu par l’ébullition une partie de son intensité, et il s’est déposé un second précipité de platine que l’on a traité comme le premier. On a répété cette opération jusqu’à ce que par l’ébullition le précipité de platine n’ait plus laissé de résidu jaune clair peu soluble. On a réuni tous les précipités de platine et, après les avoir réduits par l’hydrogène, on les a traités par l’eau. La dissolution aqueuse ainsi obtenue consistait alors en un mélange de chlorure de cæsium et de rubidium. Par ce procédé, on a retiré de 1 kilogramme de résidu salin igr,o348 d’un mélange de chlorure de cæsium et de chlorure de rubidium qui, traité par du nitrate d’argent, a donné un précipité de chlorure d’argent pesant igr, 1404. Si l’on désigne par A, le mélange de x, chlorure de rubi- Chîorure de platine et de cæsium . Chlorure de platine et de rubidium . ( 282 ) dium et dej^ chlorure de cæsium, par Bt le poids du chlo- rure d’argent obtenu avec Aj, on a pour xx etj^ les égalités suivantes : = 3 , 5og63 B , — 3 , 1 6906 A , , j, == 4 > 16906 A, — 3,50963 B, . À l’aide de ces expressions, connaissant At et Bl5 on trouve que le résidu I renferme pour 6kgr,5 : Chlorure de cæsium. . . . 2,0267 Chlorure de rubidium . 4*6995 6 ,7262 Ce qui correspond en centièmes à : Chlorure de cæsium . . - 3o, i3 Chlorure de rubidium . 69,87 100,00 En réunissant tous les résultats de ces expériences, on voit que les eaux mères provenant de 44 200 kilogrammes d’eau minérale de Dürkheim renferment en totalité : gT 9,237 chlorure de rubidium. 7,272 de chlorure de cæsium. Ces déterminations ne peuvent naturellement avoir la précision qu’on pourrait désirer. Cependant les nombres trouvés sont assez exacts pour donner approximativement la richesse en cæsium et en rubidium des eaux minérales de Dürkheim. D’après une analyse exécutée dans notre laboratoire, nous avons trouvé que ces eaux minérales renfermaient pour 1000 parties : ( 283 ) gr Bicarbonate de chaux . o,2835o Bicarbonate de manganèse . o , o ! 460 Bicarbonate de protoxyde de fer . 0,00840 Bicarbonate de protoxyde de manganèse. . traces. Chlorure de calcium . 3,o3ioo Chlorure de magnésium . . . 0,39870 Chlorure de strontium . . . 0,00810 Sulfate de strontiane . 0,01950 Chlorure de sodium . 1 2 , 7 1 000 Chlorure de potassium . o ,09660 Bromure de potassium . . . 0,02220 Chlorure de lithium . o,o3qio Chlorure de rubidium ... . 0,00021 Chlorure de cæsium . 0,00017 Alumine . 0,00020 Silice . . o ,ooo4o Acide carbonique libre . 1 ,643oo Azote . 0,00460 Hydrogène sulfuré . traces. Traces de phosphates . . 0,00000 Traces de sels ammoniacaux . 0,00000 Traces de matières organiques non détermi¬ nées . 0,00000 18,28028 Les eaux mères provenant de l’exploitation saline de Dürkheim, que nous avons analysées, qu’011 trouve dans le commerce et qui sont destinées à des bains, contiennent déjà les nouveaux chlorures métalliques dans une propor¬ tion plus forte. Elles renferment pour 1000 parties : ( ^84 ) gr Clorure de calcium . 296,90 Chlorure de magnésium. . 41 Chlorure de strontium . 8,00 Sulfate de strontiane . 0,20 Chlorure de sodium . 20,98 Chlorure de potassium . 16,1 3 Bromure de potassium . 2,17 Chlorure de lithium . 11,09 Chlorure de cæsium . o,o3 Chlorure de rubidium . °?°4 396,88 Les eaux mères des sources minérales de Kreuznach. de Kissingen et de Nauheim, contiennent aussi des quantités appréciables de composés de cæsium et de rubidium, ainsi que le prouvent les analyses suivantes faites dans notre la¬ boratoire : Eaux mères cle la source minérale de Kissingen. Dans 1000 parties : gr Chlorure de magnésium.. . . . . 189,59 Sulfate de magnésie . . 36, 01 Chlorure de sodium . 41 Chlorure de potassium . 18,72 Bromure de potassium . . 10,62 Chlorure de lithium . 1 2 , 85 Chlorure de cæsium . traces. Chlorure de rubidium . . . traces. 309, 16 ( ^85 ) Eaux mères de la source minérale de Theodorshall près Kreuznach. Dans 1000 parties : gr Chlorure de calcium . 332,39 Chlorure de magnésium . 32,45 Chlorure de strontium . 2,86 Chlorure de sodium. . . . . 3 44 Chlorure de potassium . 17*12 Bromure de potassium . 6,89 Iodure de potassium . 0,08 Chlorure de lithium . . 1 4 5 53 Chlorure de cæsium . traces sensibles. Chlorure de rubidium . traces. 409,76 Le sel qui se dépose par cristallisation de ces eaux mères ne paraît pas renfermer de cæsium et de rubidium. îl est remarquable par la forte quantité de chlorure de stron¬ tium qu’il contient. M, Sieber, qui l a analysé dans notre laboratoire, lui a trouvé la composition suivante pour 1000 parties : Chlorure de calcium . 54,28 Chlorure de magnésium . 2,76 Chlorure de strontium . 11,19 Chlorure de sodium . . 2,01 Chlorure de potassium . 7 ,98 Eau . 21,78 100,00 Il semble, d’après ces analyses, que le cæsium et le rubi¬ dium sont des corps assez généralement répandus dans les sources minérales salées. On les rencontre encore en quan¬ tité appréciable dans les sources thermales salines riches en alcalis. Pour en citer un exemple, nous dirons que dans ( 286 ) les sources thermales de Ungeinach et de l’Enfer à Baden- Baden, nous avons trouvé ces chlorures en quantité relati¬ vement importante. La source d’Ungemach, d’après une analyse faite dans notre laboratoire, contient pour ioooo parties d’eau : gr Bicarbonate de chaux . i ,476 Bicarbonate de magnésie . .. . o , 7 1 2 Bicarbonate de protoxyde de fer . 0,010 Bicarbonate de protoxyde de manganèse. . . . traces. Sulfate de chaux . 2,202 Sulfate de strontiane . 0,023 Sulfate de baryte . . . . ... faibles traces. Chlorure de calcium . o,463 Chlorure de magnésium. . 0,126 Chlorure de sodium . 20,834 Chlorure de potassium . ... 1 ,5i8 Bromure de potassium . . traces. Chlorure de lithium . o,45i Chlorure de rubidium . o,oi3 Chlorure de cæsium. . . . traces. Silice . . . 1 , 2,3o Alumine . 0,001 Acide nitrique combiné . . . o,o3o Ammoniaque combinée . 0,008 Acide arsénique combiné . traces. Acide phosphorique combiné. ... . . . traces. Oxyde de cuivre combiné à un acide . faibles traces. Matières organiques indéterminées ...... traces. Acide carbonique libre . o,456 29,552 Dans l’eau de Kochbrimnen a Wiesbaden, et dans la source de Soden près Francfort, provenant d’un forage ré¬ cent, on trouve encore à côté des sels de lithium et de stron¬ tiane les composés du cæsium et du rubidium 5 les eaux mères, provenant de 6 à 8 litres de ces eaux, suffisent en 4 ( 2&7 ) effet pour donner un précipité de platine, qui, après les la¬ vages à l’eau bouillante, présente à l’analyse spectrale les caractères distinctifs de ces métaux. Nous n’avons pu, par des recherches exécutées sur de petites quantités , trouver encore le rubidium et le cæsium ni dans les cendres des plantes marines et terrestres, ni dans le salpêtre du Chili, ni dans aucun des alcalins livrés au commerce. Après ces considérations sur l’état naturel du cæsium et sur sa dissémination, nous allons nous occuper de la mé¬ thode d’extraction que nous avons employée pour obtenir à l’état de pureté les divers composés de ce métal. On a presque toujours affaire à un mélange de sels renfermant du potassium, du cæsium et du rubidium, du sodium et du lithium ; on sépare alors les trois premiers des deux autres au moyen du chlorure de platine. Le précipité contenant les trois chlorures doubles est lavé une vingtaine de fois, et chaque fois avec une très-petite quantité d’eau bouillante; grâce à la solubilité relativement grande du sel de potassium, ce dernier se trouve éliminé ainsi en très-grande partie. On réduit alors le précipité de platine renfermant encore un peu de potassium, par un courant d’hydrogène, à la température du rouge naissant, chaleur à laquelle les chlorures de ru¬ bidium et de cæsium ne fondent pas encore. On sépare par lixiviation les chlorures métalliques que l’on dissout ensuite dans environ yo fois leur poids d’eau. Avec le platine des résidus, on prépare du nouveau chlorure de platine, et on en fait une dissolution d’une concentra¬ tion à peu près égale à celle des chlorures alcalins ; on porte les deux liquides «à l’ébullition et on les mélange. Quand, au bout de quelques instants et par le refroidissement de la liqueur, le précipité s’est suffisamment rassemblé, on le jette sur un filtre, et on le dessèche. On répète ce traite¬ ment jusqu à ce que, soumis à l’appareil spectral, le pro¬ duit ne donne plus la raie Ka, ou tout au moins jusqu’à ce qu’elle soit à peine perceptible. La matière ne consiste plus ♦ ( 288 ) alors qu’en chlorure de rubidium et chlorure de cæsium. Pour enlever le premier, on se fonde sur la solubilité du carbonate d’oxyde de cæsium dans l’alcool absolu, liquide qui ne dissout pas le carbonate d’oxyde de rubidium. La séparation du cæsium par le traitement répété des carbonates par l’alcool est cependant difficile, parce que les deux carbonates paraissent former un sel double qui n’est pas tout à fait insoluble dans l’alcool; c’est pourquoi nous avons préféré le procédé suivant : Nous avons traité les sulfates de ces bases par de l’eau de baryte afin de rendre les alcalis caustiques, et nous avons évaporé ces alcalis dans une capsule d’argent avec du carbonate d’ammoniaque, de manière à carbonater le cinquième environ de leur masse. L’alcool enlève alors de ce mélange une certaine quantité d'oxyde de cæsium et laisse le carbonate d’oxyde de rubidium contenant encore du cæsium. Par ce traitement répété cinq ou six fois en ayant soin de n’employer chaque fois que le moins d’alcool possible, on obtient de l’hydrate d’oxyde de cæsium exempt d’hydrate d’oxyde de rubidium, comme on peut s’en assurer aisément dans l’appareil spec¬ tral. Il est cà peine besoin de dire ici que les nombreux ré¬ sidus obtenus dans le cours de cette préparation doivent être traités comme la substance primitive, et qu’on peut extraire, sans trop de perte, le platine qui a servi à ces opérations. Pour déterminer approximativement l’équivalent du cæ¬ sium, nous avons fait les essais suivants : D’une certaine quantité de chloroplatinate de rubidium et de cæsium, débarrassé autant que possible du potassium par des lavages à l’eau bouillante, nous avons séparé le chlo¬ rure de cæsium, comme il vient d’être dit, et nous avons dosé le chlore qu’il contenait, à T état de chlorure d’ar¬ gent : osr,52iq de sel ont donné 0,499^ de chlorure d’argent. ( 9 ) On a soumis ce chlorure une deuxième fois traitement. au meme 1^,7690 ont donné 1 ,6548 de chlorure d’argent. U11 troisième traitement a laissé une matière dont ogr,3727 ont fourni 0,3402 de chlorure d’argent. En répétant encore une quatrième fois la même opéra¬ tion : Le chlorure nous a donné pour igr,386o de sel, i,25i8de chlorure d’argent. Après un cinquième traitement : La substance obtenue a donné, pour igr,oi24 de matière, 0,9144 de chlorure d’argent. Enfin, après une sixième opération semblable, de substance ont produit 0,4126 de chlorure d’ar¬ gent. 100 parties de la matière ainsi traitée ont donc donné : Après la première purification . . » seconde » » troisième » » quatrième » » cinquième » » sixième » 95 , 708 de chlorure d’argent. 93,486 » 91,280 » 90,318 » 90,320 » 90,245 » Ces nombres indiquent qu’à partir du quatrième trai¬ tement de la masse saline par l’alcool on obtient un sel qui présente une composition constante. Si l’on calcule d’après les trois dernières expériences l’équivalent du cæsium, on Ann de Chirn. et de Phys., 3e série, T. LXIV. ( Mars 1862.) iq ( 29° ) trouve les nombres suivants ; 123,3* 123, 3i 123 , 44 Moyenne. . . 123,35 Comme la plupart des sels de rubidium et de cæsium sont isomorphes avec les sels de potassium, on ne peut admettre que le nombre 123,35 soit un multiple ou un sous-multiple de l’équivalent du cæsium. Ce nouveau métal est donc., chose très-remarquable, de tous les corps simples connus, après l’or et l’iode, celui qui présente l’équivalent le plus élevé. IV. - Du COESIUM MÉTALLIQUE ET DE QUELQUES-UNS DE SES COMPOSÉS. A . Métal. Lorsqu’on fait passer le courant d’une pile puissante dans du chlorure de cæsium fondu, on voit se produire ab¬ solument les mêmes phénomènes que pour le chlorure de potassium et le chlorure de rubidium. L’amalgame de cæsium, au contraire, seproduitplus diffi¬ cilement dans une dissolution aqueuse de chlorure que l’a¬ malgame de rubidium, toutes conditions égales d’ailleurs. On ne peut l’obtenir sous la forme solide et cristalline qu’a l’aide d’un courant très-puissant ; cet amalgame est alors blanc d’argent, granuleux et cristallin. Il s’oxyde à l’air beaucoup plus rapidement que l’amalgame de rubidium, et décompose l’eau très-facilement. A l’égard des amalgames de sodium, de potassium et de rubidium, en présence du chlorure de potassium comme liquide conducteur, il est électropositif. On doit, d’après cela, considérer le cæsium comme le plus électropositif de tous les corps simples connus. B. Hydrate d' oxyde de cæsium. Cs O, HO. La manière dont se comporte le chlorure de cæsium fondu dans le circuit de la pile permet à peine de douter que ce métal, comme le potassium, forme un sous-oxyde. Se combine-t-il à l’oxygène, pour donner un peroxyde, comme sa grande analogie avec le potassium le fait présu¬ mer? c’est ce que nous n’avons pas encore cherché. L’oxyde hydraté, que nous avons préparé comme le composé corres¬ pondant du rubidium, est en tous points analogue à ce der¬ nier. Il renferme i équivalent d’eau, que l’on ne peut lui enlever par lachaleur.il est extrêmement déliquescent; au contact de l’eau il s’échauffe très-fortement*, il est au moins aussi caustique que la potasse ou que l’hydrate d’oxyde de ru¬ bidium. Il se dissout facilement dans l’alcool, en produisant un liquide sirupeux. C. Carbonate d'oxyde de cæsium. CsO,CQ2. On le prépare comme le carbonate d’oxyde de rubidium, en traitant une dissolution bouillante de sulfate d’oxyde de cæsium par l’eau de baryte, en évaporant à siccité le liquide alcalin en présence du carbonate d’ammoniaque, et en enlevant par la filtration la petite quantité de carbonate de baryte qui s’est formée. La dissolution sirupeuse du car¬ bonate de cæsium donne des cristaux hydratés, confus, qui, à l’air, tombent très -facilement en déliquescence. Chauffés, ces cristaux fondent facilement dans leur eau de cristalli¬ sation et abandonnent le sel anhydre sous forme d’une masse blanche, sablonneuse, friable, qui absorbe avec une très-grande avidité la vapeur d’eau de l’atmosphère et se liquéfie. Le sel anhydre fond déjà au rouge, et l’on peut le *9- ( a92 ) porter au blanc, température à laquelle il commence à se vo¬ latiliser, sans lui faire perdre son acide carbonique. Chauffé sur un fil de platine, il se volatilise aisément et complète¬ ment. Sa dissolution aqueuse possède une réaction et une saveur fortement alcalines 5 elle produit au toucher la même impression qu’un corps gras et corrode la peau au bout de cfuelcme temps. De beau renfermant seidement un — - — 11 r 10000 de sel réagit encore sensiblement sur le papier de tourne¬ sol rougi. Le carbonate d’oxyde de cæsium possède la pro¬ priété, remarquable pour un carbonate alcalin, d’être so¬ luble dans l’alcool absolu. 100 parties d’alcool, à 19°, en dissolvent 11,1, et au point d’ébullition de l’alcool, 20, 1 parties environ. Le sel cristallise dans la dissolution alcoolique refroidie prompte¬ ment en petits cristaux granuleux et confus. Par le refroi¬ dissement lent et à une température inférieure à o°, nous avons vu se produire dans une dissolution alcoolique, qui, outre le carbonate, renfermait encore beaucoup d’oxyde de cæsium caustique, des aiguilles d’un pouce de long et la- melleuses. o§r,792i de carbonate fondu ont perdu par l’ac¬ tion de l’acide sulfurique étendu osr,i 120 d’acide carboni¬ que. Ce sel a donc la composition suivante : Calculé. Trouvé. Cs 0 . . . . i3ï ,35 85,65 85,86 CO2 . 22,00 4,35 1 4 , 1 4 i53,35 100,00 ' 100,00 D. Bicarbonate cT oxyde de cæsium. Cs 0, 2 CO2 H- HO. En plaçant une dissolution de carbonate d’oxyde de cæsium dans une atmosphère d’acide carbonique, on trans¬ forme le sel au bout de quelques jours en bicarbonate. Eva- ( 293 ) porée dans l’air sur l’acide sulfurique à la température or¬ dinaire, la liqueur laisse déposer de gros cristaux, groupés confusément, striés, inaltérables à l’air, et qui ont un aspect prismatique*, ils ont une faible réaction alcaline ; leur dissolution dégage de l’acide carbonique par l’ébullition ; quanta l’aspect, il n’y a pas de différence entre ce bicarbonate et le sel correspondant de rubidium. ogr, 81 55 de carbonate d’oxyde de cæsium fondu placés pendant longtemps dans une atmosphère d’acide carbonique, et desséchés ensuite sur l acide sulfurique à la température ordinaire et à l’air, ont subi une augmentation de poids de ogr,i6o6. La com¬ position du sel est donc Calculé . Trouvé. CsO. . . . 1 3 1 ,35 71,25 71,56 2 CO2. .. HO ... . 44,oo 9,00 23,87 1 4,88 j 2.8,44 ■ 184,35 I OO , OO 100,00 E. Azotate d oxyde de cæsium. CsO, AzO5. Ce sel 11e renferme point d’eau de cristallisation -, il est inaltérable à l’air, et se dépose de sa dissolution aqueuse en petits cristaux transparents ayant l’aspect prismatique ; les faces du prisme sont généralement mieux développées que les faces terminales. Les cristaux que l’on obtient par une évaporation lente à i4°, appartiennent au système hexagonal et sont isomorphes avec l’azotate d’oxyde de ru¬ bidium. La forme fondamentale est un dodécaèdre hexa¬ gonal tronqué, dont les angles culminants sont de i4^° 56 et les angles sur les arêtes latérales de 78° 58'. Le rapport des axes est 1 : a = 1 : 0,71348. Les laces qui ont pu être observées sont les suivantes ( 2 9 4 ) (PL lit, fis. 6) : P. ccP. P 2 œPa 0P.7P. 4 r P n p 1 0 (j . Trou vé. Calculé. P ~ IP . » . >49.59 0 / 1 5o .0 P<~ P . l49.58 G G r — Ci (•)■ • 129 29 » r, — P > . 125.28 1 25 3o r — r, . . , . . 161 -4l 16 1 .28 /• — (i . 172.O 172, 4 n — 0 . 44.39 1 44 • 5o Si I on considère la forme fondamentale désignée comme un dodécaèdre hexagonal du second ordre, le dodécaèdre hexagonal de premier ordre correspondant donne par une modification hémiédrique un rhomboèdre de io6°4o/- Dans cette forme, le nitrate d’oxyde de cæsium et celui de rubidium se trouvent être isomorphes avec les nitrates de soude et de potasse. Car l’on a Azotate d’oxyde de cæsium .... 1 06° 4 o ' Azotate de potasse . 106° 3o' Azotate de soude. . . . 106° 36' Par une cristallisation plus rapide, le sel se dépose sous lorme de longs prismes aigus, portant un grand nombre de cannelures longitudinales. Il présente une saveur salée, fraîche, amère, si semblable à celle du nitre, que l’on ne peut pas, par ce caractère, distinguer ces deux sels l’un de l’autre. Chauffé, ce nitrate fond déjà au-dessous du rouge en un liquide mobile qui, à une température plus élevée, dégage (1) Cet angle à servi à calculer la forme fondamentale. ( 1 295 ) de l’oxygène en se transformant d’abord en nitrite d’oxyde de cæsium, puis, par l’action de l’eau contenue dans l’air, en hydrate d’oxyde de cæsium caustique, qui attaque le platine et le verre. Ce sel est très-peu soluble dans l’alcool absolu (i). Le nitrate d’oxyde de cæsium est un peu moins soluble dans l’eau que le sel de potasse correspondant ; tandis que ioo parties d’eau à 3°, 2 dissolvent 16,1 parties de ce der¬ nier, elles ne dissolvent, dans les mêmes conditions, que io,58 parties de sel de cæsium. 3gr,o567 de nitrate d’oxyde de cæsium pur, traités par l’acide sulfurique et fortement calcinés, ont donné 2gr, 3823 de sulfate. On a donc : Calculé. Trouvé. CsO . 1 3 1 , 35 70,87 70,80 AzO5 . 54,oo 2p,i3 29,20 1 85 , 35 100,00 100,00 F. Bisulfate d'oxyde de cæsium. CsO, 2SO3 *. Si l’on traite du carbonate d’oxyde de cæsium par un excès d’acide sulfurique, et qu’on chauffe ensuite progressivement le mélange, il se dégage de l’acide sulfurique, jusqu’à ce que la température atteigne presque la chaleur rouge. La matière présente alors l’aspect d’un liquide limpide comme l’eau, qui par refroidissement se prend en une masse cristal¬ line. Le sel acide ainsi obtenu, dissous dans l’eau, puis sou¬ mis à une évaporation lente, se dépose sous forme de petits (1) D’après Berzelius, le salpêtre est complètement insoluble dans l’al¬ cool. La faible solubilité du sel de cæsium dans ce dissolvant ne peut donc servir de moyen de séparation, ainsi que l’un de nous l’avait d’abord cru et annonce. / ( 296 ) prismes rlioinbiques, courts, tronqués, à angles droits sur les extrémités, et présentant des troncatures tangentes sur les arêtes latérales. Ces cristaux appartiennent au sytème rhombique 5 le rapport des axes horizontaux est environ le suivant : a : b — 1 : i,38. Ces cristaux sont trop mal formés, trop petits, et leurs faces trop peu brillantes pour qu’on ait pu les mesurer exacte¬ ment avec le goniomètre à réflexion. On n’a pas pu davantage déterminer le rapport existant entre Taxe principal et les axes horizontaux, parce qu’il ne se trouvait pas de face suffisamment nette sur les arêtes terminales du prisme. Les cristaux sont représentés [Fl. 111 , fis- 4)- Calculé. Trouvé. p— p à a . io7°37' 1080 p — b . 1 26° Le bisulfate d’oxyde de cæsium possède une réaction et une saveur très-fortement acides 5 il est cependant inalté¬ rable à l’air. A une température assez basse (au-dessous du rouge), il fond tranquillement $ à une température plus élevée, il dégage de l’acide sulfurique anhydre en se bour¬ souflant, et il reste du sulfate neutre d’oxyde de cæsium solide qui ne redevient liquide qu’au rouge jaune. G. Sulfate neutre cl oxjcle de cæsium. CsO, SO3. La dissolution aqueuse de ce sel possède une saveur fade d’abord, laissant un arrière goût d’amertume. La solubilité dans l’eau du sulfate d’oxyde de cæsium est beaucoup plus grande que celle du composé de potasse correspondant. 100 parties d’eau à — 20 centigrades ne dissolvent pas moins de 1 5 8 , 7 parties de sulfate de cæsium, tandis qu elles ( 297 ) dissolvent seulement 8,0 parties de sulfate de potasse. Par une évaporation lente sur l’acide sulfurique, la dissolution aqueuse laisse déposer de petits cristaux confus, durs, ayant l’aspect de prismes courts et aplatis, rayonnés et groupés en faisceaux. Ces cristaux sont anhydres, complè¬ tement inaltérables à l’air, et insolubles dans l’alcool. Nous n’avons pas encore pu nous procurer jusqu’ici d’échan¬ tillons mesurables. On en a fait l’analyse en transformant le carbonate en sulfate. ogr,7g2i de carbonate d’oxyde de cæsium fondu ont fourni 0,8828 de sulfate fondu, Ce qui donne : Calculé. Trouvé. CsO . . . . 1 3 1 , 35 76,66 76,85 S O3 _ 4°, °° 23 , 34 . 23, i5 17 1 ,35 100,00 100,00 Le sulfate d’oxyde de cæsium donne avec les sulfates de protoxyde de cobalt, de protoxyde de nickel, de magné¬ sie, etc., une série de sels doubles très-beaux, cristallisant très-facilement et contenant 6 équivalents d’eau de cris¬ tallisation 5 ils sont isomorphes avec les sels correspondants de potassium et de rubidium. Les cristaux présentent les faces suivantes : O P. CC P . — |— P . [ P 00 ] . -f- 2 P 00 . G0P2. Avec le sulfate d’alumine le sulfate d’oxyde de cæsium donne un sel double contenant 24 équivalents d’eau, qui cristallise dans le système régulier comme les aluns de potasse et d’oxyde de rubidium. ( 298 ) H. Chlorure de cæsium . Cs Cl . Si Ton neutralise le carbonate d’oxyde de cæsium par l’acide chlorhydrique et que Ton évapore la dissolution, le chlorure de cæsium cristallise en petits cubes anhydres, groupés confusément. Par une cristallisation rapide, le sel donne des cristaux groupés en aigrettes, comme le sel ammoniac et le chlorure de potassium. Le chlorure de cæsium fond déjà au rouge naissant, et se volatilise à une température plus élevée, beaucoup plus facilement encore que le chlorure de potassium en donnant des vapeurs blanches. Par le refroidissement, le sel fondu se prend en une masse blanche opaque qui attire vivement l’humi¬ dité de l’air et se liquéfie. Lorsqu’on le chaufie longtemps au contact de l’air, il devient légèrement basique. Dans l’expérience que nous avons rapportée plus haut à propos de la détermination de l’équivalent : i §r,o 1 2/£ de chlorure de cæsium, dont la dissolution était par¬ faitement neutre, ont donné 0,91 33 de chlorure d’argent et 0,0009 d’argent métallique provenant des cendres du filtre ; Ce qui correspond à ; Calculé. Trouvé. Cs . 77 >67 77>67 Cl . .. 35,46 22 , 33 22,33 i58 ,81 100,00 100 ,00 I. Chloroplatinate de cæsium. PtCP, CsCl. En traitant une dissolution aqueuse de chlorure de cæsium par du bichlorure de platine, il se produit un pré¬ cipité jaune ; la couleur de ce précipité est un peu plus claire ( 299 ) que celle du chloroplatinate de potassium, parce qu'il esl plus difficilement soluble que celui-ci et se précipite à un plus grand état de division. Le précipité est anhydre, et, examiné au microscope, consiste en petits octaèdres régu¬ liers, transparents, jaune de miel, ioo parties d’eau dis¬ solvent de ce composé : A o° centigrades. . 0,021 partie. A ii° . 0,072 » A 4°° . 0,118 » A 68° . 0,234 » A ioo° . 0,382 » Ces nombres représentent les moyennes de plusieurs expé¬ riences exécutées avec le plus grand soin, et qui ont donné des résultats d’une concordance satisfaisante. Comme presque tout le platine du commerce est très-impur et qu’il présente fréquemment un équivalent trop faible de 6 à 8 pour 100, nous avons d’abord purifié celui qui devait nous servir dans ces recherches, ainsi que celui que nous avons employé dans les analyses du chloroplatinate de rubidium. Pour cela nous avons d’abord fondu dans une capsule de platine le chloroplatinate de potassium, avec le mélange très-fusible de parties égales de carbonate de potasse et de carbonate de soude; nous avons alors lessivé cette masse par l’eau et dissous le résidu dans l’eau régale étendue. Ce n’est qu’ après avoir répété cette opération cinq fois, que nous avons obtenu du platine dont l’ équivalent s’éloigne très-peu de 99,1 . L’analyse du sel double de platine a été faite de la ma¬ nière suivante : O11 a placé le sel double pesé dans un tube en IJ de verre peu fusible, et on La desséché de 160° à iyo° dans un bain de chlorure de zinc ; on l’a pesé de nouveau ; on a chauffé ensuite au petit rouge ce tube placé dans un lit de magnésie, en faisant passer un courant d’hydrogène sec ( doo ) sur le sel, puis on a déterminé la perte de poids; on a alors séparé du platine le chlorure de cæsium par l’eau bouil¬ lante, et cela fait, après avoir pesé séparément le chlorure de cæsium et le platine, on a précipité le chlore du chlo¬ rure de cæsium par une dissolution d’argent. L’expérience a donné les nombres suivants : gr Chloroplatinate de cæsium employé. . 8,6412 Perte par la réduction dans H . 1 ,8725 Platine obtenu. .. . . . . . 2, 61 38 Chlorure de cæsium isolé . . . 4? ^44 Chlorure d’argent obtenu . 3,7606 d’où l’on déduit : Calculé. Trouvé. Chlorure de platine, j [pt [Cl1 99? 10 70,92 3o, 14 21,57 3o,25 21,67 Chlorure decœsium..j | Cs (Cl 123,35 35,46 37,5l 10,78 37,35 io,53 328,83 100,00 99 >8° Il n’est pas sans intérêt de comparer la solubilité des chloropiatinates de cæsium , de rubidium et de potas¬ sium. La solubilité de ce dernier a été étudiée avec un soin tout spécial, et les nombres suivants indiquent les moyennes des nombreux essais dont les résultats furent très-concordants. 100 parties d’eau dissolvent : A o°,o centigrades 0,724 part, de chloroplatinate de potassium. A 6°, 8. ....... o ,878 » A i3°,8 . 0,927 » A 46°, 5 . 1 ,776 » A 7 1 0 , o ........ 3 , o 1 8 » A 1 oo° ,0 . 6,199 ” Si, par interpolation, on cherche les rapports de solution ( Soi ) des chloroplatinates de rubidium, de cæsium et de potas¬ sium de dix en dix degrés, on a les nombres suivants pour ioo parties d’eau : Sel de potassium. Sel de rubidium. Sel de cæsium o° centigrades. . 0,74 0,l84 0,024 10° . °>9° 0, 154 o,o5o 20°. 0,l4l 0,079 3o°. . * . - ••• i,4ï 0,i45 0,110 4o°. . 1,76 0, 166 0,142 5o°. 0,203 0^77 o * O «o o,258 0,2 1 3 70° 0,329 0,25l 8o°. . 3,79 0,417 0,291 9°° . 4,45 0,52 I o,332 ioo°, . 5,l8 0,634 0,377 La fi g. 3, PI. III représente la courbe de solubilité de ces divers sels. V. — Réactions des composés du rubidium et du coesium. Le cæsium et le rubidium ne sont précipités ni par l’a¬ cide sulfhydrique ni par le carbonate d ammoniaque. Ces deux métaux doivent donc toujours être recherchés dans le groupe qui renferme la magnésie, la lithine, la soude et la potasse. Ils diffèrent de la magnésie, de la lithine et de la soude en ce que, comme la potasse, ils sont précipités par le chlorure de platine. Ni l’oxyde de rubidium, ni l’oxyde de cæsium ne peuvent être distingués de la potasse par les réactifs qui décèlent les bases. Ces trois oxydes donnent un précipité cristallin avec l’acide tartrique, une poudre opalescente et transparente avec l’acide liydrofluosilicique ; par l’acide perchlorique, ils donnent tous trois un précipité cristallin et granuleux. Tous trois, quand ils ne sont point combinés à des acides ( 302 ) fixes, se volatilisent complètement sur le lil de platine en colorant la flamme en violet. Ce violet cependant est plus bleuâtre pour le potassium, plus rougeâtre pour le rubi¬ dium et plus rouge encore pour le cæsium. A la vérité ces petites différences ne sont appréciables que lorsqu’on pro¬ duit les trois flammes l’une à côté de l’autre, et que les sels qui se volatilisent sont parfaitement purs. Quant à leur manière de se comporter vis-à-vis des ré¬ actifs, les deux nouveaux éléments ne peuvent pas par conséquent être distingués du potassium. Le seul moyen pour les reconnaître lorsqu’ils se trouvent mélangés au potassium, est celui qu’offre l’analyse spectrale. Les spectres du rubidium et du cæsium sont des plus ca¬ ractéristiques et remarquables par leur grande beauté. Pour les étudier et en déterminer l’orientation, nous nous sommes servis d’un appareil perfectionné, dont l’emploi, dans tous les cas, est de beaucoup préférable à celui de l’in¬ strument que nous avons décrit dans notre premier Mé¬ moire. Non-seulement il est plus commode à manier, mais il donne encore des images plus nettes et mieux accusées; il permet en outre de comparer rigoureusement entre eux les spectres produits par deux sources lumineuses et de mesu¬ rer la position des raies à l’aide d’une échelle micromé- îrique ( i ). L’appareil est représenté fig. 1, PI. III. A l’extrémité supérieure du pied en fonte F est vissée une plaque de lai¬ ton qui supporte le tube A et un prisme en flinl-glass P, d’un (i) Cette échelle millimétrique était tracée sur une lame de verre, que Ton avait d’abord recouverte d’une légère couche de noir de fumée et de cire dissoute dans la glycérine. On avait alors des divisions et des nombres clairs sur un fond noir, et parla reproduction photographique des divisions et des nombres tracés en noir sur un fond transparent. Pour notre appareil spec¬ tral, il vaudrait mieux se servir d’une échelle à divisions claires sur un fond noir. Des micromètres ont été parfaitement établis, dans ces conditions, par MM. Sa Héron etFerrier, de Paris. ( 3o3 ) angle de réfraction de 6o°. Le tube A est muni d une lentille convergente à celle de ses extrémitésqui regarde le prisme ; il est fermé à l’autre bout par une plaque présentant une fente verticale. À ce pied se trouvent adaptés deux autres bras pou¬ vant tourner autour de l’axe 5 l’un d eux porte une lunette B d’un grossissement de 8 environ munie d’une vis de rap¬ pel B., et l’autre un tube C. A l’extrémité qui est dirigée vers le prisme, ce tube porte une lentille convergente et à l’autre bout une échelle qui, se réfléchissant sur la face anté¬ rieure du prisme, arrive à l’œil de l’observateur qui regarde dans la lunette B. Cette échelle est l’image photographique d’une échelle millimétrique que l’on a obtenue en rédui¬ sant à environ dans la chambre obscure une échelle 10 divisée sur verre. On la recouvre avec soin d’étain laminé, de façon à ne laisser de visible que la partie étroite portant les divisions et les numéros. La fente représentée (PL 2, //g. III) sur une plus grande échelle n’est libre que dans sa moitié supérieure 5 la moitié inférieure est recouverte par un petit prisme de verre équilatéral, qui, par réflexion totale, envoie à travers la fente les rayons de la source lumineuse D, tandis que les rayons de la source lumineuse F traversent directement la moitié supérieure de la fente. Un petit écran S placé au- dessus du prisme empêche la lumière de D d’arriver à la moitié supérieure de la fente. Grâce à cette disposition, l’observateur aperçoit les spectres des deux sources lumi¬ neuses placés immédiatement l’un sur l’autre, et peut juger avec facilité de la concordance des raies de ces spectres, ou de leur différence (1). (1) L’appareil qui a servi à MM. Kirchhoff el Bunsen a été construit par M. G. -A. Steinheil de Munich. On le (rouve aujourd’hui à Paris chez plu¬ sieurs fabricants d’instruments de physique. M. Duboscq a apporté à cet appareil des"modifications qui en rendent le maniement très- corn mode ; il a imaginé notamment une disposition particulière du petit prisme de la ( 3o4 ) Voici l’installation de cet appareil et la manière de s’en servir : A l’aide de la vis R on allonge la lunette B assez pour que l’on puisse voir distinctement un objet placé à une grande distance ; on la fixe alors dans l’anneau destiné à la porter en ayant soin de desserrer les vis a. et (3. Cela fait, on visse la lunette A à sa place, et puis on dispose les deux lunettes de manière que leurs axes soient à peu près dans le prolon¬ gement Fun de l’autre ; on élargit ensuite assez la fente pour qu elle soit visible pour l’œil de l’observateur qui regarde à travers la lunette ; on fixe celle-ci à son support au moyen des vis a et (3, dont l’une a pour objet d’immobiliser la lunette, tandis que l’autre sert à l’élever ou à l’abaisser ; on s’arrange de telle sorte que le milieu de la fente se trouve à peu près au milieu du champ de la lunette. On met alors le prisme en place après avoir éloigné le petit bras représenté en y. Quand on a disposé le prisme suivant les lignes tracées sur la table de laiton, entre lesquelles on fait entrer l’angle saillant, on serre le bras, ce qui donne au prisme une po- # sition invariable. Si l’on dirige alors Faxe du tube A vers une source lumineuse, par exemple la flamme d’une bou¬ gie, on voit se produire le spectre de celle-ci dans la moitié inférieure de la lunette B, quand en la faisant tourner sur le pied F on fait faire à cette lunette un angle convenable. Après avoir déterminé la position de la lunette, on fixe le tube C au bras destiné à le porter. On donne à celui-ci une direction convenable en le faisant tourner sur le pied F, afin que l’échelle qui y est fixée vienne se reproduire dans le tube B, après s’être réfléchie sur la face antérieure du prisme P. On donne par tâtonnement â cette image une netteté parfaite. Par une rotation de ce tube sur son axe, on lunette B {fi%. 2), qui permet de nettoyer très facilement la fente, ce qui a une très-grande importance au point de vue de la netteté des spectres. (L, Grandeau.) ( 3o5 ) s’arrange de façon que l’extrémité des lignes qui forment les divisions, soient placées parallèlement aux extrémités des raies du spectre, et l’on fait, au moyen de la vis S, coïncider le micromètre avec l’extrémité du spectre. On peut employer deux méthodes pour disposer les sources lumineuses D et E. La première repose sur l’obser¬ vation des raies brillantes qui se produisent dans le spectre du cône intérieur d’une flamme de gaz non éclairante, et qui ont été si bien étudiées par Swan. En amenant la lampe E vers la fente, on trouve facilement une position pour laquelle ces raies deviennent visibles ; cette position une fois trouvée, on recule peu à peu la lampe vers la gauche, jusqu’à ce que les raies disparaissent complètement ou à peu près complètement. Le bord droit de la flamme se trouve alors éclairer la fente, et c’est dans cette partie qu’on place la perle du sel à examiner. On emploie le même procédé pour disposer la source lumineuse D. Voici la seconde méthode. On place la lunette B de telle façon, que la partie la plus brillante du spectre d’une flamme de bougie vienne se reproduire à peu près sur le milieu du champ. On amène alors la bougie dans la direc¬ tion de l’axe de la lunette pour que la flamme vienne frap¬ per l’oculaire. Cela fait, on cherche devant la fente la position qui donne à l’œil le plus grand éclat à la moitié supérieure de cette fente. On place alors la lampe E de façon que la fente ne laisse passer qu’une faible partie de la flamme, et c’est dans cette partie qu’on introduit la perle dont on veut avoir le spectre. On trouve de même la posi¬ tion de la lampe dont la lumière est réfléchie, grâce au petit prisme, dans la moitié inférieure de la fente. La vis £ sert à donner à la fente une largeur proportion¬ née à l’intensité de la source lumineuse et à la pureté du spectre que l’on veut obtenir. On empêche toute lumière étrangère de tomber sur la lunette au moyen d'un linge noir, muni d’une ouverture Ann. de Chirn. et de Phys., 3e série, t. LXIV. ( Mars iSfia.) 20 ( 3o<3 ) circulaire, afin de laisser passer le tube G, et qui repose sur le prisme P et sur les tubes A et B. Pour éclairer le mieux possible l’échelle, on emploie avec succès une flamme brillante dont on dirige toute la lumière sur cette échelle, en affaiblissant au besoin son intensité par un morceau de papier de soie qui ne laisse voir exactement que les divisions de Féchelie. On peut encore avec facilité modifier la flamme de manière à éclairer Féchelie en lui donnant l’intensité lumineuse nécessaire à l’examen du spectre. Pour obtenir les images des spectres du rubidium et du cæsium dont nous avons déjà parlé dans notre premier Mémoire sur les spectres des autres métaux, nous avons employé les moyens suivants. On dispose le tube G de telle sorte, que le point mar¬ qué ioo sur l’échelle qu’il porte tombe sur la raie D de Fraünliofer du spectre solaire, et on observe les places occupées alors par les lignes de Fraünhofer A, B, C, D, E, F, G, H sur Féchelie. On donne aux points ainsi déterminés sur l’échelle les noms A, B, C, etc. On calcule par inter¬ polation et on forme une échelle qui porte dès lors des divisions correspondant aux raies A, B , G , . . . . et qui coïncident exactement avec les raies correspondantes de la première image spectrale. Quand on a cette échelle, on y trace les raies des nouveaux spectres après avoir déter¬ miné leurs positions respectives. La PL 1F représente une image de ces raies (i). Nous avons adopté encore ici les mêmes raies que dans (i) Cette figure ne concorde pas parfaitement avec les figures du spectre que nous ayons déjà publiées. On peut, nous en sommes convaincus, remar¬ quer que ces divers tirages offrent entre eux de grandes différences. Cela cependant ne présente aucun inconvénient grave : si Ton a, grâce à Féchelie dont nous avons parlé dans le texte, trouvé une raie de la figure qui soit voisine d’une raie correspondante déjà observée, on peut facile¬ ment et sûrement prouver l’identité des deux raies produites par le corps ( 3o7 ) notre Mémoire précédent, parce que, à cause de leur posi¬ tion, de leur éclat et de leur intensité, elles fournissent les meilleurs points de repère. A cette occasion nous répéte¬ rons encore ce que nous avons déjà dit, afin que l’on ne soit plus induit en erreur comme on l’a été tant de fois, en admettant d’après la présence des raies qui ne sont pas figurées dans nos spectres l’existence de nouveaux corps simples. Nous avons dans ce but donné de nouveau les spectres du potassium et celui du soleil, parce que l’analogie si grande que présentent entre eux les nouveaux métaux et le potassium se retrouve encore dans leurs spectres. Tous les trois donnent à leur partie moyenne un spectre continu s’affaiblissant peu à peu vers les bords, très-brillant pour le potassium, un peu moins pour le rubidium, et encore moins pour le cæsium; pour les trois métaux, on remarque encore des raies très-intenses placées vers les extrémités rouge et bleue. Parmi les raies produites avec le rubidium, on remarque surtout les raies Rba et Rb (3, qui possèdent une intensité tellement caractéristique, qu elles permettent de servir à la détermination du métal. Les raies Rb$ et Rb y, quoique simple placé dans les deux flammes dont le rayonnement traverse la fente. Il me semble utile d’ajouter à cette note des auteurs quelques remarques qui m’ont été suggérées par l’usage que j’ai fait de cet appareil depuis près de huit mois. Les indications fournies par le micromètre, étalonné comme on vient de le dire, ne sont exactes qu’à la condition de se servir toujours du même appareil. En effet l’espace occupé sur le spectre par les divisions du micromètre dépend essentiellement de la longueur du collimateur de ce mi¬ cromètre, toutes choses restant égales d’ailleurs. Il s’ensuit que les spectres dessinés, en prenant pour point de repère la 100e division du micromètre et la raie D, par exemple, ne peuvent pas être rigoureusement comparés entre eux lorsque les dessins ont été laits à l’aide d’appareils différents. 11 faut donc que chaque observateur définisse pour l’appareil dont il se sert, les positions relatives des raies observées, les dessins faits avec des micromètres dont les collimateurs n’ont pas exactement même foyer ne pouvant être utilement comparés entre eux. (L. Guandeau.) 20 . ( 3o8 ) moins fortement accusées, sc montrent encore d une iaçon très-caractéristique. Les positions de ces raies sont très- remarquables- elles tombent en effet toutes les deux au delà de la raie A de Fralinhofer. Celles qui se trouvent au delà de cette raie avaient été déjà remarquées dans le spectre solaire, mais en aidant l’œil d’un instrument grossissant. Les autres raies, qui tombent sur la partie continue du spectre, sont moins propres à servir de caractéristiques $ car il faut, pour qu’elles apparaissent, employer une sub¬ stance très-pure et donner à la lumière une grande inten¬ sité. C’est avec le nitrate, le chlorate et le perchlorate d’oxyde de rubidium, ainsi qu’avec le chlorure de rubidium, qu’on donne aux raies leur plus forte intensité, à cause de la grande instabilité de ces composés. Le sulfate d’oxyde de rubidium et les sels analogues donnent aussi un très-beau spectre. Même avec le silicate et le phosphate, ce spectre se montre encore avec netteté dans toutes ses parties. Le spectre du cæsium est surtout caractérisé par deux raies bleues Csa et Cs/3, qui se trouvent tout près de Srd, et se font remarquer par une intensité d’un caractère tout spécial et des contours parfaitement tranchés. Près de celles-ci on peut encore voir la raie Csy qui est la moins utile. Les raies jaunes et vertes que porte la figure et qui présentent une grande intensité lumineuse, ne peuvent ser¬ vir à la recherche de petites quantités de cæsium combiné, mais elles peuvent être employées avec succès comme point de comparaison pour apprécier la pureté des composés de ce métal. Elles deviennent plus fortes et plus éclatantes que les raies jaunes et vertes du spectre du potassium, que nous n’avons pas reproduit sur la figure. Quant à la netteté des réactions, les divers composés du cæsium se comportent d’une façon parfaitement analogue aux com¬ binaisons correspondantes du rubidium. Le chlorate, le phosphate et le silicate donnent des raies très-distinctes. Quant à leur sensibilité , les réactions des sels de cæsium ( 3og ) sont plus prononcées, au contraire, que celles des composés correspondants du rubidium. Une goutte d’eau s’élevant à peine à 4 milligrammes, et renfermant seulement omlg,ooo2 de chlorure de rubidium, produit encore d’une manière très-sensible les raies Rba etRb(3. Dans les mêmes condi¬ tions, il suffit d’employer omlg,oooo5 de chlorure de cæsium pour que l’on voie apparaître les raies Csa et Cs (3. Si l’on ajoute à un composé, soit de cæsium, soit de ru¬ bidium, un des corps faisant partie du groupe des alcalis, on reconnaît encore d’une manière nette la présence des nouveaux métaux, ainsi que le prouvent les expériences suivantes : On a pris une goutte d’eau pesant environ 4 milligram¬ mes et contenant un mélange de ces chlorures, et on l’a placée dans la flamme sur le bout aplati d’un fil de platine. omlg,oo3 de chlorure de cæsium se reconnaissent encore, même associés h 3 ou /\oo fois cette quantité de chlorure de potassium ou de chlorure de sodium. omlg,oo3 de chlorure de rubidium décèlent encore les réactions caractéristiques de ce métal, même quand ils sont mélangés «à une quantité ioo ou i5o fois plus forte de chlorure de potassium ou de chlorure de sodium. Un millième de milligramme de chlorure de cæsium s aperçoit encore d’une façon sensible, même quand il se trouve associé à i 5oo fois son poids de chlorure de li¬ thium. omlg,ooi de chlorure de rubidium commence au contraire à ne plus donner de réaction très-sensible quand la proportion de chlorure de lithium dépasse 6oo fois le poids du sel de rubidium. En terminant ce Mémoire, nous ne pouvons passer sous silence une question sur laquelle nous nous proposons de revenir encore plus tard. Parmi le grand nombre de sels ( 310 ) de toutes sortes que nous avons examinés jusqu’ici, et que leur volatilité dans la flamme nous a permis de soumettre à l’analyse spectrale, nous n’en avons pas rencontré un seul qui n’ait pas donné les raies caractéristiques du métal malgré les grandes différences que présentent les éléments auxquels il se trouvait combiné. D’après cela, on serait donc tenté d’admettre que, dans tous les cas, les raies bril¬ lantes produites par un corps simple sont complètement indépendantes des autres éléments auxquels il se trouve chimiquement associé, et que les corps simples envisagés au point de vue des spectres que donnent leurs vapeurs agissent de la même manière qu’ils y soient ou non com¬ binés. On ne peut cependant considérer comme justifiées ces deux hypothèses, car nous avons dit mainte fois que les raies brillantes du spectre d uo gaz en combustion doivent coïncider avec les raies d’absorption que montre ce gaz, lorsqu’il donne un spectre continu, doué d’un éclat suffisant. On saiten effet que les raies d’absorption de la vapeur diode 11e se produisent pas avec l’acide iodhydrique et que d’un autre côté les raies d’absorption données par l’acide ni¬ treux ne peuvent être obtenues en remplaçant ce com¬ posé par un mélange mécanique d’azote et d’oxygène. Rien ne dément la possibilité qu’au rouge la nature de la combinaison chimique n’exerce sur les raies d’absorption une influence analogue à celle qu’on observe à basse tem¬ pérature; mais si la nature delà combinaison a une in¬ fluence sur les raies d’absorption dans un gaz incandescent, elle doit nécessairement modifier aussi les raies brillantes de son spectre. Il semble résulter de ces considérations que les spectres des corps simples peuvent présenter des raies différentes, suivant la nature des combinaisons dans lesquelles ils sont engagés; mais il est très-possible que les sels que nous avons volatilisés dans la flamme ne persistent pas à l’état de sels, mais qu’ils se décomposent à celte température, de telle ( 3 1 1 ) sorte que ce sont toujours les vapeurs du métal libre qui donnent naissance aux raies du corps simple; il serait également probable, d’après cela, qu’un composé chimique donne toujours d’autres raies que les éléments qui le con¬ stituent. Heidelberg, juin 1861. 'WX'W* V\\ A/VX VIA/Wt A. VA W> W“» \M VY' MEMOIRE SUR LA XYLOIDINE ET SLR RE NOUVEAUX RÉRIVÉS NITRIQUES DE LA FÉCULE; Pau M. A. BÉCHAMP, Professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier. 1. Braconnot, à qui l'on doit la découverte de tant de combinaisons intéressantes, appelait xyloidine tous les composés insolubles dans l’eau qu’il obtenait par l’action de l’acide nitrique sur la fécule, le ligneux, la gomme, etc. (i). Cette opinion fut admise jusqu’au jour où M. Sclioen- bein (2), faisant agir un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique concentrés sur le coton, obtint la substance très- explosive qu’il nomma poudre-coton , sans doute parce qu’elle avait conservé la forme et la texture de la substance type. A partir de ce moment, et lorsque M. Pelouze, qui avait déjà analysé la xyloidine, eut publié son analyse de la (1) Annales de Chimie et de Physique , 2e série, t. LU, p. 290 (1 833). (2) Pliilosophical Magazine, 3e série, t. XXXI, p. 7, d’après Jahresbericht von J. Liebig und H. Kopp (1849). Il est difficile de trouver la date précise de la découverte de M. Scboenbein. C’est par M. Dumas [Comptes rendus de V Académie des Sciences, t. XXXIII, p. 678 (1846) qu’a été faite chez nous la première communication sur la découverte de la pyroxyline. ( 3‘1 2 3 4 5 ) pyroxyline (cellulose pentanitrique) (i), on pensa que les combinaisons explosives découvertes par le chimiste nancéien pouvaient bien n’ètre pas toutes identiques [bien que depuis, quelques personnes aient cru avoir transformé le coton en xyloïdine deBraconnot et l’amidon en pyroxy¬ line (2)], et on réserva le nom très-impropre de xyloï- dine (3) (-çJaov, bois, eJJW, semblable) au produit nitrique que I on obtient avecl amidon. Mais l’on ne pouvait encore se fonder que sur l’analyse élémentaire pour établir des différences; or, comme je le montrerai plus loin, la compo¬ sition élémentaire ne saurait décider la quesiion dans tous les cas : il faut pouvoir remonter du dérivé au type primi¬ tif, c’est-à-dire régénérer la substance organique qui est la base du composé nitrique. 2. J’ai montré comment, par l’action de certains sels de protoxyde de fer, on pouvait régénérer le coton de la py- roxyline (4)* Dans le même travail, j’ai annoncé que l’on pouvait, de la même manière, régénérer plusieurs sub¬ stances de leurs dérivés nitriques (5), et notamment remon- (1) Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. XXIV, p. 5 (1846). Avant ce travail (Ibid., XX11I, p. 8 G‘2) M. Pelouze avait déjà écrit : « La xyloïdine de M. Braconnol et la substance que j’ai trouvée en traitant îa cellulose sous ses diverses formes, par l’acide nitrique concentré, ne sont pas iden¬ tiques, quoiqu’elles aient une grande analogie de composition et de pro¬ priétés. » (2) On peut voir dans les Comptes rendus de Y Académie des Sciences , t. XX1I1 et XXIV, et dans quelques publications de la même époque, les divers travaux où Ton admettait la possibilité du passage du colon en dérivé nitrique de la fécule et réciproquement. (3) « J’ai éprouvé des difficultés, ditBraconnot (loco citato , p. 2g3), pour désigner convenablement cette matière : comme elle m’a semblé participer un peu du ligneux, le nom de xyloïdine pourra peut-être lui convenir. » Braconnot n’avait pas analysé sa xyloïdine, et comme il avait constaté qu’elle n’altérait pas le sulfate d’indigo , il n’y soupçonna pas la présence possible de l’acide nitrique; il avait cependant remarqué que la chaleur la faisait déflagrer avec facilité. (4) Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t. XLVI, p. 338. (5) Par l’action de l’acétate ferreux on régénère les alcools de leurs éthers nitriques, la mannite, la gomme, la fécule, le ligneux de leurs combinaisons ( 3i3 ) ter de la xyloïdine à la fécule. Il y a donc un moyen de dis¬ tinguer le dérivé nitrique de la fécule des combinaisons isomériques que Ton pouvait confondre avec lui. Mais il restait quelque chose à faire pour compléter l’histoire de la xyloïdine: en effet, sa composition ne me paraissant pas encore fixée avec assez de rigueur, je me proposais, aidé de mes précédentes recherches sur les dérivés nitriques du ligneux, de reprendre cette étude, lorsque j’en fus distrait par d’autres travaux-, c’est en la poursuivant que j’ai ob¬ servé quelques particularités qui, en fixant mon attention, m’ont permis de rattacher ce travail à ceux que j’ai déjà publiés sur la pyroxyline ( i ) et sur la fécule (2). 3. Sur la composition delà xyloïdine . — Dans le Mé¬ moire sur la pyroxyline qui vient d’être cité, j’ai admis pour la xyloïdine la formule que lui avait attribuée M. Pe- louze ( 3 ), savoir : C13 H O* 2 3 * * * * * 9, NO5 *, qui exige 34,78 de carbone pour 100. nitriques ; par le même agent on transforme la niti obenzine, la nitronaph- taline, etc., Facide nitrobenzoïque, etc., en produits nouveaux ( dérivés ami- dés) qui contiennent tout l’azote du dérivé azotique. Je propose de réserver la qualification générique de dérivés nitriques aux composés de la première série et d’appeler les composés de la seconde du nom ancien de dérivés ni très y si l’on n’aime mieux celui de dérivés hypoazotiques ou dhypoazotides . ( 1 ) Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t. XLVl, p. 338. (2) Ibid. , 3e série, t. XLVIIl, p. 4 58 . (3) Comptes rendus de l’ Académie des Sciences, t. VII, p. yi3 ( 1 838). Dans cette INole on lit les passages significatifs que voici : a La xyloïdine, pre¬ mier produit de l’action de l’acide nitrique sur la fécule (le second produit, d’après l’auteur, est un acide non azoté), résulte de l’union de ces deux corps. C’est l’amidon ordinaire dans lequel un atome d’eau est remplacé par un atome d’acide nitrique . C’est en quelque sorte un sel dans lequel l’a¬ midon remplit, relativement à l’acide azotique, le rôlede base.» En France, à l’époque où M. Pelouze écrivait ces lignes (i833), on attribuait déjà à l’a¬ midon la formule C12Hl0O10 et, en i8.j3, M. Dumas [Traité de Chimie appliquée aux arts) affirmait que la ( 3i4 ) Toutefois, ce savant académicien n’a pas publié les nom¬ bres qui ont servi à calculer cette formule. M. Buis-Ballot, qui plus tard a également analysé la xyloïdine, y a trouvé de 36,2 à 38,2 pour 100 de carbone (i). Des nombres qu il a obtenus, ce chimiste a déduit la formule empi¬ rique G'5 H12 N01B, qu’il traduit par la formule rationnelle C15 H12 O12, NO4. Ce savant suppose que la xyloïdine est formée en vertu de l’équation suivante (i) : 5 G12 H10 Q!(> — 2 HO 4 NO4 — 4 G15 H12 O12, NO4. Mais on sait que pendant la formation de la xyloïdine il ne se dégage point de gaz : que devient, se demandait Ber¬ zelius, l’oxygène perdu par Facide nitrique ? Gerhardt (3), en discutant Fanaiyse de M. Ballot, n’adopte pas sa formule. Mais admettant avec sa sagacité ordinaire que la molécule de la fécule devait rester intacte, il supposa, pour concilier les résultats de l’analyse avec la théorie des types, qu’il se formait simultanément deux com¬ posés nitrés, savoir CI2H19 XO10 et G12 H18 X* 1 2 O10 (4), xyloïdine était un corps du môme type que l’amidon; tandis que Berzelius {Rapport annuel pour i8q4) hésitait encore entre les formules G3 H3 O2, C6 H4 O4 et G12 H8 O8 • , * - pour exprimer le poids atomique du même principe immédiat. (1) GeriiAudt, Précis de Chimie organique , t. Il, p. 224 ( i8q5 ). (2) Rapport annuel de Berzelius (i8q4> P- 222, traduction française). (3) Gerhardt, loco citato. (4) X = NO3, notation gerhardtienne. ( 3.5 ) c’est-à-dire, en notation ordinaire, -[C2< ( HI9N(P ) O20] et C,2( H9N04)0'°. Ces formules exigent, la première 39,0, la seconde 34 >8 pour 100 de carbone. Or les résultats de M. Ballot s’ex¬ pliquent très-bien, pensait 1 illustre chimiste, si la xyloï¬ dine est un mélange de ces deux composés (1). 4. Comme on le voit, il y avait quelque importance à reprendre l’étude de la xyloïdine et à fixer sa formule. Cette étude m’a fait confirmer la manière de voir de M. Dumas et de M. Pelouze sur la composition de la xyloïdine et sa constitution. J’ai en même temps été assez heureux pour découvrir un second terme nitrique de la fécule et plusieurs modifications isomériques de chaque terme. 5. Le présent Mémoire a pour objet : i° De démontrer ( a ) que la xyloïdine de Braconnot est un dérivé mononitrique de la fécule ; et (b) qu’il existe deux états moléculaires différents de cette combinaison 5 20 De démontrer ( a) que la fécule peut engendrer une se¬ conde combinaison nitrique, plus riche en acide nitrique que la première, la fécule dini trique et (&) , qu’il existe au moins deux états moléculaires différents de ce nouveau dérivé ; 3° De démontrer que tous ces produits peuvent régéné¬ rer la fécule sous la forme de fécule soluble, identique à celle que l’on obtient directement avec l’amidon sous les influences que j’ai décrites dans les Annales de Chimie et de Physique (2) ; 4° La détermination des pouvoirs rotatoires de ces divers composés ni triques ; (1) L'hypothèse de Gerhardt était gratuite : car, bien que la fécule engen¬ dre deux dérivés nitriques, ils ne sont pas dans le sens des formules que nous avons rapportées. (2) Annales de Chimie el de Physique, 3e série, t. XLVUI, p. /|5K. ( 3.6 ) 5° L’étude de la relation qui peut exister entre la com¬ position chimique et le phénomène delà polarisation rota¬ toire des divers dérivés nitriques delà fécule. C12J|10Q10 Fécules mon o nitrique s :■ NO5, EO= 2 HO -h C12H909, NO3. 6. La xyloïdine de Braconnot, ainsi que nous allons le démontrer, est de la fécule mononitrique, en admettant les rapports C2 H!0O,() pour la formule de l’amidon. Il en existe deux états molé¬ culaires distincts : l’un répond au produit découvert par le chimiste lorrain, l’autre n’a pas encore été décrit*, celui- là est insoluble dans l’alcool, dans l’éther et dans l’alcool éthéré*, celui-ci au contraire est très-soluble dans un mé¬ lange d’alcool et d’éther. 7. Sur la préparation des fécules mononitriques et sur Y augmentation de poids qu éprouve la fécule dans cette production. — Braconnot décrit ainsi la préparation de la xyloïdine : « J’ai délayé 5 grammes de fécule avec une quantité suffisante d’acide nitrique concentré, et, après avoir agité de temps en temps le mélange, il a offert une dissolution mucilagineuse parfaitement transparente 5 mais celle-ci a été entièrement coagulée par l’eau en une masse blanche caséiforme, laquelle écrasée, bien lavée etdesséchée, pesait exactement 5 grammes , comme la quantité d’ami¬ don employé (1). » M. Pelouze aussi a pesé le produit de l’action de l’acide nitrique sur la fécule et il fait la remarque suivante : (( L’amidon tout entier se transforme en cette substance, et dès lors s’explique parfaitement l’augmentation considé- (1) Annales de Chimie et de Physique , 2e série, t. LU, p. 29 0 ( 1 833 ). ( 3|? y rable de poids qu’on observe lorsqu’on précipite la xyloïdine par beau immédiatement après la disparition de l’amidon dans l’acide nitrique. Comme un excès de cet acide trans¬ forme la xyloïdine en une matière très-soluble qui n’est autre chose que le nouvel acide que j’ai signalé, on se rend également compte d’un résultat di lièrent obtenu par M.Braconnot. Ce chimiste avait obtenu d’un poids connu d’amidon un poids égal de xyloïdine : cela tient évidem¬ ment à ce qu’une partie de cette dernière substance avait déjà été décomposée. En retardant davantage la précipita¬ tion, il se fût bientôt assuré de l’impossibilité d’obtenir la plus légère trace dê xyloïdine (i). » Ces remarques sont exactes de tout point, hormis l’influence de la niasse de l’acide. M. Bui s-Ballot ( 2) a trouvé que la xyloïdine ne se forme pas au moyen de l’acide nitrique fumant rouge, mais qu il faut la préparer avec l’acide pur et aussi concentré que possible 5 on verse ce dernier sur l’amidon dans un mortier et on les broie ensemble jusqu’à ce que tous les grains aient disparu et que toute la fécule soit convertie en une gelée translucide 5 on reprend par l’eau, etc. 8. Aucun des auteurs que je viens de citer 11e donne de renseignements sur l’état de dessiccation de la fécule, ni sur la quanti téd’acide nitrique fumant qui a été employée. Pour connaître l’influence de l’état de l’acide nitrique, de sa masse et de sa concentration, ainsi que de l’état de dessic¬ cation de la fécule, j’ai fait les expériences dont les résultats sont consignés plus loin. En premier lieu, je n’ai pas trouvé que l’acide nitrique fumant et coloré fût sans action : la xyloïdine se forme toujours quelle que soit la couleur de l’acide, pourvu qu’il soit assez concentré. (1) Loco citato. (2) Loco citato. ( 3.8 ) Je n’ai pas trouvé non plus que la masse de l’acide fût nuisible. Ce qui tend à détruire les dérivés nitriques qui prennent naissance, c’est la durée du contact, surtout quand l’acide n’est pas suffisamment concentré ou que la fécule est trop humide. La concentration de l’acide a une grande influence : au- dessous d’une certaine limite, un acide trop faible ne se combine plus avec la fécule; il ne se forme d’abord que de la fécule soluble et peu à peu l’acide signalé par M. Peiouze, peut être Facide saccharique. L’influence de la masse de Facide et de la parfaite dessic¬ cation de la fécule se traduit par un changement d’état moléculaire ou par un changement de composition. Une autre influence incontestable est celle de la chaleur; j’ai déjà fait voir (i) que là est la cause de la production de la pyroxyline qui est soluble dans Falcool éthéré; clans la génération des fécules nitriques, les modifications solubles se forment aussi lorsque la température peut s’élever libre¬ ment, mais seulement jusqu’à un certain point, pendant que la combinaison s’accomplit. Les résultats qui vont suivre ont été obtenus avec l’acide nitrique tel que le donne la distillation d’un équivalent de nitrate de potasse séché à la température ordinaire, avec un peu plus de 2 équivalents d’acide sulfurique con¬ centré. a, 5 grammes de fécule séchée à -f- 20°, répondant à 4ê%5 de fécule séchée à ioo°, broyés avec 20 grammes d’acide nitrique, ont donné 5ëV,rj 6 de produit. b, 5 grammes de la même fécule, répondant à 4§r>5 de fécule séchée à ioo°, broyés avec 5o grammes d’acide nitrique, ont donné 5sr,g5 de produit séché dans le vide. c, 5 grammes de fécule séchée à ioo° et Jo grammes d’acide nitrique ont donné 5sr,78 de produit séché dans le vide. (1) Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t. XXXVII, p. 208 (i853). ( 3ig ) d. 5 grammes de iecule séchée à -f- 20° et Go grammes d’acide nitrique ont donné 5gr,7 de produit séché dans le vide. e. 5 grammes de fécule séchée à ioo° et 60 grammes d’acide nitrique ont donné 7gr,24 de produit séché dans le vide. Les résultats , e, d rapportés à 100 parties de fécule sèche, supposée C12H10O10, donnent en moyenne 12 5, y de xyloïdine pour 100. Le calcul, en supposant que le produit est de la fécule mononitrique, exige 127,8. Dans l’expérience e, l’augmentation de poids a été beau¬ coup plus considérable, car j’ai obtenu i44>8 de produit pour 100 de fécule. Nous insisterons plus loin sur l’expé¬ rience e\ pour le moment il suffit de remarquer que plus la fécule est sèche, moins il faut d’acide nitrique, et que l’augmentation de poids est d’environ le quart du poids de la fécule employée. 9. Fécule rnp no nitrique insoluble. — C’est la xyloïdine deBraconnot. Pour l’obtenir pure, on broie dans un mortier de porcelaine épais (afin d’éviter 1 élévation de la tempéra¬ ture), 1 partie de fécule séchée à la température ordi¬ naire (20°), avec 5 à 8 parties d’acide nitrique fumant, jus¬ qu’à ce que le mélange soit réduit en une masse semi-liquide parfaitement transparente, dans laquelle on n’aperçoive plus aucune trace de grumeaux ( 1 ) ; on ajoute alors, à la fois, 20 à 3o parties d’eau distillée froide en broyant sans cesse. La combinaison se sépare sous la forme d’un précipité caséeux, facile à réduire en poudre sous l’eau meme. On lave (1) M. Ballot n’a employé que la quantité d’acide nécessaire pour faire une gelée translucide : cette quantité d’acide est insuffisante; si l’on n’em¬ ploie que 3 parties d’acide pour 1 de fécule, on obtient un produit qui fournit plus de carbone que n’en exige la fécule mononilrique. Evidemment un peu de fécule échappe alors à la réaction; on s’explique ainsi les résul¬ tats analytiques qui ont conduit à la formule de ce chimiste. 11 faut noter aussi, comme nous l’avons fait remarquer, que la température ne doit pas s’élever. J’ai opéré à une température qui n’a pas dépassé 2o°, ( 320 ) à l’eau distillée jusqu’à ce que l’eau de lavage ne soit plus acide et on fait dessécher à l’air ou dans une étuve. 10. Le produit ainsi obtenu doit être purifié avant d’être soumis à l’analyse; pour cela, on le dissout à froid dans un mélange de io parties d’acide acétique cristaîlisable et de i partie d’acide acétique trihydraté (employé séparément, au¬ cun des acides ne dissout le composé). On filtre la dissolution pour séparer des parcelles insolubles et on y ajoute peu à peu de l’eau distillée : il se sépare ainsi une masse visqueuse qui se précipite au sein du liquide. Après avoir décanté la li¬ queur surnageante, on y ajoute une plus grande quantité d’eau; elle se trouble encore et laisse déposer un précipité pulvérulent que l’on recueille dans un filtre, lave et fait sécher. La masse visqueuse retient beaucoup d’acide acéti¬ que : en la reprenant par une grande quantité d’eau, elle se réduit en une poudre blanche qui, lavée et séchée, constitue un produit homogène. La substance séparée de la liqueur surnageante et de la niasse visqueuse précipitée fournit à l’analyse les mêmes nombres et possède les mêmes pro¬ priétés. 11. La matière ainsi purifiée est insoluble dans l’alcool à 95° centésimaux, dans l’éther et dans le mélange de ces deux véhicules. Elle ne se dissout pas non plus dans le chlo¬ roforme, l’éther acétique et la benzine; elle semble se ra¬ mollir dans l’acétone, mais rien ne s’y dissout. Elle est un peu soluble dans l'esprit-de-bois. L’acide acétique monohy- draté la dissout à peine, mais cet acide additionné de ^ d’a¬ cide acétique à 3 équivalents d’eau la dissout facilement. 12. j Fécule mononilnque soluble ou fécule isomononi¬ trique. — Si, au lieu de traiter la fécule, séchée à H- 20°, seu¬ lement par 5 à 8 parties d’acide nitrique fumant, on la traite par un grand excès de cet acide (10 à 12 fois le poids de la matière employée) et si l’on fait l’expérience dans un vase de verre un peu épais, de façon que la chaleur développée par la réaction ne soit pas trop vite perdue, on obtient au ( 321 ) bout de six à huit minutes, une dissolution jaune., peu vis¬ queuse, parfaitement transparente, qui, versée dans 3o fois son volume d’eau, donne lieu à un précipité moins caséeux, plus pulvérulent que celui de la préparation précédente. Le précipité, lavé, séché, constitue la combinaison nouvelle. Pour la purifier, on la dissout dans l’alcool éthéré, on filtre pour séparer les parties restées indissoutes, et bientôt, par l’évaporation de l’étber, la liqueur se trouble en laissant dé¬ poser une masse pulvérulente que l’on fait sécher à l’étuve. 13. La combinaison, purifiée de cette façon, est insoluble dans l’alcool à 90° centésimaux et dans l’étber : elle ne fait que s’y ramollir; mais, comme la pyroxyline soluble, elle se dissout très-facilement dans un mélange d’éther et d’alcool où le premier domine. L’alcool presque absolu en dissout un peu; elle est insoluble dans le chloroforme, mais l’acé¬ tone, l’éther acétique, l’alcool méthylique, la dissolvent facilement. Enfin l’acide acétique cristallisable la dissout mieux que la modification précédente. Remarque . — Ces expériences ont été faites en automne, la température était de 20° environ. J’ai répété l’opération en été par une température de 34° avec de la fécule séchée à cette température et traitée par 10 parties d’acide nitrique fumant. Le produit obtenu était bien de la fécule mononi¬ trique, mais elle était très-soluble dans l’alcool à 95° cen¬ tésimaux. Comme 011 le voit, l’influence de la température est très-grande, de telle sorte qu’une expérience vraie à Montpellier pourrait ne pas réussir à Paris si l’on ne notait pas les conditions de la réaction. 14. Par le grand nombre de ses dissolvants on voit que cette modification moléculaire de la xyloïdine mérite bien l’épithète de soluble que je lui ai donnée. On pourrait aussi la nommer jècule isomononitrique . 15. L’analyse élémentaire prouve que les deux combi¬ naisons que je viens de décrire sont de la fécule mononi¬ trique. Ann. de Chim. et de Vhys .,3e série, t. LXIV. (Mars !86*2.) 2 I ( 322 ) I. Fécule mononitrique insoluble . — Poids de la matière osr?4 7^ ? acide carbonique ogr,6io; carbone pour ioo, 34 ? 94 * II. Meme composé. — Poids de la matière ogr,338; acide car¬ bonique ogr?423 ; carbone pour joo, 34 , 1 3. III. Fécule mononitrique soluble. — Poids de la matière ogr,5 1 3 ; acide carbonique ogl’,667 ; carbone pour ioo, 35 ,46; eau ogr,2o5 ; hydrogène pour ioo, 4? 44* IV. Fécule mononitrique soluble. — Poids de la matière ogr,4°7 ; volume de l’azote ào° et à om,76 = 2icc,74î en poids ~ ogr, 02781 ; azote pour 1 00, 6,71. Le calcul, d’après la formule C12 H9 O9, NO5, exige : Carbone . 34, 78 Hydrogène. . . 4 5 M Azote ....... 6,76 J 6. Pour obtenir un dérivé de la fécule plus riche en acide nitrique que la fécule mononitrique, j’ai opéré d’abord comme dans la préparation de la pyroxyline, c’est-à-dire que j’ai traité la fécule par un mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique fumant 5 on obtient à la vérité un com¬ posé explosif insoluble dans l’eau, mais il est difficile à laver : c’est une poudre qui se réunit en une masse gélati¬ neuse qui ne parait pas correspondre à quelque chose de défini. En opérant d’une autre façon, en versant de l’acide sulfurique concentré dans une dissolution nitrique de fécule, on obtient facilement la fécule dini trique. v > Fécules dini trique s : C1* H10O10 + 2 NO5 HO = 4 HO -+- C12H808, 2 NO*. 17 . ïl existe deux modifications moléculaires de la fécule dini trique : l’une est soluble dans l’alcool à p5° centésimaux, . ( 3^3 ) l’autre dans l’alcool éthéré. Elles se produisent en même temps et on les sépare l une de l'autre en vertu de cette dif¬ férence desolubilité. Pour les obtenir, on opère de lamanière suivante : 18. Je dissous i partie de fécule séchée à 20° dans 12 fois son poids d’acide nitrique fumant, comme s’il s’a¬ gissait de préparer la fécule isomononitrique. Si la dissolu¬ tion n’est pas parfaitement transparente, si l’on y aperçoit quelques grumeaux de fécule non dissous, il faut filtrer sur du verre pilé. La dissolution nitrique étant placée dans un mélange réfrigérant, on y verse assez rapidement 8 parties d acide sulfurique concentré -, bientôt le mélange se trouble et il s’en sépare tout à coup une masse blanche, molle et très-volumineuse. On se bâte alors de verser le tout dans une grande quantité d’eau froide, en ayant soin de brasser la masse en la divisant, afin d’éviter une élévation de tempéra¬ ture trop grande sur quelques points. On obtient ainsi un produit pulvérulent qui ressemble à la xyloïdine de Bracon- not, mais plus divisé. On lave h grande eau tant que l’eau de lavage précipite par le chlorure de baryum -, la poudre est ensuite desséchée h l’étuve. 19. Nous avons vu (n° 8) que 5 grammes de fécule séchée à ioo°, traités par 60 grammes d’acide nitrique, donnaient h§1, 24 de composé nitrique, soit environ i448'4fip0lir lüü- J’ai déterminé la quantité de produit que l’on obtient en opérant comme il a été dit au paragraphe précédent. n. 5 grammes de fécule séchée à 20°, répondant à 4gr> 5 de fé¬ cule séchée à ioo°, ont donné, en les dissolvant dans 60 grammes d’acide nitrique fumant et additionnant de /\o grammes d’acide sulfurique concentré, 6êr,fit de produit. b. Dans une seconde expérience, les mêmes quantités ont fourni 6gr,73 de composé nitrique. Ces résultats, réduits en centièmes, donnent : a. i4b>9 et è. i4q>b pour ioo. 2 1 . ( 3^4 ) . L’augmentation de poids est donc bien plus considérable ici que pour les fécules mononitriques. Pour ces dernières, elle n’est que de 25 à 26 pour 1005 pour les fécules dini- triques, elle atteint 47 à 5o pour 100 du poids de la fécule employée. Le calcul, en supposant que le résultat est de la fécule dinitrique, exige i55,6 pour 100. 20. La combinaison de l’expérience e (n° 8) est, comme il sera démontré plus loin, un mélange de fécule mononi¬ trique soluble et de fécule dinitrique. Les produits *2, h (n° 19) préparés par le procédé décrit 110 18, sont un mé¬ lange des deux états moléculaires de la fécule dinitrique. 21. Pour les séparer elles purifier, on procède comme suit : A. La matière bien desséchée est traitée par l’alcool à 96° centésimaux, d’abord à froid, puis à la température de 4o°, jusqu’à ee que plus rien ne se dissolve. La dissolution alcoolique filtrée est ensuite précipitée par beau 5 la fécule dinitrique se sépare à l’état d une poudre blanche très-di- visée qui s’agglomère pendant la dessiccation à l’étuve. Elle s’électrise pendant qu’on la réduit en poudre. Si l’on fait évaporer l’alcool dans l’étuve, la fécule dinitrique s’obtient sous forme de lamelles transparentes. B. La partie que l’alcool ne dissout point est très-solu¬ ble dans l’éther alcoolisé. La dissolution filtrée se trouble par l’eau, mais le précipité se dépose lentement. Il est pré¬ férable de faire évaporer le dissolvant à l’air libre ou dans une étuve chauffée à 25 ou 3o°. On obtient alors la sub¬ stance sous la forme d’une masse blanche, facile à réduire en poudre. 22. Ainsi, de meme qu’il existe deux états moléculaires de la fécule mononitrique, il en existe deux de la fécule dinitrique. L’un est insoluble dans l’alcool, mais il se dissout dans l’éther et mieux dans un mélange d’alcool avec un excès d’éther. ( 325 ) L'autre est soluble dans l’alcool à 96° centésimaux-, il se dissout • assez difficilement dans l’éther, mais facilement dans un mélange d’alcool et d ’éther : je le nommerai fécule isodinitriqae . Les deux produits sont solubles dans F acide acétique cristallisable, mais insolubles dans l’acide monohydraté mêlé d’acide trihydraté. Ils sont également solubles dans l’acé¬ tone, l’éther acétique et l’alcool méthylique. Le chloro¬ forme, l’alcool amylique et l’étlier sulfhydrique ne les dis¬ solvent pas. 23. La composition élémentaire démontre ce que nous avons admis jusqu’ici, savoir que les deux nouveaux com¬ posés qui viennent d’être décrits sont distincts de la xyloi- dine de Braconnot. Analyse des fécules di nitrique s. ï. (1) Produit soluble dans l’alcool. — Poids de la matière ogr,47 1 2 ) acide carbonique ogr, 5?.5. Carbone pour 100, 3o,4- II. (2) Produit insoluble dans l'alcool. — Poids de la ma¬ tière ogr, 2365; acide carbonique Carbone pour 1 00, 29, 6. III. Meme produit. — Poids de la matière ogr,283; acide car¬ bonique ogr, 2875. Carbone pour 100, 27,7; eau ogr, o885 ; hy¬ drogène pour 100, 3,47. IV. Produit soluble dans l’alcool. — Poids de la matière ogr,437; eau ogr, 128; hydrogène pour 100, 3,25. V. Produit soluble dans l’alcool. — Poids de la matière ogr,8o6; azote à o° et om, 76 = 6BCC, 78; en poids osr,o864; azote pour ioo, 10,72. (1) Le tube à eau était rempli de chlorure de calcium. (2) Le tube condenseur de beau était rempli de sulfate ferreux imprégné d'acide sulfurique, de mémo que pour III. Dans l'analyse des composés ri¬ ches en acide nitrique il est avantageux, comme je le dirai ailleurs, d’ap¬ porter cette petite modification au procédé général. ( 826 ) Calcul. Expérience. ClïH‘0!2W05(i) Carbone. . . . . 28,57 Hydrogène. . . .... 3,36 3,17 Azote . . . .... IO?n2 1 1 , 1 1 24. Action de la chaleur sur les fécules nitriques , — Il était intéressant de comparer Faction de la chaleur sur les deux termes nitriques de la fécule. A cet effet, j’ai introduit dans cinq tubes A, B, C, D, E, la meme quantité de cha¬ cune des fécules nitriques; ces tubes ont été plongés à la même profondeur dans un bain d’huile dont la température a été élevée progressivement. A. Fécule dinitrique insoluble dans T alcool. — Ne dé¬ gage des vapeurs rutilantes que vers i^5°. Entre 176° et 178°, on voit apparaître d’abondantes vapeurs rouges, et à 178° vive déflagration avec sifflement. Le tube ne contient pas de charbon, mais seulement une petite quantité de ma¬ tière blanche. B. Fécule dinitrique soluble dans F alcool, fécule isodi- nitriquç. — Commence à dégager des vapeurs rutilantes déjtà vers 170°, et déflagre comme la précédente vers 1720. Le tube ne contient qu’un peu de matière blanche. C. Fécule mononitrique soluble ou is o mononitrique . — Les vapeurs nitreuses n apparaissent que vers 195° ou 198°, moment de la déflagration qui se fait peu à peu. Résidu noir dans le tube. D et E. Fécule mononitrique insoluble , xyloïdine . — Ne dégage des vapeurs rutilantes que vers 198° et déflagre V • (1) La fécule dinitrique est isomère avec la cellulose tétranitrique que t’011 obtient par Faction de l'ammoniaque sur la pyroxyline, et avec la dextrine dinitrique de fécule* qui a déjà fait Fobjet d’une Note avec l’étude des dérivés du même ordre de Sa gomme et de la duleine. Comptes rendus de /’ Ac'adnnie des Sciences, 5 août 1860. La dextrine de fécule diffère d’un produit isomère qui se prépare avec le coton et que l’on pourrait appeler xylodexirinc ■ ( 3^7 ) lentement entre 198° et 200°. Il reste un résidu noir dans le tube. Les fécules mononitriques sont donc bien plus stables que les dinitriques, et, dans les deux séries, la modification insoluble plus stable que la modification soluble. Du reste, Fêtât plus ou moins grand de division de la matière sou¬ mise à l’expérience influe sür le moment de la déflagration La fécule mononitrique, bien desséchée, se conserve in¬ définiment, quelle que soit la modification : j’en ai qui a été préparée en 1 85 4 (fécule isomononitrique) et qui ne dé¬ gage pas de vapeurs acides, même sous le climat de Mont¬ pellier (été de 1859). Au contraire, quelques jours après leur préparation, les fécules dinitriques dégagent déjà des vapeurs d’acide nitrique. Ces observations viennent à l’appui de l’analyse et mon¬ trent bien la grande différence qu’il y a entre les deux séries de dérivés nitriques relativement à la stabilité. 25. Les fécules dinitriques, lorsqu’elles déflagrent dans des tubes ouverts, au contact de l’air, ne laissent pas de ré¬ sidu charbonneux. Dans un appareil clos, les choses se passent autrement. J’ai fait un mélange de 1 partie de fécule dini trique et de 6 parties de verre pilé. Ce mélange a été introduit dans un tube horizontal, comme pour l’analyse organique. La chaleur y a été appliquée d’avant en arrière. Les produits de la décomposition passaient dans un tube en U refroidi, où devaient se condenser les parties liquides 5 les gaz tra¬ versaient un tube de Will et Varrentrapp rempli d’une dis¬ solution de nitrate d’argent et étaient enfin reçus sur la cuve à mercure. Dès que les gaz eurent expulsé l’air de 1 appareil, ils restèrent incolores jusqu’à la fin. La compo¬ sition du mélange gazeux varie avec la rapidité de la dé¬ composition et avec le moment où il est recueilli. Il est formé, en volume, de 6 1 à 4a pour 100 de bioxyde d’a¬ zote, de 1 1 à 23 pour 100 d’acide carbonique, de 29 à 27 ( 3^8 ) pour ioo d’oxyde de carbone et d’un peu d’azote. Dés le dé¬ but de l’expérience, il se produit de l’acide cyanhydrique (i) qui se trahit par la formation d’un précipité blanc dans le tube à nitrate d argent; mais bientôt il cesse totalement de se former, sans doute parce que quelque réaction secondaire le détruit. Le liquide qui se condense dans le tube en U répand une odeur désagréable qui rappelle la pipe ; ce li¬ quide est acide, il précipite le nitrate d’argent et en réduit bientôt de l’argent métallique, surtout si l’on vient à chauf¬ fer. Enfin le verre du tube à combustion est enduit d’une couche brillante de charbon. 26. La xyloïdine est bien un dérivé de la fécule, car on en peut régénérer J a substance type : en est-il de même de la fécule isomononitrique et des deux états de l’autre com¬ posé? C’est ce que nous allons voir en étudiant Faction que les sels ferreux exercent sur eux et généralement sur les fé¬ cules nitriques, car la question de la réduction de la xyloï¬ dine en fécule n’a pas encore été traitée directement. SUR LA RÉGÉNÉRATION DE LA FÉCULE DES FÉCULES NITRIQUES. 27. Des fécules nitriques on peut régénérer la fécule, non pas la fécule insoluble, mais la modification que, dans un autre travail, j’ai désignée sous le nom de fécule soluble , c’est-à-dire la fécule avec toutes ses propriétés, moins Fin- solubilité. Pour y parvenir, on opère comme je l’ai indiqué pour la réduction de la pyroxyline en coton ; seulement, comme le procédé varie un peu en raison des propriétés différentes du coton et de la fécule, je vais dire la marche que j’ai suivie. (i) MM. Fordos et Gêus (Comptes rendus de l’Académie des Sciences , t. XXIII, p. 982) et M. Dumas (Ibid., p. 984) ont annoncé la présence de composés cyanicjues et la formation du bioxyde d’azote dans les produiis de la décomposition du pyroxyle. M. Gélis a nettement démontré Inexistence de l’acide cyanhydrique. ( 3a9 ) î28. Lorsqu’on chauffe une fëcule nitrique dans une dis¬ solution peu concentrée de protochlorure de fer bien neu¬ tre (obtenu par Faction d’un excès de fer sur l’acide chlor¬ hydrique du commerce étendu de son poids d’eau), il se dégage bientôt du bioxyde d’azote, et du peroxyde de fer de¬ vient libre. La réaction est plus vive qu’avec la pyroxyline, vu la solubilité du composé régénéré; aussi faut-il éviter de chauffer jusqu’à ioo°, autrement la fécule serait trans¬ formée en dextrine de la plupart des auteurs (i). Il est même nécessaire d’ajouter de la limaille de fer au mélange, afin d’éviter la formation accidentelle de l’acide chlorhy¬ drique libre. Quant aux quantités qu’il faut employer, elles sont données par les deux équations suivantes, qui figurent la façon dont s’accomplit la régénération : Cl2H90% N O5 -j- GCIFe -h HO — Fe1 203 -h 2Fe2Cl3 -h NO2 -+- Cl2H90% HO, Cl2H'0% 2N0’+ i 2 Cl Fe -+- 2ÎI0 = 2Fe203 + 4F2C13 4- 2NO2 -h C12 H8 0% 2HO. La fin de la réaction est indiquée lorsqu’il ne se dégage plus de bioxyde d’azote, ce que l’on reconnaît facilement si l’on opère dans un ballon muni d’un tube de dégage¬ ment. Ce moment arrivé, on refroidit rapidement la li¬ queur, on la filtre et on y ajoute de l’alcool tant qu’il se précipite quelque chose. Après vingt-quatre heures, les^ vases sont tapissés d’un dépôt ocreux, mélange de fécule et de sesquioxyde de fer. Ce précipité, étant recueilli, est lavé à l’alcool pour enlever le chlorure de fer qui l’imprègne; il est ensuite repris par l’eau, et, après filtration, traité par un excès d’eau de baryte qui produit un précipité de fécu- late de baryte insoluble (2). Ce féculate ayant été lavé (1) Dextrine non colorable par l’iode et ne précipitant pas par l’eau de baryte. (2) Quant à la dextrine qui aurait pu se former (il s’en produit toujours), ( 33o ) avec de l'eau chargée d’un peu de baryte, est mis en sus¬ pension dans beau distillée pour être décomposé par l’acide carbonique 5 parla filtration, on obtient une liqueur par¬ faitement incolore que Ton chauffe pendant quelque temps au bain-marie pour la concentrer et précipiter un peu de carbonate de baryte maintenu en dissolution à la faveur de l acide carbonique excédant (i). La dissolution convenable¬ ment concentrée et filtrée est ensuite traitée par une quan¬ tité suffisante d’alcool très-fort 5 la fécule en est précipitée a l’état d’une poudre blanche qui, au microscope, se ré¬ sout en granulations très-petites. Le précipité, recueilli sur un filtre, lavé avec de l’alcool presque absolu et rapidement séché dans le vide sur Lacide sulfurique, se présente sous la forme d’une poudre blanche très-légère, soluble dans Leau, sur laquelle il est facile de constater toutes les pro¬ priétés de la fécule soluble. Ainsi, sa dissolution se colore en bleu par la teinture d’iode, et dépose après quelque temps de Xiodure bleu d amidon . Mais ce qui caractérise le plus parfaitement cette fécule régénérée, démontre son identité avec la fécule soluble normale, et dispense de l’a¬ nalyse élémentaire, c’est la grandeur et la constance de son pouvoir rotatoire. 29. Voici, en effet, le résultat de plusieurs mesures que j’ai obtenues avec des produits de diverses réductions. Pour faire ces déterminations, on mesurait la déviation du plan de polarisation, on prenait un volume ou un poids connu de la dissolution, on l’évaporait à l’étuve, et, après avoir desséché le résidu à i4o°, on le pesait. Par l’incinération, il était facile de connaître la quantité des matières rniné- sa combinaison bary tique étant soluble dans l’eau, elle reste en disso¬ lution. (r) On ne peut pas purifier le produit en formant du féeulate de plomb que l’on décomposerait par l’hydrogène sulfuré, car le sulfure de plomb reste suspendu dans la liqueur, en quelque sorte dissous, et lui communique une couleur brune. ( 33i ) raies que la fécule pouvait retenir, mais généralement le poids des cendres était insignifiant. I. Fécule régénérée de Ici fécule mononitrique insoluble. Proportion pondérable de la substance active . («) (0 £ = O , 02037 0,0192 Proportion pondérable du dis¬ solvant . e — 0 ,97963 0,9808 • Densité de la dissolution . S — 1 ,oo33g 1 , oo658 Température . . . t ~ 2 3° 6° Longueur du tube . .... l — 200mm 2oo*nm Déviation relative à la teinte de passage . . «y = 8», 688/ 8", 16/ Pouvoir rotatoire pour ioomm. [a]j= 212°, 23^ 2M°, l3^ • II. Fécule régénérée de la fécule isomononitrique. • (c) (O Poids de la substance active. . . p — 0,l42 0 , 545 Volume de la dissolution . V — I OfC I occ Température . . t — 20" i8° Longueur du tube . / — 200miû 200,nm Déviation . . . a.j — 6° , Oq f' 2 2°, 83/" Pouvoir rotatoire moléculaire. . [«L’= 2lï°>7/ 2°955/r III. Fécule régénérée de la fécule dini trique (mélange des deux modifications). P — o,3o55, v — 8CC, / = 2oomm, t — 1 70, =V = H/ = 2i3°,2/. . La moyenne de ces différents nombres est 2 1 1 0 , 7 5 \ or le pouvoir rotatoire de la fécule soluble est compris entre 2110 et 2120. J. es lécules nitriques contiennent donc la molécule de la fécule intacte, de meme que la pyroxyline ( 332 ) renferme le colon ; c’est un fait que vient confirmer la dé¬ termination des pouvoirs rotatoires de ces composés. POUVOIR ROTATOIRE UES FÉCULES NITRIQUES. 30. Le ligneux, transformé en ligneux soluble, est inac¬ tif (1)5 la pyroxyline, dans sa solution étbéro-alcoolique, m a paru également inactive. La fécule à l’état de fécule soluble est dextrogyre avec une très-grande intensité; les fécules nitriques sont également dextrogyres, mais avec une intensité qui décroît avec la quantité croissante de l’a¬ cide nitrique dans le composé. Le pouvoir des fécules mo- nonitriques est plus grand que celui des di nitriques. Dans la dernière partie de ce Mémoire, j’essaye de démontrer que dans ces composés la fécule conserve son pouvoir rotatoire intact, et que Lacide nitrique n’y intervient pas autrement qu'une substance inactive mêlée à la fécule. 31 . Voici des tableaux qui résument ces déterminations. Disons seulement que ces combinaisons dispersent la lu¬ mière polarisée comme le sucre et la fécule : aussi la com¬ pensation avec l’appareil de Soleil est- elle très-facile. I. Fécale mononitrique insoluble. Dissolution acétique. («) (*) Poids de la substance active. P ~ O , 2l5 I 0 , 3 7 38 Volume de la dissolution. . V zzr I occ IOcc Longueur du tube . / = 200,mn 200m,n Température . t • — 20° 21° Déviation relative à la teinte . de passage. . . °v = 6°-72/ 11", 66/ Pouv. rotatoire moléculaire. M/ — : a; 7- I 56° , 2 a Ip * ? i55°,g6/" (l) Annales de Chimie et de Physique, 3e série, t, XLVJLII, p. 463. ( 333 ) II. Fécule mononitrique soluble. Dissolution acétique. I . . , v p — 0,3^383 t = 20° V z=z I Occ ay = I 1° , ^ 36 ^ / = 200,nm [a]y =: i56°,96^/" III. Fécule dinitrique soluble dans l’alcool. Dissolution acétique. («) (*) O) P = 0,45q5 O ,425 0,42.5 V — 1 occ IOcc IOcc l — 200,nm 200mra 2oomm t == 22° >9° 20° “J — 12°, 26^ 1 i°,35^ > f,o/ [a ]/= '33°, 4/ 1 33°, 6 129°, 4/ • IV. Fécule mononitrique soluble. Dissolution dans l’alcool étliéré. p — 0,2.5291 t = 21° v — !Occ av~ 7°>956/^ l — 200mm [a]y — 15-y0, V. Fécule dinitrique soluble dans V alcool. Dissolution alcoolique. p — o ,929 £ = 160 " = ' °cc «/ — 24°>°7/i* ! = 200"""" [*]/ = 129», 6/. Le pouvoir rotatoire moyen de la fécule mononitrique est donc [a]y = i560,6j/ et celui de la fécule dinitrique H; = i3i°,5/. 32. C’est ici le lieu de revenir sur le produit que l’on obtient par Faction de l’acide nitrique en grand excès sur la fécule séchée à ioo° [voir n° 8, expérience e), dont il a été déjà question page 323. L’augmentation de poids éprouvée ( 334 ) par la fécule dans eette circonstance était comprise entre les nombres qui correspondent à la fécule mononitrique et à la fécule dini trique. L’expérience suivante prouve que ce produit est un mélange de fécule mononitrique et de fé¬ cule dinitrique. La détermination du pouvoir rotatoire a fourni p — 0,4^74» v — i °rc> / 200inm, «y = ï 3° , , [a]y ==■ 45° , 3/".' Le nombre 45,3 est assez éloigné de i56,6 et de 1 3 1 , 5 pour que l’on puisse affirmer qu’il y a là un mélange des deux composés nitriques. La masse de l’acide nitrique, s’il est suffisamment con¬ centré, la complète dessiccation de la fécule, ont donc pour résultat immédiat, non pas de transformer la fécule en une matière très-soluble, comme le pensait M. Pelouze, mais de produire un dérivé nitrique plus élevé. Si l’on ne par¬ vient pas à transformer la fécule totalement en fécule ni¬ trique, c’est que, de même que dans la formation de l’acide sulfovinique, l’eau mise en liberté dans la réaction affai¬ blit l’acide. En définit! ve, la présence de l’acide sulfurique dans la production de la fécule dinitrique, comme dans la génération des éthers salins, n’exerce qu’une influence déshydratante. 33. Sur la constitution chimique des fécules nitriques. — Les formules rationnelles de ces composés peuvent évi¬ demment être conçues de deux façons. On peut admettre, ou qu’ils renferment de la vapeur nitreuse à la place d’un même nombre d’équivalents d’hydrogène, comme le veut la théorie des substitutions des radicaux, et alors leur for¬ mule devient C12 (H9NQ’)10 Oi0; Cl2(e82NO5)l0O10, ou bien que l’acide nitrique y tient lieu d’un même nom- ( 335 ) bre d’équivalents d’eau, et leur formule est dans ce cas Cl2H90% NO5; C12H80% 2NO5. Qu’il me soit permis, à propos de ces combinaisons for¬ mées entre des matières si communes, de m’élever à quel¬ ques considérations générales. 34. La manière la plus simple de démontrer que les fé¬ cules nitriques sont des nitrates, c’est de faire pour elles ce que j’ai fait pour la pyroxyline. Si l’on traite cette der¬ nière combinaison par l’acide sulfurique, il se dégage de l’acide nitrique (1). Or on sait que la xyloïdine se dissout dans l’acide sulfurique concentré, et que l’eau ne précipite plus celte dissolution; il en est de même de la fécule dini- trique. Pourquoi cela? C’est que la combinaison est dé¬ truite, c’est que l’acide nitrique est déplacé comme il le serait d’un nitrate. En effet, on voit s’élever de la liqueur des vapeurs blanches, facilement reconnaissables à leur odeur, et si, en évitant autant que possible l’élévation de la température, on étend le mélange sulfurique de beau¬ coup d’eau, et que l’on distille, il passe pendant quelque temps de l’eau entraînant de l acide nitrique, sans vapeurs rutilantes : celles-ci ne se produisent que plus tard, et sont alors évidemment le résultat d’une action secondaire. 35. D’un autre côté, i° la nilrobenzine est à peine atta¬ quée parle protocblorure de fer, tandis qu’il dégage du bioxyde d’azote avec les fécules nitriques, comme avec la pyroxyline, les éthers nitriques et les nitrates ; 20 la nitro- napbtaline, tous les hydrocarbures nitrés, les dérivés nilrés des acides benzoïque, cuminique, etc., comme l’a fait voir M. Boullet (2) dans mon laboratoire, traités par l’acétate ferreux, se réduisent en composés amidés correspondants Ces résultats tendent à prouver que les dérivés hypoazoli- (1) Annales de Chimie et de Physique, 3e série, U XLVI, p. 338. (2) Thèse pour le doctorat ès sciences (i856). ( 336 ) ques proprement dits, donnent toujours naissance, dans ces circonstances, à un dérivé amidé : C14 ( H4 NO4 ) 0\ HO | , ( C14 ( H4, NH1 2) Os, HO v , > engendrent / , C14(H32N04)03, HO j b \ C14(H32NH2)03,H0 Acides nitrobenzoïques, Acides amidobenzoïques. acides amidobenzoïques où le groupe NO4 déjà substitué à II se trouve à son tour remplacé par le groupe NH2 équiva¬ lent pour équivalent. Or, si l’on traite de la même façon les éthers nitriques, la pyroxyline, les fécules nitriques, la gomme nitrique ( i ), les nitrates métalliques, il se produit de l’ammoniaque, et les alcools, le coton, la fécule, la gomme, les bases métalliques, sont régénérés; la matière organique primitive revient intacte, non azotée, sans voir jN H2 remplacer KO4. 36. Il est donc légitime, par toutes ces raisons, de regarder les dérivés nitriques de la fécule comme des nitrates, au même titre que le nitrate d’éthyle et même le nitrate de po¬ tasse; seulement la fécule est un composé polyatomique, c'est-à-dire un composé dont la jormule représente plu¬ sieurs équivalents (peut-être 2), de la même manière que la formule du bioxyde'd’étain, considéré comme base, représente 2 équivalents, ou que la formule du sesqui¬ oxyde de fer, de la glycérine, en représentent 3, c’est-à- dire sont diatomiques ou triatomiques (2). 37. Sans doute, en adoptant une manière de voir déjà ancienne ou plus récente de M. Gerhardt, savoir queî’acide nitrique est NO = NO1 H- O on peut toujours concevoir que la molécule NO4 est vir- (1) Comptes rendus de V Académie des Sciences, août 1861. (2) J’ai dit : « dont la formule représente 2 ou 3 équivalents de base; jusqu’ici la glycérine n’a que cela de commun avec Fe2Os. « ( 337 ) * tuellement contenue dans tous les composés dont l’acide nitrique fait partie. Mais cette interprétation est vicieuse, car cela revient à dire que les cyanures sont des carbures, parce que le cyanogène contient du carbone. Un composé doit ètreconsidéré en lui-même comme une entité, etlorsque les combinaisons dans lesquelles il entre comme partie con¬ stituante, rappellent ses réactions essentielles, la manière la plus simple de concevoir la constitution intime de ces combinaisons, c’est d’admettre qu’il y existe en conservant son groupement, sa personnalité , à moins que des considé¬ rations fondées sur les réactions chimiques ne forcent d’y voir autre chose. Par exemple, la réaction en vertu de la¬ quelle se produisent l’acide dinitrobenzoïque et la fécule di- nitrique, parait la même de prime abord : Cf4 H60’ + 2 NO’, HO — 4 HO = C'4 H‘ O2, 2 NO5," C|2Hl0O'°-f- 2 NO5, HO — 4 HO = C'2H8 0% 2 NO5; mais celle-ci possède les réactions essentielles des nitrates que ne possède point celui-là, comme on l a vu plus haut. 38. Ces considérations d’ordre chimique nous font donc regarder les dérivés nitriques de la fécule et d’autres com¬ posés analogues comme des nitrates. Mais voici des consi¬ dérations d’ordre physique qui conduisent à la même con¬ clusion. 39 . Sur la relation qui existe entre la composition chi¬ mique et le pouvoir rotatoire des dérivés nitriques de la fécule. — - L’application du phénomène de la polarisation rotatoire à l’interprétation des formules atomiques, c’est-à- dire de la constitution rationnelle des combinaisons, me paraît une des plus fécondes. « Le pouvoir rotatoire, dit M. Biot, que possèdent les molécules qui constituent un grand nombre de corps organiques, fournit un caractère certain pour confirmer ou infirmer les spécula dons abstraites que l’on peut former sur la constitution des composés dont elles font partie, soit qu’elles y existent naturellement, soit Ann. de Chirn. et de Phys., série, T. LX1V. (Mars 1862.) 22 ( 338 ) que Fart les y introduise. L’application de ce caractère, ainsi dirigée, offre un moyen direct et assuré pour résoudre une multitude de questions controversées de chimie ration nelle (1).» Cette application est surtout décisive, fontobser- ver MM. Biot et Pasteur ( 2 ) , quand ces pouvoirs sont assez énergiques pour qu’on puisse les mesurer avant et après la réaction qui s’est opérée. Ces savants ont montré (3), par l'étude des propriétés optiques de la populine et de la sali— cine qui en provient par dédoublement, que leurs expé¬ riences ne répugnent point à faire admettre et rendent très- probable que le groupe actif de la salicine, celui qui donne aux molécules de cette substance le pouvoir rotatoire, existe dans la populine, soit complet, soit incomplet. Or la popu¬ line cristallisée se dédouble en acide benzoïque, en eau, substances optiquement inactives, et en salicine active, identique, d’après les mesures de MM. Biot et Pasteur, avec la salicine naturelle. 40. Toutefois, la faible solubilité de la populine n'a pas permis de démontrer avec une évidence suffisante que la rotation imprimée au plan de polarisation par la solution de cette substance fût exactement proportionnelle à la quantité de salicine que l’analyse y démontre, d’après les expériences de M. Piria. Cependant la différence est légère et on a trouvé que la populine est lévogyre comme la salicine: c’est ce qu’il y avait de plus important à constater. D’autre part, la science, qui a enseigné à M. Dessaignes l’art de former l’acide hippurique en combinant les élé¬ ments du sucre de gélatine avec ceux de l’acide benzoïque, n’a pas encore appris à résoudre le problème qui consiste à former artificiellement la populine avec les éléments que l’analyse en extrait. (1) Biot, « Avis au Lecteur» de la Méthode de Chimie de Laurent. (a) Comptes vendus des séances de l’ Académie des Sciences , t. XXXIV, p. 606. (3) Ibid. ( 339 ) 41 . Les expériences que je viens d exposer sur les dérivés nitriques de la fécule m’ont suggéré 1 idée de confirmer la tentative de MM. Biot et Pasteur ( i ). En effet, on peut dé¬ montrer d’une part, par l’analyse, que la fécule et l’acide nitrique existent dans les fécules nitriques, et de l’autre qu’avec ees éléments isolés on peut reproduire les mêmes composés nitriques. De plus, j ai constaté l’identité de la fécule régénérée et de la fécule soluble produite par l’action •des acides sur la fécule. D’ailleurs, les pouvoirs rotatoires des composés étudiés sont très-énergiques, condition très- favorable, d’après la remarque de M. Biot. 42. Le résultat immédiat de mes expériences est que, dans les dérivés nitriques de la fécule, la molécule de cette substance est intacte, et qu elle y agit sur la marche de la lumière polarisée par son influence personnelle, l’acide n’y ayant pas plus de part que toute autre substance inactive sans action chimique. Mais montrons d’abord que les com¬ posés nitriques de la fécule sont bien dans les conditions de la populine et de la salicine. (i) Il était utile de rechercher si Inobservation de ces savants, jusqu'alors unique, pouvait être plus générale. En effet, i! n’est pas encore démontré qu’il existe une relation nécessaire entre le pouvoir rotatoire d’un corps et celui de ses combinaisons : témoin l’acide tartrique et les tartrates, les al¬ calis végétaux et leurs sels, les essences liydrocarburées et leurs combinai¬ sons. Précisément parce que dans ces cas fort nombreux on n’aperçoit au¬ cune relation qui permette de calculer le pouvoir rotatoire d’un composé à l’aide de celui de ses combinaisons, est-il nécessaire de voir si dans d’au¬ tres cas il est possible d’en découvrir quelqu’une. L’exemple cité par MM. Biot et Pasteur est le premier, celui que je vais rapporter sera le se¬ cond, mais il en est d’autres : ainsi on peut calculer le pouvoir rotatoire du glucose C(i) * * * * * * * * * * 12 H12 O12 à l’aide du glucosate de chlorure de sodium, celui du glucose G12 H12 O’2 à l’aide du glucose cristallisé Cl2!luO'4, en attendant pour chaque exemple que la variation soit accomplie*. Si ces exemples se multiplient, on arrivera à cette conclusion qu’il existe des corps dont on peut déterminer le pouvoir rotatoire à l’aide de celui de leurs combinaisons avec des corps optiquement inactifs, tandis qu’il en existe d’autres où cela ne se peut pas. * Comptes rendus de V Academie de < Sciences, t. XLtl, ]). C40 Ct 896 (1856 ). 22 . 43. La populine cristallisée a pour formule C<°H220'6 -h 4 H O ; elle perd 4 HQ à ioo°, et devient e°H220'6; dans cet état nous la voyons se dédoubler, en présence de l’eau et de la baryte, en acide benzoïque hydraté et en sali- cine $ par conséquent, si nous pouvions la former avec les éléments dans lesquels elle se dédouble, 2 équivalents d’eau se dégageraient d’après l’équation €:6Hl8OuM- C14H503, HO — Salicine. Acide benzoïque. C26H '0'3, CMH5084- 2H0. e°H22oie Populine. Or il en est précisément de même dans la formation des fécules nitriques, en faisant dériver la seconde de la pre¬ mière : C12 H10 O10 -h NO5, HO — G'2 H90% N O5 -h 2 HO, Fécule. Fécule mononitrique. G2 HO, NOM- NO', HO — Cl2H808, 2 N O5 4- 2 H O. Fécule mononitrique Fécule dinitrique. Les considérations développées dans le Mémoire de MM. Biot et Pasteur sont donc exactement applicables dans le cas actuel, car, dans Lun comme dans l’autre, un acide inactif est uni avec une substance active avec élimination d’eau. Enfin, de même que dans le cas de la populine dont la rotation est de même sens que celui de la salicine, dans le cas présent les fécules dinitriques et la fécule qu’on en retire sont dextrogyres toutes deux. La constitution de la ( 34. ) populine étant d une certaine forme, nous pouvons l’ad¬ mettre pour les fécules nitriques. 44. La fécule soluble a un pouvoir rotatoire très-grand ; il est [a]y = 211°^. Mais, par les équations que je viens d écrire, il est visible que la fécule peut perdre 2 équiva¬ lents d’hydrogène à l’état d’eau, et que cette eau est rem¬ placée par une quantité proportionnelle des éléments de l’acide nitrique. Le pouvoir rotatoire a été calculé en se fondant sur l’hypothèse que la fécule a pour formule CnHl0O10; mais évidemment rien n empêche de l’écrire C12H808, 2 HO, et de supposer que, dans un volume v de sa dissolution aqueuse, les 2 équivalents d’eau font partie de la masse inactive de la dissolution. Dans une détermination du pou¬ voir rotatoire de la fécule soluble, on a obtenu les nombres suivants : p — - i,oo poids de la substance active, v =. iocc volume de la dissolution, l — 20onitn longueur du tube, a/= 4-2°,. 2 déviation relative à la teinte de passage;. d’où 2ll°/ • Mais si, d’après ce que je viens de supposer, nous calcu¬ lons la quantité de C12H8Os contenue dans i,o de C12H10O10, nous trouvons 0,8889, et si dans la formule nous remplaçons p = 1,0 par p ' =; 0,8889, pouvoir rotatoire deviendra «]/=“/ jp— 2360, 7- C’est de ce pouvoir idéal que je ferai usage dans ce qui va suivre. ( 342 ) 45. Les pouvoirs rotatoires des fécules nitriques ont été trouvés être [oc ]y = 1 56°, 6 pour la fécule mononitrique, et [a]y = i3i°,5 /^ pour la fécule dinitrique. La fécule mononitrique a pour formule CI2H9 O9, NO5. Nous y considérerons le groupe actif C12H80% et les groupes inactifs HO et NO5. Dans les calculs suivants, G = 6, H = i , N == 1.4. Fécule mononitrique, C12 H909, N O5 = 207, Groupe actif de la fécule, G12 H8 O8 — i44> , 1 \ Groupes inactifs, H O H- NO5 = 63. Chaque unité de poids de fécule mononitrique contient : Groupe actif de la fécule. . . . — — — o,6a565, 207 63 Groupe inactif . . . . — o,3o435, 207 dont le volume s ajoute à celui du dissolvant pour consti¬ tuer avec la substance active le volume Y. Or si dans Lé- quation (A) e ccj — Ip [à]y on fait / = 2, p = 1 , o, v — 10 et [a] / = 1 56, 6, on trouve que Limité de poids de fécule mononitrique, dans le vo¬ lume constante — iocc, produirait une déviation du plan de polarisation aj == 3i°. 32. Par la même équation nous pouvons calculer quelle serait la rotation imprimée par p =o,6g565 de fécule idéale (C12H808) contenus dans 1,0 de fécule mononitrique, en supposant de même l = 2, v = 10 et j a]; = 236°, 7 : en trouverait = 3-a°, q3. ( 343 ) La fécule di.ni trique a pour formule C12 H808, 2 N Oi . Comme plus haut, nous y considérerons Je groupe actif C12H808 et les groupes inactifs 2 N 0\ Fécule di nitrique, Cl2H80% 2N0J — 202, Groupe actif de la fécule, Cl2H8Os = i44, Groupes inactifs, 2 N O5 = 108. Chaque unité de poids de fécule di nitrique contient.: Groupe actif de la fécule. Groupe inactif . '. dont le volume fait partie du volume total Y. Si dans F équation (A) on fait / — 2, P— 1,0, V— 10, [a]y = I 3l ,5, on trouvera que l’iinité de poids de fécule dini trique, dans le volume constant v—io centimètres cubes, produit une déviation du plan de polarisation ctj = 26°, 3. Parla même équation et avec le pouvoir rotatoire 236°, y, 011 calculera aisément que ogr, 57143 de fécule (C12H80R) produiraient une rotation du plan de polarisation OLj — 2'J°,o5. 46. Les nombres 3l,32 et 32, q3, 26,3 et 27,05, pris dans chaque observation, 11e sont pas identiques sans doute; mais ils diffèrent assez peu cependant pour que l’on puisse attribuer les différences aux erreurs d’observation D ail¬ leurs il se pourrait bien que la fécule combinée avec l’acide nitrique exerçât une rotation plus faible que lorsque sa 1 44 252 1 08 252 = 0,57143, = O ,42857, ( 344 ) dissolution est faite dans Feau pure; en effet, l’expérience a démontré à M. Biot « que le pouvoir rotatoire des sub¬ stances actives n’est déterminable en valeur absolue , qu’autant qu’on peut les observer isolées de tout autre corps. » 47. Pour confirmer directement ces calculs, j’ai fait l’ex¬ périence suivante : 2ër, 16 de fécule dinitrique ont été dissous dans Facide acétique; le volume de la dissolution était de 47 centimètres cubes; observée dans un tube de 200 millimètres, cette liqueur a donné une dévia¬ tion de 12°, 26. Si maintenant on fait Fhypothèse que dans la dissolution les divers éléments s’arrangent de façon qu’il n'y existe que de la fécule normale et de Facide nitrique dissous dans Facide acétique et si I on calcule par la proportion sui¬ vante ; G12 H8 O8, 2 NO5 _ Cl2HlûOld 2,16 x la quantité de fécule que produiraient 2gr, 16 de fécule dini¬ trique, 011 trouve x— içr,3885. Or cette quantité de fécule dans un volume égal à 47 cen¬ timètres cubes de dissolution, d’après l’équation (A) où l’on fait / = 2,0 = 4ycci P = i,3885 et [a]/ = 21 1°, don¬ nerait une déviation de 1 20, 487. 48. Tout concourt donc, la synthèse, l’analyse, les pro¬ priétés chimiques, les propriétés optiques, à nous faire regarder les dérivés nitriques de la fécule comme des com¬ binaisons où la molécule de la fécule est unie à celle de Facide nitrique, en un mot comme des nitrates, au même litre que l’éther nitrique ou le nitrate de potasse. ( 345 ) RECHERCHES SllR L’EAU DE MER (océan Atlantique et océan Pacifique)-, Par M. VINCENT, Pharmacien en chef de la Marine. . J ai examiné les eaux de mer puisées pen¬ dant la campagne de l'Isis «à Taïti, ainsi que celles qui pro¬ viennent du voyage de ce batiment à la Martinique, sous le commandement deM. Lapierre. Ces bouteilles portaient les notes suivantes : date à laquelle l’eau a été recueillie; position (latitude, longitude). J’ai cru devoir ajouter h ces utiles renseignements la pesanteur spécifique, la proportion de la masse saline, quelques ré¬ flexions sur la nature des sels et sur l’alcalinité de ces eaux. J ai contrôlé, par des pesées directes, les pesanteurs spéci¬ fiques déterminées par le densi mètre; j’ai suivi de préfé¬ rence la métliodedu flacon, car les indications des aréomètres donnent souvent lieu cà des incertitudes inhérentes à la construction de l’instrument : les forces moléculaires rele¬ vant le liquide contre les parois de la tige, l’affleurement n’est pas toujours facile à préciser. Les eaux ont été prises à la surface de la mer (i) ; cette constatation a une certaine valeur si l’on admet la concen¬ tration des eaux, soit par évaporation, soit par refroidisse¬ ment et la formation des courants par des couches de densité différente; je rappellerai à l’appui de cette opinion l’analyse des eaux voisines des Canaries par Bergmann, l’examen des eaux de la Méditerranée par Wollaston; on sait aussi que (i) Mole additionnelle du io juillet i8f>i. A ( 3/,6 ) l’eau puisée à ï8o brasses de profondeur sur les edtes d’Is¬ lande contenait plus de sel que l’eau prise à la surface de la mer ( Robert et Gaimard ) . J’ai consigné dans les tableaux la quantité de matières salines provenant de l’évaporation de 100 parties d’eau de nier 5 ces sels ont été soigneusement desséchés à ioo° centi¬ grades, dans l’étuve à eau bouillante. En 1 8 5 x ( i ), j’exposai que le degré de salure de la mer ne pouvait être estimé qu’ap- proximativement, en le déduisant de la pesanteur spéci¬ fique; l’examen des eaux de l' Isis conduit à de nouveaux doutes sur l’extrême l igueur des évaluations données par le densimètre ou la balance, et reproduit ce manque de concordance sévère entre la densité exprimée par ces ins¬ truments et le poids des sels desséchés. Quant aux éléments salins et à leur quantité relative, j’ai insisté principalement sur le dosage du chlore, de l’acide sulfurique et de la chaux, point assez important à éclaircir. Je m’empresse toutefois de reconnaître que l’examen de l’eau de mer pourrait com¬ prendre une série d’expériences moins limitées; mais un travail aussi vaste m’éloignerait du but principal de ces recherches. (») Mémoire sur la conservation du matériel naval. — Générateurs de va¬ peur, — Extraction. *• r > V- ( J O 10 m 94 M £ < h m M m H & ÏM $ K g < g U ( 349 ) O .2 «G « . % . . . . O- *-> - » *— > «-9 *— » —* > 4-» o . — < eu r ~ w a> o> £ O» Ci v a> 0) G G » * *< i o 1 1 > > ( > > 1 ■ 1 > (m *-> ;> 1 w 'G > i 1 o ô 1 g 1 g o 1 G O #-> i g to fco ea bo ta ta f*H ta rH ta bo bD bo bb bo 'H bo G D s 3 a 5 a G a —> o a 3 O s o •J G o O O o O o o o o O O o o c o 2^ ci P3 en; C=i co « CO PP 5 cd C3 CO CO co CO S LO o o LD O ce CO O (V CO co 00 v co Ci co t CO ( v CO oc oo co L v CD CD CD CD co »-v rv H, •V ^ «~v A *V H. *-v «L •s •v rs «s •s ro ro CO CO rO rO CO co co CO co ro ro co rO ro ro ro es rs o O o es es CM c} o ro ro ro ro ro ro ro Cn o* ro (•O ro LV V — 'vTt* O LO co •o uO Ci uo l> rv CO co CO tv r>. r>* r> GO o CD 'O r ro LO tn' O es Cl c* t CS CS cs 5 CS cs CM (Tl es cs es cs (M cs (TJ es G o o o o O O G G G o O O G G o o G •* *-v #» •s •s O *■> o *N •V ♦N -* m t-H — 1— 1 H- -H <— f-» — M m o co LO o o Vf LO o o cs O o r> es o o O •N «s •v rv •V •K o o H. «L «-N ! 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( 35o ) a> "B m V _ o OB rt H % B m NI «2 H K $ H g @4 g < O ( 35 1 ) s -i 05 S Cm O .2 j» O CD i c fi > i “H P5 CC pp S Cd w ci • a ♦J a O CD 4-3 CD O 0) -4-1 CD 4-3 JJ 4-3 CD 4-3 CD 4-3 - O o CD • q o O • ^H .2 O O .o o .2 O o O CO 'CD .2 > i > 1 > 1 > > 1 î> 1 > > i > > > L* > CD o CD CL) i 0) CD l CD CD i> O 1 CD dD M tXD CDD 5P Ie CD tJD CD tp fcO îc° CDD ÎDD O Ô O S O o o O O O C DD O o O O pq CC <-v-' H~< PC PC rvC ‘-H aq 05 Q5 3V- H— 1 P5 CS 00 05 jj CD > o o 4—3 1 CD CD DD o C/J fc3 CD 3 O O o OC CS K - ce O O O O iO lo O W o uo '■O £n £s CO t>> l> CO v-m CO v-j- m C (C i'» i' r> ^>co ûo » ■OMfOMfOfOfOfOfntO o o o o o o o o c o o co '■"N CD r> o co o Ci» co co . o co co' /"•S Ci Ci co 05 co co co Ci *V •s »s •N •>» *s «s «S •s co CO en en co co en en CO o-) co O O O co m o Ci Cl O »n *S »\ CO PO CO O O - CO Cil OC co co O lO O CO en en CN CN es o CN LO tO veT '•Cf V3- t N c ce •Vw’ t>. rv r> c~> o* CD c> cn CN CN CN CN CN CN CN CN o o O O O O O O o ** *s •N r\ 4s r-v HH H^ *-t 1-1 ^ — — — — O O «O O co no CN « O O o o o Q o o O O O O O O o o CN LO Ci o co co o co co CO UO LO en CD Cii co co co co co CO co Ci Ci co CO o CN CN CN CN or CN CN CN CN L CN CN CN CN co O O o o o o o O O O O o O o ** •> •s +> *N •** *• •s CS HH HH *M *+ HH HH HH « — — — 0 CN O •H O ce o o lD o c CO C* C CN co te o C O 0 Ci HH CN vrr co *r~ o Ci _ r\ o •s « en vr+» m te 4\ ‘O ** CN CN CN CN cn CN 03 CN CN oo w o *» r, «\ r» C m m in fl oi ci a o CN en CN O o CN ) O e w O C o o O O O 5_ co CN r ^ Ci CO •-H 00 CN te , LO — co co CN CN CN c 0 m CN O LO ro .2 Ci C*i o r 'O* CO ro CN CN CN f |i c/3 cyi c/3 C/3 c n C/3 c/D o o co CN CN _ t) *C3 CN CN lO '--T vcr CN - CN H- O r> ce m '-T CN HH - v-r Nt •or ro co co CO CO ro O O 6 O 6 O 6 O d 6666 d O o o V"T LO Ci o CO o .35 «or o ^-r Ci LO O LO to c^ N-r t s^ Oi t — CO va- - o o __ 5 O co Ci CN LO CN GO CN Ci CN o CO HH CO CN co (N CO CN CO 33. va- «.o o cô CO CO c. i co O) en -PN cT3 c/i C/3 C/3 c/3 C/3 C/j c/5 s 25 ^ lêL ^ 2 25 23 co Ob NO" Ci LO —4 O O r> o o o o LO o O to vrr lo o v — vr- O o ^3 CN co î: lo Ci CN CN co C3 Ci' sO CN HH co o co ^.rr Ci CN O O m — CN CO CN lO CN (1) Note additionnelle du 10 juillet 1861. ( 352 ) m "H H* — VJ to - O <0 CO- T G} VP4^ VJ te _£>. ^ ^.-v, gc>* 4 'J • 4V* VJ oc o^j *o c5-s^ c-w - ■ C CD OOvl Ci UT — *v cd- cd T oo cr H H C/5 OJ O- W w W W ÜJ w tf U U'4-^ — — tJ — C w v 3 w - 4^ - IvJ-'' - lO W- W O WU « .&*- O V sO VJ— --P'n [g - OC c 4-^ *-* O CG. O 4-.^ 10 •— Vr» 222^222222222222^22' 2! r >" H H G O PI — tO te VJ VJ-V-VJ^ V\ V* ' G VT» Ci Cï O? 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CD ■ << o’ o" w*— «J cd g G' en I "1>? o^. 5 o* = D, P- C*3 Et ^ CD- B as r o H O O Cr- C^i £ *s . O •n. Cv C- a- o o *N Ot CS . fi O. S'3 ^ tçj ^ n5 GC5 ^ Si St . Ci !=?< __ P3 ’l W H n H ïft > t"1 P» S > * H Si H fO d w M se H ( 353 ) D’apr ès Ki rwann, la température de la mer aux environs de l’équateur s’élèverait à 2 20 R = 270, 5 centigrades et vers 26° lat. N. à 170 R = 21°, 28 centigrades. Nous ve¬ nons d’inscrire température 270 par \6' lat. N.; tempé¬ rature 26° 8/ par 4°oo' lat. S., et température 2.5° par 25° 58' lat. N. Ces nombres diffèrent de ceux indiqués par le chimiste anglais. Sous les tropiques, et suivant six observations circon¬ scrites entre 23° 22' lat. N. et 3°o5'lat. N., la température moyenne de la mer est de 26°, 2 (maximum 270, minimum 25°, 4): entre o°i6' lat. S. et 23°4,9/ ^at* S., la moyenne de y observations serait de 24° i5 (maximum 25°, 8, minimum 2 1° 4). Ainsi la chaleur est fort inégalement répartie dans les eaux de la zone torride *, la zone du tropique du Cancer est la plus chaude et la température suit une marche croissante des tropiques vers l’équateur; cependant à o°i61at. S. la température de beau ne dépasse pas 25°, o5. Il eût été fort intéressant de faire quelques sondages à de grandes profondeurs et d observer l’abaissement de tempé¬ rature. On sait que des eaux marquant- 270 à la surface, n’accusaient que 3°2 à 1 i3o brasses. (M. du Petit- bbouais, Voyage de la Vénus.) La densité moyenne des eaux de l’hémisphère septen¬ trional, représentée par 1,02880 (A. Marcel), 1,02660 (J. Davy) et 1,02820 (Gay-Lussac), serait pour nous, et d’après 20 observations, 1,027772. On remarquera que, sous 3i°3o/lat. N. et 5^° 4o' long. O, la densité de l’eau s’est subitement abaissée à 1,02295, lorsqu’elle se mainte¬ nait encore à 1,02882, sous 3i024; lat. N. et 67° 3o long. O. , à 1 ,02800 sous 34°o6/ lat. N. 58° 5 6' long. O, et, dans le courant du golfe à 1,02772 et 1,02800. Faut-il rapporter la faible salure de la zone parcourue par II sis le 1 1 février à la fonte des glaces polaires, entraînées vers ces parages? La température eût pu nous venir en aide pour l’explication Ann. de Chim, et de Vhys., 3e scrifl, T. LXIV. (Mors rS(v2.) 23 ' ( 354 ) de ce phénomène de la mer (i), on eût ainsi ajouté aux avan¬ tages incontestables des observations thermométriques diri¬ gées selon les préceptes de Jonathan Williams, Franklin, de Humboldt et J. Davy. Un fait remarquable s’est doneproduit, mais* comment l’ex¬ pliquer? Ces eaux, entraînées du nord vers l’équateur et par¬ venues près du 4 7e degré lat. N., ont-elles été d’abord refoulées par le courant du golfe, et se sont-elles répandues ensuite, par une sorte de précipitation, sous des couches plus char¬ gées, il est vrai, de matières salines, mais devenues moins denses en raison de leur température élevée? Ce courant sous-marin, vu son impulsion (2) et vu le peu de conduc¬ tibilité de l’eau pour la chaleur, se serait ainsi avancé sous le Gulf-Stream sans s’y mêler. Mais, par 3i°3o/ lat. PC, 5y°4o/Jong. O. le courant du golfe ne se faisant plus sentir, le liquide le moins dense aurait occupé la surface de la mer, franchissant peut-être sur ce point les accores d’un bas-fond. Marcet et J. Davy ont évalué à 1,02777 et 1 >02690 U pesanteur spécifique des mers intertropicales; 1,02816, moyenne de nos 3i observations, aurait pour extrêmes i,o3o3o (3) et 1,02688 (4); j’ajouterai que la rié'hesse en matière saline s’accroît sensiblement de l’équateur vers les tropiques; ces derniers résultats s’accordent avec ceux déjà obtenus par Bladli et Ingenhouz. Enfin 46 observations feraient admettre comme l’expression de la densité moyenne des mers australes 1,02664, nombre assez distant de 1,02920 (A. Marcet), 1,0238 (J. Davy), et 1,0291 (Gay- Lussac). J’ai présenté scrupuleusement le poids de la matière (1) J’ai consigné cette température d’après une note additionnelle du 10 juillet. (2) La vitesse du courant polaire, vers son origine, serait, d’après le ca¬ pitaine Parry, de 3 à 4 milles par heure. (3) 23° rsa’ lat. N.; 39° 11' long. O. Température de l’eau 25° 4. (4) 2i° 22' lat. S.; 970 0 1' long. O. ( 355 ) saline, après dessiccation. Quelques chiffres seront com¬ mentés, je ne puis en douter 5 il est fort difficile cependant de discerner la cause de ces anomalies; et que pourrai-je opposer à cette critique? L action 'mutuelle des solutions salines concentrées? l’action de la chaleur sur les sels, sur des matières organiques, des composés ammoniacaux? Mais je dois déclarer que les eaux soumises à mon examen ne contenaient point de sels ammoniacaux (1). La solution d’hématine sert à déceler dans l’eau de la mer des caractères d’alcalinité. La coloration rouge-violacé de’ cette solution 11e devant être rapportée ni au sulfate de chaux (2) , ni au chlorure de calcium, le phosphate et le carbo¬ nate de chaux arrêteront seuls mon attention. Selon quelques chimistes, la solution d’hématine se colore toutes les fois que cette liqueur est répandue dans une eau contenant du car¬ bonate de chaux dissous à la faveur d’un excès d’acide car¬ bonique. Cette remarque ne peut être posée en principe, puisque le carbonate de chaux (CaO, CO1 2) (3) se dissout dans l’eau distillée et en proportion suffisante pour donner les réactions, soit par l’oxalate d’ammoniaque, soit par la solution d’hématine; si la solubilité du carbonate de chaux s’accroît dans une eau chargée d’acide carbonique, il faut (1) Il y a quelques an nees, lorsque j’eius à m’occuper de Faction de Peau de mer sur le doublage en cuivre des navires, je signalai dans Peau du port de Brest la présence de composés ammoniacaux, provenant vraisemblablement de la décomposition des matières organiques ; j’ai suivi dans ces analyses la méthode de M. Wackenroder. Ce fait me permit de reconnaître trois cau¬ ses de destruction des doublages et par suite la constitution des combinai¬ sons suivantes : i° carbonate vert et bleu; 20 chlorure ou oxychlorure; 3° chlorure ammoniacal bleuissant dans la partie submergée et prenant la coloration verte par la dissociation de l’élément ammoniacal au contact de l’air. (2) L’eau contenant du sulfate de chaux peut prendre une teinte bleue très-pâle, dilïicilement appréciable. (3) Le phosphate de chaux (CaO)2 *, HO, PhO5, 3 HO, comme le carbonate de la même base, se dissout en plus forte proportion dans une eau chargée d’acide carbonique. ( 356 ) aussi noter que la coloration par l’hématine ne se manifes¬ tera plus dans des liqueurs acides, et qu’une eau contenant du carbonate de cliaux avec excès d’acide carbonique^ addi¬ tionnée d’hématine, ne secolorera en rouge violacé qu’après ébullition, c’est-à-dire après dégagement de l’acide carbo¬ nique en excès. J, Davy n’admet pas la présence du carbonate de cliaux dans les eaux de l’Océan à une grande distance des côtes. M. Forchammer, moins exclusif, reconnaît que la propor¬ tion de chaux diminue lorsqu’on se tient au large. J’exprime le regret de ne point partager leur opinion* On en jugera par cet aperçu. DATES. LATITUDE. LONGITUDE. CHAUX POUR 100. Près d< îs côtes. ' O , 0 / i5 septembre. . . . 50.35 S. 73. a3 0. o,o38o 16 . . ...... 55.54 S. 66.55 0. c 0 W 1 7 . . 55.5a S. 62.00 0. 0,0 456 20 février . . . . 48.29 N. i3. 08 0. o,o/|8a Moy. . . 0 ,o44°2 Loin des côtes . ' X ■ V \ a septembre. . . . 43.12 S. 1 35 i3 O. 0,0.468 4 . . 49.17 S. .3o.i9 0. 0,0494 5 . 5o .22 S 124.28 0. o,o5o5 | 3o . . 01.17 S. w 0 r_rr O • 0 ,o53a L Moy... 0,0/1997 Lorsque la température des eaux s’élève, la proportion de chaux ou de sel de chaux devrait s’abaisser, puisque le ( 357 ) sulfate (i), le phosphate et le carbonate sont plus solubles à froid qu’à chaud. L’examen des eaux de V I sis ne confirme pas ces conjectures, ce raisonnement ne s’appliquant qu’à un cas particulier, l’eau puisée sous o° i6' lut. S., 3s4°55/ long. O. Température 25°o5 (chaux 0,0281 pour 100)5 je citerai quelques exemples. DATES . LATITUDE. LONGITUDE TEMPÉRATURE . CHAUX POUR 100. 12 septembre. 0 / 56.43 S. 0 r 96.29 0. O 4,5 0,0467 | Température moyenne,’ i3 . 56.44 S. 86.38 0. 5 ,0 0,0444 ) 4°>95- i5 . 56.35 S. 73.23 0. 5,8 o,o38o )Chaux, proport, moyenne, <7 . 56.52 S. 62.00 0. ’ 4,5 o,o456 ) 0,04367. 8 octobre. . . . 4.00 S. 32.09 0. 25,8 o,o5o5 ) Température moyenne, 10 . . . 3.o5 N 32. 5q 0. 27,0 0,0481 ) 26°, 27. M . 12.44 N* 35.19 0. 26,8 o,o5o5 | Chaux, proport, moyenne, i5 . 16. o5 N 1 éj* O 25,5 o,ô543 1 o,o5o85. Nous ajouterons à ces réflexions l’indication sommaire de la distribution des principaux éléments salins dans quelques parages qui peuvent appartenir aux courants de l’océan Atlantique et de l’océan Pacifique. Courant septentrional. — Courant équinoxial. — Courant méridional. — Courant du Chili et du Pérou. (1) Le sel calcaire est plus soluble dans Peau salée que dans l’eau distil¬ lée (M. Anthon.*'' ( 358 ) OCÉAN ATLANTIQUE. DATES . LATITUDE. LONGITUDE. CHLORE dans 100 parties d’eau (1). CHAUX (!>• 14 février. 15 . . 16 . *7 . 18 . Courant septentrional (Gulf-Stream). Courant équinoxial. Courant méridional. 24 septembre 2.5 . . . 26 . . .... 27..... ..... 28 . 29 . Près du cap Horn. 16 septembre. . . 1 7 . 55.54 s. 55.52 S. 66.55 O. 62.00 O. n n 0,0443 0,0456 (1) Les précipités lavés ont été desséchés dans l’étuve à eau bouillante. (2) Branche du courant ou courant du Brésil 0 , 37.11 N . 0 r 54.35 0. 2,02.5 o,o5i6 39.34 N. 5o.38 0. » ,955 ' o,o456 o,o456 41.20 N . 45.32 0. 1,980 43.i8 M . 4 1 . 3o O . 1 ,97° 0 , 04 3o 44.4t N. 37.02 O. 1 , 960 0,0804 7 octobre (2) . 8.07 S. 3 1 . 4 i 0 . 2,oo5 o,o5i6 8 . . 4.00 S. 32.09 0. 1 , 980 o,o5o5 9 . . 0.16 s. 32.55 0. 1 ,985 0 ,0281 !!••••• 0 . 4.16 N. 53.42 0. 1 >971 2 0,0494 4o.oo S. 40.17 0 . 1,952 • 0,0498 37.52 S. 35.3g 0. G957 0,0456 36-47 S. 33.36 0. 1 >967 0,0 (02 35.42 S. 3o.2i 0. 1 ,977 b, ,557 34 21 S. 29.28 0. ‘,977 0 , 0467 32.41 s. 2g. 2 2 0. 2,0î5 0,0494 ACIDE sulfurique (1). 0,2108 O , 1700 o, ig38 o , 1 5g8 o , 1 428 O , 1 802 0,1734 0,1747 o , t836 0, 1768 o, 1938 O , 1 700 o ,1768 o , 1 5()8 o, 1802 0,2006 o ,1870 K ( 35g ) OCÉAN PACIFIQUE. ' DATES, LATITUDE . LONGITUDE. CHLORE dans 100 parties d’eau. CHAUX. ACIDE sulfurique, Cour 1 ant du Chili et du Pért )U. o t 0 t 2 juillet . 49.37 S. 87.15 0 . 1 ,872 0,0456 0,1394 5 . (0- 43.25 S. CD -fc~. G 1,855 O ,0520 00 <0 L ^ O 12 septembre . 56-43 s. 95.29 0. 1 ,870 0,0467 O,l802 i3 . 56.44 s. 86.38 0. i;845 0,044 4 O/I7OO , \ (1) Un peu à l'O. du courant Quant aux mouvements déterminés par les modifications dans la densité et la température des eaux, j’abandonne aux navigateurs érudits le soin d’en fixer l’étendue et l’intensité. Les marins habiles qui poursuivent aujourd’hui cette question féconde d’application, parviendront à résoudre les difficultés d’une science nouvelle, et diront bientôt avec un écrivain distingué que l’Océan n’est point un désert, mais une plaine immense sillonnée par des routes dont Dieu lui- même a tracé le réseau. ( 36o ) Sur les produits d’oxydation du toluène; par M. ü. Fittig- (i). On a introduit du toluène -G7 H8, extrait des huiles de houille légères, et bouillant de 108 à 1 13°, dans un ballon mis en communication avec F extrémité inférieure d’un ré¬ frigérant de Liebig, et on Fa chauffé avec de Facide azo¬ tique du commerce, étendu de i parties d’eau. L’ébulli¬ tion a été continuée tant qu’il s’est dégagé des vapeurs rouges, et ce dégagement a duré pendant plusieurs jours. Au bout de ce temps, on a distillé l’huile qui surnageait le liquide acide jusqu’à ce que le quart de celui-ci eût passé, et on a obtenu par le refroidissement du résidu une masse cristalline solide, qui a été séparée par le filtre, lavée avec une petite quantité d’eau froide et séchée. Cette masse est un mélange de plusieurs acides, inéga¬ lement solubles dans l’eau. On Fa épuisée par de petites quantités d’eau bouillante. Il est resté un résidu qu’on a mis de côté. Les solutions ont laissé déposer par le refroi¬ dissement un acide solide volatil, qui a été purifié par dis¬ tillation. Le produit distillé a été traité par l’eau et saturé, à la température de l’ébullition, par du marbre en poudre. Parle refroidissement, on a obtenu des aiguilles faiblement (i) Annalen der Chcmie und Pharmacie , t. CXX, p. 214 (nouvelle série, i. XLIV ); novembre 186: . ( 36i ) colorées eu jaune. C’est un sel de chaux de la composition OHs CaO3. Ce sel a été purifié par de nombreuses cristal¬ lisations dans l’eau bouillante. Il a fini par former des aiguilles incolores. L’acide qui a été séparé des diverses portions de ce sel a offert un point de fusion constant, et la composition O7 H6 O3. Cet acide a été nommé oxytolique. 11 se dissout peu dans l’eau froide, plus facilement dans l’eau bouillante et dans l’alcool. Il se dépose en petites aiguilles incolores et brillantes de la solution aqueuse chaude. 11 fond à i8o° et se solidifie à 1770. Déjà avant de fondre il se sublime 5 à une température plus élevée il distille sans altération. Il forme avec la potasse un sel soluble, cristallisable en petites aiguilles brillantes. Ce sel est anhydre. Le sel de chaux cristallise en petites aiguilles, qui ren¬ ferment Ci7 Hs Ca G3 -4- 1 \ H2 CL Le sel de baryte forme des aiguilles anhydres. Le sel d’argent -G7 H 3 Ag O8 con¬ stitue un précipité blanc volumineux, qu’on obtient par double décomposition. L'acide oxytolique est donc monobasique. Chose digne d’intérêt, il est isomérique avec les acides salicylique et oxybenzoïque (1). Il offre quelque ressemblance avec l’acide ampélique que Laurent a obtenu en traitant par l’acide nitrique l’huile de schiste et la partie de l’huile de houille distillant entre i3o et i4o°. L’acide oxytolique se distingue d’ailleurs de ses isomères, entre autres par ce caractère qu’il 11e donne pas d’acide phéniquepar la distil¬ lation de son sel de chaux avec un excès de chaux. En concentrant les eaux mères d’où l’oxy tolate de chaux s’était déposé, on a obtenu un autre sel de chaux, lequel, après un grand nombre de cristallisations, a offert la com¬ position G7 H5 CaO2 -b i j H2 O. C’est la formule du ben- zoate de chaux. L’acide qui a été séparé de ce sel possédait (1) Gerland, Annales de Chimie et de Physique, je série, l. XLÏI , [>. ( 362 ) cil effet le point de fusion de l’acide benzoïque (1200) et, après avoir été purifié convenablement, la forme cris¬ talline et la composition de cet acide. Sur la réaction de l’iodure de phosphore sur la glycérine; par M. F. Heilstein (i). Préparation de V acide gîycérique . — Le produit de la réaction de l acide nitrique sur la glycérine est évaporé au bain-marie dans une capsule plate*, le résidu est repris par une grande quantité d’eau et saturé par le carbonate de plomb ou par l’oxyde de plomb. La liqueur portée à l’ébullition et filtrée laisse déposer, par la concentration et le refroidissement, du glycérate de plomb qu’on purifie par plusieurs cristallisations. Ce sel, décomposé par l’hydrogène sulfuré., fournit de l’acide gîycérique presque incolore. diction de Vio dure de phosphore sur V acide gîycérique . Lorsqu’on ajoute de l’iodure de phosphore à de l’acide gîycérique étendu d'une petite quantité d’eau, il se mani¬ feste une réaction très-vive, qu’il convient de modérer par l’immersion du vase dans l’eau froide. Il se dégage de l’acide iodhydrique et des vapeurs possédant une odeur d?aiî. Dans le ballon, la matière primitivement liquide se solidifie par le refroidissement en une masse cristalline, laquelle est presque incolore si l’acide gîycérique l’était lui -même. Pas une trace d’iode libre ne se sépare. En dis¬ solvant ce produit dans l’eau bouillante, on obtient, par le refroidissement, de l’acide iodopropionique, qu’on purifie par plusieurs cristallisations. Cet acide forme une masse cristalline d’un blanc écla¬ tant et d’un aspect nacré. Il renferme Cl3 H3 KL1 2. Il se dis— (1) Anna le n der Chenue und Pharmacie, (. CXX, p. 226 (nouvelle série, t. XL1V); novembre 1861. ( 363 ) sout facilement dans l eau chaude, difficilement dans l’eau froide. Les solutions saturées le laissent déposer en écailles nacrées-, plus étendues, elles fournissent de grandes lames douées d’un éclat vitreux. Les eaux mères, évaporées len¬ tement au-dessus d’un vase renfermant de l’acide sulfu¬ rique, donnent des grands cristaux réguliers appartenant au type rhomboïdal. L’acide iodopropionique se dissout très-facilement dans l alcool et dans l’éther. Il fond à 82°. Il possède une réaction fortement acide et décompose les carbonates avec efferves¬ cence. On peut faire bouillir là solution aqueuse sans lui faire éprouver de décomposition. Il n’en est pas ainsi des sels, qui se décomposent facilement dans ces circonstances. Une solution aqueuse d’acide iodopropionique est précipitée presque immédiatement par le nitrate d’argent avec for¬ mation d'iodure d’argent. En faisant réagir le gaz chlorhy¬ drique sur une solution alcoolique d’acide iodopropionique, on obtient l’éther iodopropionique. On pourrait interpréter par l’équation suivante la réaction de l’iodure de phosphore sur l’acide glycérique : •■G» H8 G* + PP= G8H8IO*-k HI + PO2. Le composé PO5 n’est pas mis en liberté, mais se dédouble en présence de l’eau en acide phosphorique et en acide phosphoreux. Lorsqu’on neutralise l’acide iodopropionique par des alcalis et qu’011 chauffe, il se forme de l’iodure de potassium et la liqueur redevient acide. O11 pouvait s’attendre à voir se former dans cette circon¬ stance de l’acide lactique, comme il s’en forme, d’après MM. Friedel et Machuca, lorsqu’on traite l’acide bromo- propionique par l’oxyde d’argent. Il n’én est rien : l’acide qui prend naissance forme un sel de zinc cristallisé en fines aiguilles et plus soluble que le lactate. Les autres sels de ( 364 ) cet acide paraissent également plus solubles que les lactates correspondants. L’ acide lui» même est donc totalement diffé¬ rent de l’acide lactique et constitue probablement un iso¬ mère de celui-ci. Sur le sulfate de quinine neutre; par MM J. Jobst et O, Hesse (i). On admet généralement que le sulfate neutre de quinine renferme i4 équivalents d’eau et que sa composition est re¬ présentée par la formule !2C40H* 2'Az2OS S2H208+ 4H0. D’après les analyses de MM. Jobst et Hesse, ce sulfate renfermerait i5 équivalents d’eau, au lieu de 4- Il s’effleu- rit dans une atmosphère séchée par l’acide sulfurique et perd une partie de son eau. Le sel ainsi effleuri renferme 2 C40 H2* Az2 0\ 82 H2 O8 4- 4 HO. Ce dernier sel se dépose aussi en belles aiguilles blanches lorsqu’on laisse refroidir une solution de i partie de sulfate de quinine neutre dans 4o parties d’alcool d’une densité de 0,862. D’après les au¬ teurs, 1 partie de sulfate de quinine neutre exige pour se dissoudre 793 parties d’eau à 6° et 788 parties d’eau à 9°, 5. 100 à ii5 parties d’alcool d’une densité de 0,852 dissol¬ vent 1 partie de ce sulfate. Faits pour servir à l’histoire des acides sulfanilique et amidophénylsulfurique ; par iVÏ. H». Schmitt (2). On sait que Gerhardt a obtenu l’acide sulfanilique en (0 Annalen der Chemie und Pharmacie , t. CXIX, p. 36i (nouvelle série, t, XLUI); septembre 1861. (2) Annalen der Chemie und Pharmacie , t. CXX, p. «29 ( nouvelle série, t. ,XLLV); novembre 1861. ( 365 ) traitant par un excès d’acide sulfurique le mélange d’oxa- nilide et de formanilide qui résulte de l’action de la chaleur sur l’oxalate d aniline. MM. Hofmann et Buckton ont obtenu le même acide en traitant l’aniline par 1 acide sulfurique fumant. Ce pro¬ cédé a été employé par l’auteur, qui a d’abord combiné les deux corps en ajoutant à i partie d’aniline goutte à goutte 2 parties d’acide sulfurique fumant. Lorsqu’on chauffe en¬ suite le mélange avec précaution jusqu’au moment où il brunit plus fortement et où il se dégage de lacide sulfu¬ reux, le sulfate d’aniline, d’abord formé, se convertit en acide sulfanilique. Celui-ci se concrète en une masse cris¬ talline lorsqu’on traite, après le refroidissement, ce pro¬ duit visqueux par l’eau froide. On le purifie par plusieurs cristallisations dans l’eau chaude avec addition de charbon animal. L’acide sulfanilique (phénylsulfamique C12H7AzS20(i -h2Âq) se dissout difficilement dans l’eau froide, facilement dans l’eau bouillante. Il est insoluble dans l’alcool et dans l’éther. Il cristallise en belles tables rhomboïdales, qui ren¬ ferment 2 équivalents d’eau de cristallisation. Il supporte une température de 220° sans se décomposer. A une tem¬ pérature élevée il dégage de l’acide sulfureux en même temps qu’il se forme du sulfite d’aniline, lequel se con¬ dense dans le récipient sous forme d une masse cristalline. La potasse fondante le dédouble en acide sulfurique et en aniline. Le chlore et 1 iode n’agissent pas sur sa solution aqueuse ; mais le brome la décompose à chaud et il se forme un précipité blanc formé par de fines aiguilles enchevêtrées. Ce corps, qui est insoluble dans l’eau, se dissout facilement dans l’alcool et dans l’éther. Il fond peu au-dessus de ioo° et se sublime à une plus haute température en aiguilles brillantes. C’est de l’aniline tribromée, qui prend naissance ( 366 ) en vertu de la réaction suivante : G12 il7 Az S2 O6 -f- 6 Br == C1 2H Br3 Az + S2 CL-f- 3 H Br. Acide sulfanilique. Aniline tribromée. Lorsqu’on fait agir 4 équivalents de brome sur i équi¬ valent d’acide sulfanilique dissous dans beau chaude, il se forme, indépendamment de la tribromaniline, de l’acide dibromo sulfanilique , selon l’équation G1'2 H7 Az S206-f- 4 Br = Cl2H5Br2 Az S206-b 2 H Br. Acide Acide sulfanilique. bibromosulfanilique. On obtient cet acide en le transformant en sel barytique que l’on purifie par cristallisation dans l’eau chaude et que l’on décompose ensuite exactement par l’acide sulfu¬ rique. L’acide dibromosulfanilique cristallise de sa solution aqueuse en grands prismes incolores qui renferment 3 équi¬ valents d’eau de cristallisation. A i i o° ils perdent cette eau. L’acide se dissout facilement dans l’eau, plus difficilement dans l’alcool, surfont froid. La solution aqueuse donne des précipités cristallins dans les solutions de chlorure de barium, d’acétate de plomb et de nitrate d’argent. Ce sont les dibromosulfaniîates correspondants. L’acide dibromosulfanilique supporte sans décomposition une température de i8o°. Au-dessus de ce point il se dé¬ compose en donnant de la tribromaniline. Il dorme pareil¬ lement de la tribromaniline lorsqu’on le chauffe avec la potasse ou la chaux. Acide diazophénylsidj urique. — Lorsqu’on dirige un courant rapide de gaz nitreux à travers de l’alcool tenant en suspension de l’acide sulfanilique finement pulvérisé, il se dégage de l’azote et la liqueur finit par se remplir d’une bouillie formée par de fines aiguilles. Ce corps est Y acide ( 367 ) diazophè ny l suif urique, formé par suite de la réaction que M. G riess a observée le premier, en faisant passer un cou¬ rant de gaz nitreux à travers une solution alcoolique d’acide amidonitropliénique. Le diazodinitropliénol qui prend nais¬ sance dans cette dernière réaction est analogue par son mode de formation à l’acide diazophénylsulfurique. Celui-ci est insoluble dans l’alcool froid. L’alcool bouillant le décompose avec dégagement d’azote. L’eau froide ne le dissout pas. 11 se dissout dans l’eau à 60 ou yO° et la solution prompte¬ ment refroidie k la glace le laisse déposer en fines aiguilles. La solution aqueuse est très-instable et se décompose lente¬ ment et continuellement en dégageant de l’azoté *, la chaleur favorise singulièrement celte décomposition, qui donne naissance à de l’acide oxjphénjlsuJf urique. L’acide diazo¬ phénylsulfurique sec détone par l’action de la chaleur, même par celle du bain-marie. Il fait explosion par le frottement avec un corps dur ou par le choc. Les alcalis, l’ammonia¬ que, les acides chlorhydrique et bromhydrique et l’hydro¬ gène sulfuré le décomposent pareillement avec dégage¬ ment d’azote. L’acide diazophénylsulfurique renferme C12 H4Àz2 S2 O6. Comme dans le corps de M. Griess, i équi¬ valent d’azote y parait substitué à 3 équivalents d hydro¬ gène (i). Il prend naissance* par suite de la réaction sui¬ vante : C'm'AzS 06H- AzO — C12 H1 Az: S2 3HO. Acide qxj p hcnjl sulfurique. — L’eau chaude décom¬ pose l’acide diazophénylsulfurique et en chasse tout l’azote. La liqueur, évaporée ou desséchée sous la machine pneu- (i) En effet, si Ton compare !a formule des acides sulfanilique et diazo- sulfanilique, on remarque que dans le second î atome d’azo le est substitué s 3 atomes d’hydrogène du premier. Acide sulfanilique. . . Acide diazophénylsulfurique Clî H7 Az S - O6, ClS ( H'4 Az) Az S* O6. ( 368 ) matique, laisse un acide sirupeux qui forme des sels solubles avec toutes les bases. C’est l’acide oxyphénylsuîfurique. Il prend naissance en vertu de la réaction suivante : C12 H4 Az2S206 + 2 HO — C,2HcS208-f- aAz. Acide Acide diazophénylsulfurique. oxyphénylsuîfurique. Le dioxyphénylsulfate d’argent, obtenu en saturant l’a¬ cide par le carbonate d’argent, est soluble et reste, après l’évaporation dans le vide sous forme d’une masse cristal¬ line, un peu colorée en brun. Il renferme C]2ITAgS2Os. jl eide phènylsulf urique. — Lorsqu’on fait bouillir l’a¬ cide diazophénylsulfurique avec de l’alcool à 90° centé¬ simaux, il se décompose en dégageant de l’azote. Il se forme en même temps des quantités notables d’aldéhyde. Evaporée au bain-marie, la liqueur laisse un sirop brun qui ren¬ ferme de l’acide phénylsulfurique. On a formé avec cet acide les sels de plomb et de baryte. Ils renferment PbO, (C12 H5)S2 O5 -f- x Aq et Ba0,(CIJH5)S205 -H a? Aq. L’acide lui-même possède donc la même composition que l’acide sulfobenzidique que M. Mitscherlieh a obtenu en faisant réagir l’acide sulfurique fumant sur la benzine. Toutefois les deux acides paraissent être isomériques et non identiques, et il se pourrait qu’il existât entre eux la même relation qu’entre l’acide benzoïque et l’acide saly- Dans son Mémoire M. Schmitt décrit, indépendamment des acides mentionnés précédemment, V acide diazodibro- mo phènylsulf une/ ne G12 H2 Br2 Az2 S206 qui esta l’acide dibromosulfanilique G12 H3 Br2 Az S2 O6, ce que l’acide dia- zophénylsulfurique est à l’acide sulfanilique. Chauffé avec de l’alcool absolu à haute pression, cet acide laisse dégager tout son azote et forme de l’acide di- ( 3t>y ) bromopliénylsulfurique C1 2 H4 Br2 S2 0% belles aiguilles : crista lli sable eu C15 H2 Br2Az2S*0G 4- O HG02 = C12H4Br2S20G 4- C4H402 4- Az2. Acide diazodibro- mophényl- sulfurique. Alcool. Acide dibromo- Aldéhyde, phényl- sulfuriqué. L eau bouillante décompose complètement l acide diazo- di br omophén y 1 sulfurique en lui faisant perdre tout son azote et en le transformant en acide ôxydibromophényl - sulfurique. Action de V hydrogène sulfuré sur l acide diazopliènyl- sulj urique . — L’hydrogène sulfuré paraît transformer cet acide en acide sulfanilique, selon l’équation suivante : C12 H4 Az2S20G 4- 3 HS = Cl2HAzS20G 4- 3 S 4- Az. Ac diazopbénÿl* sulfurique. Acide sulfanilique. En terminant, M. Sclimitt décrit quelques expériences sur l’acide amidopbénylsulfurique isomérique avec l’acide sulfanilique et obtenu par Laurent en faisant réagir l’hy¬ drogène sulfuré sur le nitrophénylsulfate d’ammoniaque. L’acide nitrophénylsulfurique employé a été préparé par l’action de l’acide sulfurique fumant sur la nitrobenzine» L’acide amidophénylsulfurique cristallise en grands prismes incolores renfermant 3 équivalents d’eau de cris¬ tallisation. L’acide sulfanilique cristallise en tables rliom- boïdales qui ne contiennent que 2 équivalents d’eau. Les deux acides sont presque insolubles dans l éllier et dans l’alcool} mais, tandis que i partie d’acide sulfanilique exige pour se dissoudre 1 12 parties d’eau cà i5°, 1 partie d’acide amidophénylsulfurique n’en exige que 68 parties «à la même température. de Chim. et de Phys., 3e série, t. LXIV. ( Mars itfG‘2.) 24 ( 3yo ) MEMOIRES SUR LA PHYSIQUE PUBLIÉS A L’ÉTRANGER, Extraits par M. VER.DET. Mémoire sur ia dispersion de la lumière; par M. Christoffel Dans son Mémoire célèbre sur la dispersion ( Nouveaux Exercices de Mathématiques) , Cauchy a fait voir que dans un milieu isotrope, considéré comme un système de points matériels séparés par des intervalles finis, bien que très-petits, la longueur et la durée des vibrations sont liées Tune à l’autre par l’équation suivante : s2 — a{ Â'2 a2 hk -f- aA kG -f- . . . , , 2 t: ou — s représente la durée des vibrations, 2 TT T la longueur d’onde, au «2, æ3,. . . , une série de constantes qui dépen¬ dent des actions qu’un point quelconque O du système éprouve de la part des autres points contenus dans la sphère d’activité sensible des forces moléculaires. Soitm la masse d’un de ces points, r sa distance au point 0,f(r) la fonction qui représente le décroissement de la force molé¬ culaire avec la distance, on a pour déterminer l’une de ces constantes 0) a {-'Y <4-1 ». 2 . 3 ... 2 i -f- 3 A j- ~H ii B, Ai — 1 mrat+ lf( r) , B, = 2 /nr2i+l \rf ( r ) — f(r)] (*) Monatsberichte dcr Akademie der fj issenschaften zn Berlin ; octobre 1861 . ( 37" ) (Mémoire cité, p. 187). La vitesse de propagation ~ est donc dépendante de la longueur d’ondulation, à moins que toutes les constantes qui entrent dans la formule (1) ne soient nulles à partir de la seconde. Soit un milieu isotrope y dans lequel la vitesse soit indépendante de la longueur d’onde. Désignons par — , q JT m — 1 la durée des vibrations et la longueur d’onde dans ce X milieu : on aura simplement désignant la seule constante qui dans ce milieu ne soit pas égale «à zéro. Concevons maintenant qu’une onde plane qui se propage dans le milieu p rencontre la surface plane qui sépare ce milieu y du milieu m auquel se rapportent les formules ( t ) et (2) : une onde plane réfractée prendra naissance pour laquelle 011 aura a — et l’indice de réfraction sera donné par la formule k n — — • y. En ayant égard à ces conditions, F équation (1) déterminera l’indice de réfraction en fonction de la longueur d’onde dans le milieu p., car elle deviendra si on appelle cette longueur n 1 *> 27r d onde A — — ? (3) a, N Pour la résoudre par rapport cà n., Cauchy admet que les grandeurs al5 «3, . . . , forment une série rapidement dé¬ croissante où le rapport de chaque terme au précédent est de l’ordre du carré du rayon de la sphère d’activité sen¬ sible. Appliquant alors la méthode du retour des suites à l’ équation (1), il en déduit aisément la série P “ b{ 4,2-t- b)SA -h b .s(] -h . . . ,4. ( 372 ) où Z>l5 Z>2, h 3,. . sont respectivement du meme ordre de grandeur que a 2, . . . L’équation (3) traitée de la même manière donne pour l’expression de l’indice de ré¬ fraction n2 = b{ a, ‘In)1 b^ct.] ( 2 7r à3aj' V 4 qui doit être une série convergente. L’observation ne paraît pas favorable à cette hypothèse. Si l’on essaye en effet de représenter les indices de réfraction d’un milieu même très-peu dispersif par une série ordon¬ née suivant les puissances croissantes de — bornée à ses premiers termes., on ne remarque pas entre les coeffi¬ cients successifs le rapport de grandeur qui est impliqué dans l’hypothèse. La forme d’ailleurs des coefficients A, et B4, qui entrent dans l’expression générale de ai+x , bien qu elle suggère assez naturellement les conditions admises par Cauchy, ne les rend pas du tout nécessaires, et on peut se demander si un examen plus attentif de la nature de ces coefficients ne conduirait pas à une loi de dispersion plus conforme à la réalité. C’est ce que M. Christoffel s’est pro¬ posé de faire. Il remarque d’abord que chacune des sommes Ah B, est étendue à un même nombre p de valeurs de r, qui est en¬ tièrement déterminé par la valeur p du rayon de la sphère d’activité sensible des forces moléculaires. D’ailleurs le système doit satisfaire aux conditions de stabilité, aux conditions d’isotropie, et aucune des sommes dont il s’agit ne doit devenir infinie. De là résulte évidemment que ces sommes ne peuvent pas être considérées à priori comme susceptibles de prendre tel système de valeurs qu’on vou¬ dra. Il y a donc lieu d’examiner l’influence de ces diverses conditions. On peut se dispenser de tenir compte des conditions de stabilité, car elles déterminent simplement le signe et non ( 3?3 ) ia valeur d'une expression qui dépend de f(t') et de Jf (/•). On doit d’ailleurs regarder comme possible que la fonction / (/) change de signe dans l’intérieur de la sphère de rayon p. Convenons de désigner par s les valeurs de r qui rendent J' (r) négatif et de garder le signe / pour celles qui la rendent positive et posons — R, , - ïms*+'f{s) = R on aura A, = R,- — R; • i D’ailleurs on peut toujours trouver dans 1 intérieur de la sphère du rayon p deux valeurs i\ et st telles , que Rf=/\ R0, R'. = s2i R'- 4 l 7 l l 0 Donc A0 = R0 - RS A, = r\ R0 — v> A, = r"R( R ' v • • t 0 Par conséquent, si la fonction J"ne change pas de signe dans les limites des sommations, il est évident que les coeffi¬ cients A, Ai, , At, . . . , ont les uns avec les autres les relations de grandeur admises par Cauchy. Au contraire, si / change de signe, rien n’empêche d’attribuer aux varia¬ tions de cette fonction une loi telle, que r\ — s] soit une quantité finie de l’ordre p~. D’ailleurs les deux premières formules donnant p A 1 s î n ' ttu - - ô - ô 5 R n A, — ri A„ „ 2 on voit qu il est possible d’attribuer à A0 et A, des valeurs finies 'du même ordre sans absurdité. R0 et R'n deviendront r ( 374 ) ainsi des quantités finies de l’ordre ~ • Mais l’expression générale de A,- devient par l’introduction de ces valeurs r i ?4 S . 4a 24 . 74 «y 24 « a. r\ et il est évident que le premier terme éLant de l’ordre le second de l’ordre f~l , la série des valeurs de A, suit l’ordre de grandeurs admis par Cauchy à partir de A2. Les mêmes considérations étant applicables aux sommes B/, il en résulte qu’il est également permis d’admettre l’hy¬ pothèse de Cauchy ou d’admettre que les coefficients cix, sont du même ordre de grandeur, mais que a*, . . . , for¬ ment une série rapidement décroissante, dont le premier terme lui-même est très-petit. Examinons maintenant s il n’y a rien dans cette hypo¬ thèse d’incompatible avec les conditions d’isotropie. Si par le point 0 on mène une droite fixe quelconque et qu’on ap¬ pelle w l’angle de la direction du rayon r avec celle de cette droite, les conditions de l’isotropie sont, d’après Cauchy, que l’on ait (4) I j [ - _ A,' — 2 rn . fl r) cos2'+2w , } 2 1 -+- 3 K 1 < j ~ 2 mr2l+l Vf ( rï — /( r) ] cos2i w (. Mémoire cité , p. 32-35 et i85-i86). De là une infinité d’équations de condition desquelles on peut se demander s’il est possible d’y satisfaire par une distribution conve¬ nable du nombre fini p de molécules actives. Mais on peut se dispenser de cette recherche difficile par une restriction qui résulte des considérations précédentes. Si l’on suppose que la longueur d ondulation I — ^ dans le milieu m soit ( 375 ) excessivement petite, il peut être nécessaire de prendre dans la série (3) un grand nombre de termes, malgré le décroissement rapide des coefficients à partir de a3, et au¬ cune relation simple entre l indice de réfraction et la lon¬ gueur d’onde ne peut en être déduite. Mais dès que l sera suffisamment grand pour que la série soit réductible sans erreur sensible à ses deux premiers termes, on aura la re¬ lation simple ti1' (5) a, = ajï1 -|- (27r}2«2 •> À C est à ce cas expressément que M. Christoflel restreint ses recherches, laissant à l’expérience le soin de déterminer quelle est cette limite inférieure des valeurs admissibles de /. Il fait voir qu il suffit alors que les conditions (4) soient satisfaites pour i = o et i = i, c’est-à-dire qu’on ait ^A0= 'Zmrf(r) cos2w, i A, = cos4w, i B0 = 2 m [rf (r) — /(r)] cos4 tu, - B, = 2 mr' [ rf ( r) — /( r ) ] cos4 w , o 7 quelle que soit la direction de la droite à partir de laquelle on compte les angles co. On conclut de là soixante condi¬ tions qui doivent être satisfaites indépendamment les unes des autres; et il est évidemment permis de considérer le nombre p des molécules actives comme assez grand pour que ces soixante conditions soient satisfaites en même temps que les relations qui lient f(r) et ff(r) avec les va¬ leurs finies et du même ordre qu’on attribue à ax et a 2. La seule limitation à laquelle on soit assujetti dans le choix des valeurs de cix et de <72, c’est que l’équation • s 7 — ci | h -\- a 2 k 4 , ( 376 ) donne pour s~ une valeur positive et différente de zéro. Cette condition est satisfaite d’elle-même dans la présente recherche, où l’on suppose très- grand g — s, ainsi que la vitesse de propagation y^i dans le milieu y et où l’on déter¬ mine at et a2 en conséquence. L’expérience montre que les plus grands indices de ré¬ fraction correspondent aux plus petites longueurs d’onde. Or on peut écrire l’équation (5) sous les deux formes a n — h 4 TC* a , a. a2 a, >;2 dont la première fait voir que — est négatif et la seconde GC| Cl % que — est positif. On peut donc choisir deux quantités al (I QL ( l y ' positives 720 et telles que = — ? 4 t:2 — = - -4 3 et à a i n0 ay n0 l’aide de ces grandeurs auxiliaires l’équation (5) se met sous la forme d’où l’on conclut pour la seule valeur admissible (?) tu n v/- X \ les radicaux étant pris positivement. On ne peut en effet attribuer le signe — à y/ x -f- ~ sans rendre n négatif, ce qui est inadmissible, et d’un autre côté si, en prenant ce premier radical avec le signe -f-, on donnait le signe — au second, on obtiendrait pour n une valeur croissante avec A, ce qui est contraire à l'expérience. Il est bien entendu que cette formule est inapplicable au-dessous d une certaine valeur de A que l’expérience doit déterminer. Si l’on fait pour un moment abstraction de cette restriction essentielle, on peut donner des grandeurs /? o et A0 des définitions physiques, indépendantes de leur relation avec les constantes de la théorie moléculaire. n0 est en effet la valeur de n qui répond à A = A0; mais A0 est la limite inférieure au-dessus de laquelle A doit demeurer compris si l’on veut que ri soit réel, c’est-à-dire qu’il y ait réfraction. Pour une valeur de A inférieure à A0, il y a ré¬ flexion totale sous toutes les incidences. 7?0 et A0 sont donc les éléments caractéristiques du rayon limite au delà du¬ quel il n’y a plus de réfraction possible de ^ à m. Pour la plupart des substances dont on a étudié la dis¬ persion, A0 est une quantité très-petite par rapport à la lon¬ gueur d’ondulation des rayons visibles. La dissolution de Ph ospliore dans le sulfure de carbone que MM. Dale et Gladstone ont étudiée (*) fait seule exception. La valeur de A0 qui s’y rapporte est supérieure à la valeur de A que M. Esselbach a déterminée pour la raie R du spectre ultra¬ violet (**). On voit enlin que ~ est une limite au-dessous de laquelle V2 ne peuvent descendre les valeurs de n 0 quelque grand que soit A. Le spectre visible ou invisible d une substance quel¬ conque est donc limité des deux parts par les rayons dont les déviations répondent aux indices ;/0 c>t /z 0 y/ 2. . La con¬ stante 7?0 détermine les valeurs de ces deux déviations \ la constante A0 détermine la limite au-dessous de laquelle il n’y (*) Annales de Clnnuc el de Physique, 3e série, t. JLV11I, p. iud. (**) Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t, XLIX, p. 121. ( 378 ) a plus de réfraction et la distribution des divers rayons ré¬ fractés. La première est caractéristique du pouvoir réfrin¬ gent, la seconde du pouvoir dispersif. Les tableaux suivants contiennent les résultats de la com¬ paraison que M. Christoffel a faite de sa formule avec les expériences du petit nombre d’observateurs qui se sont occupés de mesurer la dispersion des substances transpa¬ rentes. Les valeurs adoptées pour les longueurs d’ondulation sont les moyennes des deux séries de déterminations de Fraunhofer, savoir en prenant le millième de millimètre pour unité. B C D E F G H 0,6878 o,6562 o,5888 0,5262 0,4848 0,4298 o,3g44 Le quatrième chiffre de ces divers nombres étant incertain on a dû réduire à quatre chiffres la partie décimale des indices de réfraction. On s’est servi des indices correspon¬ dants aux raies B et G pour calculer les constantes 11 Q et ?.0. Éther sa fariq u e (Dale et Gladstone). 7= = 1 ? 3482 u0 — 1 ,0068 V 2 rz: O , I 3o6 B C D E F G H Indice observé. .,3545 i , 3554 i,3566 i,35go i ,36o6 1,3646 1 , 3683 Indice calculé.. 1 ,355i 1 ,3568 1 ,359o 1 ,36io ,,3678 Différence. . +3—20—4 +5 Essence de lavande ( B ad en Powell). 7= = 1 4607 V2 n0 — 2 ,o658 X0=r 0,1772. Indice observé. Indice calculé. Différence. . 1 >4732 i ? 4 7 4 ^ 1 >4784 1 ,4829 1 ,4868 1 >4944 1 >5°°9 1,4745 » ,4779 r >4^25 1,4866 i,5o(3 1 i + 4 -h 2 — 4 ( a79 ) Flint jaune de Guinand (Dutirou). ^=1,7489 «0= 2,4733 >0—0,2077 V2 Indice observé. 1,7697 1,7718 1,7777 1,7852 1,7924 1,8062 1,8186 Indice calculé . 1,7718 1,7778 1,7855 1,7927 Différence. . o — 1 — 3 — 3 -4-2 Hydrate de phényle ( Dale et Gladstone). — = I ,5220 //0 — 2,1 525 >0=o,2i56 V 2 Indice observé. 1,5416 1 ,5433 1 ,5488 1 ,5564 1,6639 1,5763 i,5886 Indice calculé.. 1 ,5436 1,5492 i,5566 1 ,5634 i,588o Différence. . — 3 — 4 — 2-1-5 -f-6 Sulfure de carbone (Dale et Gladstone). -A = 1 ,5854 «0—2,2422 >0=0,2741 V2 Indice observe. 1,6177 1,6209 1 ,63o3 1,6434 1 ,6554 1 58799 1 ,7035 Indice calculé. . 1,6212 1,6307 1,6437 1 ,6559 Différence. . — 3 — 4 — 3 — 5 +7 Dissolution de phosphore dans le sulfure de carbone ( Dale et Gladstone). -^,= 1,8812 «0 = 2,6604 >0=o,3o35 V2 Indice observé. 1,9314 Indice calculé.. Différence. . l>9527 1 >9744 ,9369 t ,9523 i ,6737 + 4 + 7 ,9941 2,o36i 2,0746 ,9942 2,0783 — 37 1 ( 38o ) En supposant que les indices de réfraction puissent être affectés dune erreur égale à une unité du dernier ordre et les longueurs d’onde d’une erreur égale à deux unités, M. Cli ri stoffel a calculé, pour le sulfure de carbone, quelles étaient les limites des différences admissibles entre les observations et la formule ( 7 ) , si on supposai t cette formule absolument exacte. Il a ainsi obtenu la série G D E F H 3 4 ^ b i o qui est tout à fait compatible avec les nombres rapportés au tableau. Il n’a pas fait de calculs semblables pour les autres milieux, les différences de la formule (7) et des observa¬ tions étant négligeables pour tous ces milieux, sauf le der¬ nier. Dans le cas de la dissolution de phosphore dans le sulfure de carbone, une énorme différence s’observe pour l’indice relatif à la raie H, mais il est possible qu elle tienne à une erreur d’observation, le spectre d’un milieu très- dispersif étant peut-être trop peu intense vers l’extrémité violette pour permettre de bonnes observations. Les considérations qui précèdent ne sont pas immédiate¬ ment applicables à la dispersion des milieux biréfringents- Cependant il est assez naturel d’examiner si la formule (7) ne conviendrait pas à représenter la dispersion dans le cas où la réfraction s’opère suivant la loi de Descartes. Les tableaux suivants montreront que l’accord est assez satis¬ faisant : ( 38. ) MILIEUX A DOURLE REFRACTION CIRCULAIRE. Essence de lavande ( Baden Powell ). —^=1,4525 /?0=2,o54i ^0 — 0,1796 y/2 Raies. B C D E F Indiceobservé. 1 , 4^4 1 [,4658 1 ,4660 (*)i ,4728 1 ,4760 Indice calculé. 1 ,4653 1 ,4685 1 ,4727 1 , 4^66 Différence. . -F o — 2,5 — 1 — 6 Essence de térébenthine (Fraunhofer). -4:— I,45q9 /?«= 2,0647 ^0— 0 j 1634 V2 Indice observé. if^o5 1 ,47 1 5 1 ,4744 1 ,47^4 1 , 4^ 1 7 1.4662 1,4969 Indice calculé.. 1 , 47 1 6 1 ,474$ 1 ,4763 1,4818 r ,4938 Différence. . — i — 1+1—1 + 1 MILIEUX BIRÉFRINGENTS A UN AXE. Quartz : réfraction ordinaire (Esselbach) (**). —4—i,5348 2,1706 >n— 0,1 336 V2 Raies. B G D E F G H Long, d’onde.. 0,6474 o,6564 o,5886 0,5260 o,4645 0,4287 0,3929 Indice observé. 1 , 54 1 4 1 ? 5424 1 ,5446 1,5476 1 ,55oo 1 ,5546 i,5586 Indice calculé.. 1,5422 i,543o 1 ,545o 1 ,55oo 1 ,5543 1 ,5583 Différence. . — 8 — 6 — 4 0+3+3 (*) Observation fausse très-probablement. (**) Les indices rapportés dans ce tableau sont ceux des sept raies de Fraunhofer et des sept raies principales du spectre ultra-violet. IV1 . Esselbach ayant déterminé les longueurs d’onde correspondantes, ce sont ces longueurs elles-mêmes que M. Christoffel a introduites dans ses calculs. Elles ne sont pas tout à fait égales aux longueurs données par Fraunhofer pour la partie visible du spectre. Les constantes n0 et /0 ont été déterminées au moyen des indices relatifs aux raies E et M. G II 1 ,4637 i,493o? 1,4900 + 3o ( 382 ) Raies. L M N O P Q R Long. d’onde. . 0,3791 o,3657 °?^49^ o,336o 0,8290 0,3232 0,3091 Indice observé. 1 ,56o5 ï,562i 1 ,5646 1,5674 f ,5690 1,5702 1,5787 Indice calculé.. i,56oi 1 ,5648 1,5675 1,5690 1,5704 1,5740 Différence. .4- 4 — 2 — 1 0—2 — 3 Spath : rayon ordinaire (Rüdberg). “=1,6394 «0—2 ,3i85 >0=0,1748 \l 2 Raies. B C D E F G H Indice observé. i,653i i,6545 1 ,6585 i,6636 1,6680 1,6762 1 ,6833 Indice calculé. . 1 ,6545 i,6583 1 ,6632 1,6677 1 ,6836 Différence. . o -f- 2 -f- 4 -f- 3 — 3 Spath : rayon extraordinaire (Rüdberg). «0 = 2 , 0893 >0 =0,1281 Indice observé. 1,4889 r , 4845 1,4864 1,4887 i,49°7 1,494^ 1,4978 Indice calculé.. 1 ,4845 1 ,4863 1,4886 1,4906 1,4978 Différence. . o 4- 1 1 4- 1 o MILIEUX BIRÉFRINGENTS A DEUX AXES (Rüdberg). Arragonite : plus grand indice. n ==1,6672 V2 «., 2,3578 >0=0,1717 Ra les. B C D E F G H Indice observé. 1,6806 1,6820 1,6859 1 ,6908 1,6952 1,7082 1,7101 Indice calculé.. 1,6820 1,6857 ^6906 1,6950 1,7105 Différence. . 04-2-4- o = — 4 2 4- 2 4“ 2 ( 383 ) Arragonite : indice moyen . —jL= i ,6632 n0 — 2,352i 4 = 0,1701 V2 Indice observé. 1,6763 1,6778 1,6816 1 ,6863 1,6905 1,6984 1 , 705 1 Indice calculé.. 1,6776 1 , 68 1 4 1,6860 1,6903 i,7o55 Différence. . -f- 2+ 24- 3-f- 2 — 4 Arragonite : plus petit indice. —4—i,5207 «O =r ? , 1 5o6 4 = o , 1 3o3 V 2 Indice observé. 1,5275 1,5282 1 ,53oi 1 ,5326 1 , 5348 1 ,5388 1,5423 Indice calculé.. 1 ,5282 1 ,53oi 1 ,5325 1 ,5347 1 ,5424 Différence. . o o -f- 1 -f- 1 — x Topaze : plus grand indice. -^4=1,6098 n0 — 2,2766 X0— 0,1369 V 2 Indice observé. 1,6179 1,6188 1,6211 1,6241 1,6265 i,63i2 i,635i Indice calculé.. 1,6187 1,6209 1,6238 1,6264 1 ,6354 Différence. . -f- 1 -f- 2 4- 3 -f- 1 — 3 Topaze : indice moyen. — _ ~ 1 ,6o2.5 n0— 2 , 2662 4 = o , 1 364 v/2 Indice observé. i,6io5 1 , 6 1 1 4 1,6137 1,6167 1,6191 1,6237 1,6275 Indice calculé.. i,6n3 i,6i35 1 ,6i63 1,6189 1,6278 -H 1 + 2. 4- 4 H- 2 — 3 Différence . . ( 384 ) Indice observé. Indice calculé.. Différence. . Topaze : plus petit indice . - = 1,6004 n0— 2,2633 >0=o,i364 2 1,6084 1,6094 1,61 16 i,6i45 1,6170 1,6216 1,6254 1,6092 1 ,61 1 4 i,6i43 1,6168 1,6257 — |— 2 2 — f- 2 — f- 2 — 3 ( 385 ) MÉMOIRE SUR LES DEMI-LENTILLES D’INTERFÉRENCES 5 Par M. BILLET, Professeur de Physique à la Faculté des Sciences de Dijon. But de ce travail. — L expérience d’Young a une telle importance, qu'un accueil favorable semble assuré d’avance aux améliorations qu’on peut y introduire. Un de ces per¬ fectionnements présenté par nous à l’Institut en i855, a été décrit sommairement au § 35 de notre Traité d' Opti¬ que physique et approprié à diverses expériences aux 385 et 476. Mais quoiqu’une pratique dé j à longue nous en ait confirmé tous les avantages, nous craignons qu’il 11’ait passé inaperçu des physiciens et des constructeurs, sans doute pour cause d’insuffisance dans les développements aux¬ quels nous avons cru pouvoir nous borner alors. Nous estimons donc qu’il n’est pas inutile d’y revenir aujourd’hui, et nous le ferons en accompagnant la description des appareils et des principales expériences d’assez de détails pour que chacun puisse ou construire les uns ou répéter les autres. Nous terminerons ce travail par le calcul des principales particularités propres à ce nouveau mode de production des franges. Pro grès successifs dans la production des J ranges. — Dans le principe, c’était en recourant à deux points lumi¬ neux secondaires et en utilisant la puissance de dérivation que leur accorde le principe d’Huyghens qu’on obtenai t les rayons interférents : rayons faibles qui n’aboutissent à des f ranges visibles que si l’on emploie une lumière très-vive. Les fentes. — Premier avantage. Le phénomène prit de l’énergie et s’améliora à ce point de vue, quand aux deux points furent substituées deux fentes étroites parallèles, que >1/???, de Chim, et de Phfs., 3e série, T. LXIV. (Avril I8G-2.) 5.5 ( 386 ) nous supposerons verticales. Groupons en effet leurs points en systèmes binaires horizontaux : chacun d eux fournit, ainsi que deux points isoles, des franges qui s’étendent au- dessus et au-dessous de leur plan horizontal 5 or il arrive que, quoique toutes ces franges ne se superposent pas ma¬ thématiquement, et que par leur concours les minima re¬ çoivent un peu de lumière, cependant, dans les circons¬ tances usuelles, elles se résument en une série résultante unique beaucoup plus apparente. Deuxième avantage. Un autre avantage est acquis à bemploi des fentes, à savoir de pouvoir provoquer, par l’in¬ terposition de lames très-minces, le déplacement d’une partie seulement de ces franges, tout en gardant comme témoins, pour apprécier ce résultat, les parties des franges sur lesquelles la lame mince n’a rien produit. Quand on prend deux fentes pour produire les rayons secondaires, il convient que le luminaire soit une ligne lumi¬ neuse parallèle aux fentes. Cette ligne peut être l’image du trait solaire fournie par une petite lentille cylindrique con¬ venablement orientée. Mais les résultats sont aussi avan¬ tageux quand on se borne à mettre sur le trajet des rayons une simple fente suffisamment étroite. Qu’on ait recourt à une fente ou à une lentille cylin¬ drique, l’expérience se complique un peu, puisqu’il faut lui donner une certaine orientation. On y pourvoit en dotant la pièce qui la porte d’un mouvement lent. Lentille près des fentes. — En mettant près des fentes, en deçà ou au delà, une lentille convergente d’un grand loyer, et recourant à une ligne lumineuse suffisamment éloignée, on rabat au foyer conjugué les rayons directs transmis par les fentes, et là, mais là seulement, on obtient des franges énergiques dues, la centrale à ces rayons directs eux-memes, et les latérales a des rayons dérivés extrêmement voisins des rayons directs. Ailleurs qu au foyer conjugue on ne cesse pas d avoir ( 387 ) des franges, mais elles 11e sont plus dues aux rayons que la dérivation naturelle amènerait en ces lieux. L’emploi de la* lentille change l’angle de dérivation et par conséquent l’in¬ tensité des rayons interférents, de telle sorte qu’en un lieu donné les franges obtenues soient dues aux rayons que la dérivation naturelle porterait, sans la lentille, à la position focale conjuguée. Il en résulte qu’on peut réaliser avec de courtes distances les franges qu’on n’obtiendrait que très- loin sans cet artifice. On peut meme obtenir ainsi des franges directement irréalisables, engendrées qu elles sont par des rayons dérivés divergents et ne se rencontrant que virtuel¬ lement. L’angle de dérivation 9 comprend deux parties a, .(3, l une antérieure aux fentes et 1 autre postérieure [Pl. V , fi g. i). Si f on veut annihiler la première seule, il faut mettre la lentille en avant, à une distance de là ligne lumineuse égale à sa distance focale principale. Qu'on détruise par l’emploi d’une seule lentille anté¬ rieure ou postérieure, ou par l’emploi de deux dont l’une est alors antérieure et l’autre postérieure, la dérivation affaiblissante, on obtient ainsi des franges très-vives dont 1 observation comporte d assez forts grossissements pour que nous ayons pu les voir encore avec des fentes distantes de plus de 6o millimètres. Les miroirs. — Le biprisme. — Même quand par l’em¬ ploi d’une lentille on parvient à former la frange centrale avec des rayons directs, les autres le sont toujours par des rayons dérivés et la production de ce phénomène fondamen¬ tal se complique de diffraction. C’est pour se soustraire à cet inconvénient que Fresnel a imaginé ses miroirs avec lesquels toutes les franges proviennent de rayons réguliè¬ rement réfléchis, tout comme le biprisme décrit par M. Pouillet 1 es donne par des rayons régulièrement réfrac¬ tés. Mais les miroirs, qu’ils soient assemblés sous un angle habituellement très-obtus ou qu'ils soient parallèles, et le ( 388 ) biprisme 11e donnent ou ne peuvent guère donner* pour centres d’émanation des rayons interférents, que des foyers virtuels, ce qui rend difficiles et même impossibles bien des expériences. Les demi-lentilles. — Les demi-lentilles, tout en met¬ tant également en jeu des rayons directs énergiques, ce qui assure aux franges une grande vivacité et rend possible leur projection, ont l’avantage de les faire passer par deux foyers réels parfaitement accessibles, circonstance émi¬ nemment favorable aux expériences si nombreuses où l’on veut soumettre à quelque action spéciale, à quelque interposition de corps diaphane, l’un seulement des deux faisceaux interférents. Applications antérieures , à F héliomètre > au stéréoscope, à la stadia. — Avant d’être appliquées à la production des franges d’interférence, les demi-lentilles avaient déjà reçu plusieurs applications. Ainsi Dollond imagina de couper en deux un objectif et d’en appliquer les deux moitiés à la construction de î’béliomètre de Bouguer. Plus récem¬ ment Whcatstone et Brewster, chacun de leur côté, recou¬ rurent aux deux moitiés d’une lentille convergente pour opérer la réunion stéréoscopique de deux images. Enfin tout dernièrement l’amiral Lugeol en a fait le point de départ d'un appareil qui, à l’instar d’une lunette de Rochon ou d’une stadia de Porro, mesure les distances dans les opé¬ rations de l’arpentage et de la géodésie, dispensant de l’em¬ ploi pénible de la chaîne. Da ns le stéréoscope à demi-lentilles, les deux verres sont immobiles; dans les deux autres appareils, ils glissent l'un contre l’autre le long de leur surface de séparation de telle sorte que la ligne C/ C" ( fîg . 2) des centres optiques disjoints reste parallèle à cette surface. Nous leur donnons aussi un mouvement relatif, mais il a lieu (fig. 3) transversalement à la direction précédente. Quand les deux centres optiques passent graduellement de là coïncidence à des écarts crois- ( 389 ) sauts, la ligne C; C7/ qui les joint devient normale aux deux surfaces de séparation. Les deux faisceaux actifs fournis par les deux verres se¬ ront accompagnés d’un troisième faisceau direct transmis par l’intervalle rectangulaire compris entre eux. Quoique en général cet éclairement étranger ne nuise pas, on peut l’éliminer en collant sur les faces internes les deux lèvres d’un petit papier noir plié. Fabrication et installation des demi-lentilles . — ?Sos demi-lentilles sont sphériques (/ig. 4) ou cylindriques ( fig> 5 ) : nous improvisons les premières au diamant, qui a 1 avantage de n’amener aucune perte de matière; les der¬ nières, coupées par M. Beyerlé, puis polies intérieurement, ont subi une faible perte qui n’excède pas onun,5. Qu’elles soient sphériques ou cylindriques, il faut les doter de deux mouvements : l’un de translation, pour ac¬ croître ou diminuer et l’écart C' Cf/ des centres optiques et par suite celui des deux images réelles par lesquelles pas- senties rayons interférents ; l’autre de rotation, qui permet, avec les sphériques, de rendre horizontale la ligne formée par les deux points images, et avec les cylindriques d’ame¬ ner au parallélisme les lignes lumineuses qui forment alors les images. Leurs deux mouvements . — On atteint ce but en les en¬ châssant dans des pièces métalliques armées d’appendices par lesquels elles s’adaptent h une plaque plus grande : pour 1 une, l’appendice est une plaque cà deux biseaux qui, reçue par une coulisse et dominée par une vis dont elle porte F écrou, peut avancer ou reculer*, pour l’autre, c’est un axe de rotation reçu par la grande plaque et autour duquel les actions antagonistes d’une vis et d’un ressort produisent les deux basculements inverses. V èrification de l utilité et des ejjets de ces deux mouve¬ ments. — Rien de plus laeile que d’apprécier expérimenta- ( 390 ) lement Futilité elles effets de ces deux mouvements. On orga¬ nise, ainsi que nous le décrirons plus loin, une expérience où les franges se projettent sur un tableau porteur de traits verticaux équidistants. La rotation de la première vis res¬ serre ou élargit les frangés 5 sous Faction de la deuxième on voit, surtout pour les demi-cylindriques auxquelles ce basculement est bien plus nécessaire, les franges s’incliner et s'altérer au point de disparaître entièrement. Quand, avec les demi-cylindriques, on les tient, on les porte au maximum de beautéen changeant, par le mouvement micro¬ métrique qui lui est adapté, l’orientation de la fente. Conseils pour réussir vite avec les demi- cylindrique s . — Dès qu’une expérience est un peu compliquée, il convient de la réaliser d’abord avec les demi-lentilles sphériques et un point lumineux primaire. Quand on a réglé ainsi le dis¬ positif des principales pièces, on remplace le point lumi¬ neux par une ligne lumineuse, et même si on veut accroître encore la vivacité du phénomène, les demi-sphériques par un système de demi-cylindriques ayant même foyer prin¬ cipal. Indication des principaux cas ou les demi -lentille s sont préférables . — Ainsi montées, les demi-lentilles se prêtent commodément à une foule d’expériences soit qualificatives, soit quantitatives. Veut-on, par exemple, étudier la perte de - due aux réflexions d’un rayon venant heurter un mi- 2 lieu plus réfringeut que celui où il se meut, on fera tomber les deux points lumineux ou mieux les deux lignes lumineuses sur la surface interne d’un prisme, de manière que l’un des faisceaux tombe là où l’on aura déposé une goutte d’un li¬ quide plus réfringent que la matière du prisme. Pour éga¬ liser les intensités, on pourra déposer deux gouttes de li¬ quides différents dont les indices aient avec celui du verre, 1 un en plus, l’autre en moins, la même différence. En ao- ( ) croissant F incidence, on atteindra pour 1 un des faisceaux la réflexion totale, et l’on pourra étudier les changements de phase propres à ces sortes de réflexions. L’étude de F interférence des rayons polarisés se fera avec deux petits fragments d’une tourmaline parallèle qu’on placera là précisément où chaque faisceau se résume soit en un point, soit en une ligne. S agit-il de l’interférence des rayons polarisés circulairement, elliptiquement, on com¬ muniquera au trait solaire l’état de polarisation rectiligne, et on placera, en ces points d’étranglement, des micas quart d’onde convenablement orientés, comme on le voit dans la fig. 23 i de notre Traité. Si ces fragments de tourmaline, ces micas quart d’onde, ont trois côtés contigus de l’octo¬ gone régulier et l’un de ces côtés orienté dans la section principale, les expériences marchent avec une extrême facilité. Un cas où les miroirs semblent garder un grand avan¬ tage. — L’emploi des miroirs a cela de particulier que, si on les dispose sous l’incidence brewslérienne, ils polarisent les deux faisceaux, dispensant ainsi d’un polariscope spé¬ cial et se prêtant même à certaines expériences curieuses si les miroirs étaient de nature différente, l’un métallique et l’autre vitreux par exemple. Si pour ces motifs on était tenté de les considérer comme le moyen par excellence de production des franges et de leur maintenir la préférence dont ils ont joui jusqu’à présent, nous objecterions que sous l’angle de polarisation leur réflexion est faible et que leurs franges perdent cet éclat que leur communique le choix habituel des incidences rasantes, éclat tellement avantageux qu’avec les demi-lentilles même sphériques on peut presque toujours se dispenser de parfaire F obscurité, les expériences ne recevant aucune atteinte d’un jour (pii suffise aux lectures du micromètre. INous objecterions sur¬ tout que donner la polarisation rectiligne sans pouvoir aller jusqu’à la circulaire et l’elliptique, est un bien mince ( 3»2 ) avantage. Or les micas, capables (F opérer une telle trans¬ formation sur les rayons polarisés par les miroirs, devraient être si larges et seraient si difficiles à placer qu’on n’a ja¬ mais songé à réaliser avec les miroirs de telles expériences. Les demi-lentilles n ont pas à regretter le mouvement de translation donné à l un des miroirs. — On sait que MM. Fizeau et Foucault ont été amenés, dans leurs mémo¬ rables expériences sur l’interférence des rayons affectés d’un long retard, à dominer l’un des miroirs par une vis normale qui le pousse ou le tire de manière à introduire entre eux une saillie plus ou moins prononcée, dont l’effet est de chasser hors du champ commun la frange centrale et de n’y laisser que des franges d’un rang élevé. L’introduction de tel retard qu’il plaît est si facile avec les demi-lentilles (surtout quand, au lieu de mettre en coïncidence avec l’un des foyers réels une lame empruntée à un jeu de lames pa¬ rallèles d’épaisseurs diverses, on y place un compensateur capable de donner avec continuité et à partir de zéro toutes les épaisseurs imaginables) qu on ne saurait voir là un motif de préférence pour les miroirs, surtout si l’on songe que le calcul exact des effets dus à l’interposition d’une lame donnée, sur le trajet d’un des faisceaux fournis par les demi- lentilles, est autrement simple que celui du recul d’un des miroirs. D’ailleurs nous n’avons jamais éprouvé de difficul¬ tés pour réussir avec les demi-lentilles, même avec pro¬ jection, les spectres cannelés des physiciens précités. Il y a plus : il nous semble que les demi-lentilles pour¬ raient offrir à ces expériences une certaine perfection. On sait en effet qu’il importe grandement d’avoir deux images très-voisines et une très-faible divergence entre les rayons interférents. Or, si (//g. 6) l’on renonce à mettre la lame retardatrice en P' et que, la prenant plus large, onLapplique contre rime des demi-lentilles, soit en avant comme S, soit en arrière comme S;, on comprendra que si l’on rapproche alors jusqu’à la coïncidence les centres optiques G', C", les ( 3.93 ) images P', P;/ se mettront l une en avant de l’autre, ce qui dissiperait toute divergence dans la direction de la ligne P' P" sur laquelle devrait alors se placer la fente étroite qui précède le prisme élaborateur dans l’expérience de MM. Fi- zeau et Foucault. Il est juste cependant de remarquer que si, en coupant la îentilie, il y a eu perte de matière, les rayons manqueront dans la ligne d’occultation P' P" ; mais même alors on peut rapprocher assez les images P7, P" pour n’avoir qu’une très-faible divergence. Nous devons signaler une dernière étude qui s’accom¬ mode très-bien des demi-lentilles. 11 s’agit de celle de ces verres parallèles mis obliquement par M. Fizeau sur le tra¬ jet des rayons interférents pour en rapprocher les centres d’émanation. En les mettant dans les cônes convergents dus à faction des demi-lentilles un peu en avant des points de concours P7, P" [fig. 7), on peut venir mesurer avec le micromètre la nouvelle distance des foyers rapprochés et voir si elle cadre avec la nouvelle largeur des franges; nous prévenons seulement que, pour les retrouver après 1 interposition des verres, il faut, pour peu qu ils soient épais, les laire tourner par un moyen micrométrique. Après cette appréciation générale des avantages que semblent offrir les demi-lentilles, il est temps de les voir «à l’oeuvre et d aborder pour cela la description détaillée d’un certain nombre d’expériences. MESURE DES LONGUEURS D ONDULATION A PAR LES DEMI-LENTILLES (fig. 8). Je mets au porte-lumière une lentille d’un foyer très- court qui fournit le point lumineux P, et au delà, à ioio millimètres, un système de uemi-lenlilles sphériques pour lesquelles F = /170 millimètres. Elles donnent, 742 milli¬ mètres .plus loin, deux foyers réels dont les rayons diver¬ gents ne tardent pas à se supcrjioser. A 1 1 3 5 millimètres ( 394 ) des demi -lentilles, et par conséquent à 3p3 millimètres des images, dans le champ commun aux deux faisceaux, j’ins¬ talle le micromètre de Fresnel armé et de son fil et d’abord de son verre rouge. Mesure du'k d'un verre rouge. — J’obtiens des franges soumises à la formule 1—1^, dans laquelle / est la largeur d une frange, b l’écart P P; des points lumineux et d leur distance au fil du micromètre. U s’agit de mesurer ces trois quantités. La course du micromètre a été de imm,oi 5 pour io franges, d’où / = o, ioi 5. Pour mesurer b et e/, j’amène le micromètre à pointer sur les deux points lumineux, et comme il est installé sur la règle divisée du banc de diffraction, son déplacement * donnera d. Or il était d’abord à la division 1121 milli¬ mètres, il arrive à 728 -, on a donc d — 3q3. Les deux images P'', P" apparaissent comme deux petits disques brillants dont le diamètre peut s’abaisser au-des¬ sous de omm, 1 si on réduit par un diaphragme, à 10 milli¬ mètres, l’étendue des demi-lentilles. Rien de plus aisé que d’amener le fil à bissecter tour à tour les deux disques. De l’une à l’autre de ces bissections la course a été 2ram, 4^ ; on a donc h = 2mm,45- On en déduit o, ioi5. 2 , Par la méthode du réseau, le même verre rouge donne 0,000 634- Avec les miroirs, ni h ni d ne se trouvent aussi simple¬ ment. Pour ù, c’est une nouvelle expérience à disposer, ex- 45 = omm, 000 633. ( 395 ) périence longue, meme quand on substitue à la petite ouver¬ ture circulaire deFresnel le petit disque circulaire opaque qui a l'avantage de fournir à toute distance ses deux centres brillants. Mesure du A moyen qui convient à la lumière blanche. — En thèse générale, il convient dans chaque expérience de déterminer le A du blanc. Il est clair que si l’échelle des cou¬ leurs établie par Newton dans ses travaux sur les anneaux colorés, dominait aussi impérieusement qu’on l a prétendu les nombreux phénomènes où T interférence sépare les cou¬ leurs et les réassocie en couleurs composées, ce A moyen du blanc serait invariable et pourrait être demandé une fois pour toutes «à l’un de ces phénomènes; mais tel n’est pas le cas, et il est des phénomènes où l association des couleurs simples cesse d’ètrc conforme au phénomène type des anneaux des lames minces. J’ôte le verre rouge et je trouve pour l’épaisseur de 8 franges omm,y4 } j en conclus l — omm,092D. Pour atteindre les points lumineux blancs, le micromètre doit aller un peu plus loin que pour les points rouges. La différence s’élève à 4mm, 5. Je trouve ainsi pour son dépla¬ cement d — 397,5. Je trouve enfin b — 2mTTI, 435. Donc on a o ,0920 . 2 ,435 397,5 omm, 000 Ô67 . La coloration des franges qui n’a pas permis d’en pren¬ dre plus de 8, rend un peu indécis le point où il faut placer le fil pour effectuer la mesure de /. Longueurs d'ondes de diverses couleurs élémentaires (fi g- 9)- — La lentille de court foyer (F — 5mm), qui donne le point lumineux P, au lieu d’être mise au porte-lumière sur le trajet du faisceau direct de lumière blanche, est placée dans une région déterminée d’un spectre fourni par un prisme de 6o°. La lentille est assez étroite (b millimètres) ( 396 ) et le spectre assez large (110 millimètres) pour que les rayons engagés dans l’expérience soient sensiblement ho¬ mogènes. En se donnant, par la juxtaposition au prisme d une lentille d’un foyer un peu long, un spectre où les raies soient visibles, on pourra s’arranger pour qu’une raie bi ssecte le faisceau coloré reçu par la lentille et opérer ainsi sur des rayons parfaitement définis. Le prisme sur lequel une fente étroite verticale laisse arriver le trait solaire est disposé de manière à donner une déviation légèrement supérieure à la déviation minimum. Il suffit alors de le tourner un peu pour faire défiler sur la lentille à court foyer toutes les couleurs. On peut même se donner par réflexion le trait solaire incolore et opérer, sans changer le dispositif, sur le blanc. A d'un rouge voisin de F extrémité la moins rèfrangible du spectre. — Je trouve pour 10 franges iram,o45y d’où / — o,io45. Pour passer de l’observation des franges à celle des points lumineux, le micromètre court de d— 386,5. Enfin, du centre d’un des petits diques à l’autre on a le déplacement 2mra,4a5. On en conclut X o,nm, 1 045.2 ,425 ~ 386,5 ' — omm, 000 656. A du bleu. — Le violet donnant des franges trop sombres, nous nous sommes arrêté au bleu. La course d , plus longue qu’avec le rouge, vaut 4 1 1 ,5 $ l’écart ù, un peu moindre au contraire, vaut 2,07; d’ailleurs 10/ a valu omm,77, ce c[ui donne / — 0,077; il en résulte ___ 0,077.2,37 b 4 1 L 5 oirmi,ooo 454 - ( 397 ) Détermination des A dans divers liquides [Jig. io). — Ayez une caisse étroite et longue fermée à ses deux bouts par des verres parallèles. En faisant tomber sur le verre an¬ térieur les images réelles de nos demi-lentilles, et mesu¬ rant les franges sur le verre postérieur, il suffira, pour passer des X de l’air aux // des divers liquides, d’en remplir la caisse et de procéder à la mesure des franges resserrées par l’action du milieu. Comme b et d n’éprouvent aucun changement, on a * = /-, y = v a \ l' et le rapport - se trouve égal à • À t b d Il importe que le (il du micromètre vienne prendre les franges strictement .à leur sortie de la caisse. S’il s’en éloi¬ gnait, le chemin, dans le cas du liquide, serait un chemin mixte parcouru, partie dans le liquide et partie dans l’air. Dans ce cas qu il faut éviter, il faudrait d’autres mesures que celles de / et l' , et la valeur de V dépendrait d’un calcul d’interprétation bien moins simple. Avec le verre rouge j’ai, avant que l’eau soit versée, pour 6 franges, 2 millimètres, d’où Je verse l’eau et je trouve pour 8 franges le même nombre de 2 millimètres ; V vaut donc 71 d’où il vient 4 A A I 3 i 4 4 3 i ,333. Une autre fois je n’ai obtenu que 1 , 3 1 . Ces mesures ont été faites avec un micromètre divisé sur ( ) verre et immobile. Ces mesures sont en général moins exac¬ tes, le mouvement du fil assurant au pointé une précision très-grande, mais on y avait trouvé l’avantage de pouvoir coller ce verre divisé sur le verre postérieur de la caisse de manière à bien éviter le chemin mixte. PROJECTION DES FRANGES DES DEMI- LENTILLES . En traversant les demi-lentilles, les rayons n’éprouvent qu’une faible diminution et restent comparables en énergie à ceux que donnent les miroirs sous les incidences rasantes. On doit donc s’attendre à voir réussir avec ell es les projec¬ tions. Dans l’expérience ci-jointe (jftg. 11), une fente étroite, de omra,5 de large, et qu’on doit tourner lentement jusqu à ce que le phénomène cesse de s’améliorer, livre le trait solaire à des demi-lentilles sphériques dont le foyer prin¬ cipal est 435 millimètres. Les franges, petites, sont reçues sur une lentille projetante spéciale, délimitée par deux sur¬ faces cylindriques dont les axes croisés sont, vertical pour l une et horizontal pour l’autre. On les réobtient, sur un écran convenablement placé, très-amplifiées (elles avaient près de 8 millimètres de largeur) et très-vives, tellement vives qu’on peut mettre un verre rouge devant la fer. te sans qu elles cessent d’être visibles de loin. Supériorité de. la fente. — En remplaçant la fente par une lentille cylindrique ou même par une sphérique à court foyer, les franges ne deviennent pas invisibles, mais elles sont moins belles. La fente est donc ce cju il y a de mieux pour les projections. On doit la préférer encore dans les expériences à l'œil nu où 1 on n’a à craindre que l’excès de lumière. Elle se prête en elfet à l’amoindrisse¬ ment indéfini du trait solaire qu’on amène aisément au point où la lumière des franges cesse de blesser l’œil. Il est curieux que les faisceaux fournis par des fentes très-étroites ( $99 ) éprouvent un épanouissement par dilïraetion qui Jour lait couvrir une très-large partie des demi-lentilles. Les demi-lentilles cylindriques peuvent mieux faire en¬ core dans les projections, mais nous ne trouvons pas dans nos papiers d’expérience comparative à citer pour préciser leur supériorité. TRANSPORT DES FRANGES PRODUITES PAR LES DEMI-LENTILLES. Le transport de nos franges peut s’observer et à la loupe et par projection. Nous recommanderons surtout cetle der¬ nière manière de le produire. Transport avec une lame mince. — Je prends un mica de omm,oo8 d’épaisseur et ayant pour équivalent optique 0,008 X 1 >6 — omm ,01 28 , ce qui promet près de 9 franges pour le transport, d’après la formule lû. ==. [n - I ) c. Je l’applique sur une partie d’une des deux lignes lumi¬ neuses qui forment les images de la fente, et, si les points sont assez écartés et les franges assez fines pour que le ta¬ bleau suffise à cette double projection, j obtiens à la fois et les franges normales et les transportées. Transport avec un prisme aigu. — Au lieu d’une lame mince qui n’agit que sur une des lignes lumineuses, j appli- / a — 55'53" \ que sur les deux lignes un prisme très-aigu ( __ )• Les deux faisceaux interférants le traversent, mais en des régions dont l’épaisseur n’est pas la même. On doit donc s’attendre à obtenir et on obtient en effet un transport du à la différence des épaisseurs. Contraste inattendu. — En écartant davantage les demi- lentilles et par suite les images P', P", les deux faisceaux traversant des régions du prisme aigu plus éloignées subi¬ ront un retard différentiel plus grand;, et Loti doit s’attendre ( 4oo ) exprime le transport en franges. Mais il est curieux que le contraire ait lieu quand on l’exprime linéairement et d’une manière absolue. C’est ce qu’établissent les expériences suivantes faites avec le verre rouge. DISTANCES des doux points lumineux. LARGEUR TRANSPORT d’une frange. 1 en millimètres. en franges //-• calculé. mm 1,325 mm 0,l9l 3,6'2 fx — 18,7 //. = 17 2 , 8o5 0,090 2,84 O r //. = 01,0 [j. — 35 L’emploi de la lentille bicylindrique ne pouvant que jeter des doutes et autoriser des objections sur des expériences de précision, il va sans dire que ce n’est plus par projection, mais à l’œil armé du micromètre de Fresnel que ces me¬ sures ont été prises. Le contraste justifié. — On peut montrer que ce con¬ traste est naturel et tient aux conditions mêmes de l’expé¬ rience, en procédant au calcul du nombre de franges qui doi t exprimer le transport dans les deux cas. En effet , l’angle du prisme vaut en secondes 3353L On aura donc, pour le retard différentiel dans la première expérience, 0 * 3353 ï ,325 X - tt - =r 0mm.02l57, 200000 ' ce qui donne F équivalent optique O ,021 57 x I ,488 == 0,03209 et enfin, par la formule [xA — [n — - 1 ) e, o , o 3 200 — o 5 o 2 1 5 7 .. . 0 P = - - - - - — i 7 au lieu de 10,7. o,ooo633 ' ' Dans la seconde expérience on aura de même 206000 Équiv. optique ne de ce retard. o,o45656x 1 ,488— omm, 067935 d ’où ne — - e o , 067935 — o , 0^5656 - = 35,2 au lieu de 3 1 ,5. o ,ooo633 Si ces expériences, dont je ne soupçonnais pas, en les fai¬ sant, tout l'intérêt, étaient reprises avec plus de soin, si surtout nous appliquions à la détermination des constantes du prisme a et n, détermination très-délicate quand les prismes sont aussi aigus, des méthodes moins grossières que celle qui repose sur l’emploi d'un goniomètre n’atteignant que la minute, nul doute que nous 11e parvenions à mieux mettre d’accord le calcul et l’observation. jNous produisons encore le transport d’une troisième ma¬ nière, à l’aide d’un appareil qui nous sert depuis longtemps déjà, et qu Arago, ainsi que nous l’a appris la publication posthume de ses œuvres, aurait lui-même fait construire et employé bien avant nous. Occupons-nous d’abord de dé¬ crire cet utile auxiliaire. DESCRIPTION DU COMPENSATEUR D ARÂGO OU D INTER¬ FÉRENCES. J’ai fait faire un prisme long et étroit, d’un très-petit angle, qui s’est trouvé de Z/\ 18". A l’extrémité la plus mince j’en ai fait couper un petit morceau qui, appliqué sur le grand en sens inverse, forme l’équivalent d’une lame pa¬ rallèle dont l’épaisseur peut varier entre deux certaines li¬ mites ( Jîg . 12). La course totale du prisme qu’on fera mouvoir est de 120 millimètres et la variation correspon- Ann, de Chim. et de PhystJ 3e série, t. LXIV. ( Avril 1862.) 26 ( 4° 2 ) dante d’épaisseur de soit omni, oioi par millimètre de course. Le prisme court est mastiqué sur une petite ouverture circulaire dont il couvre juste la moitié (fig* i3). L’autre, grâce à un pignon et à une crémaillère, peut défiler le long du premier et réaliser ainsi, avec continuité, la totalité des épaisseurs. L’encadrement métallique du long prisme porte une di¬ vision en millimètres qui vient joindre un vernier fixe don¬ nant le 10e, ce qui permet d’évaluer des variations d’épais¬ seur égales à 0,00101. Pour réaliser l’épaisseur zéro, on oppose à ces deux ver¬ res superposés, sur l’autre moitié de l’ouverture circulaire, un verre parallèle dont l’épaisseur équivaut celle du système des prismes, pour un certain état de recouvrement. A cet état répond le zéro de F échelle. On le détermine sans peine comme il suit. Ajustons le fil du micromètre sur la frange centrale d’un système de franges fourni par nos demi-lentilles. Interposons alors le compensateur sur le tra¬ jet des deux faisceaux en ayant soin que les points lumineux P', P' tombent, l’un sur les prismes, et l’autre sur le verre parallèle. En faisant jouer la crémaillère, on fera réap¬ paraître les franges et on pourra remettre en coïncidence exacte avec le fil le milieu de la frange centrale. La division ainsi obtenue sur l’échelle en sera le zéro. 11 est à cfnni,8 du bout mince dans notre appareil. Ce verre antagoniste parallèle, il est commode de le con¬ stituer par plusieurs verres parallèles indépendants qui, assemblés par des charnières ou mobiles dans des coulisses, peuvent aisément s’enlever. Le nôtre est formé par deux verres d’égale épaisseur, ayant chacun 2 111,11 , gy4- Tous ces verres ont leurs bords intérieurs libres et peu¬ vent arriver au contact, ce qui permet de faire agir le compensateur sur des points lumineux très rapprochés. Outre ce compensateur à course très-lente, nous en ( 4'>3 ) avons un formé de prismes beaucoup plus épais et d un an¬ gle beaucoup plus ouvert (6° io/). Le mouvement d’une cré¬ maillère serait trop brusque avec une telle pente. Aussi avons-nous fait adapter au prisme mobile une vis micromé¬ trique d’un pas très-fin* et alors, quoique la variation d’é¬ paisseur atteigne omm, io83 pour une course de 1 millimè¬ tre, on n en saisit pas moins, quand l’équivalence des prismes et du milieu diaphane qui leur est opposé se réalise, les franges au passage, les voyant entrer du côté extérieur et s’avancer vers lintérieur, sans doute parce que l’arête des prismes n est pas rigoureusement transversale. Avant de passer à la description de quelques-unes des nombreuses expériences auxquelles ces compensateurs peu¬ vent utilement prêter leur concours, disons quelques mots sur le moyen que nous employons pour mesurer exactement les angles des prismes irès-aigiis. Principe de la mesure. — Ayez un cône convergent se ré¬ sumant pour l’oeil armé d une loupe soit en un point lumi ¬ neux, soit en une ligne lumineuse qui vient tomber en P sur la circonférence d’un grand limbe {fig. i4)* Le nôtre a près de zfm ? ^ de diamètre et est muni d une grande alidade sur laquelle on installe la loupe de Fresuel. Placez le sommet du prisme au centre du limbe et disposez-le de manière que ses deux faces reçoivent des rayons. Le faisceau intercepté se réfléchira, partie à droite, partie à gauche, en deux cônes dont les sommets occuperont sur le limbe deux posi- le double de l’angle a du prisme. Les prismes d’un compensateur sont tronqués, et on n en pourra pas faire coïncider le sommet avec le centre du limbe. On verra sans peine que la correction à faire consiste à retrancher de P P’’ un arc qui ait pour longueur l’épaisseur de la portion du prisme qui occupe le centre du 1 i mbe . L’étude des images dénote dans les surfaces d’un prisme 2 b. ( 4°4 ) un peu long bien des imperfections. Si, recouvrant d’un papier noir tour à tour ses diverses parties, on cherche a, en variant les lieux où s’opèrent les réflexions, on trouve dans cet angle des variations, faibles sans doute, mais très- influentes quand il s’agit de très-petits angles. Revenons aux demi-lentilles pour les voir opérer avec le concours d’un compensateur, et comme ce qui a été dit précédemment suffit pour en faire comprendre l’emploi dans les transports de franges, bornons-nous cà donner comme dernier exemple [fig> i5) le dessin d’une projection des cannelures de Fizeau -Foucault et passons à la double ré¬ fraction [voir à la fin du Mémoire l’explication de la fig. 1 5 ) . i LES DEMI-LENTILLES ET LÀ DOUBLE RÉFRACTION. application des demi-lentilles et du petit compensateur à la réalisation des deux systèmes de f ranges d'un cristal biréfringent . — Je clive un petit spath dont l’épaisseur prise au sphéromètre est amm, 810. Je ne laisse dans le pe¬ tit compensateur qu’un des deux verres parallèles sur le¬ quel j’applique ce spath. Le compensateur est alors disposé dans la région des deux images Ph P7, de manière que l’un des faisceaux interférents traverse les deux prismes, l’autre traversant l’ensemble du verre conservé et du spath [fig* 1 6) . En faisant jouer la crémaillère, sans qu’on ait à faire intervenir ni polarisateur, ni polariscope, on arrive d’abord à un système de franges; en continuant le jeu, on obtient avec une épaisseur plus grande un second système. Connaissant la section principale du spath, la position relative des deux images qui viennent tour à tour interférer avec le faisceau naturel transmis par les prismes du com¬ pensateur suffît pour montrer que le premier système est bien dû aux ravoos extraordinaires et l’autre aux ordi- naires. Mais on le reconnaît mieux encore en armant l’oeil d’un nicol et provoquant par sa rotation la disparition de chaque système. ( 4u5 ) Quand la section principale n’est pas parallèle au bord intérieur du cristal, les deux images ne sont plus à la meme distance de l’autre point lumineux, et les franges des deux systèmes sont inégalement larges. On vérifie ces inégalités par des mesures opérées soit sur la distance des centres des rayons intérférents, soit sur les franges. On peut encore me¬ surer la distance des deux images fournies par le cristal et on la trouve conforme à la théorie. Nos expériences ont porté aussi sur un spath parallèle à l’axe, pour lequel par conséquent sont en jeu les deux in¬ dices. Ici 1 es images ordinaires et extraordinaires sont l’une derrière l’autre : lors de l’équilibre leur distance à l’autre point est rigoureusement la même*, les franges des deux sys¬ tèmes ont donc même largeur. Comme notre compensateur n’était pas encore gradué quand nous avons opéré, nous nous abstiendrons de don¬ ner des cliiffi •es. Le gros compensateur dont il a été question réalise des épaisseurs extrêmes d’environ 18 et 25 millimètres, avec une vaiiation totale de 7 millimètres *, il était destiné à des expériences qui devaient porter sur deux spaths épais* ayant l’un i8mm, 23i, et l’autre i8mia, 274. Nous avons re¬ connu depuis que le petit compensateur pouvait suffire à tous les équilibres, pourvu qu’on eût un assortiment de verres diversement épais à mettre du côté des deux prismes. Quoi qu’il en soit, nous allons décrire les expériences, dont une nouvelle, que nous avons faites avec ces gros spaths. L'expérience des spaths croisés de Frcsnel. — i° C est d’abord la célèbre expérience des spaths croisés deFresnel, imaginée par ce grand physicien pour dissiper les objections soulevées contre sa théorie des couleurs des lames cristal¬ lisées, reprise avec un faisceau convergent. Les demi- lentilles ne peuvent y intervenir utilement, puisque l’on n’a besoin que d’un seul point lumineux. jNous couvri¬ rons donc l’une d’elles avec un écran, et il 11e restera \ ( 4°b plus dans noire manière d’expérimenter que la eircon- slance d’y employer un faisceau convergent fournis¬ sant des points lumineux réels. On aura ainsi, quand les sections ne seront pas croisées, un losange de quatre points réels qu’on pourra étudier à la loupe. Cette expérience, de quelque manière qu’on la fasse, avec des rayons divergents ou convergents, réussit très-aisément-, l’inégalité notable d’épaisseur de nos spaths n’y apportait aucun embarras. Ce¬ pendant elle nous a semblé plus belle et plus facile avec notre faisceau convergent qu’à la manière de Fresnel. Les franges des images O, E- E, O ne cessent pas de s’obtenir quand, ne croisant pas les spaths, on cesse d’avoir superpo¬ sition des deux images équilibrées par les deux spaths. On les retrouve dans la région commune aux deux cônes qui émanent des deux sommets opposés du losange reconstitué qu’occupent ces images. N’oublions pas d’ailleurs qu’ici le concours d’un poiarisateur et d’un polariscope est indispen¬ sable. 2° Ce sont ensuite deux expériences analogues à celle qu’on vient de décrire sur des spaths beaucoup moins épais, réalisant par l’antagonisme de verres convenables, qui ont eu environ 24 millimètres pour l’image ordinaire et 2omm, 7 pour l’extraordinaire, sans polariscope et sans poiarisateur, la production successive des deux systèmes de franges. 3° C’est enfin l’expérience des spaths croisés reprise avec un seul spath, n’exigeant toujours qu’un seul point lumi¬ neux, et réussissant très-bien si le spath est suffisamment épais. Accordons-lui quelques développements. Interférence , après compensation, entre les rayons or¬ dinaires et extraordinaires d un seul spath épais. — Que voulait Fresnel ? Réaliser sur deux faisceaux, Fun ordinaire, l’autre extraordinaire, nettement séparés, l’interférence qu’il affirmait se produire dans les lames minces entre des rayons qu’une séparation rudimentaire laissait confondus. Pour¬ quoi deux spaths égaux? Pour racheter par l’un les énormes ( 4°7 ) différences de route dues à l’autre, et arriver à ces faibles retards en dehors desquels les franges n’apparaissent plus sans artifices. Pourquoi les croisait-il? Pour se débarrasser des faisceaux non équilibrés O, O 5 E, E, et être ainsi dans un cas simple. Or le rôle du second spath peut être évidemment dé¬ volu à un compensateur. En faisant appel «à ce moyen, l’ex¬ périence ressemblera mieux peut-être «à celle qu elle voulait élucider. Mais il faut que les images soient assez écartées et par conséquent le spath assez épais pour que les deux pris¬ mes <à épaisseur variable puissent recevoir l une, et les ver¬ res parallèles qui compléteront l’équilibre l’autre. Quand ces prismes et ces verres sont montés de manière à pouvoir venir au contact, un spath de 18 millimètres d’épaisseur est plus que suffisant. Nous ne voyons pas comment, sans l’em¬ ploi de rayons lumineux convergents et d’un foyer réel, on réussirait cette expérience. Pour- les raisons données, nous nous abstenons de donner ici des chiffres. Ce qui piécède nous parait suffire pour que le lecteur apprécie les avantages des demi-lentilles et puisse lui-même les introduire dans les expériences qu’il lui plaira d’entre¬ prendre. Nous croyons donc inutile d’allonger ce Mémoire par la reproduction de quelques-unes des expériences que nous avons faites et sur l’interférence des rayons circulaires et sur le transport dû aux biréfringents circulaires. Nous nous bornerons à décrire encore celles sur la réflexion inté¬ rieure totale et non totale, parce qu’on peut en tirer une preuve expérimentale de la perte de -subie dans certaines réflexions. Mais, comme nous avons trouvé un moyen plus net encore d’établir ce point capital, nous donnerons éga¬ lement le détail de cette expérience qui se fait avec les (ranges de M. Jamîn, quoique les demi -lentilles et le com¬ pensateur lui soient étrangers. Commençons par celte der¬ nière. ( 4» 8 ) Expériences sur la perte de — dans la réflexion de — sur -h. — Les franges de M. Jamin s’obtiennent, on le sait, avec les deux moitiés d’un verre parallèle disposées paral¬ lèlement sur la route du trait solaire, de manière que les rayons lumineux ricochent de l’un à l’autre (fi g* 17). L’in¬ terférence a lieu entre la partie d’un meme rayon qui éprouve sur le premier une réflexion externe et sur l’autre une ré¬ flexion interne, et la partie pour laquelle l’ordre de ces deux réflexions est interverti. Si l’on reçoit sur une lentille con¬ vergente le trait solaire après son ballottement, les franges se projettent très- vives sur un écran placé au foyer. Si l’on étame un des miroirs, les franges restent belles et bien visibles, quoique le rayon qui a subi la réflexion interne sur ce miroir y ait gagné un excès d’intensité inutile, sinon nuisible. / Cela posé, enlevons sur un miroir une bande de l’amal¬ game dont les bords parallèles soient normaux à la direc¬ tion des franges-, si pour cette bande dénudée les deux rayons interférents subissent deux réflexions internes pa¬ reilles, pour les parties adjacentes étamées l’un d’eux se sera réfléchi de — - sur H- et les franges, déplacées d’une demi-largeur, devront correspondre aux brillantes de la partie nue. C’est ce qui s’observe très-nettement. A l’œil on peut user et du verre rouge et de la flamme d’alcool salé. Par projection, le verre rouge affaiblit trop, mais un verre jaune clair rend plus marqué le contraste des franges du milieu, relativement pâles, avec celles plus vives du système qui s’étend à droite et à gauche d’elles. En installant les deux verres sur de la cire molle, on les règle sans difficulté, et 011 amène les franges à l’horizonta¬ lité, de manière que la bande déséîamée mise verticale soit bien placée. Nos verres avaient 4 millimètres d’épaisseur environ. Ils avaient la forme d’un rectangle (22 de large sur 1 3 de haut). Leur distance était de i5 millimètres. On fera ( 4^9 ). ' • bien d’arrêter les rayons étrangers par des écrans placés comme on le voit sur la figure. Si les demi-lentilles donnent, pour établir cette perte de — •> une moins belle projection que les lames parallèles épaisses, elles rachètent cette infériorité par f avantage qu’ell es ont de manifester également par projection les pertes variables qui accompagnent les projections totales. On voit sur la fig. 18 les deux cônes convergents, ou mieux les séries de cônes convergents résumés en deux li¬ gnes lumineuses, s’engager dans un prisme de verre et s’y réfléchir intérieurement sous une incidence qu’on peut faire varier dans des limites très-étendues, soit en deçà, soit en delà de l’angle limite. Après réflexion, les rayons sortent du prisme, divergents de certains centres Q;,Q 7 qui seraient les symétriques de P;, P7 sans les réfractions subies à l’en¬ trée et à la sortie. Dans l’expérience figurée, la nouvelle di- * rection qui comprend le champ commun aux deux faisceaux et leurs franges, direction dans laquelle devront s’aligner et la lentille projetante bi-cylindrique B et le tableau, fait avec la primitive un angle de 180 — 85 = 90°, duquel se déduirait l’angle de réflexion intérieure. Si, après avoir étamé la face EF/, on la dénude sur un espace central carré (fig. 18 bis), il suffit qu’une des ligues lumineuses tombe sur cet espace, parallèlement à ses bords verticaux, pour obtenir i°en dessus et en dessous, des franges d’interférence dues à des rayons semblables et ayant meme frange centrale blanche; 2° intermédiairement, un système de franges dues à des rayons dissemblables, réfléchis, l’un sur le verre, l’autre sur le métal, et correspondantes aux milieux des précédentes (fig. 18 ter). Avec les lames parallèles épaisses c’est le trait solaire en¬ tier, sans fente qui le restreigne, sans lentilles qui le trans¬ forment en cônes soumis à de rapides affaiblissements, qui est employé : il est donc naturel que les franges y soient plus vives. Leur dislocation y est plus nette parce que, dans ce phénomène de lumière parallèle, la formation des franges est toute locale, les rayons générateurs des divers points d une meme frange n ayant entre eux aucune soli¬ darité par laquelle l’interférence des uns puisse s’étendre et se mêler à l’interférence des autres. Ici, au contraire, les divers points correspondants des deux lignes lumineuses fournissent des franges très-étendues, qui ménagent par des courbes de raccordement le passage des franges extrêmes aux intermédiaires disloquées; comme de plus nos franges devaient, pour rester visibles, être moins larges, on con¬ çoit qu’il faille quelque attention pour saisir le phéno¬ mène. Mais précisément parce qu elles sont moins parfaites, ces franges laissent mieux voir leur centrale et il en résulte la possibilité, en comparant les positions des deux centrales, l’une extrême, l’autre intermédiaire, et les rapportant aux positions des points Q', Q", de dire si le rayon réfléchi sur la partie étamée subit un retard ou une avance. .Nous avons reconnu que, conformément à la théorie des tranches, la différence d’une demi-ondulation accusée par l’expérience est un retard pour lui. On se donnera les moyens d’étudier la réflexion totale, en déposant sur une partie des régions atteintes par l’une des lignes lumineuses une goutte de liquide, et en poussant l’incidence au point où elle devient totale pour l’autre fais¬ ceau, sans l’être encore pour la partie mouillée-, un petit papier carré posé sur la goutte l étale et lui donne"des bords bien définis. Ainsi conduites, les expériences laissent quel¬ que incertitude, à cause de la trop grande différence d’inten¬ sité des rayons interférents 5 mais si, au lieu de liquide, ou prend le prisme étamé qui vient de servir, 011 voit que, quand le faisceau recueilli sur la partie privée de tain se réfléchit totalement, la dislocation ne porte plus les franges inter¬ médiaires au milieu des extrêmes. Le déplacement s’accroît dans le sens Q^Q/; et devient supérieur à ce qui doit être ( 4> ’ ) si, comme nous croyons l avoir établi dans notre Traité , la réflexion totale, verre sur air, avance le rayon au lieu de le retarder. LES DEMI -LENTILLES . CALCUL. Le calcul des demi-lentilles va être établi d’abord pour le cas où, dans la division de la lentille qui les a données, il n’y a pas eu perte de substance et où par conséquent leurs centres optiques CL, G " (situés pour des verres plans con¬ vexes sur la surface sphérique) sont sur les bords internes des verres et non en dehors de ces bords. Nous appellerons (fi g. 19) : L la largeur L ' V , L rr l" de chaque demi-lentille ou mieux de la partie laissée libre par un écran qui en couvrirait les parties extérieures et utilisée dans l’expérience. F leur distance focale principale. e l’écart C'C" donné aux deux centres optiques; il se conclut sans peine de la mesure de P P 7. b la distance P P des deux points lumineux secondaires. / la distance PC sensiblement égale à PC' et à PC7. /' la distance locale conjuguée CPM sensiblement égale à C'P/etcàC//P//. â la distance Pj O, à laquelle commence la rencontre des faisceaux. A la distance Pt B, à laquelle ils se recouvrent complète¬ ment. d la distance P, A qui caractérise une position quelconque (antérieure à IF B 11 ) du plan où s’observent les franges. r/i la distance PtG pour une position quelconque posté- . rieure à IF B7. f s. ’ f d"> f d largeur d’une frange «à la distance particu¬ lière A et aux distances quelconques d , d n A , nd , n d le nombre total des franges de la région commune correspondante. .{ 4 î 2 ) Nous nous proposons de trouver les relations qui unis¬ sent ces diverses quantités, et les expressions qui rattachent aux données et aux paramètres celles qui n’ont aucun de ces deux caractères. Étude directe synthétique . — Avant de nous engager clans ces calculs faciles, comme il n’est pas inutile de jeter rapidement sur le sujet un coup d’œil synthétique, nous remarquerons : Qu’en O l’interférence commence par les deux rayons extérieurs homologues. • Qu’en s’éloignant de O sur l’axe de ligure POG, on ren¬ contre des franges centrales dues à des rayons homologues qui se rapprochent du bord intérieur des demi-lentilles. Que les franges qui escortent, à droite et à gauche, la frange centrale, sont dues à des rayons non homologues qui ont traversé les verres à des distances inégales de leurs bords. De sorte que, pour eux, si la lentille n’est pas apla- né tique, leur retard se complique d’une aberration sphéri¬ que capable d’altérer la position des franges. Que dans le plan IV B" la totalité des rayons est utilisée, les franges extrêmes situées vers IV, B/; mettant aux prises les rayons les plus dissemblables à ce point de vue de l’aber¬ ration sphérique. Qu’avant comme après ce plan, en A; A" ou en G'G" par exemple, il y a une portion de chaque faisceau non utilisée, ce qui rend moins dissemblables les rayons constitutifs des franges marginales extrêmes. Mais, tandis que pour une position A' A" antérieure à B' B" il y a utilisation des rayons extérieurs extrêmes et dé¬ laissement de certains rayons intérieurs, pour la position G' G" ultérieure ce sont quelques rayons extérieurs extrêmes qui sortent du champ commun et cessent de concourir cà la formation des franges d’interférence. On prévoit et Fou démontrera que le maximum du nombre de franges possibles a lieu dans le plan IV BA S’il ( 4 >3 ) en est ainsi, chaque distance postérieure <7t sera conjuguée d une antérieure d qui donnera le meme nombre de franges qu elle. On pourra se proposer de chercher la relation qui unit ces distances conjuguées. Calcul. — On a d’où d’où i ’ i <1 ou et £ — - i i / ./ f F f2 r=^—~ et f+f'-J f — F /-F ; /+/' b = £ - - - , f h — f — F 0 — {— f 2 L — £ 0 rj f 2 L -f- 6 — b P F P F (/-F)’ (aL-t-e— (/-F)j>.L+«)(/-F;— */.l et enfin J = sp? (/ — F j ( 2L/ — 2.L F — e F On a encore d’où B' B" __ A -h/+/' __ A — £ ~T~ “ /+/' ~ a A __ A — 2 o /+/' ~ T puis f'-Hf- F expression dans laquelle il suffirait de remplacer ù par sa valeur pour avoir A en fonction des données de la question. Mais on arrive plus vite à ce résultat en empruntant encore à la ligure cette autre relation évidente B' B" L A (f — F ) /F car, combinée avec l’équation précédente, elle donne ^(A — £) _ LA(/ F) d’où 5 /F A- 5 L(/-F) A $ d’où */F /-h/' L (y — F)2 /— F _ f — F ( L/- LF — -eF e/2F /2 P sF et enfin A '■f1 F on en déduit c’est-à-dire (/- — F ) ( L/ — LF e F) LA(/-F) B' B — B' B" / F L/— LF — sF , * __ ^(/- F) mais on aura donc ( 4*5 ) n A B' B" 7T eL If' Occupons-nous maintenant d’une position A antérieure quelconque. On a ÂÔC = b A/ et fd = X y d’où A' A" b2 [tl — S) _ b7 / i i \ ~fd~ ~ Ud ~ IbS ~ Y \S ~ 7l) ’ et l’on voit, sans y remplacer b et d par leurs valeurs, que cette expression grandit avec d et atteint son maximum quand d prend sa valeur extrême A. De même pour une position postérieure quelconque G on a d où G 'G' b d -4-/+/' /+/' G'G" b1 d 4- y -K/' b~ i i i > fA (/“+"/ ) ^ \/4-/' / ; - , ±\ ’ M/— F)2 v y2 // expression qui grandit quand / décroît et qui acquiert son maximum quand dx prend sa plus faible valeur A. C’est donc bien à la distance A qu’on a le plus de franges. Là relation qui unit les distances conjuguées d \ ds capa¬ bles du menu* nombre de franges est visiblement ! i i /— F ,1 - B + ' ( ) Le rapport de grandeur de ces franges égales en nombre est 1 de — * d Le nombre des franges part de zéro dans la région anté¬ rieure à B' B". Or il ne devient pas nul dans la postérieure puisque dx — oo donne le minimum II y a donc M/~ F) lieu de chercher la position d' conjuguée avec di ~ oo . Elle dépend visiblement de l’équation i i 7 _+" 17 qui donne /2 d' ef2 F (/ — F ) LF — s F) et pour laquelle le nombre des frangés est b 2 __ s2 Hf+f') ~ >■ (/— F) Modifications dans le calcul et dans les résultats , quand il y a eu perte de substance dans la taille des verres. — Sans insister sur ces détails dépourvus d intérêt pratique, nous terminerons en disant deux mots du cas où les denii- lentilles ont perdu chacune, par le trait de scie et le polis¬ sage, une petite épaisseur e. On verra qu’alors pour un point quelconque A, B ou G il y a toujours, à partir d’un certain rapprochement des centres optiques C;, C", priva¬ tion, pour ce point, des rayons interférents, et qu’ainsi la possibilité de mettre les points en stricte occultation, chose quelquefois très-désirable (p. 392), n’existe plus. On verra encore que la position du plan B^'7, et les nombres ontchangé, et, sans entrer dans le détail de calculs analogues à ceux déjà faits, nous dirons seulement que Bon trouve dans ce cas pour nA la valeur -- . ( 4*7 ) Si le calcul analogue des particularités oilertes par les miroirs de Fresnel est beaucoup moins simple, cela tient à ce que ces miroirs ne sont pas, comme les demi-lentilles, symétriquement placés par rapport aux deux images P', P". Si l’expérience se prêtait à ce que le point lumineux fût sur la bissectrice de l’angle obtus des miroirs, on aurait cette symétrie et les calculs se rapprocheraient de ceux que nous venons de développer : mais il est certains résultats tenant à la réalité des images dans les demi-lentilles qu’on ne re¬ trouverait pas avec les miroirs. Yerra-t-on dans les demi-lentilles une de ces expériences - outils qui s’appliquent à de nombreux phénomènes et per¬ mettent d aller dans leur étude vite et bien, c’est ce que nous espérons. Explication des figures [PI. V). Nous croyons utile d’ajouter, pour quelques-unes des figures, un complément aux développements déjà donnés dans le corps du Mémoire. Fig. 4 et 5 — V, vis de translation appliquée à la demi-lentille de droite L. e, son écrou mobile porté par l'appendice à biseaux delà plaque sur la¬ quelle cette demi-lentille est mastiquée. U, vis de rotation appliquée à la demi-lentille de gauche L'. Elle agit soit sur son bord (fg. 4 ), soit sur un levier spécial {fg. 5). C, centre de rotation de la plaque qui porte L'. R, ressort antagoniste. Dans la fg. 5 il est appliqué sur l’autre face, et, milieu d’agir sur le bord du verre, il agit sur une petite goupille saillante. L'une de nos demi lentilles sphériques a pour foyer F = 435 millimètres, chaque verre a pour largeur 20 millimètres. Pour une de nos demi-cylindriques on a F = 55o millimètres et chaque verre a t8 millimètres de large. Fig. 11. — On n'a pas figuré le mouvement micrométrique qui, appliqué an porte-lumière, permet de changer lentement l’orientation de la fente. C'est en coïncidence avec l’un des deux points P' ou P" que se mettent les corps retardateurs tels que le mica, le prisme allongé, ou le compensateur. Ann. de Chitv . et de Phys., :»r série, T. EX1V. ( Avril 18(12.) 2.H ( 4 1 8 ) Fig. i3. — Sur un grand disque, portant par derrière une douille centrale qui permet de l’installer sur un des curseurs du banc de diffraction, est pra¬ tiquée une ouverture circulaire centrale dont une moiiié est barrée par le verre plan B ou mieux le système gradué des verres plans B, l’autre moitié l’étant par le court prisme A' rendu immobile. Le long prisme A mobile est mastiqué dans un châssis qui fait corps avec la plaque P, plaque armée d’une crémaillère marginale et de biseaux par lesquels elle s’engage dans la rainure RR' , pouvant y monter ou y descendre sous l’action d’un pignon p. La plaque mobile P porte la division, et une autre plaque Q, indépendante de P et portée, comme le pignon, par RR', le vernier, Fig. i5. — Fente variable dont l'orientation peut se modifier lentement. Quand on a obtenu des cannelures nettes et vives, sa largeur s’est trouvée réduite à environ omm,5. L, L', demi-lentilics cylindriques dont le foyer principal était om, 706. G, fiche qui porte la lame rétardatrice d’un des faisceaux. H, fente variable, amenée à environ omm,25, mise dans la région com¬ mune. Q, prisme suivi d’un objectif achromatique. E, écran qui reçoit le spectre cannelé; on cherche par tâtonnement l’en¬ droit où la projection est la plus nette. Fig. î 6. — F, Fente étroite. L, L', demi-lentilles cylindriques de foyer égal à om,55. C, C', les deux prismes du compensateur. S, le spath. Y, le verre plan équilibrateur conservé. M, le micromètre de Fresnel. Fig. 18. — F, fente étroite. L, L', demi-lentilles cylindriques de 55o millimètres de foyer; / ol — n$° E, prisme isocèle ( ' _ )• \ 4 — — 1,5 ï6J EE', sa base où s’opère la réflexion des faisceaux qui divergent à partir des foyers réels P', P". B, Lentille bicyîindrique projetante. T, le tableau mis là où la projection ale plus de netteté. Fig. 18 ter. — Plan du tableau avec les franges dans le cas de réflexion non totale. Fig. 1 8 cjiiater. — Tableau des deux sortes de franges, quand la réflexion devient totale sur la partie désétamée. — L’angle séparateur des rayons avant leur entrée dans le prisme et après leur sortie n’était plus 85°, mais i5i°. (\J\J\ '\A'VVV\/W\ (\J\I\ /WV /Vv\ ( 4 « 9 ) RECHERCHES SCR LA SOLIDIFICATION O IN LIQUIDE REFROIDI AU-DESSOUS DE SON l'OINT DE FUSION; Pak M. Ed. DESAINS. Présentées à l’Académie des Sciences, le 17 février 1862. Je partagerai ce travail en deux parties. Dans la première, je démontrerai par 1 expérience qu’il faut donner à un poids d’eau liquide pour l’échauffer de u° à t°t la même quantité de chaleur, soit que dans ce passage l’eau se gèle d’abord et se fonde ensuite, soit au contraire qu’elle se réchauffe sans cesser d’être liquide. Dans la seconde, j’appliquerai ce principe à la solution de plusieurs questions relatives à la surfusion, c’est-à-dire à l’état d’un liquide refroidi au-dessous de son point de congélation. O PREMIÈRE PARTIE. Ire Section. — Quantité de chaleur nécessaire pour échauffer un poids d’eau de u° à Je me suis proposé de mesurer cette quantité, d’abord lorsque dans le passage de u à 4- t{ l’eau se gèle et se fond successivement, et ensuite lorsqu’elle s’échauffe sans chan¬ ger d’état. L’appareil que j’ai employé se compose d’un cylindre de verre, au milieu duquel se trouve le réservoir d’un thermomètre. Lue des extrémités du cylindre est amincie et soudée à la partie inférieure de la tige du ther¬ momètre-, le reste de la tige sort en dehors. L’autre extré¬ mité est également effilée. Dans l’intérieur du cylindre ou a fait pénétrer et bouillir de l’eau distillée-, puis la pointe a été fermée, en sorte que l’appareil forme une espèce de 27. ( 4^0 ) petit marteau d’eau. La quantité de liquide suffit pour cou- vrir tout le réservoir du thermomètre. Pour le refroidir, je me sers d une enceinte cylindrique en fer-blanc fermée par un couvercle muni d une douille. Elle est entourée d’un mélange de glace et de sel ; et lorsque l’air intérieur est suffisamment refroidi, j’y intro¬ duis l’appareil et l’y assujettis, de manière qu’il en occupe l’axe et que la tige sorte à travers la douille dans laquelle elle est fixée par un bbuchon. Je suis avec une montre à secondes le refroidissement du thermomètre en évitant toute agitation. La température s’abaisse à u°, u étant néga¬ tif, et se relève rapidement à zéro par l’effet de la congéla¬ tion d’une partie de l’eau. Alors j’enlève l’appareil hors de l’enceinte froide et je le plonge dans un vase de cuivre contenant de l’eau, et disposé comme celui dont se sert M. Régnault dans ses expériences sur les chaleurs spéci¬ fiques. L’eau du vase se refroidit à une température t et cède ainsi à l’appareil de la chaleur qui fait fondre sa glace et le réchauffe ensuite à une température tx, La quantité de chaleur qu’il a absorbée pour passer de u à -f- 1 1 avec con¬ gélation et fusion intermédiaires est ( 4*i ) M étant le poids de l’eau du vase de cuivre augmenté des valeurs en eau de ce vase lui-même et du thermomètre qu’il contient $ A la quantité de chaleur donnée par l’air extérieur pendant l’expérience et 9 la température initiale de l’eau M. D’un autre côté, afin de connaître la quantité de chaleur que l’appareil aurait exigée pour s’élever de u à + si l’eau s’était réchauffée en restant toujours à l’état liquide, je refroidis de nouveau l’appareil comme précédemment*, mais lorsque sa température est voisine de zéro, égale à e, je l’enlève hors du mélange réfrigérant et le plonge dans l’eau du vase de cuivre qui se refroidit de 9' à //, tandis que l’appareil s’échauffe de r à t\ . La chaleur qu’il gagne est alors M' ( 9 ' — t') -f- Ar, les lettres accentuées désignant ici des choses analogues à celles que les mêmes lettres sans accents désignent dans l’expression (i). On en conclut que, pour s’échauffer de « à -f- f, sans que l’eau cessât d’être liquide, l’appareil prendrait (2)' [W (V - t') + K'}~ A en admettant que la chaleur spécifique de l’eau liquide ne change pas sensiblement de u à H- tx ; ce que j’ai vérifié comme je le dirai plus loin (VIIIe Section). Dans les expériences que j’ai faites, les quantités (i) et (2) se sont trouvées égales; elles ont donné M(e — t) -+- A _ M' (0' — f') -h A' — a — v Elles montrent donc que, pour échauffer un poids d’eau liquide de u à f1} il faut lui fournir la même quantité de chaleur, soit que dans ce passage l’eau reste toujours liquide, soit qu elle se gèle d’abord, et se fonde ensuite. ( 4*2 ) Tableau I. — Expériences accompagnées de congélation. température POIDS de l’eau du vase CHALEUR céd^e par l’air. A. DATES. 1859. • à laquelle l’eau s'est gelée. U, Initiale de l’eau dans le vase encuivre 0. finale de cette eau. t. finale de l’ap¬ pareil. de cuivre corrigée du vase et du ther¬ momètre. M. VALEUR de l'expression M ( 0 — t ) -h A ~ - - * f, — II o O O O 8 mars. . . . — 4,5a 18,48 i3,5o * i3,5o i36, 104 11,71 38,34 12 mars. . . — 6,5o 20,25 >4,52 i4,55 1 36, 064 10,32 37,53 22 mars. . . - 7,25 12,17 7 >96 8,00 1 36 , 1 3o 5,26 37>92 Moy... 87,93 Tableau IL — Expériences sans congélation. TEMPÉRATURE POIDS de l’eau du vase de cuivre corrigée du vase et du ther¬ momètre. MV CHALEUR cédée par l’air. A'. DATES. 1859. de l’ap¬ pareil froid. V. initiale de l’eau dans le vase de enivre. finale de cette eau. t' finale de l’ap¬ pareil. t' VALEUR de l’expression M'(0'— f')+ A' 1 1 ‘ 1,-0 ' 8 mars . . . G O 0 O 18, 5i 14, 3i • 4,3i Ov O V» O 00 O — 8,02 39, 38 i5 mars . . . O ^,70 11,4* 1 1 ,35 i36,2i6 -24,29 37 ,25 29 mars. . . 0,5 10,80 00 1 8,65 1 36,194 +28, 85 38,56 Moy... 38,39 ( 4^3 ) L’égalité presque exacte des moyennes des deux tableaux prouve la proposition avancée. Remarque sur les températures t et tY inscrites dans le tableau I. L’appareil se réchauffant aux dépens de beau extérieure qu'il refroidit, il parait d’abord surprenant de lui trouver une température tx — 8 supérieure à celle de beau t — 7,96, et bon est tenté d attribuer la différence à une erreur d’observation ; cependant elle peut exister réellement et tenir à un effet de conductibilité. On peut imaginer des circonstances où bon en produirait une bien plus grande et dans le meme sens. Si, par exemple, on plongeait un corps froid à la partie supérieure d’une eau un peu pro¬ fonde, celle-ci se refroidirait, tomberait au fond et le corps finirait par se mettre en équilibre avec les couches supé¬ rieures, tandis que les inférieures resteraient plus froides. Si alors 011 venait à agiter le liquide, il prendrait une tem¬ pérature uniforme plus basse que celle du corps. J’agitais trop le liquide extérieur et j’enfonçais trop le corps froid pour que cette cause put avoir une influence fort sensible, mais il n’est pas impossible qu elle ait produit des diffé¬ rences de quelques centièmes de degré. IIe Section. — Discussion des expériences précédentes . Les différences des nombres inscrits dans la dernière colonne d’un même tableau tiennent surtout sans doute à des erreurs de lecture. Le thermomètre qui servait à éva¬ luer t et 0, t! et était divisé en cinquièmes de degré -, celui sur lequel je mesurais u et tu e et b,, en demi-degrés; si, comme je le suppose, en appréciant à l’œil les fractions, je 11e me trompais pas de plus d’un quart de division pour le premier et un cinquième pour le second, ces erreurs ne ( 4^4 ) surpassent pas o,o5 sur t et 0; 0,1 sur u et tx. Or des inexactitudes de cet ordre de grandeur suffisent pour expli¬ quer les différences dont il s’agit; mais comme elles sont accidentelles, elles doivent influencer les observations tan¬ tôt dans un sens, tantôt dans l’autre, et avoir peu d’effet sur les moyennes. La différence qui subsiste entre les moyennes des deux tableaux a une autre cause. Les températures u et n sont observées (pendant un refroidissement d’autant moins ra¬ pide, qu’elles sont plus basses et par suite plus voisines de celle de l’enceinte. Pendant ce refroidissement, Feau qui entoure le thermomètre doit être plus froide que lui, en sorte que u et n devraient être diminuées pour représenter la température de l’eau, et n plus que u. Celte diminution en produirait une dans les valeurs des expressions inscrites à la dernière colonne des tableaux, mais une plus grande dans le tableau IL La moyenne de ce tableau, qui est la plus élevée, devant être amoindrie plus que l’autre par la cor¬ rection, on conçoit qu’elles pourraient se rapprocher encore plus de l égalité. J’ ai développé dans les Sections III et suivantes une méthode par laquelle je suis parvenu à faire les corrections relatives à cette cause d’erreur. sions de l’appareil; mais on ne peut pas les réduire beau¬ coup, parce que l’on amoindrit en même temps (6 — t) et qu’ alors les erreurs de lecture sont moins négligeables par rapport à cette quantité. Il est facile de se rendre compte de la relation entre 0 — t et les dimensions de l’appareil, en supposant, par approximation, que celui-ci est un cylindre de rayon r, de hauteur /, ayant d et c pour poids et chaleur spécifiques, et que l’eau qui l’enveloppe est terminée exté¬ rieurement par une surface cylindrique de même hauteur et de rayon r-t- p, p étant au moins égal au diamètre du thermomètre placé dans Feau pour mesurer 9 et t. Alors, quand l’appareil se réchauffera de n à f, on aura, en faisant ( 4 25 ) abstraction du vase qui contient l’eau et de son thermo¬ mètre, l’égalité 7r v 2 Idc (t — v) — ni [(r -f- p)? — r'2] ( ô — t). d’où 0 — t 11 cdr ' edi expression qui montre bien que 6 — t diminue quand r diminue. L’appareil ‘ auquel je me suis arrêté après plusieurs essais contenait 2Sgr,643 d’eau. Sans eau, il pesait 68gr,9oi. Le réservoir avait environ 170 millimètres de long et 19 à 20 de diamètre; au-dessus de l’eau se trouvait un espace convenable pour qu’elle pût se dilater en se congelant. Le thermomètre intérieur avait un réservoir d’environ 80 mil¬ limètres de long et 5 à 6 de diamètre. Avec ces dimensions, les erreurs présumées de lecture sont restées d’assez petites fractions de la quantité 9 — et en même temps les tempé¬ ratures u et o ont toujours été assez peu différentes de celles de l’eau environnante, comme l’a fait voir la méthode de correction qui leur a été appliquée. Lorsque j’introduis l’appareil froid dans l’eau M du vase aux mélanges, celle-ci se refroidit, tandis que celui-là se réchauffe; il arrive un moment où leurs températures sont égales ou tout au moins fort peu différentes; c’est ce moment que je choisis pour celui de la température finale que j’ap¬ pelle t pour l’eau du vase et t , pour l’appareil. Il ne coïn¬ cide pas toujours avec le moment du minimum de la tem¬ pérature de M. Pour évaluer A, j’ai déterminé par des observations spéciales de refroidissement ou de réchauffement du vase de cuivre contenant de l’eau la quantité de chaleur (<7) que le milieu extérieur lui prend ou lui donne pendant une minute pour un excès de température de i°; alors dans ( 4^6’ ) chaque expérience, depuis l’introduction de l’appareil dans l’eau de M jusqu’au moment de la température finale, je mesure à différentes époques la température variable de cette eau, et en multipliant l’intervalle des deux époques par l’excès moyen de la température de l’air et par le coeffi¬ cient (<2), j’ai la quantité de chaleur cédée ou prise parle milieu dans cet intervalle; la somme de ces quantités est A. Elle est positive quand le milieu donne plus qu’il ne prend, négative dans le cas contraire. Dans mes expé¬ riences ( a ) = 1,4, c’est-à-dire que la quantité de chaleur donnée au vase de cuivre contenant l’eau par le milieu pendant une minute pour un excès de i° serait capable d’élever 1 gramme d’eau de i°,4* IIIe Section. — § Ier. Refroidissement ou réchauffement dun thermomètre et de T eau qui l environne quand celle-ci n'est pas agitée. Un thermomètre U est dans un vase de verre fermé JJf en partie plein d’eau; le système UU' est plongé dans un cylindre de fer-blanc Ur , entretenu extérieurement à une ( 4*7 ) température constante w; on se propose d étudier les tem¬ pératures de U, de U' et de l’air contenu en \]'r 5 je parlerai comme s’il s’agissait d’un réchauffement. Soient u la température du thermomètre à l’époque h , 1/ celle de l’eau, u'' celle de l’air, enfin w celle de l’enveloppe de fer-blanc. Soit <7 la chaleur nécessaire pour élever de i° la partie du thermomètre contenue dans le vase 17; soient S la surface de contact du thermomètre avec l’eau et S y la quantité de chaleur que cette surface recevrait en une minute de l’eau qui l’entoure, si la différence de température était de i°-, soit e la quantité de chaleur que la partie du ther¬ momètre située dans le vase U' en dehors de l’eau recevrait en une minute et pour une différence de i° de la surface horizontale de l’eau et de la partie du vase 17 supérieure cà l’eau*, dans l’instant dh le thermomètre recevra ( S 7 + e) ( u' — 11) dh ; cette quantité élèvera sa température de du et l’on aura rjdu = (S 7. -f- s ) ( u' — u) dh du S7 , Tk = L eau forme avec l’enveloppe du vase U7 qui la contient un système que je supposerai avoir partout à la fois la tem¬ pérature u! 5 ce système donne de la chaleur au thermo¬ mètre U et en reçoit en meme temps de l’air ambiant par contact et rayonnement, de l’enceinte de fer-blanc par seul rayonnement. Sous cette influence il s’échaude de du! dans l’instant dh et gagne une quantité de chaleur q' du! , si l’on appelle q' ce qui est nécessaire pour l’échauffer de i°. Soient S' la surface extérieure du vase 17, S' y' et S1 d les quantités de chaleur que l’air et l’enceinte de fer-blanc lui donneraient dans une minute pour un excès de température de i°; tm ou (3) aura ( 4^8 ) c]' clu! — S' 7' ( u" — u!)dh — ( S 7 -H e ) ( u! — ■ « ) dh -f- S' S' ( w — u! ) dh ou L’air contenu en U" reçoit de la chaleur de l’enceinte de fer-blanc et endonne au vase U7; soient q” la quantité néces¬ saire pour réchauffer de i° et du!' son élévation de tempé¬ rature dans l’instant dh , on aura q" du" — S" q" ( w — u" ) dh — S' 7' ( u" — u' ) dh , en appelant S" la surface de F enceinte et S "y" la quantité de chaleur que l’enceinte donnerait à l’air dans une minute pour un excès de i° 5 de là (5 du" dh SV, - sy — TT (w — « ) - ~ÏT (u ur) O11 peut entre les équations (3), (4) et (5) éliminer il et il' et ne conserver que u et ses dérivées. L’équation (3) donne , q du du' du q d2 u u u - f- — - et — — - (- — - ; . S 7 -f- £ dh dh dh S 7 — | — e dh 2 en substituant ces valeurs de 11 et C— dans l’équation (4), on en déduit u qq d 2 u ■+ (S7~}-s)Sy dh / / / 7 q q — l — _i _ L— _i_ 1 O ' f 0/ f q rj 4 du ^7 fs SY SY (S 7 -h s) 7/ 7/i s — 1~ ll> ~}~ — 7 U 7 w ( 4^9 ) 77 d3 il et du" _ d/i (S y -f- s) S' y' d/d c! . ci , 7 [u — w ) — o . 77' 7" En posant z ~ u — w, cette équation peut s’écrire (6) rt3 z , <72z , , cfe — - h k — - \- k' — -H X" z dh 3 <7A 2 dh o, si l’on y représente, pour abréger, par A, A7 et À7 les coeffi- <72m <7« il -t cients de et u — £*>, lesquels sont tous positifs. On satisfait à l’équation (6) en posant z — V>e~bh ^ ce qui donne dz dh — =r - bBc-bh, d2z ~dh 2 A 2 B e~hh 5 r/3 ; 7h — £3B+k M + - Pour la résoudre, il convient de poser z — u — oj -+— (S, (3 étant une constante convenablement choisie -, alors u = z 4- a) — (3, et elle devient d3 z d2z j dz r/w \ - h /■ - h /*' - 1 - 14- kN(z — S dh3 dh 2 \dh dh ' u (Sv + sjS'^/w C/<1 dh o, et en faisant , r (S y 4- î)S4î\ d w (i(l dh M d'où, à cause de — - = a. dh S qq' h' — (S y 4- fi) S'^ qq' h" y. • •lie se réduit à d3z d2 z dz if + h if + * dh+ z - °- L’on en déduit, comme précédemment, M — w 4- p = Be-6/'4- 4- B"t'~*' A, ù, ù7, bn étant les racines de la même équation b 3 4- Z b* : — P ê 4- Z v ™ o, ( 43 a ) Après un temps suffisamment long, si b est la plus petite des racines, on aura u — m — j- 8 — B e~b/l : d Dans le cas où go variera très-lentement, — — ou a. sera très- dh petit ; on pourra négliger j3 et l’on aura u — m = Be~bh, go étant ici la température de F enceinte à l’époque h et non plus la température go' du commencement de l’opération. Dans ce qui suit, je supposerai a assez petit pour négli¬ ger (b. Mais go — go ' = ah ne peut être négligé, quoique a soit petit, parce que h croît indéfiniment, f? IVe Section. — - Vérification expérimentale de la théorie précédente et recherche de b. J’employais, comme je Fai dit, une petite enceinte de fer- blanc entourée d’un mélange réfrigérant; j’en mesurais la température* au moyen d’un thermomètre que je laissais séjourner quelque temps dans son intérieur; le retirant alors, je mettais à sa place l’appareil que j’ai décrit, dont j’observais le refroidissement avec une montre à secondes: finalement j’enlevais cet appareil et remettais à sa place le thermomètre, afin de voir si la température avait changé pendant l’expérience. Je citerai deux refroidissements ainsi observés. Expérience du ï 5 mars i 85q. Avant l’introduction de Fappareil, la température de Fenceinte était iy,66 à 2h4am. Après qu’il fut retiré, elle était — 19 à 3h55m. Elle avait diminué de o ,66 en minutes. Cette diminution me paraît assez faible et assez lente pour appliquer au refroidissement qui eut lieu de ( 433 ) 2h54m à 3h3im 10% les calculs précédents. Pour avoir u — r*>, j’ai admis que le changement de w s’était fait pro¬ portionnellement au temps, et j’ai retranché des valeurs observées de u les valeurs de w ainsi calculées. Dans le ta¬ bleau suivant, les heures sont comptées à partir du mo¬ ment où P appareil a été introduit dans l’enceinte, u — w est calculé par la formule u — w — 29,64 c~6/', dans laquelle Le-/' — — 1,9918, le signe L désignant un logarithme ordinaire.. Tableau III. HEURES. (*)• TEMPÉRATURES u — - CO DIFFÉRENCES. II. co. observé. calculé. f // O 2 . 00 9>5 — .*9,53 29, °3 3.00 9>° — 19,53 28,53 4 o5 8,5 — 19,52 28,02 6.o5 7>5 — 19, 5o 27,00 8.20 6,5 - »9,48 25,98 n .35 5,o - >9,45 24,45 1 3 . 3o 4,o '9,45 23,43 16. "20 2,5 - >9>4‘ 21,91 21 ,78 4-0 , 1 3 17.30 2 ,0 — n),3g 21,39 21 ,3o -4-0,09 20.00 1,0 - !9,37 20,37 20,32 4-0 ,o5 22 . 20 0,0 — 19,35 19,35 '9>44 -°,°9 23.55 — 0,5 - '9,34 18,84 .8,87 — o,o3 25.25 1 ,0 — 19,32 1 8 ,32 18,34 — 0,02 27 .00 — i,5 — '9,31 17,81 17,80 — 1“0 5 0 I 28.35 — 2,0 - J9,29 *7>29 17,28 -4-0 ,OI 3o.o5 — 2,5 — 19,28 16,78 16,80 —0,02 3i-45 — 3,0 — '9>27 16,27 16,28 — 0,01 33.35 - 3,5 - 19,25 15,75 15,72 -4-0, o3 35.20 - 4,0 — »9,23 15,23 1 5 , 2 1 4-0,02 37.10 L.. _ J - 4,5 - 19,22 14,72 *4>G9 ? o3 Ann. de Chim. et de Phys., 3e série, t. LX1V. (Avril 1862.) 28 ( 434 ) Expérience (la 12 mars i85g. Avant l’introduction do l’appareil, la température de l’enceinte était — 19,73 à 3h 25m. Après qu’il fut retiré, elle était — 17,64 à 4h45m. La température o> fut déduite de ces nombres comme précédemment. L’appareil fut intro¬ duit à 3h27m; les heures sont comptées à partir de ce moment, u — w est calculé d’après la formule u — w = 32 , 86 e~bh , dans laquelle Le~/' est comme ci-dessus — 1,9918. Tableau IV. TEMPÉRATURES u — -01 ' HEURES . DIFFÉRENCES. (A). U. &>. observé. calculé. ï 1 1! i oc» 0 i3,5 — 19, 66 33,°i6 5. o5 1 1 ,0 — 19,56 3o ,56 17.50 5,5 - ‘9,27 24.77 22 i5 2,5 - !9>l7 2 1 ,67 21,59 -+-0 ^ 08 27 20 o,5 — 19,06 i9,56 19.6i — o,o5 28.45 0 ,0 — 19 >02 19,02 ù)>°9 —0,07 3o 4« o,5 — 18,98 .8,48 18,42 -ho,o6 3a 00 — 1,0 — 18,95 J7>95 17.96 — cT, 0 1 33.35 — i,5 — 18,91 1 7 >4* 17,43 — 0,02 35 . 1 0 — 2,0 ~ 18,88 16,88 16,92 -0,04 36.45 - 2,5 - 18,84 16,34 16,42 — 0,08 38.35 — 3,o — 18,80 .5, 80 i5,86 — 0,06 4o . 3o - 3,5 — 18,75 1 5,25 1 5 ,3o —0 ,o5 42.35 — 4,0 - 18,70 14,70 •4.71 — 0,0( 44-35 _ /. r. tj , j — 18,66 «4>‘6 1.4, 16 0,00 46.45 — 5,0 — 18, 6t i 3 ,6l i3,5.c) -ho, 02 49- »5 — 5,5 — .8,55 1 3 ,o5 î2.97 +0,08 ! 5 i . 3o — 6,0 — 18, 5o 12 ,5o 12,43 -4-0 ,07 54 ■ 00 - 6,5 — 18,4 \ 11 .94 1 1 ,85 "hO,ü9 ( 435 ) Les tableaux précédents montrent qu’à partir d une va¬ leur suffisante de / 1 , u — ca se laisse représenter par un seul terme XSe~bh\ alors en effet les différences entre l’ob¬ servation et le calcul tombent dans les limites des erreurs des lectures qui peuvent s’élever à environ o°, i, comme je l ai déjà dit. L égalité Le-/' = — 1,9918 donne b — o ,0 1 888. J’écrirai dans ce qui suit b — 0,019. V e Section. — Recherche de S y et de e. Lorsque du verre est en contact avec de l’eau plus chaude que lui, il passe de l’eau au verre, en chaque minute, à travers chaque unité de surface, une quantité de chaleur qui est représentée par y lorsque la différence des tempé¬ ratures des deux corps est de i°. Pour déterminer y, il suffit de plonger dans un poids d eau connu, à une tempé¬ rature connue, un vase de verre fermé contenant un liquide et un thermomètre, d’observer le refroidissement de l’eau pendant une minute lorsque le réchauffement du vase de verre est devenu lent; en multipliant le refroidissement de l’eau par son poids, on a la quantité de chaleur cédée au verre en une minute, et en divisant par la surface de contact du verre et de beau et par lexcès moyen de température de l’eau sur le verre pendant cette minute, on a y. Si pendant l expérience l’air extérieur donne de la chaleur à l’eau, il faut l’ajouter à la chaleur perdue par Peau pour avoir la chaleur cédée au verre. \ oici les détails d une détermina¬ tion ainsi faite. L’appareil dont il a été question jusqu ici fut refroidi dans un vase entouré de glace et, lorsque sa température sembla à peu près fixe, plongé dans l’eau contenue dans le vase de cuivre déjà décrit et agité dans cette eau. Au bout de quelque temps, la température de l’eau descendit en 28. i 436 ) deux minutes de ii°,oi à 10,80; sa valeur moyenne pen¬ dant cet intervalle était donc io°,9o5. Aux mêmes in¬ stants les températures de l’appareil furent 8°, 53 et 9°,6i, dont la moyenne est 9°,oy. D’ailleurs le poids M de l’eau, en tenant compte du vase qui la contient et du thermomètre» était i36gr,553. La quantité de chaleur cédée a l’appareil pendant deux minutes pour un excès de i°,835 était donc i36, 553 X o, 21 . Mais de plus la température de l’air extérieur étant alors i3°,5 et Fair donnant au vase qui contenait l’eau une quantité de chaleur x ,4 par minute et pour un excès de i°, il faut ajouter à ï36,553 xo,2i le produit i,4 X 2 X 2,5p5 pour avoir la quantité totale trans¬ mise à l’appareil intérieur. On trouve ainsi 35, 942 et, en divisant par 2X1 ,835, on obtient pour la quantité trans¬ mise par minute et pour un excès de i° le nombre 9,79. J’ai obtenu par une autre détermination 9,44* Fa moyenne est 9,62; et comme la surface de contact de l’appareil avec beau était environ io5cc,3, 9,62 Quant à la surface S, elle était environ i5 ,89. Par suite 7S — 1 ,45. £ est une quantité fort petite; j’ai obtenu une limite supérieure de sa valeur par les recherches suivantes. J’ai fait refroidir l’appareil dans une petite enceinte pleine d’air, noircie intérieurement et entourée de glace fondante, et j’ai trouvé pour son refroidissement par minute et pour un excès de i°, o°,o2i9. D’une autre part, ce même appareil plongé dans Feau se refroidit par minute et pour un excès de i° de o°,276. nombre fourni par la moyenne de deux déterminations; mais la quantité y qu'il cède alors à Feau par unité de sur- ( 43; ) face est 0,0914 ; donc celle qu’il perd dans l’enceinte pleine d’air par unité de surface dans les memes conditions est 0,0914 X o ,02 19 — — - - — - - — « o ,276 Si le verre était noirci ou mouillé deau, ce qui revient à peu près au même, puisque le pouvoir émissil de l’eau diffère peu de celui du noir, cette quantité grandirait en restant cependant inférieure à o ,oqi4 X o ,0519 10 0 ’ ■ -- X — — o,ood, 0,276 9 puisque ce n’est que dans le vide que la vitesse de refroidis¬ sement est proportionnelle au pouvoir émissif. Ainsi la quantité de chaleur que l’unité de surface du verre mouillé gagne on perd par minute pour une différence de tempéra¬ ture de i°, dans une enceinte noire contenant de l’air, est plus petite que 0,008. s est la quantité de chaleur qu’une portion de tige dont 3e diamètre est environ 5mm,5 et la hauteur 3cm,5 reçoit par minute et pour une différence de i° de la portion de l’appareil IJ7 située au-dessus de l’eau-, les parois de cette portion sont de l’eau ou du verre mouillé 5 l’intérieur est presque vide, puisque l’on a fait bouillir l’eau dans l’appareil avant de le fermer et que la tension de la vapeur d’eau est très-faible aux tempéi'atures basses auxquelles on a opéré ; ainsi en multipliant 0,008 par la surface de cette tige qui est environ 6cc,o44> cm aura un produit 0,048 qui sera plus grand que s. Donc Sy -f- £ <^ 1 , 5o. D’ailleurs S y -f- £ 1 , 45 ; par suite en faisant S y -f- e = 1 , 4 7^ , l’er¬ reur sur la quantité bq S7 sera négligeable. En partant de mesures prises sur un thermomètre fort peu différent de celui de l’appareil et fait par le même constructeur, j’ai trouvé par des proportions une va¬ leur q = ï , 5c)f> qui doit être assez approchée et dès lors ( 438 ) j’ai pu écrire u! - M uf — 475 Ce résultat permet de corriger les températures inscrites dans les tableaux ï et II sous les désignations de u et de e. Ainsi, la deuxième du premier tableau est — 6,5 : c est la température u lue sur le thermomètre à l’instant auquel l’eau s est congelée; alors la température de l’enceinte était — i8°,44;u — a> = 1 i°,94, et partant*/ — w = 1 i°,69: u—-r-6°,'j 5. Telle était la température de l’eau avant la congélation. La quantité de chaleur représentée par M (9 — î) + Âa réchauffé l’appareil jusqu’à tx. Si le ther¬ momètre, au lieu d’être à — 6,5, avait été aussi à — 6, 75, il aurait fallu pour produire ce réchauffement un excès de chaleur égal à 1,590X0,25=0,3987. Ainsi la quan¬ tité qui réchauffe tout l’appareil de - — 6,75 à -b est M (0 — t ) -b A + 0,3987 et l’expression inscrite dans la dernière colonne devient M ( G — t) -b A -b o , 3987 21 , 3o 37,11. En faisant subir des corrections analogues aux autres nombres des tableaux I et IL ils deviennent : ( 439 ) Tableau I bis. TEMPÉRÂT DRE DATES 1859 à laquelle l’eau s'est gelée. u' . du thermomètre dans cette eau. II. VALEURS DE l'ëXPRESSION M(6 — t ) -f- A-j-i ,5t)5(« — u') t{ — il' 8 mars . . . -4, Si O ÉO l 37,72 12 mars. .. —6,75 — 6,5o 37 , 1 1 22 mars . . . -1 >45 —7,25 37. $6 Moyenne. . . J7 , 43 Tableau II bis. TEMPÉRATURE î de l’eau du thermomètre VALEURS DE L’EXPRBSSION froide. dans cette eau. r U { . e. M,(Ô, — ^ 1 ) — 1 — A — 1 — I ? f> C) 5 (0 — U ( ) i\ — u\ 8 mars. . —0 ,38 0 38,4” i5 mars. . —0,39 0 36, 16 29 mars. 4-0, 3i 4-0 ,6 37,72 0 Moyenne... 37,43 \ ! ( 44° ) On voit que l’effet des corrections a été de rendre inap¬ préciable la différence des moyennes des deux tableaux et, par suite, de confirmer la démonstration du principe que l’on a déduit de leur égalité dans la Section I. VIIe Section. — Justification de la mesure des températures u! et u' x . Dans les tableaux précédents, la dernière colonne repré¬ sente la quantité de chaleur nécessaire pour échauffer l’ap¬ pareil de i°. Les températures u' et u\ qui ont servi à sa détermination ont été mesurées dans des circonstances dé¬ favorables pendant un refroidissement et corrigées en¬ suite. Pour justifier la méthode suivie, j’ai déduit cette même quantité d’expériences dans lesquelles l’appareil était refroidi dans la glace fondante et les mesures prises à un moment où, l état final étant presque atteint, les tempéra¬ tures ne variaient plus qu’avec une extrême lenteur; j’ai cependant obtenu les mêmes résultats, comme on le voit ici. Tableau V. r™- TEMPÉRATURE : POIDS de i’eau corrigé CHALEUR cédée par l'air. DATES. 1861. de l’ap¬ pareil froid. initiale de l’eau du vase decuivre. finale de cette eau. finale de l’ap¬ pareil. VALEUR de l’expression f>. 0'. t' . M\ V. M'(ô' — t') + A' < - - ‘ 3o juillet. . O 2 >47 O 22 ,3l O 1 8 , 22 O 1 8 , 20 1 36, 920 34,06 37,78 ier août. . 0,33 22,22 V.3 GO GO 17,67 1 37,51 1 45,45 3?,44 a août. . . . 0,25 10 go CO VJ 1 9 > 1 7 •9> <7 186,718 59,. 6 37,08 • Moy... 37,43 (440 Pour évaluer la quantité A', j’ai dû mesurer de nouveau le coefficient a représentant la quantité de chaleur que le milieu environnant donne au vase aux mélanges en une minute pour un excès de température de i°, attendu que dans l’espace de deux années l'état de la surface de ce vase avait pu changer; j’ai trouvé en effet <2 = 2,24 au lieu de 1,40 que j’avais obtenu en 1859, al°rs 4ue le vase était plus neuf. V IIIe Section. — La chaleur spécifique de Veau liquide est la même au-dessus et au-dessous de zéro. Ce théorème se déduit des expériences de refroidisse¬ ment rapportées aux tableaux III, IV et VI, qui montrent que, entre -+- 20 et — 6°, u — où = h étant dans cet intervalle une quantité constante donnée pour les deux premiers tableaux par l’équation — bz kb2 — k' b + k" = o . Cette équation peut s’écrire, en remplaçant les coefficients par leurs valeurs, y(S7+-«) = sy(sy - bq") y*. ie~hlh dans laquelle bx est à la vérité différent de b , mais reste encore le même au-dessus et au-dessous de zéro. Ici bx est racine d’une équation b) -CC-f-C = o, qui peut s’écrire cl\ ($i 7 2i ) s; S,7 -h s , b{ q{) b{{S"xl'\-biq\ + $\l\ ) h Cette équation et la précédente permettent de déterminer c et y en fonction de b et de bx et de quantités indépendantes des propriétés de l’eau ; et comme b et bx ne changent pas en passant par zéro, il faut en conclure que c et y ne chan¬ gent pas non plus dans ce passage. Déjà M. Person (*) avait aussi déduit de ses expériences que c ne change pas brusquement à la température zéro. Expériences du r décembre 1861. Les heures sont comptées à partir du moment où l’appa¬ reil a été introduit dans l’enceinte dont la température w — — 20,9 31 a pas varié d’une manière sensible pendant l’expérience. La tige du thermomètre n’est ici divisée qu’en degrés. Je suppose que j’ai pu à l’œil estimer les cin¬ quièmes et que, par suite, les erreurs des lectures ne doivent pas dépasser 0,2. u — m est calculé par la formule u — w — 3o . e~ C h (*) Annales de Chimie cl de Physique , 3e sérié, t. XXI, p. 3 1 4- dans laquelle ( 443 ) ce qui donne Le h'h — — 1 >99‘493> b{ — 0,0196. Tableau VI. HEU UES. (*)• TEMPÉRATURES IL — - 01 1 DIFFÉRENCES. li. CO. observé. calculé. 1 // 0 0 O 5. i5 7,52 —20,90 28,4‘2 7 . 20 6,53 n 27,43 io.35 4,55 rt 25,4-5 1 ! . 45 3,56 n 24, 4G 12.55 2,57 tt 23,47 23,29 H-0, 18 1 4 . 5o i,58 n 22,48 22,44 -j-o , 0 \ 16. 5o 0,60 n 21 ,5o 21,07 — 0,07 19.05 -0,40 n 20,00 20 ,64 -0, 14 21.35 — *,39 n 19, 5i 19,66 — 0, i5 •24 . a5 -2,38 n kS,52 l8,59 —0,07 27.30 -3,37 rt 17,53 i7,5ï -+-0,02 3o . 00 -4,36 rt 16,54 16,67 — 0, 1 3 32.40 — 5,o5 rt 1 5,85 15,82 H-0, 0.8 SECONDE PARTIE. Questions relatives à la solidification d'un liquide refroidi au-dessous de son point de fusion. Il y a plusieurs cas à examiner : i° Si le liquide est refroidi à une température conve¬ nable, il se gèle tout entier et se réchauffe jusqu’au point de fusion. 20 Si rabaissement de température est plus grand que dans le premier cas, tout le liquide se gèle encore, mais la ( 444 ) chaleur dégagée ne suffit pas pour le réchauffer jusqu’au point de fusion. 3° Si 1’abaissement a été moindre que dans le premier cas, une partie seulement du liquide se gèle et le solide formé, aussi bien que le liquide non gelé, s’échauffe exac¬ tement jusqu’au point de fusion. A chacun de ces cas correspond un problème. i° Déterminer la température r à laquelle il faut refroi¬ dir un liquide pour qu’il se gèle tout entier et se réchauffe jusqu’au point de fusion. •2° Un liquide ayant été refroidi au-dessous de t, déter¬ miner la température à laquelle il se réchauffera en se gelant tout entier. 3° Un liquide ayant été refroidi à une température supé¬ rieure à ?, il ne se gèlera pas tout entier par l’agitation : déterminer le poids de la partie qui se gèle. Ier Problème. — Soient p le poids du liquide; q et g le poids et la chaleur spécifique du vase qui le contient; c la chaleur spécifique du liquide et T sa température de fusion. Si le liquide se réchauffait jusqu’à T sans cesser d’ètre liquide, il exigerait une quantité de chaleur pc (T — t), et le vase de son côté qg (T • — t), en tout (pc qg) (T — t). Si au contraire tout le liquide se gèle, et si t est tel, que sa température s’élève jusqu’à T, il faudra, pour fondre le solide formé sans qu’il cesse d’ètre à la température T, lui donner une quantité de chaleur pl , l étant sa chaleur latente de fusion. D’après le principe démontré dans la première partie de ce travail, on doit avoir d’où pi — (pc + qg) (t — t), T Pl pc H- qg ( 445 ) Si Ton négligeait la chaleur prise par le vase, on aurait c Dans le cas de Teau T = o et c — i , alors z = — 79,25. Dans le cas du phosphore, T — 44 > 2 i c — o , 2 ; l — 5,4; alors t = 17,2. IIe Problème. — Soient a' la température à laquelle le liquide a été refroidi et T' celle à laquelle il se réchauffe en se gelant tout entier; soit de plus c 1 la chaleur spéci¬ fique du solide obtenu par la congélation du liquide : pour échauffer le liquide jusqu’à sa température de fusion T, sans qu’il cessât d’être liquide, il faudrait lui donner une quantité de chaleur (pc -h qg) (T — u'). D’un autre côté, quand il s’est solidifié tout entier en se réchauffant jus¬ qu’à T', il faut pour l’amener à T et le fondre en le lais¬ sant à T, (pc1 -f- qg) (T — T') -t- p/, et d’après le principe on aura l’équation (8) (pc + qg) (T — il') — ( pc H- qg) (T — T') H- pi qui déterminera T'. Si prêtait négligeable, on aurait c (T — «') = c' (T — T') + /, d’où Dans le cas de l’eau d — o,5 environ, et l’on a T' — 1 58,5 -f- 2 ur . Comme 1/ — 79,25, iv sera négatif. Dans le cas du phosphore c — c = 0,2, alors Iv= 27 -f- u'. Comme uf 17 , 2, T; sera inférieur à 44 > La formule (8) peut servir à déterminer / quand on me- ( 446 ) sure les autres quantités qu’elle renferme. J’ai employé cette méthode conjointement avec celle des mélanges pour trouver la chaleur latente du phosphore dans mon travail sur la fusion de ce corps (*) . L’accord des résultats obtenus fournit une vérification expérimentale de cette formule. IIIe Problème. — Soit u! la température initiale; pour échauffer le liquide jusqu’à T sans congélation, il faudrait une quantité de chaleur [pc -h qg) (T — uf). D’un autre côté, si p' est le poids gelé, il faudra p'I pour le fondre à T° ; par suite, en appliquant toujours le même principe, on a (pc -h q g) (T — a’) ~ p l, et quand on néglige qg , c = i et T = o, alors p' = Pour Peau Les expériences citées dans les tableaux I et I bis peu¬ vent être employées à vérifier cette formule, car elles per¬ mettent de calculer et de mesurer le poids de glace for¬ mée, et de comparer les résultats du calcul et de l’obser¬ vation. Soit comme exemple l’expérience du 22 mars 1859. Pour calculer p\ je remplace dans la formule (pc -h qg) (T u')~p'l pc -h qg par 37,43, d’après les résultats consignés dans le tableau V ; T par zéro, / par 79,25 et il par — 7 ,45, je trouve p' = 3gr,5i9. D’autre part, pour mesurer pr je remarque que F appareil réchauffé à zéro et contenant un poids pf de glace a été plongé dans un poids d’eau i36gr,i3 qu’il a refroidi de 12°, 17 à 70, 96, tandis que lui-même s’est échauffé '(*) Armâtes de Chimie et de Physique , >e série, t. XXII, p. \l\tr. ( 447 ) de o à 8°. On a donc pour déterminer// { équation 37,43 X 8 -h// X 79,25 — i36, 1 3 (12,17 — 7^98) -h 5,2.6, le dernier terme représentant l'influence de l’air. De là on déduit // — 3gr,52o. En calculant de meme les deux autres expériences du tableau I, j’ai formé le tableau suivant : Tableau VII. DATES . pc + qg v. IL . !>' DIF- 1859. / calculé . observé. FÉRENCES. 8 mars. . . . 37,43 28,643 -4,8. 2, 2; 2 2,324 — 0,002 12 mars. . . . 37,43 28,643 -6,75 . 3,l88 3,^97 -4- 0,OCJI 2-3 mars . . . 37,43 28,643 —7 >45 3,519 3,020 — 0,001 Somme. . . 8,979 8,94' o ,o38 Les problèmes I et III ont été jusqu’ici traités diffé¬ remment par les dilférents auteurs; les expériences que j’ai citées me paraissent propres à fixer l’opinion des physiciens sur les solutions qu’il convient d adopter. IVe Problème. — Connaissant la quantité de chaleur / que 1 kilogramme d’un solide, à la température T, exige pour se fondre sans se réchauffer, trouver la quantité l qui fondra également sans le réchauffer ce meme kilogramme refroidi à la température vl inférieure à T. Pour fondre le kilogramme à u\ il faudra /', et pour réchauffer le liquide à T , il faudra c(T — //); en tout l* c (T —■//). Si au contraire on réchaufïait d’abord le ( 448 ) solide jusqu’à T sans le fondre, il faudrait lui donner c! (T — //), et pour le fondre à T, ajouter en tout / + c (T — a'). D’après le principe que j’applique ici, ces ♦ deux quantités doivent être égales*, d’où l — l' = (c — c') (T — u'). On voit que la chaleur absorbée par la fusion ou dégagée par la congélation varie avec la température à laquelle a u' lieu le changement d’état. Dans le cas de beau / ' = / H— — * Comme n'est négatif, V est plus petit que /. La formule ne doit s’appliquer que dans les limites dans lesquelles c et c' peuvent être considérés comme constants. Elle fournirait dans le cas de beau pour u! — 1 58 , 5 des valeurs négatives de V *, ce qui indique bien qu’elle n’est plus appréciable alors . M. Person (*) a donné cette formule en admettant im¬ plicitement comme évident le principe démontré expéri¬ mentalement dans ce travail. Résumé. Je me suis efforcé d’éclaircir les questions relatives aux phénomènes de surfusion : i° En faisant voir (Mémoire sur la fusion du phosphore, Annales de Chimie et de Phisique , 3e série, t. XXII) qu’un liquide refroidi suffisamment au-dessous de son point de congélation ne se réchauffe pas toujours jusqu’à ce point en se congelant subi tement *, 2° En montrant comment on peut calculer la tempéra¬ ture à laquelle il se réchauffe, quand on connaît celle à laquelle il a été primitivement abaissé (IIe Problème) ; 3° En établissant par l’expérience qu’un liquide pour C*) Annales de Chimie et de Physique, 3e série, t. XXI, p. 3i‘2. ( 449 ) s’échauffer d’une température inférieure à son point de fusion jusqu'à une température supérieure exige qu’on lui donne la même quantité de chaleur, soit que dans ce pas¬ sage il se gèle et se fonde ensuite, soit au contraire qu’il reste toujours liquide; 4° En appliquant ce principe à la solution de divers problèmes relatifs à ces phénomènes; 5° Incidemment j’ai étudié le refroidissement simultané d’un liquide non agité et d’un thermomètre intérieur, et calculé la différence de leurs températures à une époque donnée. 'W\IW\ W> V\A \/\ A w\/\V\ vVV'VYA v\\ RECHERCHES CHIMIQUES sur l’une des sources de la chaux que s’assimilent les produits agricoles des terrains primitifs du Limousin ; Par M. Albert LE PLAY. I. J’ai entrepris l’étude qui fait l’objet de ce Mémoire après avoir remarqué certains faits agricoles que je décrirai plus loin et qui semblaient indiquer çà et là l’existence du car¬ bonate de chaux assimilable dans les terrains primitifs mi¬ cacés et feldspathiques du Limousin. Je viens soumettre au public les recherches chimiques qui m’ont permis de vérifier ce singulier phénomène et d’en constater les causes. Après avoir donné un aperçu du district où mes observations se poursuivent depuis plusieurs années, je décrirai la localité que j’ai spécialement étu¬ diée. J’exposerai ensuite les faits que m’a révélés l’analyse des terres et des eaux, et je terminerai en signalant les moyens d’amélioration que cette étude semble conseiller. Ann. de Chim» et de Phys., 3e série, T. LXIV. ( Avril tttfo.) 2Cj ( 45o ) La région comprise entre Limoges et Pierre-Buffière présente plus particulièrement que les autres parties du Limousin les faits que j'ai à signaler. Elle a cet aspect gra¬ cieux qu’offrent généralement les pays de montagnes dont les points culminants s’élèvent à 200 mètres environ au- dessus du fond des vallées et dont les formes arrondies se prêtent partout à la culture. Le sol appartient à la grande classe des terrains cristal¬ lisés; les roches dominantes sont le granité et le gneiss; elles apparaissent souvent à la surface, où elles sont alors exploitées comme matériaux de construction; plus habi¬ tuellement elles ont été décomposées sur une épaisseur de plusieurs mètres par les agents atmosphériques. Elles ont ainsi fourni les éléments d’un tuf jaunâtre riche en mica qui constitue le sous-sol sur lequel repose la couche mince remuée par la charrue. Les types de terre végétale et de sous-sol qui dominent dans cette partie centrale du Limou¬ sin me paraissent suffisamment caractérisés par les six ana¬ lyses suivantes, que j’ai faites sur deux terres à seigle de bonne qualité, recueillies dans deux localités différentes. 4 ( 45 1 ) Te très arables et sous-sols (i). PREMIÈRE LOCALITÉ. SECONDE LOCALITÉ. Terre arable Sous sol. Tuf a 0m,80 de ! pro¬ fondeur. Terre arable. Sous-sol. Tuf à 0m,80 de pro¬ fondeur , Silice . . . . O,54o 0 ,660 o ,767 o,56o o,5i5 0 Vît* 0 Oxyde ferrique et alumine . Chaux à l’état de silicate ( re- 0,192 0 lO OJ 0 0,095 0,210 0,320 0,240 cherchée sur 1 gramme) . Chaux à l’état de carbonate ( re- o,oo5 0 0 0 rt 0 ,oo3 rt rr chée sur 10 grammes) . n n n ft rr tt Magnésie . 0 ,020 0,018 0 , o32 0 ,01 1 o,oi5 0 , 02 1 Alcalis. . 0 ,0 • 4 ,021 0,025 0,009 0,012 0,010 Eau et matières organiques . 0,210 O O CJT 0,02.5 0,2ü3 0, i3o o,o3o Perte et matières non dosées. . . . 0,019 o,m3 0 , o5(i 0,004 0 .008 2,009 Total . 1 ,000 t ,000 i , 000 1 ,000 1 ,000 1 ,000 La chaux assimilable manque donc complètement dans la terre végétale comme dans les diverses parties du sous- sol. Les traces de cette substance que l’analyse signale dans l une des terres, proviennent manifestement des éléments organiques qui y ont été mêlés. La chaux inégalement ré¬ pandue dans la terre et dans le sous-sol provient des par¬ celles de feldspath oligoclase inégalement disséminées dans le tuf comme dans la roche solide et qui n’ont point encore été complètement décomposées. Le granité et le gneiss sont généralement imperméables aux eaux pluviales, si ce n’est suivant des tissures dont l’existence est révélée par des travaux qui mettent à nu la (i) Ces analyses et celles dont les résultats sont rapportés plus loin, ont été faites au laboratoire de l’Ecole impériale des Fonts et Chaussées, avec les conseils bienveillants de M. Hervé-Mangon. 29. { 4$2 ) roche solide. Ces fissures , lorsqu’elles affleurent sur le flanc des vallées, y donnent issue à des sources abondantes. Les fortes déclivités du sol ne permettent guère la formation spontanée des étangs. Les véritables réservoirs d’eaux plu¬ viales sont les tufs gneissiques et granitiques qui forment une sorte de manteau spongieux à la surface des plateaux. C’est du pourtour de ces derniers et à la partie supérieure du flanc des vallées que suintent ces innombrables filets d’eau qui, sous ce climat assez sec, ont donné naissance aux prairies naturelles, trait essentiel de l’agriculture du Li¬ mousin, La culture a complètement envahi les anciens massifs boi¬ sés de ce district; elle tend même journellement à détruire les arbres épars qui en font encore le charme principal. Les métairies non améliorées et qui sont restées dans la main des anciens propriétaires offrent de loin l’aspect d’une fo¬ rêt; les haies vives qui entourent les prés et les champs sont remplies de grands chênes ; çù et là des surfaces con¬ sidérables sont complètement couvertes de futaies de chênes et surtout de ces vieilles châtaigneraies dont le Limousin est la patrie. Ces sortes de futaies disputent les terrains les plus maigres aux genêts et aux fougères qui, dans cette région comme dans la majeure partie des montagnes cen¬ trales de la France, forment le fond des jachères. Les domaines d’une étendue moyenne de 5o hectares sont cultivés à moitié fruit par une vieille race de paysans; les batiments entourés de vergers nommés couders sont habi¬ tuellement situés au centre du domaine, près d’un de ces blets d’eau qui suintent sur le bord des plateaux, à la nais¬ sance d’une coulée de prés descendant sur le flanc de la vallée jusqu’au ruisseau le plus voisin. Leur aspect offre un agréable contraste avec les tristes villages «à banlieues morcelées où s’agglomèrent généralement les petits proprié¬ taires du pays. Un contraste non moins grand existe entre les mœurs de ces deux sortes d habitants. ( 453 ) La culture alterne pratiquée depuis des siècles sur ce sol peu fertile consiste à faite revenir le seigle tous les deux ans sur le même terrain, et à consacrer l’année intermédiaire soit à une jachère, soit à une culture de sarrasin. De petits champs de trèfle, contigus aux habitations rurales, offrent presque partout les premiers symptômes d’une agriculture perfectionnée 5 on y produit aussi, par extension de la cul¬ ture jardinière, quelques betteraves destinées à engraisser pendant l’automne des porcs dont la nourriture est problé¬ matique le reste de f année. Çà et là cependant les cul¬ tures perfectionnées se sont développées sur une plus grande échelle, grâce à l’exemple donné par quelques grands propriétaires, qui ont transformé leurs domaines, d’abord en y établissant leur résidence, puis en y important des fu¬ miers de ville, de la chaux et des races d’animaux perfec¬ tionnées. Parmi ceux dont les terres confinent à celles de mes parents, je suis heureux de citer M. Michel, du Yîgen, MM. de Vanteaux et de Coux, de Saint-Jean-Ligoure, con¬ nus par leurs beaux haras. L’excellente race bovine du pays a été appréciée dans les derniers concours nationaux-, elle absorbe, avec quelques juments muîassières, la totalité des ressources fourragères de la contrée. Les vaches, qui forment la base des cheptels du pays, sont au nombre de cinq à six paires par domaine de moyenne force; associées souvent à une paire de bœufs de trois à cinq ans, elles exécutent les charrois et tous les travaux de culture et donnent des veaux qu’on élève jus¬ qu’à l’àge d’un ou deux ans. La race ovine dominante a une mauvaise conformation et produit une laine inférieure ; la race porcineest peu précoce et s’engraisse difficilement. L’insuffisance de la nourriture est pour ces deux races un obstacle à toute amélioratior dans les domaines d’ancien régime; toutefois, comme dans la plupart des contrées à cultures primitives, ces défauts sont en partie rachetés par la qualité exquise de la chair. ( 454 ) III. Da,ns la majeure partie de la contrée que je viens de dé¬ crire, le perfectionnement qui consiste à remplacer le seigle et le sarrasin par le froment, le trèlle et la betterave, est subordonné à l'emploi des amendements calcaires. Mais on y remarque quelques districts plus fertiles, où I on obtient, à l’aide de simples fumures, d’excellentes récoltes de ces cultures améliorées. Ainsi, dans le bassin inférieur de la Brianee, et notamment dans la terre de Ligoure, où aucun changement n’a été apporté jusqu’ici aux anciens procédés de culture, la production du froment est générale, et cer¬ tains champs, quoique soumis à l’assolement biennal, don¬ nent des récoltes de 25 hectolitres par hectare. Le trèfle donne au moins deux bonnes coupes par an, et le produit d’un hectare de betteraves dépasse 25 ooo kilogrammes. Espérant que l’amendement calcaire introduit dans la terre végétale accroîtrait cette fertilité déjà satisfaisante, nous fîmes pendant l’hiver i85^-i858 de fortes importa¬ tions de chaux sur des champs qui furent ensuite ensemen¬ cés en betteraves. Pendant toute la durée de la croissance, comme au moment de la récolte, les betteraves chaulées n’offrirent aucune supériorité sur celles qui avaient été se¬ mées dans les conditions ordinaires-, la différence ne fut pas plus sensible pour le froment qui succéda l’année sui¬ vante à la betterave. Il fallut conclure de ces expériences que le sol renfermait de la chaux assimilable, c’est-à-dire à l’état de carbonate et en quantité suffisante pour les besoins de la végétation. Nous avons du reste déjà remarqué, non sans étonnement, que l’eau des puits et celle des sources qui suintent sur le pourtour des plateaux produisaient dans l’eau de savon un précipité abondant-, ces indices, qui semblaient signaler la N ( 455 ) présence du carbonate de chaux, se trouvaient encore con¬ firmés par l’étude de la constitution du sol. Le centre de la terre de Ligoure est un promontoire qui forme une saillie de 1000 mètres, à l’est d’un des grands plateaux à pentes douces qui forment la partie centrale du Limousin*, à l’ouest le promontoire se soude au plateau, au sud et au nord il se raccorde par des pentes rapides à deux vallées où se trouvent les principales prairies de la terre et au fond desquelles se précipitent, avec des pentes de 5 cen- • timètres par mètre, deux petits ruisseaux; à l’est enfin, à partir de l’habitation et du groupe de métairies qui forme le hameau de Ligoure, il se raccorde, par des pentes encore plus abruptes, à la rivière du même nom, qui coule avec une pente moyenne de 5 millimètres par mètre à 120 mè¬ tres au-dessous de l’habitation. Après avoir reçu sur sa rive gauche les deux ruisseaux, la Ligoure débouche elle- même 1000 mètres plus bas dans la rive gauche de la Briance. Le plateau et le promontoire sont principalement occu¬ pés par les champs à céréales; ceux-ci alternent comme des côtes de melon avec les prairies sur les pentes du promon¬ toire et des deux vallées latérales. Les pentes les plus abruptes et les terrains les moins fertiles sont couverts de futaies de chênes ou de châtaigniers et de quelques taillis des mêmes essences. Toutes ces cultures sont encloses de haies vives garnies de grands chênes. Cinq métairies sont établies sur le pourtour du promontoire pour exploiter le plateau et les pentes contiguës. Deux autres métairies éta¬ blies sur des mamelons inférieurs exploitent le fond des trois vallées et les terres qui au delà des deux ruisseaux e? la rivière font face au promontoire de Ligoure. Les fondements de la terre de Ligoure sont formés d’un gneiss à strates inclinées que traversent de nombreux liions. Cette roche se compose de deux éléments principaux : un feldspath blanc compacte, contenant une forte pro- ( 456 ) portion de silicate de chaux, se rapprochant par l’en¬ semble de ses caractères de Foligocîase et de Fandésine; un mica habituellement noir avec des passages au mica tombac et au mica blanc. Parfois ce dernier remplace en¬ tièrement les autres variétés, et le gneiss présente alors le blanc pur avec un bel éclat nacré. Le gneiss est souvent criblé de quartz et de grenat ; celui-ci, ordinairement brun- rouge et opaque, offre quelquefois la transparence et la couleur de l’améthyste. On y rencontre plus rarement la pyrite de fer et l’amphibole; celle-ci cependant devient quelquefois dominante, comme aux environs de la métairie du Bas-Ligoure, et elle constitue alors des diorites noires et cristallines, comparables aux plus beaux types d’Ecosse et de Norwége. Quelques rares filons épais cle i à 2 mètres et compo¬ sés d’un vrai granité à gros grains à deux feldspaths où do¬ mine le feldspath orthose lamellaire, affleurent à l’est du promontoire. Les innombrables filons qui pénètrent en tous sens le gneiss, ont pour la plupart une épaisseur infé¬ rieure à 10 centimètres. Iis ne contiennent guère de mica et sont formés d’un pegmatite à petits grains. Quelquefois l’ortliose disparait lui-même, et il ne reste plus qu’une masse de quartz à éclat gras et translucide. Plus habituelle¬ ment, et cocas est fréquent au nord-ouest du promontoire, le quartz devient rare et les filons ne se composent plus guère que d’un feldspath blanc compacte ou lamellaire. Dans plusieurs localités, ce feldspath, au lieu de former des filons proprement dits, est en filets irréguliers, et même en petites masses disséminées dans la pâte du gneiss, à laquelle il donne l’aspect d’un marbre noir veiné de blanc. Cette variété est exploitée avec profit sous le nom. de cailloux à porcelaine ; elle entre dans la composi tion des pâtes et forme la couverte des célèbres poteries dont la fabrication assure un si bel avenir industriel à celte partie du Limousin. Le gneiss se montre souvent indécomposable sous Fin- ! 45? ) fluence des agents atmosphériques. Sur les pentes orientales du promontoire, par exemple, il forme, comme le granité, quelques beaux rochers qui complètent le caractère pitto¬ resque de cet ensemble de prairies, de futaies, d’arbres épars, de sources et de ruisseaux. Il fournit alors d’excel¬ lents matériaux de construction et en particulier des dalles solides qui, sous une épaisseur de quelques centimètres, offrent une surface de 4 mètres carrés. Presque partout, au contraire, il se décompose avec une rapidité extrême sous l’influence des agents atmosphériques, et produit un tuf où le caractère schisteux reste apparent, mais qui a perdu toute sa dureté au point que les déblais s'y font au pic jus¬ qu à une profondeur de plusieurs mètres à raison de otr,4° par mètre cube. Ce tuf, éminemment perméable aux eaux pluviales, a une épaisseur de 8 à io mètres à la surface du promontoire et des plateaux contigus, et il laisse suinter, même pendant la sécheresse, un grand nombre de sources au sommet de toutes les pentes. Mêlé à un grand nombre de fragments de pegmatite, de quartz, de granité et de gneiss dur, il forme le fond de la terre végétale. Nous n’avons guère modifié jusqu’à ce jour l’ancien sys¬ tème de culture de la contrée ayant pour base l’assolement biennal. Nous n avons fait, à vrai dire, qu’une innovation fort simple, mais que le morcellement du sol et l’enchevê¬ trement des parcelles ne comportaient guère dans le reste de la contrée. En dérivant sur les flancs du promontoire les deux ruisseaux, nous avons pu arroser d’anciens prés et en créer de nouveaux à des hauteurs de 3o et 4o mètres au- dessus du niveau de la Ligoure, et nous avons ainsi à peu de frais augmenté les ressources fourragères de la propriété. IV. Pour résoudre les questions posées dans les paragraphes précédents, j’ai recherché par l’analyse chimique la coin- ( 458 ) position du gneiss qui forme le fondement de cette contrée, des tufs gneissiques qui recouvrent le plateau et le pro¬ montoire, des sous-sols et de la terre végétale recueillis dans les diverses régions de culture de la propriété. D’un autre côté, j’ai évaporé sous des cloches de verre tubulées 20 à 2Ô litres des principales variétés d’eaux de la terre de Ligoure, et je me suis ainsi mis en mesure de constater la nature et la proportion des divers principes qui y sont dis¬ sous. J’ai successivement opéré cette recherche sur les sources qui suintent à la partie supérieure et sur les pentes inférieures du promontoire, sur les eaux de la Ligoure et de ses deux affluents, enfin sur les eaux des deux puits creusés dans le tuf au centre du hameau de Ligoure. Je me suis également appliqué à chercher l’influence qu’exerce sur la proportion de chaux assimilable contenue dans les tufs Faction prolongée de l’air atmosphérique, des pluies, des gelées, du soleil, etc. A cet effet, j’ai fait extraire d’une profondeur de 3 à 6 mètres plusieurs mètres cubes de terre que j’ai laissés exposés pendant deux ans en tas épais de i mètre à la surface du sol, puis j’ai recherché comparati¬ vement la proportion de carbonate de chaux contenue dans Je tuf primitif et dans des fragments pris après ce délai à la partie inférieure et supérieure des tas. J’ai appliqué aux tufs, aux gneiss et aux sols les procédés ordinaires d’analyse. Par une première attaque au carbo¬ nate de soude et de potasse, opérée sur i gramme dans un creuset de platine, j’ai dosé successivement la silice, l’oxyde ferrique, l’alumine, la chaux et la magnésie. Par une seconde attaque au carbonate de baryte, j’ai dosé les alcalis et quelquefois les autres éléments dont je voulais vé¬ rifier la proportion. Enfin, par une troisième attaque opé¬ rée sur io grammes de matière au moyen de l’acide nitrique étendu de six fois son volume d’eau, j’ai recherché la pro¬ portion de carbonate de chaux et d’oxyde ferrique mécani¬ quement mélangés à ces éléments. ( 4 5, y ) Nous n avons pas encore pénétré, au moyen de travaux sou¬ terrains, dans le gneiss formant le massif central du plateau et du promontoire, et qui, en se décomposant sur place, a produit ce chapeau épais de tuf qui le recouvre. Mais on peut se procurer aisément des échantillons de cette roche qui affleurent au jour sur beaucoup de points de la terre de Ligoure dan s deux circonstances différentes : tantôt le gneiss, résistant aux influences atmosphériques, reste en saillie au- dessus des tufs et de la terre végétale produits par la dés¬ agrégation de couches décomposées par ces mêmes influen¬ ces } tantôt les eaux pluviales et les ruisseaux, entraînant les matières désagrégées, mettent sans cesse à nu sur les pentes des vallées le gneiss, qui tend sans cesse cà se décomposer. L’analyse de la première variété, affleurant en dalles épaisses à mica noir au nord-est de la propriété sur la rive gauche du Gabit, m’a donné les résultats suivants : Silice . . 0,667 Alumine . 0,1 3a Oxyde ferrique . o,oq5 Chaux (à l’état de silicate dosée sur 1 gramme). . . o,o32 Chaux (à l’état de carbonate dosée sur 10 grammes). 0,0000 Magnésie . 0,019 Alcalis . . . . o ,0 K) Eau et matières organiques . 0,007 Alcalis gazéifiés, matières non dosées, perte . 0,029 1 ,000 J’ai étudié ensuite deux sortes de la seconde variétés de celle qui, se décomposant incessamment sous l’influence des agents atmosphériques, est sans cesse débarrassée par l’ac¬ tion des eaux des parties désagrégées. La première sorte est un gneiss à mica noir peu résistant, ou le feldspath est en partie pulvérulent } la seconde, un gneiss blanc nacré, un peu plus consistant. Ces deux sortes, comme la pre- ( 46o ) (le la terre. Les résultats donnés par l'analyse sont rappor- tés ci-après. Gneiss noir. Gneiss blanc Silice . O ,660 0,741 Alumine . 0,137 o,i57 Oxyde ferrique . 0,09s 0,000 Chaux ( cà l’état de silicate dosée sur i gramme) . 0 ,o3o 0,021 Chaux (à l’état de carbonate dosée sur 10 grammes) . o* O O C\ 0 0,0000 Magnésie . 0,022 o,o33 Alcalis . . . 0 ,o34 0 ,o38 Eau . . .... . 0,006 0,010 Matières non dosées, perte . 0,012.3 0 ,000 1 ,000 1 , 000 L’examen minéralogique de ces trois sortes de gneiss montre qu’ils se composent essentiellement de feldspath et de mica avec indices de grains de quartz. Il serait donc intéressant de constater dans quelle proportion les éléments chimiques évalués ci-dessus se répartissent entre ces trois minéraux. Je crois devoir, pour le moment, laisser de côté cette recherche qui m’éloignerait de l’objet principal de ce premier Mémoire. Je me borne à consigner ici l’analyse du feldspath à porcelaine disséminé en veines nombreuses dans un gneiss de la région occidentale de la terre et qui semble s’être séparé de la masse du gneiss par une sorte de liquation. Silice. . . . . . . . . . . . o ,628 Alumine . . . . 0,243 Oxyde ferrique . . 0,000 Chaux (à fétat de silicate dosée sur 1 gramme) . . . o,o54 Chaux (à fêtât de carbonate dosée sur 1 o grammes) . o ,0000 Magnésie . . . . o , o35 Alcalis . : . . . . . o ,o32 Eau . . . . o , 000 Matières non dosées, perte. . . . .... 0,008 1 , ooo ( 46i ) L’étude comparative de la terre végétale et du sous-sol laite par des moyens purement minéralogiques donne un premier aperçu des changements que produit incessamment l’action des agents atmosphériques. Les pegmatites et les granités qui n’affleurent que de loin en loin dans le tuf se trouvent dans la terre végétale en quantité beaucoup plus considérable. Ils s’accumulent en effet depuis des siècles sur le lieu même où ils ont été détachés du tuf et du gneiss, tandis que les éléments terreux qui résultent de la décom¬ position chimique et de la désagrégation de ces roches sont continuellement entraînés par l’action des eaux pluviales sur les pentes inférieures et trop souvent dans les ruis¬ seaux. La partie terreuse, qui a été seule prise comme spécimen de la terre végétale et soumise à l’analyse, se compose prin¬ cipalement de sable quartzeux, d’un peu de feldspath or- those, d’une argile très-ténue qui rend la terre presque imperméable à l’eau, et ensuite d’une quantité considérable de mica dont les moindres parcelles conservent un vif éclat ; elle contient en un mot les éléments essentiels du gneiss, le quartz et le mica, à l’exception du feldspath à silicate calcaire qui y est remplacé par de l’argile. L’analyse chimique comparée des terres végétales et des sous-sols confirme en tous points les conclusions fournies par le simple examen minéralogique; j’en ai consigné les résultats dans les deux tableaux suivants : ( 42I 0,002 0 ,020 0 ,oo3 0 ,0 |0 Eau combinée, matières organi- ques, perle . . 0,041 0,329 0,020 0, 168 0,016 0 ,20 5 0,118 I ,000 0,124 1 ,000 0 ,073 5 / 1 ,000 B 3o Ann. de Chine et de Vhjrsn 3<: série, T. LX1V \ (Avril 1862.) ( 466 ) Eaux des ruisseaux de U goure. RUISSEA 0 ItUlSSEAU RIVIÈRE DE CHEVILLAT. DU GAB1T. 1)E LA LIGOURE. Pour Pour 1,000 Pour Pour 1,000 Pour Pour 1,000 1 litre de 1 litre de 1 litre de d’eau. résidu. d’eau. résidu d’eau résidu. gr 0,328 gr gr Silice . . 0,02f) 0,019 0,260 0,Ol6 0,29't Alumine et oxyde ferrique. .... 0,008 05 O ». O o,oo3 0 0 -C-. 0,001 0 , 020 Chaux . . . . . 0,006 0,070 0,008 0,104 0,00-7 0, 1 4e Magnésie . 0,006 0,068 0 ,004 o,o5o 0,004 0,070 Alcalis . . . 0 , 0 1 3 0 , 1 5o 0,010 0,140 0,009 10 00 0 Acide chlorhydrique . . o,oo3 0 ,o3i V3- O O O 0,067 0 0 O 0,086 Acide sulfurique. . 0,001 0,0x0 0,000 0,008 0,000 0,006 Acide carbonique.. . . . o,oo3 0 s* c 0 0,006 0,084 0,009 0,174 Eau, matières organiques, ma- tières non dosées, perte . 0,018 0,219 0,021 0 , 263 o,oo3 0,225 < L _ _ 0,087 1 ,000 m 0 0 1 ,000 0 , o53 I ,000 Les eaux des deux puits creusés au milieu des batiments ruraux agglomérés et de l7 habitation de Ligoure se sont montrées chargées d une proportion de matière soluble beaucoup plus considérable que les précédentes. J 7 en ai obtenu, en effet : Résidu total Résidu pour 1 litre obtenu. d’ea u. i° Puits dit du Château, sur 221,56o. gi’. gr. 16,420 0,729 2° Puits dit de la Porte, sur 2.51,45o. 2.o,5oo 0 ,8o5 Disposant d’une plus grande quantité de matière, j’ai pu opérer plus régulièrement que je ne bai fait pour les rési¬ dus des sources et des ruisseaux; j’ai multiplié les analyses et recherché sur des doses différentes l’acide carbonique et les autres matières contenues. Sous ce rapport, les résultats ( 4<>7 ) présentés ci-après offrent quelques garanties de plus que les précédents. • PREMIER PUITS. 1 SECOND rUITS. Pour Pour 1,000 Pour Pour 1 ,000 1 litre de 1 litre de d’eau. résidu. d’eau. résidu. gr gr 0,o45 Silice . . . . . o ,o36 o,o5o 0,037 Alumine et oxyde ferrique . o,o63 0,086 0,074 0,092 Chaux . . o , 122 0,167 0,17! 0,2i4 Magnésie . o,o35 0,048 o,o65 0 ,081 Alcalis . o ,o63 0,086 o,o38 0,048 Acide chlorhydrique . Vf CO o O, 252 0,195 0,244 Acide sulfurique . . 0,017 0,023 o,o5o 0,062 Acide carbonique . , 0,006 0,008 0,043 0,o54 Fau combinée, matières organiques, matières non dosées, perte . o,2o3 0 ,280 0,102 O,l6o °>729 1 ,000 cc 1 0 1 CT) l ,000 Il me reste maintenant à signaler les conséquences qui me semblent se déduire des faits exposés dans les paragra¬ phes II et III et des analyses chimiques dont je viens de rap¬ peler les résultats. V. ; Il est difficile de concevoir un ensemble de circonstances physiques qui prêtent mieux à l'étude des modifications que les météores, et spécialement les eaux atmosphériques, exercent sur les roches qui forment l’écorce superficielle de la croûte terrestre, et spécialement sur le gneiss à feld¬ spath efflorescent. Le promontoire de Ligoure peut être assimilé à un vaste atelier de chimie, où le gneiss, qui forme la base du sol, est soumis à l ’influence de l’atmosphère. Le tuf superficiel pré¬ sente le gneiss soumis à des altérations physiques et chirni- 3o * ( 468 ) ques semblables à celles que produisent dans les laboratoires de chimie la pulvérisation mécanique et l’action des acides et des alcalis. Il peut être encore assimilé à un filtre horizontal chargé de matières à analyser, à parois de gneiss non décomposé et imperméable, et sur lequel le tuf, incessamment lavé par les eaux pluviales aiguisées d’acide carbonique, cède à cel¬ les-ci lesélémentsquecettedécomposition préalable a rendus solubles dans ce réactif. Ces eaux ainsi chargées glissent sur le gneiss et viennent au jour dans les sources qui suin¬ tent constamment sur le pourtour du promontoire. Le gneiss est la matière première de cette élaboration chi¬ mique 5 la partie soluble est contenue dans les sources et les ruisseaux, et le tuf forme le résidu insoluble. La réunion dans le même lieu de ces trois éléments offre donc pour l’étude de ce phénomène naturel des moyens d’investigation aussi complets que ceux dont on pourrait disposer en opérant dans un laboratoire. Les conclusions intéressant l’histoire naturelle, la chimie et la physique du globe peuvent se résumer dans les pro¬ positions suivantes : 1 . Le gneiss, fondement de la contrée, se compose essen¬ tiellement de feldspath anoriliose à silicates alumineux, al¬ calins, magnésiens et calcaires et de micas sur lesquels l’eau atmosphérique et même les acides minéraux ordinaires n’exercent aucune action. L’eau et les acides faibles sont également sans action sur les minéraux qui sont le plus fréquemment subordonnées à ces deux éléments princi¬ paux, le quartz et le feldspath orthose. 2. Sous l’influence prolongée de la chaleur et des gelées, de la sécheresse et de I humidité, et en général des agents météorologiques, le mica, le quartz et le feldspath orthose conservent leur inaltérabilité 5 mais le feldspath anorthose, formé parla combinaison du silicate d’alumine avec les si¬ licates de potasse et de soude, de chaux et de magnésie, se ( 469 ) décompose et perd la compacité qui maintenait les trois autres éléments réunis. La matière feldspathique vitreuse et translucide se transforme en une matière friable et opa¬ que qui se désagrégé Sous le moindre effort en laissant iso¬ lés à l’état grenu le mica, le quartz et l’orthose, et en don¬ nant une matière argilo-sableuse qui forme le fond de la terre végétale. Cette désagrégation de la roche est d’autant plus facile que le feldspath anorthose forme habituellement la majeure partie de la masse totale du gneiss. 3. Dans cette décomposition, hâtée et complétée par l’action des eaux pluviales aiguisées d’acide carbonique, les silicates qui composent l’anorthose se partagent en deux groupes : le silicate d’alumine reste insoluble dans le tuf, tandis que les éléments des silicates alcalins, magnésiens et calcaires se dissolvent dans les eaux pluviales. 4. Le carbonate de chaux, qui joue un rôle si important dans l’agriculture du district de Li goure, manque absolu¬ ment dans le gneiss non décomposé; il se trouve toujours dans le tuf en quantité appréciable , et il provient évi¬ demment de l’action lente, mais continue de l’acide carbo¬ nique de l’air sur le silicate de chaux isolé au milieu de l’anorthose décomposé. La proportion de carbonate de chaux libre augmente avec la profondeur dans la masse du tuf formant le sous-sol, parce que ies eaux saturées de car¬ bonate de chaux dans la terre végétale et dans les couches du tuf perméable deviennent sans action sur les couches inférieures. Celles-ci sont donc un réservoir indéfini de carbonate de chaux. 5. Le carbonate ne se trouve, au contraire, qu’en pro¬ portion insensible dans la terre végétale cpii compose les champs de Ligoure, ce qui paraît tenir à cette double cause, que le carbonate y est plus facilement dissous par les eaux pluviales et absorbé par les plantes cultivées. 6. L’oxyde ferrique, qui se dissout avec le carbonate de chaux quand on attaque le tuf par les acides faibles, provient ( 47° ) de la décomposition des traces de silicate de fer contenues dans l’anorthose, peut être de la décomposition de certains grenats, et surtout de la décomposition de la pyrite de fer, qui est visible dans le moindre fragment de gneiss non dé¬ composé. 7. L’acide sulfurique, dont il existe des traces dans toutes les eaux du pays, provient évidemment de l’oxydation lente de la pyrite de fer contenue dans le gneiss. 8. La présence du chlore dans les eaux en quantité con¬ sidérable est le seul fait qui ne s’explique pas par l’ensemble des faits que je viens de rapporter. J’ai déjà commencé à ce sujet une recherche dont j’espère pouvoir donner les résul¬ tats dans un autre Mémoire. Toutefois la présence des chlorures solubles dans des eaux provenant de terrains pri¬ mitifs ne se présente pas comme un fait entièrement nou¬ veau : ainsi M. Henry Clifton Sorby, de Sheffield, en étu¬ diant avec un microscope à grossissement considérable les quartz associés à certaines formations granitiques de l’É- cosse et du Cornouailles, a remarqué que ce minéral offrait de petites cellules, dans lesquelles il a pu distinguer des cristaux de chlorures alcalins. 9. La proportion de chlorures alcalins contenue dans les eaux des puits des métairies et de l’habitation de Ligoure me paraît être un fait local et exceptionnel. Ces puits, creusés à une profondeur de 6 mètres, sont alimentés par les infiltrations de F eau qui imprègne le tuf environnant. Or il est évident que, dans une cour de ferme, c’est-à-dire dans un lieu où une niasse de matières organiques et de dé¬ bris de toutes sortes sont amoncelés depuis des siècles, les eaux trouveront plus de matière soluble que dans tout autre endroit, et offriront par conséquent, après l’évaporation, un résidu plus considérable. Les propositions suivantes me paraissent résumer sous la lorme la plus sommaire les conclusions intéressant l’agri¬ culture des terrains primitifs de la France centrale, dans ( 47* ) lesquels le gneiss est dominant comme dans le Limousin. 10. Le gneiss qui constitue la base du sol dans les can¬ tons situés au sud de Limoges, et qui présente vraisembla¬ blement les mêmes caractères dans une grande partie du plateau central de la France, ne contient à l’état de roche solide aucune substance minérale que les végétaux puis¬ sent immédiatement s assimiler. 11 doit être par conséquent considéré comme stérile. 11. Le tuf qui se produit à la surface de cette roche par l’action des agents atmosphériques et qui, sous une épais¬ seur de plusieurs mètres, est souvent le fondement de la terre végétale, se délite au moindre effort et peut, par con¬ séquent, s’incorporer facilement à celle-ci. 11 est en outre tout préparé à fournir aux plantes, et même aux eaux plu¬ viales, la silice, la potasse et la soude, *la magnésie, la chaux, c’est-à-dire la majeure partie des principes miné¬ raux nécessaires à la végétation. La chaux assimilable, en particulier, c’est-à-dire la substance qui fait le plus défaut au sol arable du plateau central, se trouve en proportion de 0,0012 dans la couche de tuf contiguë à la terre végétale et de o,ooi 6 dans les couches plus profondes. L2. La terre végétale remuée par la charrue, qui dans presque tous les champs du Limousin n a guère une épais - seure supérieure à 12 centimètres, a perdu en général cette chaux assimilable, qui lui est enlevée peu à peu par les eaux pluviales et paroles plantes. Cette terre alcaline 11’est d’ail¬ leurs fournie aux plantes qu’en proportion insuffisante par la décomposition lente du feldspath anorthose. 13. O11 peut donc accroître immédiatement, sous ce rap¬ port, la fertilité du sol en y incorporant par des labours plus profonds, une partie du tuf inférieur. Celui-ci ne pèse jamais moins de 2000 kilogrammes par mètre cube, en sorte que sous ce volume il contient, d’après les analyses rapportées précédemment, 2kll,4° de chaux assimilable; un labour profond, qui entaillerait le tuf à 20 centimètres ( 4?2 ) de profondeur, incorporerait donc à la terre végétale48oo ki¬ logrammes de chaux assimilable par hectare. Or la quan¬ tité de chaux absorbée sur le même espace par une récolte de froment n’excédant pas 20 kilogrammes, on voit que ramendement calcaire introduit dans ces conditions aurait une durée séculaire, s’il n’y avait pas pour le sol d’autre cause d’appauvrissement que celle qui résulte de la succes¬ sion des récoltes. 14. Mais les eaux pluviales qui ne sont absorbées par ce sol peu perméable qu’en faible quantité, et qui s’échap¬ pent immédiatement des plateaux sur les déclivités con¬ tiguës , dissolvent la plus grande partie de la chaux et des autres éléments solubles. Beaucoup plus que la culture, elles tendent à épuiser le sol, et cette cause d’épuisement est d’autant plus considérable que les eaux pluviales, en raison de la rapidité de leur écoulement, entraînent une quantité considérable de matières argileuses ténues qui résultent de la décomposition de Fanorthose, et qui constituent la source de la fécondité du sol. Le principe de culture le plus essen¬ tiel dans cette contrée consisterait donc à déverser aussitôt que possible dans les prés les eaux pluviales qui sortent des champs. C’est assurément le plus sûr moyen de restituer aux terres arables les éléments de fertilité qui leur sont jour¬ nellement enlevés. Il est donc à déplorer que l’état de mor¬ cellement du sol, surtout dans les banlieues de village, inter¬ dise généralement ce moyen de fertilisation', et conduise les propriétaires à laisser écouler infructueusement dans la plupart des cas les eaux des champs dans les ruisseaux. 15. En résumé, les labours profonds et le déversement immédiat sur les prés des eaux pluviales qui s’échappent des champs sont le moyen de répartir de la manière la plus avantageuse les engrais minéraux sur les sols gneissiques de la partie centrale du Limousin. J’ai laissé à dessein de côté, dans ce Mémoire, la ques¬ tion délicate qui sc rapporte à 1 origine et à la distribution ( 4;3 ) du phosphore qui s exporte chaque année en quantité con¬ sidérable au dehors de la terre de Ligoure sous forme de froment et d'animaux. Je reprendrai ce sujet dans un tra¬ vail dont je recueille maintenant les principaux éléments. <\W\ VV\ W' *W\ *W> \ V> (VW RECHERCHES EXPÉRIMENTALES ET THÉORIQUES sur les ligures d’équilibre d’une masse liquide sans pesanteur; Par M. J. PLATEAU. SIXIÈME SÉRIE (l). Théorie de la génération des lames liquides. — Lois qui régissent les systèmes laminaires , théorie et expé¬ riences ; constitution de la mousse qui se jorme sur cer¬ tains liquides. — Mode de génération des sy stèmes lami¬ naires. — Conditions pour qu’une charpente polyédrique donne un système laminaire parfait , un système lami¬ naire imparfait , ou un système laminaire nul. Dans cette série, je cherche d’abord à montrer que le développement des lames liquides est un simple résultat de la viscosité et de la cohésion, du moins tant qu’on ne con¬ sidère que le fait même de ce développement, sans avoir égard au degré de facilité de sa production. Je prends un exemple fort simple, celui de la lame en forme de calotte sphérique, déterminée à la surface d’un liquide par une bulle d’air qui s’est élevée de l’intérieur de ce liquide. La (i) Mémoires de V Académie de Bruxelles, t. XXXHI. Pour les résumés des précédentes recherches, voir ces Annules , 3° série, t. XXX, p. ?.o3 ; t . L, p. 97 ; t. LIP, p. 2É; et t. LXU, p. 2 t o. ( 474 ) bulle d’air ne peut approcher de la surface qu’en chassant, dans tous les azimuts autour de son sommet, les molécules liquides situées au-dessus d’elle, et il est clair que ce dépla¬ cement relatif des molécules doit être d’autant plus rapide que le sommet de la bulle est plus près de la surface; mais la viscosité oppose aux déplacements relatifs des molécules des liquides une résistance qui croît considérablement avec la vitesse de ces mêmes déplacements, de sorte que, lorsque la distance entre le sommet de la bulle d’air et la surface est devenue très-petite, les mouvements moléculaires dont il s’agit ne peuvent plus s’effectuer avec une rapidité corres¬ pondante à celle de l’ascension de la bulle. Dès lors, pour que l’air qui constitue la bulle continue à monter et passe au-dessus du niveau du liquide, il faut évidemment ou que ce liquide se déchire, ou qu’il soit soulevé. Or on ne peut plus douter, depuis les belles recherches de MM. Donny et Henry, que la cohésion des liquides ne soit du même ordre que celle des solides ; la couche liquide qui, au moment où nous considérons le phénomène, sépare encore le sommet de la bulle d’air de la surface, présente donc, bien que très-mince, une résistance beaucoup trop grande pour que la rupture ait lieu; cette couche est conséquemment soule¬ vée, c’est-à-dire qu’il se développe une lame. Je fais voir qu’après la terminaison du phénomène cette lame constitue nécessairement une portion de sphère, mais quelle ne peut jamais atteindre un hémisphère complet; seulement elle en approche d’autant plus qu elle est plus grande. Je vérifie ce dernier résultat par l’expérience : je constate que lorsque la bulle d’air est très-petite, lorsqu’elle n’a, par exemple, que i millimètre de diamètre, la lame quelle détermine à la surface du liquide n’est qu’une por¬ tion très-minimede la sphère à laquelle elle appartient, qu’à mesure que le volume d’air est plus grand, la calotte sphé¬ rique s’éloigne de moins en moins d’un hémisphère, et que lorsque le diamètre de sa base excède J centimètres envi- ( 475 ) ron, l’œil juge celte lame hémisphérique. Dans ce qui suit,, je supposerai toujours les lames de ce genre assez grandes pour qu on puisse les regarder comme hémisphériques. Quand deux hémisphères laminaires formés à la surface d’un liquide viennent à se toucher par leurs bases, tout le monde sait qu’ils se pénètrent plus ou moins, mais de ma¬ nière que les portions d’air qu'ils emprisonnent respective¬ ment demeurent séparées par une lame ou cloison liquide. Je montre que cette cloison constitue également une portion de sphère, dont la courbure est en général différente de celles des deux premières lames. Partant du principe que la pres¬ sion exercée par une lame de courbure sphérique sur l’air qu’elle emprisonne est en raison inverse du rayon de cette lame, et désignant par y, p' et r les rayons respectifs de la plus grande lame, de la plus petite et de la cloison, j’arrive à la formule qui donne le rayon de la cloison, quand on ‘connaît ceux des deux lames. Pour compléter l’étude d'un pareil assemblage, il 11e reste plus qu’à trouver sous quels angles les deux lames et la cloison se joignent. Pour cela, je fais d’abord remarquer que les lames liquides ne peuvent se rencontrer sous des angles à arêtes linéaires : la continuité exige qu’il se forme, tout le long de la ligne de rencontre de nos trois lames, une petite masse à surfaces fortement concaves dans le sens per¬ pendiculaire à cette même ligne. Avec l’eau de savon ou le liquide glycérique, la petite masse est beaucoup trop ténue pour que 1 œil puisse en distinguer les courbures transver¬ sales 5 mais on les voit fort bien dans les systèmes laminaires obtenus avec de l’huile au sein du liquide alcoolique, comme je l’ai indiqué dans ma deuxième série. Cela posé, cette petite masse doit avoir par elle-même son équilibre de ( 476 ) ligure 5 or ses courbures transversales étant énormes rela¬ tivement à la courbure longitudinale, on peut négliger l’in¬ fluence de cette dernière, et raisonner comme si la petite masse était droite; mais dans ce cas l’équilibre capillaire exige visiblement que les courbures transversales des trois petites surfaces soient identiques, ce qui entraîne l’égalité des angles entre les trois lames; ainsi ces trois lames abou¬ tissent les unes aux autres sous des angles de 120°. On peut aussi partir de cette égalité pour déterminer le rayon de la cloison en fonction de ceux des deux autres «. J lames, et Ton retombe alors sur la formule donnée plus haut. si r on suppose qu’un troisième hémisphère laminaire vienne s’accoler aux deux autres, l’ensemble contiendra nécessairement trois cloisons et celles-ci devront, aussi d’après le même principe, se joindre sous des angles de 1 20° . De cette valeur commune des angles sous lesquels se joi¬ gnent toutes les lames dont il s’agit, je déduis une construc¬ tion graphique simple de la base du système formé au moyen de deux ou de trois hémisphères et de leur cloison, quand on se donne d’avance les rayons que prennent ces hémi¬ sphères après leur pénétration partielle. Je vérifie cette construction par l’expérience suivante : La base en question étant tracée en traits épais sur un papier, et celui-ci étant placé sur une table, on le recouvre d’une plaque de verre mince, dont on mouille la face supé¬ rieure avec du liquide glycérique, puis ou dépose sur cette plaque soit deux, soit trois bulles du même liquide, au- dessus des portions de circonférences qui représentent les bases respectives des hémisphères accolés, et ces bulles s’ar¬ rangent aussitôt en système cloisonné ; enfin, par une petite manœuvre que je décris dans ce Mémoire, 011 modifie suc¬ cessivement les diamètres respectifs des hémisphères acco¬ lés, et lorsque ces diamètres sont devenus égaux à ceux du dessin, la base tout entière du système réalisé se superpose ( 477 ) exactement à ce dessin 5 or la construction de ce dernier étant fondée sur l égalité des angles sous lesquels les lames se joignent entre elles, il résulte de la superposition ci-des¬ sus que cette égalité est bien réelle. Dans les systèmes que nous venons d’examiner, une même arête ne joint que trois lames, et, dans celui qui est formé de trois hémisphères accolés, il y a quatre arêtes aboutissant à un même point, savoir celle qui unit les trois cloisons et celles qui unissent les trois hémisphères deux à deux. Or, ainsi que je l’ai avancé (cinquième série), dans les systèmes laminaires formés à l’intérieur des charpentes en fil de fer, il n’y a jamais non plus que trois lames abou¬ tissant à une meme arête liquide, et quatre arêtes liquides aboutissant à un même point; ce sont donc là deux lois générales des assemblages laminaires. Je cherche par l’expérience d’où peuvent dépendre ces lois, et j’arrive à la conclusion que tout système laminaire d’équilibre dans lequel plus de trois lames aboutissent aune même arête liquide ou plus de quatre arêtes liquides à un même point liquide, est un système instable. Voici deux de mes expériences sur ce sujet. i° Si l’on construit une charpente en fil de fer formée de l’ensemble de deux carrés qui se coupent à angle droit par les milieux de deux côtés opposés, et si 1 on imagine chaque carré occupé par une lame plane, ces lames se couperont suivant une arête liquide droite joignant les deux points d’intersection des arêtes solides; le système ainsi composé sera évidemment, à cause de sa parfaite symétrie, un système d’équilibre; mais l’arête liquide unira quatre lames. Or, quand on retire une semblable charpente du liquide glycé- rique, 011 ne la trouve jamais occupée par le système ci-des¬ sus ; dans celui qui sc produit, il y a deux arêtes liquides courbes partant des deux points d’intersection des fils so¬ lides et limitant une lame plane, tandis qu’à chacune de ces mêmes arêtes viennent s’attacher deux lames courbes ( ) partant des fils solides, de sorte que la loi de trois lames à une meme arête liquide est satisfaite. Maintenant, puisque le premier système était, comme je l ai fait remarquer, un système d’équilibre, qu’il était plus simple que le système réel, et que cependant il ne se produit jamais, il faut en conclure qu’il serait instable. 20 Si , dans une charpente cubique, on conçoit douze lames planes triangulaires partant respectivementdes douze arêtes solides et aboutissant au centre du cube, un pareil système sera encore, à cause de la symétrie, un système d’équilibre ; on verra sans peine qu’à chacune de ses arêtes liquides ne se joignent que trois lames faisant entre elles des angles égaux \ mais il contiendra huit arêtes liquides, aboutissant toutes au point centrai. Or la charpente cubi¬ que ne le donne jamais : le point liquide central est rem¬ placé par une treizième lame, de forme quadrangulaire, aux quatre sommets de laquelle viennent aboutir deux à deux les arêtes liquides obliques, de sorte qu à chacun de ces sommets n’aboutissent que quatre arêtes liquides. Ici donc, comme dans le cas précédent, le premier système sup¬ posé, bien que système d’équilibre, et plus simple, serait stable. Restait à vérifier légalité des angles sous lesquels se joi¬ gnent trois lames et celle des angles sous lesquelsse joignent quatre arêtes. .Te démontre d’abord que ces égalités sont des conséquences mutuelles l une de l’autre, de sorte qu’il suffit de vérifier la seconde, par exemple. Pour cela, je cherche la valeur commune des angles entre les arêtes liquides, et je la trouve égale à ioq° et une fraction ; je choisis ensuite, parmi mes systèmes laminaires, ceux où toutes les lames sont planes et où conséquemment toutes les arêtes liquides sont droites, savoir : celui du tétraèdre régulier, celui du prisme triangulaire droit à bases équila¬ térales et celui de l’octaèdre régulier. Dans le premier, qui 11e présente que quatre arêtes liquides allant des sommets au ( 47.9 ) centre et joignant les lames qui portent des fi ls solides, les égalités dont il s’agit se montrent d’elles-mêmes l'une et l’autre, à cause de la parfaite symétrie de 1 ensemble. Au nombre des arêtes liquides du second sysième, c’est- à-dire de celui du prisme triangulaire, il y en a une qui va d un point liquide à un autre point liquide, et dont la lon¬ gueur peut ainsi être aisément mesurée au câthétomètre ; or, d’après les dimensions préalablement mesurées des fils solides de ma charpente et la valeur théorique ci-dessus des angles entre les arêtes liquides, j’avais trouvé, par un calcul simple, que la longueur de l’arête en question devrait être de et la mesure au câthétomètre a donné 42ram, 3y. dont la différence avec la première est négli¬ geable. Le troisième système, celui de l’octaèdre régulier, eon - tientsix quadrilatères égaux dans l’un quelconque desquels l’une des diagonales se prête facilement à la mesure du ea- thétomètre; or, en partant encore des dimensions de ma charpente et de la valeur théorique des angles entre les arêtes liquides, j’avais déduit du calcul, pour la longueur de cette diagonale, 23mra,i6, et la mesure directe a donné 23mra,i4-, la différence est, on le voit, plus minime encore (pie dans le cas précédent. Les systèmes laminaires des autres charpentes, c’est-à- dire ceux qui contiennent des lames courbes et conséquem¬ ment des arêtes liquides courbes, vérifient aussi, quoique d’une manière moins nette, l’égalité des angles sous lesquels ces arêtes aboutissent à un même point liquide. Citons quelques exemples. En premier lieu, dans le système de la charpente cubique, il y a, comme je l ai dit plus haut, une lamelle quadrangulaireq or les angles de celle-ci devant être, d’après ce qui précède, de 109° et une fraction, il faut évidemment que les côtés soient légèrement convexes vers l’extérieur, et c’est, en effet, ce que montre le système réa¬ lisé. En second lieu, le système laminaire de la charpente ( 4$° ) prismatique hexagonale contient, en son milieu, une lame hexagonale -, or les angles d’un hexagone régulier à côtés rectilignes étant de 120°, c’est-à-dire notablement supé¬ rieurs à 109°, il faut que les côtés de la lame soient con¬ caves, et c’est encore ce que montre le système réalisé. Enfin le système de la charpente prismatique pentagonale présente, en son milieu, une lame pentagonale, et comme les angles d’un pentagone régulier à côtés droits sont de 1080, c’est-à-dire très-voisins de 109°, les côtés de la lame en question ne pourront manifester de courbure sensible à l’œil, et c’est aussi ce qu’on observe. Les lois précédentes étant ainsi bien établies, j’en fais l’application à un autre genre d’assemblage laminaire, savoir à la mousse qui se forme sur certains liquides, tels que le vin de Champagne, la bière, etc. Cette mousse est, chacun le sait, composée d’une foule de lamelles ou cloisons qui emprisonnent entre elles de petites portions de gaz; conséquemment, bien que tout y semble régi par le hasard, elle doit être soumise aux lois en question ; ainsi ses innom¬ brables cloisons se joignent nécessairement partout trois à trois, et sous des angles égaux, et toutes ses arêtes se distri¬ buent de manière qu’il y en ait toujours quatre aboutissant à un même point, en y faisant des angles égaux. Je vérifie ces conclusions par l’expérience, du moins quant aux nom¬ bres respectifs des lames à une même arête et des arêtes à un même point, en insufflant de l’air sous la surface du liquide glycérique, et en produisant ainsi, au-dessus de ce liquide, un édifice cloisonné à grands compartiments, comme le font les enfants avec de l’eau de savon. La consti¬ tution d’un semblable édifice est évidemment la même que celle de la mousse, mais la grandeur des cloisons qui le composent permet à l’œil d’en explorer l’intérieur. Je reviens ensuite aux systèmes laminaires des charpentes en fil de fer. Une autre loi que j’ai énoncée dans la cin¬ quième série consiste en ce que, dans ces systèmes, chaque ( 48. ) lame constitue une surface à courbure moyenne nulle. Toutes ces lames, en effet, sont en contact par leurs deux faces avec l'atmosphère libre, et dès lors évidemment ne peuvent exercer aucune pression sur l’air ni dans un sens, ni dans l’autre: or, d’après ce qui a été démontré dans la cinquième série, cette condition exige encore qu’en chaque point des lames dont il s’agit, la courbure moyenne soit nulle. Il serait difficile de vérifier cette loi d’une manière précise par l’observation- mais on constate du moins que toutes les fois qu’une lame présente une courbure dans une direction, elle en présente une opposée dans la direction rectangulaire. J’ai énoncé encore, dans la cinquième série, deux der¬ nières lois, dont j’examine aussi les causes dans le Mémoire actuel; mais comme elles sont de moindre importance, je n’en parlerai pas ici. Enfin j étudie, également par la théorie et l’expérience, la manière dont s’engendrent les systèmes laminaires des charpentes. Je me bornerai ici à un seul exemple, savoir à celui de la génération du système du prisme hexagonal, quand on retire la charpente du liquide en tenant l’axe du prisme vertical. Au moment où la base inférieure va sortir du liquide, le système se compose simplement de six lames planes occupant respectivement les six faces latérales du prisme, et I on conçoit, en effet, que ces lames ne doivent avoir aucune tendance à rentrer vers l’intérieur de la char¬ pente, puisqu elles font précisément entre elles deux à deux 1 angle de 120° que forment toujours deux lames apparte¬ nant à un même système. Quand la base inférieure émerge, elle demeure d’abord unie à la surface du liquide par une lame, qui bientôt se resserre du bas, se ferme en se séparant du liquide, et va, sous la forme plane, occuper la base en question; mais alors cette lame plane faisant des angles droits avec celles qui remplissent les faces latérales, ne peut rester en cet état : aussi la voit-on monter entre les autres, Ann. de Chini. et de Phys., 3e série, t. LXl\r. ( Avril 1862 ) 3 ( ( 482 ) qu elle plie en deux eu les tirant à elle, et en diminuant ainsi d étendue ; en meme temps se développent six autres lames partant des fils solides verticaux et aboutissant aux arêtes liquides qui unissent les premières deux à deux 5 enfin l'équilibre s’établit quand la lame hexagonale mon¬ tante a atteint le milieu de la hauteur du prisme. Cette étude de la génération des systèmes laminaires des charpentes me conduit à les ranger en trois classes, savoir les systèmes laminaires parfaits, les systèmes laminaires imparfaits, et les systèmes laminaires nuis. Les premiers sont ceux dans lesquels chaque fil solide ne sert d’origine, dans toute sa longueur, qu’à une seule lame. Je les nomme parfaits, parce que toutes les lames y sont dépendantes les unes des autres dans toute leur étendue, et que celles des arêtes liquides qui ont une de leurs extrémi¬ tés sur la charpente, partent des sommets mêmes de cette dernière. Sauf quelques rares exceptions, ces systèmes se produisent dans les charpentes de tous les polyèdres dont tous les angles dièdres sont moindres que 1200 : par exem¬ ple, dans les charpentes du tétraèdre, de l’octaèdre, du cube, etc. Dans certains systèmes, il y a des parties des fils solides de la charpente qui servent à la fois d’origine à deux por¬ tions de lames. Ce sont les systèmes de la seconde classe; ils sont imparfaits, parce que les portions de lames dont il s’agit sont rendues indépendantes l’une de l’autre par le fil solide qui les sépare. Tels sont, par exemple, les systèmes des prismes dont le nombre des faces latérales excède six. Enfin, avec d’autres charpentes, on n’obtient jamais que des lames planes occupant respectivement toutes les faces du polyèdre moins une : ce sont les systèmes de la troisième classe; je les appelle nuis, parce que toutes les lames qui les composent sont rendues indépendantes les unes des autres dans toute l’étendue de leurs contours par les fils solides de la charpente. J’ai dit que l’une des faces demeure ( 483 ) vide*, c’est qu il faut nécessairement une ouverture pour donner entrée à 1 air. Ces systèmes nuis se forment dans les charpentes de tous les polyèdres dont tous les angles dièdres sont notablement supérieurs à 1200} je citerai comme exemple la charpente de l’icosaèdre régulier. Je termine le Mémoire en annonçant que, dans une série ultérieure, j’examinerai les systèmes laminaires des char¬ pentes sous un point de vue différent} je ferai voir alors que chacun de ces systèmes se dispose de manière que la somme des surfaces de ses lames soit un minimum. f PUBLIÉS A L’ÉTRANGER. Extraits par M. Adolphe WURTZ. Sur une combinaison d hydrogène et de fer; par MM. J. -A. Wanklyn et IL. Carius (i). Lorsqu’on fait réagir l’iodure ferreux sur le zinc-éthyle, il se forme de l’iodure de zinc, du gaz éthylène et de V hy¬ drate de fer : Fe* 2I2 H- Zn(€2H5)2=: Z ni2 -h Fe2H2-j- 2(G2H4). Pour se procurer l’iodure ferreux, on chauffe de la limaille de fer rapidement au rouge dans un creuset de porcelaine et on y projette de l iode, d’abord en petite quantité et seulement pour empêcher l’oxydation du métal, (1) Annalen der Chemie und Pharmacie, t. CXX, p. 69 (nouvelle série, t. XLIV); octobre 1861. 3 1 . ( 484 ) ♦ et en plus grande quantité dès que la température a atteint le rouge. Ce n’est qu’à cette température que la combinaison s’effectue. La masse fondue au rouge vif paraît renfermer un periodure. Du moins elle présente ce phénomène singu¬ lier de laisser dégager des vapeurs d’iode dès qu’elle se refroidit au-dessous du rouge. Après le refroidissement, il reste une masse grise lamellaire, qui est l’iodure ferreux pur. Lorsqu’on ajoute du zinc-éthyle étendu de son volume d’éther à de l’iodure ferreux placé dans un tube, sous une couche d’éther, il se manifeste aussitôt un vif dégagement de gaz, et la température du mélange s’élève de quelques degrés. On peut modérer la réaction en plongeant le mé¬ lange dans la glace; cependant le dégagement de gaz est toujours abondant. Ce gaz renferme une portion notable d’éthylène (dans trois expériences, on a trouvé 64*93, 7 1,23 et 89,6 pour 100 de gaz éthylène). Ce qui reste après l’absorption de l’éthylène par l’acide sulfurique fumant est un mélange d’éthyle, d’hydrure d’éthyle et d’hydrogène. Le résidu qui reste dans le tube, la réaction étant ter¬ minée, présente les réactions suivantes, après avoir été bien lavé avec de l’éther. C’est une poudre noire qui res¬ semble au fer métallique et qui dégage de l’hydrogène pur lorsqu’on la chauffe doucement. Cette décomposition, facile par la chaleur, explique la présence de l’hydrogène dans le mélange gazeux dont il a été question plus haut. A l’abri de l’humidité, elle peut se conserver sans alté¬ ration. Mais lorsqu’on y ajoute de l’eau, il se dégage immé¬ diatement de l’hydrogène pur. Ii se forme eu même temps de l’oxyde ferreux. L’acide chlorhydrique décompose l’hydrure de fer avec dégagement d’hydrogène et formation de chlorure ferreux. On s’est assuré que l’hydrogène qui se dégage dans cette ( 485 ) réaction provient de l’acide chlorhydrique et de l’hydrure de fer (i). La composition exacte de l’hydrure de fer n’a pas pu être déterminée. Sur une nouvelle base organique, l’aribine ; par M. ]&ieth (2). Ce corps a été extrait par M. Riéth de P écorce de X Ara- riba rubra , arbre qui croît dans les forets vierges du Brésil oriental. Cet arbre se rapproche, d’après M. Martius, des Cinchonées. L’écorce est caractérisée par une couleur rouge des parties internes et est employée par les Indiens pour teindre la laine en rouge. On en a retiré un nouvel alcaloïde, qui a reçu le nom d 'aribine. A oici le procédé qui a été employé. L’écorce, divisée en petits fragments, a été mise en diges¬ tion à plusieurs reprises avec de l’eau acidulée d’acide sulfu¬ rique. Les liqueurs réunies ont été filtrées, évaporées au dixième de leur volume, neutralisées presque complètement par le carbonate de soude et précipitées par un excès d’acétate de plomb. Après filtration, la solution a été pré¬ cipitée par l’hydrogène sulfuré; le sulfure de plomb entraîne ce qui reste de la matière colorante. Dans la liqueur filtrée l’aribine a été séparée, à l’état impur et sous forme d’un coagulum brun clair, par le carbonate de soude. Toute la masse ayant été agitée avec de l’éther, celui-ci a dissous la base et s’est rassemblé à la surface; le liquide aqueux inférieur a été épuisé cà plusieurs reprises par l é— (1) Cette dernière propriété rappelle une propriété analogue de l’hy- drure de cuivre. ( Annales de Chimie et de Physique, 3e sér., t. XI, p. a5t.) (A. W-) (2) Nachrichten von G. A. Université t und der Kànigl. Gesellschaft der Wis- senschaflen zu Goettingen (1S61 , 1 1| août) et Annalen der Chemie und Phar¬ macie, t. CXX, p. 2/17 ( nouvelle série); t. XUV, p.247; novembre id5r. ( 486 ) ther, et les liqueurs éthérées réunies ont été agitées avec de l’acide chlorhydrique qui en a extrait l’aribine; la plus grande partie de la matière colorante est restée en dissolu¬ tion dans l’éther. Le chlorhydrate d’aribine étant insoluble dans un excès d’acide chlorhydrique concentré, on a pu séparer ainsi ce sel à l’état cristallin. En le dissolvant dans l’eau et en traitant la solution par le carbonate de soude, on précipite la base qui est purifiée par des cristallisations répétées dans l’éther. L’aribine forme des cristaux incolores appartenant à deux types, suivant qu’ils renferment ou qu’ils ne ren¬ ferment pas d’eau de cristallisation. Anhydre, elle cristallise en octaèdres rhomboïdaux assez volumineux 5 hydratée, elle forme des prismes longs, minces, souvent creux et s’ef- fleurissant à Fair. Du sein de la solution éthérée bouillante elle se dépose à l’état anhydre; elle est hydratée et renferme 29, o3 p. 100 d’eau (16 équivalents), lorsqu’elle se dépose par l’é¬ vaporation spontanée de l’éther. Sa saveur est très-amère, quoiqu’elle soit très-peu soluble dans l’eau. Elle possède une réaction alcaline. Elle fond «à 2290 sans décompo¬ sition. Sèche, elle absorbe l’acide chlorhydrique avec déga¬ gement de chaleur. Le chlorhydrate cristallise en prismes brillants, solubles dans l’eau, insolubles dans l’acide chlor¬ hydrique. Les alcalis précipitent la base sous forme d’une substance blanche qui devient bientôt cristalline, surtout lorsqu’on chauffe. Le chlorure de platine forme avec le chlorhydrate un sel double cristallin. L’acide tannique ne précipite pas la base. Chose remarquable, lambine ne renferme pas d’oxy¬ gène; sa composition est exprimée par la formule C1fi H20 Az*. Elle offre par conséquent le premier exemple d’une base organique naturelle non oxygénée et solide. ( 487 ) Synthèse des acides succinique et pyrotartrique ; par M. Maxwell Simpson (i). On sait déjà par une communication antérieure de M. Simpson (2) que ce chimiste a réussi à transformer le cyanure d’éthylène en acide succinique, sans être parvenu cependant à obtenir le premier corps à l’état de pureté. Aujourd’hui il fait connaître les propriétés du cyanure d’éthylène d’une manière plus précise et plus détaillée qu’il ne l’avait fait auparavant. Le cyanure d’éthylène est une substance solide et cris¬ talline, colorée légèrement en brun. Il fond à 3 70 et pos¬ sède une deusité de 1 ,023 à 45°. Il est neutre aux papiers réactifs et possède un goût âcre et désagréable. Le potas¬ sium le décompose avec formation de cyanure de potassium. Sa solution aqueuse n’est pas précipitée par le nitrate d’ar¬ gent. Chauffé avec l’acide nitrique ou chlorhydrique, il donne de l’acide succinique et du nitrate ou chlorhydrate d’ammoniaque. Le cyanure d’éthylène forme avec le nitrate d’argent une combinaison cristalline soluble dans l’eau et dans l’alcool, mais insoluble dans l’éther et qui renferme C4H4Cy9, 4 ( AgAzO6). Ce corps fond lorsqu’on le chauffe et fait explosion comme la poudre à canon. Cyanure de propylène et synthèse de V acide pyrotar¬ trique . — On obtient le cyanure de propylène en chauffant au bain-marie un mélange de 2 molécules de cyanure de potassium avec 1 molécule de bromure de propylène et une quantité considérable d’alcool. A la température ordinaire, c’est un liquide neutre, doué d’un goût âcre, soluble dans l’eau, l’alcool et l’étlier. Il distille entre 2770 et 290° en se décomposant partiellement. Le potassium l’attaque avec formation de cyanure de potassium. Le nitrate d’argent en solution aqueuse 11e l’attaque pas. Chauffé avec de la potasse, il fournit de l’ ammoniaque et un acide. Sa compo- (1) Procecdutgs of lhe Royal Society , t. XI, p. 190; avril 1861. (2) Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t. LXI, p. 224. ( 488 ) sition est exprimée par la formule C6 H8 Gy2. Pour le convertir en acide pyrotartrique , on mé¬ lange le cyanure de propylène avec une fois et demie son volume d’acide chlorhydrique concentré, et oh le chauffe au bain-marie dans un tube scellé. Par le refroidissement le contenu du tube se prend en une masse cristalline que l’on sèche et que l’on dissout dans l’alcool absolu. Après avoir chassé l’alcool par l’évaporation,, on fait cristalliser le résidu dans l’eau. On obtient ainsi une substance cristalline incolore, très-soluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, douée d’un goût acide et agréable, fusible à quelques degrés au- dessus de ioo° et possédant la composition et les propriétés de l’acide pyrotartrique. L’équation suivante explique la formation de cet acide dans ces circonstances : C6H6Cy2-f- 2 H Cl 4- 8 HO = C10 H808 -+-2AzH4C1. Cyanure Acide de propylène. pyrotartrique. Il est à remarquer que l’acide pyrotartrique se trouve vis-à-vis du propylglycol dans la même relation que l’acide butyrique à l’égard de l’alcool propylique : G8 H8 O4, G°H802, Propylgiycoi. Alcool propylique. G>°H80% Acide pyrotartrique. G8 H8 O4. Acide butyrique. Les expériences précédentes mettent aussi hors de doute l’homologie de l’acide pyrotartrique avec l’acide succinique. M. Simpson se propose de rechercher si l’on peut obtenir une série d’acides isomères avec les acides delà série succi¬ nique, en partant des cyanures des radicaux diatomiques des aldéhydes, tels que le cyanure d’éthylidène C4H4Cy2. Il cherchera ainsi à obtenir les cyanures des radicaux tria- t (uniques. ( 489 ) MÉMOIRES SUR LA PHYSIQUE PUBLIÉS A L’ÉTRANGER. Extraits par M. VERDET. Note sur la transmission de la chaleur rayonnante à travers l’air humide et sur les propriétés hygrométriques du sel gemme; par M, Magnus (i). M. Tyndall a signalé une énorme différence entre les pouvoirs absorbants de l’air humide et de l’air sec pour la chaleur rayonnante, et s’est cru autorisé par ses expériences à affirmer que le pouvoir absorbant de l’atmosphère ter¬ restre est presque entièrement dû aux éléments accidentels et spécialement à la vapeur d’eau quelle contient (2). Dans une lettre à sir John Herschel insérée récemment au Philosophical Magazine (numéro de novembre 1861), il a maintenu l’exactitude de ses assertions, malgré les résul¬ tats contraires obtenus par M. Magnus, et a cité quelques nouvelles observations l’appui. De son côté, M. Magnus a de nouveau comparé à diverses reprises., par les méthodes qui lui sont propres (3), le pou¬ voir absorbant de l’air sec et de l’air humide, sans décou¬ vrir jamais la plus légère différence. En présence de cette contradiction, il a étudié la méthode de M. Tyndall, et 11’a pas tardé à se convaincre qu elle est sujette à de graves difficultés. Le sel gemme en effet absorbe très-facilement l’humidité de l’air saturé de vapeur d’eau et se couvre d’une couche d’eau salée qui peut devenir assez sensible pour se (1) Poggendorjf’s Annalen , t. CXIV, p. G 35 ; janvier 1862. (•2) Voy. Annales de Chimie et de Physique, 3e série, t. LX11I, p. [\ÿl. (3) Voy. Annales de Chimie cl de Physique, 3e série, t. LXll, p. jptp ( 49° ) détacher du sel sous forme de gouttes. Si l’on place dans une position inclinée une plaque de sel gemme et une plaque de verre l’une à côté de l’autre sous une cloche de verre qui recouvre un vase plein d’eau, on voit bientôt des gouttelettes liquides tomber du bord inférieur de la plaque de sel gemme, sans que la plaque de verre manifeste rien de pareil. L’expérience réussit parfaitement à la tempéra¬ ture de io° à a5° centigrades, l’eau ayant la même tempé¬ rature que l’air de la cloche. Elle réussit également bien avec des plaques de toute provenance et avec des plaques de sel marin cristallisé. Dans l’air sec l’eau s’évapore et le sel se dessèche assez promptement. Or Melloni a trouvé qu’une couche d’eau pure de i mil¬ limètre d’épaisseur arrête complètement tous les rayons qui proviennent d'une source de chaleur obscure et les A — 1 i oo des rayons émis par une spirale de platine incandescente. Suivant le même expérimentateur, une dissolution saturée de sel marin laisse passer une proportion des rayons émis par la lampe d’Argand supérieure seulement de — à celle que transmet l’eau pure. Suivant M. Franz la différence est de -• On n’a pas fait d’expériences directes sur le pouvoir absorbant d une dissolution de sel marin pour les rayons émis par une source de chaleur à la température de ioo°, mais on ne saurait douter qu’il ne soit très-considérable. On peutdonc penser que lorsqu’on enferme de l’air humide dans un tube terminé par des plaques de sel gemme, la couche mince de dissolution qui se forme à la surface de ces plaques est la cause principale des effets d’absorption ob¬ servés. Pour examiner l’influence de cette cause d’erreur, M. M agnus a pris un tube de verre de i mètre de long, fermé à scs deux extrémités par deux plaques de sel gemme ( 49 1 ) anglais de 12 millimètres d’épaisseur. Oni a rempli d’abord d’air sec, en prenant les précautions usitées pour dessécher complètement les parois du tube et les plaques, et on a observé l’action exercée au travers de ce tube sur une pile thermo-électrique par le rayonnement d’un vase noirci rempli d’eau bouillante. On a fait ensuite traverser le tube par un courant d’air qui s’était chargé de vapeur d’eau en passant sur de la pierre ponce humide. A peine une petite quantité d’air humide a-t-elle touché les plaques, que l’ab¬ sorption est devenue plus sensible, et bientôt il n’est plus passé que le quart de la chaleur primitivement transmise. Les plaques de sel retirées de l’appareil ont été chargées d’humidité sur leur surface intérieure. Aucun effet sem¬ blable n’a eu lieu avec des plaques de verre. M. Magnus n’a jamais pu par ce procédé obtenir des effets d’absorption aussi considérables que ceux que rap¬ porte M. Tyndall. Il ne prétend pas d’ailleurs que la cause d’erreur qu’il a signalée soit la véritable explication des résultats obtenus par ce savant physicien. Il a voulu simple¬ ment montrer les difficultés inhérentes à la question et au procédé. Exposé historique des travaux relatifs aux variations non périodiques du magnétisme terrestre; par Bï. le général Sabine (i). Communiqué à la Société Royale de Londres, le i5 novembre i8do. La connaissance du magnétisme terrestre et particulièrement de ses variations non périodiques a accompli depuis une vingtaine d’années (1) Vhilosophical Magazine. ( 49'2 ) de remarquables progrès. Nous n’avons pas jugé qu’il fût possible de rendre compte aux lecteurs de ces Annales des longues et minutieuses discussions d’observations par lesquelles les faits nouveaux ont été successivement établis, mais nous saisissons l'occasion qui s’offre à nous de leur en présenter une esquisse générale, en reproduisant l’aperçu historique par lequel le savant qui a le plus contribué à ces progrès, M. le général Sabine, a terminé une de ses communications à la Société Royale de Londres. C’est dans les Transactions de cette Société depuis vingt ans qu’on peut trouver la preuve détaillée des faits résumés par M. Sabine dans l’exposé qui va suivre. Avant la fondation de l’Association magnétique alle¬ mande et la publication de son premier rapport annuel en 1 85y, notre connaissance des perturbations magnétiques accidentelles ou orages magnétiques se bornait à savoir qu’à des époques dont le retour ne semblait pas régulier il survenait des agitations ou perturbations extraordinaires de l’aiguille aimantée, qui dans certains cas avaient été recon¬ nues contemporaines en divers points éloignés du continent européen et s’étaient montrées accompagnées d’aurores boréales, aperçues soit aux lieux memes où l’on avait con¬ staté les perturbations, soit à la même époque en d’autres lieux. L’opinion qui semble avoir généralement prévalu à cette époque voyait dans l’aurore boréale et dans les pertur¬ bations magnétiques des phénomènes de même genre, ayant probablement leur origine dans les dérangements de l’at- mosplière ou liés au moins de quelque façon avec les per¬ turbations de l’équilibre atmosphérique. On les classait en conséquence parmi les phénomènes météorologiques et on supposait qu elles n’avaient qu’une étendue et une influence locales, quoique parfois très- considérables. Le but spécial de l’Association magnétique allemande fut de soumettre les perturbations magnétiques irrégulières (c’est ainsi qu’on les appelait alors, par opposition aux va¬ riations régulières, séculaires ou périodiques) «à une étude plus attentive, au moyen d’un système d’observations ( 493 ) simultanées, exécutées en divers lieux de l’Allemagne. Dans cette vue on convint de prendre chaque année six jours pour observer avec la plus grande précision la direction de l’aiguille de déclinaison, par des méthodes nouvelles, de cinq minutes en cinq minutes pendant vingt-quatre heures de suite; les instruments météorologiques ordinaires de¬ vaient être observés en même temps. Les horloges de chaque station furent réglées sur le temps moyen de Goettingue (c’est à Goettingue que l’Association avait pris naissance), et les observations furent ainsi rendues strictement simul¬ tanées. La profonde considération qu’on avait pour les hommes éminents (MM. Gauss et Wilhelm Weber) qui avaient formé le plan de L Association, lui assura une coopération étendue, non-seulement en Allemagne, mais dans une assez grande partie de l’Europe. Les observations au x jours- époques (c’est ainsi qu’on désignait les six jours d’observations simultanées) furent continuées jusqu’en 1841 et furent toutes transmises cà Goettingue pour y être com¬ parées et coordonnées. Les principaux résultats de cette grande entreprise ont été publiés dans des ouvrages bien connus de tous ceux qui s’occupent de l’étude du magnétisme. On peut les résumer comme il suit : On reconnut que les phénomènes étudiés revenaient accidentellement et sans régularité ; qu’ils avaient lieu en même temps et partout dans toute l’étendue du territoire des observations; que la correspondance se soutenait de la manière la plus complète et la plus surpre¬ nante non-seulement dans les grandes oscillations, mais dans presque toutes .les plus petites; en sorte que, comme le disent MM. Gauss et Weber, « il ne restait en réalité rien qu'on prit légitimement attribuer à des causes locales . » On arriva à des conclusions également positives au sujet de la connexion qu’011 avait précédemment imaginée entre les perturbations magnétiques et les dérangements de l’atmosphère ou quelque état météorologique particulier. ( 4y4 ) Aucune influence appréciable quelconque ne parut être exercée sur l’aiguille par les ouragans ou même par les orages, même les plus rapprochés. La correspondance des mouvements simultanés de l’ai¬ guille de déclinaison, manifestée d’une manière si frappante dans une étendue aussi considérable, était plus remar¬ quable toutefois sous le rapport du sens des variations que sous le rapport de leur grandeur. Les perturbations en diffé¬ rentes stations et même, on le dit expressément, à toutes les stations, coïncidèrent exactement, même les plus faibles, quant à l’époque et à la direction, mais se présentèrent avec des grandeurs très -différentes. Ainsi on remarqua en général que la plupart des anomalies étaient plus faibles aux stations méridionales qu’aux stationsseptèntrionales; la différence excédait celle qu’on aurait pu attribuer aux va¬ riations de la force directrice constante antagoniste aux per¬ turbations (la force horizontale terrestre qui est plus grande dans le midi que dans le nord de l’Europe). La généralité du- phénomène conduisait tà cette conséquence inévitable, qu’en Europe l’énergie de la force perturbatrice devait être regardée comme d’autant moindre qu’on avançait davan¬ tage vers le sud. Une comparaison attentive et minutieuse des mouve¬ ments simultanés observés en des stations très-voisines l’une de l’autre conduisit à cette conclusion ultérieure également donnée comme inévitable, « qu’on devait admettre l’action contemporaine de diverses forces, probablement tout à fait indépendantes les unes des autres et ayant des origines très- différentes, les effets de ces diverses forces étant combinés dans des proportions diverses aux divers lieux d’observation suivant la situation de ces lieux par rapport aux sources d’où procédaient les perturbations (i) ». La difficulté de (i) Résultats ait s de n Beobachtungen des magnetischen Vereins ■ année i836, page 99- ( 495 ) débrouiller les complications qui se présentent ainsi à chaque station particulière fut entièrement reconnue, et le rapport sur les observations signé de l'initiale de Gauss conclut par cette remarque, « que ce sera un triomphe pour la science, si à quelque époque future on réussit à mettre en ordre les nombreuses complications de ces combinaisons d’effets, à séparer F une de l’autre les diverses forces dont elles sont les résultats complexes et à assigner l’origine et la mesure de chacune d’elles (i). » Tel était l’état de la question lorsque la Société Royale commença à s’en occuper. Le rapport du Comité de Phy¬ sique, rédigé (entres autres objets) pour servir de guide aux observatoires magnétiques établis par le gouvernement pour une durée limitée dans quatre des colonies britanniques, porte la date de 1840. Le dessein proposé dans ce rapport est une généralisation importante du dessein de l’Associa¬ tion magnétique allemande et une extension de ses recher¬ ches aux points les plus éloignés du globe. Les observations allemandes avaient été pour la plupart restreintes à un seul des trois éléments nécessaires à une étude complète du magnétisme terrestre. Lorsque l’Association magnétique commença ses travaux, la déclinaison était le seul élément pour lequel on fût en possession d’un appareil capable de mesurer les variations avec une précision suffisante. Alîn de pouvoir mesurer en outre les variations d’intensité de la force horizontale, M. Gauss construisit en i83ç son 9 * magnétomètre bifilaire, qui fut employé à Goettingue et dans un petit nombre d’autres stations allemandes, concur¬ remment avec le déclinomètre aux époques d’observation dans les années suivantes. Mais un appareil correspondant pour la force verticale faisait encore complètement défaut*, en l'absence d'un appareil de ce genre joint au magnéto- mètre bifilaire, aucune détermination n’était possible des (i) Logo citotOj p. ioo. ( 49« ) perturba lion s ou variations temporaires de l’inclinaison et de l’intensité, et sans la connaissance de ces variations on ne pouvait espérer de conclusion satisfaisante, relativement à la vraie nature, à la grandeur et à la direction des forces perturbatrices* M. le Dl Lloyd a suppléé ce desideratum de la science par l’invention de son magnétomètre pour la, force verticale, qui s’est trouvé, lorsqu’on l’a employé avec les soins convenables, à peine inférieur (si tant est qu'il le soit réellement) au magnétomètre bifilaire. L’organisation des observatoires britanniques put ainsi comprendre toutes les données nécessaires à une étude des perturbations acci¬ dentelles, soit qu on dût poursuivre comme auparavant cette étude par des observations simultanées faites aux diverses stations à des époques convenues, soit que, comme cela était suggéré dans le rapport, on dût le faire par la détermination des lois , relations et dépendances mutuelles des perturbations observées à chaque station dune ma¬ nière indépendante et sans aucun concert avec les obser¬ vateurs des autres stations. Ainsi, relativement à une classede phénomènes, leplan britannique étaitsousundouble point de vue une extension du plan de l’Association alle¬ mande, mais il comprenait en outre la détermination, par des moyens d’une précision supérieure à tous les moyens précédemment usités, des 'valeurs absolues des trois élé¬ ments du magnétisme terrestre et des changements pério¬ diques ou progressifs auxquels ils sont sujets; toutefois on demandait d’abord, et avec une insistance que l’expérience ultérieure a pleinement justifiée, qu’on commençât par l’élimination des effets des variations accidentelles et tran¬ sitoires, comme par un préliminaire nécessaire à toute connaissance exacte et à toute analyse des variations pério¬ diques ou progressives. On faisait encore ressortir l’intérêt prépondérant de la classe des phénomènes qui forme le sujet de la présente communication par la remarque sui¬ vante : « La théorie des variations transitoires, disait-on, est ( 497 ) en elle-même un des points les plus intéressants et les plus importants sur lesquels puisse se porter l’attention des personnes qui s’occupent de l’étude du magnétisme, car ces variations sont sans doute intimement liées avec les causes générales de l’action terrestre et nous conduiront probablement à une connaissance de ces causes bien plus parfaite que celle que nous possédons. » Les instructions contenues dans le rapport fait à la Société Royale sur la disposition et le maniement des appa¬ reils destinés à ces diverses études étaient claires, simples et précises. Si on les examine de nouveau, aujourd’hui qu’elles ont rendu les services qu’on en attendait, il est impossible d’en parler autrement que pour en faire l’éloge le plus com¬ plet. Mais ces instructions ne se rapportaient qu’à l’exécu¬ tion des observations elles-mêmes. Tenter de prescrire des méthodes par lesquelles on aurait à tirer d’observations non encore faites des conclusions dont on ne pouvait soup¬ çonner la nature, eût été évidemment prématuré. Cepen¬ dant, si quelque discussion des résultats ne l accompagne, la simple publication d’observations non réduites est à peu près sans valeur. Une autorité éminente, dont les opinions exprimées par les instructions de la Société Royale ont été fréquemment rappelées dans la présente communication, a fait justement remarquer que « si un homme n’a pas l’es¬ prit de groupement et de combinaison qui déduit les résul¬ tats des observations, il ferait aussi bien de tenir un registre de ses rêves que du temps qu’il fait ou de tout autre plié - nomene journalier. » Il était donc indispensable qu’on essayât de recueillir au moins les premiers fruits d’une en¬ treprise pour laquelle il avait été dépensé une somme si con¬ sidérable de l’argent de l’Etat et tant d’efforts individuels; le devoir de faire cet essai pouvait être considéré comme incombant naturellement à la personne qui s’était trouvée chargée de la direction supérieure des observatoires du gou¬ vernement. Les méthodes de discussion et les procédés de Ann. de Chim. et de PhYs.} 3e série, T. LXIV. (Avril 1862.) 32 ( 49» ) calcul adoptés pour réduire, combiner, éliminer et en géné¬ ral pour obtenir des résultats, étaient nécessairement d’un genre nouveau; c’étaient en réalité des tentatives pour trouver parmi des chemins non fréquentés la route qui pouvait conduire aux lois simples et générales des phéno¬ mènes, alors qu’on manquait encore de toute notion préa¬ lable de l'origine ou du mode de production de ces phéno¬ mènes. Il n’est heureusement pas nécessaire d’empiéter sur le temps et l’attention de la Société pour exposer les mé¬ thodes qui ont servi h élucider quelques-unes des questions principales relatives aux orages magnétiques, puisque ces méthodes sont complètement exposées dans les discussions mises en tête des dix gros volumes où l’on a publié les observations des observatoires coloniaux. Je pourrai me borner simplement à mentionner le plus brièvement pos¬ sible quelques-unes des conclusions qu’on peut supposer les plus propres à éclairer la théorie des phénomènes. Les résult ats de rexîeiision du système des jours 'époques au continent américain, à l7 hémisphère austral et aux régions tropicales peuvent se résumer en très-peu de mots. Le caractère simultané des perturbations, que les observa¬ tions allemandes avaient reconnu dans les phénomènes de la plus grande partie de l’Europe, a été encore manifeste lorsqu’on a comparé en ï 843 les observations des jours- époques de i84o, ï 84 1 et 1842 faites à Prague et à Breslau eu Europe, à Toronto et à Philadelphie dans l’Amérique du Nord; la meme conclusion est résultée d’une comparaison semblable étendue ultérieurement aux observatoires colo¬ niaux les plus éloignés de l’Europe. L’occurrence des per¬ turbations a toujours semblé fortuite, mais elles se sont caractérisées par des affections communes au globe entier et simultanément manifestes dans les stations les plus dis¬ tantes. Lorsqu’on a comparé des stations très-éloignées, par exemple les stations d’Europe avec les stations américaines, ou les stations de l’un ou de l’autre de ces continents avec ( 499 ) ia station australienne d’Hobarton (terre de Van-Dîemcn) * il s'est présenté des divergences dans la grandeur des per¬ turbations individuelles, semblables à celles qu’on avait déjà reconnues en comparant les unes aux autres les diverses stations européennes, mais plus fréquentes et plus considérables, allant même quelquefois jusqu’au change¬ ment. de sens de la perturbation. Dans des cas fort nom¬ breux le même élément ou des éléments dillérents ont été troublés au même instant en Europe et en Amérique; d'autres fois au contraire il y a eu des perturbations, même très-grandes, sur l un de ces continents, dont aucune trace n’a été visible sur l’autre. On a conclu de là, avec la nou¬ velle confiance qu inspire une seconde expérience plus étendue que la première, que diverses forces provenant de diverses sources étaient contemporaines dans leurs actions, et on a été conduit à présumer que le moyen le plus efficace de poursuivre et de mener à bien ces recherches était de tâcher d’analyser les effets produits individuellement dans chaque station et de les résoudre, s’il était possible, dans leurs éléments respectifs." Les observations horaires, commencées en 1841 et 1842 dans les stations coloniales et continuées pendant plusieurs années, ont fourni les matériaux nécessaires à cette re¬ cherche ; le premier fruit de leur examen a été de découvrir que les perturbations dont il s’agit, tout accidentelles qu elles soient quant à 1 époque de leur occurrence, quelque irrégulières qu elles paraissent quand on les considère indi¬ viduellement, sont néanmoins dans leurs effets moyens des phénomènes strictement périodiques , qui suivent pour cha¬ que élément avec chaque lieu, si on prend la moyenne d’un grand nombre de jours, une loi dépendante de l’heure solaire vraie, et qui constituent ainsi une variation moyenne diurne totalement distincte de la variation diurne résru- O lière, dont on peut la séparer par un mode convenable de 3?. . ( 5oo ) réduction. Cette relation des perturbations avec une loi dépendante de l’heure solaire fut la première circonstance connue qui fit penser au soleil comme à leur cause primi¬ tive, tandis qu’en même temps une différence dans le mode de production de la variation diurne régulière et de la varia¬ tion diurne perturbatrice semblait indiquée par un fait essentiel : dans la variation perturbatrice, l'heure locale du maximum ou du minimum change (à ce qu’il semble sans limites) d’un méridien à l’autre; la variation régulière est au contraire remarquable par F uniformité constatée depuis longtemps des heures critiques. Le premier rapprochement entre les orages magnétiques et Faction solaire considérée comme leur cause principale a été bientôt suivi d’une confirmation beaucoup plus frap¬ pante, dans la découverte d’une variation périodique de la grandeur et de la fréquence des orages magnétiques, cor¬ respondant exactement pour la durée de la période et coïn¬ cidant pour les époques des maxima et des minima avec la variation décennale de la fréquence et du nombre des taches du soleil, que M. Schwab a déduite de ses observa¬ tions systématiques commencées en 1826 et continuées pendant les années suivantes. La démonstration de la varia¬ tion décennale des orages magnétiques est fondée sur les observations de quatre observatoires magnétiques séparés par les plus grandes distances, qui s’accordent tous à la donner. Cette correspondance remarquable entre les orages magnétiques et des changements physiques de la photo¬ sphère solaire si considérables, qu’on peut de la surface de la terre les voir à l’œil, nu, suffit pour mettre fin à toute hypo¬ thèse qui assignerait à la cause des perturbations magné¬ tiques une origine locale soit à la surface, soit dans l’atmo¬ sphère de notre globe, soit dans le magnétisme terrestre lui -même: elle oblige à les rapporter, à titre de phéno¬ mènes cosmiques à 1 influence solaire directe, laissant à ( Soi ) l’avenir la solution de la question du mode suivant lequel s’exerce cette influence (i). Nous pouvons regarder comme un premier pas vers cette solution l’attribution des perturbations de la décli¬ naison à deux forces distinctes qui agissent dans des direc¬ tions différentes et qui paraissent émaner de foyers diffé¬ rents*, les phénomènes de ces variations distinctes (quoique à beaucoup d’égards intimement liés ensemble) présentent les memes traits caractéristiques à toutes les stations dont les observations ont été analysées 5 on en a récemment donné un exemple nouveau dans la discussion des observa¬ tions de Kew. Une séparation semblable en deux affections indépendantes, présentant chacune ses lois phénoménales propres, est résultée d’une analyse du même genre appli¬ quée aux perturbations de l’inclinaison et de 1 intensité magnétique observées dans les stations coloniales 5 on a ainsi mis en évidence les lois approximatives des effets de six forces distinctes (deux pour chacun des éléments du magné¬ tisme terrestre) qui agissent simultanément dans toutes les parties du globe, et qui indiquent d une manière certaine (1) La découverte de la période décennale des orages magnétiques n’a pas été, comme on l’a supposé quelquefois, une découverte fortuite, mais la conséquence d’un procédé d’examen adopté de bonne heure et expressément imaginé pour faire connaître toute période de longue ou courte durée quj pourrait se trouver comprise entre les limites des observations. La période étant décennale et l’époque du minimum tombant à la fin de 1 843 ou au commencement de 1844? a fallu attendre l’époque du maximum pour dé¬ terminer la durée précise du cycle. Le maximum a eu lieu en 1848-1849 et les observations de iS5o et 1 85 1 ont montré que la somme totale des pertur¬ bations annuelles était de nouveau décroissante comme en 1842 et 1848. La détermination de la proportion relative des perturbations dans des années différentes est un travail assez pénible et qui prend beaucoup de temps; néanmoins dès le mois de mars 1882 j’ai été en état d’annoncer à la Société Royale l’existence d’une variation décennale, établie par le double témoi¬ gnage des observations de Toronto et de Hobarton ; il m’a semblé qu’un fait aussi remarquable ne devait pas être annoncé au public jusqu’à ce qu’il eût été vérifié par des observations complètement indépendantes en deux points très-éloignés du globe. ( 5ori ) dans chaque hémisphère terrestre l’existence de deux foyers perturbateurs d’où Ton peut concevoir que procède Faction des forces développées dans notre globe par l’influence solaire. Cette attribution suggérera sans doute aux per¬ sonnes familières avec les phénomènes du magnétisme ter¬ restre la pensée que les deux centres magnétiques de Hallev pourraient être les foyers dont il s’agit ou du moins qu’une connexion intime devrait probablement exister entre ces deux systèmes de points. Les importantes observations que nous devons au zèle du capitaine Maguire et des officiers du vaisseau le Plover nous ont fait connaître le cap Barrow comme une localité où les perturbations magnétiques s’offrent à l’observateur avec une intensité qui dépasse de beaucoup les cas ordinaires, ce qui indique la proximité de cette station et de la source ou des sources d’où Faction des forces perturbatrices peut provenir. Or le cap Barrow est situé dans la même région que les deux points qui pa¬ raissent être les positions actuelles des deux centres magné¬ tiques septentrionaux de Halley et assez près de tous les deux ç il est donc placé de manière qu’on peut le croire exposé à une très-grande influence des forces perturbatrices émanées de ces deux foyers. La fréquence des apparitions de l’aurore boréale au cap Barrow excède également tout ce qui a été observé en d’autres points du globe. La poursuite ultérieure de ces recherches parait devoir exiger un travail plus systématique que celui qu’on peut attendre des efforts indépendants du zèle individuel. Des observations semblables à celles de Kcw, faites en un petit nombre de stations situées sous les latitudes moyennes de notre hémisphère et distribuées sur des méridiens à peu près équidistants, fourniraient probablement les données nécessaires à la détermination des localités à partir des¬ quelles les perturbations se propagent ^ elles aideraient à démêler la complication et bâteraient ainsi F avènement de ce « triomphe de la science » prévu et annoncé par le grand ( 5o3 ) géomètre de noue époque. Telle était la nature du plan qu' avait préparé la Commission mixte de la Société Royale et de l’Association britannique et qu’on avait soumis au gou¬ vernement avec l espoir d’obtenir son aide dans l’étendue des possessions de Sa Majesté, et de « maintenir ou perpétuer ainsi notre prétention nationale à développer et perfec¬ tionner cette magnifique branche des recherches physi¬ ques (John Herschel, Quart erly licview, numéro de sep¬ tembre 1840, page 277). « Ce plan n’avait rien d'excessif. Il était probable que huit ou neuf stations convenablement distribuées sur le contour de notre hémisphère seraient suffisantes. Or nous possédons déjà les observations de To¬ ronto 5 celles de Kew sont en progrès } des instruments enregistreurs semblables à ceux de Kew sont actuellement vérifiés dans cet observatoire avant d’être mis en usage dans une station établie sur la côte occidentale des Etats-Unis et qui tiendra lieu de la station qu’on avait demandé au gouvernement d’établir dans l’ile de Vancouver. Cette sta¬ tion, aussi bien que celle de Key-West sur la côte méri¬ dionale des Etats-Unis où des instruments enregistreurs sont déjà à l’oeuvre, seront entretenues sous l’autorité et aux frais du gouvernement américain-, elles ont été placées l’une et l’autre sous la surveillance de l’habile et infati¬ gable directeur du Coast Sarvey , M. le D1’ Alexandre Dallas Bâche. L observatoire russe de Pékin, dont les tra¬ vaux dignes de confiance sont déjà connus de la Société Royale, a repris, dit-on, ses observations horaires et n’a plus besoin pour donner tous les résultats qu il peut fournir que d’un appareil pour la force verticale (qu’on pourrait aisément lui envoyer d’Angleterre). Ainsi plus de la moi¬ tié des stations nécessaires existe déjà, et il suffirait de compléter les instruments de quelques observatoires russes qui sont situés par les latitudes et longitudes convenables. ( 5o4 ) Sur une méthode propre à établir expérimentalement la relation qui existe entre le travail mécanique dépensé et la chaleur dégagée dans la compression d’un gaz; par M. William Thomson (i). Lu à la Société royale d’Edimbourg, le avril i85i. En vertu des principes de la théorie mécanique de la chaleur, si l’on appelle M la chaleur latente de dilatation et N la chaleur spécifique sous volume constant d un corps quelconque, dont l’unité de poids occupe le volume v à la température t sous la pression p, on a les deux équations suivantes : d M d N dp - — = A-x > dt dv dt où A désigne lin verse de l’équivalent mécanique de la chaleur et p. une fonction de la température qui est la même pour tous les corps, qu’on peut, avec M. William Thomson, appeler la fonction de Carnot (2). D’autre part, si le corps passe du volume V au volume V sans changer de température, le travail extérieur effectué est évidemment représenté par y/ T ~ fv pdv> et la quantité de chaleur qu’il faut lui fournir pendant cette opération pour maintenir sa température constante. (1) Transactions de la Société royale d’Edimbourg, t. XX, p. 289. (2) Voyez Annales de Chimie et de Physique , 3e série, t. XXXVI, p, îi8. ( 5o5 ) est, en vertu de la définition de M, En ayant égard à l’équation (II) on déduit facilement de là i d T pt. dt Cette formule, appliquée aux gaz, conduit à des consé¬ quences remarquables. On a en effet pour un gaz parfait , soumis aux lois de Mariotte et de Gay-Lussac, en appelant a le coefficient de dilatation de l’air, p0 et e0 les valeurs de p et de v relatives à la température zéro, (l) jw=z p0p0 (i at)7 d’où (2) V' T = p0t>0(i a£)l.— (3) dT . V' T 7 - Ctp0V0l. - 5 dt 1 \ i — -f- t a. et, par suite, (4) Mais les expériences de Joule ont démontré qu'au moins à la température ordinaire le travail mécanique intérieur qui accompagne la compression ou la raréfaction d’un gaz est insensible, et qu’en conséquence on peut poser Q = AT, et la comparaison de cette relation avec l’équation (4) ( 5o 6 ) donne pour déterminer ;u la formule suivante, d’une reniai - i J u a b 1 e simplicité, La fonction p, dont la connaissance permettrait de cal¬ culer, pour toute machine thermique fonctionnant entre des limites de température déterminées, le rapport de la dépense calorifique utile à la dépense totale (i}, serait donc égale à l’équivalent mécanique de la chaleur divisé par la i° température comptée à partir de - - ? c’est-à-dire de — 2 y 3°. Toutefois les expériences de Joule, où les variations de température d’un gaz se communiquent à une masse liquide bien plus considérable, ne sont pas très-propres à faire apprécier l’influence d’un travail mécanique intérieur qui serait très-faible sans être absolument négligeable. Il serait d’ailleurs difficile de les répéter à des températures notable¬ ment différentes des températures atmosphériques ordi¬ naires. Pour cette double raison on ne peut regarder la formule (5) comme rigoureusement démontrée, bien qu’elle soit certainement très-voisine de la vérité. Pour résoudre définitivement la question, M. Thomson propose la méthode suivante. Soient deux longs tubes en hélice, communiquant en¬ semble par un orifice très-étroit, et mis en rapport l’un avec une pompe de compression, l’autre avec l’atmosphère. Si l’on fait marcher la pompe de compression, un courant de gaz s’établira dans tout le système, et par suite de la peti¬ tesse de l’orifice de communication, la pression variera très- rapidement de part et d’autre, de façon qu’on pourra dans chacun des deux tubes la regarder comme sensiblement con¬ stante à partir d’une section peu éloignéede cet orifice. Soit d (0 Voyez Annales de Chimie et de Physique , 3e série, l. XXXVI, p. i >o . ( :">07 ) la valeur de la pression relative au premier tube, u>' la va¬ leur relative au deuxième. Soit de plus t la température con¬ stante du milieu liquide où les deux tubes sont plongés. Représentons par MM7 Taxe commun des deux tubes (sup¬ posés rectifiés), par O la position de l’orifice, par A et A' les deux sections à partir desquelles tout devient constant. Soit m la masse de gaz contenue à chaque instant entre les sections A et A' 5 soit AB le volume occupé par une masse 1- - - 1- - !" — i - 1 - i- - 1 M PAO A' B' M' égale dans le premier tube à partir de la section A, A' B' le volume correspondant à partir de la section A'. Considé¬ rons à un instant donné la masse 2 m contenue entre les sections B et A' *, au bout d’un temps qu’il est inutile de spécifier, cette masse se trouvera tout entière comprise entre les sections A et B'. Le travail des pressions exté¬ rieures à cette masse aura été entre ces deux époques égal à vy X AB — ûj; X A'B', c’est-à-dire à zéro, car la température étant la meme de part et d’autre des sections A et A; les volumes d’une même masse de gaz dans les deux tubes sont en raison inverse des pressions. Quant au travail intérieur, s’il y en a un, ce sera simple¬ ment le travail qui accompagne la dilatation de la masse m lorsqu’elle passe du volume AB au volume A'B' sans change- - ment de température. Si ce travail intérieur est nul, ii y aura eu compensation exacte entre les phénomènes calorifiques dont le gaz est le siège lorsqu’il traverse l’espace A Aq il aura été restitué par le frottement du gaz tant sur lui-même que sur l’orifice précisément autant de chaleur qu’il en aura été absorbé par l’expansion et par conséquent le liquide ambiant n’aura point cédé de chaleur à l’appareil. Mais il r ésulte de là qu’on peut supprimer entièrement ce ( 5o8 ) liquide et qu’en passant à travers l orifice O le gaz revien¬ dra à sa température initiale dès qu'il aura atteint la région très-rapprochée de cet orifice où la pression est constante. Ainsi, si le travail intérieur qui accompagne l’expansion d’un gaz est nul, en s’écoulant au travers d’un orifice étroit réunissant deux tubes de grande longueur où la pression n’est pas la même, un gaz ne doit éprouver aucune variation de température. Cette conséquence de la théorie est suscep¬ tible de la vérification la plus délicate au moyen du thermo¬ mètre à mercure ou des appareils thermo-électriques. Si elle ne se vérifie pas, on en conclura que le travail intérieur qui accompagne la dilatation du gaz n’est pas négligeable et on pourra, par des déterminations calorimétriques conve¬ nables, mesurer la quantité de chaleur qu’il faut communi¬ quer à l’unité de poids du gaz, pour qu’en passant de la pression cj à la pression u>' à travers l’orifice O, elle con¬ serve sa température initiale. Soit H cette quantité de cha¬ leur. Si le gaz passait du volume u au volume 11! en conser¬ vant la température t et soulevant un piston chargé à chaque instant d’une pression égale à — > il faudrait, poul¬ ie maintenir à la température £, lui communiquer la quan¬ tité de chaleur u' M dv, mais il accomplirait en même temps le travail extérieur ÜJ i u\ . u IL Dans l’expérience au contraire il n’accomplit aucun tra¬ vail extérieur. Il suffit donc de lui communiquer une quan¬ tité de chaleur moindre que la précédente, et telle, que la différence soit précisément égale à l’équi valent calorifique ( 5og ) de cette quantité de travail extérieur. On aura donc (6) » - f" M ch — A ct u 1 . u u \ n ) Mais en avant égard à l’équation (II) on a *u' dp a II = — / —~dv — A cr u 1 . — ? IX Ju cit u •i ) • ii ' dp et comme il s agit cl un gaz ou , c D cit V (8) H a P o*\> . \ , « A ct a 1 . — : a enfin, attendu que zsu = p0-y0 ( i -f- a‘f), (9) H = CT u 1 . — u Cl p ( I +- Cit) On tire de là la valeur de p o u a + 1 A + H \ CT U «1. U u On peut donc par cette méthode non-seulement recon¬ naître si la fonction p a ou n’a pas la forme indiquée par l’équation (5), mais déterminer sa valeur à toute tempéra¬ ture où il est possible d’effectuer des expériences calorimé¬ triques. f ( 5 ïo ) TABLE DES MATIÈRES. T ©me LXIV. (3e Série.) Pages. Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans l’atmosphère , examen de la doctrine des générations spontanées; par M L. Pasteur . 5 Faits pour servir à Phistoire des bases phosphorées; par M. Aug.-Wilh. Hofmann (3e Mémoire et fin). . iio Mémoire sur les relations qui rattachent la théorie de la dis¬ tribution statique de l’électricité à la théorie de la propa¬ gation; par M. J.-M. Gaugain . . in/[ Sur la détermination des températures et des pressions dans les ascensions aérostatiques; par M. V. Régnault . 229 Analyse chimique fondée sur les observations du spectre; par MM. G. Kirchhoff et R. Bunsen ( 2e Mémoire) . 0.5^] Mémoire sur la xyloïdine et sur de nouveaux dérivés nitri¬ ques de la fécule ; par M. A. Béckamp. . . 3i 1 Recherches sur Peau de mer (océan Atlantique et océan Pacifique) ; par M. Vincent . . . 345 Mémoire sur les demi-lentilles d’interférence; par M. Billet. 385 Recherches sur la solidification d’un liquide refroidi au-des¬ sous de son point de fusion; par M. Ee. Desains . 4- { 9 Recherches chimiques sur Pune des sources de la chaux que a’assimilent les, produits agricoles des terrains primitifs du Limousin ; par M. Alb. Le Play. . . . 44 9 Recherches expérimentales et théoriques sur les figures d’équilibre d’une masse liquide sans pesanteur; par M. J. Plateau . . . 49^ ( Su ) Mémoires smi# la Ciaiaasae publiés à réi E’siiaçeG”. Extraits par ES. Adolphe WUETZ, Pages . Sur les produits d’oxydation du toluène; par M. R. Fittig. 36o Sur la réaction de l’iodure de phosphore sur la glycérine; par M. F. Beilstein . 362 Sur le sulfate de quinine neutre; par MM. J. Jobst et O. Hesse . 364 Fails pour servir à l’histoire des acides sulfanilique et amidophénylsulfurique; par M. R. Schmitt . 364 Sur une combinaison d’hydrogène et de fer; par MM. J. -A. Wanklyn et L. Carius . 4^3 Sur une nouvelle base organique, l’aribine; par M. Rieth . . 4^5 Synthèse des acides succinique et pyrotar trique; par M. Max¬ well Simpson . 4^7 Mémoires sur 1» fi.® la y si q as e publiés à rétrs&Mger. Extraits par M. VESLQET. Note sur la mesure des résistances; par M. Werner Siemens. 23c) Recherches sur les phénomènes calorifiques qui accompa¬ gnent les changements de volume des corps solides et sur le travail mécanique correspondant; par M. Edlund. . . . 24 6 Mémoire sur la dispersion de la lumière; par M. Chrlstoffel. 670 Note sur la transmission de la chaleur rayonnante à travers l’air humide et sur les propriétés hygrométriques du sel gemme; par M. Magnus. . 4^9 Exposé historique des travaux relatifs aux variations non périodiques du magnétisme terrestre; par M. le général Sabine . . . 49 1 Sur une méthode propre à établir expérimentalement la rela¬ tion qui existe entre le travail mécanique dépensé et la chaleur dégagée dans la compression d’un gaz; par M. William Thomson . 5o4 Table des Matières nu tome LXÏV . 5îo ( 512 ) PLANCHES. PL I et II. — Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans Patmosphère, examen de la doctrine des générations spontanées. pi. ni et IV. — Analyse chimique fondée sur les observations du spectre., PL V . — Mémoire sur les demi-lentilles d’interférence. ERRATUM. Fage 271, ligne 5 en remontant, au lieu de 435 parties, lisez 43,5 parties. FIN DE LA TABLE DU TOME SOIXANTE- QUATRIEME. 0 PARIS. — IMPRIMERIE DE MALLET-BACHELIER f \' i/tzie/ ’ea de dZim zc e/ de dZ///s/. /~. JPit/ee je -p~=? m "i- d'/r./ee, Æw /J//: {Javier IM. II s S//e> s / ■ 0 Fl<£; 2. . I o tu tien de O t potasse à Jg ion SSL 0 O « 0 4 tr D /s/y e's> y// ss,/,- Fio*. i3. ^ t / M 1 ' - ' t '■ f. ' //. ' V / V v”- - -• „ '> ' ( > ' \ . I - 1 v /. I s V /■ Fi «t. i5. u#> vv' < ‘S'sSeS SS S. 1s\ / J/-,-// / St s, /? /sS e/s->s ‘/s 's s/s' s/. / s/ s SS s’ S W/s s'//. ; . J// s V/ /sS // s s , ) //s S S' & 4 O O © o O Fio\ 5 . ° Teinture at/ueuse ' O d'iode . 0 itùimètep — o,!unoo4 à e”""ee(>\ A ) \U 1 K k B C ' , / * V y / i/Jl V tr/ :*éS/\ tx v» y J) 0 o* * J 0 q 01 cp 0 Cf J> *» K 1Q\ 1 / ' « O O O 9 ho- 4.0 U stade sut/ù/’h/ue ° *? ., *> wir ~en t/ v* < v •tft/ioi/ e . Fier. 5. Fier. (). io*. 7. ■* V > / « ' », ,, JB i *• ^ , 0 Diamètre des ,rp Cf ,y> a <3 0 o 0 0 Q,ûr ro ° <3 9 °oO° 0 * Fi o1. 18 . ,s Jpo/'ee un pou evates. Zeur diomèt/v te ptusprasid diuis te sens J du ei/npetet, est otutoo3d, si on tes et serve dans teuj’ e/ ° «y O» rpy (jf cP 7 V Cf Fier. 50 , * VI*' 8 r v v" Fi o-. 21 - *• - f J'".- Fio*. 8. » F V .**, ' % - ( m i =' / _ G T 7" ^ ' * “&> £ — d* *’ Fi o-vî:î;v.. ° d 1 “Ô •»• » o <>\o ^ 0 ° «■> »»o „ » 0 O 0'. 8 QP ; " o fl Fi R 2^' Fur. 3 O JH. 7ùi/n0s/d imp. r- dis’Jde - tJsDapadr, lâ. dtzri.r . Zhtlos se . Annale* ■ J-U'M / /, ^/Va A/is>